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ABUS DE FAIBLESSE


Le faux guérisseur lui coûte un demi-million

Deux amies ont profité d'une femme dont le fils était gravement malade. Elles lui ont vendu les services d'un sorcier africain inexistant pendant six ans.

L'escroquerie a rapporté gros, près d'un demi-million de francs. Deux amies cinquantenaires, travaillant dans les soins infirmiers, ont imaginé la combine au détriment d'une pauvre maman. Celle-ci avait un fils souffrant d'un grave trouble psychiatrique, qui nécessitait une prise en charge à domicile. C'est ainsi qu'en 2006, les futures arnaqueuses ont débarqué dans la famille lésée.
L'une des soignantes s'est vite rendu compte des fortes croyances religieuses de la mère. Elle en parle à une copine qui vit à Paris et les deux manipulatrices décident de monter une entourloupe. Elles proposent à la maman désemparée les services d'un «Monsieur africain» aux pouvoirs magiques, susceptibles de pouvoir aider le garçon malade, expliquent nos confrères de «24 Heures» ce mercredi.
L'argent a été transféré en Angleterre
La maman accepte la proposition et commence à payer. Elle n'a jamais vu le guérisseur qui vit en France. Et pour cause, il n'existe pas. Six ans plus tard, le fils décède. Le drame n'a pas arrêté pour autant les deux femmes, qui ont tenté de soutirer encore plus d'argent à la famille en deuil. Elles vont jusqu'à formuler des menaces par téléphone. La mère n'en peut plus: elle dépose une plainte pénale.
Au total, les deux complices ont extorqué près de 500'000 francs. Chose étrange, on ne sait pas où est passé l'argent. Il aurait été transféré en Angleterre, sur le compte de la sœur de la Parisienne, afin qu'elle puisse construire une maison. L'affaire devra être tirée au clair.
Le Tribunal de Nyon a requis 2 ans de prison avec sursis pour l'infirmière à domicile et 3 ans dont 12 mois ferme pour son amie dont le comportement a été jugé «scandaleux et odieux», souligne le quotidien «24 Heures».

http://www.20min.ch/ro/news/vaud/story/Le-faux-guerisseur-lui-co-te-un-demi-million-30456079
08 février 2017



 




 

 

 

 

ALGERIE


En Algérie, des arrestations d’ahmadis suscitent l’inquiétude

70 fidèles de ce courant messianique et réformiste de l’islam auraient été arrêtés ces six derniers mois.

Engagées dans une reprise en main des mosquées du pays, les autorités algériennes combattent ce qu’elles considèrent comme des « sectes », susceptibles de « saper le socle unissant les Algériens ».

– Que s’est-il passé ?

Au mois de décembre 2016, six personnes ont été arrêtées à Aïn Témouchent. Un mois auparavant, dans la wilaya de Skikda, 19 personnes adeptes de l’ahmadisme ont été condamnées à des peines de prisons ferme.

Le 17 janvier, la gendarmerie nationale a annoncé l’arrestation de sept autre ahmadis dans la commune de Saoula, à Alger, les qualifiant d’« individus suspects (…) pratiquant des rites religieux dans des lieux inappropriés et accomplissant des rituels étrangers à notre religion ». À l’issue de l’enquête, ils ont été présentés au procureur de la République « pour atteinte à l’islam, collecte de dons sans autorisation, détention de documents de propagande attentatoire à l’islam, pratique de rites religieux dans des lieux inappropriés et atteinte à la personne du prophète Mohamed », indique un communiqué. Selon Le Temps d’Algérie, au total 70 fidèles du mouvements auraient été arrêtées ces six derniers mois.

– Quel est le contexte ?

Engagées dans une reprise en main des mosquées et une lutte contre les courants extrémistes au sein de l’islam, les autorités algériennes ne cessent de mettre en avant « le référent religieux national », considéré comme « le creuset devant rassembler et unifier les Algériens ». Une reprise en main dont font parfois les frais les courants minoritaires au sein de l’islam, mais aussi les autres religions.

Sont notamment visées ce que le ministère des affaires religieuses qualifie de « sectes » - un terme recouvrant à la fois le chiisme, le wahhabisme et donc l’ahmadisme - accusées de « proliférer » dans le pays depuis la fin de la décennie noire. Le ministre des affaires religieuses, Mohamed Aïssa a encore dénoncé le 6 février lors d’un déplacement à Laghouat « une volonté de saper le socle unissant les Algériens, d’ébranler ses principes et de semer le doute quant à l’héritage ayant permis de préserver la cohésion à travers sa longue histoire ».

Fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du XIXe siècle dans le nord de l’Inde alors sous domination britannique, l’ahmadisme - ou ahmadiyyia - est un mouvement musulman messianiste et réformiste. Son fondateur, qui se présente comme une réapparition du Messie et même mahdi (guide), proclame qu’Allah lui a confié la tâche de restaurer l'islam dans sa pureté. Une affirmation insupportable pour l’islam majoritaire, selon lequel Mohammed est le dernier prophète.

L’ahmadisme est également accusé d’être « une création des colons britanniques » et d’entretenir aujourd’hui encore des liens étroits avec « l’Occident », voire avec les « services secrets britanniques ».

- Quelles réactions ?

Avocat, ahmadi lui-même et chargé du plaidoyer au sein du mouvement, Asif Arif, a adressé le 2 février une lettre au ministre des affaires religieuses dans laquelle il exprime son inquiétude quant au traitement infligé aux membres de sa communauté en Algérie et indique leur souhait de le rencontrer, rapporte le quotidien El Watan dans son édition du 6 février.

Il explique que les ahmadis sont engagés dans des projets et des actions humanitaires qui « mettent un terme à la pauvreté et à la précarité dans de nombreux pays » et que « les ahmadis algériens sont foncièrement attachés au pays auquel ils appartiennent ». « Cette communauté demande seulement que sa liberté religieuse soit appliquée et respectée », conclut-il.

La Croix du 09.02.2017
 

 




 

 

 

 

Tony ANATRELLA


Une procédure canonique ouverte à l’encontre de Tony Anatrella

Sur la base du rapport que lui a remis la commission mise en place pour étudier les témoignages accusant d’agressions sexuelles ce prêtre psychanalyste très en vue, l’archevêque de Paris a décidé de poursuivre la procédure canonique, délocalisée à Toulouse.
C’était une décision très attendue à l’encontre d’un prêtre en vue, sur lequel des soupçons pèsent depuis une quinzaine d’années. Une procédure canonique va s’ouvrir à l’encontre du P. Tony Anatrella, 75 ans, accusé d’agressions sexuelles dans le cadre de son activité professionnelle de psychanalyste, a appris La Croix.
Dans les suites des révélations, l’an dernier, sur le P. Preynat, le P. Anatrella avait été mis en cause dans les médias par d’anciens patients. En mai, l’archevêque de Paris, le cardinal Vingt-Trois, avait alors « encouragé ces personnes à sortir de l’anonymat (…) et à porter plainte devant la justice ».
L’officialité interdiocésaine de Toulouse procèdera à l’instruction
Contacté par plusieurs personnes, le cardinal a finalement mis en place au début de l’été une commission d’audition pilotée par un évêque auxiliaire, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, qui a reçu ceux qui le souhaitaient (ou leur témoignage écrit), sans qu’il soit précisé leur nombre ni la date des faits présumés. « Elle a aussi entendu le P. Anatrella », précise le diocèse, indiquant que « sur la base de ce rapport, le cardinal Vingt-Trois a considéré que la procédure canonique devait être poursuivie ».
Le P. Anatrella étant lui-même expert de l’officialité de Paris, consulté notamment pour des expertises de prêtres soupçonnés de pédophilie ou d’abus, il ne pouvait être jugé par la même instance. Rome a donc désigné fin janvier l’officialité interdiocésaine de Toulouse, qui va procéder à l’instruction.
Si ce tribunal proposait le renvoi de l’état clérical – la sanction canonique la plus sévère –, le jugement reviendrait à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Sinon, il relèvera de l’archevêque de Toulouse.
« Sur le plan civil, précise le diocèse de Paris, le cardinal Vingt-Trois a signalé, fin 2016, au Procureur de la République de Paris qu’une procédure canonique était ouverte ». Une victime présumée « n’a pas renoncé » à entamer un procès au civil, a-t-on appris par ailleurs.
Une première plainte en 2001
Le P. Anatrella a pour sa part toujours nié avoir eu le moindre geste déplacé. Il invoquait pour sa défense une cabale menée à son encontre en raison de ses ouvrages sur l’homosexualité. Ses prises de position contre le Pacs, puis contre le Mariage pour tous lui avaient valu de nombreuses critiques des milieux concernés. Tout comme ses discours sur ce thème, notamment dans l’Osservatore romano en 2005.
Prélat de sa sainteté, Mgr Tony Anatrella bénéficiait toutefois toujours d’une aura à Paris comme à Rome, où il a longtemps été « consulteur » auprès de deux conseils pontificaux, sur les thèmes de la famille et de la santé. Ordonné prêtre en 1968, la même année que le cardinal Vingt-Trois, il s’était fait connaître par ses ouvrages sur les adolescents – il avait commencé son ministère comme aumônier de collège/lycée dans les années 1970.
Sida, préservatif, drogue, théorie du genre : sur tous ces thèmes, il avait alors été très sollicité, à une époque où l’Église découvrait la psychanalyse. Mais il n’exerçait plus de ministère pastoral à Paris depuis plusieurs années et l’an dernier ses cours publics aux Bernardins avaient été suspendus.
À LIRE AUSSI : Le P. Lefort demande la révision de sa condamnation pour pédophilie
« Pour bien moins, l’officialité de Paris a ouvert des enquêtes préliminaires contre des prêtres. Pourquoi n’a-t-on jamais rien fait au niveau canonique à son encontre ? Depuis 25 ans, dès qu’un prêtre était malade ou un séminariste mal dans sa peau, on l’envoyait à Tony Anatrella », déplore un prêtre.
Le diocèse avait reçu une première plainte en 2001. Cinq ans plus tard, trois signalements avaient été enregistrés au parquet de Paris, mais l’affaire avait été classée sans suite : dans deux cas, les faits étaient prescrits, et pour le troisième, le parquet avait considéré « qu’il n’y avait pas d’éléments constitutifs d’une infraction ». Tony Anatrella avait en retour déposé plainte pour dénonciation calomnieuse et diffamation.

La Croix du 20.02.2017

Abus sexuels : une procédure canonique contre le prêtre-psy Tony Anatrella

Célèbre pour ses écrits sur la sexualité des adolescents, ce prêtre du diocèse de Paris est soupçonné d’avoir mené des thérapies déviantes. Les premières plaintes datent de 2006.

Une procédure canonique, régie par le droit de l’Eglise, a été ouverte à l’encontre du prêtre-psychanalyste Tony Anatrella, prélat célèbre jusqu’au Vatican, a dévoilé lundi 20 février soir l’archevêché de Paris.
Au printemps 2016, près de dix ans après le dépôt de premières plaintes, ce prêtre du diocèse de Paris avait été soupçonné d’avoir mené des thérapies déviantes sur de jeunes hommes dans son cabinet de psychanalyste.
Ce « spécialiste en psychiatrie sociale », sans être évêque, bénéficie du titre honorifique de « Monseigneur ». Connu pour ses écrits sur la sexualité des adolescents, il a été « consulteur » auprès de deux conseils pontificaux – famille et santé – au Vatican.
L’affaire sera instruite par l’officialité interdiocésaine de Toulouse
Le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, a mis en place à l’été 2016 « une commission d’audition chargée de recueillir la parole des plaignants et d’évaluer les éléments réunis », qui a rendu un rapport à la fin de l’année, selon le diocèse. « Sur la base de ce rapport, le cardinal Vingt-Trois a considéré que la procédure canonique devait être poursuivie », a expliqué à l’AFP l’archevêché, sans précision sur les éléments justifiant cette enquête.
Relevant que le Père Anatrella avait collaboré par le passé avec l’officialité (tribunal ecclésiastique) provinciale de Paris, l’archevêque a demandé au Tribunal suprême de la signature apostolique (juridiction supérieure du Vatican) de dépayser la procédure. C’est l’officialité interdiocésaine de Toulouse qui a été désignée fin janvier par l’instance vaticane pour instruire l’affaire.
Parallèlement, sur le plan civil, le cardinal Vingt-Trois a « signalé au procureur de la République de Paris la procédure canonique ouverte », précise le diocèse.
Tony Anatrella a toujours farouchement nié avoir eu le moindre geste déplacé à l’égard de patients, en particulier à l’époque des trois plaintes pour « agressions sexuelles » qui n’avaient pas abouti, en 2008, notamment parce que les faits étaient prescrits. Il est actuellement « en mission d’études et de recherche » et « n’exerce pas de ministère au sein du diocèse de Paris », précise-t-on à l’archevêché. Les cours qu’il devait donner en cette année scolaire au collège des Bernardins ont été annulés.

Le Monde.fr avec AFP | 21.02.2017

 




 

 

 

 

ANTISEMITISME


Le Bien Public du 21.02.2017

OSCE: le Saint-Siège appelle à contrer l’antisémitisme et le déni de l’Holocauste

L’éducation pour une « transfusion de la mémoire »
« Le Saint-Siège attache une grande importance à l’éducation et opère activement dans ce domaine, en particulier dans les écoles, pour contrer à la fois l’antisémitisme en général et le déni de l’Holocauste en particulier », déclare Mgr Urbanczyk.
Mgr Janusz Urbanczyk, représentant permanent du Saint-Siège à la 1129ème séance du Conseil permanent de l’OSCE, est intervenu, en anglais, ce 26 janvier 2017, en la Journée dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, à Vienne (Autriche).
Les ministres européens de l’éducation ont en effet adopté, le 18 octobre 2002, une déclaration qui institue une « Journée de mémoire de l’Holocauste et de prévention des crimes contre l’humanité. « La date a été laissée libre de choix à chaque pays. La France et l’Allemagne ont choisi le 27 janvier, en l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau, en 1945. Elle vise notamment à un « travail de mémoire et de commémoration » qui passe par les enfants et les adolescents, à partir d’une réflexion sur la Shoah et les génocides et les valeurs humaines fondamentales.
« Le passé doit servir de leçon pour le présent et pour l’avenir, afin de ne pas répéter les terribles erreurs de l’histoire et de s’assurer que les jeunes générations n’auront plus à affronter ce mal », a déclaré le représentant du Saint-Siège, d’où son insistance sur l'éducation, en vue de ce qu’il appelle, avec une expression d’Elie Wiesel, une « transfusion de mémoire ».
Et enfin, il interpelle la responsabilité des nations: « Face à la barbarie pure et simple de l’Holocauste, face à la tentative de destruction d’un peuple tout entier, face à une violence et à une obscurité froide et implacable, la communauté internationale, les États et les individus doivent s’efforcer de vivre les principes de paix, de justice, de solidarité et de réconciliation. Ils doivent le faire pour la simple raison, comme l’a expliqué le pape François après avoir prié en silence dans le camp de concentration en juillet dernier, que « la cruauté ne s’est pas terminée à Auschwitz et à Birkenau ». »
Il invite aussi à tirer les leçons de cette commémoration: « Parce qu’une telle cruauté existe encore aujourd’hui, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste doit donc nous aider à « dépasser le mal et les différences » et à ouvrir tous les chemins possibles de paix et d’espérance dans notre monde d’aujourd’hui. Cette Journée du Souvenir aide la communauté internationale à créer un avenir dans lequel « l’exclusion et la confrontation cèdent la place à l’inclusion et à la rencontre, où il ne peut y avoir d’antisémitisme sous aucune forme ni de manifestations d’hostilité, de discrimination ou d’intolérance à l’égard d’aucun individu ou peuple ». »
Voici notre traduction intégrale de l’intervention de Mgr Urbanczyk.
 

Intervention du représentant du Saint-Siège
Monsieur le Président,
Je me joins volontiers aux orateurs précédents pour souhaiter la bienvenue à Monsieur l’Ambassadeur du Conseil permanent, Mihnea Constantinescu, Président de l’Alliance internationale pour la mémoire des victimes de l’Holocauste. Ma délégation est reconnaissante pour sa présence à l’occasion de l’anniversaire de la libération des prisonniers et des survivants du camp de concentration d’Auschwitz-Birkenau, célébré le 27 janvier en tant que Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste.
D’abord et avant tout, le souvenir de l’Holocauste, de la Shoah – l’annihilation planifiée du peuple juif et l’extermination planifiée des Roms et des Sinti et d’autres groupes de personnes – rappelle toutes les victimes de ces crimes les plus odieux contre l’humanité, dont la terrible souffrance démasque le mépris total pour la dignité inhérente de chaque personne. La souffrance et le sacrifice ultime, la peur et les larmes des innombrables victimes de la haine aveugle qui ont subi la déportation, l’emprisonnement et la mort dans ces lieux pervers et inhumains ne doivent jamais être oubliés.
Deuxièmement, « l’Holocauste nous apprend que la plus grande vigilance est toujours nécessaire pour pouvoir agir promptement en défense de la dignité humaine et de la paix », nous appelant à renouveler notre engagement à assurer un respect plus grand et inconditionnel de la dignité de chaque personne. Une reconnaissance et un honneur spéciaux devraient également être accordés à ceux qui, au péril de leur propre vie, s’efforçaient de protéger les persécutés, leurs semblables, en résistant à la folie homicide qui les entourait.
Troisièmement, l’écrivain Elie Wiesel, un survivant des camps de la mort nazis, a déclaré, aujourd’hui, nous avons besoin d’une « transfusion de mémoire ». Nous devons « nous rappeler », faire un pas en arrière du présent pour écouter la voix de nos ancêtres. Le souvenir nous aidera à ne pas répéter nos erreurs passées (Evangelii Gaudium, 108), mais aussi à nous réapproprier les expériences qui ont permis à nos peuples de surmonter les crises du passé ». Le passé doit servir de leçon pour le présent et pour l’avenir, afin de ne pas répéter les terribles erreurs de l’histoire et de s’assurer que les jeunes générations n’auront plus à affronter ce mal. À cet égard, le Saint-Siège attache une grande importance à l’éducation et opère activement dans ce domaine, en particulier dans les écoles, pour contrer à la fois l’antisémitisme en général et le déni de l’Holocauste en particulier.
Et enfin, face à la barbarie pure et simple de l’Holocauste, face à la tentative de destruction d’un peuple tout entier, face à une violence et à une obscurité froide et implacable, la communauté internationale, les États et les individus doivent s’efforcer de vivre les principes de paix, de justice, de solidarité et de réconciliation. Ils doivent le faire pour la simple raison, comme l’a expliqué le pape François après avoir prié en silence dans le camp de concentration en juillet dernier, que « la cruauté ne s’est pas terminée à Auschwitz et à Birkenau ».
Parce qu’une telle cruauté existe encore aujourd’hui, la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste doit donc nous aider à « dépasser le mal et les différences » et à ouvrir tous les chemins possibles de paix et d’espérance dans notre monde d’aujourd’hui. Cette Journée du Souvenir aide la communauté internationale à créer un avenir dans lequel « l’exclusion et la confrontation cèdent la place à l’inclusion et à la rencontre, où il ne peut y avoir d’antisémitisme sous aucune forme ni de manifestations d’hostilité, de discrimination ou d’intolérance à l’égard d’aucun individu ou peuple ».
Merci, Monsieur le Président !

Zenit du 26.01.2017

Les sentiments antisémites en hausse en Pologne

Une étude du Centre de recherches sur les préjugés de l’Université de Varsovie, rendue publique mardi 24 janvier, montre que les sentiments antijuifs, en baisse depuis 2014, connaissent désormais une recrudescence.

Les sentiments antisémites sont en hausse en Pologne ces dernières années, selon une étude de l’Université de Varsovie, publiée mardi 24 janvier.

Alors que, jusqu’en 2014, les sentiments antisémites étaient en baisse, la tendance s’est renversée entre 2014 et 2016, selon le communiqué du Centre de recherches sur les préjugés de l’Université de Varsovie.

La communauté juive en Pologne, pays de 38 millions d’habitants, compte moins de 10 000 personnes. L’an dernier, 23 % seulement des Polonais ont déclaré des sentiments positifs et 37 % des sentiments négatifs envers les Juifs, contre respectivement 28 % et 32 % en 2015.

Une plus grande acceptation des propos antisémites

Plus de la moitié des Polonais (55,98 %) n’accepteraient pas de juif dans leur famille, soit une hausse de près de 10 % par rapport à 2014. Près d’un tiers (32,2 %) ne veulent pas de juif comme voisin contre 26,7 % en 2014, et 15,10 % comme collaborateur contre 10 % deux ans plus tôt. L’étude note également une plus grande acceptation des propos antisémites, notamment parmi les jeunes, ainsi qu’une montée du nombre de ces propos, principalement sur Internet. 11 % des personnes adultes et 24 % des jeunes reconnaissent tenir de temps en temps des propos antisémites.

Les auteurs de cette recherche lient la montée des sentiments antisémites à celle de l’islamophobie. « Les craintes vis-à-vis des musulmans éveillées dans les années 2014-2016 ont fait augmenter le sentiment de l’inimitié envers les juifs chez les gens de tout âge, partageant des opinions de droite aussi bien que de gauche », écrivent les auteurs de cette étude réalisée sur un échantillon de 1 000 adultes et 700 jeunes. Elle fait partie d’une grande enquête sur les comportements des Polonais envers les étrangers qui sera présentée en février.

La Croix du 25.01.2017

Net recul des actes racistes, antisémites et antimusulmans en 2016

Selon le ministère de l’intérieur, les actes racistes, antisémites et antimusulmans ont baissé de 44,7 % par rapport à 2016.
« Il est intolérable qu’une partie de la population française puisse se sentir la cible spécifique d'attaques odieuses », a dénoncé le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux lors de la présentation des chiffres de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les actes antimusulmans et antichrétiens, mercredi 1er février.
Malgré tout, ces violences sont en baisse. Selon le ministère, ces actes ont baissé de 44,7% par rapport à 2016. « Cela reste bien évidemment beaucoup trop et il n’est pas question de baisser notre niveau de vigilance ou de fermeté. »
Les violences antisémites et antimusulmans enregistrent les plus fortes baisses (- 58,6% et - 56,7%), mais les atteintes aux lieux de culte chrétiens sont en augmentation (+17,6%).
Ces actes correspondent aux faits ayant donné lieu à une plainte ou une main courante (violences, dégradations, menaces...).

La Croix du 01.02.2017

L’antisémitisme « contraire en tout aux principes chrétiens », affirme le pape

Devant une délégation de la Ligue anti-diffamation, organisation juive américaine, le pape François a une nouvelle fois condamné l’antisémitisme.

Recevant jeudi 9 février une délégation de la Ligue anti-diffamation, l’organisation juive américaine de lutte contre l’antisémitisme, le pape François a souligné que « l’attitude antisémite » était « contraire en tout aux principes chrétiens ».

Rappelant sa visite, fin juillet, au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, le pape a répété qu’« il n’y a pas de parole et de pensée adéquate en face de semblables horreurs de la cruauté et du péché ».

Il a redit alors les paroles de Jean-Paul II qui, en 1998, demandait que « l’indicible iniquité de la Shoah ne soit plus jamais possible ».

« Malheureusement, l’attitude antisémite, que je déplore à nouveau, sous toutes ses formes, comme contraire en tout aux principes chrétiens et à toute vision qui soit digne de l’homme, est aujourd’hui encore diffuse », a regretté François.

« Aujourd’hui, plus que dans le passé, la lutte contre l’antisémitisme peut bénéficier d’instruments efficaces comme l’information et la formation », a toutefois relevé le pape, saluant la Ligue anti-diffamation pour « éduquer, promouvoir le respect de tous et protéger les plus faibles ».

« Extirper l’herbe du mal » et « semer le bien »

« Face au trop-plein de violence qui se déverse sur le monde, nous sommes appelés à plus de non-violence, a-t-il alors relevé, ce qui ne signifie pas passivité mais promotion du bien. En fait, il est nécessaire d’extirper l’herbe du mal, et encore plus urgent de semer le bien : cultiver la justice, accroître la concorde, soutenir l’intégration, sans jamais se fatiguer. »

« Seulement ainsi nous pourrons recueillir les fruits de la paix », a conclu le pape qui a exhorté la Ligue anti-diffamation à « favoriser partout la liberté de culte ainsi qu’à protéger les croyants et les religions des manifestations de violence et d’instrumentalisation, qui sont les meilleurs instruments à l’apparition de la haine ».

La Croix du 09.02.2017

Le pape François condamne l’antisémitisme et appelle à la non-violence active
Juifs et catholiques ensemble contre la haine
Une nouvelle fois le pape François condamne l’antisémitisme comme contraire aux « principes chrétiens », il prône l’éducation à la non-violence active en réponse à la violence actuelle et remercie l’Anti-Defamation League justement pour son action dans ce domaine de l’éducation. Il appelle de ses vœux l’action conjointe de juifs et catholiques contre la haine, en citant ses prédécesseurs Jean-Paul II et Benoît XVI : ce dernier affirmait notamment que l’on ne peut pas être catholique et antisémite.
Le pape a reçu une délégation d’une trentaine de membres de l’organisation juive des Etats-Unis Anti-Defamation League ce jeudi 9 février 2017 au Vatican.
Une visite mise sous le signe de la construction de ponts, comme l’indique l’ADL sur son compte Twitter : « #ADLRomeMission nous renforçons les relations avec @pontifex et la communauté #Catholique ». Ils citent l’article de David Fox Sandmel dans le Time of Israël qui dit notamment: « Nous allons à Rome pour construire des ponts ».
Voici notre traduction intégrale, rapide, de travail des paroles du pape, à partir de l’original en italien.
 

Discours du pape François
Chers amis,
Je vous souhaite chaleureusement la bienvenue, et je vous remercie des paroles courtoises que vous m’avez adressées.
Mes prédécesseurs saint Jean-Paul II et Benoît XVI ont déjà reçu des délégations de votre organisation, qui entretient des rapports avec le Saint-Siège depuis l’époque du Concile Vatican II. Je suis reconnaissant pour le fait que ces contacts se sont intensifiés : comme vous l’avez bien souligné, notre rencontre est un nouveau témoignage non seulement de notre engagement commun, mais aussi de la force bienfaisante de la réconciliation, qui guérit et transforme les relations.
C’est pourquoi nous rendons grâce à Dieu qui certainement se réjouit de voir l’amitié sincère et les sentiments fraternels qui animent aujourd’hui Juifs et Catholiques. Et nous pouvons ainsi répéter avec le psalmiste : « Comme il est bon, comme il est doux pour des frères de vivre ensemble ! (…) Parce que là le Seigneur envoie la bénédiction, la vie pour toujours » (Ps 133,1.3).
Si la culture de la rencontre et de la réconciliation engendre la vie et produit l’espérance, la non-culture de la haine sème la mort et moissonne le désespoir.
L’an dernier, je me suis rendu au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Il n’y a pas de mots ni de pensées adéquates face à de semblables horreurs de cruauté et de péché. Il y a la prière, pour que Dieu ait pitié et que de telles tragédies ne se répètent pas.
C’est pourquoi, continuons à nous aider les uns les autres, comme le souhaitait le Saint Père Jean-Paul II, à « permettre à la mémoire de jouer son rôle nécessaire dans le processus de construction d’un avenir où l’iniquité indicible de la Shoah ne soit jamais plus possible» (Lettre d’introduction au document « nous nous souvenons : une réflexion sur la Shoah » 12, 1998): un avenir d’authentique respect de la vie et de la dignité de tout peuple, et de tout être humain.
Hélas, l’attitude antisémite, que je déplore à nouveau, sous toutes ses formes, comme en tout contraire aux principes chrétiens et à toute vision digne de l’homme, est encore répandu aujourd’hui. Je redis que « l’Eglise catholique se sent particulièrement le devoir de faire tout ce qui est en son pouvoir, avec nos amis juifs, pour repousser les tendances antisémites » (Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme, Parce que les dons et l’appel de Dieu sont irrévocables, 47).
Aujourd’hui, plus que par le passé, la lutte contre l’antisémitisme peut bénéficier d’instruments efficaces comme l’information et la formation. A ce propos, je vous remercie de votre œuvre et parce que vous accompagnez la lutte contre la diffamation par l’engagement à éduquer, à promouvoir le respect de tous et à protéger les plus faibles.
Protéger le trésor sacré de toute vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin, en en préservant la dignité, est le meilleur chemin pour prévenir toute forme de violence.
Face à cet excès de violence qui se répand dans le monde, nous sommes appelés à un « plus » de non-violence, ce qui ne signifie pas passivité, mais promotion active du bien. En effet, s’il est nécessaire, d’extirper l’herbe du mal, il est encore plus urgent de semer le bien, de cultiver la justice, de faire grandir la concorde, de soutenir l’intégration, sans jamais se lasser. C’est seulement ainsi que l’on pourra récolter un fruit de paix. Je vous y encourage, avec cette conviction que rendre disponibles les conditions d’une vie digne, promouvoir la culture, et favoriser partout la liberté de culte, y compris ne protégeant les croyants et les religions de toute manifestation de violence ou d’instrumentalisation, sont les meilleurs antidotes au surgissement de la haine.
Je vous suis également reconnaissant pour le dialogue que vous nourrissez avec l’Eglise catholique à différents niveaux.
J’invoque la bénédiction du Tout-Puissant sur notre commun engagement et sur notre chemin d’amitié et de confiance fraternelle: que dans sa bonté Il nous accompagne et qu’Il nous aide à porter des fruits de bien.
Shalom alekhem!

Zenit du 09.02.2017

Le Bien Public du 07.02.2017




 

 

 

 

APPARITIONS


L’Église enquête autour de présumées apparitions mariales à Abidjan

En Côte d’Ivoire, depuis 2005, Chantal Magby déclare vivre des phénomènes mystiques que ses proches et elle assimilent à des apparitions mariales. L’Église catholique enquête sur l’affaire.
À la Riviera Palmeraie, dans la commune de Cocody, un quartier chic d’Abidjan, le domicile de Florent et Chantal Magby n’est jamais à court de visiteurs. « Nous sommes sur une terre sainte », affirme Richard Pecaut. Cet habitué de l’oratoire des Magby croit dur comme fer que la Vierge Marie apparaît en ce lieu.
Avec d’autres fidèles, Richard observe un rituel particulier tous les jours. Il se déchausse, s’incline devant la statue de saint Michel Archange qui orne l’entrée de l’oratoire, mouille ses doigts d’eau bénite et fait le tour de toutes les statues et objets « sacrés » en s’inclinant. Une statue géante trône au milieu de l’oratoire. Elle représente une dame blanche en voile rose à laquelle s’agrippent des personnages noirs : « Marie Mère de la Charité Chrétienne ».
À en croire Florent Magby, son épouse a commencé à vivre des manifestations surnaturelles depuis qu’elle a reçu de sa mère une médaille à l’effigie de Notre Dame de Lourdes, il y a plusieurs années. Toutefois, c’est depuis son installation en Côte d’Ivoire qu’elle affirme à ses proches qu’elle a des visions. « Nous ne nous entendions pas à l’époque, nous avions même fait un document à l’amiable pour nous séparer », commente Florent. Le comportement de Chantal devenait inquiétant pour son époux : « Elle était invitée par des voix à se jeter du haut du balcon. J’ai cru qu’elle devenait folle. »
Des messages d’une dame qu’elle identifie à la Vierge Marie
Finalement, malgré leurs problèmes, les Magby décident de célébrer leur mariage religieux. D’après Florent, le soir même, Chantal commence à saigner des paumes et des pieds. Plus tard, elle constatera des marques sur son corps et commencera à recevoir des messages d’une dame qu’elle identifie à la Vierge Marie et qui, selon elle, se présente comme étant « Marie Mère de la Charité Chrétienne. »
Le P. Sess Nguessan est un fervent défenseur de « Marie Mère de la Charité Chrétienne ». Il est convaincu qu’elle a opéré un miracle pour sa thèse : « J’ai commencé ma thèse de doctorat en 2006 mais je tournais en rond. En 2011, à l’occasion d’une visite à Abidjan, j’ai confié mon projet de thèse à Chantal Magby. Dès lors, tout s’est décanté, j’ai fini ma thèse deux ans plus tard. » En 2015, en marge d’une conférence de presse organisée pour les 10 ans de la communauté « Marie Mère de la Charité chrétienne », le P. Nguessan, commentant un message que Chantal aurait reçu, affirma qu’il doutait que les élections présidentielles puissent avoir lieu.
Une commission théologique constituée
Plusieurs voix s’élevèrent dans l’Église catholique pour dénoncer cette déclaration jugée inopportune. Une commission théologique a été constituée par le diocèse d’Abidjan pour accompagner la voyante et ses proches.
Le P. Eugène Adingra, mariologue, recteur du sanctuaire marial national fait partie des six prêtres diocésains qui ont été choisis pour étudier le cas de Chantal Magby. Cette commission devra déterminer si l’Église peut reconnaître ou non ces apparitions. « La valeur de ces apparitions ne peut être évaluée que par des critères objectifs de discernement », insiste-t-il.
Cela demande une enquête sérieuse, qui devra notamment prendre en compte les « qualités morales » des voyants, dont « l’équilibre psychique, l’honnêteté et la docilité envers l’autorité ecclésiale, ainsi que la conformité du message à la doctrine théologique et spirituelle », poursuit le P. Adingra.
Au contraire, certains critères disqualifient une apparition. C’est le cas lorsque les prétendus « voyants » attribuent à Dieu ou à la Vierge Marie des erreurs doctrinales, mais aussi lorsque les voyants ou leurs acolytes sont à la « recherche du profit », commettent des actes immoraux, ou souffrent de la maladie psychique, précise encore le P. Adingra.
À ce stade, les spécialistes de la commission diocésaine refusent de commenter le cas de Chantal Magby, mais appellent les fidèles à la prudence tant que l’apparition mariale n’est pas officiellement reconnue par l’Église catholique.

La Croix du 18.02.2017
 




 

 

 

 

ARABIE SAOUDITE


La croix du Real Madrid effacée pour les pays du Golfe

La petite croix qui orne le logo du prestigieux club madrilène sera retirée des maillots vendus dans les pays du golfe Persique.
Le Real Madrid efface la croix de son maillot pour certains pays. À l’occasion d’un partenariat exclusif avec Marka, un groupe de distribution des Émirats Arabes Unis, le prestigieux club espagnol va modifier son logo et retirer la petite croix qui y figure. Le groupe Marka a obtenu les droits exclusifs de « la fabrication, la distribution et la vente de produits dérivés du Real Madrid » dans six pays où l’islam est religion d’État : Émirats Arabes Unis, Arabie saoudite, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman.
Tenir compte des sensibilités culturelles
Interrogé par l’agence de presse anglaise Reuters, le vice-président de Marka, Khaled al-Mheiri, a déclaré que le logo du Real Madrid allait être modifié pour tenir compte des sensibilités culturelles des populations des pays concernés. « Nous devons être très prudents, dans certaines régions du Golfe où la sensibilité est parfois forte vis-à-vis des produits portant une croix », a-t-il reconnu. Il s’agit de retirer la petite croix qui surmonte la couronne, symbole de la monarchie espagnole, des produits dérivés du club dont les ventes doivent débuter en mars.
Sans doute pas très à l’aise avec cette décision qui touche à l’histoire du club madrilène, ses dirigeants se sont pour le moment abstenus de tout commentaire. Ce n’est pas la première fois que le Real Madrid, dont l’un des sponsors principaux est la compagnie aérienne basée à Dubaï Emirates, cache sa croix pour ne pas froisser de potentiels clients musulmans dans le Golfe Persique. En 2014, dans le cadre d’un partenariat avec la Banque nationale d’Abou Dhabi, le club avait dévoilé une nouvelle carte de crédit de cet établissement des Émirats arabes unis avec le logo de l’équipe de Zinedine Zidane dépourvu du symbole de la foi chrétienne.
Des logos sujets à polémique
Son grand rival, le FC Barcelone, dont le logo comporte la croix de Saint-Jordi (protecteur de la Catalogne), rouge sur fond blanc, s’est aussi vu reprocher d’escamoter ce symbole religieux. Un journal catalan avait révélé en 2007 que le maillot du Barça était vendu en Arabie saoudite sans l’objet de la discorde. À l’époque, le club « blaugrana » a crié à la contrefaçon.
En France, le Paris SG a aussi été accusé, un temps, de rompre avec son histoire à la demande de ses propriétaires qatariens à l’occasion d’un changement de logo. En 2013, le berceau de Louis XIV, symbole de la ville de Saint-Germain-en-Laye, a été retiré, ce qui a été interprété par certains comme une volonté d’éluder les « racines chrétiennes de la France ». Une thèse invalidée alors que la fleur de lys, emblème de la royauté française, a été conservée et même rendue plus visible.

La Croix du 01.02.2017
 




 

 

 

 

ASTROLOGIE


Peut-on être chrétien et croire à l’astrologie ?

Alors que prédictions et pratiques divinatoires abondent en ce début d’année, « La Croix » revient sur le débat qui, depuis des siècles, oppose foi chrétienne et astrologie.

En janvier, les ouvrages de prévision par signe zodiacal s’arrachent à des dizaines de milliers d’exemplaires, et la presse féminine regorge d’horoscopes promettant de connaître son destin pour l’année à venir. Recherche d’un appartement, de l’âme sœur, d’un nouveau poste… autant de préoccupations pour lesquelles, affirment certains sondages, un Français sur dix aurait consulté un astrologue.
Des responsables politiques feraient de même, à l’instar de François Mitterrand qui se rendait discrètement chez Élizabeth Teissier qui avait faussement prédit la « victoire » de l’équipe de France de football à l’Euro 2008 ou « une année géniale » pour Dominique Strauss-Kahn en 2011…
Des traces de pratiques divinatoires dans l’Ancien Testament
Cette astrologie prédictive est-elle compatible avec la foi chrétienne ? Si l’Ancien Testament conserve quelques traces des pratiques divinatoires très répandues dans l’Orient antique, la foi biblique les condamne très tôt sans appel, au nom même du monothéisme.
« Dans l’astrologie divinatoire, le soleil ou la lune étaient considérées comme des divinités, alors que la Révélation biblique “démythologise” la nature pour professer la foi en un seul Dieu, créateur », explique l’exégète Jesus Asurmendi, directeur du Centre pour l’intelligence de la foi (CIF).
La Bible affirme aussi la liberté de l’homme : « S’il n’y a pas de liberté, il n’y a pas de prophétisme non plus… tout le message des prophètes bibliques est un appel à la conversion et un rappel constant qu’un autre avenir est possible », poursuit-il.
Réfuter l’idée d’un destin qui s’impose
Citant la tradition biblique – le Deutéronome (18, 9-22) et le prophète Jérémie (29, 8-15) –, le Catéchisme de l’Église catholique condamne ainsi « la consultation des horoscopes et l’astrologie » parce qu’elles « recèlent une volonté de puissance sur le temps, sur l’histoire et finalement sur les hommes en même temps qu’un désir de se concilier les puissances cachées »
Les Pères de l’Église ont dû à leur tour réfuter l’astrologie pour sauvegarder la liberté de Dieu et celle de l’homme. « Il leur fallait réfuter l’idée païenne d’un “fatum” (destin, en latin) qui serait écrit quelque part et auquel l’homme serait soumis », rappelle le jésuite Dominique Salin, qui enseigne la théologie spirituelle au Centre Sèvres, à Paris.
Ne pas se laisser aller à la fatalité
Au Moyen Âge, même si certains grands astrologues étaient des hommes d’Église, l’astrologie se voyait toujours reprocher d’entretenir une conception déterministe du destin et un désir idolâtrique de maîtriser l’avenir. « Thomas d’Aquin ne condamnait pas l’idée que les astres puissent avoir une influence sur le comportement humain », rappelle Yves Lenoble, enseignant à l’École d’astrologie parisienne Agape.
Mais pour lui, c’était « une abomination devant l’Éternel » d’accorder de l’importance à cette éventuelle influence. « Loin de nous laisser impressionner par la fatalité que propagent les astrologues, libérons-nous, et diminuons les astres », enjoignait-il à un autre théologien, Réginald de Piperno : « Qu’ils nous éclairent et nous aident, mais sans toucher notre pleine responsabilité et liberté. »
Imprégnés de cette longue tradition, les chrétiens se gardent généralement de lire les rubriques astrologiques. « Aucune revue née dans le groupe Bayard ne propose d’horoscope », confirme le P. Patrick Zago, assomptionniste et ancien membre du directoire du groupe de presse propriétaire de La Croix. « L’attitude chrétienne juste consiste à s’en remettre avec confiance entre les mains de la Providence pour ce qui concerne le futur et à abandonner toute curiosité malsaine à ce propos », poursuit le Catéchisme de l’Église catholique.
Mettre en lien astrologie et psychologie
Le débat s’est toutefois un peu déplacé aujourd’hui, bon nombre de personnes, dont des chrétiens, disant consulter un astrologue non pour décrypter leur avenir, mais pour mieux se connaître. De fait, l’astrologie se présente comme « une science du sujet et de la relation intersubjective, depuis la seconde moitié du XXe siècle », explique le sociologue Claude Fischler, directeur du centre Edgar-Morin, qui a participé à l’ouvrage collectif La Croyance astrologique moderne (1). Une astrologue expliquera par exemple au visiteur que « Saturne en Sagittaire met en évidence des qualités de développement spirituel, philosophique et moral, et cette configuration se trouve souvent chez des personnes attirées par la religion ».
« Le thème astral ne dit pas comment le natif va se comporter mais ce qu’il y a derrière son comportement, ainsi que ses prédispositions, ses aptitudes », appuie Alain de Chivré, président honoraire de la Fédération des astrologues francophones. De nombreux astrologues se forment même en psychologie, se réclamant de la psycho-astrologie, forgée par le Franco-Américain Dane Rudhyar (1895-1985). C’est à ce courant que se rattache par exemple Christine Haas, chroniqueuse sur RTL. Comme d’autres psycho-astrologues, cette diplômée en psychologie clinique se défend de faire des « prédictions qui enferment » et préfère dire qu’elle énonce des « prévisions qui laissent beaucoup de souplesse », ne serait-ce que parce qu’elle donne « toujours plusieurs interprétations ».
« Consulter un astrologue va contre l’espérance chrétienne »
Sous cet angle, l’astrologie serait-elle davantage compatible avec la pratique chrétienne ? Philippe Le Vallois, responsable de l’Observatoire des nouvelles croyances de la CEF, veille à bien distinguer l’astrologie prédictive – « qui relève de la divination et pose question quand elle devient une dépendance guidant chaque décision » – et la psycho-astrologie qui peut être, selon lui, « un outil pour mieux comprendre ses motivations, ses limites, et donc mieux se prendre en charge ».
Habitué à entendre en confession de nombreux fidèles, le P. Xavier Lefebvre, curé de la paroisse parisienne Saint-Louis d’Antin, se montre pour sa part très ferme. « Qu’il s’agisse de psycho-astrologie n’ôte rien à la question de fond qui est de faire totalement confiance à Dieu pour la gouvernance de sa vie, y compris dans les épreuves. Consulter un astrologue, par téléphone, par Internet ou de visu va contre l’espérance chrétienne, affirme-t-il. Parfois les gens se sentent liés car une habitude s’est créée et cela provoque une inquiétude. L’enjeu est alors d’aider à revenir à la vertu d’espérance. »

La Croix du 20.01.2017

L’astrologie aide-t-elle à vivre sa destinée spirituelle ?

ENTRETIEN avec Jacqueline Kelen, auteur d’une trentaine de livres consacrés aux grands mythes, aux figures mystiques et à la vie intérieure.

La Croix : Comment expliquer que toutes les cultures, à toutes les époques, se soient intéressées à l’astrologie ?
Jacqueline Kelen : C’est l’honneur de l’être humain d’étudier le ciel, d’essayer d’y décrypter des signes. Et on ne peut que s’émerveiller devant la curiosité et l’intelligence humaine qui ont permis, 3 000 ans av. J.-C. à Babylone, par l’observation des phases de la Lune, des éclipses et des mouvements planétaires, d’interpréter ces phénomènes. Car en Mésopotamie, tout ce qui bougeait dans le ciel était un message des dieux et, depuis leur ziggourat (tour d’observation), des astronomes-astrologues, considérés comme des hommes du sacré, devaient consigner précisément leurs observations.
Cette astronomie chaldéenne s’est répandue dans l’univers hellénistique puis gréco-romain et est devenue plus précise, avec l’établissement de lois et de cycles. Dans ce système, les planètes portent les noms des divinités du Panthéon (Vénus, Mars, Saturne…) et les douze signes du zodiaque, à dominante zoomorphique (Bélier, Scorpion, Poissons…), sont utilisés en fonction de leurs résonances psychologiques. Ce système symbolique s’est transmis en Occident jusqu’à aujourd’hui. Et il n’y a rien d’étonnant à retrouver des zodiaques sculptés sur les chapiteaux des basiliques romanes et des cathédrales gothiques.

Comment expliquer l’apparent paradoxe entre les mises en garde de l’Église à l’égard de l’astrologie et le fait qu’un grand nombre d’astrologues, jusqu’à la Renaissance, étaient des hommes d’Église ?
J. K. : C’est vrai que l’astrologie était à l’honneur à Rome sous les papes des XVe-XVIe siècles. Mais il s’agissait alors d’une astrologie d’érudits, sollicités pour d’importantes décisions militaires ou politiques, et qui n’avait rien à voir avec l’astrologie démocratisée d’aujourd’hui.
En fait, il y a toujours eu des controverses dans l’Église sur cette question. Ainsi vers 1492 à Florence, une disputatio eut lieu entre Marcile Ficin, médecin et astrologue, et son ami érudit, Jean Pic de la Mirandole. Tandis que le premier affirme l’influence des astres sur la destinée humaine, le second, au nom du libre arbitre, réfute toute idée d’influence. Dans sa Dispute contre l’astrologie divinatoire, Pic de la Mirandole dénonce « la croyance en cette sorte de vanité »(au sens de vain) et qualifie l’astrologie de « chose qui n’est pas absolument nécessaire à la vérité ».

En tant que chrétienne, comprenez-vous ces mises en garde de l’Église à l’égard de l’astrologie ?
J. K. : Il faut garder à l’esprit les trois temps dans lequel notre vie s’inscrit : le temps de la nature avec les cycles des saisons et constellations ; le temps historique des événements ; et l’outre-temps, messianique, qui se déploie sous le signe de l’espérance, de l’attente… Ce troisième temps, qui transcende les deux autres, est celui vers lequel tend tout pèlerin spirituel.
Il s’agit donc de savoir quelle est la finalité de l’astrologie : peut-elle aider à vivre, non seulement son existence terrestre, mais aussi sa destinée spirituelle ? Or bien souvent, l’astrologie, y compris la psycho-astrologie, est centrée sur l’ego, le moi envahissant, faisant oublier la vocation de tout homme à l’éternité.

Repères
L’Église et l’astrologie
IIe siècle : Ptolémée invente le thème astral individuel, à partir de la date de naissance.
IVe-Ve siècles : Avec la fin du monde romain, l’astrologie régresse. L’Église la condamne formellement lors des conciles de Laodicée (364 : pratique interdite aux prêtres) et de Tolède (400 : menace d’anathème quiconque « croit devoir ajouter foi à l’astrologie ou à la divination »). Saint Augustin (354-430), dans ses Confessions (livre 4, 3 et livre 7, 6), regrette son ancienne « passion pour l’astrologie ». Pour lui, les astrologues sont des « imposteurs »
et la piété chrétienne doit « repousser et condamner leur science ».
Moyen Âge : d’autres conciles (Braga, Agde, Orléans, Auxerre, Narbonne et Reims) confirment cette condamnation. La législation laïque, notamment sous Charlemagne, n’est pas moins sévère contre les astrologues. Néanmoins, l’astrologie continue à se maintenir, et pour
les puissants, il est de bon ton d’avoir son tireur d’horoscopes. Gerbert d’Aurillac, devenu le pape Sylvestre II à la veille de l’an 1000, pratique l’astrologie.
Renaissance : astrologie et astronomie demeurent étroitement liées jusqu’à Johannes Kepler (1571-1630). Bon nombre de grands astrologues sont des hommes d’Église : le moine anglais Roger Bacon (1214-1294) ou l’ancien carme Junctin de Florence (1522-1580)…
Fin du XIXe siècle et début du XXe siècle : Plusieurs traités d’astrologie en France sont écrits par des prêtres.
(1) Sous la direction d’Edgar Morin, Éd. L’Âge d’homme, 1981.

La Croix du 20.01.2017



 




 

 

 

 

AYAHUASCA


Espagne : Ayahuasca, la drogue qui remue les trips

Une cérémonie d’ayahuasca, mi-octobre, dans un village près de Barcelone.

Psychotrope, la mixture amazonienne marronnasse qui favorise des visions fait fureur auprès du public new age, notamment en Europe, où elle est pourtant prohibée.

Espagne : Ayahuasca, la drogue qui remue les trips

Une étudiante : «Moi, je suis sortie de mon corps.» Une mère de famille : «Je me suis vue réincarnée sous la forme d’animaux sauvages.»Un informaticien quinquagénaire : «J’ai revisité mon existence antérieure et j’ai compris d’où venait ma féroce agressivité.» Un courtier, profil golden boy : «J’ai vomi mon addiction à la cocaïne et j’ai réalisé à quel point j’en étais dépendant.» Un jeune géographe : «Pendant toute la séance, j’ai fait un voyage spirituel plein de lumière, et j’ai senti intimement qu’on était tous connectés entre humains»…

En cette fraîche nuit de début d’hiver, dans une propriété privée de la sierra de Madrid, ce sont quelques-unes des impressions qu’on recueille au terme d’une longue cérémonie d’ayahuasca qui a commencé vers 22 heures et s’est terminée à 3 heures du matin. Coût par personne : 110 euros, personne n’y trouve à redire tant chacun se déclare stupéfait par «l’intensité» de l’expérience : «En une nuit, j’ai davantage appris sur moi-même qu’en plusieurs années de psychanalyse», résume l’informaticien quinquagénaire. Victor (1), le «chaman» qui a officié, est coutumier de ce genre de réactions : «Personne ne reste indifférent à la plante, certains peuvent ne pas avoir de visions et peuvent seulement vomir, mais tous sentent qu’elle parle en eux, et qu’elle parle d’eux-mêmes. En règle générale, la réponse est à la hauteur de la question posée par chacun.»

Guérisseurs

Graal pour un certain public new âge, potion quasi magique pour bien des gens en quête de spiritualité ou versés dans l’introspection, «médicament» aux vertus insoupçonnées pour nombre de thérapeutes, l’ayahuasca est à la mode. En Occident, en particulier aux Etats-Unis et en Espagne, mais aussi en Italie, en Suisse, en Allemagne et, de plus en plus, en Scandinavie et en Europe de l’Est. Bien moins en France ou en Belgique, par exemple, où l’usage de ce psychotrope qui aurait la vertu de nous apprendre à nous connaître nous-mêmes (essentiellement sous la forme de visions, bien plus nettes et puissantes que les rêves) est rigoureusement interdit.

Cette décoction marron foncé au goût franchement répugnant provient d’Amazonie et contient de l’ayahuasca (une liane aux pouvoirs hallucinogènes, de son nom scientifique Psychotria viridis) et d’un arbuste appelé chacruna (Banisteriopsis, contenant du DMT, un agent psychoactif). Plus encore que d’autres substances naturelles induisant des états modifiés de conscience - peyote, san pedro… -, ce breuvage utilisé de façon ancestrale par des guérisseurs amazoniens suscite un formidable engouement.

La prise d’ayahuasca dans le cadre de cérémonies est illégale, ou dans le meilleur des cas «alégale» (qui profite d’un vide juridique), il est donc impossible d’évaluer précisément l’importance du phénomène. Mais après avoir consulté plusieurs chamans européens qui sont appelés à officier dans divers pays de l’UE, on peut tout de même affirmer que le psychotrope connaît un essor sur le continent.

Aux Etats-Unis, où la prohibition de l’ayahuasca est moins forte et où sa consommation est même autorisée pour deux sectes (dont celle de Santo Daime, une pratique syncrétique qui mêle croyances chrétiennes, africaines, indigènes et spiritualistes, et qui place l’ayahuasca au rang de divinité), le boom est spectaculaire. D’après le Centre de spiritualité de l’université de Minneapolis, on dénombrerait une centaine de cérémonies quotidiennes à New York, et autant à Los Angeles.

Si les Américains s’y intéressent depuis les années 70, tel l’écrivain William Burroughs qui la décrivait déjà comme «une plante aux propriétés mystiques, hallucinogènes et thérapeutiques», l’Espagne, elle, est la «porte de l’Europe». Et ce depuis trois décennies, lorsqu’y ont débarqué des adeptes du culte de Santo Daime. C’est à Ibiza qu’a eu lieu le premier congrès mondial consacré à cette plante, en 2014. Le deuxième s’est déroulé en octobre, à Barcelone, avec psychologues, anthropologues, guérisseurs, médecins…

Stupéfiant

Les autorités voient en l’ayahuasca un produit dangereux. Depuis 1971, la mixture est prohibée par une convention onusienne sur les substances psychotropes. Considérée comme un stupéfiant, elle est tout particulièrement dans le viseur de la France, où une Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) veille au grain. Ailleurs, comme en Espagne, la pratique est tolérée si le chaman détenteur de cette substance en fait un «usage contrôlé». Un chaman de Valence, qui a déjà passé une nuit au commissariat, explique : «Les cérémonies ne s’organisent que par le bouche à oreille, entre gens de confiance, il faut être prudent.»

Malgré les interdictions et limitations officielles, l’ayahuasca passionne les scientifiques de tout poil. Les thèses ne se comptent plus. Référence en la matière, l’Iceers, un institut basé à Barcelone, a placé l’ayahuasca au centre de ses études sur les plantes psychoactives en tant qu’outil thérapeutique. Pour Josep Maria Fericgla, docteur en ethnopsychologie, «il ne fait pas de doute que cette plante a le pouvoir d’accéder à l’inconscient et de provoquer des visions internes capables d’énormément aider à la connaissance de soi. On sait aussi qu’elle a un grand pouvoir pour lutter contre les addictions les plus fortes». «Contrairement aux messages alarmistes qu’on entend un peu partout, nous n’avons détecté aucun dommage neuronal sur les sujets qui ont ingéré la mixture. Pour autant, c’est un médicament très puissant qui peut entraîner des effets négatifs s’il n’est pas utilisé à bon escient», nuance José Carlos Bouso, directeur de projet à l’Iceers et docteur en pharmacologie.

Faits divers

Les dérives possibles et donc les risques sont bien réels. L’emballement pour ces cérémonies visionnaires a favorisé l’intrusion de charlatans ou d’organisations au marketing agressif, pressés d’obtenir des adeptes. Ils sont peu regardants sur les consignes de sécurité et les règles à suivre lors des rituels.

Une cérémonie regroupe entre une dizaine et une cinquantaine de personnes (parfois jusqu’à 100), elle se déroule sur environ cinq heures, le temps que dure l’effet du breuvage, et se déroule sous l’égide d’un chaman qui veille à la bonne marche du processus et vient en aide à des participants en difficulté. Un encadrement est primordial, dans la mesure où des réactions extrêmes (phase dépressive, crise de panique, transes euphoriques…) sont possibles. Sachant que les vomissements ne sont pas systématiques, de même que les visions : certains vivent des cérémonies où il ne se passe rien, d’autres ont des hallucinations intermittentes, ou longues et puissantes. «Il est d’autant plus important de bien ritualiser les prises qu’aujourd’hui la substance est accessible via Internet», précise Marc Axala, psychologue.

De fâcheux faits divers ont entaché la réputation de ces pratiques, notamment en Amazonie - Colombie, Pérou, Equateur, Brésil… -, où le «tourisme psychédélique» voit apparaîtredes pseudo-guérisseurs sans scrupule. En Europe aussi, certains ne pensent qu’à «faire du chiffre». «Or il faut avoir très présent à l’esprit que l’ayahuasca n’est pas pour tout le monde, il y a plusieurs profils de gens qui ne doivent pas y avoir accès», souligne Claudio Kutzwor, un Argentin initié par des guérisseurs péruviens en 1992 et installé depuis 2000 à Madrid, où il organise des cérémonies dans le cadre de strictes conditions de sécurité : pas question par exemple d’accepter des personnes sujettes à des troubles épileptiques, cardiaques ou psychiatriques. Lui et d’autres chamans ont d’ailleurs créé un collectif et un site web où tout néophyte désireux de participer à une cérémonie peut consulter un «code déontologique».

«Mère nature»

«Même les gens qui viennent dans un but récréatif ou pour expérimenter un truc nouveau se rendent compte que la plante a surtout une vocation curative», affirme Claudio Kutzwor. Chaman également formé auprès de guérisseurs péruviens, Francisco Prado s’enthousiasme : «Cette mode répond à une nécessité grandissante de revenir à l’essence humaine que nous avons oubliée, à renouer avec la mère nature que nous avons délaissée et à connecter avec notre être profond. Beaucoup désertent les religions qui sont aux mains de pouvoirs manipulateurs et veulent embrasser une spiritualité réelle, profonde. L’ayahuasca, à mon sens, en est l’un des meilleurs vecteurs.»

Mais pour l’anthropologue barcelonais Oscar Parés, la ferveur que suscite la mixture amazonienne bénéficie aussi d’un contexte de morosité généralisé, d’«un besoin grandissant de réponses existentielles dans une époque de vide idéologique et de désarroi spirituel. Pour preuve, le public est de plus en plus varié et nombreux».

(1) Le prénom a été modifié.

http://www.liberation.fr/planete/2017/01/26/espagne-ayahuasca-la-drogue-qui-remue-les-trips_1544280
26 janvier 2017
 




 

 

 

 

BENIN


Au Bénin, l’interdiction des prières de rue fait polémique

Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest où les religions cohabitent harmonieusement, la communauté musulmane monte au créneau après une décision du gouvernement d’interdire la prière du vendredi dans les rues.

Debout parmi les ouvriers qui s’affairent dans la mosquée de Cadjèhoun, au centre de Cotonou, Chakirou Ayolou, le muezzin, raconte : « En pleine prière du vendredi, les pelles mécaniques sont venues détruire les bâches qu’on installe momentanément devant, dans la rue, pour nous protéger du soleil ».

L’incident remonte à fin janvier et a suscité colère et incompréhension parmi les musulmans, face à une mesure, l’interdiction des prières de rue, que personne dans la capitale économique du Bénin n’avait vu venir.

L’affaire remonte au début de l’année, lorsque le gouvernement a entrepris un grand nettoyage des principales villes du pays, non sans avoir donné au préalable jusqu’au 31 décembre, à tous ceux – petits commerçants, artisans – qui vivent d’activités informelles et occupent illégalement les voies et les trottoirs, pour déguerpir.

Une démonstration de force

La plupart ont obtempéré sans histoire, démontant eux-mêmes leurs installations, signe d’une opération bien acceptée. Jusqu’à ce que les pelles du génie civil entrent en action, quartier par quartier, et s’en prennent, à Cadjèhoun, aux fameuses bâches bloquant une rue. La démonstration de force laissait entendre que, pour les autorités, les musulmans occupaient illégalement le domaine public.

Elle a profondément heurté la communauté musulmane, très importante dans le pays (23,8 % de musulmans). Pour la Joumat, la prière du vendredi, les croyants se rendent dans les mosquées centrales. Et, faute de place, une partie d’entre eux déroule le tapis dehors. À Cadjèhoun, la mosquée est trop petite et sa reconstruction, prévue depuis cinq ans, a pris du retard.

« Nous ne sommes pas contre l’assainissement des villes pour développer le pays, affirme Ousmane Ibrahim, premier vice-président de l’Union islamique du Bénin. On nous a déjà demandé de détruire des mosquées construites sur les trottoirs, d’enlever les bâches. Et nous l’avons fait. Mais il faut trouver une solution pour la prière du vendredi. »

L’expression de toutes les religions interdite dans les rues

« Le gouvernement n’a qu’à mobiliser la police pour quinze minutes, propose Issa Yessoufou, maître coranique. En France, les gens prient bien sur le goudron, non ? » Face à la levée de boucliers, le ministre de la justice, Joseph Djogbenou s’est exprimé fin janvier à la télévision, mettant en avant le fait que l’interdiction d’occuper l’espace public s’adressait à tous.

« Le gouvernement considère que nos rues ne peuvent plus être exposées à l’expression de la foi, quelles que soient les religions ». Et d’expliquer que la mesure visait aussi les processions pour le Christ Roi et les chemins de croix sur la voie publique.

Dans ce pays laïc, où la constitution garantit la liberté de culte, les religions imprègnent la vie sociale et politique, et elles coexistent sans difficulté, dans les familles comme au plus haut niveau. Aussi la crise actuelle soulève des questions inédites sur la place de la foi dans la société.

« À Rome, ça se fait dans la rue, et ici on va l’interdire ? », s’indigne Marius, catholique non pratiquant. Et les rites vaudous – très suivis dans ce berceau animiste –, se trouvent-ils aussi dans le collimateur ? Mais comment empêcher les sorties de masques ?

« Nos frères musulmans ont été humiliés »

L’Église catholique, jusqu’ici, n’est pas directement intervenue dans le débat. Mais le P. Julien Penoukoun, de l’Observatoire chrétien catholique de la gouvernance, condamne les autorités : « Nos frères musulmans ont été humiliés, il fallait dialoguer avant. »

Et de déplorer « une confusion : la prière, ça n’est pas une occupation à plein-temps du domaine public, c’est une utilisation collective que personne ne peut interdire. Le gouvernement veut être plus laïcard que les laïcs ».

Samedi 4 février, le président de la république Patrice Talon, élu en 2016, a reçu de hauts dignitaires musulmans. Prier dans la rue n’est pas un droit, leur a-t-il dit. Mais c’est autorisé à titre exceptionnel, lorsque les mosquées sont pleines. L’État, s’est-il engagé, aidera la communauté musulmane à disposer de lieux de culte plus spacieux.

Les religions au Bénin

23,8 % de la population est musulmane sur 10,7 millions d’habitants au Bénin.

Les chrétiens représentent 53 %, dont 25,5 % de catholiques et l’équivalent de protestants, une communauté qui augmente rapidement. Le Bénin est en effet touché par la multiplication des églises évangéliques : l’Église du christianisme céleste a ainsi été fondée au Bénin, à Porto-Novo, avant de s’étendre en Afrique Centrale, mais aussi en France.

18, 1 % des habitants se réclament d’une religion traditionnelle, notamment le culte vaudou, qui est très important dans le pays.

Au Bénin, la liberté religieuse est garantie par la constitution.

La Croix du 08.02.2017

Les prières de rue de nouveau autorisées

Le ministre de l’intérieur Sacca Lafia a annoncé que les prières de rue étaient autorisées temporairement les vendredis, au terme d’une rencontre entre le président Patrice Talon et les dignitaires musulmans. Elles étaient interdites depuis le début de l’année à la suite de la campagne de « déguerpissement » conduite par le gouvernement dans les principales villes du Bénin. Cet interdit avait suscité une vive indignation de la communauté musulmane.

La Croix du 10.02.2017



 




 

 

 

 

BIRMANIE


La voix de la tolérance religieuse assassinée en Birmanie

Au lendemain de l’assassinat politique d’un célèbre avocat birman de religion musulmane, Ko Ni, 63 ans, conseiller juridique d’Aung San Suu Kyi, le gouvernement doit relever le défi de la tolérance à l’égard des musulmans de Birmanie : 5 % des 53 millions d’habitants du pays.
Un défenseur inlassable de la tolérance religieuse a été assassiné en Birmanie. Des centaines de personnes étaient rassemblées, lundi 30 janvier, à Rangoun au lendemain du meurtre de Ko Ni, célèbre avocat musulman birman, connu pour ses discours sur la tolérance religieuse, et conseiller juridique pour le parti d’Aung San Suu Kyi, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), qui a évoqué un assassinat politique.
De retour d’un voyage officiel avec une délégation gouvernementale, Ko Ni âgé de 63 ans, a été assassiné alors qu’il attendait une voiture à l’extérieur de l’aéroport de Rangoun, a expliqué à l’Agence France-Presse Zaw Htay, porte-parole du président birman Htin Kway.
Devant la maison de Ko Ni et au cimetière musulman, des centaines de personnes se sont massées, le 30 janvier, pour un dernier hommage à ce personnage public qui osait plaider contre l’intolérance religieuse, dans un pays où les tensions sont fortes.
Dans la foule, de nombreux musulmans – les femmes portant des hidjabs de couleur blanche en signe de deuil – mais aussi quelques moines bouddhistes et des militants de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti au pouvoir depuis les élections de novembre 2015.
Le meurtrier présumé, qui a aussi tué un chauffeur de taxi qui tentait de l’arrêter, a été appréhendé par les forces de l’ordre. « J’ai entendu un "bang", je pensais que c’était un pneu. Je me suis retournée et là j’ai vu mon père à terre avec mon fils. J’ai hurlé », a raconté à une télévision locale la fille de Ko Ni, qui se trouvait avec son père à l’aéroport. « Beaucoup de gens nous détestent parce que nous avons une religion différente », a-t-elle ajouté.
« Une grande perte pour le pays »
Peu de temps après ce meurtre, Yanghee Lee, envoyée spéciale pour les Nations unies en Birmanie, a réagi sur Twitter : « c’est terrible. Aung San Suu Kyi doit faire la lumière sur cette mort ».
La police n’a pour l’instant fourni aucune indication quant aux motifs du meurtre, mais a indiqué que le suspect était sorti de prison en 2014 à la faveur d’une amnistie présidentielle après avoir passé 11 ans derrière les barreaux, notamment pour le vol de statues de Bouddha.
Des violences récurrentes contre la communauté musulmane
« C’est une grande perte pour le pays, pour les forces démocratiques et pour notre parti », a déclaré Tin Oo, chef de la LND qui a rendu visite à la famille.
Depuis l’ouverture du pays en 2011, les violences contre la communauté musulmane – moins de 5 % de la population – sont récurrentes en Birmanie. Ma Ba Tha, groupe de moines bouddhistes extrémistes qui se voit comme une vigie contre la menace d’une islamisation de la Birmanie, est notamment accusé d’attiser la haine antimusulmane.
Selon Amnesty, « un acte épouvantable »
Ces derniers mois, les tensions sont vives dans le pays avec notamment des troubles dans l’État de Rakhine (ou d’Arakan, nord-ouest), où plus de 66 000 musulmans rohingyas ont fui une opération de l’armée birmane, accusée par les ONG d’exactions – viols collectifs, torture, meurtres.
Josef Benedict, d’Amnesty International, a dénoncé un « acte épouvantable ». Ko Ni était un militant infatigable des droits de l’homme et sa mort marque la perte d’une voix importante », a-t-il ajouté. Pour l’ONG International Crisis Group, ce meurtre « souligne l’urgence pour le gouvernement birman et la société birmane de s’unir pour condamner toutes les formes de discours haineux »
Aung San Suu Kyi ne pourra rester silencieuse sur cet assassinat et sur la stigmatisation à l’égard des musulmans de Birmanie.

La Croix du 30.01.2017



 

 

 

 

BUNDU DIA KONGO


En RD-Congo, le réveil meurtrier d’une secte politico-religieuse

Les adeptes du mouvement politico-religieux Bundu dia Kongo se sont affrontés aux forces de la police, mardi 24 janvier à Kimpese, après s’être attaqués à la résidence du vice-ministre des Infrastructures de la Province du Congo Central, en RD-Congo.
De violents affrontements ont opposé les forces de l’ordre aux adeptes du mouvement politico-religieux, mardi 24 janvier à Kimpese, à 200 kilomètres environ au sud-ouest de Kinshasa. Les adeptes sont accusés d’avoir troublé l’ordre public après s’être attaqués à la résidence du vice-ministre des Infrastructures. Ils reprochent au ministre d’avoir tenu des propos jugés injurieux à l’endroit de leur chef spirituel et politique, le député national Né Muanda Nsemi.
Selon l’ONU, les accrochages ont provoqué la mort de cinq personnes. Pour divers témoins, le nombre de morts s’élève à sept. D’importants dégâts matériels ont également été constatés. « Les éléments de la secte Bundu Dia Kongo (BDK) ont organisé des manifestations à Kimpese suite auxquelles cinq personnes ont été tuées et plusieurs autres ont été blessées » dont un policier, a déclaré Félix-Prosper Basse, porte-parole de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco). Pour Henriette Lelo, sœur de Sainte-Marie de Matadi, jointe par Urbi et Orbi Africa « le bilan provisoire fait état de sept morts, des blessés et des magasins pillés. Cette situation paralyse toutes les activités urbaines dans toute la sous-région. »
Un groupe d’opposition religieux
Bundu Dia Kongo (« Royaume du Congo » en kikongo) est un groupe d’opposition religieux, très implanté dans la province du Congo-central. Il prône la restauration de l’ex-royaume Kongo, qui a connu son apogée au XVIe siècle et dont l’autorité s’étendait sur l’actuel Congo central et des territoires aujourd’hui en Angola, au Congo-Brazzaville et au Gabon.
En 2008, la secte a été réprimée au cours d’une opération militaire après une série d’attaques armées contre des agents de l’État menées par ses adeptes, qui appelaient la population locale à chasser les « non-originaires » de la province. Vingt-sept personnes au moins ont été tuées dans cette opération, selon le bilan officiel, une centaine selon l’ONU et une coalition d’ONG locales.
Officiellement interdite
Depuis lors, la secte est officiellement interdite de fonctionnement sur toute l’étendue du territoire congolais. Il est reproché à la secte la rébellion vis-à-vis de l’autorité établie, l’intolérance religieuse, les atteintes à l’intégrité physique des tiers et le pillage des églises traditionnelles.
En décembre 2015, le président Joseph Kabila a gracié neuf membres de BDK qui avaient été condamnés à perpétuité. À la suite de cette mesure, Ne Muanda Nsemi a amorcé un rapprochement avec Joseph Kabila avant de faire une volte-face brutale et de reprendre ses attaques au vitriol contre le président. Le mandat de M. Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter, est arrivé à échéance le 20 décembre 2016. Le chef de l’État se maintient néanmoins à son poste en vertu d’un arrêt contesté de la Cour constitutionnelle finalement avalisé par l’opposition dans un accord de cogestion temporaire du pays signé le 31 décembre.
L’ONU s’inquiète du réveil meurtrier de cette secte politico-religieuse du sud-ouest de la République démocratique du Congo. « Nous n’avions pas entendu parler de cette secte depuis un certain temps, nous voyons qu’il y a une renaissance, ce groupe qui a été dormant a repris les armes », a noté Félix-Prosper Basse dans une conférence de presse à Kinshasa.

La Croix du 26.01.2017

Affrontements entre police et adeptes d’une secte

Des affrontements entre policiers et adeptes de la secte politico-religieuse Bundu Dia Kongo (BDK, un groupe d’opposition sécessionniste) ont causé « des pertes en vies humaines » vendredi à Kimpese, dans le sud-ouest de la République Démocratique Du Congo.

Le Bien Public du 05.02.2017

 




 

 

 

 

CHAMANISME


Courcelles-lès-Semur : petit voyage en territoire chamanique

Depuis le mois de septembre, Rémi Remoussenard propose des soins chamaniques à Courcelles-lès-Semur, pratique peu courante dans la région. Rendez-vous au cœur d’une expérience du troisième type.

Les yeux sont fermés, le corps allongé sur un tapis, dans quelques secondes, une expérience singulière va commencer. Une expérience chamanique dans une pièce quasiment vide, nageant en pleine pénombre. Rapidement, des murmures résonnent comme une mouche qui tournoie. Ce sont ceux de cet homme, un chaman, la tête aussi nue qu’un sol nord sibérien.

Ouvrons bien grand nos esprits
Depuis début septembre, Rémi Remoussenard (lire encadré) a lancé une offre de soins chamaniques en Auxois, en tant qu’autoentrepreneur. Chaque séance – qui dure en moyenne une heure à son domicile, à Courcelles-lès-Semur ou en déplacement, facturée 50 € – commence par une petite discussion, histoire de faire connaissance. On s’allonge ensuite. Rémi s’assied derrière son autel : un tapis sur lequel se trouvent des objets sacrés, des plumes de faucons, des huiles essentielles, son crachoir…

Le chaman allume une bougie, « le symbole universel de la présence », avant de prendre une sauge blanche pour se purifier (l’esprit et sa vision) ainsi que les objets qu’il va utiliser. C’est à ce moment-là que tout esprit cartésien risque d’esquisser un sourire. Pour que le chaman puisse entamer son rituel – assisté de ses esprits alliés – il doit créer une zone de protection. « J’arrive rapidement à rentrer en transe, explique-t-il, en une poignée de secondes. » Pour cela, Rémi joue du hochet avec un rythme particulier, chantonne, avant de souffler sur la tête de son client « pour ouvrir la personne ».

« Cela ne doit pas être une thérapie à répétition »
Étonnament, les sensations sont là. L’interconnexion se fait. Durant une grosse demi-heure, Rémi va procéder à des « extractions d’esprits » parasites, une façon imaginaire de « secouer le pommier pour faire tomber les fruits pourris ». Mais aussi des « recouvrements d’âmes », en touchant le corps à différents endroits, pour ramener des parts qui auraient pu être égarées en chemin. Chose étrange, le chaman s’allonge également à plusieurs reprises près de son client « pour réaliser une sorte de scanner de la personne ». La fin du rituel se passe simplement, par une main sur l’épaule. Apaisement total. « Mes clients – il a même réalisé un rituel sur une chienne – sont des gens qui répètent soit les mêmes schémas négatifs dans leur vie, soit parce qu’ils sont parasités, soit parce que la médecine classique ne trouve pas de maladie ou de remèdes à leurs symptômes. » Et de poursuivre : « Mais attention, cela ne doit pas être une thérapie à répétition ».

Conscient que cette activité peut prêter aux rires voire aux moqueries, Rémi rappelle que les chamans ne sont « ni des fous, ni des superstitieux. Tout ce que je fais est légal et bénéfique, même s’il n’existe aucun diplôme. Je rappelle qu’à l’Urssaf, il y a une case chamanisme-ethnothérapie ». À l’avenir, il aimerait organiser des conférences, « car le chamanisme est très peu connu », voire former des gens à cette pratique.

Le Bien Public du 04.11.2016

Bio express

Rémi Remoussenard a 49 ans. Fils d’un paysan de la région, il se décrit comme quelqu’un de « calme, doux, plutôt introverti et bienveillant ». La nature, les animaux et une sorte de sixième sens – paraît-il – lui permettent de voir les girolles sous dix centimètres de mousse. Il fut, tour à tour, analyste programmeur pendant dix-sept ans à Dijon avant de se reconvertir dans l’ébénisterie. Et puis, il y a six ans, c’est une sorte de révélation. Un jour, il frappe à la porte d’un éco-hameau – celui du Val Courbe, près de Dijon – pour faire la publicité d’une conférence sur l’écologie organisée par une association dont il est trésorier. Il tombe sur Ivan, un type qui vit sur place. Il lui parle notamment des huttes à sudation (tentes à sueur, rituel important dans la tradition et la spiritualité nord-amérindiennes) qu’il organise régulièrement. Une dizaine de mois plus tard, il se lance dans cette expérience. (Depuis, il s’y rend une fois par mois pour se nettoyer.) « À la sortie, ce fut pour moi une forte sensation de la présence du sauvage-sacré. Une autre façon de l’exprimer, c’est le chamanisme. » Et de confesser : « À l’époque, je n’avais qu’une très vague idée de ce que c’était ». Rémi se plonge alors dans les ouvrages, participe à des stages en France, fait des rencontres « me faisant connaître d’autres chamans ». Avant de se lancer dans l’aventure en septembre.

Le Bien Public du 04.11.2016




 

 

 

 

CHARISMATIQUES


L’Église ivoirienne face aux dérives de certaines communautés nouvelles

Cela fera bientôt trente ans que les communautés nouvelles issues du Renouveau charismatique existent dans l’Église de Côte d’Ivoire.
Aujourd’hui, elles sont autour de 200 principalement installées à Abidjan. Alors que les critiques se multiplient, Urbi & Orbi Africa a enquêté.
« Mes confrères prêtres se plaignent beaucoup de dérives dans les communautés nouvelles. » Le constat, sans appel est du P. Norbert Abekan. « Lors d’une réunion de prêtres, un confrère m’a interpellé pour me dire “P. Abékan, le feu que tu as allumé, éteins-le”. » Ce prêtre d’Abidjan est pourtant l’un des pionniers du Renouveau charismatique en Côte d’Ivoire. Il a été l’un des premiers prêtres ivoiriens à lancer de grandes campagnes d’évangélisation regroupant des milliers de personnes. Beaucoup de responsables de communautés se disent ses « enfants ». Il est donc assez proche des communautés nouvelles.
« Il y a des dérives dans les communautés nouvelles », reconnait-il aujourd’hui. « Des soi-disant “hommes de Dieu” sèment la division dans les familles en accusant les parents et voisins d’être des sorciers, sources de tous les malheurs, d’autres exigent la dîme… » En Côte d’Ivoire, on compte aujourd’hui 200 communautés, principalement installées à Abidjan.
Responsable de coordination de la catéchèse du diocèse d’Abidjan, le P. Patrice Savadogo affirmait le 19 janvier à Urbi & Orbi Africa que certaines prédications des communautés nouvelles infantilisent les chrétiens. Il ajoutait : « nous devrions avoir des chrétiens fiers de leur engagement au nom du Christ et non des fidèles qui se réclament d’un prédicateur. »
Pour sa part, le P. Ernest Kouacou, chargé de la communication de la Conférence épiscopale régionale d’Afrique de l’Ouest (Cerao), dénonce lui aussi « cette façon cavalière d’évangéliser », sans mandat de l’Église et réfute la légitimité de la dîme, c’est-à-dire l’obligation faite aux fidèles de verser une participation financière chaque mois.
L’humilité d’étudier
Les exemples pourraient être multipliés de prêtres qui se plaignent des pratiques de ces communautés issues du Renouveau charismatique catholique.
« Il faut plusieurs années d’études pour être prêtre, il faudrait que les responsables des communautés nouvelles aient l’humilité d’étudier. Ils devraient tous faire de la théologie. Beaucoup le font mais pas tous. », tranche le P. Abékan.
Fély n’a pas eu une bonne expérience avec les communautés nouvelles. « J’ai fait partie d’un ministère d’une communauté nouvelle bien connue en Côte d’Ivoire. La dîme est exigée. Du fait de problèmes personnels, je n’ai pas pu verser ma dîme 2 mois de suite. Le responsable m’a suspendue de toutes les activités. Il tient à sa dîme. Il nous disait souvent ‘ vous allez souvent verser vos dîmes aux prêtres. Est-ce leurs prières qui vous ont obtenu du travail ? Non. C’est la mienne. Donc la dîme m’est due ! »
Pour lutter contre ces dérives, la Conférence des évêques catholiques de Côte d’Ivoire a créé en 2014 une coordination nationale des communautés nouvelles chargée de recenser, encadrer et former les responsables de communautés. Laurent Yoboue, serviteur général de la communauté de la Pierre Vivante et de louange est chargé de l’organisation au sein de cette coordination.
« Ce n’est pas un business mais un service à Dieu et aux frères… »
Le charisme de sa communauté, en plus l’évangélisation par la catéchèse, est de s’occuper des plus démunis. « Toutes les communautés nouvelles n’ont pas le même charisme. La question de fond est celle de leur charisme et des objectifs de leurs fondateurs », estime ce responsable de communauté. « Ceux qui prêchent la prospérité et les miracles sans jamais parler de la Croix du Christ attirent forcément plus de monde ! » Il ajoute toutefois que les communautés peuvent se parler franchement au sein de leur coordination. « Il faut aussi reconnaître que les communautés nouvelles sont d’une grande aide pour l’Église catholique », tempère-t-il.
Le P. Abékan abonde dans le même sens. « Il serait insensé de nier que ces communautés font du bien à beaucoup de personnes. Il faut juste que certains bergers reviennent à la raison. Ce n’est pas un business mais un service à Dieu et aux frères… »
Virginie est de ceux qui ne jurent que par les communautés nouvelles. Elle participe au moins deux fois par semaine à une campagne d’évangélisation. Dans son salon de coiffure, ce sont les enseignements des « bergers » qu’elle écoute à longueur de journée. « Avant les communautés nouvelles, les catholiques étaient amorphes. Ils n’osaient pas exprimer leur foi. Ils avaient même honte de faire le signe de croix en public. Maintenant, nous assumons notre identité de catholique. »

http://urbi-orbi-africa.la-croix.com/afrique/leglise-ivoirienne-face-aux-derives-de-certaines-communautes-nouvelles/?utm_source=wysija&utm_medium=email&utm_campaign=newsletter_edito_UOAfrica
3 février 2017

« Dans les campagnes d’évangélisation, les orateurs ne sont pas toujours recommandés par l’Église »

Alors que se tient à Katiola la 105e Assemblée plénière de la conférence des évêques catholique de Côte (CECCI) sur le thème : « L’importance de la catéchèse dans l’Église en Côte d’Ivoire », entretien avec le P. Patrice Savadogo, coordonnateur de la catéchèse à Abidjan.

Comment s’organise le catéchuménat dans le diocèse d’Abidjan ?

P. Patrice Savadogo : Le parcours de catéchèse est de 5 ans pour les enfants et les jeunes, 4 ans pour les adultes. Le baptême intervient au cours de la troisième année. Il appartient aux paroisses de faire appel à des catéchistes volontaires. Ils sont formés dans leur paroisse, leur doyenné et leur vicariat.

Nous exigeons également que chaque paroisse ait sa bibliothèque de catéchèse comprenant les Bibles recommandées, le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique. Nous avons même créé une version audio du compendium de l’Église catholique.

En milieu rural, les catéchistes animent les communautés, assurent les célébrations du dimanche en l’absence des prêtres…

Nous disons que le catéchisme est la colonne vertébrale de notre diocèse mais dans les faits, nous manquons de moyen : nous occupons un petit bureau dans une paroisse et nous n’avons plus de centre de formation pour nos catéchistes.

Les prédicateurs des communautés nouvelles dispensent aussi des enseignements aux fidèles. Comment percevez-vous ces enseignements ?

P. Patrice Savadogo : Nous n’avons pas la prétention de donner aux fidèles une connaissance totale. Mais nous entendons donner l’essentiel pour s’ouvrir à la lumière de la foi. Il n’y a pas d’opposition en tant que telle avec ce que font les communautés nouvelles. Mais il serait malheureux que les séances d’évangélisation prennent le contre-pied des acquis de la foi par la catéchèse et conduisent nos fidèles chrétiens à vivre dans ma peur ou dans l’infantilisation.

Est-ce souvent le cas ?

P. Patrice Savadogo : Dans certaines campagnes d’évangélisation, les orateurs ne sont pas toujours recommandés par l’Église et leurs desseins ne sont souvent pas clairs. Ces campagnes d’évangélisation ne construisent pas toujours des chrétiens adultes, mais visent à placer les fidèles à la solde de tel ou tel orateur. Ce n’est pas l’esprit de l’Église. Si ces campagnes d’évangélisation faisaient œuvre utile pour l’Église catholique, nous devrions avoir des chrétiens fiers de leur engagement au nom du Christ et non des fidèles qui se réclament d’un prédicateur. À moyen terme, il me semble nécessaire que les prédicateurs se forment et obtiennent une autorisation pour prêcher devant un large public.

La Croix Urbi et Orbi Africa du 19.01.2017

 




 

 

 

 

CHINE


Nouvelle incarcération d’un pasteur protestant influent

Déjà arrêté en janvier 2016 après avoir critiqué la campagne d’abattage de croix menée dans la province du Zhejiang, le pasteur Joseph Gu est de nouveau détenu depuis le début du mois. Personnage influent au sein du protestantisme chinois, le révérend Joseph Gu préside notamment l’antenne locale du Conseil chrétien de Chine (CCC), l’une des deux organisations officielles qui encadrent les Églises protestantes chinoises. Habile politique, le pasteur sait se faire apprécier à la fois des autorités communistes et des donateurs étrangers. Mais son opposition à la campagne de démolition de croix a conduit à sa disgrâce.

La Croix du 24.01.2017

En Chine, un pasteur protestant influent de nouveau emprisonné
Déjà arrêté en janvier 2016 après avoir critiqué la campagne d’abattage de croix menée dans la province du Zhejiang, le pasteur Joseph Gu est de nouveau détenu.

Samedi 7 janvier, la famille du révérend Joseph Gu (Gu Yuese, en chinois) a été avertie que celui-ci avait été arrêté pour « détournement de fonds ». Selon le message envoyé à sa famille, le pasteur de la plus grande Église protestante reconnue par Pékin est actuellement détenu au centre de détention de Hanghzou (capitale de la province du Zhejiang).

Personnage influent au sein du protestantisme chinois, le révérend Joseph Gu dirige l’Église Chongyi, qui compte 10 000 fidèles à Hangzhou, et préside l’antenne locale du Conseil chrétien de Chine (CCC), l’une des deux organisations officielles qui encadrent les Églises protestantes chinoises. Habile politique, le pasteur sait se faire apprécier à la fois des autorités communistes et des donateurs étrangers, alors même que les autorités chinoises s’opposent à toute influence étrangère sur les religions en Chine.

L’église Sanjiang de Wenzhou entièrement rasée

Mais son opposition à la campagne de démolition de croix dans sa province du Zhejiang a conduit à sa disgrâce. Depuis 2014 en effet, de nouvelles règles, imposées par le nouveau gouverneur de cette province (au sud de Shanghaï), interdisent les grandes croix sur les édifices religieux. Des centaines de grandes croix rouges, parfois lumineuses, qui signalaient les églises ont été détruites. Certains temples ont même été rasés, à l’instar de l’église Sanjiang de Wenzhou, immense bâtisse écrasée au bulldozer au printemps 2014, avant même d’avoir été mise en service.

Le pasteur Joseph Gu s’était opposé à cette campagne dans certains de ses prêches, ainsi que dans un communiqué sur le site Internet de l’Église Chongyi. En janvier 2016, il avait été démis de ses fonctions à la tête de Chongyi, puis chassé du CCC.

Arrêté peu avant Noël

Arrêté le 29 janvier 2016, il avait été accusé d’avoir détourné plus de dix millions de yuans (1,3 million d’euros). Après avoir été détenu au secret pendant deux mois, il avait été libéré sous caution et assigné à résidence – régime qui, en Chine, peut aller jusqu’à un isolement quasi complet, avec seulement des visites contrôlées de quelques proches.

D’après l’ONG China Aid, basée aux États-Unis, Joseph Gu aurait été arrêté à nouveau peu avant Noël, une période de l’année souvent difficile pour ceux que le régime chinois perçoit comme une menace. Il est le plus haut responsable d’une Église officielle arrêté depuis plus de soixante ans.

La Croix du 23.01.2017

En Chine, Mgr Ma Daqin revient dans l’Association patriotique

Placé en résidence surveillée depuis juillet 2012, après avoir annoncé qu’il quittait l’Association patriotique le jour même de son ordination comme évêque auxiliaire de Shanghaï, Mgr Ma Daqin est à nouveau membre de cette institution imposée par Pékin pour contrôler l’Église

Le 20 janvier, l’ordre du jour d’une réunion entre le Comité pour les affaires de l’Église de Shanghaï et la branche locale de l’Association patriotique des catholiques chinois, désignait l’évêque auxiliaire de la ville, Mgr Ma Daqin, en résidence surveillée depuis juillet 2012, comme « membre suppléant » du Comité permanent de l’Association patriotique à Shanghaï. Son nom n’y figurait toutefois pas sous sa fonction épiscopale, mais sous celle de prêtre.

Mgr Ma Daqin avait créé la surprise le 7 juillet 2012, le jour même de son ordination comme évêque auxiliaire de Shanghaï, avec l’accord de Pékin et l’assentiment de Rome. Ce jour-là, il avait annoncé qu’il quittait l’Association patriotique des catholiques chinois, l’institution imposée par Pékin pour exercer de l’intérieur un contrôle sur l’Église, pour se consacrer entièrement à son ministère épiscopal.

Le soir même, Mgr Ma était placé en résidence surveillée, dans une chambre du petit séminaire de Sheshan, à une heure de route du centre de la ville.

Quatre ans plus tard, en juin 2016, Mgr Ma avait de nouveau créé la surprise en postant sur son blog un texte où il expliquait regretter son geste du 7 juillet 2012. Mais nul, à l’époque, ne pouvait établir avec certitude que ce texte était bien de sa main ou qu’il lui avait été imposé par les autorités communistes.

Selon Église d’Asie, l’agence des Missions étrangères de Paris (MEP), cette nouvelle du retour de l’évêque auxiliaire de Shanghaï au sein de l’Association patriotique vient « compliquer un peu plus la situation ». En effet, il semble que Mgr Ma, dans un premier temps, a été réintégré dans l’Association patriotique en septembre dernier, en tant que vice-directeur pour le vaste district de Songjiang, au sud-ouest de Shanghaï.

Toujours selon Église d’Asie, « le fait qu’il apparaisse désormais dans les instances de l’Association au niveau municipal en tant que prêtre interroge. Les autorités chinoises veulent-elles signifier que l’évêque, âgé de 48 ans, ne peut agir, à l’avenir, comme évêque de Shanghaï ? Préparent-elles son remplacement par un autre évêque, qui serait transféré d’un diocèse voisin sur le siège de Shanghaï ? »

Méditations sur les prières du jour

Seule certitude : Mgr Ma vit toujours au petit séminaire de Sheshan en résidence surveillée, même si ce terme ne recouvre pas un régime de détention sévère. Il envoie quasi-quotidiennement, via l’application pour mobile WeChat, des méditations sur les prières du jour ; il peut rencontrer des gens et prendre part à des rencontres officielles. « Mais ne croyez pas pour autant qu’il est libre », met en garde un laïc de Shanghaï, interrogé par l’agence Ucanews.

Église d’Asie fait par ailleurs un lien avec l’interview que le pape François a accordée le 22 janvier au quotidien espagnol El Pais et dans lequel il déclarait qu’il aimerait se rendre en Chine et qu’il irait « dès qu’une invitation du gouvernement chinois lui serait envoyée ».

La question de Taïwan « plus urgente » que celle de l’ordination des évêques

Le pape s’est exprimé en ces termes, rappelle l’agence des MEP : « En China las iglesias están llenas. Se puede practicar la religión en China. » Ce qui peut se traduire par : « En Chine, les églises sont pleines. La pratique religieuse est possible en Chine. » D’aucuns ont retenu que le pape affirmait que la liberté de culte était respectée en Chine. Et les médias chinois ont aussitôt salué ces propos positifs du pape sur la liberté religieuse en Chine, en évoquant la possibilité de voir prochainement se conclure un accord entre le Saint-Siège et Pékin (1).

Le 26 janvier, le Quotidien du peuple, citant « un expert anonyme », rappelait que ce dossier était complexe du fait de la multiplicité des facteurs en jeu, notamment le facteur Taïwan. « Si le mouvement ‘pro-indépendance’de l’île [de Taïwan] continue à prendre de l’ampleur, le continent pourrait accélérer les négociations avec le Vatican », analysait cet expert. Avant d’ajouter que la question de Taïwan était aux yeux des dirigeants chinois « plus urgente » que celle de l’ordination des évêques.

(1) Le Saint-Siège est l’un des rares États qui entretiennent des relations diplomatiques avec Taïpei (capitale de Taïwan), toutes les grandes puissances ayant transféré, depuis plusieurs décennies, leurs ambassades de Taïpei à Pékin, répondant ainsi à la politique « de la Chine unique ».

La Croix du 02.02.2017



 

 

 

 

CHOI GATE


Corruption en Corée du Sud : le dirigeant de Samsung à nouveau entendu par la justice

Le dirigeant sud-coréen de Samsung est à nouveau convoqué par la justice dans le cadre de l'affaire de corruption impliquant la présidente du pays. Les enquêteurs indiquent avoir trouvé de nouveaux éléments auxquels ils souhaitent confronter Lee Jae-yong.
C’est un nouveau rebondissement dans le scandale de corruption impliquant le dirigeant de Samsung en Corée du Sud. Pour rappel, l’affaire touche jusqu’aux plus hautes strates de l’État sud-coréen : la présidente Park Geun-hye aurait été manipulée par l’une de ses amies, Choi Soon-sil, une chamane qui se trouve également être la fille du créateur d’une secte, L’Eglise de la vie Éternelle.
Une manipulation qui aurait permis à une association créée par cette secte de récupérer des millions de dollars, en provenance d’entreprises privées. C’est ici que serait concerné Samsung, et son dirigeant Lee Jae-young : la multinationale aurait contribué à ces dons d’argent en direction de la secte. En échange, le gouvernement de la Corée du Sud aurait soutenu la fusion de deux filiales de Samsung.
LES ENQUÊTEURS ONT FAIT DE NOUVELLES DÉCOUVERTES
Au début du mois de janvier 2017, l’arrestation de Lee Jae-yong avait été demandée par un procureur de Seoul, avant d’être finalement annulée. Si Samsung avait pu se réjouir de ce revirement, les investigations sur ce scandale de corruption étatique n’avaient pas pour autant été interrompues. Et il semblerait aujourd’hui que le dirigeant de Samsung doive être confronté de façon imminente à de nouveaux éléments trouvés par les enquêteurs.

En effet, le procureur chargé de l’affaire vient d’annoncer ce 12 février que Lee Jae-yong sera à nouveau convoqué par la justice. L’interrogatoire devrait permettre de décider si un nouveau mandat d’arrêt sera sollicité contre le dirigeant de Samsung, après un interrogatoire qui doit avoir lieu dans la journée du lundi. « Nous convoquons Jay Y. Lee pour le confronter à de nouvelles découvertes », a indiqué le porte-parole du procureur lors d’un conférence de presse. Deux autres dirigeants de Samsung seront également interrogés.
La justice soupçonne ainsi Samsung d’avoir promis pas moins de 43 milliards de wons (équivalents à 35 millions d’euros) aux fondations créées par Choi Soon-sil. Ce financement aurait pu servir de soutien à la carrière équestre de la fille de Choi Soon-sil, interpellée au Danemark sur demande des autorités sud-coréennes.
La présidente Park Geun-hye est pour l’instant toujours suspendue de ses fonctions, dont le Premier ministre assure la relève. La Cour constitutionnelle procède actuellement à des audiences afin de décider si elle prolongera la destitution de la présidente.

http://www.numerama.com/politique/232062-corruption-en-coree-du-sud-le-dirigeant-de-samsung-a-nouveau-entendu-par-la-justice.html
13.02.2017

L’héritier de l’empire Samsung arrêté dans le cadre de l’enquête sur le « Choigate »

Lee Jae-yong est accusé d’avoir versé des millions de dollars de pots-de-vin à la confidente de l’ombre de la présidente Park en échange de faveurs politiques.
« Il est avéré qu’il est nécessaire d’arrêter [Lee Jae-yong], à la lumière d’une nouvelle charge et de nouvelles preuves. » La justice sud-coréenne a annoncé, vendredi 17 février, l’interpellation de l’héritier du conglomérat Samsung dans le cadre d’une enquête pour corruption et trafic d’influence qui a mené à la destitution de la présidente Park Geun-hye.
Vice-président de Samsung Electronics et fils du président du groupe, l’homme de 48 ans est accusé d’avoir versé près de 40 millions de dollars de pots-de-vin à la confidente de l’ombre de Mme Park en échange de faveurs politiques. M. Lee a été incarcéré dans un centre réservé à la détention provisoire après une comparution, jeudi, devant le tribunal de Séoul où les juges ont examiné la demande d’arrestation le concernant. Il devra y rester en attendant une inculpation et un procès éventuels, processus qui pourrait durer des mois.
Samsung a réagi avec mesure, tandis que l’action perdait 1,5 % dans les échanges de la matinée : « Nous ferons de notre mieux pour que la vérité soit dévoilée lors du processus judiciaire ultérieur. »
Une fusion controversée
Le patron de fait du premier conglomérat sud-coréen – il en est devenu le patron de facto après la crise cardiaque de son père en 2014 – avait déjà été interrogé plusieurs fois dans le cadre de cette affaire. Il y a un mois, l’équipe spéciale d’enquêteurs avait créé une onde de choc au sein de Samsung en requérant l’arrestation de M. Lee pour des soupçons de corruption, d’abus de biens sociaux et de parjure. Mais la justice avait alors refusé de délivrer un mandat d’arrêt, estimant que les preuves n’étaient pas assez solides.
Le scandale qui secoue le pays est centré autour de Choi Soon-sil, amie de 40 ans de l’ex-présidente. Celle-ci est soupçonnée de s’être servie de son entregent pour contraindre les grands groupes industriels à « donner » près de 70 millions de dollars à des fondations douteuses sous son contrôle. Mme Park est accusée, elle, de collusion et d’avoir permis à Mme Choi de se mêler des affaires de l’Etat sans détenir le moindre titre officiel.
Les enquêteurs cherchent, en particulier, à savoir si les versements effectués par Samsung ont servi à acheter le feu vert du gouvernement à une fusion controversée entre deux de ses entités en 2015. Cette opération – réunissant Samsung C & T et Cheil Industries – avait été dénoncée par de multiples actionnaires qui estimaient que C & T avait été délibérément sous-évaluée.

Le Monde du 17.02.2017
 




 




 

 

 

 

CIVITAS


Les dons à Civitas ne feront plus l’objet de déduction fiscale

L’institut intégriste n’est plus considéré comme organisme d’intérêt général.

L’institut intégriste Civitas s’est vu privé de la capacité de délivrer des reçus de dons permettant à ses donateurs de bénéficier d’une déduction fiscale, a déploré samedi son président Alain Escada, qui dénonce une volonté de l’État d’« étrangler » l’association.

« Ce qui est utilisé comme argument, c’est la contestation de l’objet d’intérêt général. Être une association LGBT, une association laïciste ou pour l’euthanasie, c’est considéré comme de l’intérêt général et être une association catholique, c’est pas d’intérêt général », a-t-il affirmé à l’AFP.

Pas de commentaire de Bercy

L’administration fiscale permet à des « organismes d’intérêt général » de bénéficier de ce mécanisme afin de faciliter les dons. Privée de cette facilité, Civitas doit rembourser 55 000 € au fisc. Sollicité par l’AFP, Bercy n’a pas souhaité faire de commentaire.

Cette mesure intervient alors qu’une pétition en ce sens lancée par l’Union des familles laïques (Ufal) a été signée par 16 000 personnes.

« Nous relèverons l’étendard de la chrétienté »

« L’État ne s’est pas contenté de donner gain de cause à ces organisations de l’anti-France, il veut nous serrer à la gorge et nous étrangler financièrement. Les 55 000 € qu’il nous réclame vont mettre nos caisses à plat », déplore Alain Escada dans un communiqué.

« Civitas dérange ? C’est bon signe. Il est hors de question que nous courbions l’échine (…). Ensemble, si Dieu veut, nous relèverons l’étendard de la chrétienté, ajoute-t-il. Notre volonté ne faiblira pas, quels que soient les coups bas du pouvoir et de ses séides ».

La Croix du 30.01.2017

Fin des financements publics pour Civitas : retour sur une campagne victorieuse
Après trois années de mobilisation, l’UFAL vient d’obtenir que l’Institut Civitas ne puisse plus délivrer des reçus fiscaux permettant une réduction d’impôts à ses donateurs et se fasse redresser de 55 000 € pour les reçus au titre des dons émis depuis notre alerte.
Nous vous proposons de revenir sur cette campagne contre le financement de l’Institut Civitas, qui est une officine catholique d’extrême droite, dans le giron des Lefebvristes de la Fraternité Saint-Pie X, et qui s’est fait connaître du grand public lors des manifestations contre le projet de loi autorisant le mariage pour les personnes de même sexe.
L’Institut Civitas, des croisés en terre républicaine
L’Institut Civitas se place de lui-même en dehors du cadre républicain et laïque puisqu’il se décrit comme « un mouvement politique inspiré par le droit naturel et la doctrine sociale de l’Église et regroupant des laïcs catholiques engagés dans l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier. »
Ces « nouveaux fous de dieu », comme l’a écrit Luc Chatel dans un ouvrage que nous avons recensé, se voient tels des croisés en terre impie investis d’une mission divine qui vise à mettre à bas la République, modèle « à l’opposé du christianisme » tel qu’ils l’entendent.
Issu de la nébuleuse Lefebvriste et de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, c’est-à-dire des de la branche la plus réactionnaire et intégriste du catholicisme français (et belge), l’Institut se donne pour objectifs, dans une perspective Gramscienne (sic), la formation politique, la diffusion de son message, l’entrisme dans les lieux du pouvoir économique (1) et l’action concrète.
Non au facholicisme ! Soutien aux Femen et à Caroline Fourest.
C’est lors de l’une de leurs « actions concrètes », que le grand public les découvre haineux et violents grâce au courage des Femen.
En effet, le dimanche 18 novembre 2012, se déroule une manifestation qui regroupe les opposants à l’ouverture du mariage, opposants qui trouvent la Manif pour Tous trop timorée ! Derrière les bannières de Civitas, l’extrême droite traditionaliste défile avec des slogans ouvertement homophobes. C’est pour dénoncer cela que les Femen organisent une action sur le parcours de Civitas. Les services d’ordre de Civitas et du GUD vont réagir de manière extrêmement violente, tabassant les militantes jetées au sol, les pourchassant au cri d’un abbé appelant ses nervis à leur « montrer leur virilité » et s’en prenant au passage à des journalistes, dont Caroline Fourest, qui assistaient à l’action des Femen.
L’UFAL, proposant le néologisme de « facholicisme » pour qualifier ces actes, réagit le soir même par communiqué en solidarité avec les « victimes [qui]manifestaient pacifiquement leur soutien au mariage pour tous, ou faisaient leur travail de journaliste. »
À la suite de ces évènements, de multiples voix se sont élevées pour appeler à la dissolution de Civitas et du GUD. Nous comprenons ces appels. Mais compte tenu de la situation de faiblesse dans laquelle le gouvernement s’est mis face aux opposants à son projet de loi, nous considérons qu’il n’osera pas dissoudre ces mouvements et prendre le risque d’alimenter la contestation.
Forts de notre connaissance du financement de Civitas et des règles fiscales concernant les associations, nous décidons de lancer une campagne pour les toucher au porte-monnaie.
Stop au financement public de CIVITAS !
L’Institut Civitas, pour se financer, appelle aux dons. Jusque-là rien de répréhensible, toutes les associations peuvent le faire. Mais en échange de ces dons, l’officine proposait de remettre des reçus fiscaux qui permettent aux donateurs (particuliers ou entreprises), de déduire 60 à 66 % des sommes payées de leurs impôts (sur le revenu pour les particuliers et sur les sociétés pour les entreprises). Or, cette mesure fiscale est une forme indirecte de financement public : l’État laisse aux contribuables la possibilité d’allouer des fonds à des associations, fonds qui auraient dû finir dans son budget. À ce titre, cette libéralité est encadrée par les articles 200 et 238 bis du Code Général des Impôts, qui décrivent les cas où cela est autorisé. Au vu de l’objet des statuts de Civitas, déposés en préfecture, de son discours et de ses actions, il était manifeste que l’association ne correspondait à aucun de critères prévus, même celui d’intérêt général, pourtant large, et agissait donc de manière illégale.
L’UFAL décide donc de lancer une pétition appelant le gouvernement à se pencher sur les pratiques fiscales de CIVITAS et demandant que le ministre de l’Économie et des Finances prenne les mesures nécessaires pour que cela cesse.
Cette pétition est lancée le 29 novembre 2012 et recueille rapidement des milliers de soutiens et des signatures de personnalités.
Jean-Jacques Candelier (député du Nord, PCF), signataire de notre pétition, porte cette question à la connaissance du Ministère des Finances lors de la séance de l’Assemblée nationale du 11 décembre 2012.
Prière de rue de Civitas devant l’Assemblée nationale
Le 29 janvier, l’Institut Civitas organise une prière de rue devant l’Assemblée nationale le jour du dépôt du projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, avec comme mot d’ordre « la loi des hommes doit se plier à la Loi de Dieu ! »
Le 7 février 2013, l’UFAL écrit au ministre délégué au Budget, M. Jérôme Cahuzac, pour porter à sa connaissance les faits et demander des informations. Son Chef de cabinet, Mme Valente, nous répond que le ministre a prescrit un examen attentif à cette question.
En mars 2013, la plateforme de mobilisation pour l’égalité des droits, AllOut, nous contacte et décide de lancer également une pétition. Le président de Civitas, Alain Escada, confirme à un journaliste qu’il n’a pas fait de demande de rescrit à l’administration fiscale et qu’il a donc décidé de lui-même que son mouvement était d’intérêt général. Civitas se plaint de l’UFAL et de « [sa]traque au financement des associations de la résistance catholique (…) l’UFAL [ayant]fait appel à toute la clique des “bouffeurs de curés” : gauche caviar et extrême gauche, frères trois-points et lobby homosexuel, avorteurs et propagandistes de l’euthanasie ». Nous lui répondons à travers un nouvel article : « Civitas, la preuve par le fait » démontrant l’ineptie de leur discours.
Avril 2013, la loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe est votée, l’UFAL salue cette avancée vers l’égalité, malgré ses limites, et dénonce de nouveau les méthodes de Civitas.
Janvier 2014, toujours grâce aux impôts des citoyens, l’Institut Civitas porte plainte contre les Femen avec un argumentaire essayant de remettre le délit de blasphème au goût du jour. Puis l’Institut s’essaie à la censure télévisuelle avec pour objectif de faire déprogrammer un film, Tomboy, qui sera heureusement diffusé par Arte en février avec des audiences dopée par la polémique.
Le 4 avril 2014, l’Institut Civitas, ivre de son impunité, s’en prend violemment à Manuel Valls qui vient d’être nommé Premier ministre. Remettant à l’honneur les diatribes des ligues factieuses des années 30 :
 l’anti-bolchévisme primaire, Civitas parlant de « Valls le rouge » (sic) et de « dictature socialiste » ;
 l’emprise judéo-maçonnique, puisque M. Valls est présenté comme étant « l’homme du CRIF » et son gouvernement comme « celui de la franc-maçonnerie » ;
 la distinction chère à Maurras entre « pays légal et pays réel » ;
 la France éternelle souillée par les « guillotineurs de 1789 » et« la République ».
Toujours en avril 2014, on apprend que la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, dont Civitas peut être considéré comme la branche politique, se croit également au-dessus des lois, jugeant en interne un prêtre, sans porter l’affaire devant la justice des hommes, prêtre qu’elle punit de deux ans de couvent. Las, il est rattrapé par la justice de la République, et est écroué accusé de « viols, tortures et actes de barbarie sur trois enseignantes d’écoles de la Fraternité ».
Le 9 décembre 2014, essayant de faire de la surenchère suite à la décision de Robert Ménard d’installer une crèche de la nativité dans sa mairie de Béziers, et marquant à sa manière cette date anniversaire de la loi de 1905, Civitas parvient à installer une crèche religieuse au sein du Parlement européen de Bruxelles. Soutenue par des élus d’extrême droite, et portée par la réception officielle du pape par le parlement quelques jours plus tôt, la crèche ne sera démontée que trois jours plus tard.
Victoire ! Civitas ne se financera plus avec nos impôts !
La conclusion de cette campagne arrive le 29 janvier dernier : Alain Escada, président de Civitas, annonce que l’Institut vient de subir un contrôle et un redressement fiscal. L’administration fiscale valide donc notre argumentaire : Civitas ne pouvait pas émettre de reçus fiscaux. L’association qui n’a pas tenu compte de notre campagne, qui aurait pu constituer un avertissement pour elle, a continué pendant 3 ans à émettre des reçus et fait donc l’objet d’un redressement de 55 000 € d’amende. (2)
L’Institut s’est bien sûr empressé d’y voir « un complot de la République maçonnique », là où nous y voyons une victoire du droit.
L’UFAL salue cette victoire, obtenue après 3 ans de bataille et grâce à nos 16 000 soutiens que nous remercions vivement. Nous espérons que cela limitera la portée de leurs méfaits, mais nous resterons vigilants.
Note(s)
1. ↑ comme l’Opus Dei
2. ↑ Sur la base du calcul de l’amende prévue par la loi, qui correspond à 25 % des sommes perçues et ayant fait l’objet de reçus indus, cela correspond à la perception de 220 000 € de dons sur cette période. Les réseaux catholiques intégristes ont des moyens !

http://www.ufal.org/famille/fin-des-financements-publics-pour-civitas-retour-sur-une-campagne-victorieuse/?gclid=CjwKEAiAoOvEBRDD25uyu9Lg9ycSJAD0cnByqRMDx-I4_WAfyo2NlOUJAqMmE7i9uFtTm9Jc53P-dxoCOPDw_wcB
UFAL le 02.02.2017




 

 

 

 

COMMUNAUTES NOUVELLES

 

Interview du cardinal Joäo Braz de Aviz, préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique

Question. "Pouvez-vous nous dire combien d’entre elles sont actuellement sous enquête de la part de la Congrégation pour les religieux ?"

Réponse. "Il y en a environ 70 nouvelles familles religieuses sur lesquelles nous avons porté notre attention. Nous avons fait des visites et quelques-unes révèlent vraiment des cas préoccupants, avec de graves problèmes de personnalité dans les fondateurs et des phénomènes d’emprise, de fort conditionnement psychologique des membres. Il y a des fondateurs qui se sont révélés de vrais propriétaires des consciences. Le critère n’est plus l’unité avec l’Eglise, l’unité avec Pierre. Ce n’est pas pour rien que les fondateurs les plus rigides se sont montrés comme des personnes incapables d’obéir, des personnes qui doivent rester au pouvoir. Il s’agit clairement de dynamiques déséquilibrées et inacceptables. Il y a aujourd’hui une quinzaine de fondateurs qui sont sous enquête. Et quand nous nous mettons en mouvement – et nous le faisons après avoir reçu des signalements et des dénonciations – c’est qu’en général il y a un vrai problème, et quelques fois très grave. Le pape désire la transparence ; il veut la clarté et il nous a exhortés à faire un discernement courageux sur ce qu’est un charisme et sur ce qui ne l’est pas. Il nous soutient totalement. Il arrive même que des évêques locaux se sentent appelés aussi à la vigilance sur les formes de la vie consacrée qu’ils accueillent dans leur diocèse. Les omissions dans ce sens rendent les problèmes plus difficiles à affronter : si, en fait, on intervient quand un problème n’en est qu’au début, c’est toujours plus facile de le gérer."

SettimanaNews.it du 17.02.2017

 


 

 




 

 

 

 

COMPLOTISME


La fin du monde prévue le 16 février

Qu’aviez-vous prévu de faire le 16 février prochain? Vous devriez peut-être revoir vos plans s’il faut croire une nouvelle théorie du complot qui circule actuellement sur le web.
L’an dernier, la NASA a repéré un objet gigantesque traversant l’espace à grande vitesse en se dirigeant vers la Terre. Le bolide, qui fait environ 500 mètres de diamètre, a reçu le nom «WF9», rapporte The Indy100.
La NASA a assuré que l’astre passera très loin de la Terre, à une distance d’environ 52 millions de kilomètres, le 25 février prochain. Nous voilà rassurés.
Toutefois, à l’heure où les «fausses nouvelles» pullulent sur Internet, de nombreuses personnes qui ne font plus confiance aux médias, ou même à la NASA, se rabattent sur certaines étrangetés circulant sur les médias sociaux.
Un Russe, se définissant lui-même comme un expert en astronomie, affirme sur toutes les tribunes que la NASA nous ment.
Dyomin Damir Zakharovich est convaincu que nous sommes en danger de mort et que l’objet va nous frapper de plein fouet le 16 février prochain.
Ses prétentions ne s’arrêtent pas là. Le conspirationniste croit en l’existence de la planète ‘’Nibiru’’, supposément située à la limite de notre système solaire.
La NASA de son côté ne dit rien à ce propos, et dément le tout.
«Nibiru et toutes ces histoires à propos de planètes rebelles sont des canulars. De toute évidence, cela n’existe pas. La trajectoire de WF9 est bien définie et l’objet ne représente pas une menace pour la Terre», avait indiqué la NASA il y a quelque mois.

http://www.tvanouvelles.ca/2017/01/27/la-fin-du-monde-prevue-le-16-fevrier
27 janvier 2017

Conspi Hunter ou la traque aux théories du complot

Le journaliste Thomas Huchon a exploré les mécanismes de la complosphère où s'échangent des théories conspirationnistes. Il partage son expérience avec des élèves de troisième à Villejuif. Reportage.
"Qu'est-ce qu'on fait là ?" Ce jeudi matin, dans le couloir du collège Pasteur, à Villejuif, 56 élèves de troisième patientent.
A 10h10, la salle de projection ouvre ses portes. Décor typique d'un collège français : sol en PVC, néons blafards, faux plafond en dalles de fibre minérale. Les adolescents de 14 et 15 ans s'installent sur des chaises en plastique. Des bavardages s'élèvent.
Thomas Huchon, journaliste et réalisateur de documentaires, entre et s'avance au centre de la salle, devant un écran de projection. Il explique en introduction qu'il va diffuser une vidéo de 8 minutes, sans en révéler la teneur, précisant qu'ensuite il y aura un débat durant lequel "il faudra être honnête. Aujourd'hui, il n'y a ni cador ni boloss", glisse-t-il, suscitant quelques rires.
Après quelques soucis de matériel, la vidéo - qualité approximative et son criard - est lancée. Qu'importe, les élèves se concentrent sur ce qui s'apparente à un mini-documentaire sur le sida. Plus exactement sur son origine et sur un "mensonge d'Etat".
La séquence explique que le virus a été inventé par les Etats-Unis (plus précisément par la CIA) pour combattre la révolution castriste à Cuba durant les années 1960, justifiant ainsi le blocus de l'île. Et la récente détente entre les deux voisins est liée aux expérimentations cubaines sur un potentiel vaccin que souhaitent s'approprier les laboratoires pharmaceutiques américains et français.
Sur l'écran, des images de morts s'enchaînent avec des "preuves" et des interviews, le tout soutenu par une musique angoissante et une voix grave. Même au fond de la salle, les élèves les plus turbulents suivent avec attention. Au premier rang, un ado chétif à lunettes serre son manteau contre lui, derrière, une blondinette commente discrètement les images avec sa voisine.
"C'est trop tordu"
La séquence terminée, les lumières se rallument et Thomas Huchon interroge les collégiens sur leur ressenti. "J'ai appris beaucoup de choses", dit Sadou. "C'est fou que les Américains aient créé le sida." Aude renchérit :
"Moi, j'en avais déjà entendu parler."
A côté, Pate acquiesce. D'autres, en revanche, semblent douter. Un rapide sondage à main levée donne la tendance : la moitié s'interroge, un quart estime que les éléments avancés sont vrais, un quart rejette totalement la véracité de la vidéo.
"Moi, je n'y crois pas parce que le vaccin contre le sida, ça n'existe pas", lance Alexis. Capucine enchaîne : "C'est trop tordu d'inventer une maladie parce qu'on n'est pas d'accord avec un autre pays." Son voisin estime, lui, que "c'est faux parce qu'à Cuba, ils ne savent pas que le sida existe".
En maître de cérémonie, Thomas Huchon laisse la parole libre, poussant les plus timides à donner leur avis. Il estime que "démêler le vrai du faux s'avère parfois difficile", avant de lancer un second documentaire de 42 minutes. Celui-ci reprend le début de la séquence sur le sida, avant de brouiller l'image et d'asséner :
"Ce film, vu des milliers de fois sur internet, est un mensonge, une théorie du complot que nous avons inventée de toutes pièces."
"Se faire avoir une fois, ce n'est pas grave"
Les collégiens ouvrent de grands yeux, des murmures d'étonnement se font entendre.
Ce documentaire, à visée pédagogique et citoyenne, réalisé par Thomas Huchon pour le média en ligne Spicee, raconte la création d'une théorie du complot et sa diffusion sur les réseaux sociaux, afin d'observer les mécanismes de la "complosphère". En 21 jours de diffusion, la vraie-fausse séquence sur le sida a totalisé près de 10.000 visionnages sur YouTube, plus de 1.000 partages sur Facebook, et a été reprise par les sites conspirationnistes WikiStrike (plus de 1,5 million de visiteurs mensuels) et Réseau international (plus de 500.000).
A la fin de la projection, Thomas Huchon engage le dialogue avec les adolescents : "Se faire avoir une fois, ce n'est pas grave." Dans l'assistance, seul Maxime affirme avec aplomb ne pas s'être fait avoir parce qu'il a "l'habitude de voir des vidéos comme ça, avec des idées farfelues".
Interrogés, les 56 élèves confirment être déjà tombés sur des séquences douteuses, le plus souvent en naviguant de vidéo en vidéo sur YouTube. La plateforme de Google est devenue incontournable pour les ados : 88 % des 15-24 ans y regardent au moins une vidéo par jour, et y passent 5 heures 33 par mois.
"Se poser des questions, c'est bien, mais sur internet il faut se méfier de qui donne la réponse", pointe le journaliste.
"Jay-Z et Rihanna font partie des Illuminati"
Les conspirationnistes de tout bord ont bien intégré la désertion des médias traditionnels au profit des médias numériques, où la diffusion de théories vaseuses se voit facilitée par des algorithmes non vérificateurs.
Résultat : les thèses complotistes se propagent à une vitesse folle. Selon un sondage Odoxa, 38% des Français de moins de 25 ans estiment que le gouvernement américain est impliqué dans les attentats du 11-Septembre.
"Les adolescents manifestent une plus grande perméabilité que les adultes à l'égard des interprétations 'alternatives' de l'actualité", confirme une étude de l'université Jean-Jaurès de Toulouse.
Elle précise que "les déterminants sociaux et l'environnement informationnel semblent moins jouer dans la formation du jugement que le contexte de réception des énoncés".
Au-delà des plus jeunes, un sondage Ipsos indique qu'un Français sur cinq croit que les Illuminati "tirent les ficelles de l'économie mondiale". Au collège de Villejuif, dans la salle de projection, les 56 élèves en ont entendu parler.
"Ils existent, et Jay-Z et Rihanna en font partie", lâche l'un d'eux.
"Moi, je ne suis pas sûr...", hésite un autre. Thomas Huchon rappelle qu'il s'agit d'un groupe ayant réellement existé en Bavière au XVIIIe siècle avant d'être dissous en 1785. Il propose alors un test : "Si nous décidions de créer, là, tout de suite, une société secrète pour dominer le monde, combien de temps durerait le secret ?" Les adolescents s'en amusent, et lancent : "Cinq minutes !" ; "Même pas !"
« Votre seule arme, c'est votre cerveau»
"Toutes ces théories ressortent souvent au détour d'une conversation", souligne Olivia Laurin, professeur documentaliste au collège Pasteur et à l'origine de la projection du documentaire de Spicee.
"Par exemple, lors d'une sortie au musée, il y en a souvent un pour lancer une blague sur la présence d'un œil, signe des Illuminati. Ils ont été aussi plusieurs à me demander des livres sur les reptiles, j'ai compris après qu'ils s'intéressaient à la théorie des reptiliens."
Selon celle-ci, le monde est dirigé en secret par des reptiles à forme humaine qui se cacheraient sous la peau de personnalités comme Nicolas Sarkozy, Barack Obama ou Madonna. Un postulat loufoque pourtant relayé des milliers de fois sur les réseaux sociaux et des sites aux allures sérieuses. Seule solution : l'éducation.
Depuis la rentrée 2016, les collégiens bénéficient de cours collectifs afin d'apprendre à vérifier et à croiser leurs sources. En parallèle, plusieurs ateliers bénévoles se mettent en place pour s'initier aux médias, éduquer à l'image.
Thomas Huchon totalise déjà 46 interventions dans des classes sur toute la France. A Villejuif, il conclut par un ultime conseil :
"Sur internet, il y a un tas d'arnaqueurs qui veulent vous prendre pour des cons. Ne vous faites pas avoir. Votre seule arme, c'est votre cerveau."

http://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20170124.OBS4229/conspi-hunter-ou-la-traque-aux-theories-du-complot.html
28 janvier 2017





 



 

 

 

 

CREATIONNISME


« Le Mystère de la vie », le livre pour enfants dont le message flirte entre créationnisme et sexisme

Publiée à l'automne dernier par la prestigieuse maison d'édition l'Ecole des Loisirs, cette traduction d'un best-seller néerlandais destiné aux 9-12 ans mêle science et religion. Tout en invoquant l'humour, l'auteur fait-il l'apologie du créationnisme ?

C’est l’histoire d’un livre jeunesse promis à un grand succès. Une tranche dorée, un précieux signet rouge, le dos toilé d’un coton noir qui contraste avec le charme naturel de sa couverture en carton non blanchi, et sa montagne d’illustrations —sobres et délicates— rappelant l’esthétique de la sérigraphie. Sur la couverture, se détachent les lettres d’un titre aussi énigmatique qu’irrésistible: Le mystère de la vie. Destiné aux 9-12 ans, ce livre entend les initier aux dernières découvertes scientifiques sur l’origine du monde, des espèces vivantes et de chacun d’entre nous. Un concentré de sciences dans un écrin précieux, qu’on ne peut que désirer offrir. Qui plus est, ce petit bijou est édité par la prestigieuse Ecole des Loisirs, celle du merveilleux Claude Ponti, de la pétillante Jeanne Ashbé, ou du lumineux Anthony Browne. Mais voilà, derrière cette façade éclatante, se cache une toute autre réalité: en France, deux de ces pages, d’un sexisme effarant, ont fait scandale en novembre dernier; d’autres critiques ont signalé des inexactitudes scientifiques; mais plus encore, ce livre propose de mêler science et religion dans une alchimie aussi douteuse que dangereuse.

Retour sur une controverse en France
Paru en 2013 aux Pays-Bas, ce n’est qu’en octobre 2016 que ce livre a été traduit en français. Primé plusieurs fois dans son pays d’origine (lauréat en 2014 du Gouden Griffel et du Gouden Penseel) il devait être la promesse d’un succès éditorial fulgurant. Pourtant, dès la parution du livre en France, les lecteurs commencent à réagir: ils s’étonnent, s’indignent, des extraits du livre se diffusent à vitesse grand V et la polémique enfle. Le 8 novembre dernier, Philippe Aïm, médecin psychiatre, prend la plume, pour dire sa stupéfaction et son incompréhension du choix éditorial de l’Ecole des Loisirs, son billet sera lu près de 30 000 fois. Au cœur de la controverse, une double page cherchant à illustrer le fait que l’évolution de l’espèce humaine se poursuit à l’heure actuelle par un exemple des plus discutables: «Pourquoi les femmes sont-elles de plus en plus belles, et pas les hommes?» se demande l’auteur, avant de proposer son explication:
[…] Les hommes choisissent souvent les plus belles femmes, alors que les femmes tiennent moins directement compte de l’apparence physique d’un homme. Elles trouvent, par exemple, plus important qu’il soit intelligent, qu’il ait un bon travail ou qu’il excelle dans un domaine ou un autre. Les jolies femmes trouvent donc plus vite un homme et ont aussi plus vite des enfants. Parmi ceux-ci, les filles sont en général de plus en plus jolies. Les hommes n’ayant pas particulièrement besoin d’être beaux, les fils restent à l’image de leurs pères, c’est-à-dire pas terribles…»
Ce texte s’accompagne d’une illustration intitulée «sélection sexuelle» où un homme et une femme sont représentés côte à côte, en sous vêtement, et sont annotés à la manière d’un schéma: à l’homme «l’intelligence», le «bon métier», la «voix grave», les «poils sur le corps pour répandre une odeur masculine» ; à la femme, le «visage symétrique», les «lèvres charnues», la «poitrine généreuse», la «peau douce» et la «taille fine».


A en croire l’auteur, Jan Paul Schutten, et l’éditrice néerlandaise, Melanie Lasance, ces deux pages n’ont jamais connu la moindre critique aux Pays-Bas, seuls les lecteurs américains se seraient émus comme en France.
Réalité scientifique ou sexisme ?
Difficile de ne pas avoir envie de mettre directement un tel propos à la poubelle tant il semble contribuer à renforcer les stéréotypes culturels à la base des inégalités entre hommes et femmes: comment oser réserver l’intelligence aux seuls hommes? Comment nier la dimension sociale des injonctions à soigner son apparence dont les femmes sont quotidiennement victimes? Dès lors, deux hypothèses se dessinent: soit nous sommes face à une réalité scientifique, qui décrirait une dissymétrie biologique entre femmes et hommes (comme lorsqu’on constate que la grossesse est exclusivement à la charge des détenteurs d’utérus, le plus souvent des femmes); soit nous sommes face à un gloubi-boulga sexiste, qui tente de prendre l’apparence de la science pour mieux entériner nos préjugés culturels de genre.

Outre l’erreur grossière qui consiste à affirmer que les femmes ne transmettent leurs gènes qu’à leurs filles et les hommes qu’à leur fils, on peut s’interroger: chez les humains, la sélection sexuelle agirait-elle effectivement de manière spécifique selon qu’on est un homme ou une femme? Et si oui, se fait-elle sur la base de critères physiques relevant de la «beauté»? Juliane Casquet, docteure en évolution et maître de conférences à l’Agro Campus Ouest (Angers) a accepté de m’éclairer. Selon elle, la sélection sexuelle existe bel et bien chez les humains, mais elle se fait d’une manière si diverse et si dépendante d’autres variables sociales qu’on ne peut pas se baser dessus pour prédire quoi que ce soit concernant l’évolution de l’espèce:

« Il existe quelques critères morphologiques, notamment la symétrie du visage et le rapport entre tour de taille et tour de hanche pour les femmes ou entre tour de taille et largeur d’épaules chez les hommes qui ont été identifiés comme soumis à la sélection sexuelle de manière relativement universelle. MAIS (et c’est un gros mais) ce ne sont que des tendances générales. D’une part, la diversité est immense: les hommes préfèrent en moyenne un ratio taille-hanche faible, mais pas tous. D’autre part, d’autres facteurs entrent en compte pour le choix du partenaire: les facteurs culturels bien entendu, mais aussi le nombre de partenaires qu’on pourrait effectivement rencontrer selon notre lieu de vie ou encore les facteurs comportementaux. Il existe des études dans lesquelles les hommes préférés sont d’abord ceux qui sont les plus «dominants» socialement, ou d’autres qui tendent à montrer qu’un homme présenté comme ayant du succès avec les femmes a tendance à être plus attirant quelle que soit son apparence. Mais l’attraction n’est qu’une partie de l’équation car au-delà du court terme, on peut aussi souhaiter avoir un partenaire agréable et qui sera un appui solide pour le soin aux enfants.»
Lorsque j’ai demandé à Jan Paul Schutten quelles sources scientifiques il avait exploitées pour rédiger ce paragraphe, il m’a renvoyée vers cette étude longitudinale de psychologie portant sur 1244 femmes et 977 hommes nés au Wisconsin entre 1937 et 1940. Selon ces chercheurs, les femmes considérées comme attirantes auraient eu une descendance plus nombreuse que les femmes moins attirantes. Ces résultats doivent pourtant être considérés avec précaution, comme me l’a expliqué Juliane Casquet:

« D’abord, la pente de la corrélation est très faible: les femmes pas attractives ont entre 2,49 et 2,85 enfants alors que les femmes très attractives ont entre 2,61 et 2,98 enfants. Mais l’étude montre surtout une autre chose importante: la relation entre attractivité et nombre d’enfants n’est en fait pas linéaire. Le pic du nombre d’enfants est atteint pour les femmes «attractives» (2,87 à 3,24), les «très attractives» en ont moins qu’elles (2,61 à 2,98). Enfin, l’étude dit clairement qu’un phénomène similaire est observé chez les hommes: les moins attirants ont moins d’enfants (entre 2,19 et 2,55) que ceux qui sont moyennement attirants, attirants ou très attirants (entre 2,47 et 2,86).»
Humour ou sexisme?
Lorsqu’au bout de quelques jours de bad buzz, l’Ecole des Loisirs s’est résolue à justifier son choix éditorial, voici quels ont été ses arguments:

«Jan Paul Schutten ambitionne d’être lu par des pré-adolescents dont les capacités d’assimilation exigent des ellipses, des simplifications et surtout un ton parfois un peu «décalé», voire humoristique, qui offense sans doute le respect dû à la science, mais lui permet de remplir une mission capitale: éveiller et retenir l’attention».
Ainsi, non seulement les approximations scientifiques seraient justifiées par l’immaturité des jeunes cerveaux mais plus encore, si nous trouvons ce propos sexiste et nous insurgeons, c’est que nous ne serions finalement qu’une bande d’adultes amers qui manquent d’humour et d’irrévérence. L’auteur lui-même reprendra ces arguments en décrivant le style de l’illustratrice comme «beau, drôle et parfois un peu provocateur». Selon lui, tout ceci ne serait finalement qu’un regrettable malentendu: «Je crains qu'il n'y ait toujours des écarts entre les intentions des auteurs et la compréhension des lecteurs. Je le sais: j'ai un bac+3 en communication.»

«Je crains qu'il n'y ait toujours des écarts entre les intentions des auteurs et la compréhension des lecteurs.»
Jan Paul Schutten, auteur du livre
Si les féministes sont familières de l’argument fallacieux «c’est de l’humour» inlassablement répété pour justifier les blagues sexistes, l’inanité de l’argument n’explique pourtant pas l’adhésion du public néerlandais. Restait donc deux hypothèses: celle d’un problème de traduction qui aurait transformé un propos léger et ironique en ce ramassis de clichés; ou celle d’un choc culturel, la société néerlandaise aurait alors été telle que ce propos n’y aurait pas été perçu comme scandaleux.

J’ai donc soumis les deux versions, françaises et néerlandaises, des pages incriminées à Sabine Sur, traductrice. La traduction du néerlandais en français est connue pour ses difficultés: les propos peuvent facilement paraître péremptoires en raison de l’aspect direct de cette langue germanique. Selon Sabine Sur, les écueils ont pourtant bien été contournés:

«Il n'y a aucune erreur par rapport à l'original, le ton est respecté. Voici un exemple où le traducteur a adouci le néerlandais pour correspondre au ton léger et humoristique. Le texte dit que les garçons ressemblent à leurs pères, donc sont "net zo lelijk": "tout aussi moches", littéralement. La traduction dit que les garçons ne sont "pas terribles", ce qui est moins dur, plus badin et tout aussi parlant.»
Reste à comprendre ce qui a pu rendre acceptable un pareil propos aux Pays-Bas. Est-ce parce que cette société serait bien plus avancée que la nôtre sur les questions de sexisme et n’y verrait alors rien d’autre qu’une caricature d’idées obsolètes? Marieke, journaliste belge de 36 ans, résidant aux Pays-Bas depuis 2000, comprend l’adhésion du public néerlandais pour qui la lutte antisexiste doit d’abord se placer sur un plan social: «Bien sûr, c'est un portrait très stéréotypé et simplifié des hommes et des femmes, mais n'est-ce pas l’objectif de ce livre? Que de se concentrer uniquement sur les aspects biologiques? Ce que je peux dire pour les Pays-Bas, c'est qu’effectivement, je pense que c'est un pays sexiste. Mais je parle d'opportunités professionnelles inégales pour les hommes et pour les femmes, du fait qu’on attend des femmes qu’elles réduisent leurs heures de travail lorsqu’elles ont des enfants, et que les hommes sont payés plus pour les mêmes emplois, etc.»
Science et religion, un mélange instable
Outre ces deux pages sexistes, les autres 158 pages sont non moins problématiques. Il y a tout d’abord la longue liste d’erreurs et imprécisions scientifiques qu’un lecteur a pris le temps de répertorier dans un courrier adressé à l’Ecole des Loisirs. Mais ce n’est pas tout. Le plus frappant dans ce livre est le mélange des genres qu’il entretient, entre religion et sciences. A vrai dire, nombreux sont les passages où on ne sait plus exactement si on a affaire à un livre de sciences ou de théologie. La référence au «miracle de la vie» est omniprésente, et il ne s’agit pas seulement d’un émerveillement légitime face aux équilibres de la nature: «Tout ce qui vit est miracle» affirme l’auteur (p. 18), avant de développer: «Comment certaines cellules savent-elles qu’elles doivent devenir un cœur, un poumon, une narine droite ou un auriculaire gauche? C’est un vrai miracle, non? […] Qui a créé une nature aussi parfaite?» (p. 23). De même, l’auteur adopte de manière récurrente l’emploi du verbe «croire» pour décrire l’adhésion aux théories scientifiques: «Tous les scientifiques croient-ils en la théorie de l’évolution?» s’interroge-t-il (p. 129). Laissant penser que la science se fonde sur un acte de foi, et non sur la confrontation méticuleuse de preuves, et la mise à l’épreuve systématique des théories. Enfin, lorsqu’il discute des bizarreries de l’évolution et notamment de l’imperfection de notre œil, au sein duquel il existe une «tâche aveugle» à l’endroit où s’implante le nerf optique, il s’interroge: «Si Dieu a conçu notre œil de la sorte délibérément, c’est qu’Il voulait que nous ne puissions pas tout voir.» A quoi tout cela peut-il bien rimer? Pourquoi donc mêler ainsi les registres de manière aussi ambiguë ?
Est-ce une volonté de la maison d’édition Gottmer, qui fait vivre par ailleurs une large collection orientée vers les spiritualités et l’ésotérisme? Peu avant la fin de son livre, Jan Paul Schutten justifie pourtant sa démarche. Il explique avoir écrit ce livre dans le but de combattre les idées créationnistes: «Environ soixante pour cent des Néerlandais croient en la théorie de l’évolution. […] Aux Etats-Unis, plus de cinquante pour cent des habitants pensent que Dieu a créé la Terre en six jours. […] Dans la plupart des écoles, l’histoire de la Création telle qu’on la trouve dans la Bible doit être enseignée. Si on n’a pas reçu d’autre explication de l’apparition de la vie sur Terre, on continue à y croire. » Par mail, il me témoigne de la ferveur qu’il place dans ce combat: «Il est important que les gens croient en la science et non en la religion. Regardez ce qui se passe aux États-Unis. Le vice-président du pays le plus important du monde est un créationniste. La lutte contre le créationnisme pourrait être plus importante aujourd'hui qu'au cours des dernières décennies.»

Je me suis alors demandée si ce livre n’était tout bonnement pas une erreur de casting: pourquoi donc vouloir mettre un tel ouvrage, basé sur un tel projet, dans les mains de petits Français pour qui la confusion n’existe majoritairement pas, à qui on n’enseigne absolument pas le créationnisme à l’école publique, ni dans la plupart des écoles confessionnelles? Et si ce projet en apparence respectable en cachait un autre qui le serait bien moins?

Du créationnisme naïf à l’Intelligent Design
Penser que le créationnisme est le seul fait d’individus persuadés que le monde a été créé en 6 jours il y a quelques milliers d’années est profondément réducteur, et aussi dangereusement naïf. Dans une enquête publiée en 2013, Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, deux scientifiques reconvertis à la médiation scientifique ont dressé un état des lieux mondial des créationnismes. Ils ont pu montrer comment s’est peu à peu développé à partir des années 1970 un créationnisme «scientifique», cherchant à «prouver» par l’utilisation (du moins en apparence) des outils scientifiques, la véracité des récits bibliques. Dans le courant des années 1990, ce créationnisme «scientifique» a évolué vers l’approche «Intelligent Design» (ID) (en français, «dessein intelligent»): les références explicites à Dieu ou une quelconque cosmogonie ont été expurgées mais ces adeptes postulent non moins que c’est une force surnaturelle intelligente (et non le hasard) qui est le moteur principal de l’évolution des espèces. Selon Cyrille Baudouin et Olivier Brosseau, cette approche est actuellement très répandue de par le monde et ses discours sont partagés aussi bien dans les pays anglo-saxons à forte présence évangéliste que dans les pays musulmans: elle prendrait même à l’échelle mondiale des allures de croisade des croyants contre les non-croyants.
En apparence, l’approche ID ne semble pas être un obstacle à l’avancée de la science : après tout, peu importe que l’on pense que c’est Dieu ou le hasard qui guide l’évolution pourvu qu’on soit capable d’exploiter avec rigueur les données factuelles. Néanmoins, postuler l’existence d’une force intelligente guidant l’évolution implique deux postulats que l’approche scientifique réfute: d’une part, l’ID prétend que l’évolution a un «sens» (c’est-à-dire qu’on va forcément vers un constant perfectionnement des espèces) et d’autre part, elle place l’humain au sommet des espèces, elle le considère à ce titre comme le plus «perfectionné» des «inventions» de cette «évolution intelligente». Contrairement aux véritables scientifiques qui, croyants ou non en Dieu, s’abstiennent de faire intervenir leurs croyances dans leur raisonnement, ceux-là mettent en péril, par la confusion des genres, les bases épistémologiques qui assurent sa stabilité et sa force à la pensée scientifique.
Or il semble que le livre de Jan Paul Schutten s’inscrive précisément dans le courant de l’Intelligent Design. C’est ce qui transparaît quand l’auteur écrit: «Tout au long de l’évolution, c’est comme si de nouvelles «inventions» avaient permis de rendre la vie sur Terre de plus en plus perfectionnée» (p. 92); lorsqu’il se demande «pourquoi sommes-nous si intelligents et [les singes] si bêtes?» (p. 149) ou encore lorsqu’il explique qu'il y a «deux façons d’être créationniste», et que «la première consiste à croire que Dieu a créé la Terre mais qu’Il l’a fait d’une manière évolutive pendant plusieurs milliards d’années. Dans ce cas, on croit en Dieu et en l’évolution. Ces personnes sont nombreuses, et elles comptent beaucoup de scientifiques dans leurs rangs. Mais un peu plus loin dans ce livre, lorsqu’il sera question des créationnistes, je ferai référence aux gens qui nient que l’évolution ait jamais eu lieu» (p. 129). Ainsi, il semble que Jan Paul Schutten ait choisi son camp, celui des Intelligent Designers, renvoyant le créationnisme aux seules positions extrêmes et marginales. Dès lors, peut-on s’étonner que cette complaisance à l’égard des thèses du créationnisme scientifique ait été signalée dans les commentaires des lecteurs néerlandais et même saluée par le blogueur littéraire Jaap Friso, journaliste et animateur en 2009-2010 d’une émission hebdomadaire "JaapLeest" sur la radio chrétienne NCRV?
Pourra-t-on continuer de faire confiance les yeux fermés à une maison d’édition ayant pignon sur rue, jouissant d’un immense prestige dans les écoles et auprès des éducateurs, renommée pour la qualité de ses publications, et sa lutte pour le droit des enfants à accéder à de la «vraie» littérature ? Rien n’est moins sûr. Faudra-t-il également se préparer à défendre, y compris sur le terrain sensible de l’éducation des enfants et de la littérature jeunesse, l’indépendance de la science, non pas en niant le droit de chacun de pratiquer une religion, mais en réaffirmant la nécessaire séparation de ces deux regards sur le monde ?

http://www.slate.fr/story/136583/mystere-vie-ecole-des-loisirs-creationnisme-litterature-jeunesse
09.02.2017

Le livre d’un créationniste musulman choque à Genève

Croyances Des centaines d’ouvrages d’un télé-évangéliste turc ont été glissés dimanche dans des boîtes aux lettres à Genève.

Ce livre a été glissé dimanche dans de nombreuses boîtes aux lettres à Genève.

Après la bible distribuée le 9 février à la sortie d’une école par une organisation évangélique américaine, un étrange ouvrage sur l’islam a été livré le 12 février par de mystérieux messagers à Genève. L’opération a choqué des habitants, qui ont averti la police.
A bord d’un 4x4 noir rutilant immatriculé aux Pays-Bas, trois jeunes hommes élégants ne parlant qu’en anglais ont sillonné le canton dimanche. Cet équipage a déposé des centaines de livres dans des boîtes aux lettres, en entrant dans des immeubles par opportunisme.
«Quand j’ai lu le titre du livre, L’islam dénonce le terrorisme, je me suis dit que c’était positif. Mais en le feuilletant, certaines phrases m’ont choqué. L’auteur dénonce la théorie de l’évolution des espèces. Il veut réunir les chrétiens, les musulmans et les juifs, tout en critiquant ces derniers. Il y a tout et son contraire, c’est très ambigu. Et à l’intérieur, un flyer dit que l’organisation PKK ne représente pas les Kurdes. Je n’ai jamais vu une telle propagande pour un livre à Genève. C’est incroyable!» s’indigne un habitant. Il n’est pas le seul. D’autres bénéficiaires, bien malgré eux, de cette publication ont informé la police. Son service de communication confirme avoir eu connaissance d’une telle distribution à Carouge et aux Acacias, sans en dire davantage. Vernier, Malagnou, Contamines et Champel ont aussi été visités, selon nos informations.

Ce pavé de 328 pages écrit dans un français basique, richement illustré, publié sur papier glacé et imprimé en Turquie, est l’œuvre d’Adnan Oktar, alias Harun Yahya. Ce Turc n’en est pas à son coup d’essai. Il a inondé en 2007 plusieurs pays d’Europe, dont la Suisse, ainsi que le Canada et les Etats-Unis avec son Atlas de la Création, qui s’inspirait des sectes créationnistes américaines.
Considéré comme le chef de file du créationnisme musulman, l’homme a été condamné à trois ans de prison ferme en 2008 par une Cour d’Istanbul pour «création d’une organisation illégale» et «enrichissement personnel». Le quotidien Le Monde évoquait à l’époque ses précédents séjours en prison et en hôpital psychiatrique. Son profil ne l’empêche pas d’avoir des adeptes. En 2010, il a même donné une vidéoconférence à Genève.

Le «gourou» semble avoir retrouvé une légitimité en Turquie: il dispose actuellement de sa propre émission de télévision. Vendredi encore, il délivrait son message entouré de femmes aux lèvres pulpeuses. «C’est un télé-évangéliste musulman», estime Alain Bittar, directeur de l’Institut des cultures arabes et méditerranéennes L’Olivier, à Genève. Dans sa librairie, il n’y a pas trace de cet auteur. «Les thèses créationnistes développées dans cet ouvrage par ce monsieur n’ont pas leur place chez moi. Cela n’a rien de scientifique et correspond plus à de la propagande.»
La communauté kurde genevoise connaît bien Adnan Oktar, considéré comme un «antikurde», un «personnage fantoche, utilisé par le président turc Recep Tayyip Erdogan».
Informé de cette opération par notre appel, le consul turc à Genève, Levent Ceri, se montre choqué: «Ni le consulat ni le gouvernement n’ont jamais soutenu Adnan Oktar. Il n’a eu aucun lien avec l’Etat.»

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/distribution-massive-livre-creationniste-musulman-choque/story/30513369
13.02.2017





 




 

 

 

 

ECOLES


Une nouvelle école où les enfants sont... autonomes

Deux mères de famille veulent lancer l’école “Dé-couverte”. Une école démocratique, située à Tassin-la-Demi-Lune (Rhône) et dont l’ouverture serait en septembre 2017.
L’ancienne école Marin serait un des lieux possibles d’accueil de l’école Dé-couverte.
Faire confiance aux enfants, à leur curiosité et à leur autonomie, à leur rythme, en compagnie des autres, et de façon démocratique… Voilà, en quelques mots, les principes sur lesquels reposeraient les fondements de la future école Dé-couverte.
Ingrid Patris et Alexandra Tamisier sont deux mamans qui se sont toujours posé des questions sur la façon d’enseigner, ne trouvant pas vraiment de réponse dans le système classique. Ingrid, professeur de danse, a choisi pour cela de mettre sa fille dans une école Montessori, mais qui s’arrête en CM2. Alexandra, dont les deux enfants sont en maternelle, cherche une solution pour l’élémentaire.
En France, une quinzaine d’écoles ont ouvert en septembre
Après de nombreuses recherches, elles s’arrêtent sur le modèle des écoles, dont la plus ancienne, l’école Sudbury, a été créée il y a cinquante ans aux États-Unis. Il y en a maintenant 320 dans le monde, en France, trois, depuis trois ans, mais une quinzaine depuis septembre dernier. Elles ont la ferme intention d’ouvrir leur propre école sur ce même modèle.
Le principe est simple : un lieu accueillant proposant plusieurs espaces : de repos, de travail, un atelier et un jardin. Les élèves ? Des enfants de 3 à 19 ans et des facilitateurs d’apprentissages pour les entourer. L’enfant fait ce qu’il veut, on ne le force pas à apprendre, il va s’éveiller à travers différentes activités et par cela, acquérir des savoirs et des savoir-faire (construire une cabane, apprendre la géométrie). Des inspecteurs de l’éducation en famille passeront régulièrement pour vérifier si le socle commun de compétences et de connaissances est acquis.
Le prix : 450 euros par mois
« Ce n’est pas évident de s’affranchir de notre modèle éducatif. Nous sommes conscientes que cela peut faire peur aux parents. Mais d’autres modèles alternatifs existent et on a déjà assez de recul sur eux pour pouvoir dire qu’ils fonctionnent », explique Alexandra, elle-même professeur au collège.
L’effectif idéal est une cinquantaine d’enfants, et le prix autour de 450 euros par mois, moins si elles trouvent des partenaires.
Le dossier présentant leur projet pédagogique a été soumis à la mairie. Elles attendent qu’il soit accepté, puis qu’un lieu leur soit proposé, idéalement pour une ouverture en septembre 2017.

Le Progrès du 17.01.2017


 




 

 

 

 

EMPRISE


L'emprise émotionnelle : comment l'éviter et comment s'en libérer ?

L'emprise émotionnelle passe par la manipulation
L’emprise émotionnelle implique l’allégeance inconditionnelle d’une personne à une autre, cette dernière ayant totalement prise sur le psychisme de sa victime. Dans son livre, Se libérer de l’emprise émotionnelle, Sylvie Tenenbaum fait le point sur les relations toxiques et les manières de sortir d’une mauvaise passe.
Il n’est pas évident de s’extraire d'une situation d'emprise émotionnelle, qui amène à s’oublier totalement pour se soumettre aux volontés de son bourreau. Dans son livre, Se libérer de l’emprise émotionnelle, Sylvie Tenenbaum fait le point sur les relations toxiques et les manières de s'en sortir.
Selon une enquête de 2012 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), un quart des Français, soit plus de 15 millions de personnes déclarait avoir « été personnellement contacté par une secte ou les membres d’une secte » et plus de 20% des Français, soit 1 sur 5 (près de 13 millions de personnes) connaît personnellement dans son « entourage familial, amical ou professionnel une ou plusieurs personnes qui ont été victimes de dérives sectaires ». Des chiffres qui font froid dans le dos et appellent à la vigilance.
Qu’est-ce que l’emprise émotionnelle ?
« L’emprise émotionnelle est une domination de l’esprit, de la volonté, de la morale et de l’intellect d’une personne par une autre, détaille Sylvie Tenenbaum, auteur du livre Se libérer de l’emprise émotionnelle (éditions Leduc S). Elle attaque les fondements de l’estime de soi. Elle peut surgir dans toute relation humaine, que ce soit au sein du couple, de la famille, à l’école, au travail, en politique, en religion, en médecine... Il s’agit d’une allégeance inconditionnelle d’une personne à une autre, obtenue par manipulation de la victime. » A cause de cette manipulation, il est difficile pour la victime de se rendre compre du cercle vicieux dans lequel elle glisse.
« Je dis souvent que l’emprise est une attaque du psychisme, et même une effraction psychique, souligne Sylvie Tenenbaum. Elle atteint le regard que l’on porte sur soi, notre capacité à nous écouter et, si elle est trop forte, coupe le contact entre soi et ses émotions ». La victime d’un prédateur manipulateur n’arrive ainsi plus à réfléchir par elle-même et à s’exprimer sur son ressenti. « Il est rare qu’il y ait rébellion », constate la spécialiste. Si la relation doit avoir une fin tragique, c’est « bien plus souvent un suicide de la victime qu’un assassinat du bourreau ».
Comment éviter la spirale infernale ?
Dans son livre, Sylvie Tenenbaum passe en revue les différents types d’emprise possibles : en famille, entre amis, au travail, au sein de structures religieuses ou politiques, à travers des sectes, dans le travail psychanalytique (les « dérapeutes ») ou le cadre médical, mais également le prédateur interne, cette petite voix mauvaise conseillère. Toutes ces formes d’emprise nourrissent les besoins du prédateur, qu’il s’agisse d’un petit manipulateur comme d’un grand psychopathe, qui a pour but « de nuire à la victime pour se sentir exister ».
Elle enchaîne avec la présentation des différentes typologies de prédateurs, illustrant ses propos d’exemples tirés du cinéma qui parleront à tous, et leurs techniques d’approche. Sylvie Tenenbaum déconstruit les ressorts de la manipulation pour aiguiser notre vigilance dans les situations glissantes. Il est en effet plus facile de partir avant que la pente soit trop glissante que de sortir d’une emprise bien ancrée. Du côté des victimes, il est difficile de dessiner un profil-type, mais certains comportements sont à risque : faire confiance trop rapidement et raconter sa vie, de rendre toujours disponible, se laisser dicter ses envies, confondre rêves et réalités… Autant de perches tendues que s’empressera d’attraper le manipulateur pour resserrer son étreinte.
Rester alerte pour soi-même et ses proches
Si une personne a un doute sur la situation d’un de ses proches, elle ne doit pas hésiter à la questionner, avec bienveillance. « On peut demander à la personne si elle se sent heureuse, l’assurer que l’on est là si elle a besoin de parler, conseille Sylvie Tenenbaum. Poser ces questions peut agir comme un déclic. La victime est généralement dans un état de sidération qui l’empêche de fuir, alors que c’est ce qu’elle aurait de mieux à faire ».
Dans tous les cas, il est difficile de s’en sortir seul. « Il faut être très fort pour résister, assure Sylvie Tenenbaum. La meilleure façon est de s’ouvrir à un tiers de confiance ». Chose qui n’est pas aisée, car le prédateur a tendance à chercher à isoler sa victime. « La victime doit apprendre à mentir à son prédateur, conseille la spécialiste. Idéalement, il faut qu’elle note ce qui est dit et fait dans un carnet à cacher de sa vue, pour avoir des arguments lorsqu’elle parviendra à s’ouvrir ».
La fuite est une solution, surtout si la vie de la victime est en jeu (tendance au suicide par exemple). Mais la reconstruction de l’estime de soi nécessitera un accompagnement psychologique : « la victime est en ruine intérieurement, elle a besoin de reconstruire un sentiment identitaire, ce qui peut prendre du temps.

Se libérer de l'emprise émotionnelle
Sylvie Tenenbaum
Editions Leduc S
17 euros

http://www.femininbio.com/sante-bien-etre/conseils-astuces/l-emprise-emotionnelle-comment-l-eviter-comment-s-en-liberer-86379
27 janvier 2017

 




 

 

 

 

EVANGELIQUES


Après la crise, les protestants français redéfinissent leurs liens

Pour sortir par le haut de la crise suscitée au sein des courants évangéliques et réformés du protestantisme français par le débat sur la bénédiction de couples de même sexe mariés, la Fédération protestante de France a clarifié les liens qui unissent ses membres, à l’occasion de son assemblée générale ce week-end.
Il y a un an, les tensions dans le protestantisme français étaient vives. En cause, la décision de l’Église protestante unie de France (EPUdF, luthéro-réformée) de mai 2015 de permettre la bénédiction des couples mariés de même sexe, qui avait cristallisé des désaccords profonds au sein de la Fédération protestante de France (FPF). Cette option, rejetée par de nombreuses Églises évangéliques au nom de leur théologie, avait été ressentie par ces dernières comme une « blessure ».
La question s’était alors posée : s’ils partagent le socle commun de l’Évangile et de l’héritage de la Réforme, les différents membres de la fédération pouvaient-ils continuer à avancer ensemble en dépit d’importantes divergences doctrinales et morales ?
L’Assemblée générale annuelle de la FPF, qui se tenait à Paris samedi 28 et dimanche 29 janvier, semble avoir marqué le dénouement d’une des plus graves crises qu’elle ait traversées depuis sa création, en 1905. Au terme d’un processus de réflexion sur le lien fédératif, articulé autour d’un questionnaire distribué à ses membres en janvier 2016, un groupe de travail composé de huit représentants d’Églises a remis un rapport qui devait être débattu à cette occasion.
Cette résolution marque un « tournant historique »
Adoptée à la quasi-unanimité (entre 92 et 100 % des 106 votants selon chacun des six paragraphes), la résolution sur le lien fédératif a suscité un soulagement et un enthousiasme peu habituels. Très satisfait non seulement de cette issue mais aussi de la « densité et de la qualité » des échanges, le président de la fédération François Clavairoly assure que l’assemblée a vécu « un moment exceptionnel ».
Un sentiment largement partagé. Pour la théologienne baptiste Valérie Duval-Poujol, qui a piloté ce « G8 » aux côtés du réformé alsacien Christian Krieger, cette résolution marque un « tournant historique », précise-t-elle, et un nouveau départ qui fait suite à une « fracture elle aussi historique ».
La fédération, qui compte une trentaine d’unions d’Églises, dont près d’un tiers d’évangéliques, a donc décidé de se recentrer « sur sa mission de coopération et de représentation commune du protestantisme français », rappelant ainsi que les liens qui unissent ses membres ne sont pas ceux d’une union d’Églises. Par ailleurs, ses membres s’engagent à faire des efforts pour « mieux se connaître » et pour travailler ensemble sur des projets concrets.
Les échanges « francs » des mois passés
Enfin, la résolution prévoit de renforcer « l’ancrage local », c’est-à-dire de favoriser les liens à d’autres échelons que celui de la fédération.
Pour le pasteur Laurent Schlumberger, président de l’EPUdF, membre historique de la FPF, un tel aggiornamento était nécessaire. La fédération a connu de profonds changements à partir des années 1970, avec l’intégration de plusieurs Églises évangéliques. « En deux générations, des écarts se sont creusés, sans mise à jour du logiciel », synthétise-t-il.
« L’effort fourni au cours de l’année écoulée a été avant tout celui d’un dialogue et d’une clarification », destinés à dissiper de douloureuses « incompréhensions », estime pour sa part le pasteur Daniel Thevenet, président de l’Union des Églises évangéliques de réveil et lui aussi membre du « G8 ». Les échanges « francs » des mois passés et lors de l’assemblée générale ont permis « à chacun de se sentir entendu, compris ».
Le dialogue avec le Conseil national des évangéliques de France reprendra fin février
La mention de « l’accueil mutuel à la Sainte Cène » incluse dans la charte de la fédération était au cœur des difficultés et avait incarné le blocage. D’un côté, les luthéro-réformés, considérant que la communion est donnée par le Christ, ne voyaient pas d’empêchement à accueillir sans restrictions les évangéliques, tandis que pour ces derniers, partager la Sainte Cène devait justement être le signe d’une pleine communion et posait donc des problèmes. « La formulation de la charte était ambiguë, car on pouvait imaginer qu’il y avait une obligation à se recevoir les uns les autres », relève Valérie Duval-Poujol. L’assemblée générale a précisé la lecture qui devait être faite de cet accueil, à savoir celle d’« une invitation ». Il s’agira désormais de traduire cette interprétation dans les textes de la fédération et dans la pratique.
Fruit de ces avancées majeures, le dialogue avec le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), suspendu par ce dernier en 2015, reprendra fin février. Pour François Clavairoly, dans le cadre des 500 ans de la Réforme, l’enjeu de cette « redéfinition de l’identité de la fédération » est justement de s’ouvrir à tous les protestants pour « envisager ensemble les contours d’une nouvelle maison du protestantisme ».
Le Cnef renoue le dialogue avec la FPF
Depuis l’aval donné par l’Église protestante unie de France (EPUdF) aux bénédictions de couples de même sexe mariés, le dialogue était suspendu entre la Fédération protestante de France, qui comprend un tiers d’Églises évangéliques, et le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), instance créée en 2010 avec pour ambition de représenter le courant évangélique en France. Un an et demi plus tard, l’heure est au rapprochement : le président du Cnef, Étienne Lhermenault, a été invité à participer aux vœux de la FPF le 18 janvier puis à son assemblée générale. La reprise d’un dialogue officiel est prévue le 23 février.

La Croix du 30.01.2017

Les églises évangéliques s’agrandissent

Pour accompagner une croissance constante depuis une vingtaine d’années, les Églises évangéliques construisent des lieux de culte imposants, qui témoignent de leur confiance en l’avenir.

Elles entretiennent désormais des relations plus apaisées avec les autorités.

À Mulhouse, l’église du mouvement Porte ouverte chrétienne, inaugurée en 2015, dispose d’un espace de 7 000 m2.
 

Depuis quelques semaines, ce hangar de la zone industrielle au nord d’Alençon, qui abritait jusqu’à récemment une entreprise de moules en plastique, connaît une nouvelle vie. Emmitouflés dans leurs grands manteaux, des fidèles ont fait le déplacement pour s’y retrouver pour la prière commune, dans des locaux encore largement en travaux.

Sur la scène, l’épouse et la fille du pasteur Georges Kembo, responsable de cette communauté évangélique, entonnent des chants, au son de la batterie, du saxophone et du synthé, tandis que les paroles défilent sur un écran géant, permettant à l’assemblée métissée de se joindre à leurs voix.

Les effectifs ont triplé en quarante ans

Chaque dimanche, environ 200 personnes s’y réunissent pour le culte, un chiffre bien inférieur à celui que pourraient accueillir les 1 800 m2 d’un complexe comprenant de nombreuses salles. Au moment de l’arrivée, en 2013, de George Kembo, pasteur des « Assemblées de Dieu » (ADD), un des principaux regroupements d’Églises du Conseil national des évangéliques français (Cnef, qui fédère environ 70 % des évangéliques), la communauté comptait environ 80 personnes et se réunissait dans une petite salle du centre-ville.

« Les évangéliques n’entretiennent pas la mémoire mais cultivent l’espoir, avance le sociologue Sébastien Fath, spécialiste de ce courant du christianisme. C’est pourquoi ils construisent des lieux plus grands que nécessaire, en anticipant leur croissance. »

Un pari souvent gagnant. En un peu plus d’une quarantaine d’années, les effectifs de ce courant multiforme du protestantisme ont même triplé (lire les repères). Et depuis une dizaine d’années, les évangéliques ne s’en tiennent plus aux implantations d’églises mais agrandissent, aménagent, construisent.

Un projet d’espace culturel de 10 000 m²

Pour Sébastien Fath, cette « dynamique de construction est le signe d’un enracinement », d’un gain de moyens et d’expérience, mais s’inscrit aussi dans une « continuité ». « Comme pour l’islam, le nombre des évangéliques atteint une masse critique qui le rend visible », relève le chercheur. « Pour autant, leur croissance n’a pas changé de rythme », nuance-t-il.

Cet essor, la communauté de l’église Martin Luther King, à Créteil (Val-de-Marne), l’a connu également. En 2004, les fidèles se réunissaient dans une petite salle en location. Quatre ans plus tard, elle rachète les locaux de l’ancienne ANPE locale qui, après quelques aménagements, était en mesure d’accueillir 200 personnes. Depuis 2015, plus de 750 personnes se rendent à l’un des cinq cultes proposés chaque dimanche.

Pour accompagner cette croissance, le pasteur Ivan Carluer, responsable de cette communauté elle aussi du réseau des ADD, voit les choses en grand. Avec son équipe, il a lancé le projet à l’horizon 2020 d’un espace culturel s’étendant sur 10 000 m2.

Les évangéliques ont gagné en respectabilité

Une salle de 1 500 places servira au culte, mais de multiples autres possibilités seront ouvertes « à tous, indépendamment des religions », avec notamment une crèche bilingue, des salles pour les mariages (avec cuisine casher pour permettre aux juifs de les utiliser !) et même… un funpark, avec toboggans et piscines à boules pour les enfants.

Ces projets ambitieux donnent une « visibilité à des communautés issues des zones marginalisées de la société », analyse de son côté Sébastien Fath. D’autant que les autorités valident sans mal ces initiatives d’envergure, dans la plupart des cas. « La communication avec les élus se passe très bien », souligne Ivan Carluer, qui a même racheté des locaux appartenant autrefois au conseil général.

Après avoir longtemps suscité interrogations voire méfiance, les évangéliques ont gagné en respectabilité. Les permis de construire sont généralement de plus en plus faciles à obtenir, preuve d’une insertion solide dans le panorama religieux français.

Pourtant, ce n’est pas toujours le cas, « notamment dans les quartiers où le vote musulman constitue un enjeu électoral important », assure Thierry Le Gall, responsable de la communication du Cnef. Certaines municipalités ont tendance à privilégier la construction de nouvelles mosquées, regrette-t-on à demi-mot chez les évangéliques. « A contrario, glisse un bon connaisseur de ces questions, certaines villes n’hésitent pas à encourager les communautés évangéliques, pas mécontentes de ne pas avoir que des musulmans comme interlocuteurs religieux organisés et voyant là un moyen plus apaisé de gérer les fractures post-coloniales. »

Une nouvelle Église tous les dix jours

Selon les statistiques 2017 du Conseil national des Évangéliques de France (Cnef) publiées début janvier, avec près de 650 000 fidèles, les Églises évangéliques poursuivent leur croissance en France. Elles représenteraient un tiers du protestantisme français.

D’après cette étude élaborée par le pasteur Daniel Liechti, président de la Commission d’implantation d’églises nouvelles du Cnef, le nombre d’églises s’élève aujourd’hui à plus de 2 500, dont environ 2 200 en métropole. Depuis 1970, 1 750 Églises ont été implantées. En moyenne, 35 nouvelles Églises sont créées par an, soit environ une tous les dix jours.

Toutefois, la croissance la plus spectaculaire, sans qu’il soit possible de la chiffrer avec précision, ne vient pas des Églises fédérées au Cnef mais plutôt des communautés évangéliques non affiliées.

La Croix du 14.02.2017







 

 

 

 

EXTREME-DROITE


L’extrême droite allemande entre divisions et recherche d’alliances

À huit mois d’élections législatives, le parti populiste Alternative pour l’Allemagne (AfD) se rapproche du Front national mais se craquelle sous les divisions internes.
Berlin De notre correspondante
L’optimisme régnait samedi à Coblence, en Allemagne, où les formations d’extrême droite et populistes représentées au Parlement européen organisaient un « contre-sommet européen ». « L’année 2016 a vu le réveil du monde anglo-saxon. L’année 2017 sera celle du réveil des peuples d’Europe continentale », a lancé Marine Le Pen, aux côtés de Geert Wilders, chef du Parti pour la liberté (Pays-Bas), Matteo Salvini de la Ligue du Nord (Italie) et Frauke Petry, coprésidente d’Alternative pour l’Allemagne (AfD).
Euro, politique migratoire « catastrophique » d’Angela Merkel, islamisation de l’Europe… Ces formations avaient choisi des cibles communes alors que 2017 sera marquée par des scrutins majeurs en France, aux Pays-Bas et en Allemagne. Outre-Rhin, de fait, l’AfD pourrait faire son entrée au Bundestag. Les intentions de vote le concernant oscillent entre 12 et 15 %.
Pour ce parti encore neuf, fondé en 2013, le rapprochement avec le Front national marque déjà un tournant. Il y a quelques mois, Frauke Petry reprochait au parti de Marine Le Pen d’être « trop socialiste » sur les questions économiques. La critique persiste, mais le rapprochement vise surtout à installer l’AfD dans la dynamique portée par le Brexit, l’élection de Donald Trump, les sondages plaçant Marine Le Pen en tête du premier tour en France, et la menace terroriste en Allemagne.
Car le parti se trouve par ailleurs affaibli par ses divisions internes. Né dans le sillage de la crise de l’euro, l’AfD se débat entre une aile modérée, représentée par Frauke Petry, et un courant nationaliste et extrémiste qu’incarnent d’autres leaders originaires de l’est de l’Allemagne. La semaine dernière, Björn Höcke, chef de l’AfD en Thuringe, a soulevé un tollé en appelant de ses vœux un « virage à 180 degrés de la politique mémorielle » allemande. Il a critiqué le fait que l’Allemagne soit « le seul pays à planter au cœur de sa capitale un monument de la honte », en référence au Mémorial de la Shoah, à Berlin.
Pour le ministre allemand de la justice, Heiko Maas, l’AfD « montre son vrai visage » et « consent à devenir la nouvelle patrie des néonazis ». Et au sein de l’AfD, ces propos suscitent la polémique, au point que ses dirigeants devaient plancher hier sur une possible exclusion de Björn Höcke. « En Saxe, une part significative de la population trouve ces positions totalement légitimes », explique le politologue Steffen Kailitz, de l’Institut Hannah Arendt de Dresde. « Ces radicaux sont importants pour le succès électoral de l’AfD. En revanche, en Bade-Wurtemberg (dans l’ouest, NDLR), ses électeurs sont plus modérés et le parti peut y perdre. »
Depuis une semaine, des voix s’élèvent pour demander une surveillance de certains membres de l’AfD par les services de renseignements intérieurs. Un tel scénario pourrait effrayer une partie des électeurs les plus modérés, à huit mois des élections législatives, et ralentir l’ascension du parti.

La Croix du 24.01.2017
 




 

 

 

 

FEMEN


Une ancienne Femen condamnée pour son exhibition à l’église de Madeleine

L’avocat d’Éloïse Bouton, condamnée mercredi 15 février à 1 mois de prison avec sursis pour exhibition sexuelle, a annoncé son pourvoi en cassation.
La cour d’appel de Paris a confirmé mercredi 15 février la condamnation d’une ancienne militante des Femen, Éloïse Bouton, à un mois de prison avec sursis pour exhibition sexuelle lors d’une action dans l’église de la Madeleine à Paris.
« C’est parce que c’était dans une église ! » qu’elle a été condamnée, a réagi la jeune femme, rappelant que d’autres militantes des Femen poursuivies après des actions dans d’autres lieux ont été relaxées. « C’est un procès déguisé pour blasphème pour moi », a-t-elle ajouté, considérant le sursis qui pèse au-dessus d’elle comme un moyen de la « faire taire ». Un procès pour blasphème « même pas déguisé » aux yeux de son avocat Tewfik Bouzenoune, annonçant que sa cliente a immédiatement formé un pourvoi en cassation. Le groupe Femen a réagi sur son compte twitter, expliquant que la dernière condamnation en France pour une poitrine nue remontait à 1965.

Le 20 décembre 2013 au matin, la jeune femme s’était dirigée, torse nu, vers l’autel de l’église face à une dizaine de personnes présentes alors qu’une chorale répétait dans l’édifice. Elle portait sur le dos l’inscription « Christmas is cancelled » (Noël est annulé) et sur le ventre « 344e salope », en référence au manifeste de 343 femmes appelant à la dépénalisation de l’avortement en 1971. Elle avait ensuite déposé des morceaux de foie de veau censés représenter l’avortement de l’enfant Jésus.
Cette action visait à dénoncer les prises de position de l’Église dans le débat sur le droit à l’avortement, alors que des restrictions étaient envisagées en Espagne.
À l’époque maire de Paris, Bertrand Delanoë, avait publié un communiqué après avoir découvert « avec surprise et tristesse la nouvelle provocation des Femen à l’intérieur de l’église de la Madeleine. » « Je réprouve un acte qui caricature le beau combat pour l’égalité femmes-hommes, sème la discorde dans la société parisienne et choque inutilement de nombreux croyants », écrivait-il.
Plusieurs militantes des Femen poursuivies pour exhibition sexuelle ont été relaxées par la justice. Le 12 janvier, Iana Zhdanova, première Femen condamnée pour exhibition sexuelle, avait été relaxée par d’autres magistrats de la cour d’appel de Paris, mais le parquet général a formé un pourvoi en cassation. La jeune femme avait en revanche été condamnée à 600 € d’amende pour avoir dégradé la statue de cire de Vladimir Poutine au musée Grévin. Dans son arrêt, la cour a jugé que l’exposition d’un torse nu de femme « en dehors de tout élément intentionnel de nature sexuelle, ne peut (…) recouvrir la qualification d’exhibition sexuelle ». Il s’agit de la première décision de relaxe de ce chef pour une Femen rendue par une cour d’appel.
À Lille, trois Femen avaient été relaxées dès la première instance pour une action lors de l’arrivée de Dominique Strauss-Kahn au procès de l’affaire dite du Carlton.

La Croix du 15.02.2017
 




 

 

 

 

FIN DU MONDE


La fin du monde prévue le 16 février

Qu’aviez-vous prévu de faire le 16 février prochain? Vous devriez peut-être revoir vos plans s’il faut croire une nouvelle théorie du complot qui circule actuellement sur le web.
L’an dernier, la NASA a repéré un objet gigantesque traversant l’espace à grande vitesse en se dirigeant vers la Terre. Le bolide, qui fait environ 500 mètres de diamètre, a reçu le nom «WF9», rapporte The Indy100.
La NASA a assuré que l’astre passera très loin de la Terre, à une distance d’environ 52 millions de kilomètres, le 25 février prochain. Nous voilà rassurés.
Toutefois, à l’heure où les «fausses nouvelles» pullulent sur Internet, de nombreuses personnes qui ne font plus confiance aux médias, ou même à la NASA, se rabattent sur certaines étrangetés circulant sur les médias sociaux.
Un Russe, se définissant lui-même comme un expert en astronomie, affirme sur toutes les tribunes que la NASA nous ment.
Dyomin Damir Zakharovich est convaincu que nous sommes en danger de mort et que l’objet va nous frapper de plein fouet le 16 février prochain.
Ses prétentions ne s’arrêtent pas là. Le conspirationniste croit en l’existence de la planète ‘’Nibiru’’, supposément située à la limite de notre système solaire.
La NASA de son côté ne dit rien à ce propos, et dément le tout.
«Nibiru et toutes ces histoires à propos de planètes rebelles sont des canulars. De toute évidence, cela n’existe pas. La trajectoire de WF9 est bien définie et l’objet ne représente pas une menace pour la Terre», avait indiqué la NASA il y a quelque mois.

http://www.tvanouvelles.ca/2017/01/27/la-fin-du-monde-prevue-le-16-fevrier
27 janvier 2017



 

 

 

 

FORMATION PROFESSIONNELLE


Formation professionnelle : 11 milliards d'euros et des fraudes

"Absence de contrôles", "irrégularités", "fraudes" petites et grandes... la Cour des Comptes étrille un secteur d'activité en pleine expansion, à l'heure d'un chômage structurel chronique. Et elle somme l'Etat de jouer le régulateur
Forcément, plus il y a de chômage, plus la formation professionnelle des salariés augmente. Forte de ce constat de bon sens, la Cour des Comptes étrille, pour la deuxième fois en cinq ans, un "marché" en "forte croissance" et "particulièrement émietté", qui coûte chaque année 11 milliards d'euros aux entreprises.
Ce à quoi s'ajoutent le milliard d'euros dépensé par l'Etat et les 413 millions par les régions. Soit une enveloppe globale de 12,413 milliards d'euros.
"Irrégularités" et "fraudes"
La Cour dénonce pêle-mêle l'"insuffisance" des contrôles, les "irrégularités" et la "fraude" ainsi que "l'absence de politique de lutte contre la fraude", précisément.
"Le nombre de prestataires a considérablement augmenté depuis une douzaine d'années, et particulièrement dans la période récente", soulignent les magistrats financiers. Il en a été dénombré 76.551 en 2014. Contre un peu plus de 40.000 il y a une quinzaine d'années.
A la lecture du rapport, ce secteur d'activité s'apparente à un véritable maquis, en raison d'une "grande variété de statuts" des dits prestataires et de l'absence total "d'agrément" leur permettant d'exercer. "Une simple déclaration d'activité auprès des services de l'Etat" suffit pour "dispenser des formations" et "être financés à ce titre".
Bref, telle qu'elle est décrite dans le document, la formation continue n'offre pas la rigueur qu'on pourrait en attendre, du fait de la rotation de ceux qui en font profession. "Environ 9.000 nouveaux prestataires accèdent tous les ans au marché de la formation, tandis que des milliers d'autres en sortent", note la Cour des Compte qui souligne que les intervenants ayant moins de trois ans d'activité représentent un tiers de l'effectif. Ce qui laisse rêveur sur la qualité des services proposés.
Risque de "dérives sectaires"
Mais plus grave encore, la Cour dénonce le manque de contrôle des prestations offertes et pointes des "irrégularités" et des "fraudes" "difficiles à détecter", pointe-t-elle.
Elle n'en chiffre, par conséquent, pas le montant total.
"Qu'il s'agisse de fausses listes d'émargement, de surfacturation des heures de stages réellement dispensées ou encore de majoration du nombre d'heures effectuées, les montages utilisés apparaissent la plupart du temps très simples", expliquent les magistrats financiers.
Sans aller jusqu'à parler dans ce cas précis d'escroquerie, ils relèvent que des actions menées dans le "champ du développement personnel et du bien-être" s'éloignent du domaine de la formation professionnelle, ces "détournements pouvant aller jusqu'à des dérives sectaires".
Et la Cour de juger ces pratiques "d'autant plus préoccupantes qu'elles s'adressent en règle générale aux particuliers".
Les magistrats financiers ont par ailleurs détecté des mécanismes de fraude "de grande envergure et plus complexes, organisés en réseau" qui relèvent du blanchiment de capitaux.
A cet égard, les magistrats mentionnent un cas signalé en 2013 par le service régional de contrôle de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi) d'Île-de-France qui a saisi la justice après avoir mis au jour une vaste affaire "d'escroquerie en bande organisée" portant sur plusieurs dizaines de millions d'euros pour des faits intervenus entre 2007 et 2012. Elle impliquait plus d'une soixantaine de prestataires de formation ayant opéré au détriment de très petites entreprises (TPE de moins de 11 salariés) "moins armées pour détecter les fraudes".
"Si les moyens de sanctionner les irrégularités ou les fraudes existent en théorie, ils sont dans les faits peu mis en œuvre en raison de la lourdeur des procédures", constate la Cour des Comptes.
L'impuissance de l'Etat
Au risque de se répéter, elle suggère donc d'améliorer les "outils" pour une meilleure efficacité et souligne l'impuissance de l'Etat à jouer son rôle. "L'Etat peine à effectuer ces contrôles, comme la Cour a déjà été amené à le relever dans un référé du 3 janvier 2012 adressé au ministère du travail, de l'emploi et de la santé."
"Les contrôles sur place sont peu nombreux et les contrôles inopinés quasi inexistants", déplorent les magistrats.
Suite logique de ce constat : la Cour préconise de "définir et mettre en œuvre une stratégie de contrôle associant l'Etat et les organismes agréés". Elle relève à cet égard, que sans être à proprement parler un dispositif de lutte contre la fraude, la loi du 5 mars 2014 de l'ancien ministre François Rebsamen sur la formation professionnelle, destinée à améliorer la formation, a instauré un "référencement obligatoire et public des prestataires" à même d'en améliorer la qualité et "d'assainir le marché".
Mais, à ses yeux, un contrôle de qualité plus drastique s'impose et l'Etat ne doit pas se désengager de sa propre responsabilité en la matière, "tant sur les prestataires de formation que sur les organismes paritaires agréés eux-mêmes".
Dans sa réponse aux observations de la Cour, le gouvernement, par le biais de plusieurs ministères s'est contenté de "souscrire" aux recommandations de la Cour.

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20170208.OBS5023/formation-professionnelle-11-milliards-d-euros-et-des-fraudes.html
08 février 2017

Combien coûte la fraude à la formation professionnelle ?

La Cour s’est utilement intéressée à la fraude à la formation professionnelle. Son rapport reste toutefois très “en surface” et ne détermine pas exactement l’ampleur d’un phénomène qui touche un magot de plus de 10 milliards €.
Des irrégularités et des fraudes difficiles à détecter
Dans les faits, les irrégularités sont de nature très diverse et n’ont pas toutes une incidence financière : absence de comptabilité séparée, absence de règlement intérieur, publicité non conforme, etc. D’autres, en revanche, recouvrent des manœuvres frauduleuses, qui peuvent émaner des prestataires de formation, mais également des entreprises, voire des organismes paritaires agréés eux-mêmes.
1 – Les fraudes émanant des prestataires de formation
Les irrégularités et les fraudes les plus fréquentes émanent des prestataires de formation.
Les procédés de fraude employés ne se caractérisent le plus souvent par aucune complexité particulière. Qu’il s’agisse de fausses listes d’émargement, de surfacturation des heures de stages réellement dispensées ou encore de majoration du nombre d’heures effectuées, les montages utilisés apparaissent la plupart du temps très simples. Les montants unitaires en jeu sont généralement faibles, mais, dans certains cas, ils peuvent porter sur un nombre important de stages. Dans la mesure où les contrôles sont la plupart du temps réalisés sur pièces et a posteriori, la mise au jour d’une manipulation s’avère particulièrement difficile, d’autant qu’il s’agit pour l’essentiel de prestations immatérielles.
Les principaux risques de fraude concernent :
– les formations effectuées au bénéfice de salariés de très petites entreprises, qui connaissent mal le marché de la formation ;
– les formations donnant lieu à paiement direct par les organismes de formation par le biais de la subrogation en lieu et place des entreprises qui achètent les formations ;
les actions dont le contenu peut aisément s’éloigner du champ de la formation professionnelle (actions dans le champ du développement personnel et du bien-être), ces détournements pouvant aller jusqu’à des dérives sectaires.
Les actions de formation ayant pour contenu le développement des capacités comportementales et relationnelles ou se rapportant à des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique présentent un risque élevé à cet égard, comme le notait la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) dans son rapport au Premier ministre pour 2006. Ces pratiques sont d’autant plus préoccupantes qu’elles s’adressent en règle générale aux particuliers. Les fraudes observées dans ce domaine peuvent entraîner des conséquences très graves, tant sur le plan financier que familial ou médical.

Par ailleurs, comme le relevait Tracfin dans son rapport d’activité 2011, la formation professionnelle présente un risque en matière de blanchiment de capitaux, notamment en raison du caractère immatériel des prestations et de la diversité des circuits de financement.
À côté des fraudes isolées et de faible ampleur, il existe des mécanismes de fraude de grande envergure et plus complexes, organisés en réseau. Ces montages sophistiqués ont tendance à se développer, et doivent faire l’objet d’une attention particulière en raison de l’importance des sommes en jeu. Certains dossiers se traduisent en outre par des cumuls de fraudes (travail illégal, fraude à la TVA64 et à la législation fiscale en général) ; ils comportent souvent le recours à une sous-traitance et reposent sur une organisation géographique mise en place dans le cadre d’une véritable stratégie de détournement de fonds.
Une fraude de grande ampleur passant par un réseau de prestataires de formation
En 2013, le service régional de contrôle de la Direccte d’Île-deFrance a saisi le pôle financier du parquet de Paris pour l’informer d’une présomption de vaste escroquerie en bande organisée, assortie de faux et usage de faux et de blanchiment de fraude fiscale, qui serait le fait de plus d’une soixantaine de prestataires de formation. Ceux-ci avaient particulièrement ciblé de très petites entreprises, moins armées pour détecter les fraudes, en n’hésitant pas, dans certains cas, à se faire passer pour des OPCA ou à prétendre disposer d’un agrément de l’État. Les procédés utilisés prenaient la forme de formations fictives avec de fausses facturations en très grand nombre, de fausses conventions et de faux émargements de listes de stagiaires. L’escroquerie a été évaluée par le service régional de contrôle à plusieurs dizaines de millions d’euros pour des faits intervenus entre 2007 et 2012.
2 – Les fraudes impliquant les entreprises
Le contrôle des actions de formation peut se heurter au fait que l’entreprise est elle-même à l’origine de la fraude ou qu’elle en est complice, notamment lorsque les formations sont réalisées au sein de l’entreprise, par exemple dans le cadre d’une préparation opérationnelle à l’emploi au bénéfice d’un demandeur d’emploi.
Plusieurs contrôles ont mis en évidence un procédé de détournement, organisé par des employeurs, consistant à recruter des salariés sous contrat de professionnalisation65, sans que leur soit donnée la formation pour laquelle l’entreprise perçoit un financement. Dans ce cas, la fraude est d’autant plus compliquée à démontrer que les salariés concernés sont en situation d’insertion professionnelle dans l’entreprise et ne se sentent pas libres d’exposer les faits lorsqu’ils sont interrogés sur la réalité des formations dont ils auraient dû bénéficier.
Des formations fictives remboursées à une entreprise
Les dirigeants d’une entreprise ont monté avec un prestataire de formation des dossiers de prise en charge pour des formations destinées à leurs salariés. Ces formations qui devaient être réalisées au sein de l’entreprise n’ont en réalité jamais eu lieu. Le préjudice subi par les deux organismes paritaires financeurs s’élève à 143 000 euros. Le mécanisme de fraude était, en l’espèce, très simple, mais a nécessité une investigation poussée de la part des services de la Direccte et de la direction nationale des enquêtes fiscales (DNEF) pour établir la preuve matérielle de la manipulation. Cette affaire a fait l’objet d’une saisine du juge pénal.
3 – Des fraudes internes aux organismes paritaires agréés
Enfin, la fraude peut impliquer des complicités internes : il est ainsi arrivé que des salariés d’organismes paritaires agréés créent eux-mêmes des dossiers fictifs de remboursement. Dans ce cas, les montants détournés peuvent être particulièrement élevés.
Une fraude interne à un organisme agréé
À la suite de contrôles réalisés par sondage, l’expert-comptable d’un organisme paritaire agréé a découvert des anomalies se rapportant à plusieurs dossiers fictifs ayant fait l’objet de virements au profit de comptes appartenant au directeur de cet organisme et d’une société, dont ce dernier était également le gérant. Dans ce montage, le directeur a fait apparaître comme bénéficiaires des formations les salariés de la société dont il était le gérant. Le montant des détournements a été évalué à 575 000 euros. L’affaire a été portée devant le juge pénal par les services de la Direccte et l’organisme paritaire agréé s’est constitué partie civile dans l’action contre son directeur.

http://www.entreprise.news/combien-coute-fraude-a-formation-professionnelle/
9 février 2017




 




 

 

 

 

FRANC-MACONNERIE


En Côte d’Ivoire, l’Église catholique refuse des obsèques au grand-maître des francs-maçons

En Côte d’Ivoire, les obsèques de Magloire Clotaire Coffie, grand-maître des francs-maçons et de son acolyte Michel Georges Ghorayeb divisent catholiques et orthodoxes.
Le 29 janvier, deux hommes perdaient la vie dans un accident sur la route reliant Yamoussoukro à Abidjan. Les pneus de la voiture ont crevé, et elle a fait plusieurs tonneaux tuant instantanément ses deux passagers : le grand maître des francs-maçons de Côte d’Ivoire, Magloire Clotaire Coffie, et Michel Georges Ghorayeb, un autre « frère » franc-maçon.
Les deux hommes rentraient de la pose de la première pierre du temple qui doit porter le nom de Paumelie Coffie, le défunt frère de Magloire Clotaire.
L’histoire aurait pu se conclure par des obsèques catholiques classiques : Magloire Clotaire Coffie était, en effet, un habitué de la paroisse Notre-Dame-de-Bietry et Michel Georges Ghorayeb fréquentait la Mission catholique libanaise d’Abidjan, à Adjamé.
Refus de l’Eglise catholique
Le P. Augustin Obrou, chargé de communication du diocèse d’Abidjan confirme le refus du cardinal Kutwa d’autoriser des obsèques catholiques pour les deux francs-maçons : « On ne peut pas être franc-maçon et catholique à la fois. Le fait que les deux défunts allaient à l’église n’y change rien. »
Mgr Ziad Sacre, curé de la Mission libanaise catholique d’Abidjan a suivi le cardinal Kutwa dans cette décision. Seule concession faite par l’Eglise catholique : les prêtres de la paroisse Notre-Dame de Bietry célébreront une messe d’action de grâce pour Magloire Clotaire Coffie, le dimanche 12 février. « Les messes d’action de grâce peuvent être dites pour n’importe qui », explique le P. Serge Lorougnon, jésuite. « Quelle que soit la religion du défunt, sa famille peut demander une telle messe. »
Accueil des orthodoxes
Les proches des deux défunts se sont finalement tournés vers les orthodoxes. C’est donc le P. Jérémie Behanzin, de l’Église orthodoxe grecque qui a animé la veillée funèbre des deux hommes, lundi 6 février, en présence de nombreuses personnalités politiques.
Lors d’une célébration liturgique à la paroisse grecque orthodoxe d’Angré-Château, le dimanche 5 février, le prêtre orthodoxe a justifié le choix des familles, affirmant que Michel Georges Ghorayeb était orthodoxe mais, ignorant la présence de cette confession religieuse à Abidjan, il se rendait habituellement à la mission maronite.
Il ajoutait que son compagnon de route lors de l’accident avait toujours eu de la sympathie pour la religion orthodoxe mais n’avait pas pu intégrer la communauté avant son décès.

La Croix du 10.02.2017

Le cardinal Ravasi appelle à dépasser les préjugés envers les francs-maçons

Le grand quotidien économique italien Il Sole 24 ore a publié dimanche14 février une tribune du cardinal Gianfranco Ravasi où il reconnaît la possibilité d’un dialogue avec les « frères maçons », non sans rappeler l’incompatibilité entre appartenance à l’Église et à la franc-maçonnerie.
Le grand quotidien économique italien Il Sole 24 ore a publié dimanche14 février une tribune du cardinal Gianfranco Ravasi intitulée « Chers frères maçons », adressée au moins autant à des lecteurs catholiques qu’aux membres des loges maçonniques.
Le président du Conseil pontifical pour la culture, nommé à ce poste par le pape Benoît XVI et confirmé par le pape François, retrace longuement l’histoire des condamnations des groupes maçonniques par l’Église avant de reprendre de récentes propositions des évêques d’Allemagne d’« aller au-delà de l’hostilité, des outrages, des préjugés réciproques ».
Le cardinal relève en préambule la variété des affiliations et dénominations se réclamant de la tradition maçonnique, et l’impossibilité d’y « tracer des lignes de démarcation entre l’authentique, le faux, le dégénéré, ou la para-franc-maçonnerie et les différents milieux ésotériques ou théosophiques ».
Anthropologie et déisme
S’il est difficile de « dessiner une carte de l’idéologie qui régit un univers aussi fragmenté », le cardinal repère dans la franc-maçonnerie une « anthropologie fondée sur la liberté de conscience et de pensée, sur l’égalité des droits, et un déisme reconnaissant l’existence de Dieu, laissant toutefois fluctuer les définitions de son identité ».
« Il est en effet évident que la maçonnerie a assumé des modèles chrétiens, et même liturgiques » estime le président du Conseil pontifical pour la culture qui rappelle « qu’au XVIIe siècle, de nombreuses loges anglaises recrutaient leurs membres et leurs maîtres dans le clergé anglican, tant, il est vrai que l’une des premières et fondamentales “constitutions” maçonniques a été écrite par le pasteur presbytérien James Anderson, mort en 1739 ».
Le cardinal, qui fut l’organisateur du Parvis des gentils, une série de rencontres avec les non-croyants dans des grandes villes d’Europe, entre 2009 et 2014, en vient ensuite à l’hostilité ouverte entre l’Église et la franc-maçonnerie, « marquée par l’anticléricalisme d’un côté et les excommunications de l’autre ».
Condamnations par l’Église
Il mentionne longuement les condamnations successives de la franc-maçonnerie par l’Église catholique, à partir de la première d’entre elles, le 28 avril 1738, par le pape Clément XII, et son inscription dans le code de droit canonique de 1917 (canon 2335) par l’excommunication, puis dans le code de 1983 qui « conserve la substance de la peine » mais tempère la formule en « évitant la référence explicite à la franc-maçonnerie » (canon 1374).
Mais « ces diverses déclarations d’incompatibilité (...) n’empêchent cependant pas le dialogue » avance le président du Conseil pontifical pour la culture, en s’appuyant sur les commentaires faits par la Conférence épiscopale allemande (1980) et celle des Philippines (2003) de la Déclaration sur les associations maçonniques de la Congrégation pour la doctrine de la foi (26 novembre 1983), signée du cardinal Joseph Ratzinger, son préfet à l’époque.
Dialogue
Ces textes sont « significatifs », estime le cardinal Ravasi, « car ils abordent les raisons théoriques et pratiques de l’incompatibilité entre la maçonnerie et le catholicisme, comme les concepts de vérité, de religion, de Dieu, de l’homme et du monde, la spiritualité, l’éthique, les rituels, la tolérance ».
Cela n’empêcha par pour autant le dialogue, « comme l’indique explicitement le document des évêques allemands », poursuit le président du Conseil pontifical en reprenant l’énumération des domaines où l’échange est possible, comme « la dimension communautaire, la bienfaisance, la lutte contre le matérialisme, la dignité humaine, la connaissance réciproque ».
Il appelle à surmonter l’attitude de « certains milieux catholiques intégristes », qui accusent régulièrement certains membres de la hiérarchie de l’Église qui n’ont pas l’heur de leur plaire d’appartenir à la franc-maçonnerie. Si les différences « perdurent clairement » affirme le cardinal Ravasi, « il faut aller au-delà de l’hostilité, des outrages, des préjugés réciproques ».

La Croix du 18.02.2016


 




 

 

 

 

FRONT NATIONAL


Le Bien Public du 18.02.2017

 

 




 

 

 

 

GOUROUS


Les gourous les plus dangereux de l’histoire des sectes

Grands manitous

Leaders auto-proclamés de mouvements « religieux » ou « philosophiques » des plus obscurs, les gourous ont souvent fait les gros titres de la presse internationale. Rarement pour y annoncer de bonnes nouvelles. Les Davidiens, le Temple du Peuple, Aum Shinrikyo… Qui a bien pu pousser ces sectes à commettre l’irréparable ? Entre égocentrisme et despotisme, retour sur les plus grandes figures du sectarisme, d’ici comme d’ailleurs.

Jim Jones : l'archétype

S'il est un modèle de secte à ne pas reproduire parmi tous (même si les autres sont également vivement déconseillés), c’est bien celui du Temple du Peuple. Devenue parangon de l’imaginaire collectif autour des mouvements sectaires, l’histoire du révérend Jim Jones et de ses disciples illustre de façon spectaculaire les dérives des mouvements religieux évangélistes à l’américaine.
Pasteur respecté, Jim Jones aurait pourtant pu suivre les traces de Martin Luther King lorsqu’en 1961, il entre dans les ordres pour gérer une congrégation protestante importante. À l’origine, « Les disciples du Christ » forment une Église où l’on traite les Noirs avec le même respect que les Blancs. Engagé dans une lutte pour l’égalité raciale et la justice sociale, le pasteur commence à adopter des enfants de différentes « races » pour créer sa « Rainbow Family »… L’homme rêve d’expansion et décide donc de partir convertir de nouveaux adeptes à travers les États-Unis, achetant des églises à San Francisco et Los Angeles. Jusqu’ici tout va bien. Mais porté par les louanges de la presse et ses amitiés importantes, Jim Jones commence à déraper en s’inventant un don de « guérison miraculeuse » qui attire plus de 1 000 fidèles à Jonestown, un village du Guyana, rebaptisé en son nom. Aux États-Unis, les premiers témoignages inquiétants d’hommes et de femmes revenus de ce lieu mystérieux font leur apparition : leader despotique, dépouillement des fidèles, travail forcé, morts suspectes, annonce d’une apocalypse nucléaire, interdiction de quitter « les abris » de Jonestown…

Le jour où…
En novembre 1978, le député Leo Ryan est envoyé par les familles de membres et le gouvernement américain pour mener une enquête sur la communauté suite à des plaintes déposées. Accompagné par des journalistes de NBC et du Time, il passe quelques jours à interviewer les disciples. Certains membres, exprimant le souhait de quitter la communauté décident de partir avec Leo Ryan. Ce dernier, plusieurs journalistes et quelques « déserteurs » sont abattus froidement par les hommes de main de Jim Jones, devant l’avion qui devait les ramener aux États-Unis. Plus tard dans la même journée, 908 habitants de la communauté, dont plus de 300 enfants et leur gourou, meurent dans ce que l’on considérera plus tard comme un « suicide collectif ». Les causes de décès ? Une mélange de jus de raisin, cyanure et somnifères…


Shoko Asahara : le terroriste

Chizuo Matsumoto attend toujours la date de son exécution par pendaison. Depuis 2004, le gourou de la tristement célèbre secte japonaise Aum Shinrikyō patiente silencieusement dans le couloir de la mort. En vérité, il est impossible de savoir si l’homme est toujours vivant : au Japon les condamnations se déroulent dans le plus grand des secrets et toute communication entre le prisonnier et le monde extérieur est formellement interdite (mis à part l’avocat et quelques membres de la famille). Mais qu’a fait Chizuo Matsumoto, alias Shōkō Asahara pour mériter ce châtiment ?
Le jour de son procès, le 27 avril 2004, Asahara, assis sur le banc des accusés, répète infatigablement les mêmes gestes. L’homme est fou. Mais le Japon l’abomine et il sera jugé en conséquence. Né pratiquement aveugle, acupuncteur et père de six enfants, voilà à peu prêt tout ce que l’on sait de ce natif de l’île de Kyūshū. Car tout au long de son procès, il restera muet, refusant de répondre aux questions des juges, des victimes mais aussi de ses 12 avocats. Pour ce qui est de l’idéologie de sa secte, elle s’inspire principalement du bouddhisme, de l’hindouisme, de l’apocalyptisme chrétien et du New Age. Secouez le tout et vous aurez un mouvement déterminé à provoquer un Armageddon, pour éradiquer « les hommes corrompus » de la surface de la terre. Responsable des attentats les plus meurtriers de l’histoire de l’archipel (après-guerre), Shōkō Asahara et sa secte Aum Shinrikyō ont des comptes à rendre à la société nippone. Quelles ont été les motivations de cet acte innommable ? Ce n’est pas Asahara qui répondra.

Le jour où…
Le 20 mars 1995, une série d’attentats simultanés au gaz sarin touche cinq trains sur trois lignes du métro de Tokyo. Le leader de Aum Shinrikyō et ses fidèles provoquent la mort de 13 personnes et en blessent plus de 6 000. Si l’enquête ne mettra jamais le doigt sur le mobile, la police arrivera tout de même à prouver que la secte était responsable d'un second attentat (à Matsumoto en 1994, 7 morts). Aujourd’hui, elle compterait encore un bon millier d’adeptes.


L. Ron Hubbard : l'accompli

Cela va sans dire, Lafayette Ron Hubbard a réussi son coup. Inventeur de la dianétique – une soi-disant théorie d'éveil spirituel – il est aussi, et surtout, l’un des rares gourous à avoir pérennisé l’ensemble de ses croyances et pratiques. Car si en France, l’Église de Scientologie est considérée comme une secte, il n’en va pas de même dans le reste du monde. Aux États-Unis – son berceau – comme en Australie, au Portugal, en Espagne, au Royaume-Uni, en Slovénie, en Suède au Kyrgyzstan ou à Taïwan, les activités des scientologues sont parfaitement légales. Et si aujourd’hui, David Miscavige dirige l’Église d’une main de fer, elle ne serait rien sans son créateur.
À l’origine des méthodes, étapes, enjeux, différentes branches, dogme ultime mais aussi des brimades, abus de pouvoir, pressions et escroqueries, un homme, né en 1911 et écrivain de romans de science-fiction à succès. Au commencement, il y aurait un dictateur intergalactique nommé Xenu, qui aurait transporté des milliards d’extraterrestres sur Terre avant de les jeter dans des volcans et de les faire exploser. C’est en tout cas ce dont L. Ron Hubbard voulait persuader ses disciples lorsque, en 1953, il fonde la première église de Scientologie. Et – mystère du cerveau humain – certaines personnes se sont mises à y croire, y compris des grands noms d'Hollywood (Tom Cruise, John Travolta, Will et Jada Smith, pour ne citer qu'eux). Selon son site Internet, la Scientologie se donne comme but l’élaboration d’ « une civilisation sans folie, sans criminel et sans guerre, dans laquelle les gens capables peuvent prospérer et les gens honnêtes peuvent avoir des droits, et dans laquelle l’homme est libre d’atteindre des sommets plus élevés. » Le seul problème ? L’Église de la Scientologie, L. Ron Hubbard et David Miscavige n'ont jamais appliqué leurs propres préceptes.

Le jour où…
Difficile de choisir un épisode en particulier tant l’histoire de la Scientologie regorge de scandales en tout genre : fraude fiscale à échelle mondiale, méthodes psychothérapeutiques douteuses, adeptes soudoyés, pressions morales sur les membres entraînant l’endettement, pensée totalitaire, procès pour escroquerie, campagne d’intimidation et de harcèlement envers ses détracteurs, disparitions inquiétantes...et la liste s’allonge de jour en jour.


Bhagwan Shree Rajneesh : le sexologue

Égal vivant de Krishna, Bouddha, Zarathoustra et Jésus pour les siens, Rajneesh Chandra Mohan Jain régna en maître charismatique sur son âshram de l’Oregon pendant une dizaine d’années, avant de s’éteindre en 1990. Influence majeur du courant New Age, le « dieu cosmique » de la secte Osho est le créateur controversé de ce qu’il a appelé la « méditation dynamique ».
Rajneesh fut, avant toute chose, un guru au sens premier du terme : soit, en sanskrit, un enseignant reconnu de la religion et de la spiritualité dans un âshram, une école de pensée. Né en 1931 à Jabalpur en Inde, le jeune Rajneesh part sur les routes pour se faire le porte-voix du socialisme et de la pensée de Gandhi, après avoir trouvé « son lui intérieur ». Vite conscient que sa voix portera plus face à des jeunes occidentaux, le guru ouvre un âshram dans l’Oregon, en 1981, avec l’argent de ses disciples américains rencontrés en Inde. Le « Big Muddy Ranch » devient « Rajneeshpuram » et accueille filles et garçons venus de Paris, New York, Rio ou Rome pour danser aux rythmes des tablas – des tambourins destinés aux cérémonies religieuses hindoues – habillés en tenues traditionnelles de moines sadous. À l’époque, ils sont environ 20 000 à adhérer aux prêches de Rajneesh, visant à les laisser vivre pleinement leurs obsessions, plus précisément celles liées à la drogue et au sexe. À chacun, Rajneesh demande de s’épanouir dans sa sexualité, quitte à donner des airs de lupanar au Rajneeshpuram.

Le jour où…
L’accident aurait eu lieu à l’insu de Rajneesh. Mais le scandale des élections locales de 1984 dans le comté de Wasco fait tache sur le CV des Osho. Pour faire pencher les votes de leur côté, des disciples du « dieu cosmique » tentent d’empoisonner les habitants de la ville à la salmonelle. Résultat : 750 personnes intoxiquées et le début de la fin pour Rajneesh, arrêté quelques mois plus tard pour avoir organisé des mariages blancs entre immigrés et citoyens américains.


David Koresh : le pyromane

En 1993, David Koresh a 33 ans. La seule réalité qui compte à ses yeux ? Celle de ses pulsions et de sa paranoïa. Sur le papier, le chef de file de la secte des Davidiens s’appelle Vernon Howell. Mais sa vie sous ce nom est d’abord une succession d’échecs : carrière musicale ratée, tentative de formation pastorale abandonnée... Longtemps le jeune homme se sent socialement, professionnellement et religieusement repoussé, avant d’entrer dans la marginalité et de s’adonner à ses plaisirs sans se soucier du reste. Les femmes, la religion, les armes lui permettent alors d’occuper ses journées. En 1980, il finit par intègrer la communauté de Mount Carmel qu’il va d’abord séduire avant de trahir. En quelques années, Vernon Howell réussit à renverser le gourou en place et s’accapare le pouvoir, raprochant ainsi les Davidiens de leur destin tragique.
Seul avec Dieu, bien sûr, il change son nom pour celui de David Koresh, en référence à un roi perse. Pourquoi ? Difficile de cerner ce qu’il se passe à l’intérieur de ce cerveau malade. Doté d’un charisme certain, l’homme impose une discipline de fer dans cette petite communauté de Waco, Texas. Au programme d’une journée type à Mount Carmel : prêches interminables et bataille contre les « légions du mal ». Bien entendu, toutes les femmes appartiennent au leader et personne n’a le droit de le contredire sans payer le prix de cet affront. En huit ans de présence, David Koresh transforme le ranch en véritable forteresse, entassant armes et munitions sans raison précise. C'est en les accumulant et en rendant la ferme inaccessible aux forces de l'ordre qu'il causera la mort de 86 personnes, dont la sienne.

Le jour où...
Le 28 février 1993, à l'heure du déjeuner, la ferme de Waco fait l’ouverture de tous les journaux de télévisions du monde : sur les écrans, un immense incendie ravage le bâtiment, emportant avec lui la majorité des Davidiens. Pendant 51 jours, la police texane a assiégé la secte, sans arriver à faire fléchir David Koresh et sans pouvoir éteindre le brasier qu’il lancera au bout de presque deux mois. Prise d’otage ou suicide collectif ? Ce jour-là, les secrets des Davidiens ont disparu avec eux dans les flammes de Mount Carmel.


Gilbert Bourdin : le mégalo

Il aura fallu attendre 2001 pour que la statue à la gloire du « messie cosmoplanétaire » soit dynamitée. Construite à Castellane (Alpes-de-Haute-Provence) et haute de 33 mètres, la reproduction grandeur nature du gourou Gilbert Bourdin faisait un peu tache dans le paysage. Trois ans après sa mort, plusieurs membres de son monastère du Mandarom étaient pourtant présents pour défendre son « héritage », face aux démolisseurs engagés par le gouvernement français.
Swami Hamsananda Sarasvati, alias le « messie cosmoplanétaire », alias Gilbert Bourdin pour l’État, pourrait presque faire sourire. Ancien professeur de yoga en Martinique, fondateur de l’aumisme — la « religion universelle de l’Unité des Visages de Dieu » – ce gourou made in France a bien plus des allures d’illuminé un peu cheap que de psychopathe manipulateur. Bien sûr, la nuit il obligeait ses adeptes à chasser les « lémuriens de Pluton » à l’aide de pistolets en plastique, bien sûr sa statue de 500 tonnes et son monastère étaient fantasmagoriques, bien sûr ses hauts gradés se faisaient appeler chevaliers du « Lotus d’Or » ou du « Vajra Triomphant ». Pour en savoir plus sur ce leader atypique, il suffit d’ouvrir un des 22 livres dont il est l’auteur. Mais, avant de mourir en 1998, le messie cosmoplanétaire a laissé la Justice dans le doute.

Le jour où...

En juin 1995, Gilbert Bourdin est mis en examen ainsi qu’en détention provisoire. Dix ans après les faits, une certaine Florence Roncaglia, ancienne membre du Mandarom, porte plainte pour viol. Décédé en 1998, à l’âge de 74 ans, alors que l’instruction était toujours en cours, les poursuites à son encontre ont été abandonnées. Depuis, les « chevaliers du Lotus d’Or » ne seraient plus qu’une quinzaine à vivre au monastère.


Sun Myung Moon et Hak Ja Han : le Christ et la Vierge

Le matin du dimanche de Pâques 1935, Jésus est apparu à Sun Myung Moon. Au flanc d’une montagne de Corée du Nord, l’esprit sain lui aurait confié une mission de la plus haute importance : compléter l’œuvre du Christ et établir le royaume des cieux sur la Terre. Ni une, ni deux, Moon s’attelle à la tâche. En neuf ans, il réalise ce que ses adeptes appellent le « principe divin », c'est à dire pas grand chose. Après un rapide passage par le Japon pour ses études, Sun Myung Moon retourne à Pyongyang mais se retrouve rapidement dans un goulag à la sauce nord-coréenne : les autorités communistes ne sont pas du genre à laisser les bigots prêcher aux quatre coins du pays. Libéré par l’armée américaine en 1950, il finit par s’installer à Pusan, dans la partie sud.
1954 marque la date officielle de la fondation de « l’Association du Saint-Esprit pour l’unification du christianisme mondial. » Derechef, Moon se trouve une femme, Hak Ja Han, avec qui il n’aura pas moins de 14 enfants. Main dans la main, le couple est décidé à répandre la bonne parole sur tout le globe, de Tokyo à New York, en passant par Berlin. D’ailleurs, pour créer sa grande famille universelle de chrétiens et amener ce fameux « royaume des cieux sur la Terre », Sun Myung Moon cherche à unir des couples de couleurs de peau et de nationalités différentes. Avec Madame, il s’improvise donc prêtre et commence à marier les gens à tour de bras. Et en supplément, il peut même choisir — pour les personnes qui le souhaitent bien entendu – leur futur conjoint, moyennant petite contribution (son empire est estimé à deux milliards de dollars).

Le jour où…
À Séoul, entre 1960 et 1998, Sun Myung Moon a « marié » plus de 400 000 couples dans des cérémonies de mariages de masse. À New York, en 1982, il en a célébré 2 075 au même moment. Rien que ça. Celui que ses fidèles appelaient révérend Moon ou « Vrai Parent » mariait aussi par satellite, comme en 1998 pour le mariage de 40 millions de couples. Pratique. Décédé en 2012, Sun Myung Moon n’a pas eu le temps de marier le reste de la planète.
 

David Berg : le pervers

Née à la fin des années 60 dans les milieux hippies de San Francisco, la secte des Enfants de Dieu fait figure de mythe tragique. Créée à l’initiative d’un pasteur en rupture avec son église méthodiste, David Brandt Berg, dans le but de « porter le vrai message de l’évangile à la jeunesse désillusionnée, droguée et révoltée des États-Unis », cette communauté fut le théâtre de sombres événements.
Surnommé Moïse David par ses disciples, David Berg était un alcoolique notoire qui avait réussi à installer sa secte aux Philippines, après avoir été chassée des États-Unis au début des années 70. Fervents défenseurs de la liberté sexuelle la plus totale, les membres des Enfants de Dieu étaient connus pour enrôler de nouvelles victimes grâce au flirty-fishing, ou comment utiliser de jolies jeunes filles pour appâter le chaland. Les colonies, réparties dans plusieurs pays, étaient dirigées par un « berger », lui-même supervisé par des « évêques » puis par des « ministres », eux mêmes enfants de Moïse David, alias David Berg. Obligées de renoncer à leur travail, leur famille, amis et biens personnels, les nouvelles recrues devaient mémoriser les textes de leur gourou, dont les titres donnaient le ton et l'ambiance : Monte la mamzelle, le Regard d’amour, Vas-y maman brûle ton soutien-gorge…
Le jour où…
Fatalement, la réalité a fini par rattraper la « littérature ». Les anciens adeptes n’ont pas tardé à expliquer que la lecture de ces textes était souvent accompagnée d’actes de pédophilie, de strip-tease collectifs et de rapports sexuels forcés. À noter que les Enfants de Dieu ont souvent bénéficié de l’assistance de l’Église de Scientologie et que David Berg n’a jamais été attrapé. Qui se ressemble s’assemble, paraît-il.

http://www.vanityfair.fr/actualites/international/diaporama/les-gourous-les-plus-inquietants-de-lhistoire-des-sectes/40273#david-berg-le-pervers
25.01.2017

« Dans les campagnes d’évangélisation, les orateurs ne sont pas toujours recommandés par l’Église »

Alors que se tient à Katiola la 105e Assemblée plénière de la conférence des évêques catholique de Côte (CECCI) sur le thème : « L’importance de la catéchèse dans l’Église en Côte d’Ivoire », entretien avec le P. Patrice Savadogo, coordonnateur de la catéchèse à Abidjan.

Comment s’organise le catéchuménat dans le diocèse d’Abidjan ?
P. Patrice Savadogo : Le parcours de catéchèse est de 5 ans pour les enfants et les jeunes, 4 ans pour les adultes. Le baptême intervient au cours de la troisième année. Il appartient aux paroisses de faire appel à des catéchistes volontaires. Ils sont formés dans leur paroisse, leur doyenné et leur vicariat.
Nous exigeons également que chaque paroisse ait sa bibliothèque de catéchèse comprenant les Bibles recommandées, le Compendium du Catéchisme de l’Église catholique. Nous avons même créé une version audio du compendium de l’Église catholique.
En milieu rural, les catéchistes animent les communautés, assurent les célébrations du dimanche en l’absence des prêtres…
Nous disons que le catéchisme est la colonne vertébrale de notre diocèse mais dans les faits, nous manquons de moyen : nous occupons un petit bureau dans une paroisse et nous n’avons plus de centre de formation pour nos catéchistes.

Les prédicateurs des communautés nouvelles dispensent aussi des enseignements aux fidèles. Comment percevez-vous ces enseignements ?
P. Patrice Savadogo : Nous n’avons pas la prétention de donner aux fidèles une connaissance totale. Mais nous entendons donner l’essentiel pour s’ouvrir à la lumière de la foi. Il n’y a pas d’opposition en tant que telle avec ce que font les communautés nouvelles. Mais il serait malheureux que les séances d’évangélisation prennent le contre-pied des acquis de la foi par la catéchèse et conduisent nos fidèles chrétiens à vivre dans ma peur ou dans l’infantilisation.

Est-ce souvent le cas ?
P. Patrice Savadogo : Dans certaines campagnes d’évangélisation, les orateurs ne sont pas toujours recommandés par l’Église et leurs desseins ne sont souvent pas clairs. Ces campagnes d’évangélisation ne construisent pas toujours des chrétiens adultes, mais visent à placer les fidèles à la solde de tel ou tel orateur. Ce n’est pas l’esprit de l’Église. Si ces campagnes d’évangélisation faisaient œuvre utile pour l’Église catholique, nous devrions avoir des chrétiens fiers de leur engagement au nom du Christ et non des fidèles qui se réclament d’un prédicateur. À moyen terme, il me semble nécessaire que les prédicateurs se forment et obtiennent une autorisation pour prêcher devant un large public.

La Croix urbi et orbi Africa du 19.02.2017

 




 

 

 

 

GUERISSEURS


Un guérisseur escroc écope de 4 ans de prison

Un quinquagénaire a été condamné lundi pour escroquerie par métier par le Tribunal pénal de Bâle. Il avait soutiré plus d'un million de francs à une retraitée richissime en 2013
C'est une peine plus lourde que celle demandée par le Ministère public bâlois qu'a prononcé lundi le Tribunal pénal de Bâle. Un Sénégalais de 59 ans a ainsi écopé de 4 ans de prison pour escroquerie par métier pour avoir délesté une vieille dame de plus d'un million de francs en 2013.
C'est avant tout sa manière de faire sans scrupules qui a mené la Cour à opter pour une sanction plus sévère que celle de 3 ans et demi requise par le Ministère public. Le quinquagénaire a en effet pris soin de gagner la confiance de la multimilionnaire tout en profitant de sa démence grandissante, écrit Telebasel. Il l'a ensuite isolée de tout son entourage et lui a fait croire au grand amour.
Interceptée à la douane avec 600'000 francs
Les écoutes téléphoniques ont ainsi révélé que le guérisseur autoproclamé a profité des sentiments qu'elle avait pour lui afin de mettre en place tout un scénario dans lequel les deux se retrouvaient unis contre le reste du monde.
En l'espace de quelques semaines, la retraitée, qui selon «Bilanz» est l'une des plus riches femmes de Suisse, lui a remis plus d'un million de francs. Pour cela, il l'a fait venir chez lui en France en taxi. A chaque fois, elle lui a donné plusieurs centaines de milliers de francs en cash. Ce n'est qu'au septième passage à la douane que les autorités ont mis un terme à l'escroquerie. Les gardes-frontières avaient alors découvert sur elle près de 600'000 francs.
Frais de justice à charge du prévenu
Interrogé par les juges, l'accusé n'a répondu à aucune question. Il devra rembourser l'argent empoché à sa victime et s'acquitter des 40'000 francs de frais de justice.

http://www.20min.ch/ro/news/suisse/story/Un-guerisseur-escroc-ecope-de-4-ans-de-prison-28478811
01.02.2017
 




 

 

 

 

HOMOPHOBIE


En France, l’interdiction des «thérapies» de conversion n'est pas pour tout de suite

Début décembre, Malte est devenu le premier pays européen à interdire les «traitements» censés «guérir» les personnes LGBT. Si elles restent marginales en France, ces «thérapies» sont néanmoins dans le viseur des autorités.
En France, l’interdiction des «thérapies» de conversion n'est pas pour tout de suite
Ouverture de l’union civile et de l’adoption aux couples homos, simplification de la procédure de changement d’état civil aux personnes trans : depuis l’arrivée au pouvoir des travaillistes en 2013, la réputation de Malte en matière de droits pour les lesbiennes, les gays, les bis, les trans et les intersexes n’est plus à faire. Le 8 décembre, l’archipel méditerranéen s’est d’ailleurs de nouveau distingué dans ce domaine. La petite république, très catholique, où le droit à l’avortement n’est pas reconnu, est devenue le premier pays européen à bannir les«thérapies» dites de conversion pour les LGBT, désormais pénalisées par des peines allant jusqu’à un an de prison et 10 000 euros d’amende.
A travers le monde, Malte rejoint ainsi la petite poignée de pays (le Brésil depuis 1999, l’Ontario au Canada et quelques Etats américains comme la Californie) qui ont légiféré contre ces pratiques clairement homophobes. Prônées par des groupes religieux, parfois même des médecins et des psychiatres, aux Etats-Unis, en Suisse, en Chine, en Equateur, en Ouganda ou au Liban, ces «thérapies réparatrices» ou de «réorientation» reposent sur le postulat qu’il est possible de «guérir» les homos et les trans, à l’aide de «traitements» tout trouvés, du bourrage de crâne sous couvert d’accompagnement psychospirituel aux bons vieux électrochocs en passant par l’exorcisme. Il s’agit en vérité de méthodes pseudo-scientifiques, condamnées par les plus sérieuses sociétés savantes comme l’Association américaine de psychologie (APA) ou le collège royal des psychiatres en Grande-Bretagne, pour les dégâts psychologiques qu’elles occasionnent pour les personnes qui en sont victimes, allant jusqu’au suicide.
Une implantation difficile à évaluer
Qu’en est-il en France ? Dans l’Hexagone, ces méthodes d’origine américaine, visant à remettre les LGBT «dans le droit chemin» sous couvert d’aide psychologique, ont pris le relais de la psychiatrie depuis que l’homosexualité est sortie de la liste des pathologies mentales en 1992. En revanche, leur implantation est difficile à évaluer et aucune disposition du code pénal ne les condamne expressément. «En France, il y a cinq ou six groupes qui pratiquent des “thérapies” de conversion, confirme Louis-Georges Tin, militant homosexuel et auteur du Dictionnaire de l’homophobie (Presses universitaires de France, 2003). Mais elles sont aussi le fait de psychiatres et des psychothérapeutes, difficiles à combattre, qui continuent à "guérir" leurs patients dans le secret des cabinets.» «Certains thérapeutes disent qu’il y a une ambiguïté identitaire qu’il faut réparer, complète Joseph Agostini, psychologue adhérent de l’association Psygay, un réseau professionnel gay-friendly. Ces méthodes ne disent pas forcément leur nom.»
«En France, les "thérapies" de conversion sont plutôt contenues», observe Frédéric Hay, président de l’association d’Aide et de défense homosexuelle pour l’égalité des orientations sexuelles (Adhéos), à Saintes (Charente-Maritime). Avec son association, installée dans les deux départements charentais, ce militant gay se mobilise depuis plusieurs années pour «surveiller» les groupes religieux qui proposent aux personnes LGBT de changer d’orientation sexuelle et d’identité de genre. En novembre 2015, Adhéos a d’ailleurs obtenu la condamnation en première instance de deux adhérents de l’Eglise évangélique de Cognac (toutefois relaxés en appel) pour «provocation à la haine» après la diffusion sur les marchés de Jarnac et Rouillac de tracts homophobes «Délivré de l’homosexualité !».
La «prise de conscience» de Frédéric Hay remonte à l’affaire «Torrents de vie». A l’été 2012, les militants d’Adhéos apprennent l’existence, à Viviers, dans l’Ardèche, d’un «séminaire de restauration et de formation» dispensé par une mystérieuse association chrétienne protestante. A la tête de cette organisation évangélique, un pasteur suisse, Werner Loertscher, qui propose, pour 410 euros par tête, de renouer avec «une saine hétérosexualité», le «vrai féminin» et le «vrai masculin». Adhéos lance alors une pétition, très relayée par la presse, pour alerter les autorités et quelques mois plus tard, à l’automne, la ministre des Droits des femmes de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, décide de saisir la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) pour «exercer une action d’observation» sur ces «thérapies» à l’occasion d’un plan national de lutte contre l’homophobie.
Sous la surveillance de la Miviludes
Depuis cette date, l’activité de Torrents de vie est placée sous la surveillance de la Miviludes. L’association, qui fait partie du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), a d’ailleurs fait disparaître de ses prospectus toute mention d’une conversion à l’hétérosexualité. Cependant, il est permis de douter de la sincérité de l’organisation fondamentaliste. Un rapide tour sur son site permet de voir que Torrents de vie organise toujours une session annuelle de «restauration et formation» à Chalon-sur-Saône pour 360 euros. Et si les documents d’inscription ne mentionnent plus explicitement l’homosexualité, ils renvoient cependant vers les mêmes «ouvrages recommandés» d’un pasteur évangélique américain, Andy Comiskey, «ex-gay» fondateur de l’association chrétienne antigay Desert Stream.
Joint par Libération, le pasteur du groupe religieux protestant dément évidemment toute volonté de sa part de «guérir» l’homosexualité. «Nous ne pratiquons pas de "thérapie" reconstructive pour traiter l’homosexualité proprement dite, se défend par mail Werner Loertscher, mais parfois la guérison des blessures d’enfance et l’impact de l’amour de Dieu peuvent faire découvrir une hétérosexualité initiale (enfouie) que la personne peut accueillir selon son désir et son choix personnel.»
De son côté, la Miviludes semble très embarrassée par le discours lissé du petit groupuscule évangélique venu de Suisse. «Ce Torrents de vie nous embête, déplore Serge Blisko, son président. Dans leurs documents, ils ne présentent rien qui puisse s’apparenter à une thérapie. Ils présentent plutôt ça comme de l’aide psychologique et spirituelle. On a évidemment regardé ce qu’on pouvait faire, mais juridiquement en France, on ne peut pas interdire une doctrine ou une manifestation religieuse.» L’impuissance des autorités sur ce dossier, explique-t-il, tient avant tout au «régime de liberté de conscience» de la loi française. A moins de redouter «un trouble à l’ordre public» comme à Toulouse en 2011 lorsqu’un séminaire de Torrents de vie avait été interdit sous la pression des associations, ou de constater l’implication de mineurs au nom de leur protection, poursuit Serge Blisko. Et d’ajouter : «N’exagérons pas l’importance de ce groupe.»
«Contenir sa sexualité»
A la la Délégation interministérielle à lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), on estime également que ce n’est pas vraiment un «sujet». «Ces "thérapies" concernent surtout l’Espagne et les Etats-Unis», défend ainsi Yohann Roszéwitch, chargé de la lutte contre les LGBT phobies, pour l’organisme qui dépend du gouvernement. Pourtant, du côté des associations chrétiennes inclusives, protestantes comme catholiques, on regrette leur persistance, voire de leur «retour en force» dans les paroisses.
«Les "thérapies" de conversion, qu’on appelait autrefois "délivrances", étaient très présentes en France il y a quinze ans, principalement à travers deux organisations : Exodus international chez les protestants [fondée en 1976, cette organisation évangélique a cessé ses activités en 2013 après le mea culpa et coming out de son président] et Devenir un en Christ chez les catholiques [elle aussi pro-accueil des personnes LGBT dans l’Eglise désormais], détaille à Libération Stéphane Lavignotte, pasteur qui a bataillé pour le mariage pour tous. Elles connaissent aujourd’hui un vrai regain chez les néo-pentecôtistes. Mais je ne suis dit pas inquiet parce que ça ne marche pas, même si elles font des victimes chez des personnes vulnérables.»
Anthony Favier, vice-président de David & Jonathan, association LGBT chrétienne, s’inquiète de la bienveillance de la hiérarchie catholique envers Courage, une association «implantée dans les deux tiers des diocèses aux Etats-Unis», qui s’est installée depuis 2014 dans les diocèses de Paris, Toulon ou Fréjus. «Depuis trois ans, la Communauté charismatique de l’Emmanuel, un courant conservateur dans la droite ligne de la "Manif pour tous", essaye d’implanter Courage en France, raconte Anthony Favier. Ses dirigeants ne recommandent pas la "guérison" de l’homosexualité à proprement parler mais ils proposent de contenir sa sexualité.» En un mot : l’abstinence.
Sur le site du très conservateur diocèse de Fréjus, Courage propose d’ailleurs, de manière soft, de «vivre une vie chaste selon l’enseignement de l’Eglise catholique sur l’homosexualité». Pour trouver la version hard, il faut plutôt aller voir les écrits explicites du fondateur américain de l’association catholique, le prêtre Paul N. Check. «L’attirance vers le même sexe est un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable», peut-on lire dans un texte traduit et exposé sur le site de l’association. Sollicités par Libération, ni les dirigeants de Courage France ni les porte-parole de la Conférence des évêques de France (Cef) n’ont à ce jour répondu à nos demandes d’entretien.
«Des vies humaines sont en jeu»
Faut-il dès lors envisager l’interdiction de ces pratiques qui parfois ne disent pas leur nom dans la bouche des religieux comme de certains psychiatres ? Le mouvement LGBT français n’a pas encore formulé une réponse claire et précise. «Si Malte a légiféré, pourquoi la France ne le ferait-elle pas ? Ces "thérapies" vont à l’encontre des droits humains des personnes LGBT», soulève la porte-parole de l’Inter-LGBT Clémence Zamora-Cruz, contactée par Libération. Néanmoins, pour Virginie Combe, vice-présidente de SOS homophobie, il n’est pas nécessaire de porter ouvertement une telle revendication. «Le risque, c’est qu’on reconnaisse la légitimité de ces "thérapies", justifie la militante associative. Or, en général, ce sont des mouvements à la limite du sectaire qui les proposent. Notre priorité c’est plutôt de rappeler que l’homosexualité n’est pas une pathologie et qu’en cas d’un commentaire déplacé d’un professionnel de santé, il faut saisir l’Ordre des médecins.»
Depuis début janvier, une pétition sur la plateforme Change.org, signée par plus de 26 000 personnes, demande que le gouvernement agisse en conséquence. Motivé par le précédent maltais, l’auteur de la pétition, Aurélien Heiligenstein, sollicité par Libération, pointe l’urgence de la situation. «Il faut établir une loi qui stipule explicitement l’interdiction pure et simple de ces thérapies en France et apporte une réponse pénale aux "thérapeutes" qui les pratiquent», plaide le jeune homme qui se présente comme un adhérent d’Amnesty International à Mulhouse. Même son de cloche du côté d’Adhéos qui compte poser le sujet sur la table de la prochaine réunion de la Fédération LGBT en février. «En Europe, c’est une revendication récente, défend ainsi Frédéric Hay. Malte a ouvert la voie. Petit à petit, le mouvement LGBT prend conscience de la nécessité d’une telle évolution législative puisque des vies humaines sont en jeu. Le sujet-même nous oblige à agir.»

http://www.liberation.fr/france/2017/01/21/en-france-l-interdiction-des-therapies-de-conversion-n-est-pas-pour-tout-de-suite_1542106
21 janvier 2017

 

 

 




 

 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE


Pour Rome, un accord est en vue avec la Fraternité Saint-Pie-X

« Nous travaillons à perfectionner certains aspects de la forme canonique qui sera celle d’une prélature personnelle », explique le responsable des discussions avec les lefebvristes.
Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale « Ecclesia Dei », chargée à Rome des relations avec les lefebvristes, a assuré lundi 30 janvier au site Internet Vatican Insider que les discussions avec la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X étaient sur le point d’aboutir à un accord.
« En ce moment, nous travaillons à perfectionner certains aspects de la forme canonique qui sera celle d’une prélature personnelle », assure l’archevêque italien, en charge depuis 2009 des relations avec la FSSPX.
Selon lui l’accord est en vue, même si cela devrait prendre encore un peu de temps.
La veille, dans un entretien à la Web-télévision d’extrême droite TV Libertés, le supérieur général de la FSSPX, Mgr Bernard Fellay, confirmait qu’un accord était proche et que, pour parvenir à un accord canonique, il ne lui semblait pas nécessaire que la situation dans l’Église catholique soit « totalement satisfaisante ».
Selon lui, l’attitude du pape François vis-à-vis des intégristes catholiques doit être comprise dans sa volonté plus globale d’être proche des « périphéries ».
« Il est nécessaire d’arriver à une solution canonique qui reconnaisse la Fraternité »
C’est de cette manière qu’il explique, par exemple, le fait pour le pape d’avoir prolongé, au-delà de l’année jubilaire la faculté pour les prêtres de la FSSPX de confesser validement et licitement mais aussi d’ordonner licitement des prêtres avec l’accord de l’évêque du lieu.
La situation est toutefois un peu plus complexe, tempère Mgr Pozzo : « Le Saint-Siège permet et tolère les ordinations de la FSSPX, tout en continuant à les considérer valides mais non licites, après communication des noms des ordinands à l’évêque du lieu », explique-t-il, se référant à une décision de Benoît XVI.
« Le pape François a concédé seulement la légitimité de l’administration du sacrement de pénitence et de l’onction des malades, continue-t-il. C’est justement pour que tous les autres sacrements, quoique déjà valides, deviennent licites, qu’il est nécessaire d’arriver à une solution canonique qui reconnaisse la Fraternité. »
Approfondissements et désaccords
Selon Vatican Insider, l’essentiel des problèmes doctrinaux avec Écône a été résolu, Rome demandant aux membres de la FSSPX ce qui est nécessaire pour être catholique : dire la profession de foi, croire en la validité des sacrements célébrés selon le Novus Ordo (la liturgie post-conciliaire) et l’obéissance au pape.
« Il y a eu un dialogue et une explication sur les rapports entre magistère et tradition, souligne Vatican Insider. Restent objets d’approfondissement – et aussi de désaccords qui peuvent continuer : les questions liées à l’œcuménisme, à la liberté religieuse et aux rapports entre l’Église et le monde. »
Ce rapprochement intervient alors que le site Internet du district de France de la FSSPX vient de publier un article de l’abbé Jean-Michel Gleize, professeur d’ecclésiologie au Séminaire Saint-Pie-X d’Écône, qui juge « improbable » la théorie selon laquelle un pape ne peut devenir hérétique. Il déclare que, « depuis Vatican II, les papes Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI ont enseigné et le pape François enseigne encore une théologie qu’il serait difficile d’accommoder avec la substance du dogme catholique ».

La Croix du 30.01.2017
 

 



 

 

 

 

ISLAMISME


1 847 délits d’apologie et de provocation au terrorisme enregistrés en 2016

Selon les chiffres officiels du service statistique du ministère de l’intérieur, ils sont commis dans un cas sur cinq sur Internet.
L’apologie et la provocation au terrorisme sont devenues des « délits plus fréquents » en France depuis les attentats de janvier 2015, selon les chiffres officiels du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) diffusés mercredi 18 janvier. Ils sont commis dans un cas sur cinq sur Internet.
Ainsi, en 2015, 2 342 infractions ont été constatées, un chiffre « sans commune mesure avec les niveaux relevés en 2014, avec en moyenne 10 infractions par mois au second semestre ». En 2016, 1 847 infractions ont été enregistrées, détaille le SSMSI.
« Après chaque événement terroriste, est constatée une hausse systématique et de très forte ampleur des délits d’apologie du terrorisme par les forces de l’ordre, dont l’impact diminue progressivement après quelques semaines », explique le service.
« Contestation de l’autorité »
La plus grande part de ces infractions (80 %) relève de l’apologie du terrorisme qui consiste à présenter ou commenter favorablement des actes déjà commis. La provocation au terrorisme est quant à elle une incitation directe à commettre des actes matériellement déterminés, par exemple viser tel lieu ou telle personnalité.
Ces faits sont souvent liés à d’autres délits : « Dans près d’un tiers des cas, les procédures sont également diligentées pour outrages ou rébellion et les menaces, chantages et injures représentent également un cas sur quatre de ces infractions associées. »
Ainsi, analyse le SSMI, cela suggère que l’apologie et la provocation au terrorisme, bien que portant sur un sujet précis, « interviennent dans le cadre d’un conflit interpersonnel ou d’une contestation de l’autorité qui, à une autre période, se seraient peut-être manifestées avec d’autres mots ».
Nationalité française
Selon l’éclairage du service statistique, les personnes impliquées comme auteurs dans les enquêtes sont plutôt des hommes jeunes.
« Près de 83 % des mis en cause sont de nationalité française. Les ressortissants algériens, marocains et tunisiens représentent respectivement 5 %, 4 % et 3 %. »
Paris enregistre le plus grand nombre de faits recensés. Suivent les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône, puis le Nord, la Seine-Saint-Denis, les Hauts-de-Seine et le Rhône.
Provoquer directement à des actes de terrorisme ou en faire publiquement l’apologie est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende. Les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 100 000 euros d’amende lorsque les faits ont été commis en utilisant un service de communication au public en ligne.

Le Monde.fr avec AFP | 19.01.2017

Apologie du terrorisme : trois ans de prison pour un lycéen de Nîmes

Le jeune homme de 18 ans avait été signalé par ses parents en raison du temps qu’il passait sur Internet à consulter des sites de propagande islamiste.
Après un an de détention provisoire, un lycéen de Nîmes, Wissem N., comparaissait, jeudi 12 janvier, devant le tribunal correctionnel de Nîmes pour apologie du terrorisme. Il a été condamné à trois ans de prison, dont un an assorti d’un sursis avec mise à l’épreuve.
Ce sont les parents du jeune homme qui avaient signalé, début 2016, que leur fils de 18 ans passait ses journées devant l’ordinateur et avait changé de comportement. Sur les réseaux sociaux, il postait des photos sur lesquelles il posait ici avec un drapeau de l’Etat islamique, là prenant la pose avec le doigt levé. Sur une autre il avait inscrit une légende : « Prêt à tuer les Koufars [mécréants]. »
L’enquête menée par les services antiterroristes a aussi révélé que le lycéen avait téléchargé (ce qu’il conteste) une vidéo avec une chanson à la gloire d’Amedy Coulibaly, l’auteur de la tuerie de l’Hyper Cacher, en janvier 2015. La chanson justifie aussi l’attentat de Charlie Hebdo. Le prévenu reconnaît avoir posté les images qui lui sont reprochées. Mais s’il confesse avoir eu une appétence pour l’islam radical, il assure avoir tourné la page.
Pourtant, lorsque le juge des libertés et de la détention lui a permis de sortir de prison, une quinzaine de jours en septembre 2016, le lycéen a continué d’échanger sur Internet avec des contacts jugés douteux. La police l’a même placé en garde à vue pour avoir téléchargé des fichiers audio à la gloire de l’Etat islamique. Il a aussi été interrogé dans le cadre d’une procédure finalement classée sans suite pour une participation à une association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste.
« Danger pour la communauté nationale »
Interrogé jeudi sur sa volonté exprimée de partir en Syrie, Wissem N. explique qu’il a dit cela à sa mère sur le mode de la provocation. Lors du procès, il a été révélé qu’un de ses amis du lycée, un certain « Adam » était, lui, bel et bien parti en Syrie. Le magistrat du parquet, qui avait requis quatre ans de prison ferme, a clairement exprimé son inquiétude face à un jeune homme « loin d’être déradicalisé » et représentant « un danger pour la communauté nationale », susceptible de dissimuler son adhésion aux thèses djihadistes. « Une peine inférieure, ce serait jouer à la roulette russe avec la société », a-t-il indiqué.
La défense, soutenue par Mes Nougier et Aoudia, a souligné le courage des parents qui ont dénoncé leur fils pour le protéger. Les avocats ont aussi indiqué que le lycéen était parfaitement intégré dans son lycée où il n’avait jamais fait d’apologie du terrorisme. « C’est un jeune discret et calme. » Fustigeant le principe d’une peine de prison trop lourde, la défense s’est interrogée sur le signe envoyé aux familles tentées de signaler le comportement d’un de leurs enfants, avec le risque de le voir partir en prison pour plusieurs années.
Quelque 300 personnes feraient l’objet d’une fiche « S » en raison de leur lien supposé avec l’islam radical dans le Gard, ce qui situerait le département au troisième rang sur le plan national si on le rapporte au nombre d’habitants. En marge de l’audience, jeudi, un avocat glissait, mi-inquiet, mi-ironique : « Vous pensez sérieusement qu’ils vont se déradicaliser en détention ? »

Le Monde | 13.01.2017

Pour Amnesty International, la dérive sécuritaire en Europe est dangereuse

L’ONG recense une « avalanche de lois » remettant en cause les principes fondamentaux de la liberté et des droits humains dans quatorze pays de l’UE.
La vague terroriste islamiste qui a frappé plusieurs pays d’Europe depuis deux ans est parvenue à fragiliser le socle de valeurs qui faisait la force et l’unité du Vieux Continent. Tel est le constat alarmant dressé mardi 17 janvier par Amnesty International à l’issue d’une enquête menée sur deux années d’évolution législative dans quatorze pays de l’Union européenne (UE).
« On est en train de démanteler pierre par pierre tout l’édifice de protection des droits de l’homme qui a été bâti depuis la seconde guerre mondiale », a dit John Dalhuisen, le directeur Europe et Asie centrale de l’association de défense des droits humains, lors d’une conférence de presse, à Paris.
Si la France, pays le plus durement touché par les attentats en 2015 et en 2016, est le seul membre de l’UE à avoir instauré un état d’urgence et à déroger ainsi officiellement à la convention européenne des droits de l’homme, de nombreux pays ont renforcé leur arsenal policier et de surveillance. Le rapport d’enquête a recensé une « avalanche de lois (…) adoptées à un rythme effréné », qui a « sapé les libertés fondamentales ».
La menace terroriste aurait ainsi provoqué une inversion de raisonnement chez les Européens : « L’idée selon laquelle le rôle du gouvernement est d’assurer la sécurité afin que la population puisse jouir de ses droits a laissé la place à l’idée que les gouvernements doivent restreindre les droits pour assurer la sécurité », note l’organisation non gouvernementale internationale (ONGI), qui considère que le chemin emprunté par les pays européens face au terrorisme est « dangereux ».
Surveillance, accès et collecte de données personnelles
Certains pays, comme le Royaume-Uni, avaient commencé dès le début des années 2000 à durcir leur législation, notamment à la suite des attentats dans le métro de Londres en 2005. Mais cela ne les a pas mis à l’abri de la vague sécuritaire actuelle. Ainsi, une loi approuvée en novembre 2016 par le Parlement britannique « instaure des pouvoirs de surveillance parmi les plus radicaux de l’Union européenne, et même du monde », constate l’organisation.
Ce texte autorise des interceptions de communication en masse, l’accès et la collecte de données personnelles, y compris en dehors des frontières britanniques. Cette loi, qui autorise également de pirater des équipements, est « dénuée de mécanisme de contrôle indépendant délivrant les autorisations ». La loi française de juillet 2015 sur le renseignement, elle aussi critiquée en son temps par Amnesty International, dispose au moins de mécanismes de contrôle.
Alors que le scandale révélé en 2013 par Edward Snowden au sujet de la surveillance de masse opérée par la NSA aux Etats-Unis aurait pu inciter les Européens à la prudence, des lois facilitant l’usage d’écoutes généralisées par les services de renseignement ont été adoptées aux Pays-Bas, en Pologne ou en Autriche. Même l’Allemagne, jusqu’ici plus hermétique aux surenchères sécuritaires, a élargi les pouvoirs d’écoutes de ses services par des lois de 2015 et d’octobre 2016, bien avant l’attentat meurtrier de Berlin le 19 décembre.
L’un des constats frappants de ce rapport est que les lois qui restreignent certaines libertés ou droits fondamentaux, comme la liberté d’expression, le droit à la vie privée ou la liberté d’aller et venir, ont été portées par des gouvernements modérés.
M. Dalhuisen analyse l’étonnante facilité avec laquelle certains pays, en particulier la France, acceptent de remettre en cause les droits humains comme étant la conséquence de relations compliquées avec les populations issues de l’immigration ou musulmanes. « Tant que l’on considère que les mesures antiterroristes sont des mesures pour d’autres personnes, on peut restreindre les libertés beaucoup plus facilement », s’inquiète-t-il.
« Réaction molle » des institutions européennes
La liberté d’expression est loin d’être épargnée. Dès 2014, la France fait passer, de la loi sur la presse au code pénal, le délit d’« apologie du terrorisme » afin d’en renforcer la répression. Ce qui s’est produit avec plusieurs centaines de procédures, y compris contre des mineurs. La loi du 3 juin 2016 condamne également la consultation « habituelle » de sites djihadistes. L’ONG s’inquiète d’infractions pénales « définies en termes vagues » et donc susceptibles d’entraver la libre circulation des idées.
L’Espagne et le Royaume-Uni parlent de « glorification du terrorisme », tandis que l’Allemagne évoque la « promotion du terrorisme ». « Chacun a le droit d’avoir une opinion (…) et d’exercer de manière pacifique son droit à la liberté d’expression », croit devoir rappeler l’ONG.
A l’heure où la convention européenne des droits de l’homme « est menacée » et que « certains discours sont contraires aux principes fondateurs de l’UE », le directeur d’Amnesty International déplore la « réaction molle » des institutions européennes. La France aurait à cet égard exercé une mauvaise influence sur ses voisins, encourageant par exemple la criminalisation de l’apologie du terrorisme, ou désinhibant certains pays à l’égard de mesures de l’état d’urgence comme les assignations à résidence.
Plusieurs pays ont modifié leur Constitution afin de pouvoir décréter plus facilement un état d’urgence (Hongrie et Pologne), et la possibilité de restreindre la liberté d’aller et venir d’une personne sans contrôle judiciaire se banalise. Entrées dans le droit français à la faveur de la loi du 3 juin 2016, ces mesures coercitives extrajudiciaires à l’égard de personnes simplement soupçonnées, et pas nécessairement poursuivies par la justice, ont été votées en Hongrie et sont débattues aux Pays-Bas.
Surtout, observe Amnesty International, ces mesures mettent à mal les principes de non-discrimination alors que les réfugiés, migrants et musulmans, ou supposés tels, sont pris pour cible.

Le Monde du 17.01.2017

Portrait
Dounia Bouzar, mamma fracas
Courageuse et controversée, cette batailleuse, ex-éducatrice et anthropologue, croit à la déradicalisation et brave les menaces de Daech.
Dans sa vie, elle a claqué beaucoup de portes. Jamais discrètement. Plutôt avec fracas. Et parfois même avec panache. Banalement, on pourrait dire que c’est une femme de caractère. Dounia Bouzar indéniablement en a. Forgé par les épreuves de la vie, les conflits, les batailles. Chez elle, pêle-mêle, il y a de la gouaille, du défi, de l’entêtement, de l’arrogance, une soif de liberté, de l’habileté, du calcul aussi. Parce qu’il lui faut naviguer entre les écueils politiques et religieux. Parce que, toujours entre deux livres et deux polémiques, il lui faut, bec et ongles, se défendre et protéger sa tribu. Elle s’énerve : «Oui, j’ai monté une boîte avec ma fille. Et alors ? On reprocherait à un homme d’avoir une entreprise père-fils ?» Avec des racines maternelles corses et paternelles algéro-marocaines, c’est un peu mère Méditerranée, une matriarche qui a élevé seule ses trois filles, et que ses «anciens gosses», comme elle dit, de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) appellent toujours «Tata Dounia».
Chez elle, il y a aussi du courage, beaucoup, comme peu de gens en ont, surtout en ce moment. Quoi qu’on pense de l’anthropologue, spécialiste du fait religieux et de la radicalisation, de l’ex-éducatrice de la PJJ qui a exercé, de 1991 à 2008, dans les quartiers difficiles autour de Lille, ce courage-là force le respect. «J’ai six policiers avec moi pour aller acheter une baguette de pain», raconte-t-elle. Ces temps-ci, les tueurs de Daech sont à ses trousses. Elle a l’interdiction de prendre le train et le métro, a déménagé deux fois parce qu’elle avait été localisée par des commandos terroristes, doit brouiller les pistes.
Pourtant, elle ne lâche rien de ses convictions. D’ailleurs, elle n’a jamais vraiment cherché les accommodements raisonnables ou déraisonnables. Comme en 2005, lorsqu’elle claque (déjà) la porte du Conseil français du culte musulman (CFCM) où elle avait été nommée, deux ans plus tôt, par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur. Cette promotion, à 39 ans, l’avait projetée sur le devant de la scène politique et médiatique. C’était une voix féminine de l’islam, musulmane de foi et en même temps chercheure, déjà auteure de deux livres. L’expérience du CFCM est, dit-elle, sa «première déception» à l’égard des politiques. «Mon job, c’était d’aller manger avec des députés pour montrer que les musulmans étaient civilisés», raconte-t-elle.
«Dounia a toujours été très sûre d’elle, ne se remet pas en question dans cet univers compliqué du religieux», pointe Bernard Godard, l’ex-monsieur islam du ministère de l’Intérieur, qui suit son itinéraire depuis une quinzaine d’années. «Elle ne cherche pas la reconnaissance», livre, de son côté, le sociologue Omero Marongiu, l’un de ses proches.
Alors Dounia Bouzar est capable de brûler ses vaisseaux. Elle s’affiche aujourd’hui et travaille - d’autres diraient se compromet - avec Farid Benyettou qui fut le mentor des frères Kouachi. Avec lui, elle vient de signer un livre, intitulé Mon djihad, itinéraire d’un repenti. Elle l’a même embauché dans son cabinet de consultants, Bouzar Expertises. Parce qu’elle croit à sa rédemption. Parce que le discours des repentis est, selon elle, essentiel pour déconstruire auprès des jeunes en voie d’embrigadement, l’idéologie de Daech. L’affaire a jeté, si besoin était, de l’huile sur le feu. Avec d’autres, la sénatrice (UDI) de l’Orne, Nathalie Goulet, proche des pays du Golfe, demande bruyamment des explications sur sa méthode, l’utilisation des fonds (environ 900 000 euros) versés en 2014-2015 à l’association que Dounia Bouzar a créée pour ses actions de déradicalisation, le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI), désormais en sommeil. Dounia Bouzar crie à la diffamation, renvoie au gouvernement qui, selon elle, a tous les éléments pour répondre.
Courtisée, par tous, elle est désormais tombée en disgrâce après avoir mis fin avec fracas, en février 2016, à son travail avec le ministère de l’Intérieur. Au fond, chacun s’est servi de l’autre. La multiplication des départs des jihadistes français vers la Syrie avait semé la panique. Bon an, mal an, Dounia Bouzar, femme de terrain, qui avait repéré, dès le milieu des années 2000, la montée du radicalisme religieux, s’est imposée comme la femme de la situation. «J’ai toujours eu une longueur d’avance», lâche-t-elle sans sourciller. Dans l’urgence, il a fallu former les fonctionnaires, accompagner les parents, récupérer les mineurs qui tentaient de rejoindre la Syrie, inventer les outils d’analyse. Dounia Bouzar gagne. Dounia Bouzar perd.
Mais face à l’adversité, l’anthropologue a toujours été pugnace. Et résiliente. La vie ne l’a pas épargnée. Ce qui ne tue pas rend plus fort, dit-on. Les épreuves et les douleurs ont forgé ce caractère d’acier. Elle a été veuve à 20 ans d’un mari adoré, un grand sportif emporté en quelques mois par une tumeur au cerveau. Elle a divorcé d’un second époux violent qu’elle a fui en quittant sa ville natale, Grenoble, ses deux premières filles sous le bras. C’est à ce moment-là de sa vie qu’elle embrasse l’islam après avoir été élevée sans aucune référence religieuse.

Dounia Bouzar s’est construite à coup de ruptures et de conflits, claquant déjà la porte de l’école à 16 ans pour devenir palefrenière et s’occuper d’enfants handicapés. Elle défie, à cette époque, sa mère, une intellectuelle athée et communiste, chercheure en mathématique qui l’a élevée seule : «Elle me voyait déjà bac + 10.» Bosseuse acharnée, elle mène tout de front, rattrape ses études. Jusqu’à décrocher une thèse en anthropologie et créer, dans la foulée, son cabinet de consultants sur la gestion du fait religieux et les discriminations. «Elle est devenue une vraie femme d’affaires», dit d’elle Bernard Godard.
Sa grille de lecture du conflit qu’elle traverse est politico-religieuse. «Le nœud du problème, c’est que le gouvernement a changé d’approche. Comme les élections se profilaient, il a mis l’accent sur la répression pour satisfaire le besoin de vengeance de la population. Mais le cœur du cœur de la polémique est ailleurs, estime-t-elle. Est-ce par essence l’islam qui conduit au jihad ? Ou est-ce un processus plus complexe qui se fonde sur plusieurs dysfonctionnements ?»
Résolument à gauche, musulmane libérale qui ne porte pas le voile, disciple de l’imam rénovateur de Bordeaux Tareq Oubrou, lui aussi poursuivi par Daech, elle s’offusque, blessée, des amalgames entre islam et terrorisme. En danger, elle s’expose moins médiatiquement. «Je culpabilise beaucoup pour mes proches, mes petits-enfants et mes enfants, avoue-t-elle. Ils ont vécu un enfer. Mais je ne regrette pas de m’être engagée dans ce combat. Parce que nous avons sauvé des vies.»

1964 Naissance. 1980 Quitte l’école. 1991-2008 Educatrice dans les quartiers. 2003 Nommée au Conseil français du culte musulman (CFCM). 2014 Crée le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam (CPDSI).

 Libération du 29 janvier 2017

Bordeaux : le ministre de l’Intérieur s’intéresse au centre de lutte contre la radicalisation

"Il y a actuellement 36 personnes prises en charges de façon pluridisciplinaire en Gironde par le Capri", révèle Marik Ferouh, adjoint au maire et secrétaire général du Capri
Le ministre de l’Intérieur est ce vendredi à Bordeaux en visite sur le thème de la prévention de la radicalisation. Il a visité le Capri
36 personnes sont suivies en Gironde par le Capri, centre d’action et de prévention contre la radicalisation des individus, ouvert depuis un an.
"Le Capri de Bordeaux est une expérience positive mais à regarder avec humilité." Le ministre de l’Intérieur, en visite ce vendredi à Bordeaux a échangé en début d’après-midi avec les acteurs du Centre d’action et de prévention contre la radicalisation des individus (CAPRI) de Bordeaux. Pour lui, loin de "tâtonner" le dispositif permet de "bâtir une réponse".

"Je suis pour la persévérance, nous savons que cela prendra du temps, que c’est un travail lourd". Le ministre compte réunir les préfets lundi 30 janvier sur cet échange d’expériences.

36 personnes prises en charge

"Il y a actuellement 36 personnes prises en charge de façon pluridisciplinaire en Gironde par le Capri", révèle Marik Ferouh, adjoint au maire et secrétaire général du Capri. "Six sont des cas très difficiles".
Sans compter les demandes qui émanent d’autres départements. "Il n’y a pas de profil type. Il y a des facteurs psychiatriques, une grande vulnérabilité ou des problématiques sociales très fortes. On n’a pas trouvé la recette miracle mais nous avons avec certains des indicateurs de réussite, comme la résolution ou la recherche de travail".
Qu’est-ce que le Capri ?
Ce projet associatif est financé par l’État et les collectivités locales. Son but : diffuser un contre-discours pour déconstruire les argumentaires radicaux et les théories du complot, former les acteurs du champ social sur les signes de radicalisation, et assurer une prise en charge psychosociale avec psychologues et experts en théologie.
A l’origine de la création du Capri, il y a la Fédération musulmane de la Gironde et son recteur Tareq Oubrou, la mairie de Bordeaux et la Société de recherche et d’analyse en emprise mentale (Sfraem), présidée par l’avocat bordelais Daniel Picotin.
Un site internet permet d’effectuer un signalement et un numéro de téléphone (09 83 59 17 11) fournit une écoute aux familles. La prise en charge des personnes est confidentielle et gratuite.

http://www.sudouest.fr/2017/01/27/bordeaux-le-ministre-de-l-interieur-s-interesse-au-centre-de-lutte-contre-la-radicalisation-3145115-2780.php
27/01/2017

La mosquée de Stains qui appelait à « la haine » restera fermée

Le Conseil d’État a confirmé vendredi 20 janvier la fermeture provisoire de la mosquée Al Rawda de Stains (Seine-Saint-Denis), jugeant qu’elle était « devenue un lieu de rassemblement prônant un islam radical et appelant à la violence ».

Le Conseil d’État a confirmé vendredi 20 janvier la fermeture provisoire de la mosquée Al Rawda (le jardin) de Stains, considérant qu’elle était « devenue un lieu de rassemblement prônant un islam radical et appelant à la violence », indique la juridiction administrative dans un communiqué.

Cette mosquée de Seine-Saint-Denis, qui accueillait plus de 600 fidèles lors de la prière du vendredi, a été fermée début novembre. Une mesure confirmée lors du dernier renouvellement de l’état d’urgence en décembre.

L’association Centre culturel franco égyptien – L’association Maison d’Égypte, la qui gère, avait saisi en référé le tribunal administratif de Montreuil, qui a rejeté son recours. Elle a alors saisi le Conseil d’État.

Appelant à la haine et la violence

Le juge des référés du Conseil d’État a rappelé que la fermeture d’une mosquée porte atteinte à deux libertés fondamentales : la liberté de culte et le droit de propriété.

« Il a également rappelé les motifs de la fermeture provisoire : selon l’administration, cette mosquée, très fréquentée, notamment par de jeunes fidèles, diffusait un message appelant à la haine et la violence et était devenue un lieu de polarisation de la mouvance salafiste », indique le communiqué.

Le juge des référés a également « constaté que l’imam principal de la mosquée tenait effectivement des propos radicaux et que la mosquée avait été fréquentée par plusieurs individus djihadistes ou candidats au djihad, dont certains sont soupçonnés d’être les instigateurs d’une tentative d’attentat terroriste en France. Cette mosquée est ensuite devenue un lieu de rassemblement identifié pour les individus radicaux ou en cours de radicalisation ».

De son côté, l’association faisait valoir qu’elle était en train de mettre en place une série de mesures pour « déradicaliser » la mosquée : renvoi de l’imam en cause et recrutement d’imams proposés par l’Union des associations musulmanes (UAM) de Seine Saint-Denis, mise en place d’un système de vidéo-surveillance, création d’une équipe de vigilance chargée de repérer les propos radicaux, création d’un site Internet condamnant les propos radicaux tenus au sein de la mosquée.

Des mesures trop récentes

« Cependant, ces mesures n’ont été prises que très récemment et ne sont pas encore toutes mises en œuvre », note le Conseil d’État, qui estime par conséquent que « le risque de la fréquentation de cette mosquée par la mouvance salafiste » n’a pas disparu. Elles pourraient en revanche, à l’avenir, « conduire à la réouverture de la mosquée si elles sont suivies d’effet ».

Enfin, le juge des référés constate que « l’atteinte à la liberté de culte est tempérée par le fait qu’il y a deux autres mosquées à Stains, vers lesquelles se sont reportés la plupart des fidèles de la mosquée fermée », qui était par ailleurs fréquentée, « pour près de la moitié de ses fidèles par des personnes étrangères à la commune ».

« Dans ces conditions, le juge des référés estime que la mesure de fermeture provisoire ne présente pas le caractère d’une ’atteinte grave et manifestement illégale’ à la liberté de culte et il refuse donc de la suspendre », conclut le communiqué.

Une vingtaine de mosquées et salles de prières présumées radicalisées ont été fermées depuis l'instauration de l'état d'urgence après les attentats du 13 novembre 2015. Le Conseil d’État a validé mardi 6 décembre 2016 la fermeture de la mosquée d’Ecquevilly se revendiquant du salafisme « quiétiste », un courant rigoriste qui rejette le djihad armé mais diffuse un discours exclusiviste et haineux.

La Croix du 20.01.2017


Toulouse : un projet de recherche universitaire sur la radicalisation décroche 3,5 millions d'euros de l'Europe

Internet : atout ou faiblesse dans la lutte contre la radicalisation ? / France 3

Practicies, un projet de recherche universitaire axé sur la radicalisation et la prévention des discours de haine chez les jeunes, porté par un enseignant-chercheur toulousain, vient de décrocher un label européen et 3,5 millions d'euros.

Séraphin Alava, enseignant-chercheur au laboratoire EFTS de l'université Jean-Jaurès de Toulouse, coordonne désormais le projet Practicies. 40 chercheurs et 12 villes participent à travers l'Europe à ce programme original et novateur.

Son but ? Mieux comprendre les mécanismes de la radicalisation chez les jeunes.

Trois axes ont été définis : l'éducation et la culture des jeunes, l'amélioration de la détection par les services de police, les services sociaux et les municipalités et enfin, la construction d'outils performants pour caractériser les discours radicaux sur le net notamment.

Internet, en effet, est-il une force ou une faiblesse dans cette lutte contre la radicalisation ?
La question est au coeur des débats à Toulouse. Chercheurs, juristes et policiers mettent ici en commun leurs savoirs pour se prémunir des discours de propagande.

Pour le major Fabrice Crasnier, commandant de la Division Analyse Criminelle et Cybercriminalité : "L'outil le plus important, c'est l'enquête sous pseudonyme. C'est-à-dire faire des enquêtes sur internet comme on le fait dans le domaine du vivant. On a repris les typologies d'enquêteur habituel pour pouvoir mieux comprendre les choses et ramener un aspect humain et non pas technologique aux renseignements que l'on acquiert".

Practicies vient de décrocher un label européen et 3,5 millions d'euros de subventions par la commission européenne.

"Un sondage va être lancé dans 12 pays européens sur les perceptions des phénomènes radicaux et du sentiment de sécurité. Nous allons mener également un travail de caractérisation des processus de radicalisation avec l’appui de Dounia Bouzar, fondatrice du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'Islam, et ce auprès de 120 jeunes. Puis nous mènerons un audit des villes et de leurs programmes de sécurité. Avant de proposer des outils à l’horizon 2018-2019", explique Séraphin Alava.

Voir ici la vidéo du reportage de Stéphane Compan et Frédéric Desse, de France 3 :

Toulouse : recherches universitaires sur la radicalisation des jeunes
La commission européenne vient d'accorder un financement de 3,5 millions d'euros à un projet de recherche axé sur la radicalisation et la prévention. Le chercheur est un enseignant- chercheur de l'université Jean-Jaurès de Toulouse.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/toulouse-projet-recherche-universitaire-radicalisation-decroche-35-millions-euros-europe-1190341.html
04.02.2017

Séraphin Alava : «On peut toujours faire retourner un jeune radicalisé sur le droit chemin »

Séraphin Alava est professeur de science de l'éducation à l'Université de Toulouse-Jean Jaurès et expert Unesco./ Photo DDM, Michel Viala

3,5 millions d'euros de financement ont été accordés par l'Europe au projet Practicies pour créer des outils de prévention de la radicalisation chez les jeunes. Entretien avec Séraphin Alava, coordinateur général du projet.
Quels outils de lutte contre l'extrémisme vont être mis en place avec le projet Practicies ?
En pratique, nous améliorerons les outils de repérage de l'extrémisation déjà existants, et surtout, nous en créerons de nouveaux à destination du grand public. Le premier outil sera un logiciel de contrôle parental qui analysera les discours auxquels le jeune est confronté sur les réseaux sociaux, afin de détecter des dérives. Le second outil sera un robot pour le web, qui va tracer les URL à caractère haineux pour mieux les neutraliser. Un des grands volets du projet est aussi l'éducation des jeunes aux médias, car 80 % d'entre eux n'ont jamais lu un journal et 70 % se renseignent sur les réseaux sociaux uniquement. Ils doivent apprendre à décoder l'information, pour cela nous travaillons avec la Meac, à Mollenbeck, qui forme au décryptage de vidéos, et avec des groupes d'enseignement actifs locaux, dont nous souhaitons encourager les initiatives individuelles. Actuellement, nous manquons d'outils à destination du grand public, le site gouvernemental stop-djihadisme. fr étant avant tout fait pour les structures. Les associations possèdent des moyens efficaces. Nous aimerions à terme créer un site qui regrouperait toutes les solutions de prévention, pour lequel nous sommes en recherche de financement.
Toulouse est-elle un foyer de radicalisation important ?
Oui, et la situation évolue très lentement. Il y a toujours eu beaucoup de délinquance à Toulouse, et les problèmes de fond dans les quartiers «à risque» ne sont pas réglés. Il n'y a pas de perspective d'intégration citoyenne pour ces jeunes. On constate tout de même une meilleure coordination entre les services (sociaux, policiers et éducatifs), et des agents mieux formés. Mais nous ne sommes qu'à l'aube de la résolution des problèmes.
Que faire si l'on constate la dérive d'un proche ?
Il faut en parler à ses proches pour savoir si le doute est fondé. Ensuite, il est conseillé de se tourner vers des associations. Il est très important de garder le contact avec le jeune. Enfin, il ne faut pas hésiter à appeler le numéro vert, le 0800 005 696 qui peut offrir une aide psychologique ou envoyer sur place un éducateur spécialisé. Un jeune radicalisé n'est pas un humain génétiquement modifié : Il est toujours possible de le faire retourner sur le droit chemin.
Des projets à Toulouse
Practicies, c'est une coopération de 10 pays et de 25 partenaires. Les rôles sont définis : La ville de Madrid gérera le pôle lié au terrorisme, la Grèce la prévention informatique, ou encore l'EFUS gérera la coordination entre les villes.
À Toulouse, la Mairie, avec la Mission Égalité et Éducation, ainsi que l'association Syrien ne Bouge sont des partenaires actifs. Localement, il s'agira de créer des campagnes de communication sur Internet avec des vidéos de question/réponse, de créer des cafés citoyens avec les associations pour répondre aux questions, ainsi que de créer des outils d'aide pour les familles. Les préfectures de Toulouse et Tarbes ainsi que les académies de Toulouse et Montauban ont aussi répondu présentes pour apporter leur soutien.

http://www.ladepeche.fr/article/2017/02/07/2512693-seraphin-alava-peut-toujours-faire-retourner-jeune-radicalise-droit-chemin.html
07/02/2017

La consultation de sites terroristes en procès

Deux procès pour « consultation habituelle de sites terroristes » se tiennent aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de Paris. Ce nouveau délit controversé pourrait être prochainement invalidé par le Conseil constitutionnel.
Pour la première fois, un procès pour « consultation de sites terroristes » s’ouvre aujourd’hui devant la 16e chambre correctionnelle de Paris, spécialisée dans le contentieux terroriste. Une audience qui sera particulièrement scrutée car le Conseil constitutionnel pourrait, dès la fin de la semaine, censurer ce nouveau délit controversé.
Portée depuis 2012 par la droite, cette incrimination a fini par être adoptée dans la loi du 3 juin 2016 renforçant la lutte contre le terrorisme. La consultation habituelle de sites terroristes est punie de deux ans de prison et 30 000 € d’amende.Objectif : tarir le flot des endoctrinements et prévenir le passage à l’acte terroriste. Mais ce délit se trouvant au carrefour de nombreux principes fondamentaux suscite la controverse.
En cause déjà, le terme de consultation « habituelle ». Quand une telle pratique devient-elle habituelle ? « Est-ce le fait de consulter, une, deux, trois ou quatre fois ? », a interrogé l’avocate Claire Waquet à l’audience devant le Conseil constitutionnel. Lors des débats parlementaires, le ministre de la justice, Jean-Jacques Urvoas, avait lui-même critiqué la formulation, la jugeant « contraire à l’exigence de la précision pénale ».
Autres principes menacés : les libertés d’« accès à l’information, de communication et d’opinion ». Pour Claire Waquet, « on reproche le simple fait de chercher une information ». À la rigueur, poursuit-elle, le texte aurait pu préciser que la consultation devait se faire « en vue d’une radicalisation » pour être sanctionnée. Mais pour nombre d’avocats, c’est surtout « la présomption de culpabilité » régissant le texte qui est contestable. De fait, celui-ci induit que toute personne consultant des sites le fait a priori dans une intention de radicalisation, prévoyant une exception pour ceux le faisant « de bonne foi » : les journalistes, les chercheurs ou la justice. « Cette présomption d’une intention criminelle repose sur des suppositions, a fait valoir François Sureau, représentant de la Ligue des droits de l’homme. La notion d’acte préparatoire devient nébuleuse, liquide et subjective. »
Les opposants au texte doutent par ailleurs de son efficacité. Certes, tous les procès de djihadistes montrent leur propension à consulter de manière compulsive des documents, photos ou vidéos montrant des exactions et appelant à en commettre. C’est d’ailleurs un des indices pouvant caractériser, parmi d’autres, l’association de malfaiteurs terroriste. Mais pour beaucoup, il est rare que la radicalisation s’opère exclusivement en ligne.
Conscients de ces écueils, les magistrats assurent faire un usage « réfléchi » du nouveau délit. À l’image du procureur de la République de Nice, qui dit avoir engagé une quinzaine de poursuites : « La consultation habituelle de sites ne suffit pas : nous ne poursuivons que quand il y a adhésion au discours djihadiste. » Quant au gouvernement, il juge la nouvelle incrimination nécessaire. Son avocat devant les sages a ainsi rappelé que la menace terroriste était aujourd’hui « plus diffuse et individuelle » et estimé que la consultation habituelle de sites « favorise les passages à l’acte, constituant donc un trouble à l’ordre public ».

La Croix du 07.02.2017

Terrorisme : «Albistouri», de la chirurgie à l’EI

Le 3 décembre, Amine Ladjaal est arrêté en Turquie sur demande des services antiterroristes français. Brillant et surdiplômé, le jeune interne de l’hôpital de la Timone, à Marseille, s’apprêtait à rejoindre l’Etat islamique en Syrie.

On peut avoir bac + 10, être passé par le prestigieux lycée Louis-le-Grand à Paris, avoir des frères et sœurs tout aussi brillants, et prendre la route du jihad… Si les spécialistes n’y verront aucune surprise, tant l’endoctrinement frappe jusqu’aux classes supérieures, il y a quelque chose de déroutant à voir un jeune interne en chirurgie s’envoler pour la Syrie.

C’était le 22 octobre. Amine Ladjaal, 29 ans, avait réservé un vol Paris-Athènes, avec une escale à Istanbul. Durant celle-ci, il s’est fait la belle. Et a tourné définitivement le dos à sa vie hospitalière marseillaise. Le 1er novembre pourtant, il devait rempiler pour un semestre à l’hôpital de la Timone, à Marseille, où ses qualités d’orthopédiste n’étaient plus à prouver. Aujourd’hui, il est incarcéré en France, après que la Sous-Direction antiterroriste de la PJ (Sdat) l’a cueilli à son retour de Turquie le soir de Noël.

«Cynique, défiant, solitaire»
L’histoire d’Amine Ladjaal résume à elle seule les malaises de la société française. Un ami de longue date du jeune médecin, interrogé par Libération, qualifie son parcours «de gâchis intersidéral». «Le problème d’Amine, poursuit-il, c’est qu’il avait l’intelligence de percevoir l’absurdité du monde. Il disait toujours "c’est n’importe quoi la vie en 2015 ; c’est n’importe quoi de faire des études et de gagner 1 500 euros ; c’est n’importe quoi de voter pour des gens qui promettent aux pauvres mais qui protègent les riches ; c’est n’importe quoi les boîtes qui gagnent des milliards et qui virent leurs salariés ; c’est n’importe quoi que les Etats-Unis protègent autant Israël alors que c’est un Etat colonial". Tout ça l’a rendu cynique, défiant, solitaire. Or, Amine, il avait besoin de rêver.»

Le 31 juillet 2015, un compte Twitter au pseudo éloquent, «Albistouri», apparaît sur le réseau. Parmi ses premières publications, celle-ci, déjà sans équivoque : «Je suis pour le terrorisme.» L’espace d’un instant, certains internautes croient assister aux envolées - certes douteuses - d’un compte parodique. Mais le suivi des tweets sur la durée empêche toute méprise : l’émetteur semble bel et bien épris de l’idéologie jihadiste. Comme l’a raconté début janvier le journal la Provence, des veilleurs spécialisés dans le repérage des comptes pro-Daech signalent alors «Albistouri» à la plateforme policière Pharos. Le dossier est transmis à l’Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l’information et de la communication (OCLCTIC). L’objectif ? Identifier l’utilisateur du compte à partir de l’adresse IP - l’identifiant d’une connexion internet.

C’est chose faite en quelques jours. Stupeur, l’homme qui se cache derrière «Albistouri» est un apprenti chirurgien surdiplômé, qui passe le plus clair de son temps dans le service de chirurgie plastique de la Timone. La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) émet immédiatement une fiche S - pour sûreté de l’Etat. Le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris et de Saint-Denis, Amine Ladjaal tweete, selon l’Express : «This is the start of your ending #Parisattacks.» Cette saillie convainc le réseau social de clôturer son compte. Quelques jours plus tard, «Albistouri 2» subit le même sort. Quant aux services spécialisés, ils optent pour une surveillance soutenue.

«Excellent théoricien»
A la Timone, Amine Ladjaal demeure égal à lui-même. Ses collègues l’apprécient, même s’ils insistent tous sur son côté «branleur». En clair, l’homme n’est pas à cheval sur les horaires, s’emmêle souvent dans les plannings et fait parfois la sieste un peu trop longtemps en salle de garde. Toutefois, un de ses anciens chefs de service loue un «excellent théoricien doublé d’un technicien tout à fait honnête». «Au bloc, poursuit-il, ce n’était pas le meilleur, mais il progressait.»

Initialement, Ladjaal rêvait d’intervenir en chirurgie nerveuse. Mais son manque de rigueur l’éloignait chaque jour un peu plus de son but. Un ex-collègue relate l’admiration qu’il portait à Christophe Oberlin, un ponte de la chirurgie réparatrice de la main. Très engagé pour la cause palestinienne, le professeur suscita quelques remous dans le milieu médical en 2012, quand il demanda aux étudiants de Paris-Diderot lors d’un examen si les bombardements israéliens à Gaza pouvaient être qualifiés de génocide.

«Tout faire péter»
C’est en 2013, après avoir fini 3 313e au concours - sur plus de 8 000 candidats - qu’Amine Ladjaal découvre la vie ascétique des internes. Il passe d’abord par le centre hospitalier de Salon-de-Provence, puis est affecté à Toulon. Un soir, en sortant de l’établissement, il est contrôlé par la police. Le ton monte. A cette époque, l’interne manifeste une colère de plus en plus éruptive à l’égard des forces de l’ordre. «Ce contrôle, on en a entendu parler un moment, se remémore l’ami de longue date interrogé par Libération. Amine gueulait comme un putois lorsqu’il me l’a raconté. Il disait "c’est juste parce que j’ai une tête d’Arabe que la police me gaule". D’après ce qu’il rapportait, ça lui arrivait souvent. De ce sentiment d’injustice irrésolu a pu naître doucement une forme de haine.» Ceux qui l’ont connu évoquent également la mort de son père, en 2005, comme facteur de fragilisation. Veilleur de nuit originaire des Aurès, en Algérie, il est mort brutalement d’un infarctus.

Ces derniers temps, Amine Ladjaal se faisait de plus en plus discret. Il s’esquivait systématiquement des quelques verres que s’accordaient les internes. «Il était pratiquant mais semblait tolérer, jusqu’à très récemment en tout cas, que l’on boive de l’alcool à ses côtés», témoigne, dévasté, un jeune médecin de la Timone. Au sein du prestigieux hôpital, l’annonce de son arrestation a sidéré. Le jeune homme s’était mis à fréquenter assidûment un appartement suspect du centre-ville de la cité phocéenne. Il rompt aussi avec sa petite amie et côtoie des personnes extrêmement prosélytes. L’une d’elles est même, selon une source policière haut placée, «un objectif sensible de la DGSI à Marseille».

Fin septembre 2016, surprise : un compte, intitulé cette fois-ci «Elbistouri», fait un retour tonitruant sur Twitter. Pas de doute, il s’agit une nouvelle fois d’Amine Ladjaal. Et pour ne rien arranger, le degré de dangerosité du jeune homme semble encore s’être accru. En témoigne ce gazouillis, indubitablement inspiré par son métier : «Un kufar [mécréant, ndlr] se divise en deux parties, la tête et le corps.» Ou encore : «Il faut tout faire péter.» Les policiers s’inquiètent notamment du ciblage «d’un Irish pub».

Le 22 octobre, Ladjaal s’envole donc pour Istanbul, prétextant des vacances sur les rives du Bosphore. Mais, étonnamment, il effectue un aller-retour en France entre le 14 et le 16 novembre, où les services de renseignement le localisent à Paris. S’agit-il de brouiller les pistes ? De revoir une dernière fois sa famille ? Difficile à dire, mais des écoutes téléphoniques sont diligentées. De retour sur le sol turc, l’interne entre en contact, selon l’Express, avec des «individus se trouvant en zone irako-syrienne». Pour les enquêteurs, Ladjaal a alors bel et bien pour projet de rejoindre une organisation terroriste, et non de mettre ses connaissances médicales au service d’une ONG. Le 3 décembre, la police turque interpelle le jeune homme à la demande des autorités françaises dans un hôtel stambouliote. Il est placé en rétention dans la ville d’Izmir, le temps que les deux pays s’accordent sur les formalités de transfèrement. Le 13 décembre, la section C1 du parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour «participation à une association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Et récupère une enquête ouverte, elle, par le parquet de Marseille pour apologie.

L’exploitation du smartphone et de l’ordinateur d’Amine Ladjaal fait apparaître une importante documentation jihadiste. Y figurent un «manuel de survie en garde à vue», une liste des terroristes européens, des références à la gloire de Mohammed Merah, le tueur au scooter de Toulouse, ainsi que des guides de fabrication d’explosifs. En garde à vue, l’interne garde le silence lors de quatre tentatives d’audition. Contactée par Libération, son avocate, Gabrielle Fingerhut, s’est refusée à tout commentaire. Dans l’un de ses derniers tweets, publié le 27 novembre sur un énième compte, «Fleuvevolga», Amine Ladjaal écrivait ceci : «Combats dans le sentier d’Allah, tu n’es responsable que de toi-même, incite les croyants au combat et Allah arrêtera la violence des kufar.»

Libération du 07.02.2017

La mère d'un enfant mort en Syrie témoigne : "On nous dit qu'on n'a rien vu, qu'on a laissé faire, qu’on n’a pas su donner d'amour... Mais non !"

Dans son livre "Quentin, qu'ont-ils fait de toi", Véronique Roy raconte le lent processus de radicalisation qui a mené son fils jusqu'en Syrie. Elle est l'invitée de franceinfo.

Véronique Roy, mère d'un garçon mort en Syrie, publie, jeudi 9 février, Quentin, qu'ont-ils fait de toi, chez Robert Laffont. Elle se confie, mercredi sur franceinfo, et raconte le long procesus de radicalisation qui a conduit son fils jusqu'en Syrie. "Au départ, on ne perçoit pas la nuance entre ce qui nous paraît être une pratique intégriste et la bascule vers le jihadisme et la radicalisation violente."

Franceinfo : Vous écrivez ce livre à un moment où on comprend tellement peu les actes de terrorisme que l'on juge aussi les parents. C'était important de le montrer au travers de ce livre ?
Véronique Roy : C'est un trauma dans une famille quand vous avez un enfant qui part sans prévenir, qui ne vous dit pas au revoir et qui finit par mourir. On ne reverra jamais le corps, on n'a pas de sépulture. C'est sur fond de guerre, de terrorisme que l'on associe à nos enfants. Ce n'est pas forcément lié mais la peur nous invite à trouver des responsables. C'est tellement facile d'associer ces jeunes qu'on qualifie de jihadistes à des terroristes, l'actualité peut permettre de faire ce lien. Nous, quand on vit ça de l'intérieur, c'est quelque chose qui monte crescendo, qui nous est caché. On ne voit pas les signes, on ne comprend pas, on n'a pas de manuel pour nous dire comment ça se passe. Au départ, on ne perçoit pas la nuance entre ce qui nous paraît être une pratique intégriste et la bascule vers le jihadisme et la radicalisation violente.

Comment savoir que son enfant a basculé ?
C'est l'association de tout une série d'éléments, sur un an et demi. Quand on les voit a posteriori, on se dit que, oui, c'était flagrant. Et c'est pour ça que des gens disent qu'on est des parents déficients, qu'on n'a rien vu, qu'on a laissé faire, que nous avons été laxistes, trop tolérants. Des gens qui se cachent derrière internet, des blogs, nous disent : "Renie ton fils" ! Il y a aussi des gens impliqués dans la "déradicalisation", qui disent que [nous sommes] des parents qui n'ont pas su donner d'éducation, qui n'ont pas su donner d'amour. Mais non ! Le problème n'est pas là. Contrairement à ce qu'on nous dit, la radicalisation se fait au contact de quelqu'un. Dans ce "quelqu'un", il y a des amis de Quentin. D'un islam qu'il a choisi au départ, qui devait rester un islam normal, modéré, dépassionné, il a basculé, au contact d'amis radicaux, vers quelque chose de plus fondamentaliste. Et justifiant un départ vers le califat : puisque c'est prescrit, il faut le faire. Si tu es un bon musulman tu n'as pas le choix, tu dois partir.
A l'époque, vous tâtonnez beaucoup. Est-ce que vous pensez que si ça arrivait aujourd'hui, vous sauriez retenir votre enfant ?
Je ne peux pas le garantir. Le phénomène d'embrigadement est extrêmement pernicieux. Il faut éviter de basculer, faire machine arrière est difficile. Je serais plus vigilante. Aujourd'hui, on en parle plus, on en parle mieux. Il y a des choses qui n'existaient pas à l'époque, il y a le numéro vert [Stop Djihadisme, 0 800 005 696] qui n'est pas parfait mais qui a le mérite d'exister. Il permet de faire du signalement, ce n'est pas de la délation. J'aurais pu protéger mon enfant. Si la mosquée qu'il a fréquenté avait été fermée, si on avait pris la mesure de l'inquiétude et qu'on avait informé la population, oui, ça aurait fait "tilt" dans ma tête. Je me serais dit, finalement, que cette conversion n'était peut être pas anodine. J'aurais peut-être confisqué son passeport, même s'il était majeur. Et que c'est compliqué : quand on allait au commissariat, on nous disait qu'un adulte a le droit de voyager. J'aurais peut-être tenté des choses. Nous, on n'a pas voulu le braquer. On ne voyait que l'intégrisme religieux, qui nous faisait peur. Mais jamais je n'ai pensé à la Syrie.
Aujourd'hui on parle moins des jeunes qui partent que de ceux qui reviennent. Que dites-vous aux parents que vous rencontrez ?
Il faut croire au retour de son enfant. Ces jeunes sont des gens à réparer. Il faut croire à la possibilité de restaurer ces jeunes.
Quitte à les enfermer ?
Quitte à les enfermer, mais pas en prison. Il faut quelque chose d'adapté. Ce n'est pas au contact des radicaux qu'on va les sauver. Le problème c'est qu'en prison ils sont avec des radicaux, qui sont les pires parce que eux ne partent pas. Les recruteurs ne partent pas. Ce sont eux les criminels.

http://www.francetvinfo.fr/france/jihadistes-francais/la-mere-d-un-enfant-mort-en-syrie-temoigne-on-nous-dit-qu-on-n-a-rien-vu-qu-on-a-laisse-faire-quon-na-pas-su-donner-d-amour-mais-non_2053195.html#xtor=AL-67-[article]
08.02.2017

Installation du Conseil scientifique sur les processus de radicalisation : discours

Najat Vallaud-Belkacem s'est exprimée à l'occasion de l'installation du Conseil scientifique sur les processus de radicalisation, le mercredi 8 février 2017.
Seul le prononcé fait foi.

Mesdames et messieurs les élus et les représentants des collectivités,
Mesdames et messieurs les représentants des administrations,
Mesdames et messieurs les membres du collège scientifique,

Notre société, vous le savez, fait face à un défi immense : celui de la radicalisation.

La radicalisation est un phénomène complexe, qui se réalise de bien des façons, et qui touche des domaines divers, comme le montre la définition qu’en propose Farhad Khosrokhavar, je le cite : "Par radicalisation, on désigne le processus par lequel un individu ou un groupe adopte une forme violente d'action, directement liée à une idéologie extrémiste à contenu politique, social ou religieux, qui conteste l'ordre établi."

Là où la société rassemble, là où la République unit, la radicalisation divise, oppose, fragmente.

Cette radicalisation s’opère de bien des manières, et nous savons, aujourd’hui, la part importante que joue la propagande, sur internet, par le biais des réseaux sociaux et des vidéos.

La radicalisation conduit des jeunes et des moins jeunes à nourrir, à l’égard de la République, à l’égard de la France, une haine, un refus, qui, eux, n’ont rien de virtuel.
Ils sont bien réels, tout comme le sont les morts qu’engendre la radicalisation religieuse de ceux qui se réclament de l’islamisme radical – et nous devons y faire face.

Devant un tel phénomène, devant sa complexité et la multiplicité des formes qu’il revêt, nous avons une responsabilité : ne pas lui opposer de réponses simplistes, mais porter un regard complexe, cohérent, qui allie et réunit les forces de tous les acteurs concernés par ce sujet.

Il y a, dans ce domaine, une véritable urgence. Une urgence que nous avons toutes et tous ressentie avec une intensité particulière, au lendemain des attentats de janvier 2015.

Depuis que notre pays fait face à une menace terroriste sans précédent, la recherche française s’est mobilisée en livrant des analyses variées et solides sur les différentes formes de radicalisation.
Mais cette recherche, extrêmement importante, rencontrait un problème. Un problème particulièrement bien mis en évidence dans le rapport, rendu l’année dernière, en mars 2016, par l’Alliance Athéna. Je tiens à saluer son auteur, Alain Fuchs, qui aura l’occasion de vous le présenter plus en détail tout à l’heure.

Votre rapport nous rappelait un point important : l’écart trop souvent constaté entre la recherche et l’action publique.

Nous avons, d’un côté, des chercheurs remarquables – et votre rapport souligne avec raison l’excellence des sciences humaines et sociales en France – et, de l’autre, des décideurs politiques : mais les uns et les autres se connaissent, finalement, assez peu. Les efforts des uns ne viennent pas nourrir suffisamment ceux des autres.

Voilà pourquoi nous devons assurer ce qui est à la fois si délicat et, en même temps, si essentiel : le transfert des connaissances, du monde de la recherche vers celui de la politique.

Oui, nous avons besoin que la politique soit innervée par les connaissances scientifiques qui sont produites, au quotidien, par nos chercheurs.

Et en même temps, les axes de recherches, les problématiques, gagnent, eux aussi, à se nourrir d’une meilleure compréhension des enjeux qui sont ceux des femmes et des hommes politiques, qui sont ceux d’une politique publique d’envergure.

Aujourd’hui est donc un jour important.

Un jour où nous mettons en œuvre les préconisations de ce rapport, pour faciliter le transfert des résultats des recherches en sciences humaines et sociales vers les décideurs publics.
Un jour où nous installons un conseil scientifique dédié, ce conseil scientifique qui nous rassemble dans cette salle du ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.


Mesdames et messieurs, la co-construction des politiques publiques, est une entreprise exigeante.

Ce conseil scientifique constitue moins une fin en soi, qu’une première étape : il nous offre les conditions nécessaires pour faire du transfert de la recherche vers les politiques publiques, une réalité.

Oui, nous avons besoin d’échanger les uns avec les autres.

Oui, nous avons besoin d’une approche cohérente, nourrie de vos apports réciproques, et je tiens à insister sur cette réciprocité : c’est bien un enrichissement mutuel qui doit s’opérer au sein de cette instance.

C’est la raison pour laquelle l’ancien Premier ministre a décidé de la création de ce conseil scientifique, qui est d’ailleurs rattaché aux services du Premier ministre.

Vos expériences, vos expertises, doivent nous permettre d’avancer ensemble. Et cette réciprocité est encore marquée par la composition même de ce conseil : nous avons voulu qu’il soit composé de douze scientifiques, dont le président de l’alliance Athéna, aux côtés de six élus et de six représentants d’administrations.


La création de ce conseil scientifique s’inscrit dans la politique que mène mon ministère dans le cadre du Plan gouvernemental d’action contre la radicalisation et le terrorisme (PART), initié au lendemain des attentats de janvier 2015.

Cette politique repose sur cinq axes complémentaires : la prévention, le repérage et le signalement, le suivi des jeunes en voie de radicalisation scolarisés, la formation et la recherche.

La création de ce Conseil répond donc au cinquième axe de notre action.

Il se réunira en assemblée plénière une fois par trimestre, en lien avec l’INHESJ – Institut national des hautes études sur la sécurité et la justice – et je vous remercie d’avoir accepté d’en faire partie.

Mais si nous nous concentrons sur la France, nous n’ignorons pas la dimension internationale.

Nous avons, au niveau européen, orienté les financements de la recherche vers ces thématiques, en favorisant la constitution de réseaux de chercheurs européens : je pense notamment à l’engagement français dans le consortium européen Radicalisation Awareness Network.

Les chercheurs ici présents, permettront à ce conseil scientifique de bénéficier des apports des réseaux européens de recherche en sciences humaines et sociales.

Nous avons aussi demandé, en partenariat avec l’Allemagne, un appel à projets dédiés, dans la programmation européenne H2020, demande qui a obtenu une réponse favorable.
Vous le voyez, nous avons déjà de nombreuses ressources, mais nous avons aussi un important travail devant nous, pour articuler au mieux les différents acteurs concernés par ce sujet.

Pour, encore, renforcer, par exemple, les liens entre Athéna et l’INHESJ, pour recueillir les besoins des administrations, pour développer la connaissance réciproque et la culture partagée entre les administrations et les chercheurs.


Devant cette tâche, je veux, ici, vous assurer du soutien sans faille de mon ministère, et de mon engagement, à vos côtés.

Nous avons encouragé, revivifié et revalorisé rapidement l’enseignement et la recherche en islamologie, mais aussi dans toutes les sciences humaines qui étudient le fait religieux.

Nous favorisons les recherches nouvelles avec des bourses et des recherches-actions, avec les appels à projets ANR et CNRS, avec la structuration de la recherche SHS dédiée à la radicalisation, avec la création de dix postes disciplines rares, six en islamologie, et quatre sur la radicalisation.

La création de ces postes universitaires caractérisés "disciplines rares" nous ont permis de structurer le paysage de la recherche publique dans ce domaine, avec la volonté de conforter les pôles d’excellence, et d’établir une synergie extrêmement forte sur ce sujet.

Parce que oui, il y a des manques à combler. Ce sont des enseignements qui font défaut, pour former les acteurs associatifs, nos agents publics, ou encore les personnels religieux.
Il y a un manque, mais aussi une demande : car toutes celles et tous ceux que je viens de citer sont aussi demandeurs d’une diversification des formations, pour, en particulier, avoir une meilleure compréhension des phénomènes de radicalisation.

La compréhension de ces processus, est la condition nécessaire si nous voulons pouvoir agir efficacement contre eux.

Et je tiens, à cet égard, à souligner que ce sujet fait aussi l’objet d’une mobilisation interministérielle exemplaire, qui est absolument nécessaire, sur un sujet aussi grave.

Le défi, mesdames et messieurs, est donc immense : mais nous ne sommes pas seuls pour y faire face.

Plus nous serons capables de nous mobiliser, ensemble, en profitant des apports de chacun, plus notre réponse sera adaptée, et donc efficace.

Dans un monde où trop souvent l’on croit pouvoir faire l’économie de la pensée, de la profondeur et de la rigueur de la réflexion ; dans un monde où les critiques s’abattent sans cesse sur les institutions, qu’elles soient politiques ou scientifiques, au nom d’un antisystème que certains brandissent comme un remède miracle ; dans ce monde, dans cette époque, je crois, moi, à la force de nos institutions, à leur importance et à leur valeur.

Je crois, à la noblesse de l’action publique, et à la nécessité de la recherche, en sciences humaines comme dans d’autres domaines.

C’est donc avec la conscience des responsabilités qui sont les nôtres, que j’ouvre aujourd’hui ce premier conseil scientifique sur les processus de radicalisation : à la tentation du recours à la violence au nom de communautés ou d’idéologies fantasmées, il oppose la réalité de ce qui nous rassemble, de ce qui nous unit, pour la défense de la République, de nos valeurs, et de nos convictions profondes.

Je vous remercie.

http://www.education.gouv.fr/cid112888/installation-du-conseil-scientifique-sur-les-processus-de-radicalisation-discours.html
8 février 2017

Déradicalisation : le premier centre est vide

Le premier centre de déradicalisation ouvert en septembre à Beaumont-sur-Vernon en Indre-et-Loire est désormais vide. Son dernier résident a quitté les lieux mercredi. Le problème selon les élus locaux : l’Etat ne parvient pas à recruter des jeunes majeurs volontaires en phase précoce de radicalisation ». La structure devait accueillir 14 pensionnaires fin novembre et 25 fin décembre, mais les objectifs n’ont jamais été atteints. Fin janvier, on en comptait plus que trois pour 10 à 12 encadrants. Mais le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux aexclu de le fermer.

Le Bien Public du 10.02.2017

Fermeture du centre de déradicalisation de Pontourny

Rejeté par une partie de la population locale, le centre de déradicalisation de Pontourny peinait à recruter des volontaires. Selon nos informations, le tout dernier pensionnaire a quitté le centre mercredi.
Plus aucun pensionnaire... Selon une information Europe 1, le centre de déradicalisation de Pontourny en Indre-et-Loire est désormais vide. Ouvert depuis septembre, ce centre peinait à recruter des volontaires, l’un des pensionnaires avait même été arrêté mi-janvier dans le Bas-Rhin pendant une permission, soupçonné d’avoir voulu se rendre en Syrie.
Le dernier pensionnaire est resté deux mois. Le tout dernier pensionnaire a quitté le centre mercredi, deux mois après son entrée, en décembre. Il en a été exclu parce qu’il ne correspondait plus aux critères. Et pour cause : ce tout jeune majeur originaire de l’Ouest de la France a été condamné mercredi pour violences et apologie du terrorisme, à quatre mois de prison avec sursis et des travaux d’intérêt général. Les faits datent d’il y a trois ans, alors qu'il était mineur mais le centre ne pouvait plus le garder.
Un rejet de la France amplifié. Selon nos informations, son passage de quelques semaines a eu l’effet inverse de celui recherché. L’encadrement avait noté qu’il vivait le programme comme du prosélytisme anti-islam et qu’il semblait se radicaliser d’avantage. Son rejet de la France tendait à s’amplifier. Alors, il ne peut plus rester dans le centre mais il ne peut pas non plus rentrer chez lui car les violences pour lesquelles il vient d’être condamné concernent les membres de sa famille.
Il va donc passer quelques jours à l’hôtel, toujours suivi par les services de l’État qui vont chercher une solution, une structure d’accueil. Malgré cet échec, le ministère de l’Intérieur ne remet pas en cause l’existence de centre, les profils accueillis pourraient même varier. Fin janvier pourtant, Bruno Le Roux excluait la fermeture de ce centre, indiquant qu'il fallait "encore continuer à travailler".

http://www.europe1.fr/societe/le-centre-de-deradicalisation-de-pontourny-est-desormais-vide-2973194
09.02.2017

Pontourny : " On m'a un peu forcé la main "

Sabrina C. a quitté le centre de déradicalisation mi-décembre, après trois mois passés entre ses murs. Pas si “ volontaire ” que ça, mais en manque de repères et mal entourée, elle raconte.

Elle s'appelle Sabrina C. Agée de 24 ans, la jeune femme fait partie de ceux qui ont inscrit leur nom sur la liste des « volontaires » à l'expérimentation Pontourny. Du 19 septembre au 15 décembre, la Parisienne a vécu au « centre de prévention, d'insertion et de citoyenneté » de Beaumont-en-Véron, près de Chinon.

« Pas bien dans ma peau », enceinte de quelques semaines, celle qui explique avoir voulu s'extraire du cocon familial « pour prendre l'air » a fini par en revenir.

Je pleurais tous les soirs, je ne me sentais pas à ma place. À Pontourny, on m'a traitée comme une criminelle. »
Sabrina C., ancienne résidente de Pontourny
Si le ministère de l'Intérieur et le préfet des Hauts-de-Seine l'ont orientée vers l'Indre-et-Loire, c'est que Sabrina baignait dans la mouvance islamiste. Presque malgré elle.

" On y voyait une chance pour notre fille "

« J'étais mal entourée mais à aucun moment je ne me suis sentie intéressée par quelque religion que ce soit », assure-t-elle.

La seule question posée quant à une éventuelle radicalisation la fait bondir. « Ma famille est catholique, non pratiquante, on va à l'église de temps en temps, mais pas plus. » Elle reconnaît : « Mon copain a voulu me faire porter le foulard, mais j'ai toujours refusé », martèle la jeune femme.

Sauf que les images de propagande de l'État islamique proposées par son compagnon ont fini par alerter sa mère.

Signalement aux services préfectoraux, rencontre avec une assistante sociale. Ajoutons à cela un grand frère converti à l'islam, et la valise pour le Véron était faite.

Issue d'une famille de cinq enfants, originaire des Antilles, Sabrina C. souffre de déficience mentale légère. « Autonome » mais en quête de sens à donner à sa vie, elle rêvait d'apprendre un métier. Ce qui a accéléré son départ vers Pontourny.

« On nous un peu forcé la main, reconnaît, avec du recul, Nadia, la maman.

On y voyait une chance pour notre fille de suivre une formation professionnelle, d'apprendre la cuisine, d'être auprès des animaux (*) »
Nadia, mère de Sabrina
Telle était du moins dépeinte la carte postale depuis Nanterre. Le mot « déradicalisation » n'est à aucun moment évoqué, défend-on dans la famille de Sabrina.

" Faire du nombre "

Parade de l'État pour rendre l'histoire plus belle ? Volonté de donner une chance à une jeune femme aux influences néfastes ? Course effrénée pour grossir les rangs d'un centre de déradicalisation empêtré dans ses difficultés à recruter des profils ad hoc ?

Toujours est-il que Sabrina C. a le sentiment d'avoir été orientée vers Pontourny « pour faire du nombre ».

Et de détailler les leçons sur l'islam, « La Marseillaise » chantée à tue-tête le vendredi « pour rassurer les voisins »…

A ses côtés, Anaïs, revenue de Syrie, et un certain Mustafa Savas… Arrêté quelques semaines après le départ de Sabrina, lors d'une permission dans le Bas-Rhin, cet homme est suspecté d'être proche d'un kamikaze du Bataclan et de la filière djihadiste dite de Strasbourg. « Un grand frère plein de bienveillance, qui prenait soin de moi et me défendait des moqueries des autres », le présente toutefois Sabrina.

Une cohabitation qui apporte la preuve, selon ses proches, que « le système Pontourny est mal fait, pas assez réfléchi ».

Sur la question, Nadia C. s'est fait un avis : « Un centre oui, mais qu'on fasse en sorte de remettre les enrôleurs sur le droit chemin, plutôt que les victimes. »

(*) Des ateliers au centre équestre figuraient parmi les activités proposées.

Repères

> 13 septembre. Ouverture officielle du centre de déradicalisation de Pontourny. Il s'agit de la première structure du genre en France. Expérimentale, elle doit servir de test avant le déploiement d'un établissement similaire par région.

> 27 septembre. La présence à Pontourny de David, un homme de 23 ans originaire d'Arras (Pas-de-Calais), est dévoilée. Son tort ? Il est fiché S. Suspecté de velléités de départ vers la Syrie, il fait l'objet d'une condamnation pour violence. Il doit quitter le centre.

> 17 janvier. Mustafa Savas, pensionnaire de Pontourny, est arrêté lors d'un coup de filet antiterroriste dans le Bas-Rhin. Il est suspecté d'être proche de la filière djihadiste de Strasbourg, où il aurait côtoyé un des kamikazes du Bataclan.

> 9 février. Le dernier « volontaire » de Pontourny quitte la Touraine, condamné par la justice à quatre mois de prison avec sursis pour « violences et apologie du terrorisme » (lire en page 38).

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/02/10/Pontourny-On-m-a-un-peu-force-la-main-2998239
10/02/2017

Beaumont-en-Véron en Touraine : Une centaine de manifestants contre Pontourny

Le centre de déradicalisation de Beaumont-en-Véron, en Indre-et-Loire, fermera-t-il ou pas? Une centaine de manifestants le réclament ce samedi matin. Avec la presse nationale au rendez-vous.
Ils ont commencé une petite centaine dans la rue, rassemblés devant la salle polyvalente de Beaumont-en-Véron. Ils vont être reçus à la mairie par le 1er adjoint, puis poursuivre jusqu'au site de Pontourny.
Le centre de déradicalisation , qui au plus fort de son activité a accueilli 7 volontaires, est vide depuis mercredi. Son dernier pensionnaire a été condamné par la justice.
Et même si l'État n'y semble pour l'instant pas forcément favorable, les voix se multiplient localement pour demander sa fermeture.
Ce matin, c'est l'association Radicalement digne qui mène la manifestation. Dans les rangs, se trouve l'élue FN Véronique Péan... Tandis que de nombreux journalistes de la presse nationale et locale suivent les événements.

http://www.lanouvellerepublique.fr/Indre-et-Loire/Actualite/Faits-divers-justice/n/Contenus/Articles/2017/02/11/Beaumont-en-veron-en-Touraine-Une-centaine-de-manifestants-contre-Pontourny-2999827
11/02/2017

"Un radicalisé n’est pas modifié génétiquement, il n’est pas irréparable"

Le projet Practicies qui lutte contre la radicalisation religieuse vient de recevoir plus de 3,5 millions d’euros de financement européen. Entretien avec le coordinateur du projet.
3,5 millions d'euros de financement ont été accordés par l'Europe au projet Practicies pour améliorer la prévention à la radicalisation religieuse. Entretien avec Séraphin Alava, enseignant-chercheur à Toulouse et coordinateur du projet.
"On a l’impression que jusqu’à présent toutes les tentatives de lutte contre la radicalisation ont échoué. Dernièrement, on s’est aperçu que le centre de désembrigadement ouvert en grande pompe en septembre est vide. Peut-on parler d’un échec ?
Ouverture dans 3
Non, certains jeunes ont été déradicalisés mais c’est comme pour la mafia, ce n’est pas parce qu’il y a des repentis que les organisations mafieuses ont disparu. Un radicalisé n’est pas modifié génétiquement, il n’est pas irréparable mais il faut du temps. Or, la société est peu indulgente. Elle veut régler le problème immédiatement alors qu’une prise de conscience est longue et parfois laborieuse. Mais plus on s’y prend tôt, plus les chances de le sortir rapidement d’une idéologie mortifère sont importantes.
En quoi le projet Practicies est différent des autres projets?
L’objectif est de mettre en place des outils concrets pour permettre de repérer les signes de radicalisation le plus en amont possible. Nous sommes en train de développer un logiciel de contrôle parental qui permettra d’analyser les discours et de repérer si les sites consultés par les adolescents peuvent laisser supposer une radicalisation. De la même manière, nous sommes en train de mettre en place des mallettes pédagogiques à destination des parents pour les aider à distinguer les discours de rupture classiques à l’adolescence de ceux plus inquiétants.
On a l’impression que les pouvoirs publics ne parviennent pas à prendre une orientation claire sur la question et tâtonnent…
Le sujet de la radicalisation religieuse est récent. Il n’a pas plus de quatre ou cinq ans. Il faut laisser le temps à la recherche de progresser pour cerner au mieux le problème et donc apporter des réponses adaptées. On ne répond pas à toutes les formes de radicalisation de la même manière. Pour un jeune un peu « perdu » qui se tourne vers cette idéologie, l’objectif principal sera d’abord de le réinsérer socialement. Pour quelqu’un sous emprise mentale, il faut lui faire prendre conscience des mécanismes d’embrigadement, exactement comme pour une secte. Il faut également laisser le temps aux professionnels de se former. Apprendre l’arabe par exemple, avoir une bonne connaissance de l’islam… Mais on n’éradiquera jamais totalement le problème : aucune société ne fonctionne avec zéro délinquance.
Vous inspirez-vous d’autres expériences européennes en matière de prévention ou de déradicalisation ?
Oui, certaines pratiques européennes sont très intéressantes. On a remarqué que beaucoup de jeunes attirés par le djihad sont d’abord motivés par un besoin de se sentir utiles. Il faut repositionner cette envie vers des engagements citoyens. A Madrid, par exemple, les associations détournent l'intérêt de ces jeunes pour la Syrie en les poussant à s’engager dans le soutien aux migrants par exemples. L’idée est de leur montrer que la solution n’est pas forcément de se révolter mais plutôt d’être actifs. L’autre élément déterminant est de ne pas opposer deux idées radicales. En France, par exemple, féministes et associations de femmes musulmanes s’opposent, parfois violemment, sur la question du voile alors qu’en Autriche ou en Grèce des mouvements communs sont nés autour de l’éducation des jeunes filles. Il faut parvenir à fédérer et non à diviser."

http://www.europe1.fr/societe/un-radicalise-nest-pas-modifie-genetiquement-il-nest-pas-irreparable-2974844
10 février 2017

Le délit de consultation des sites djihadistes annulé (Conseil constitutionnel)

Le Conseil constitutionnel a déclaré contraire à la Loi fondamentale un article de la loi de juin 2016 sanctionnant le délit de consultation "habituelle" de sites djihadistes, dans une décision publiée aujourd'hui.
» Lire aussi - Consultations de sites djihadistes : des peines sévères
C'est l'avocat d'un habitant d'Angers, condamné en septembre dernier à deux ans de prison ferme, notamment pour ce délit, qui avait déposé une Question prioritaire de constitutionnalité (QPC) à ce sujet. Il estimait que le texte de loi incriminé ne disait pas précisément à partir de quelle fréquence de consultation le délit était constitué et qu'il introduisait une "présomption de mauvaise foi" déduite de la seule consultation.
"Le Conseil constitutionnel a (...) jugé (...) que les dispositions contestées portent à l'exercice de la liberté de communication une atteinte qui n'est pas nécessaire, adaptée et proportionnée", peut-on lire dans un communiqué de l'institution.
Les "Sages" rappellent par ailleurs que la justice comme l'administration française disposent déjà "de nombreuses prérogatives" pour contrôler les sites provoquant au terrorisme ou en faisant l'apologie, réprimer les auteurs de ces délits et surveiller les individus dont la consultation de ces sites révèle "une intention terroriste".
Cette loi "réprime d'une peine de deux ans d'emprisonnement le simple fait de consulter à plusieurs reprises un service de communication au public en ligne, quelle que soit l'intention de l'auteur de la consultation", souligne le Conseil constitutionnel.
Seule la "bonne foi", par exemple de chercheurs ou de journalistes, était prise en compte.
Dans un avis du 5 avril 2012, le Conseil d'Etat avait émis un avis réservé sur cette mesure, déjà envisagée par le législateur.
Il estimait alors que "de telles dispositions portaient à la liberté de communication, dont une protection particulièrement rigoureuse est assurée tant par le Conseil constitutionnel que par la Cour européenne des droits de l'Homme, une atteinte qui ne pouvait être regardée comme nécessaire, proportionnée et adaptée à l'objectif de lutte contre le terrorisme".
Le texte de loi punissait "le fait de consulter habituellement un service de communication au public en ligne mettant à disposition des messages, images ou représentations soit provoquant directement à la commission d'actes de terrorisme, soit faisant l'apologie de ces actes lorsque, à cette fin, ce service comporte des images ou représentations montrant la commission de tels actes consistant en des atteintes volontaires à la vie".

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2017/02/10/97001-20170210FILWWW00084-le-delit-consultation-des-sites-djihadistes-annule.php
10/02/2017

Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès
Soufiane Zitouni raconte ses difficultés suite à la publication de sa tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie», ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée.

Pourquoi j’ai démissionné du lycée Averroès

Libération du 5 février 2015

Depuis la rentrée 2014, Soufiane Zitouni enseigne au lycée Averroès, établissement privé musulman, sous contrat avec l’Etat, situé à Lille. Le 15 janvier, il publiait dans Libération une tribune intitulée «Le Prophète est aussi Charlie» dans laquelle il concluait «le prophète de l’islam, Mohamed, pleure avec nous toutes les victimes innocentes de la barbarie et de l’ignorance, et demande à Allah le pardon pour les nombreuses brebis égarées se réclamant de sa religion alors qu’elles n’ont toujours pas compris l’essentiel de son message.»

Il raconte ici ses difficultés suite à la publication de ce texte, ainsi que son quotidien durant les cinq mois passés au sein de ce lycée. Depuis deux semaines, démissionnaire de son poste, Soufiane Zitouni est en arrêt maladie. D’origine algérienne, il se réclame du soufisme, un courant ésotérique de l’islam moins attaché au caractère prescriptif de la religion, privilégiant une voie intérieure. Pendant une vingtaine d’années, il a enseigné dans des établissements catholiques et souhaite favoriser le dialogue interreligieux, tout en prônant un Islam plus ouvert et fraternel.

Depuis la publication de mon texte intitulé «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie» dans Libération le 15 janvier, il y a eu quelques «rebonds» dans ma vie, et certains d’entre eux, très négatifs, m’ont mené à démissionner du lycée musulman Averroès de Lille, lycée sous contrat avec l’Etat où j’ai tenté d’exercer durant cinq mois éprouvants mon métier de professeur de philosophie.

J’ai reçu de nombreux soutiens et remerciements après la publication de ce texte, certains m’ont même parlé de «courage». Mais pour moi, prendre la plume pour faire entendre ma voix en tant que citoyen français de culture islamique après les horribles attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher était surtout de l’ordre du devoir. Or, le jour même de la publication de ce texte, un proche de la direction de mon lycée vint m’interrompre en plein cours pour me dire en catimini dans le couloir attenant à ma classe : «Il est très bien ton texte, je suis d’accord avec toi sur le problème des musulmans qui manquent d’humour et de recul par rapport à leur religion, mais tu dois savoir que tu vas te faire beaucoup d’ennemis ici, et je te conseille de regarder derrière toi quand tu marcheras dans la rue…».

Par la suite, un enseignant décida d’afficher une photocopie de mon texte en salle des professeurs. Bien mal lui en prit ! Ma pauvre tribune libre sera retirée plusieurs fois du tableau d’affichage «Vie de l’établissement» par des collègues musulmans furieux qui crieront au sacrilège ! Puis le 20 janvier, un professeur du lycée, proche des frères Tariq et Hani Ramadan, publia une sorte de «réplique» sur le site «L’Obs Le plus». Dans cette tribune, il incrimina mon manque de raison, et tira à boulets rouges sur Charlie Hebdo en affirmant que ce journal «cultive l’abject» et qu’il «concourt, chaque jour, à la banalisation des actes racistes» (sic). Voilà donc ce que pensait un «représentant» du lycée Averroès d’un journal qui venait d’être attaqué tragiquement par des terroristes au nom d’Al Qaeda ! Pas étonnant alors que certains de mes élèves m’aient affirmé en cours que les caricaturistes de Charlie Hebdo assassinés l’avaient bien cherché, voire mérité… Et évidemment, nombre d’élèves me tiendront exactement le même discours que mon «contradicteur» : «vous n’auriez jamais dû écrire dans la presse que le Prophète est aussi Charlie !», «c’est un blasphème !», «vous léchez les pieds des ennemis de l’islam !», etc. Ce texte sera ensuite affiché à côté du mien en salle des professeurs, par souci du «débat démocratique», a-t-on essayé de me faire croire…

J’ai commencé à enseigner la philosophie au lycée Averroès en septembre 2014. Bien qu’on m’ait prévenu que cet établissement était lié à l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), réputée proche de l’idéologie de Frères Musulmans, j’ai tout de même voulu tenter cette expérience en espérant pouvoir travailler dans l’esprit du grand philosophe Averroès, et donc contribuer, à ma mesure, au développement sur notre territoire national d’un islam éclairé par la raison, comme le philosophe andalou du XIIe siècle a tenté de le faire lui-même de son vivant. Mais en cinq mois de travail dans ce lycée, mon inquiétude et ma perplexité n’ont fait que s’accroître jusqu’à l’épilogue que fut cette réaction incroyable à un texte dont le tort principal aux yeux de mes détracteurs était sans doute d’être intitulé : «Aujourd’hui, le Prophète est aussi Charlie»…

Pour vous donner une première idée de l’illusion qui fait office d’image positive dans la vitrine publique de ce lycée, je vais vous relater ma première mauvaise surprise : la direction m’a confié des élèves de seconde pour deux heures hebdomadaires d’enseignement d’exploration en «Littérature et Société», alors en tant que professeur de philosophie, j’ai décidé de travailler avec eux sur un projet que j’ai nommé «L’esprit d’Averroès» afin de leur faire découvrir celui qui a donné son nom à leur lycée. Mais quelle n’a pas été ma surprise de constater que sur les rayons du CDI de cet établissement, il n’y avait ni livres du philosophe andalou, ni livres sur lui ! En revanche, j’y ai trouvé des ouvrages des frères Ramadan, très prisés dans ce lycée… J’ai dû alors me rabattre sur des bibliothèques municipales de Lille pour pouvoir commencer mon travail.

Pendant mes cours de philosophie avec mes quatre classes de terminale, les désillusions ont continué. Tout d’abord, le thème récurrent et obsessionnel des Juifs… En plus de vingt années de carrière en milieu scolaire, je n’ai jamais entendu autant de propos antisémites de la bouche d’élèves dans un lycée ! Une élève de terminale Lettres osa me soutenir un jour que «la race juive est une race maudite par Allah ! Beaucoup de savants de l’islam le disent !» Après un moment de totale sidération face à tant de bêtise, j’ai rétorqué à l’adresse de cette élève et de toute sa classe que le Prophète de l’islam lui-même n’était ni raciste, ni antisémite, et que de nombreux textes de la tradition islamique le prouvaient clairement. Dans une classe de terminale ES, un élève au profil de leader, m’a soutenu un jour en arborant un large sourire de connivence avec un certain nombre de ses camarades, que les Juifs dominent tous les médias français et que la cabale contre l’islam en France est orchestrée par ce lobby juif très puissant. Et j’ai eu beau essayer de démonter rationnellement cette théorie du complot sulfureuse, rien n’y a fait, c’était entendu : les Juifs sont les ennemis des musulmans, un point c’est tout ! Cet antisémitisme quasi «culturel» de nombre d’élèves du lycée Averroès s’est même manifesté un jour que je commençais un cours sur le philosophe Spinoza : l’un d’entre eux m’a carrément demandé pourquoi j’avais précisé dans mon introduction que ce philosophe était juif ! En sous-entendant, vous l’aurez compris, que le signifiant «juif» lui-même lui posait problème !

Autre cause de grosses tensions avec mes élèves : ma prétendue non-orthodoxie islamique ! Car évidemment, en tant que professeur de philosophie de culture islamique travaillant dans un lycée musulman, il m’arrivait régulièrement d’établir des passerelles entre mon cours et certains passages du Coran ou de la Sunna (un ensemble d’histoires relatant des propos et des actes du Prophète). Mais j’ai été agressé verbalement par des élèves qui considéraient que je n’avais aucune légitimité pour leur parler de la religion islamique, et de surcroît dans un cours de philosophie ! J’avais beau leur dire que c’était précisément la grande idée du philosophe Averroès que de considérer qu’il ne pouvait y avoir de contradiction entre la vérité philosophique et la vérité coranique, rien n’y faisait.

Et puis il y avait les thèmes et les mots tabous… La théorie darwinienne de l’évolution ? Le Coran ne dit pas cela, donc cette théorie est fausse ! J’avais beau me référer au livre de l’astrophysicien Nidhal Guessoum, Réconcilier l’islam et la science moderne dont le sous-titre est justement l’Esprit d’Averroès ! [Aux Presses de la Renaissance, ndlr], qui affirme avec de très solides arguments scientifiques et théologiques que la théorie de l’évolution est non seulement compatible avec le Coran, mais que plusieurs versets coraniques vont dans son sens, rien n’y faisait non plus.

Le mot «sexe» lui-même pouvait être tabou. Un jour, une élève (voilée) qui s’était proposée pour lire un texte de Freud, refusa de prononcer le mot «sexe» à chacune de ses occurrences dans l’extrait concerné, et c’est la même élève qui refusa lors d’un autre cours de s’asseoir à côté d’un garçon alors qu’il n’y avait pas d’autre place possible pour elle dans la salle où nous nous trouvions ! J’ai dû alors lui rappeler fermement que la mixité dans l’enseignement français était un principe intangible et non négociable. Enfin, combien d’élèves du lycée n’ai-je pas entendu encenser, défendre, soutenir Dieudonné ! Avec toujours cette même rengaine, comme répétée par des perroquets bien dressés : pourquoi permet-on à Charlie Hebdo d’insulter notre Prophète alors qu’on interdit à Dieudonné de faire de l’humour sur les Juifs ?

Je peux vous parler aussi de la salle des professeurs du lycée Averroès, où des collègues musulmans pratiquants font leurs ablutions dans les toilettes communes, donc en lavant leurs pieds dans les lavabos communs, et où la prière peut être pratiquée à côté de la machine à café… Quid des collègues non musulmans (il y en a quelques-uns) qui aimeraient peut-être disposer d’un espace neutre, d’un espace non religieux, le temps de leur pause ?

En réalité, le lycée Averroès est un territoire «musulman» sous contrat avec L’Etat… D’ailleurs, certains collègues musulmans masculins se sont permis de faire des remarques sur des tenues vestimentaires de collègues féminines non musulmanes, sous prétexte qu’elles n’étaient pas conformes à l’éthique du lycée ! Et l’une de ces collègues féminines non musulmane m’a dit un jour également qu’elle ne se sentait pas «légitime» (sic) dans le regard de ses élèves, parce qu’elle n’était pas musulmane précisément…

Je ne pouvais donc plus cautionner ce qui se passe réellement dans les murs de ce lycée, hors caméras des médias et derrière la vitrine officielle, même si je sais pertinemment que les adultes y travaillant et les élèves ne sont pas tous antisémites et sectaires. Mais, j’ai fini par comprendre au bout de cinq mois éprouvants dans cet établissement musulman sous contrat avec l’Etat français (mon véritable employeur en tant que professeur certifié), que les responsables de ce lycée jouent un double jeu avec notre République laïque : d’un côté montrer patte blanche dans les médias pour bénéficier d’une bonne image dans l’opinion publique et ainsi continuer à profiter des gros avantages de son contrat avec l’Etat, et d’un autre côté, diffuser de manière sournoise et pernicieuse une conception de l’islam qui n’est autre que l’islamisme, c’est-à-dire, un mélange malsain et dangereux de religion et de politique.

Enfin, last but not least, il y a ce propos entendu de la bouche même d’un responsable du lycée, lors d’un discours prononcé à l’occasion d’une remise des diplômes à l’américaine aux bacheliers du lycée de la session 2014, en présence de deux «mécènes» du Qatar : «Un jour, il y aura aussi des filles voilées dans les écoles publiques françaises !» Un programme politique ?
Soufiane Zitouni (Ancien professeur de philosophie au lycée Averroès à Lille)

Lycée Averroès : Soufiane Zitouni et «Libé» relaxés au nom du «libre droit de critique»

C’était une sale période pour le débat d’idées en France. Les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher viennent de se produire, le pays est sous le choc, à cran. Terrorisme, islamisme, place de l’islam en France, rapport à la laïcité, les Français ne sont pas loin de basculer dans une guerre de tranchées idéologiques : les oppositions entre les différents tenants de la laïcité (ouverte-fermée) sont électriques. La violence meurtrière polarise les prises de position et les mises en accusation. Le débat d’idées devient un champ de mines dont le moindre avis sitôt émis peut se transformer en déflagration pour l’auteur. Faut-il pour autant, sous la menace terroriste, polir l’opinion ? Cette semaine, la justice a rendu un jugement important pour la liberté d’expression dans un pays toujours sous état d’urgence. Le professeur de philosophie Soufiane Zitouni, qui avait mis en cause le lycée musulman Averroès de Lille dans une tribune publiée par Libération dans ses pages Idées du 6 février 2015, a été relaxé, ainsi que le journal. Les juges ont estimé qu’il n’y avait pas diffamation, mais «opinion» qui relève du «libre droit de critique».

Dans sa tribune, Soufiane Zitouni relatait son expérience de professeur dans ce lycée qui, sous contrat avec l’Etat, ne jouait pas, selon lui, le jeu de la neutralité républicaine. Il accusait notamment l’établissement d’être un «territoire musulman». Après publication, un droit de réponse du lycée avait été diffusé dans Libération. Pour la justice, cet échange relève bien du débat d’idées. Fondamentalement, le tribunal réaffirme la nature polémique des pages «opinions» des journaux : un «espace de liberté au ton moins mesuré qui ne laisse pas forcément la place à l’objectivité». Sans verser dans la diffamation ni dans la fausse information, il s’agit bien d’exprimer un avis, voire un sentiment, d’affirmer un positionnement politique, idéologique, philosophique ou tout simplement personnel.

Fait plus rare, les juges ont pris en compte le contexte exceptionnel de l’époque : les attentats de janvier 2015 «ont suscité des débats au sein de la société mais aussi au sein des différents courants de pensée portant sur l’islam en France ou de France», est-il écrit dans la décision. L’opinion de Soufiane Zitouni relève bien d’une discussion d’intérêt général. Dans une toute première tribune publiée le 15 janvier 2015 dans Libération qui, elle, n’avait pas fait l’objet de poursuites, le philosophe rappelait également que l’humour n’est pas l’ennemi du savoir.

Libération du 10 février 2017

Éducation islamique et prétendu entrainement au « tir » : le directeur d'une école confessionnelle toulousaine crie à l'acharnement
Dans le quartier de Bellefontaine, à Toulouse, une école privée musulmane est dans le viseur de l'académie. Son directeur dénonce un acharnement contre lui et son école. Enquête.

Une école confessionnelle musulmane de Toulouse est-elle victime d’ « acharnement administratif » ? C’est en tout cas ce que dénonce son directeur, AbdelFattah Rahhaoui, dans une vidéo postée lundi 5 septembre 2016 sur les réseaux sociaux et qui a d’ores et déjà été vue plus de 70 000 fois.

En un peu moins de cinq minutes, le directeur de l’école, également imam et conférencier, expose une situation qu’il juge abusive. Selon lui, l’école Al-Badr présentée comme « un groupe scolaire privé musulman » et qui accueille des enfants de la petite section au CM2 dans le quartier Bellefontaine, en pleine zone urbaine sensible du Grand Mirail, serait dans le collimateur de l’administration. Un rapport des services de l’inspection académique daté d’avril 2016 sous-entend même que les élèves se sont entraînés « à la visée » lors d’une sortie scolaire au « laser quest »…
À travers l’école, c’est le directeur lui-même qui serait visé, « pour mes positions politiques », affirme-t-il à Côté Toulouse, lui qui a souvent « dénoncé la politique du gouvernement et montré du doigt l’action de certains ministres » à travers différentes vidéos et conférences publiques. Présent dans de nombreux débats, l’imam, également fondateur du collège musulman Alif, est notamment connu pour ses positions conservatrices et souvent décrit comme proche des salafistes.

Contrôles, gardes à vue, défèrement et mises en demeure… Depuis l’ouverture de l’école en 2013, le nom du directeur d’école revient régulièrement dans les dossiers de l’académie de Toulouse, mais également dans ceux du commissariat. Alors qu’AbdelFattah Rahhaoui doit bientôt être entendu par les enquêteurs du Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Toulouse, l’administration, elle, reste muette sur ce dossier décrit par ceux qui en sont proches comme « sensible ». L’école et son directeur dérangent-ils ou l’établissement a-t-il vraiment quelque chose à se reprocher ? Éléments de réponse.

Une lettre de l’Inspecteur d’académie aux parents d’élèves
Tout s’est accéléré mi-juillet 2016 lorsque les parents de la petite centaine d’enfants scolarisés dans cette école privée hors contrat (voir notre encadré) ont reçu une lettre recommandée signée de l’Inspecteur d’académie, Jacques Caillaut. Daté du 20 juillet 2016, la veille de la fermeture pour l’été des services de l’éducation nationale, ce courrier, que nous nous sommes procuré, enjoint les parents d’élèves d’inscrire leur enfant dans un autre établissement scolaire et ce, « dans les plus brefs délais ». Faute de quoi, ils s’exposent à des poursuites.

Je vous précise que ce refus de se conformer à cette injonction constitue un délit mentionné à l’article L227-17 du code pénal, poursuit ainsi la lettre. Le tribunal correctionnel peut sanctionner ce délit par une peine de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende.
Motif évoqué par l’Inspecteur d’académie pour justifier cette mise en demeure, un contrôle effectué à l’école le 7 avril 2015 lors duquel « les inspecteurs ont constaté que cet établissement ne respectait ni le droit de l’enfant à l’instruction, ni l’objet de l’instruction obligatoire ». Un nouveau contrôle mené un an plus tard, en avril 2016, a permis aux inspecteurs de constater « que les explications et les améliorations requises n’ont pas du tout été apportées » par le directeur d’école à qui l’académie de Toulouse reproche « inaction », « carences de l’enseignement » et « absence de réponse ».

Parallèlement à ce courrier, une autre lettre, toujours signée de l’Inspecteur d’académie et datée du 10 mai 2016, a cette fois-ci été adressée au directeur de l’école Al-Badr, M. Rahhaoui. Une lettre dans laquelle Jacques Caillaut expose plusieurs manquements qui le conduisent finalement à « saisir Monsieur le procureur de la République de ces faits susceptibles de constituer une infraction pénale ».

Recours gracieux de l’école Al-Badr
Parmi les carences évoquées par le rectorat, « l’impossibilité d’accéder à un registre des personnels » et donc, de « vérifier les titres exigés des enseignants » ; « l’absence de registre d’élèves » ; un enseignement qui « demeure très déficitaire » ; et l’absence d’améliorations apportées malgré la mise en demeure du mois de mai 2015.

En gros, ce qui est reproché à l’école, c’est de ne pas respecter le socle commun d’éducation, confie Me François Benech, avocat au barreau de Paris, en charge du dossier et plus particulièrement des relations de l’école avec l’Éducation nationale et les différentes administrations.
« Les relations de l’école avec l’Éducation nationale sont très mal parties dès l’ouverture de l’établissement, en 2013 et cela provoque, encore aujourd’hui, des crispations terribles », explique le conseil qui a formé, auprès de l’Inspecteur académique, un recours gracieux contre la mise en demeure adressée aux parents d’élèves en juillet.

Ce que pointe du doigt ce recours gracieux – qui expose, sur 18 pages, des raisons permettant de justifier, selon l’avocat, l’annulation de la mise en demeure des parents d’élèves – c’est notamment un rapport des services académiques, rédigé à la suite d’un contrôle inopiné effectué à l’école Al-Badr le 12 avril 2016. « Un rapport clairement à charge » pour Me François Benech, qui dénonce également les conditions dans lesquelles a eu lieu le contrôle.

Une sortie au laser quest « pour travailler la visée »
Mardi 12 avril 2016, le groupe scolaire Al-Badr reçoit en effet la visite des services académiques, la troisième depuis l’ouverture de l’établissement. Sauf que cette fois-ci, c’est une véritable délégation qui se présente aux portes de l’école. Deux inspecteurs de l’Éducation nationale arrivent ainsi à 14 h 30, accompagnés des forces de l’ordre, de trois inspecteurs du travail de la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) et d’un membre du Service régional de police judiciaire (SRPJ) de Toulouse.

Un déploiement de moyens surprenant pour l’avocat du groupe scolaire et plus encore pour le directeur, AbdelFattah Rahhaoui, qui dénonce « l’impact négatif » d’une telle visite « dans la tête des enfants ». Sur un peu plus de trois pages, le rapport, que nous nous sommes également procuré, décrit la rencontre des inspecteurs avec le responsable pédagogique et certains professeurs ainsi que la visite partielle de l’établissement.
Ce jour-là, une partie des enfants étaient en sortie scolaire au « laser quest » et le directeur de l’école était malade, notent les rédacteurs du rapport, qui demeurent inconnus puisque ce dernier n’est pas signé. « Ce qui est pourtant une obligation légale », souligne l’avocat Me François Benech.

Plus surprenant encore, cette phrase, figurant en page 3 du rapport : « Interrogée sur l’enseignement de l’EPS, elle (l’enseignante de CE1, ndlr) déclare faire travailler à ses élèves « la visée » pour développer leur concentration. Les élèves étaient aujourd’hui en sortie scolaire au laser quest. »

Le rapport sous-entend que l’on entraîne nos élèves à tirer ! se désole le directeur. C’est évidemment faux et nous avons emmené nos élèves à Walibi, à la Cité de l’espace, etc. Mais ça, le rapport ne le dit pas… Il est truffé de mensonges, que nous pouvons démonter point par point.
C’est justement ce qu’a entrepris son avocat qui répond, documents et justificatifs à l’appui, à chacune des interrogations soulevées par le rapport de l’académie. « L’Éducation nationale s’est braquée pour de mauvaises raisons, qui vont à l’encontre de ce qu’elle défend, analyse le conseil. Je pense que l’administration se trompe en se mettant à dos des gens comme Monsieur Rahhaoui. »
« Je suis un intellectuel qui souhaite que les musulmans sortent de la situation difficile dans laquelle ils se trouvent. Nous enseignons le Coran et l’éducation islamique au sein de l’école et justement, cela ne peut que servir à éviter à ces jeunes qui rejoignent Daech de tomber dans le piège de la radicalisation », affirme de son côté M. Rahhaoui.

Un rapport « à charge, au champ lexical péjoratif »
Les élèves de l’école Al Badr apprennent effectivement l’arabe et l’éducation islamique. Ils suivent également des cours de mathématiques, selon la méthode de Singapour, le français, l’anglais, l’histoire et la géographie, les sciences expérimentales et la technologie, l’informatique ou l’éducation physique et sportive.

Le rapport de l’Inspection académique, lui, met en avant plusieurs manquements tels que l’insuffisance d’outils pédagogiques et de supports de travaux des élèves. Il souligne par ailleurs que « l’enseignement moral et civique est réduit à l’éducation islamique » et que l’emploi du temps « laisse une large place aux cours d’arabe ». « Ce qui est parfaitement logique dans une école confessionnelle », insiste Me François Benech, qui dénonce par ailleurs « le recours à des insinuations, des allusions et un champ lexical péjoratifs, distillant un message inquiétant ».

L’école primaire Al-Badr est une école déclarée qui bénéficie du statut d’école privée hors-contrat. À ne pas confondre avec les écoles coraniques clandestines dont on a pu parler récemment. L’établissement est ouvert et transparent sur ses activités. On y étudie l’arabe et le Coran mais tout cela est parfaitement autorisé. La loi Goblet de 1886 portant sur l’organisation de l’enseignement primaire permet l’existence d’écoles confessionnelles et si l’on veut interdire ce type d’école, alors on viole une liberté fondamentale : celle de la liberté d’enseignement en France.
Le rapport des services académiques dresse finalement un bilan négatif indiquant que l’enseignement à l’école toulousaine « paraît actuellement très déficitaire dans tous les domaines, en dehors de l’enseignement de l’arabe qui s’effectue à des quotités quotidiennes importantes ».

Le directeur d’école et son avocat vantent, eux, le très bon niveau des élèves à la sortie de l’école. « J’ai quitté un boulot d’ingénieur pour offrir un enseignement aux jeunes des quartiers. J’ai quatre enfants et je veux qu’ils soient Bac + 4 ou 5, pas des délinquants. C’est ce qui m’a motivé », confie M. Rahhaoui, qui dit avoir un niveau d’exigence élevé vis-à-vis de ses élèves.
Aucune statistique ne permet cependant de connaître le taux d’insertion au collège des élèves passés par l’école Al-Badr.

L’académie de Toulouse reste muette
Dans le viseur de l’Éducation nationale, l’école Al-Badr est-elle promise à une fermeture certaine ? Alors que l’avocat du directeur d’école demandait, à travers son recours gracieux à ce qu’une « discussion puisse s’ouvrir rapidement » pour permettre à l’école de fonctionner, « sous le stricte contrôle de l’État », l’inspection académique a en tout cas fait savoir qu’elle rejetait ce recours.
Malgré nos nombreuses sollicitations, l’académie a par ailleurs refusé de répondre à nos questions, indiquant simplement qu’elle « ne communiquera pas sur le sujet ».

Même réponse du côté de la préfecture de Haute-Garonne, sollicitée quant à l’intervention à l’école de la Direccte : « Nous ne pouvons répondre à cette demande, une procédure judiciaire étant en cours », ont ainsi déclaré les services à la rédaction de Côté Toulouse.
Le parquet de Toulouse, lui, n’a pas encore répondu à nos demandes. Pendant ce temps, le directeur d’école a été invité à se présenter au Service régional de police judiciaire pour un « échange ». Une enquête pourrait donc débuter du côté du parquet.

En attendant, M. Rahhaoui, lui, ne compte plus les ennuis qui s’accumulent. En mars 2015, il avait déjà été placé en garde à vue pour travail dissimulé. Une procédure est toujours en cours. Un mois plus tard, retour en garde à vue, cette fois-ci pour violences sur mineur de moins de 15 ans. Après 24 heures de garde à vue, le directeur avait finalement été laissé libre et aucune poursuite n’avait été engagée contre lui.
Les services de police affirment, eux, qu’il ne fait l’objet d’aucun signalement de type fiche S.

« Quand vous êtes musulman, barbu, militant et arabe, cela vous attire des problèmes », conclut finalement le directeur, amer.

Les écoles hors contrat dans le viseur du gouvernement
Effectivement autorisées par la loi, les écoles privées hors contrat sont cependant dans le viseur du gouvernement. Le 6 avril 2016, le ministère de l’Éducation nationale a ainsi déclaré qu’il était temps de « lever le voile » sur ces écoles gérées de manière autonome, indépendamment de l’Éducation nationale.
Les établissements hors contrat embauchent en effet leurs enseignants comme ils le souhaitent, sans autres conditions de diplômes que le Baccalauréat. Ils ne sont, par ailleurs, pas tenus de suivre les programmes officiels et doivent simplement respecter un socle commun.
En Haute-Garonne, l’académie de Toulouse recense 23 écoles hors contrat, dont dix à Toulouse. En France, on en dénombre environ 1 300 et parmi elles, 300 établissements confessionnels, dont une quarantaine d’écoles musulmanes, plus particulièrement ciblées par le gouvernement.
« Je me demande s’il n’est pas venu le temps, compte tenu des risques de radicalisation auxquels nous sommes confrontés, de passer peut-être d’un système de déclaration à un système de contrôle a priori, c’est-à-dire d’autorisation », avançait ainsi la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, sur France 2 en avril. Nous sommes en train de travailler sur ce chantier-là.
Objectif affiché : mieux encadrer les établissements privés hors contrat mais également l’enseignement à domicile et éviter tout risque de radicalisation par ce biais-là.

Actu Côté Toulouse du 13.09.2016

Une école musulmane fermée par l'inspection académique à Toulouse

L'école privée musulmane Al Badr à Toulouse a été fermée en septembre sur décision de l'inspection académique qui lui reproche son non respect du "droit de l'enfant à l'instruction". Son directeur dénonce un "acharnement administratif".

"Harcèlement administratif" ou non respect "du droit de l'enfant à l'instruction"? Début septembre, l'école musulmane Al Badr à Toulouse, en Haute-Garonne, a fermé sur décision de l'inspection académique.

Côté Toulousea révélé la semaine dernière qu'une lettre, envoyée le 20 juillet par l'académie de Toulouse aux parents d'élèves, les enjoignait à ne pas inscrire leurs enfants au sein de cet établissement créé en 2013 dans la zone sensible du Grand Mirail. Les 95 élèves, de la maternelle à l'élémentaire, ont dû trouver une autre école, sous peine d'être sanctionnés de six mois de prison et 7500 euros d'amende.

Un "enseignement déficitaire"
Motif: l'établissement ne respecterait "ni le droit de l'enfant à l'instruction, ni l'objet de l'instruction obligatoire". L'inspection académique explique que "l'enseignement paraît très déficitaire dans tous les domaines en dehors de l'enseignement de l'arabe" et reproche "un défaut de planification des apprentissages".

Contactée par L'Express, l'académie de Toulouse ne souhaite pas communiquer. La préfecture de Haute-Garonne précise, elle, que "des vérifications sont en cours".

Le directeur de l'école, l'imam Abdelfattah Rahhaoui, dénonce ce lundi dans Le Parisien un "acharnement administratif sans aucun fondement" évoquant notamment de la "pure persécution". "Oui je suis religieux, oui je suis musulman, oui je suis barbu mais cela ne fait pas de moi pour autant un radicalisé (...) Tous ceux qui ont rejoint les rangs de Daech sont passés par l'école publique et jamais par une école religieuse", ajoute-t-il dans le quotidien.

Abdelfattah Rahhaoui, une personnalité controversée
Le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF) suggère dans un communiqué "un véritable harcèlement administratif de la part des autorités locales". "Ce sont de multiples visites de l'inspection académique, de l'inspection du travail et de la police qui se sont succédé depuis trois ans", indique le collectif. Le Défenseur des droits devrait être saisi de l'affaire, selon Le Parisien.

Personnalité controversée, Abdelfattah Rahhaoui, connu pour ses positions conservatrices, est souvent décrit comme proche des salafistes. Imam et ingénieur de formation, il a fondé le collège privé musulman Alif à Toulouse et donnait des cours de religion à Souad Merah, soeur de Mohamed Merah, qui serait actuellement en Syrie.

Depuis quelques mois, l'Education nationale tente de remettre de l'ordre dans le maquis des 1300 établissements hors contrat, dont une quarantaine se revendiquent comme musulmanes. Après les attentats du 13 novembre, une série d'inspections "surprise" avait été lancée dans une vingtaine d'établissements considérés comme "problématiques". Verdict: huit d'entre eux, s'ils n'infléchissaient pas le niveau et leurs pratiques, pouvaient faire l'objet d'une fermeture.

L'Express du 19.09.2016

Toulouse: la justice ordonne la fermeture d'une école musulmane

L'école privée musulmane Al-Badr à Toulouse a été fermée par le tribunal correctionnel. Son directeur, Abdelfattah Rahhaoui, a été condamné à 4 mois avec sursis pour enseignement "non conforme" et à 2 mois avec sursis pour violences sur mineurs.

Abdelfattah Rahhaoui, le directeur de l'établissement, a annoncé son intention de faire appel. Le tribunal correctionnel de Toulouse a ordonné ce jeudi la fermeture d'une école musulmane pour enseignement "non conforme" et condamné son directeur à une peine de sursis. Un jugement qualifié d'"inique" par son avocat.

Dans un premier volet du dossier, le tribunal correctionnel a condamné Abdelfattah Rahhaoui, directeur de l'école hors-contrat Al-Badr, à quatre mois de prison avec sursis et à une interdiction de diriger un établissement d'éducation, pour enseignement "non conforme", selon le jugement lu à l'audience.

Le tribunal a aussi ordonné la fermeture de l'établissement, situé dans le quartier populaire de Bellefontaine à Toulouse. L'association Al-Badr en tant que personne morale a écopé de 5000 euros d'amende et d'une "interdiction définitive d'exercer".

Une décision "totalement inique"
Dans un second volet, relatif à des violences sur mineurs et à l'ouverture "illégale" d'un établissement secondaire en récidive, Abdelfattah Rahhaoui a été condamné à deux mois de prison avec sursis et à 3000 euros d'amende.

Dans ces deux volets, le tribunal a suivi les réquisitions formulées par la procureure Florence Poudens lors de l'audience du 17 novembre, choisissant cependant d'y retrancher un mois de prison avec sursis.

"On est bien évidemment déçus par la décision, qui nous paraît totalement inique", a réagi Me Hidem Droua, avocat de l'imam.

Un imam très conservateur
"C'est une sanction très ferme, puisqu'on [la justice] a décidé de faire une exécution provisoire [c'est-à-dire une fermeture immédiate] et clairement d'empêcher aujourd'hui cette école d'exercer et de mettre, entre guillemets, 'à la rue' plusieurs enfants qui sont actuellement scolarisés".

"On a une enquête qui a été faite partiellement et, on ne va pas se mentir, partialement, et aujourd'hui, on prend une décision sur un dossier qui est vide", a-t-il ajouté, rappelant qu'il avait plaidé la relaxe lors de l'audience.

L'imam de 43 ans, réputé pour son conservatisme et souvent décrit comme proche des salafistes, dirige depuis 2013 l'école Al-Badr avec l'autorisation de délivrer un enseignement à 55 élèves en primaire. Mais en tout, 85 enfants sont concernés par cette fermeture, selon l'avocat de l'imam.

Trois chefs d'accusation
Après des années de procédure, il était poursuivi pour trois chefs d'accusation. Outre des violences sur des élèves, le parquet, saisi par l'Inspection d'académie, avait demandé la fermeture de son établissement pour programmes "non conformes", estimant qu'il ne respectait pas le "socle commun des connaissances".

Abdelfattah Rahhaoui était aussi poursuivi pour "ouverture illégale d'établissement" car des enseignements du secondaire, selon l'accusation, étaient également dispensés sans autorisation.

L'inspection académique n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat.

L'Express du 15.12.2016

Les 100 sacrilèges de Daech en Irak

Dans le nord de l’Irak, plus de 100 lieux saints ont été profanés par l’État islamique, comme la célèbre mosquée du prophète Jonas à Mossoul, rasée et pillée.
On dirait un volcan désormais éteint. Au sommet d’une colline terrassée, son cratère est bordé de coulées de blocs de pierre. C’est tout ce qui reste de la mosquée du prophète Jonas, dynamitée par Daech le 24 juillet 2014.
Ce joyau de Mossoul était un lieu de pèlerinage depuis des siècles, les autorités sunnites s’étant approprié au XIVe siècle un sanctuaire bien plus ancien. « Nous y étions très attachés », se souvient un voisin, Mahmoud Ali, 37 ans. « Non seulement, nous les sunnites, mais aussi les chiites et les chrétiens. L’État islamique a évacué le quartier, en disant qu’ils allaient le faire sauter. Nous n’avions que nos larmes pour pleurer. »
Le sacrilège ne s’est pas arrêté là. « Un an après, ils sont revenus pour creuser, pendant six mois. » La reprise de la zone par les forces irakiennes, en janvier, vient de révéler l’œuvre des pillards, des tunnels sous les ruines menant aux salles d’un palais vieux de 2 700 ans au moins, qui n’avait jamais été découvert !
Des bâtiments sacrés endommagés ou rayés de la carte
Les autorités en prennent aujourd’hui la mesure : sur les territoires qu’il a occupés, Daech a systématiquement pulvérisé ou saccagé des lieux saints de toutes les religions. Un rapport, que vient d’établir le gouvernement régional du Kurdistan d’Irak, inventorie une centaine de bâtiments sacrés endommagés ou rayés de la carte, rien que dans la périphérie de Mossoul, à la frontière entre le Kurdistan irakien et les provinces sous l’autorité de Bagdad.
Dans ses bureaux à Erbil, la capitale kurde, le porte-parole du ministère des affaires religieuses, Mariwan Naqshbandi, fait défiler les photos d’une mosquée chiite ravagée. Daech l’utilisait comme abri, sachant que la coalition ne la bombarderait pas.
« Nos recherches ont porté seulement sur les territoires disputés entre le Kurdistan et le gouvernement central irakien », explique le rapporteur. Cette zone, la plus touchée, se trouve être aussi le berceau des minorités victimes des persécutions barbares de Daech et forcées de fuir en masse à l’été 2014.
Sur 100 lieux saints détruits ou abîmés, 50 lieux musulmans
À Karakoch, Bartella, Bachika, Tel Kaif… églises et monastères chrétiens ont été incendiés ou saccagés. Au moins tiennent-ils debout. Une quarantaine de temples yézidis ont été carrément rasés.« Les yézidis n’ont pas été les plus visés », note cependant Mariwan Naqshbandi. « Sur plus de 100 lieux saints détruits ou abîmés, au moins 50 étaient musulmans ».
Car éliminer les traces des autres religions ne suffisait pas. Daech s’est aussi acharné sur les monuments islamiques qu’il jugeait impurs. Surtout à Mossoul, où la guerre fait encore rage : le centre-ville, encore très difficilement accessible, est en dehors de l’étude des Kurdes. Mais à partir d’images satellites, des archéologues tchèques ont fourni des données aux autorités.
L’équipe de ce projet, « Monuments of Mosul in Danger », a d’ores et déjà compté en tout 41 monuments endommagés dans Mossoul même, entre juin 2014 et mai 2016, dont au moins 16 mosquées, et une quinzaine de tombeaux de saints et prophètes partagés entre religions.
La mosquée de Mossoul pulvérisée à l’explosif
Sous le tombeau de Jonas se trouvait un palais vieux de 2 700 ans. Daech l’a aussi saccagé.
« Mossoul était autrefois surnommée la ”tombe des prophètes”. Outre Jonas, quatre autres prophètes sont réputés y être enterrés », détaille Karel Nováček, historien de l’architecture et chef du projet. Or, des paroles prêtées au prophète de l’islam interdisent de construire les mosquées près des tombes. Les fanatiques les plus rigoristes, comme ceux de Daech, appellent donc à détruire ces traces d’idolâtrie.
Jonas, envoyé par Dieu à Ninive – l’actuelle Mossoul –, connu pour l’épisode biblique dans lequel il est avalé par un immense poisson, avait beau être un des prédécesseurs majeurs de Mohammed selon le Coran, Daech n’a pas fait d’exception.
La mosquée a été hachée menu à l’explosif. Seules ont tenu des arcades en béton ajoutées sous Saddam Hussein. Sur le versant arrière, à côté d’une grille qui donnait accès à la crypte, des tunnels ont été percés à la va-vite. Le plafond de ces boyaux étroits s’effrite à vue d’œil. La chambre du tombeau a été vidée.
« Je crains que toute la colline ne s’effondre », s’alarme Layla Salih, ancienne conservatrice au musée de Mossoul, qui s’est rendue sur place. D’autant que des roquettes ennemies continuent de pleuvoir dessus.
Des pans de l’histoire perdus à jamais
Dans les souterrains, brouettes, éponges, tessons, sacs de terre, et au tournant d’une galerie large et instable, l’épouvantable odeur d’un cadavre. Les profanateurs n’ont laissé que quelques artefacts, dont La Croix a pu transmettre les premières images à des spécialistes.
Au fond d’un couloir, une inscription cunéiforme indique : « Palais d’Assarhaddon, grand roi, roi tout-puissant, roi du monde, roi d’Assyrie (…) ». Celui-ci a régné au début du VIIe siècle avant J.-C.
« Les tunnels semblent couper au travers de l’arsenal d’Assarhaddon, un palais militaire et administratif, mais aussi la résidence des princes héritiers », estime Simone Mühl, assyriologue. Ce palais, repéré mais jamais fouillé, n’était jusque-là connu que par des descriptions extérieures. « Une pièce inestimable de l’histoire de Ninive et de l’Assyrie est perdue à jamais », déplore la spécialiste.
On connaissait la cruauté de Daech. On ignorait l’ampleur de ses sacrilèges. Bien documentées, ces destructions pourraient être décisives pour engager des poursuites contre ses chefs, estiment les spécialistes du réseau international de protection du patrimoine irakien RASHID, dont fait partie l’équipe de Karel Nováček. Des terroristes ont de cette manière été condamnés en 2016 pour la destruction du patrimoine de Tombouctou par la Cour pénale internationale.
La perte de la diversité religieuse
Il faudra ensuite reconstruire. Avant même de revenir dans leurs villages, les kakaïs, dont la religion, très peu connue, puiserait aux sources du zoroastrisme, et présente d’ailleurs quelques ressemblances avec le yézidisme, ont commencé de rebâtir les mausolées détruits. Les yézidis aussi ont commencé à rénover leur principal temple dans le Sinjar, Sharfadin. Tout reconstruire paraît cependant impossible.
L’organisation, même vaincue, pourra savourer une victoire : avoir redessiné la géographie religieuse irakienne, et en particulier celle de l’islam, qui aura bien du mal à cicatriser, amputé de sa diversité locale.
Et avec ces mosquées, les imams qui refusaient de soutenir Daech ont disparu eux aussi. L’enquête du gouvernement régional kurde documente aussi l’assassinat de dix d’entre eux. À Makhmour, le vieil Ahmad Sofi Suleyman, exécuté en 2014, avait refusé d’appeler au djihad contre d’autres musulmans.
Des temples, des mosquées et un palais
Plus de cent monuments religieux ont été détruits par Daech dans la région de Mossoul, dont au moins 50 mosquées et 44 temples yézidis.
Le site de la mosquée de Jonas, occupé sans interruption depuis au moins le IIe millénaire avant J.-C., a été dynamité et son sous-sol, qui renfermait un palais assyrien jamais fouillé, a été systématiquement pillé.
L’équipe de Monuments of Mosul in Danger (site internet : monumentsofmosul.org) organise du 8 au 21 février une exposition tirée de ses recherches à la Galerie Věda a umění à Prague.

La Croix du 09.02.2017

Comment les yézidis ont tenté de sauver leurs temples

44 temples de cette religion pré-islamique du nord de l’Irak ont été détruits par l’État islamique.
Quant aux fidèles, ils ont été massacrés par milliers.
Le visage de Daham Shmo ressemble à une montagne. Bruni, massif et broussailleux, on dirait le Sinjar, le berceau de son peuple, les yézidis. Dans son oliveraie du nord de l’Irak, il raconte avec calme le massacre du temple de Sheikh Mand.
C’était il y a deux ans. Fuyant Daech, il s’était replié dans ce sanctuaire du village de ses ancêtres. Sheikh Mand, fondé au XIIIe siècle, était un des temples les plus sacrés du Sinjar. Dans son immense cimetière reposent les victimes d’un attentat commis le 14 août 2007, l’attaque terroriste la plus meurtrière au monde après le 11 septembre : 796 morts, acte précurseur des persécutions actuelles.
Daech a déferlé dans la vallée le 25 octobre 2014. « À 5 heures du matin, se souvient Daham, ils sont arrivés avec des blindés, des véhicules piégés et des armes lourdes. Face à eux, nous étions un groupe d’une dizaine d’hommes, des amis, rejoints par trois combattants kurdes de Syrie. Nous n’avions pas assez de munitions et seulement une mitrailleuse lourde. »
Des lieux saints en ruines
Un camarade de Daham est fait prisonnier, un autre écrasé par un blindé, ils battent en retraite. « Une dizaine de yézidis étaient restés à Sheikh Mand, des infirmes, des malades et des vieillards. Les hommes de Daech en ont étranglé un, puis exécuté un autre. Enfin, ils ont regroupé les derniers autour du tombeau, qu’ils ont dynamité. »
Deux ans plus tard, l’alliance kurde et yézidie qui a libéré une partie du Sinjar n’a toujours pas repris Sheikh Mand, coincé dans un no man’s land. Un arbre mort marque l’entrée du sanctuaire.
Ses branches sont nouées de tissus colorés, déposés là par les fidèles lorsqu’ils ont fait un vœu. Le mausolée n’est qu’un tas de gravats qui ont enseveli les tombes les plus proches. Des habits et des chaussures se devinent sous les pierres.
La ligne de front qui s’avance désormais au sud de la montagne est ponctuée de ruines comme celles-là ; 44 « lieux saints » ont été détruits selon l’évaluation officielle de Khairi Bozani, directeur des affaires yézidies du Kurdistan d’Irak.
Des destructions témoins d’intention de de génocide
Ces destructions « peuvent servir comme preuves pour confirmer l’intention de génocide », affirme le Conseil des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies (ONU), dans un rapport rendu le 15 juin 2016 et intitulé « Ils sont venus pour détruire ».
Directeur d’une école près de Mossoul, Merwan Sheikh Hassan Roshkani a établi un premier inventaire. « Les gens de Sinjar m’appelaient quand ils apprenaient une destruction », se souvient-il.
Dès le 3 août 2014, au premier jour de l’assaut de Daech, les temples de Sinjar Ville, le chef-lieu du district, sont pulvérisés. Le massacre de Sheikh Mand s’est produit au cours d’une seconde vague de razzias, à l’automne 2014.
Comme Daham Shmo, des combattants encerclés ont tenté coûte que coûte de sauver les mausolées. En vain. La plupart se sont donc repliés à Sharfadin, le temple le plus sacré de la région.
« Chaque fois que nous sommes attaqués, notre religion devient plus forte. »
Ce mausolée au nord de la montagne était devenu le point de ralliement des civils qui fuyaient et de ceux qui venaient combattre, sous les ordres du vétéran Qasim Shesho et de son neveu Hayder. « Nous ne nous battions pas seulement pour le mausolée, mais pour les centaines de familles qui s’y étaient réfugiées », tient à préciser Hayder. « Les vivants comptent plus que les tombes. »
Lorsque le siège est rompu le 11 décembre 2014, le temple de Sharfadin est indemne. « Dans les autres temples, ils manquaient de soutien et d’équipements, explique Hayder. Nous avons envoyé des hommes. Le Kurdistan d’Irak, lui, n’a aidé que ses bons amis. »
La victoire a un goût bien amer. À Sinjar Ville, les seuls lieux saints restants sont les mosquées sunnites. « L’islam a un plan pour détruire la civilisation yézidie. En 2012, deux ans avant Daech, j’avais donné une conférence sur les temples disparus au cours des précédents massacres, comme ceux de 1832 et de 1892 », rappelle Sheikh Merwan.
« Les hommes de Daech pensent qu’ils ont gagné en détruisant nos lieux saints. Ils se trompent. Chaque fois que nous sommes attaqués, notre religion devient plus forte. »

La Croix du 09.02.2017

Le délit de consultation de sites djihadistes rétabli

Députés et sénateurs ont rétabli hier le délit de consultation « habituelle » de sites djihadistes. Il a été intégré, réécrit, dans le projet de loi sécurité publique sur lequel les deux Assemblées sont parvenues à un accord. Vendredi, le Conseil constitutionnel
l’avait censuré, jugeant que ce texte portait atteinte aux libertés fondamentales.

Le Bien Public du 14.02.2017

Comment le « halal » est devenu un marché

Dans un ouvrage qui vient de paraître au Seuil – Le Marché halal ou l’invention d’une tradition –, l’anthropologueFlorence Bergeaud-Blackler analyse la montée en puissance récente d’un « marché halal » dont les frontières débordent l’abattage rituel.

Comment est-on passé de l’abattage rituel, des boucheries halal à une économie « globalisée » islamique incluant les cosmétiques, l’habillement ou les voyages ? C’est à cette question que Florence Bergeaud-Blackler, anthropologue, chargée de recherche au CNRS à l’Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman (Aix-Marseille Université), tente de répondre dans son dernier ouvrage Le Marché halal ou l’invention d’une tradition, qui vient de paraître aux éditions du Seuil.

Lundi 30 janvier, lors d’une conférence organisée à Paris par l’Institut d’études de l’islam et des sociétés du monde musulman, elle a présenté sa thèse : la constitution d’un marché halal résulte de la rencontre entre le capitalisme néolibéral et le fondamentalisme religieux.

De fait, si la notion théologique est ancienne – halal désigne dans le droit islamique ce qui est permis –, le « marché », lui, est récent. « Il a son histoire, ses acteurs, ses enjeux », résume l’anthropologue, en rappelant qu’« à la différence d’une coutume, ce qui se présente comme traditionnel peut avoir été inventé ».

Une histoire en trois étapes

La première étape dans l’apparition de ce « marché halal » est la création d’un mode d’abattage au tournant des années 1980-1990. Parce qu’elle refuse désormais la viande d’importation « occidentale » mais manque d’une production locale, la République islamique iranienne envoie ses contrôleurs dans les pays producteurs, la Nouvelle-Zélande entre autres : sur la chaîne d’abattage, ils orientent l’animal vers la Mecque, imposent que l’abatteur soit musulman, puis, dans un deuxième temps, demandent que l’animal soit saigné vivant, et donc sans étourdissement.

« Les industriels ont accepté ces contrôles finalement assez peu contraignants, et qui ne posaient pas de problèmes légaux puisque, dans les pays sécularisés, des dérogations pour les rites religieux étaient déjà prévues pour la chehita », la méthode d’abattage juive, rappelle-t-elle.

Puis des « directives halal » sont apparues en 1997, émanant du Codex Alimentarius, l’organe de normalisation alimentaires de référence des pays de l’OMC. Dépassant cette fois les frontières de l’alimentaire et poussées par la Malaisie, elles s’appuient sur la notion de « pureté ». « Les produits, les process et les environnements doivent être protégés de toute contamination avec le porc, l’alcool ou les viandes non-rituelles », raconte Florence Bergeaud-Blackler. Les additifs, colorants et autres exhausteurs de goût sont supprimés. C’est ainsi que de l’ « eau halal » est mise sur le marché, « embouteillée dans un environnement indemne ».

Enfin, dans un troisième temps, les Emirats arabes unis prennent la relève de cette « économie islamique » qui inclut désormais le tourisme, les médias, l’éducation, etc : considérant que « le marché halal ne peut être financé que par des fonds islamiques », ils développent cette fois, et avec succès, la finance islamique.

Du permis au prescrit

À l’issue de cette enquête menée dans divers pays, l’auteur met en garde contre ce qu’elle considère comme des erreurs d’analyse : à ses yeux, le marché halal ne peut se réduire à « une marchandisation, un dévoiement » qui n’aurait rien de religieux, ou, à l’inverse, à « une entreprise d’islamisation par le marché ».

« Ce marché est à la fois et indissociablement économique et religieux. Il faut donc le penser en ces termes », insiste-t-elle, citant l’échec commercial du Mecca Cola, une boisson non pas halal mais présentée par ses concepteurs uniquement comme rivale ou alternative à la marque phare.

Au fil du temps et de l’institutionnalisation d’acteurs eux aussi marchands et religieux (agences de marketing islamique, agence de certification halal et associations de défense des consommateurs musulmans), la liberté d’interprétation des textes s’est effacée au profit d’une normativité, relève-t-elle. « La liberté du permis – qui est le sens théologique du halal, ce qu’on peut faire pour plaire à Dieu – devient un halal prescrit : ce que l’on doit faire pour être un bon musulman. »

La Croix du 31.01.2017

Le Parlement rétablit le délit de consultation « habituelle » des sites djihadistes

Cette mesure a dû être réécrite après avoir été censurée vendredi par le Conseil constitutionnel.
Les députés et les sénateurs ont rétabli, lundi 13 février, le délit de consultation « habituelle » des sites djihadistes. Cette mesure a dû être réécrite après avoir été censurée vendredi par le Conseil constitutionnel.
Les magistrats de la rue Montpensier avaient estimé que ce texte portait atteinte aux libertés fondamentales, alors que la France était déjà dotée d’un arsenal législatif important pour lutter contre le terrorisme. Pour le Conseil, les pouvoirs publics peuvent déjà « contrôler » les sites, « surveiller » leurs visiteurs et les « sanctionner » lorsqu’ils risquent de passer à l’action, et ce « avant même que ce projet soit entré dans sa phase d’exécution ».
Lire aussi : Le délit de consultation de sites terroristes censuré par le Conseil constitutionnel
Une mesure « fragile juridiquement »
Désormais la constitution du délit est « assortie d’une condition supplémentaire tenant au fait que la consultation habituelle doit être accompagnée d’une manifestation de l’adhésion à l’idéologie exprimée sur ses sites », a fait savoir le président Les Républicains de la commission des lois du Sénat, Philippe Bas. Pour le sénateur, cette nouvelle rédaction « prend en compte les exigences de nécessité, d’adaptation de proportionnalité requises par le Conseil constitutionnel ».
L’amendement, condition de la droite sénatoriale pour un accord, a été accepté par la majorité de gauche de l’Assemblée nationale. Mais le député PS Pascal Popelin estime que la mesure rétablie est « toujours fragile juridiquement » et il existe selon lui « d’autres outils plus efficaces, comme le délit d’entreprise terroriste individuelle ».

Le Monde.fr avec AFP | 13.02.2017

Consultation de sites terroristes : douze condamnations, et plusieurs questions

Quelques jours seulement après son invalidation par le Conseil constitutionnel, le délit de consultation habituelle de sites terroristes est à nouveau au cœur des débats.
Vendredi 10 février, le Conseil constitutionnel censurait le délit de consultation habituelle de sites terroristes, estimant qu’il constituait une atteinte à la liberté de communication qui n’était ni nécessaire, ni adaptée, ni proportionnée. Et qu’il était donc, de fait, contraire à la Constitution.
La décision semblait alors clore plusieurs mois de débats, sur le caractère nécessaire ou liberticide d’un texte qui sanctionnait de deux années de prison au maximum le fait de consulter de manière régulière des sites faisant l’apologie du terrorisme. C’était sans compter le projet de loi pour la sécurité publique : après une première lecture du texte au Sénat et à l’Assemblée nationale, les parlementaires de la commission mixte paritaire se sont en effet prononcés en faveur de la réintroduction d’un délit de consultation habituelle de sites terroristes.
Comme dans le cas du premier dispositif, qui contenait une exception dite « de bonne foi », celui-ci prévoit que lorsqu’un journaliste, un parlementaire ou autre, consulte un site terroriste « pour un motif légitime », le délit ne vaut pas. La différence entre les deux réside en revanche dans l’introduction d’une nouvelle condition, celle de la « manifestation d’adhésion à l’idéologie exprimée ».
Douze condamnations pour consultation
Selon les chiffres du ministère de la justice, trente-neuf procédures ont été ouvertes pour consultation habituelle de sites terroristes depuis le vote de la loi ; douze ont été jugées et ont abouti à des condamnations. D’après les différents comptes rendus d’audience publiés dans la presse, les douze condamnés, âgés de 18 ans à 42 ans, étaient tous des hommes, à l’exception d’une femme, embrigadée par l’intermédiaire de l’application de messagerie Telegram.
Si certains cas dénotent, comme celui du doyen des prévenus, dénoncé par la gérante d’un site échangiste sur lequel il postait des commentaires, la plupart présentent des similitudes. Beaucoup ne se contentaient ainsi pas de consulter des sites, mais téléchargeaient aussi des images ou des vidéos faisant l’apologie du terrorisme, ou échangeaient sur des réseaux sociaux avec des personnes soupçonnées de préparer des attentats.
Plusieurs ont tenté de mettre en avant, dans le cadre de leur défense, une curiosité mal placée, ou un désir d’information. Sans succès. Tous ont été condamnés pour simple consultation ou pour consultation et apologie au terrorisme, à des peines allant de huit mois de prison avec sursis, à cinq ans, dont trois fermes (la consultation seule étant passible de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende). La quasi-totalité des prévenus ont été condamnés à au moins six mois de prison ferme.
Deux motifs indépendants, une peine commune
Pour ces personnes, la décision du Conseil constitutionnel n’est pas synonyme de remise en liberté, comme nous l’explique l’avocat Martin Méchin. En septembre 2016, il défendait à la barre un homme de 29 ans, fiché « S », accusé d’apologie et de consultation habituelle de sites terroristes. Celui-ci avait été condamné à quatre ans de prison, dont deux ferme. Me Méchin, se souvient :
« J’avais moi-même déposé une question prioritaire de constitutionnalité, mais elle avait été rejetée, au motif qu’une autre avait déjà été transmise. [Mais] cette décision n’y changera [finalement] rien. On ne reprochait pas [à mon client] que la consultation de sites, mais aussi et principalement l’incitation au terrorisme. Et si les deux motifs sont indépendants, la peine, elle, est commune. »
Me Méchin explique ainsi que pour bénéficier d’une véritable réduction de peine, il aurait fallu pouvoir encore faire appel de la condamnation globale. Or, pour ce faire, le délai de dix jours est largement dépassé. Son seul espoir réside donc dans une demande d’aménagement de peine, que le juge d’application des peines, rappelle-t-il, n’est en aucun cas obligé de satisfaire. « Il faut aussi savoir qu’un aménagement de peine est un peu difficile à obtenir quand il s’agit d’une affaire en lien avec le terrorisme », précise l’avocat. Une difficulté encore plus importante pour les personnes ayant été condamnées pour plusieurs faits, et pas uniquement pour consultation de sites terroristes.
Un nouveau texte « plus précis » ?
David Jeanmaire, avocat en Moselle, a défendu l’homme dénoncé par la gérante du site échangiste. Son client a finalement été condamné à huit mois de prison ferme en octobre 2016, et il songe à une demande de réhabilitation ; une procédure particulière qui présente un avantage : le délit de consultation de sites terroristes « ne figure plus sur le casier ». Là encore son client a également été condamné pour apologie au terrorisme et ne pourra donc bénéficier d’une réduction de peine.
L’avocat estime également que la nouvelle proposition de délit de consultation contenue dans le projet de loi sur la sécurité publique présente plutôt des améliorations par rapport à la version censurée par le Conseil constitutionnel.
« C’est un peu différent du texte [précédent], qui posait un problème de liberté d’expression et de communication. Il était compliqué à mettre en œuvre. Je pense que le législateur s’en remettait pleinement à l’interprétation des tribunaux. Ce n’était pas clair, rien n’était clair. La notion d’habitude, par exemple. Il y avait peut-être des gens qui consultaient tous les jours ces sites, et donc, oui, ils pouvaient tomber sous le coup de ce texte, mais pour d’autres, c’était plus compliqué, comme pour mon client. Parfois, il cliquait juste sur des sites et repartait, [ou] il y restait vraiment très peu de temps et n’y revenait plus. Il y avait plusieurs questions qui se posaient : par exemple, est-ce qu’il avait le temps de lire, ou est-ce qu’il venait juste voir ? »
Selon Me Jeanmaire, le fait de se poser la question de l’intention, du but, pourrait permettre de remédier à ce type de problème.
Me Martin Méchin, lui, est moins optimiste : « L’idée de la manifestation d’adhésion, pourquoi pas ?, mais je ne vois pas trop ce que ça recouvre dans la plupart des cas. C’est très flou, ça reste à l’appréciation du tribunal. A la limite, [pour le prouver], il faudrait que [le prévenu] poste une vidéo sur YouTube où il prête allégeance à l’EI. Mais du coup, ça se rapproche du délit d’incitation au terrorisme, une infraction qui existe déjà… »
Les chances du nouveau délit de survivre à un nouveau passage devant le Conseil constitutionnel semblent, dans tous les cas, relativement minces. Même le rapporteur de la commission mixte parlementaire, Yves Goasdoué, confiait son scepticisme à demi-mot dans un compte rendu publié le 15 février. S’il y saluait l’apparition de garanties, « telles que [le texte] ne peut plus nuire à grand monde », il a en effet avoué ne pas être « certain qu’il résisterait à une nouvelle question prioritaire de constitutionnalité ».

Le Monde du 16.02.2017

Une mosquée d’Aix-en-Provence fermée dans le cadre de l’état d’urgence

« Le responsable de cette mosquée prônait une idéologie radicale appelant à la discrimination, à la haine ainsi qu’à l’animosité à l’égard des autres », a expliqué le ministère de l’intérieur dans un communiqué.

La mosquée Dar-es-Salam d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) a été fermée mercredi premier février sur la décision de Bruno Le Roux, ministre de l’intérieur. Il s’agit de la première mosquée fermée dans le département dans le cadre de l’état d’urgence.

« Le responsable de cette mosquée prônait une idéologie radicale appelant à la discrimination, à la haine ainsi qu’à l’animosité à l’égard des autres », explique le communiqué de presse de la Place Beauvau. « Tendant à rejeter l’autorité de l’État, la laïcité, la démocratie et les Constitutions contraires à la loi divine, il véhiculait ainsi un message contraire aux valeurs de la République et susceptible de constituer le terreau d’atteintes à la sécurité et à l’ordre publics ».

En outre, l’imam de cette mosquée exerçait, « par l’intermédiaire de fidèles, un prosélytisme particulièrement actif voire agressif, exerçant une forme de pression sociale sur les habitants du quartier », poursuit le texte. « Il provoquait de ce fait un repli communautaire se traduisant par un changement des comportements affectant particulièrement la sphère éducative. De plus, des prières de rue étaient organisées sous l’influence des responsables de ce lieu, qui confisquaient ainsi l’espace public qui doit demeurer accessible à tous ».

« Lieu de référence influent de la mouvance salafiste »

« Ce lieu de culte comptait enfin parmi ses fidèles des individus adeptes d’un islam radical, entretenant des relations avec d’autres individus connus pour leur radicalisation et leur proximité avec des personnes prônant le djihad », décrit encore le communiqué.

Dans son arrêté, le préfet de police des Bouches-du-Rhône décrit quant à lui la mosquée comme un « lieu de référence influent de la mouvance salafiste », qui accueille également « des femmes revêtues du voile intégral ». L’imam s’était notamment insurgé contre l’appel du conseil régional du culte musulman à participer à une messe dans une église après l’attentat contre le P. Jacques Hamel à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) le 26 juillet 2016.

Depuis novembre 2015, 21 lieux de culte musulmans (mosquées et salles de prière) ont été fermés en France, dont 14 au titre de l’état d’urgence, en comptant la mosquée Dar-es-Salam.

Sur sa page Facebook, l’association Da’wah Salafiyah Aix-en-Provence, pilotée par l’imam Charef M’Rabet, publie d’innombrables « rappels » à destination des fidèles, basés sur des hadiths, des propos prêtés au prophète de l’islam ou à ses compagnons, ou sur des extraits des « savants » de l’islam, en particulier Ibn Taymiyya, figure de référence du salafisme, ou Ahmed bin Hanbal. Le hanbalisme, école la plus conservatrice de l’islam sunnite, est celle qui fait référence en Arabie saoudite et elle est considérée comme une source du wahhabisme.

Les propos sont extrêmement durs contre Daech, Al-Qaida, qualifiés de « takfiristes » et non de salafistes, mais aussi contre les Frères musulmans – « la plus grande calamité de notre temps » – et leurs prédicateurs vedettes, Al Qaradaoui au Qatar, Hassan Iquioussen en France, contre les confréries soufies, les chiites etc, autant de courants de l’islam considérés comme déviants.

Dans un message commun publié le 15 janvier sur cette page, intitulé « La Salafiyya est-elle un danger sur l’Algérie ? », différents prédicateurs salafistes s’insurgent contre la reprise en main des mosquées par les autorités algériennes. « Oui ! La Salafiyya est un danger sur tout descendant hérétique, qui mange avec son hérésie (bid‘a). Elle est également un danger sur tout superstitieux qui se réjouit du charlatanisme et de la superstition pour rire sur les raisons des gens. (…) Et elle est un danger sur tout laïque qui sépare la religion de l’État et l’éloigne de la gouvernance ».

Dans d’autres posts, l’association justifie la polygamie ou le port du niqab.

La Croix su 02.02.2017

Le yézidisme, religion menacée

Communauté religieuse kurde, les yézidis ont été durement éprouvés par Daech. Leur culte n’est pas considéré comme « religion du Livre » par les musulmans.

Où est né le yézidisme ?
Les yézidis sont une communauté religieuse kurde vivant dans le nord de l’Irak, le sud-est de la Turquie, le nord de la Syrie, l’ouest de l’Iran, en Arménie et en Géorgie. L’origine de cette religion divise les chercheurs, les voyageurs et les yézidis eux-mêmes. Les « renseignements authentiques manquent », reconnaît Birgül Açıkyıldız-Şengül, docteur en histoire de l’art à la Sorbonne, chercheuse à l’université Montpellier 3.
Depuis la dynastie abbasside, leurs relations avec les Arabes semblent avoir été difficiles. « Les yézidis sont représentés dans les sources médiévales et ottomanes comme des peuples insubordonnés », constate cette spécialiste des civilisations mésopotamiennes, considérée comme la meilleure connaisseuse de la culture et de la foi yézidies. Entre le XIIIe et le XVe siècle, le yézidisme s’est considérablement développé dans les milieux tribaux kurdes. Une expansion rapide perçue comme une menace côté musulman. Entre oppression et massacres, les fidèles « survivent en petits groupes tribaux et en communautés locales », nouant des alliances avec leurs voisins. « Le prétexte principal de ces massacres, sous l’Empire ottoman, était leur prétendu refus de payer des impôts ou d’être enrôlés dans l’armée ottomane », note la chercheuse, selon laquelle les Ottomans les considéraient surtout « comme des anciens musulmans ayant dévié du bon chemin ». Classés parmi les infidèles par des fatwas (avis religieux), ils sont nombreux à émigrer vers le Caucase.

Que croient les yézidis ?
Leurs croyances sont héritées de celles de la Perse antique : le mazdéisme (de Mazda, ou Ormuzd, « dieu » en perse) devenu zoroastrisme, monothéisme pratiquant le culte du feu ; mais aussi le magisme, doctrine des mages fondée sur le dualisme et le culte des astres. S’y ajoute l’influence du cheikh Adi Ibn Musafir (†1162), mystique soufi qui vécut ermite dans les montagnes au nord de Mossoul en Irak et dont le tombeau se trouve aujourd’hui proche du monastère chaldéen de Rabban Hormizd.
Les yézidis croient en un Dieu unique, appelé Xwedê, créateur de l’univers et qui se manifeste sous trois formes différentes : l’Ange Paon, Sultan Êzî (qui a donné son nom à leur religion mais que les chercheurs peinent à identifier) et cheikh Adi. Sept anges dirigés par l’Ange Paon, et à qui Xwedê aurait délégué ses pouvoirs terrestres, « ont la responsabilité des affaires humaines et mondaines ». « Dans la croyance yézidie, cet ange est le médiateur entre Dieu et le peuple. Il conduit directement à Dieu. Il est la manifestation du Créateur, mais pas le Créateur lui-même », explique la chercheuse.
Le yézidisme apparaît donc comme un système de croyance syncrétique, dont on retrouve les diverses strates dans les pratiques religieuses contemporaines, transmis de génération en génération de manière essentiellement orale. Les yézidis prient Dieu à travers les statuettes de l’Ange Paon ; considèrent le soleil, les étoiles, le feu, l’eau et la terre comme sacrés ; prient dans la direction du soleil ; utilisent le feu (il brûle en permanence dans le temple de Lalesh, dans le nord de l’Irak) et croient en la réincarnation.

Quelles sont leurs relations avec l’islam ?
Frappés par les politiques d’assimilation sous Saddam Hussein, les yézidis ont espéré la paix et la liberté religieuse en 1991 avec la création de la région autonome kurde (où ne vivraient toutefois que 10 % d’entre eux). Mais l’invasion américaine en 2003 et les conflits interethniques et interconfessionnels qui l’ont suivie ont au contraire décuplé les violences contre les minorités.
À partir de 2013, le projet de Daech de former un califat sunnite au Moyen-Orient s’est révélé particulièrement désastreux pour les yézidis, « à la fois sans défense et dépourvus d’appui politique ».
Pour Birgül Açıkyıldız-Şengül, la principale cause de leur persécution est religieuse. « Le yézidisme n’est pas reconnu comme une religion d’un livre (ahl al-kitab) et donc pas protégé par la loi islamique avec le statut de dhimmi comme les chrétiens et les juifs », rappelle-t-elle. De plus, le yézidisme est considéré comme une hérésie musulmane par les savants médiévaux kurdes et arabes islamiques : aujourd’hui encore, certains courants extrémistes de l’islam affirment que l’Ange Paon est l’incarnation de Satan, faisant des yézidis des « adorateurs de Satan ». Considérés comme infidèles ou apostats, ils doivent être convertis à l’islam ou éliminés.

Où vivent-ils aujourd’hui ?
Le 3 août 2014, des combattants de Daech ont attaqué la ville de Sinjar et les villages yézidis situés autour du mont du même nom. Les forces peshmergas kurdes, qui les protégeaient jusque-là, se sont retirées sans prévenir. Des milliers de yézidis ont été capturés et emmenés à Mossoul, Tel Afar ou Baaj : les hommes ont été forcés de se convertir, les femmes vendues comme esclaves sexuelles, les enfants adoptés. Environ 130 000 hommes, femmes et enfants yézidis se seraient échappés vers le mont Sinjar. Piégés dans la montagne, beaucoup sont morts de faim ou de soif. Une partie seulement a été secourue par les Kurdes de Syrie et de Turquie. Leurs temples et sanctuaires ont été détruits et leurs villages rasés.
Le centre culturel Lalesh, à Dohuk au nord du Kurdistan irakien, recensait environ 600 000 yézidis dans le monde, dont 500 000 en Irak avant les crimes de Daech. Aujourd’hui, toute estimation est impossible. « Si la population de Sinjar était effacée par les militants islamistes radicaux, cet extraordinaire peuple ancien du Moyen-Orient disparaîtrait du monde », s’inquiète l’historienne, pour qui la tragédie actuelle excède de loin « les massacres auxquels les yézidis ont fait face dans leur histoire ». « L’esclavage et l’abus de femmes et d’enfants ont créé une blessure incurable dans la mémoire collective traumatique de la communauté. Après les attaques, la relation et la confiance entre les yézidis et les Arabes ont été complètement détruites. »

La Croix du 11.02.2017



 









 

 

 

 

ISLAMOPHOBIE


Net recul des actes racistes, antisémites et antimusulmans en 2016

Selon le ministère de l’intérieur, les actes racistes, antisémites et antimusulmans ont baissé de 44,7 % par rapport à 2016.
« Il est intolérable qu’une partie de la population française puisse se sentir la cible spécifique d'attaques odieuses », a dénoncé le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux lors de la présentation des chiffres de la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, les actes antimusulmans et antichrétiens, mercredi 1er février.
Malgré tout, ces violences sont en baisse. Selon le ministère, ces actes ont baissé de 44,7% par rapport à 2016. « Cela reste bien évidemment beaucoup trop et il n’est pas question de baisser notre niveau de vigilance ou de fermeté. »
Les violences antisémites et antimusulmans enregistrent les plus fortes baisses (- 58,6% et - 56,7%), mais les atteintes aux lieux de culte chrétiens sont en augmentation (+17,6%).
Ces actes correspondent aux faits ayant donné lieu à une plainte ou une main courante (violences, dégradations, menaces...).

La Croix du 01.02.2017

Moins d’actes anti-musulmans en 2016

Une étude de l’Observatoire national contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM), publiée lundi 30 janvier, chiffre à 182 le nombre d’actes anti-musulmans commis dans le pays en 2016, contre 429 en 2015.

« Après la flambée enregistrée en 2015, nous nous réjouissons de noter une baisse des actes anti-musulmans en 2016 ». Le préambule de l’étude, publiée lundi 30 janvier et signée par Abdallah Zekri, le président de l’Observatoire national contre l’islamophobie et secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM), se veut optimiste.

Avec 182 cas recensés en 2016 contre 429 en 2015, le rapport met en exergue une baisse moyenne de 57,60 % de l’ensemble des actes commis à l’encontre de la population musulmane l’année dernière en France. Des chiffres à regarder cependant avec précaution.

« Pas de plainte systématique »

Parmi les données retenues, le communiqué distingue en effet les cas de menaces – 118 en 2016 contre 305 pour l’année précédente, soit une baisse de 61,3 % – des passages à l’acte – 64 cette année contre 124 l’an dernier, soit une baisse de 48,40 %. Deux catégories qui recensent d’une part les propos injurieux (inscriptions, courriers, paroles proférées contre un fidèle) et d’autre part l’ensemble des actions (violences, dégradations, incendies…) ayant fait l’objet d’une plainte ou d’une main courante.

Mais ces chiffres, qui seront communiqués au ministère de l’Intérieur, « ne reflètent toutefois pas la réalité, car nombreux sont les musulmans qui ne souhaitent pas porter plainte systématiquement lorsqu’ils sont victimes d’actes xénophobes, convaincus qu’il n’y aura aucune suite », souligne, dans le communiqué, Abdallah Zekri.

La sécurisation des lieux de culte

Pour l’Observatoire contre l’islamophobie, la baisse des actes antimusulmans est en partie liée à « la mise en place d’un préfet chargé de la sécurisation des lieux de culte, car 1 098 sites musulmans, mosquées ou salles de prière ont bénéficié d’une protection des forces de sécurité – police et gendarmerie – en 2016 ».

L’instance du CFCM salue, en outre, « l’installation de dispositifs de vidéosurveillance autour de certaines mosquées », pour laquelle « l’État a fait un important effort financier : 341 000 € en 2016, et 756 000 € en 2015 ».

À l’approche des présidentielles, elle formule enfin, par la voix d’Abdallah Zekri, « l’espoir que les questions identitaires ne vont pas cristalliser le débat et stigmatiser l’islam et les musulmans » ces prochains mois.

La Croix du 31.01.2017

Le Bien Public du 17.02.2017

Tremblay-en-France : procès d’une affaire d’islamophobie ordinaire

A l’été 2016, un restaurateur avait refusé de servir deux femmes voilées au Cénacle, un établissement gastronomique de Tremblay-en-France. Une amende de 5 000 eurosa été requise.
C’est une affaire d’islamophobie ordinaire qui, dans le courant de l’été 2016, avait pris une résonance particulière. La faute à l’attentat de Nice et aux arrêtés anti-burkini, avait alors justifié pêle-mêle Jean-Baptiste Debreux, le restaurateur accusé d’avoir refusé de servir deux femmes voilées au Cénacle, prestigieux restaurant gastronomique de Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis).
Dépassé par l’emballement médiatique et les menaces de mort qui ont suivi, le père de famille a choisi de ne pas s’expliquer devant le tribunal de Bobigny où il était jugé, jeudi 16 février, pour « discrimination dans la fourniture d’un service en raison de l’appartenance à une religion dans un lieu accueillant du public ». Considérant que « les faits étaient caractérisés », la procureure a requis une amende de 5 000 euros, dont 2 500 avec sursis, contre l’homme de 65 ans, ainsi que la publication de la décision de justice pendant deux mois.
A quelques détails près, les deux parties s’étaient entendues sur les faits, à savoir que Jean-Baptiste Dubreux avait lancé les hostilités en déclarant aux deux jeunes femmes attablées que, la prochaine fois, elles devraient venir « moins voilées ». La suite de l’échange ne fait pas l’objet de débat : elle a été filmée discrètement, puis mise en ligne. On y entend le restaurateur lancer : « Madame, les terroristes sont musulmans et tous les musulmans sont terroristes (…) Des gens comme vous, j’en veux pas chez moi (…) Alors partez ! »
Sur ces propos sans équivoque, la seule plaignante – son amie a choisi de ne pas déposer plainte –, à la barre, a expliqué avoir éprouvé un « profond sentiment d’humiliation ». « Il y avait beaucoup d’agressivité, je me suis sentie en insécurité, c’était dur », poursuit timidement la jeune femme, silhouette frêle et voile mauve, dont l’avocat du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Me Ouadie Elhamamouchi, précise qu’elle est suivie psychologiquement depuis les faits.
« Testing »
C’est davantage sur le contexte de ce dîner que les juges ont souhaité l’entendre. « Connaissiez-vous l’établissement avant d’y aller ? », « Connaissiez-vous M. Dubreux ? », « Avez-vous déjà été victime de discrimination ? » Autant de questions louvoyantes pour en résumer une seule : « Réalisiez-vous une opération de “testing” ? » Comprendre : s’agit-il d’un coup monté pour piéger le restaurateur en flagrant délit de discrimination ?
Cette hypothèse, un temps envisagée par les enquêteurs avant d’être écartée, a pourtant pesé sur tout le procès, notamment lors du réquisitoire de la procureure. Celle-ci a considéré que les deux amies, qui avaient réservé une table dans ce restaurant sur Internet, « réalisaient un “testing” », avant de rappeler que cette démarche était « parfaitement légale ».
Cette posture du ministère public a suscité l’indignation des deux conseils de la plaignante. Dans sa plaidoirie, Me Christophe Accardo a rappelé que les jeunes femmes s’apprêtaient à passer « une soirée banale », avant d’évoquer « l’islamophobie rampante » de la société, dressant au passage des parallèles douteux avec les années 1930. L’avocate de la défense, Nathalie Barbier, a reconnu « les propos inacceptables » tenus par son client, dont elle réclame la relaxe, le considérant comme « déjà puni » par la vindicte populaire. Les juges rendront leur décision le 16 mars.

Le Monde du 17.02.2017

 

 




 

 

 

 

ISRAEL



 

Israël 2 500 nouveaux logements de colonisation annoncés

2 500 logements de colonisation seront construits en Cisjordanie, a indiqué hier le gouvernement israélien. Cette annonce intervient au surlendemain du feu vert donné par la mairie de Jérusalem pour la construction de 566 logements à Jérusalem-Est, et quatre jours après l’investiture de Donald Trump comme président des États-Unis. « Les règles du jeu ont changé », avait déclaré dimanche le premier ministre, Benyamin ¬Netanyahou, qui affirme ne plus avoir « les mains liées ».

La Croix du 25.01.2017

Des évêques appellent à agir contre l’occupation israélienne

Le groupe des évêques de la « Coordination Terre Sainte » a appelé à la responsabilité de chacun dans la lutte contre l’occupation israélienne qui se poursuit en Palestine depuis cinquante ans, dans un communiqué diffusé jeudi 19 janvier depuis Jérusalem.

« Nous avons tous la responsabilité de nous opposer à la construction de colonies ». C’est ce qu’affirment dans un message au ton particulièrement fort les évêques de la « Coordination Terre Sainte », un groupe composé par des représentants de plusieurs épiscopats occidentaux (Europe et Amérique du Nord) et dont fait notamment partie l’évêque d’Evry Corbeil-Essonnes, Mgr Michel Dubost.

« Depuis cinquante ans, la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza subissent une occupation qui viole la dignité humaine aussi bien celle des Palestiniens que des Israéliens. C’est un scandale auquel nous ne pourrons jamais nous habituer », soulignent les évêques dans leur texte, rendu public jeudi 19 janvier.

Une vie sous occupation

Depuis 1998, ce groupe se rend chaque année au mois de janvier à Jérusalem et dans les Territoires palestiniens pour faire le point sur la situation sur place et rendre visite aux communautés chrétiennes locales, en signe de proximité.

À la suite de la Guerre des six jours, gagnée par Israël en 1967, l’État hébreu a conservé le contrôle sur les territoires conquis. Toutefois, en dépit des accords internationaux, Israël poursuit depuis la colonisation (sauf là où il s’est désengagé, dans le Sinaï et à Gaza), c’est-à-dire la construction de villes et de logements israéliens à Jérusalem-Est et en Cisjordanie.
« La souffrance continue, clament-ils. Notre appel doit être encore plus fort. Nous implorons les chrétiens de nos pays de reconnaître notre responsabilité de nous informer, de prier et d’agir ».

« Ils sont nombreux ceux qui, en Terre Sainte, ont passé toute leur vie sous une occupation qui accentue la ségrégation sociale, mais qui gardent l’espoir et luttent pour la réconciliation », disent encore les évêques. « Cette annexion de fait des terres compromet non seulement les droits des Palestiniens dans des territoires comme Hébron et Jérusalem-Est, mais, comme l’ONU l’a récemment reconnu, met également en péril les chances de paix », insiste le communiqué.

Le 23 décembre dernier, les États-Unis ont permis l’adoption par le conseil de sécurité des Nations unies d’une résolution demandant à Israël de cesser la colonisation dans les Territoires palestiniens, un fait inédit.

Situation dramatique à Gaza

Dans leur message, les évêques mettent tout particulièrement l’accent sur la situation dans la bande de Gaza, où ils se sont rendus, évoquant une « véritable catastrophe humanitaire ». « Ses habitants ont maintenant passé une décennie sous le « blocus », aggravé par une impasse politique alimentée par la mauvaise volonté qui sévit de tous les côtés », dénoncent-ils.

Au cœur des préoccupations des membres de la « Coordination Terre Sainte » se trouve aussi la « construction persistante du mur de séparation sur les terres palestiniennes, notamment dans la vallée de Crémisan ». Ils rappellent enfin la nécessité de promouvoir la solution de deux États vivant en paix et en sécurité.

La Croix du 20/01/2017


Les députés israéliens approuvent l’expropriation de terres palestiniennes

Le texte, qui légalise les avant-postes construits sur des terres privées en Cisjordanie, doit à présent être examiné par la Haute Cour de justice.

Lorsque sera écrit, un jour, le bilan politique de Benyamin Nétanyahou, le 6 février 2017 occupera une place particulière. A cette date, sous son autorité, les députés de la Knesset ont récompensé l’expropriation de terres palestiniennes et tenté d’imposer la loi israélienne en territoires occupés, au lieu de la loi militaire en vigueur depuis cinquante ans.

Pour cela, ils ont adopté en dernière lecture par 60 voix contre 52 un texte ouvrant la voie à la légalisation des avant-postes construits sur des terres privées palestiniennes. Ces avant-postes sont des communautés juives, de taille réduite, établies en Cisjordanie depuis près de vingt ans sans autorisation officielle, mais protégées par l’armée et bénéficiant de financements publics.

Selon le décompte de l’ONG La Paix maintenant, 3 850 logements illégaux situés dans 53 avant-postes et des dizaines de colonies pourraient être ainsi blanchis. Les propriétaires doivent recevoir une compensation en argent ou sous forme de lot de terrain alternatif.

« C’est la première fois que les députés légifèrent en dehors du territoire israélien, explique la porte-parole de l’organisation, Anat Ben Nun. Cela donne un feu vert aux colons pour construire partout, y compris sur des terres privées palestiniennes. »

« Les victimes de la loi ne sont pas des Israéliens »

Dans l’avion entre Londres et Tel-Aviv au moment du vote, le premier ministre israélien ne voulait pas d’une adoption définitive du texte avant sa rencontre avec Donald Trump à Washington, le 15 février. Les Etats-Unis avaient demandé aux autorités israéliennes d’éviter toute action unilatérale, qui compromettrait les velléités de M. Trump dans le conflit israélo-palestinien.

Mais les considérations de politique intérieure ont pris le dessus. La base des colons pousse le gouvernement vers l’annexion de la Cisjordanie, ou tout du moins de la zone C (60 % de ce territoire). D’autant que le démantèlement de l’avant-poste d’Amona, le 1er février, a été vécu comme un traumatisme.

Avocat très engagé auprès de plusieurs ONG israéliennes, Michael Sfard met la dernière main à un ouvrage consacré à la lutte juridique contre l’occupation. Selon lui, le texte voté à la Knesset est « extrêmement grave et important ». D’abord, parce qu’il porte atteinte « aux principes fondamentaux que sont l’égalité, la dignité ou encore le droit à la propriété ». Mais, surtout, souligne-t-il, « parce que les victimes de cette loi ne sont pas des Israéliens et ne votent pas pour élire les députés. C’est la chose la plus antidémocratique qu’on puisse imaginer, c’est un trait de régime autocratique qui mérite une censure constitutionnelle. »

Fuite en avant

Selon de nombreux commentateurs, il est probable que le texte de loi sera bloqué par la Haute Cour de justice, déjà violemment critiquée par les colons pour avoir ordonné la destruction d’Amona. Le procureur général, Avichai Mandelblit, a fait connaître son opposition à son contenu et ne représentera pas le gouvernement lors de l’audience.

A la fin de novembre 2016, c’est M. Nétanyahou lui-même qui mettait en garde ses ministres contre le projet de loi, en assurant qu’il ouvrirait la voie à des poursuites judiciaires internationales contre les dirigeants israéliens. Mais depuis l’entrée de Donald Trump à la Maison Blanche, le premier ministre découvre le vertige de la conduite sans feux rouges. Il est engagé dans une fuite en avant, dénoncée par l’Union européenne et les Nations unies (ONU), avec une obsession : ne pas perdre l’électorat national religieux au profit de son ministre de l’éducation, Naftali Bennett.

Une fuite d’autant plus éperdue que le premier ministre est cerné par plusieurs enquêtes pénales pour corruption, mettant en cause à la fois son mode de vie luxueux, sa confusion entre intérêts publics et privés et ses sombres desseins pour contrôler les médias.

« Maisons construites par accident »

Certains experts s’évertuent à défendre la légalité de cette initiative parlementaire, malgré les résolutions continues du Conseil de sécurité de l’ONU contre la colonisation. Parmi eux, Eugene Kontorovich, professeur à la faculté de droit de la Northwestern University et chef du département de droit international au Kohelet Policy Forum, un cercle de réflexion proche de la droite israélienne. Selon lui, le projet de loi « n’a rien à voir avec l’annexion ». « Il s’agit seulement de résoudre un problème délicat, dit-il. Des maisons ont été construites par accident sur des terres privées, mais les propriétaires ne se sont pas manifestés pendant des décennies. »

Le professeur Kontorovich rejette aussi l’argument selon lequel ce projet de loi pourrait activer des procédures judiciaires contre les dirigeants ou les hauts gradés israéliens. « Pour le procureur de la Cour pénale internationale [CPI], dit-il, chaque bâtiment en Judée-Samarie [nom biblique de la Cisjordanie] est un crime de guerre potentiel. Ne pas passer ce projet de loi ne mettrait donc pas Israël à l’abri. »

Tel n’était pas l’avis du leader travailliste Isaac Herzog, lundi soir, qui dénonçait une « annexion de facto », dans l’enceinte de la Knesset, tandis que la droite nationale religieuse saluait un jour « historique ».

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2017/02/06/les-deputes-israeliens-votent-la-legalisation-des-avant-postes_5075603_3218.html#s6zOsbJvbi4W8mxR.99
Le Monde du 06.02.2017

Israël « légalise » la confiscation de terres privées palestiniennes

Le Parlement israélien vient de voter une loi qui permettra à l’État israélien de s’approprier des centaines d’hectares de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée. Un vote dénoncé par l’OLP comme « une entrave à la paix ».
Par 60 voix contre 52, le Parlement israélien a adopté en dernière lecture, dans la nuit de lundi à mardi, une loi légitimant a posteriori les colonies juives érigées sur des terres privées palestiniennes en Cisjordanie occupée. « L’obstination a été payante. C’est une révolution juste et morale », s’est félicité le ministre de l’éducation Naftali Bennett, également chef du Foyer juif, parti d’extrême droite, qui ambitionne d’annexer tous les Territoires occupés par Israël depuis 1967.
C’est lui qui a poussé à la promotion de ce texte que les partis de l’opposition ont unanimement qualifié d’« inique ».« Le train de la peur est lancé, a ainsi déclaré Tzipi Livni, numéro deux du parti le Camp sioniste. Il est encore temps de l’arrêter, faute de quoi sa dernière station se trouvera à La Haye (siège de la Cour pénale internationale, NDLR) où des poursuites pourront être engagées contre les officiers de Tsahal (l’armée). »
Jusqu’à présent, tous les gouvernements israéliens s’étaient prudemment gardés de confisquer des terrains privés palestiniens, arguant le plus souvent que les colonies étaient établies « pour des raisons sécuritaires » sur des terres considérées comme domaniales. Au fil des ans, les thuriféraires du « Grand Israël » ont cependant construit des colonies sauvages, sans le feu vert des autorités. Environ 3 000 logements ont ainsi été bâtis – parfois de bonne foi – sur des terrains privés palestiniens. C’est leur statut que ¬Naftali Bennett a voulu régler, car la Cour suprême, lorsqu’elle est saisie, rend généralement justice aux propriétaires palestiniens. Elle a ainsi rendu un arrêt ordonnant l’évacuation et la destruction de la colonie d’Amona, récemment appliqué.
Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies, approuvées ou non par les autorités israéliennes, sont illégales et contraires à la convention de Genève sur les territoires occupés. Les Palestiniens ont vivement réagi en annonçant qu’ils allaient effectivement saisir la Cour pénale internationale de La Haye. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le conseiller juridique du gouvernement israélien, Avihaï Mandelblit, avait refusé de donner son aval à la loi adoptée hier.
Celle-ci se veut équitable. Elle prévoit que les propriétaires palestiniens pourront soit obtenir des parcelles alternatives de leur choix, soit être indemnisés à la hauteur du prix normal des terrains augmenté de 25 %. Elle stipule aussi que le sort ultime des parcelles ainsi confisquées par l’État d’Israël sera en définitive fixé par un règlement diplomatique. Mais il est quasi évident pour l’ensemble de la classe politique israélienne que Naftali Bennett a remporté une victoire à la Pyrrhus, car la Cour suprême invalidera immanquablement ce texte contraire aux lois fondamentales d’Israël.
Conscient du caractère immoral et inconstitutionnel de cette loi, le premier ministre Benyamin Netanyahou s’y était dans un premier temps opposé, puis avait demandé à reporter son examen à la Knesset après son retour de Washington, où il doit rencontrer le président Donald Trump le 15 février. Il a reproché à Naftali Bennett de lui fixer en permanence « des ultimatums fictifs » et de se préoccuper « uniquement de politique politicienne, plutôt que des intérêts supérieurs de l’État ».
Finalement, Benyamin Netanyahou s’est fait violence en affectant de soutenir la loi afin de ménager ses partenaires ultras au gouvernement, et pour préserver ainsi la cohésion de sa majorité. Il n’a toutefois pas lui-même participé au vote, qui s’est déroulé alors qu’il se trouvait encore à bord d’un avion, de retour d’une visite chez son homologue britannique Theresa May, durant laquelle il a soigneusement évité de rappeler qu’il s’était jadis prononcé en faveur de la création d’un État palestinien. Prudemment, il a informé Donald Trump de ses démêlés avec les fiévreux partenaires de sa coalition gouvernementale, probablement en soulignant que la loi légitimant le vol finirait aux oubliettes de l’histoire.
Sympathisant de la droite israélienne, le président américain a récemment fait savoir qu’il préférait ne pas être confronté à des faits accomplis « dérangeants », comme les annonces répétées par les officiels à Jérusalem de mises en chantier de logements juifs dans les Territoires occupés.
Une loi « contraire au droit international » pour Mahmoud Abbas
Évoquant la loi controversée adoptée à la Knesset avant-hier, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a dénoncé une « agression contre notre peuple » au sortir de son entretien avec François Hollande, hier, à l’Élysée. Il s’agit d’un « défi flagrant aux souhaits de la communauté internationale », a-t-il estimé, jugeant la loi « contraire au droit international ». -Mahmoud Abbas a prévenu qu’il s’opposerait, « dans les institutions internationales », à la construction de nouveaux logements.

la Croix du 08.02.2017
 

L’église de la Multiplication des pains, incendiée par des juifs extrémistes, a rouvert

Le cardinal Rainer Maria Woelki, archevêque de Cologne, a présidé dimanche 12 février la messe de réouverture de l’église de Tabgha, sur les rives du lac de Tibériade, en présence du président israélien Reuven Rivlin et des responsables religieux locaux.

Incendiée en juin 2015 par des juifs extrémistes, le lieu de la Multiplication des pains et des poissons, située sur les rives du lac de Tibériade (Israël), a récemment fini d’être restaurée. Pour célébrer sa réouverture, le cardinal Rainer Maria Woelki a présidé dimanche 12 février une messe aux côtés des autorités religieuses locales des différentes confessions (juive, druze, chrétienne). Le président israélien Reuven Rivlin était lui aussi présent.

À l’issue de la célébration, le cardinal a procédé à la consécration de l’Atrium qui avait été détruit par les flammes. Une autre salle du complexe avait également été ravagée et couverte de graffitis anti-chrétiens. L’église elle-même n’avait pas été endommagée.

Les pères bénédictins qui tiennent l’église ont indiqué que les autorités israéliennes avaient indemnisé la communauté à hauteur de 370 000 €, alors que les préjudices étaient estimés à plus d’un million d’euros. Les 900 000 € restant nécessaires à la restauration de ce lieu ont été récoltés grâce aux dons.

Huit mois de travaux

« Après huit mois de travaux, l’atrium et l’entrée de l’église de la Multiplication sont enfin accessibles aux visiteurs du monde entier », s’est félicité Heinz Thiel, secrétaire général de l’Association allemande de la Terre sainte, propriétaire de l’église, cité par le site israélien Times of Israel.

Trois juifs extrémistes avaient été inculpés par la justice pour cet acte commis par « haine envers le christianisme ». Aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour.

Depuis des années, des activistes d’extrême droite se livrent en Israël et en Cisjordanie, sous le label du « prix à payer », à des agressions et des actes de vandalisme contre des Palestiniens, des Arabes israéliens, des lieux de culte musulmans et chrétiens, ou même l’armée israélienne.

Ce n’est pas la première fois que ce lieu a été frappé par le vandalisme. En avril 2014, de jeunes juifs extrémistes avaient profané des croix et un autel.

La Croix du 13.02.2017

La conscription israélienne provoque des heurts chez les ultraorthodoxes

Une loi votée en 2014 et entrant actuellement en vigueur oblige les ultras orthodoxes israéliens à faire leur service militaire.
Des heurts ont opposé, dans la nuit du mardi 7 au mercredi 8 février, des policiers israéliens à des centaines de juifs ultraorthodoxes manifestant à travers le pays contre le service militaire. Ces manifestations ont été déclenchées par l’arrestation d’un jeune ultraorthodoxe refusant de se présenter à un poste de recrutement de l’armée pour s’inscrire au service militaire.
Une cinquantaine de manifestants ont été arrêtés depuis mardi après-midi et au moins trois policiers ont été blessés par des jets de pierres, selon le porte-parole de la police israélienne, Micky Rosenfeld. La police « fait preuve d’une tolérance zéro à l’égard des manifestations violentes », indique la police dans un communiqué.
Dans le quartier ultraorthodoxe de Méa Shéarim, à Jérusalem, des centaines d’émeutiers ont bloqué les rues, lancé des pierres sur la police et mis le feu aux poubelles, rapporte la police. Des affrontements ont également eu lieu à Beit Shemesh, à l’ouest de Jérusalem, à Bnei Brak, près de Tel-Aviv, et à Ashdod, a indiqué Micky Rosenfeld.
Le service militaire, une source de tentations pour les ultras orthodoxes
Une loi votée le 12 mars 2014 et entrant actuellement en vigueur met fin au système ayant permis à des dizaines de milliers d’ultraorthodoxes étudiant dans les écoles talmudiques d’échapper à l’armée. Elle oblige les membres de cette communauté, qui représentent 10 % des 8 millions d’Israéliens, à effectuer au moins un service civil. « Nous ne céderons pas à la coercition et ne pardonnerons pas à Netanyahou. L’État juif est le seul pays au monde où une personne étudiant la Torah sera considérée comme criminelle », affirmait en 2014 Moshé Gafni, élu du Parti du judaïsme unifié de la Torah (PJUT).
Une partie des ultraorthodoxes considèrent en effet le service militaire (de deux ans et huit mois pour les hommes et deux ans pour les femmes) comme une source de tentations pour les jeunes, sortis du monde fermé de la prière et de l’étude religieuse. Il est aujourd’hui obligatoire, sauf pour les Arabes israéliens.
Les étudiants religieux à temps plein dans les yeshivot (écoles ultraorthodoxes) peuvent demander un report ou une exemption jusqu’à leurs 21 ans, mais ils doivent s’enregistrer au bureau de recrutement à l’âge de 18 ans. Certains d’entre eux refusent totalement de coopérer avec les autorités et sont arrêtés en tant qu’objecteurs de conscience. Les femmes ultraorthodoxes sont exemptées si elles le demandent et peuvent effectuer un service civil.

La Croix du 09.02.2017

Israël approuve la construction de 3 000 logements de colonisation en Cisjordanie

Libéré des « pressions » de l’administration Obama, Israël relance à tour de bras ses activités de colonisation, multipliant les annonces.
Pour la quatrième fois en moins de deux semaines, Israël a annoncé dans la nuit de mardi 31 janvier à mercredi 1er février la construction de logements de colonisation.
« Le ministre de la défense, Avigdor Lieberman, et le premier ministre, Benyamin Nétanyahou, ont décidé d’autoriser la construction de 3 000 nouvelles unités d’habitation en Judée-Samarie », nom donné par Israël à la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, a annoncé le ministère de la défense dans un communiqué.
Comme la précédente annonce en ce qui concerne la Cisjordanie, les 3 000 logements en sont à différents stades de la procédure.
La présidence Trump, une « chance formidable » pour Nétanyahou
Depuis le 20 janvier et la prestation de serment de M. Trump, Israël a donné son feu vert définitif à la construction de 566 logements dans trois quartiers de colonisation de Jérusalem-Est occupée et annexée, et annoncé la construction de 2 502 logements en Cisjordanie. Jeudi dernier, la municipalité israélienne de Jérusalem a donné son accord final à 153 nouvelles unités d’habitation, gelées selon elle sous les pressions de l’administration Obama.
Les autorités israéliennes se sont engouffrées dans l’espace ouvert par l’avènement de M. Trump, jetant aux orties la relative retenue observée dans leurs activités de colonisation au cours des dernières semaines de la présidence Obama.
« Nous construisons et nous continuerons à construire », a promis le premier ministre, qui ne cache pas que la présidence Trump représente une « chance formidable » après les « pressions énormes » de l’administration Obama sur la colonisation et l’Iran.
« Nous entrons dans une période nouvelle de retour à la normale [en Cisjordanie] et nous apportons la réponse qui convient aux besoins quotidiens de la population », a déclaré dans le communiqué de ses services le ministre de la défense, qui exerce son autorité sur le territoire.
Au même moment, la démolition d’Amona
Cette décision ressemble par ailleurs à un gage de plus donné aux partisans de la colonisation, à un moment où les autorités israéliennes ne paraissent plus avoir d’autre choix que d’appliquer un arrêt de la justice israélienne et de démolir une colonie au cœur d’un psychodrame collectif israélien, Amona.
Les préparatifs se sont accélérés et la démolition d’Amona, bouclée par des dizaines de membres des forces israéliennes depuis mardi, ne paraissait plus qu’une affaire de jours, sinon d’heures. Les 200 à 300 habitants refusent de partir.
En haut de la colline où se trouve Amona, des jeunes ont allumé un feu de pneus, jetant occasionnellement des cailloux à des journalistes et visiblement déterminés à résister quand les forces israéliennes viendraient évacuer les habitants, ont constaté les journalistes de l’AFP. Au bas de la colline, des soldats déroulaient au lever du jour du fil de fer barbelé pour empêcher des jeunes des colonies environnantes de venir se joindre à la résistance.

Le Monde.fr avec AFP | 01.02.2017

Colonies israéliennes en Cisjordanie : près d’un demi-siècle d’installations illégales

L’ONU a condamné fin décembre la colonisation de la Cisjordanie par Israël, une situation qui perdure depuis la fin de la guerre des Six Jours en 1967.
Le vote du Conseil de sécurité de l’ONU fin décembre sur la résolution 2334 et la condamnation de la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est a replacé le projecteur sur la politique de colonisation des territoires palestiniens par Israël.
Débutée peu après la fin de la guerre des Six Jours en 1967, la colonisation de la Cisjordanie n’a en fait jamais connu de recul. Ni avant ou après les accords d’Oslo en 1993, ni après le déclenchement de la seconde intifada en 2000, ni même après la décision d’Ariel Sharon d’évacuer toutes les colonies dans la bande de Gaza en 2005.
Une part croissante des colons dans la population israélienne
Ce graphique représente la part de la population israélienne qui réside dans des colonies de Cisjordanie. De moins de 1 % avant 1985 à 4,5 % en 2015.
Au contraire, la proportion de colons au sein de la population nationale israélienne ne cesse de croître : de 0,05 % en 1972 (avec 1 500 colons) à 4,56 % en 2015 (avec 385 900 colons), et ce sans compter ceux de Jérusalem-Est, soit une croissance constante de 12 500 nouveaux colons en moyenne chaque année depuis vingt ans. L’équivalent de la population de la ville de Guéret, dans la Creuse.
131 colonies israéliennes en Cisjordanie
Cette carte de la Cisjordanie occupée représente les colonies reconnues par Tel-Aviv et les avant-postes non reconnus. Toutes ces installations ont été condamnées par la résolution 2334 de l'ONU.
298 600 colons supplémentaires en 30 ans (1980-2010)
L’association Peace Now, qui mesure et suit l’évolution de l’installation des colonies en Cisjordanie, classe ces installations dans trois catégories :
• ultraorthodoxe : désigne une colonie fondée dans un but religieux pour vivre en marge de la société moderne, le plus souvent à un moment où les infrastructures qui existaient alors pour les ultraorthodoxes étaient chères ou surchargées ;
• nationaliste : se réfère à une colonie installée pour revendiquer la terre au nom d’un droit divin ou nationaliste d’un « Grand Israël », le plus souvent ces colonies ou ces avant-postes se trouvent au cœur de la Cisjordanie ;
• qualité de vie : désigne le plus souvent des colonies qui attirent des habitants pour des raisons économiques ; mais elles recouvrent un large spectre de réalités différentes, d’autant qu’elles sont le plus souvent fondées par des ultraorthodoxes ou des nationalistes.
Entre évolution légale et fait accompli
L’installation d’une colonie répond à un processus juridique complexe du côté de l’Etat hébreu. Si, juste après la guerre des Six Jours en 1967, de rares colonies sont installées par le gouvernement dans des zones peu ou pas peuplées et récemment conquises, à partir du début des années 1970, des colons procèdent à des installations illégales même aux yeux du droit israélien.
Entre les colonies pérennes, installées le plus souvent à proximité de la ligne d’armistice de 1967, et légalisées au fur et à mesure par la justice israélienne – mais pas par la communauté internationale –, il existe des avant-postes. Ces avant-postes sauvages ne sont pas reconnus par l’Etat – mais sont le plus souvent tout de même protégés par l’armée – et sont parfois démantelés à grands frais. Ces avant-postes ont été tous installés après les accords d’Oslo de 1993, alors que Tel-Aviv s’était engagé à ne plus autoriser de nouvelles installations.
Avec la construction, à partir de 2002, du « mur de séparation » entre le territoire israélien et la Cisjordanie qui doit atteindre une longueur de 700 km, c’est 8,5 % du territoire palestinien qui se retrouve désormais côté israélien, avec un grand nombre de colonies. Le tracé de ce mur, dont l’ONU condamne « l’impact humanitaire dramatique », n’épouse que sur 20 % de sa longueur le tracé de la « ligne verte », la ligne d’armistice issue de la guerre israélo-arabe de 1949.

Le Monde du 04.01.2017

« A aucun moment, en Cisjordanie, il n’y a d’égalité entre colons et Palestiniens »

Hillel Assaf est l’un des anciens soldats qui témoignent dans le nouveau rapport de l’ONG Rompre le silence, dénonçant la proximité entre l’armée et les colons en Cisjordanie. Il s’est confié au « Monde ».
Hillel Assaf est un jeune homme aux yeux bleus lumineux, plutôt bavard et joyeux. Il a une barbe négligée tendant vers le roux et parle un anglais parfait. Sa mère, historienne de l’art, est originaire de Brooklyn. Son père, historien, est israélien. Hillel, 24 ans, né à Jérusalem, a grandi dans un foyer laïc et ouvert, plutôt de gauche, avec une certaine conscience politique mais sans implication directe dans la vie publique. Adolescent, il dit avoir appris l’essentiel grâce aux livres et aux voyages plutôt qu’à l’école.
Il a déserté Facebook il y a un an. Par conséquent, il ne se fait pas trop de soucis en anticipant les réactions haineuses que suscitera son témoignage d’ancien soldat, à découvert, qu’il a déjà livré à l’organisation non gouvernementale Rompre le silence. Une ONG dépeinte par la droite israélienne comme un ennemi de l’Etat et une taupe de l’étranger.
Etudiant en histoire et littérature à l’Université hébraïque, Hillel Assaf a effectué son service militaire entre août 2011 et juillet 2014. Pendant cette période, il a suivi une formation d’un an et demi afin d’intégrer une unité de forces spécialisée dans la lutte antichars. Puis il a été déployé sur le plateau du Golan au sein de la brigade d’infanterie du Nahal. A l’automne 2013, il a été envoyé avec sa compagnie dans le nord de la Cisjordanie, près de la ville palestinienne de Naplouse.
Il s’est longuement confié au Monde sur son parcours et sa découverte de la soumission de l’appareil militaire au bon vouloir des colons juifs. Voici son témoignage :
« J’étais très enthousiaste à l’idée d’être enfin déployé en Cisjordanie, fin 2013. Jusqu’alors, j’étais ce qu’on appelle une “souris de camp”, quelqu’un qui ne se frotte pas à l’action, mais reste dans une base pour s’occuper de la formation des appelés. Ma compagnie est plus libérale, plus éduquée que d’autres. Ce n’est pas un endroit pour dégénérés, toutes les minorités y sont représentées, à l’image de la société israélienne.
J’étais politiquement engagé à gauche, contre l’occupation, participant à des manifestations, postant des textes sur Facebook. Il existe un cliché selon lequel les gens de gauche sont des “soldats de bureau”, rentrant chez eux le soir. Dans ma compagnie, je n’hésitais pas à affirmer mes convictions, les autres les connaissaient. C’est lié à ma personnalité, à ma confiance en soi, à mon orgueil aussi. Cette ouverture d’esprit a suscité une forme de reconnaissance. Les autres pouvaient désapprouver ces convictions, mais ils savaient surtout que j’étais prêt à servir et à diriger.
« Ça se finissait toujours en Tom et Jerry, au jeu du chat et de la souris »
Notre compagnie de 50 hommes s’est installée à Mitzpe Yishai, un quartier de la colonie prospère de Kedumim, à l’ouest de Naplouse. Plus tard, on s’est installé dans la brigade territoriale. Notre mission principale était de protéger Mitzpe Yishai, Kedumim et l’avant-poste de Havat Gilad [une colonie sauvage, non légale au regard même du droit israélien]. Nous avions des activités de routine, comme la patrouille en jeep, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, un groupe de réponse d’urgence en alerte, des gardes sur notre base même. Et puis nous avions des missions spéciales, en fonction des renseignements collectés et des ordres venus d’en haut. Elles se déroulaient presque toujours à Naplouse. Enfin, chaque vendredi, il y avait un rassemblement dans le village palestinien voisin de Kafr Qaddum après la grande prière. Ça se finissait toujours en Tom et Jerry, au jeu du chat et de la souris. On court, ils lancent des pierres. On tire du gaz lacrymo, ils courent.
Les relations avec les Palestiniens, c’était surtout pendant les contrôles d’identité. J’étais très aimable, je détestais faire perdre deux ou trois heures aux gens, en attendant que le Shin Bet [service de sécurité intérieure] réponde. En tant que sergent, j’ai surtout fait des patrouilles, c’était ma routine, douze heures en voiture. On devait par exemple installer un barrage sur la route pour relever 50 identités au hasard, et les transmettre à la hiérarchie. C’est comme aller à la pêche. Parfois, c’est le gros lot [en termes de suspects recherchés]. Quand on le faisait pendant les heures de pointe du matin et du soir, on envoyait plus d’hommes sur la route. Enfin, une fois par mois, il fallait accompagner en bus les colons voulant se rendre au tombeau de Joseph, à Naplouse. Heureusement, j’y ai échappé. Personne ne veut faire ça, être debout toute la nuit avec eux, avec le sentiment de se faire niquer par les colons, [de leur servir de larbins].
Les colons, on les voit tous les jours, on vit avec eux. Il existe une grande différence entre l’intérieur du camp et les environs. Si, par exemple, on sort pour jouer au foot ou au basket, on se retrouve forcément sur leurs installations sportives, dans leur monde. Ce sont nos voisins, on essaie d’avoir des rapports de bon voisinage, c’est normal. Pendant les fêtes juives, des colons religieux entrent dans la base pour nous offrir des cadeaux, personne ne se pose de questions, on trouve ça normal. Notre mission est de protéger les lieux, eux ont le sens de leur propre sécurité.
« On n’avait pas de formation policière, on ne savait même pas comment procéder »
La colonie Kedumim a sa propre force d’action, un groupe de dix à quinze hommes, entraînés et armés, qui travaillent par ailleurs. Ils ont un poste de contrôle avec de jeunes femmes faisant leur service civil. Ils écoutent nos fréquences en permanence et disposent de caméras partout dans la colonie, bien meilleures que les nôtres. On se repose dessus. Leur responsable est en contact direct avec les officiers comme moi, on partage toutes nos coordonnées, pour parler sans filtre. Ce chef de leur équipe civile nous a été présenté comme le quatrième officier de notre compagnie par notre commandant. Les lignes sont totalement troubles et effacées entre les régulations qu’on nous apprend en formation et la réalité. Mais le plus étrange, c’est que personne ne trouve ça étrange.
On s’est entraînés avec les colons, par exemple sur un scénario d’attaque terroriste contre la colonie. Leur chef de la sécurité donnait les ordres, avec notre commandant. Ça arrivait tout le temps. Un jour, ils m’appellent pour me dire que dans la vallée en contrebas, un Palestinien a franchi la ligne rouge entre son village et la zone de la colonie. Il faut bien comprendre une chose : aucune carte ne montre de ligne rouge, je n’en ai jamais vu. Je me suis approché pour voir, j’ai aperçu un Palestinien voulant travailler sa terre. Le coordinateur de la sécurité de la colonie, je sentais qu’il avait la gâchette facile. Mais c’était le “quatrième officier”, comme on nous l’avait dit. J’ai dû fouiller le Palestinien.
Un samedi, on a eu un coup de fil de l’avant-poste de Havat Gilad. Quand on est arrivés, on a vu des colons et des Palestiniens qui en venaient presque aux mains. Un colon, le visage masqué, pointait un arc. Un arc ! S’il avait été palestinien, je lui aurais tiré dans la jambe. Comme souvent, il n’y a pas eu d’escalade, c’était comme des jeux d’enfants au bac à sable, on a renvoyé tout le monde chez soi. Le colon à l’arc, on ne l’a pas interpellé. Les gradés nous répétaient : “Peu importe qui s’en prend à vous, vous l’arrêtez. Nous vous soutiendrons.” Mais le sous-texte est : “Ne le faites pas, il y a d’autres moyens.” Dans les faits, on n’a jamais arrêté un colon. On n’avait pas de formation policière, on ne savait même pas comment procéder. Et personne ne veut voir des images où des colons et des soldats s’agrippent à la gorge. C’est très castrateur : on n’avait pas le droit d’utiliser la force à laquelle on pouvait prétendre contre ceux qui le méritaient. C’est bien plus acceptable de le faire contre des Palestiniens.
« On est là pour protéger les colons, cela veut dire “contre quelqu’un”. Les Palestiniens »
On est là pour protéger les colons, cela veut dire “contre quelqu’un”. Les Palestiniens. C’est noir et blanc. A aucun moment, en Cisjordanie, il n’y a d’égalité entre colons et Palestiniens. On se sentait comme les serviteurs des colons, ce sont eux qui menaient la danse. J’essaie d’éviter les stéréotypes. Comme dans toutes les sociétés, il y avait parmi eux des gens respectables. Mais ceux dont on se souvient, longtemps, sont les colons qui ne vous respectent pas. Personne ne nous a jamais expliqué comment ces gens étaient arrivés là, qui les avait envoyés, ce qu’ils faisaient.
On traitait de la même façon les colonies et les avant-postes. Mais dans la pratique, les avant-postes sont plus extrêmes, à tous les sens du terme. Leur degré de coopération avec nous est différent, moins régulé. Les colons là-bas n’avaient aucun respect pour les autorités, alors qu’à Kedumim, ils comprenaient l’équilibre des pouvoirs. En revanche, en temps normal, on ne nous laissait pas entrer dans les avant-postes. Il est arrivé qu’on jette des étoiles de ninja [une arme de lancer en forme d’étoile] sous nos roues. Un de mes soldats, religieux, avait des membres de sa famille qui habitaient à Havat Gilad. On voulait les saluer [militairement]. Ça montre bien la zone grise dans laquelle on était. Il n’y a rien de parfaitement étanche entre les soldats et les colons.
Quand j’ai été démobilisé, début juillet 2014 [au moment où commençait l’opération “Bordure protectrice” dans la bande de Gaza], ce fut le jour le plus difficile de mon service militaire. Je pensais que je serais soulagé, heureux, joyeux. En fait, je me suis retrouvé en dépression “post-partum”. Avec l’armée, on trouve soudain un sens à sa vie. Je me suis senti usé et expédié en un claquement de doigt. Toutes les merdes qu’on a traversées, les choses qu’on a vécues, rien ne comptait. On ressent un sentiment de culpabilité quand on n’est pas à l’endroit [Gaza] où l’on devrait être, alors que nos amis y sont.
Pendant mon service, j’ai publié un article, anonymement, dans Haaretz [quotidien de centre gauche] pour raconter comment j’ai été écartelé entre mes convictions et ce que je faisais. C’est comme ça que Rompre le silence est entré en contact avec moi. J’ai eu le sentiment d’être enfin compris par quelqu’un, d’être écouté. Ce fut une occasion unique de revenir sur cette expérience. »

Le Monde du 20.01.2017

Une loi controversée sur les appels à la prière pourrait être votée

Le gouvernement israélien a adopté le 12 février un projet de loi controversé et récurrent qui reviendrait à interdire aux mosquées d’employer des haut-parleurs pour l’appel à la prière tôt le matin et tard le soir. Le ministère de la justice a en effet indiqué que le comité ministériel de législation avait validé le texte sur « la prévention du bruit des systèmes de sonorisation dans les établissements religieux », ouvrant la voie à son examen par le Parlement.

La Croix du 15.02.2017

En Israël, une loi controversée sur les appels à la prière pourrait être adoptée

Le gouvernement israélien a adopté, dimanche 12 février, un projet de loi controversé qui reviendrait à interdire aux mosquées d’employer des haut-parleurs pour l’appel à la prière tôt le matin et tard le soir.

Des informations publiées par le ministère de la Justice indiquent qu’une liste de textes soumis au vote, dimanche 12 février, au sein du comité ministériel de législation signale le « projet de loi sur la prévention du bruit des systèmes de sonorisation dans les établissements religieux » comme étant « adoptée », sans plus de détails.

L’approbation par le comité, présidé par le ministre de la Justice Ayelet Shaked, membre du parti d’extrême droite Foyer juif, ouvre la voie à l’examen du texte au Parlement.

Le texte concerne théoriquement tous les lieux de culte, mais il a suscité l’indignation parmi les musulmans, alors que l’appel à la prière (adhan, en arabe) est récité par le muezzin cinq fois par jour généralement via un système de sonorisation puissant installé sur les minarets.

Une précédente version du projet avait été rejetée à l’initiative d’un ministre juif ultra-orthodoxe, qui craignait que le texte ne limite aussi le volume des sirènes annonçant le début du shabbat, le repos hebdomadaire.

Le nouveau projet interdit l’usage des haut-parleurs de 23 heures à 7 heures.

« Incitation raciste »

« Cette loi ne porte ni sur le bruit ni sur la qualité de vie. Il s’agit d’une incitation raciste contre une minorité nationale », a dénoncé dans un communiqué le député arabe israélien Ayman Odeh, chef de file de la Liste unie.

« La voix du muezzin résonnait bien avant les racistes du gouvernement Netanyahou et elle résonnera encore après eux », a-t-il ajouté.

Le président israélien Reuven Rivlin s’était prononcé contre le projet, qui a provoqué une onde de critiques et de manifestations dans l’ensemble du monde arabe.

Le texte s’appliquerait également à Jérusalem-Est, partie de la ville occupée et annexée par Israël où vivent plus de 300 000 Palestiniens, mais pas à la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam et objet de tensions, selon un responsable israélien.

Un projet récurrent

La minorité arabe, qui représente 17,5 % de la population israélienne, est de confession musulmane dans son immense majorité et s’estime déjà largement victime de discriminations.

Moti Yogev, député du Foyer juif, parti israélien nationaliste et sioniste religieux, le promoteur de ce texte, assure que le volume de « l’adhan » dérange des centaines de milliers de personnes.

Le sort du texte est incertain. Réduire le volume des appels à la prière musulmane n’est pas une idée nouvelle en Israël. Ce projet revient régulièrement sur le devant de la scène, se heurtant toutefois à de vives oppositions et à des contraintes constitutionnelles.

La Croix du 14.02.2017

L’extension des colonies, sujet de discorde des Israéliens

Depuis l’investiture de Donald Trump, le mois dernier, le gouvernement israélien a multiplié les dispositions pour favoriser la construction de nouvelles colonies sur des territoires palestiniens. À Jérusalem, même si une majorité de la population la soutient, cette nouvelle politique est vivement discutée.
Jérusalem De notre correspondant
Ici, c’est toujours bondé, surtout avant le shabbat. Dans les passages étroits du « shouk » (le « marché » en hébreu), chacun se presse et côtoie tous les autres : Ashkénazes et Séfarades, riches et pauvres, religieux et laïques, jeunes et vieux. Traditionnellement, en période électorale, Mahane Yehuda, le grand marché populaire de Jérusalem, se transforme en caisse de résonance des débats qui enflamment le pays. Au sujet des Palestiniens ou des colons juifs dans les Territoires occupés. C’est aussi le cas depuis un mois.
L’investiture aux États-Unis de Donald Trump, qui ne cache pas ses accointances avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou – qu’il reçoit personnellement aujourd’hui à la Maison-Blanche –, a redonné vigueur aux projets de colonisation du gouvernement israélien dans les Territoires occupés, mettant en chantier 3 800 logements juifs et une nouvelle implantation. Elle a aussi réveillé, dans la population israélienne, toutes les colères anciennes, tenues sous silence pendant les deux mandats de l’administration Obama favorable à une solution à deux États au Proche-Orient.
Chacun les exprime au grand jour. Voici Drora Bregman, 65 ans, croisée alors qu’elle fait ses courses pour gâter ses sept petits-enfants. Cette retraitée intarissable a fait carrière dans une banque. Fille d’un rescapé de la Shoah ayant fui autrefois sa Pologne natale pour se réfugier dans le ghetto juif de Shanghaï, avant de gagner à pied la Palestine, elle revendique une famille maternelle installée dans la Vieille Ville depuis huit générations : « Je me sens chez moi quand je m’y promène. Tout m’est familier, les ruelles, les marchands, les parfums, les pierres. Notre héritage millénaire est partout présent, ça crève les yeux ! »
Drora, incarnation de la détermination et de l’enracinement d’une majorité de la population de Jérusalem, accuse « les Palestiniens » de « chercher à s’approprier » la Ville sainte. Pour elle, l’idée même qu’elle soit la capitale d’un supposé État palestinien n’est pas envisageable. « Diviser Jérusalem ? s’offusque-t-elle. Impensable ! Cela ne tient pas debout. Ce projet absurde et artificiel serait ingérable. Il n’y a pas d’exemple à travers le monde d’une capitale partagée par deux peuples. Jamais “Bibi” (Netanyahou) n’acceptera cela. » En colère, elle poursuit : « Nous sommes ici chez nous. Les habitants juifs de la partie Est vivent dans des quartiers urbains et non dans des colonies. Et pourquoi devrions-nous faire confiance aux Arabes ? Nous retirer de la Judée-Samarie (Cisjordanie) reviendrait à exposer Tel-Aviv et l’aéroport international Ben-Gourion aux bombardements des terroristes ».
Mahane Yehuda fut le théâtre de sanglants attentats-suicides à l’explosif durant la seconde Intifada, entre 2000 et 2004-2005. Ici, les chefs du Likoud, la droite nationaliste, ont pris l’habitude de se faire acclamer devant les étals de fruits et légumes. Les membres du groupe Lehava, d’extrême droite, ne craignent pas d’y défiler en scandant des slogans anti-arabes.
Mais le lieu a changé ces dernières années, sous l’impulsion des artistes et des intellectuels attirés par les cafés, les boutiques chics, les restaurants branchés qui font florès. La présence de ces « bobos » fait désormais la part belle sur place à un ton plus mesuré. Attablée à la terrasse d’un café en vogue, Noah Yékoutie a profité de la fin de semaine pour retrouver des amis. Issue d’une famille religieuse d’origine irakienne, cette femme de 26 ans, élégante, a toujours vécu à Rishon LeZion, quatrième ville d’Israël avec plus de 200 000 habitants, fondée par les pionniers du sionisme dans les années 1880. Noah, attachée de direction d’une société de relations publiques, termine en parallèle des études en informatique et s’est récemment mariée avec un jeune homme rencontré à l’armée. Tous deux effectuaient leur service militaire. Autour d’elle, dans le brouhaha, des jeunes, des étudiants talmudistes, un couple sans âge.
La violente résistance opposée, dans les premières heures de février, par les colons d’Amona à leur évacuation, ordonnée par la Cour suprême, est sur toutes les lèvres. « Que diriez-vous si quelqu’un venait planter sa tente dans votre jardin, sans votre consentement ? », lance Noah à propos de ces colons installés sur des terrains privés palestiniens. « En plus, le gouvernement va les indemniser ! », s’énerve-t-elle. Aharon Benayoun, 32 ans et célibataire, s’en prend également aux colons d’Amona. « Il a fallu les dégager, et c’est une tragédie. Mais ils ont si longtemps bafoué la loi », déplore ce professeur de judo, militant du parti Meretz (la gauche laïque) et parlant couramment arabe. Ses grands-parents, dit-il, avaient quitté le Maroc après la création d’Israël en 1948 et vivent encore à Mousrara, quartier pauvre de Jérusalem désormais rénové, sur l’ancienne ligne de démarcation face à la Vieille ville.
Lui condamne l’intensification de la colonisation, une « provocation » qui « entrave la reprise du dialogue de paix ». Noah, elle aussi, s’élève contre la récente loi régularisant toutes les colonies sauvages : « Du vol. Pas étonnant de la part de notre classe politique corrompue, mais ce sera invalidé par la Cour suprême », espère-t-elle.
Noah, contrairement à Aharon, ne s’affiche pas de gauche. « Plutôt centriste, sourit-elle, et représentative du consensus national. » Elle est hostile à tout compromis sur Jérusalem et approuve la construction des blocs de colonies, appelés selon elle à rester sous contrôle d’Israël dans le cadre d’un accord de paix. « Impossible d’envisager sérieusement le démantèlement de villes qui abritent chacune des dizaines de milliers d’habitants », justifie-t-elle. Et de citer Maalé Adoumim, Modi’in Illit, Beitar Illit. Mais la jeune femme fustige « les fanatiques juifs qui s’implantent au cœur des secteurs palestiniens et provoquent une traumatisante dérive guerrière. C’est insensé, car il faut ensuite les protéger, les soutenir à bout de bras alors que le Néguev et la Galilée ont raté le train du développement ».
Aharon, lui, appréhende la suite. Malgré le rapprochement entre Benyamin Netanyahou et Donald Trump, il redoute « qu’Israël paye son aveuglement par l’isolement international, un lourd tribut économique et le terrible prix du sang ».
Tout accord de paix stipulera le maintien sous contrôle israélien des blocs de colonies et des quartiers juifs à Jérusalem-Est (annexée), reconnaît-il. Mais « nous devrons en revanche céder les secteurs à majorité arabe. De toute façon, les juifs n’y mettent pas les pieds… Trop dangereux ».

Repères
Plus de 6 000 logements annoncés en Cisjordanie
Depuis l’investiture de Donald Trump, le 20 janvier, Benyamin Netanyahou a annoncé la construction de près de 6 000 logements en Cisjordanie. Ces annonces sont les plus importantes depuis la tentative de négociation de l’ancien secrétaire d’État américain, John Kerry, en 2013 et 2014.
Le gouvernement a également annoncé la construction d’une nouvelle colonie en Cisjordanie, la première ces vingt dernières années, pour reloger les 300 colons évacués d’Amona, jugée illégale par la Cour suprême.
Le Parlement a de son côté adopté, la semaine dernière, une loi légalisant les colonies dites « sauvages », qui permet la confiscation de terres appartenant à des propriétaires palestiniens en Cisjordanie où des logements israéliens ont été construits sans autorisation. Celle-ci est actuellement contestée devant la Cour suprême.
Le nombre de colons israéliens s’élève à 385 000 en Cisjordanie et à 200 000 à Jérusalem-Est.

La Croix du 15.02.2017



 




 

 

 

 

LAICITE


Grande mosquée, le vague à l’âme de l’islam algérien en France

Lundi 23 janvier, le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a diffusé un communiqué annonçant son retrait des projets du gouvernement pour un « islam de France ». En réalité, le contact n’est pas rompu.
Énième coup de sang ou véritable accroc dans les projets du gouvernement pour « l’islam de France » ? Lundi 23 janvier, le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a diffusé un communiqué bref mais, apparemment, sans équivoque, annonçant son retrait du processus en cours.
« Après concertation entre ses membres, la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris décide de ne pas participer aux travaux de mise en place de la Fondation de l’islam de France et de son conseil d’orientation, ainsi qu’à ceux de la mise en place de l’association cultuelle », écrit-il, avant d’appeler « toutes les fédérations et associations musulmanes gestionnaires de lieux de culte, ainsi que tous les musulmans de France, à rejeter toute tentative de mise sous tutelle de l’exercice de leur culte ».
Quel est le projet ?
Lors de la troisième « instance de dialogue avec l'islam » le 12 décembre, le ministre de l'intérieur, Bruno Le Roux, avait affiché sa volonté d'« aller vite » – pour aboutir avant les élections présidentielles – sur les chantiers de « l’islam de France ».
Présidée par Jean-Pierre Chevènement et déjà sur pied, une Fondation de l'islam de France – financée en partie par l’État et par des donateurs privés, dont de grandes entreprises –, doit soutenir des projets culturels et éducatifs, dont la formation profane des imams et aumôniers. Dalil Boubakeur, 76 ans, s’est vu confier la présidence de son conseil d'orientation, chargé de sélectionner les projets.
Plus stratégique encore aux yeux des fédérations musulmanes, une association cultuelle est en préparation pour financer de manière « transparente » des projets d’ordre religieux : formation théologique des imams, construction de mosquées ou d’écoles confessionnelles. Cette structure pourrait disposer d'une « contribution volontaire sur le halal ».
Quelles inquiétudes à la Grande mosquée ?
Elles sont diverses. « Depuis le début, nos douze délégations voient mal comment la Fondation de l’islam de France pourrait être présidée par un non-musulman, aussi honorable soit-il », explique en préambule Slimane Nadour, porte-parole de la Fédération nationale de la Grande mosquée de Paris (proche de l’Algérie).
Quant à l’association cultuelle, « cela va trop vite ». « Pendant deux ans, lorsqu’il était ministre de l’intérieur, Manuel Valls n’a pas touché à ce dossier. Il a fallu attendre l’arrivée de Bernard Cazeneuve et ces attentats qui ont bouleversé la France. Et maintenant il faudrait aboutir entre septembre et janvier », proteste ce proche de Dalil Boubakeur.
La GMP s’inquiète également des liens entre la future association cultuelle – qui mêlera représentants des fédérations, des grandes mosquées et des personnalités musulmanes dotées d’une expertise financière – et le CFCM. « Sont-ils organiques ? Ou seulement consultatifs ? », s’interroge son porte-parole, qui dit relayer les inquiétudes aussi de l’Union des organisations islamiques de France (branche française des Frères musulmans), de l’Union des mosquées de France (proche du Maroc), des Turcs du Mili Görus et de l’association Foi et Pratique.
Quant au projet de « charte de l’imam » qui sera discuté mercredi 25 janvier par le bureau exécutif du CFCM, il n’emporte pas davantage son adhésion. « Nous avons trouvé cette charte inconvenante. Quelle est la légitimité du CFCM, qui n’est pas une instance théologique, pour délivrer des agréments aux imams ? », questionne Slimane Nadour, pour qui il aurait été préférable de demander aux imams de France de signer la Convention citoyenne des musulmans de France pour le vivre-ensemble, rédigée par la GMP et adoptée par le CFCM en 2014.
D’une manière générale, la Grande mosquée de Paris, dont la fédération rassemble 250 mosquées – soit 10 % de ces lieux de culte en France – redoute de voir son influence reculer. « Le recteur Boubakeur souhaite que l’on fasse les choses en tenant compte du poids de chaque fédération », reconnaît son porte-parole.
Quel avenir ?
Le communiqué publié lundi ne trouble pas outre mesure le ministère de l’intérieur. « C’est une menace, une manière de dire "traitez-moi bien" », observe un proche du dossier, en rappelant que ni Bruno Le Roux ni Bernard Cazeneuve n’ont jamais souhaité « mettre sous tutelle » le culte musulman.
Dalil Boubakeur regretterait surtout la présence, au sein du conseil d’orientation de la Fondation de l’islam de France, de deux personnalités musulmanes avec lesquelles il ne s’entend guère : Kamel Kabtane, recteur de la Grande mosquée de Lyon, et Ghaleb Bencheikh, fils de l’ancien recteur de la Grande mosquée de Paris et responsable de l’émission Islam sur France 2.
Début janvier, il a également été mis en cause par le quotidien algérien El Watan pour être intervenu auprès de Bernard Cazeneuve à propos de son fils, employé par l’Office français de l’immigration et de l’intégration. « Le recteur souhaiterait que son fils, confronté au plafond de verre, ait une petite promotion. Mais jamais, au cours des 45 minutes d’audience avec le premier ministre, il n’a été question de ce sujet », assure son porte-parole.
« Visiblement, Dalil Boubakeur est inquiet, sur différents sujets, et cela rend la situation incontrôlable », indique une autre source.
Soucieux d’éviter toute « division » dans le contexte actuel, le gouvernement assure vouloir « maintenir le lien » avec la branche algérienne de « l’islam de France ». La GMP, elle aussi, semble finalement rechercher l’apaisement. La réunion « informelle » prévue mardi 24 janvier avec les opposants à la « charte de l’imam » a été reportée à « la première semaine de février ». Quant au déjeuner prévu le 1er février entre Jean-Pierre Chevènement et Dalil Boubakeur, il « est maintenu ».

La Croix du 24.01.2017

Au PS, chacun sa laïcité

Tandis que Benoît Hamon et Manuel Valls, les deux finalistes de la primaire socialiste, débattaient mercredi 25 janvier de leurs visions opposées de la laïcité, le ministre de l’intérieur Bruno Le Roux défendait pour sa part une « laïcité d’intelligence ».
La conception de la laïcité n’est pas la moindre des nombreuses divergences qui opposent les deux finalistes de la primaire du Parti socialiste, Manuel Valls et Benoît Hamon. Les spectateurs du débat de l’entre-deux tours ont pu s’en rendre compte, mercredi 25 janvier au soir, lorsque l’ancien premier ministre et l’ancien ministre de l’éducation ont abordé le sujet.
Valls, partisan de « la laïcité de Caroline Fourest »
Manuel Valls a prôné une laïcité intransigeante, qu’il conçoit comme « un combat politique », en particulier face à la question du voile : « aujourd’hui, il y a une revendication, à propos du voile, qui conteste la République », a affirmé l’ancien locataire de Matignon. « Nous devons protéger nos compatriotes de confession ou de culture musulmane qui sont sous la pression de l’islam politique », a-t-il poursuivi.
Partisan d’une Charte de la laïcité adossée à la Constitution, Manuel Valls n’a pas hésité à se réclamer de la « laïcité de Caroline Fourest », malgré les controverses qui entourent cette essayiste et son discours très hostile à toutes les religions. « Notre rôle, c’est de ne jamais stigmatiser mais de dire à ces femmes et ces jeunes filles, qui vivent cet ordre machiste, que nous sommes là pour les aider à s’émanciper », a ajouté l’ancien chef du gouvernement. Sur un registre plus personnel, Manuel Valls s’est également vanté d’avoir reçu « une éducation catholique » et de s’en être « émancipé »« grâce à l’école publique ».
Pour Hamon, « la laïcité n’est pas un dogme »
De son côté, Benoît Hamon a défendu une vision plus ouverte de la laïcité, considérant que « la laïcité, ce n’est pas un dogme de plus, ce n’est pas la religion de ceux qui n’ont pas de religion, c’est l’art du vivre ensemble ». Accusé par certains de ses adversaires de complaisance envers le communautarisme musulman, le député des Yvelines s’est dit surpris de voir « les arguments du FN » utilisés contre lui dans sa propre famille politique.
L’ancien ministre de l’éducation nationale a ajouté que sa vision de la laïcité se fonde sur « la loi de 1905, toute la loi de 1905, rien que la loi de 1905 », loi « complète » et de « liberté ». « Là où une femme décide librement de porter le foulard islamique, et il en existe, peu importe ce que nous pensons, au nom de la loi de 1905, elle est libre de le faire, et moi je veux lui assurer cette liberté », a-t-il affirmé.
Bruno Le Roux, pour une « laïcité d’intelligence »
Alors que les deux candidats à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle débattaient à la télévision, le ministre de l’intérieur, Bruno Le Roux, défendait au même moment une « laïcité d’intelligence », selon la formule de Régis Debray. Le ministre chargé des cultes s’exprimait en clôture de la troisième session nationale de l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR), dont les auditeurs viennent de l’entreprise, du secteur associatif, du monde politique ou encore des médias.
« Notre société a évolué », a estimé Bruno Le Roux : « Sécularisation accélérée d’un côté, qui a conduit nombre de nos concitoyens à perdre le lien culturel qui les unissait au religieux, émergence de l’autre de nouvelles identités religieuses dans notre pays ». Face à ces « défis », le ministre de l’intérieur a affirmé qu’il était « difficile de comprendre la motivation des nouveaux comportements religieux et le rapport parfois très sensible que les Français entretiennent avec eux si l’on ne se frotte pas à l’étude du fait religieux ».
Il a notamment loué l’action des « instances de dialogues » entre l’État et les cultes – l’Église catholique depuis 2002, l’islam depuis 2015 – comme des exemples entrant « totalement dans le cadre de la laïcité d’intelligence ». Il a au passage salué l’action des « organisations confessionnelles, notamment catholiques et protestantes », qui se sont « notablement investies » dans « l’accueil des réfugiés ». Rendant hommage à « cette tradition du christianisme social, défenseur des plus pauvres et des plus faibles », il a appelé à soutenir ceux qui répondent « aux exhortations du pape François appelant l’Église et les chrétiens à se rapprocher des périphéries existentielles ».

La Croix du 26.01.2017

Valls-Hamon, les deux conceptions de la laïcité

La question de la place de l’islam oppose les deux finalistes de la primaire organisée par le PS, ranimant un vrai clivage à gauche.
À la veille du débat télévisé qui les opposera mercredi 25 janvier, les deux finalistes de la primaire s’empoignent sur la question de la laïcité. Manuel Valls reproche à Benoît Hamon son « ambiguïté », tandis que ce dernier dénonce un mauvais « procès ».
Burkinis
À l’origine du différent, il y a l’affaire des burkinis à la fin de l’été. Alors premier ministre, Manuel Valls qui a toujours affiché une grande fermeté sur ces questions, apportait son soutien aux maires qui avaient pris, au nom de l’ordre public, des arrêtés d’interdiction de ces tenues de bain couvrantes par des femmes musulmanes.
Une attitude alors dénoncée par celui qui venait de se déclarer candidat à la primaire. Interrogé le 26 août sur RTL, Benoît Hamon demandait au président de la République de « mettre fin aux dérives de plus en plus fortes » du chef du gouvernement. Rappelant qu’il n’était pas lui-même opposé au port du burkini, Benoît Hamon interrogeait : « Jusqu’où va-t-on aller dans la stigmatisation des musulmans français ? »
La polémique a rebondi à l’occasion de la primaire. Lors d’un récent reportage de France 2 montrant des cafés de banlieues où les femmes ne sont pas les bienvenues, Benoît Hamon avait paru relativiser cette discrimination, en affirmant notamment que « dans les cafés ouvriers, historiquement, il n’y avait pas de femmes ».
Lundi 23 janvier, Manuel Vallsa affirmé sa volonté de défendre « une vision de la laïcité (…), la lutte contre le communautarisme » et dénonçant chez Benoît Hamondes « ambiguïtés », des « risques d’accommodements ». Mardi, Benoît Hamon a qualifié ces accusations de laxisme de « très graves ». Des attaques qui « non seulement me heurtent, mais me révoltent ».
Interdiction de la Burqa
De fait, les deux hommes incarnent bien deux approches, à gauche, de la question musulmane. L’ancien premier ministre premier met l’accent sur la tradition républicaine d’intégration. La laïcité est non seulement un dispositif juridique de séparation de la religion et de l’État, mais aussi un idéal qui renvoie à des valeurs comme l’égalité homme femme. Manuel Valls qui fut l’un des très rares socialistes à voter la loi sur l’interdiction de la burqa, en 2010, insiste sur les menaces que présente l’islamisme radical et estime qu’il faut contenir des revendications communautaristes.
Le deuxième camp, dans lequel se retrouve Benoît Hamon, met en avant la laïcité comme principe de neutralité de l’État qui doit garantir à tous la liberté de ses convictions. Notre société étant devenue multiculturelle, il faut accepter la diversité des traditions religieuse dans l’espace public. Ce que certains dénoncent comme des replis communautaristes est d’abord le fait d’une ségrégation sociale qui transforme des quartiers en ghettos.
Mais au-delà du sujet de fond, c’est aussi le positionnement stratégique des deux candidats que révèle cette passe d’armes. Manuel Valls ne cesse de répéter que la France est « en guerre » contre l’islamisme radical et se présente comme le candidat protecteur de nos valeurs.
Difficile rassemblement
Benoît Hamon est plus discret sur les sujets régaliens et défend une ligne plus libertaire, comme sa proposition de légaliser le cannabis. La laïcité n’apparaît quasiment pas dans son programme. Celui qui se présente désormais comme le favori de la primaire accuse Manuel Valls de vouloir instrumentaliser ces thèmes.
À quelques jours du vote décisif, ces tensions ne sont pas sans rappeler celles qui étaient apparues entre les deux tours de la primaire de la droite, Alain Juppé reprochant à François Fillon de ne pas reconnaître l’avortement comme un droit fondamental.
Mardi, les attaques de Manuel Valls ont été relayées par son entourage, certains accusant son adversaire d’abandonner la défense de la laïcité à la droite. Les anciens candidats à la primaire à gauche Arnaud Montebourg et Vincent Peillon ont pour leur part dénoncé le comportement agressif de Manuel Valls. Une polémique sur la laïcité qui ne va pas faciliter le difficile rassemblement derrière le vainqueur de la primaire.

La Croix du 24.01.2017

La laïcité à géométrie variable de Marine Le Pen

Invitée jeudi 9 février de l’Émission politique sur France 2, la présidente du Front national (FN) a durci sa position sur la laïcité, en prônant l’interdiction des signes religieux ostensibles dans l’espace public.

Une proposition qu’elle dit vouloir appliquer à toutes les religions mais qui, en réalité, vise particulièrement l’islam.

Il y a cinq ans, elle proposait déjà d’interdire « les signes religieux ostentatoires (…) pour les agents comme pour les usagers du service public », en prônant l’inscription, dans la Constitution, du principe suivant : « La République ne reconnaît aucune communauté ». Invitée de l’Émission politique sur France 2, la présidente du Front national, Marine Le Pen, a encore durci, jeudi 9 février, sa position sur la laïcité.

La dirigeante du parti d’extrême droite s’est notamment engagée, en cas de victoire à la présidentielle, à étendre la laïcité « à l’ensemble de l’espace public », en y interdisant les signes religieux ostentatoires. Une affirmation qui a suscité, depuis, une importante levée de boucliers.

Une laïcité à plusieurs vitesses ?

Interrogée en particulier sur le port de la kippa et du voile, Marine Le Pen s’est, dans un premier temps, défendue de cibler un signe religieux en particulier : « La loi est la loi, si je renforce la loi de 2004 [encadrant le port de signes religieux dans les établissements scolaires publics], tout le monde devra s’y soumettre. » Une affirmation qui a aussitôt fait réagir le journaliste Karim Rissouli : « Les croix sont elles aussi concernées ? Petites croix ? Grandes croix ? Où cela s’arrête-t-il ? ».

« Les grandes croix n’existent pas. Les religions chrétiennes n’ont pas de signes ostensibles, c’est en réalité nous qui avons inventé la laïcité », lui rétorque alors la présidente du Front national, tout en reprécisant que « les étoiles juives, les petites croix, les mains de Fatma » ne constituent pas de « signes religieux ostensibles ». « Ce sont ces derniers qui ne seront pas autorisés, et qui ne le sont déjà pas à l’école », poursuit-elle, tout en précisant que les « petites kippas » seront, elles aussi, autorisées.

« Qui va faire la police de la kippa » ?

Pour Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la fondation Jean-Jaurès, les propositions émises, jeudi 9 février par Marine Le Pen sur France 2, relèvent du « non-sens » et soulèvent de nombreuses questions : « À partir de quand la taille d’un signe religieux est-elle considérée comme ostensible ? Est-ce que c’est le symbole lui-même qui est ostensible ? Qui va faire la police de la kippa ? »

« Je n’admets pas que ce soit les victimes qui voient restreindre leurs libertés pour lutter contre ceux qui sont auteurs des violences, déplore encore le spécialiste du Front national (1), avant de préciser : « C’est totalement inverser la charge du respect de la loi. Pour faire croire aux électeurs qu’elle va résoudre le problème de l’islam radical, Marine Le Pen propose une mesure liberticide, en particulier à l’égard de musulmans qui n’ont aucune velléité de combattre la France. »

Une loi applicable à toutes les religions

Une telle loi aurait-elle des chances d’être adoptée par le Conseil constitutionnel ? « Le problème n’est pas tant de savoir si la loi serait votée, mais l’impact qu’elle aurait sur l’opinion », poursuit Jean-Yves Camus. « Et sitôt appliquée à une religion, elle ne pourrait aussi que s’appliquer à toutes les autres : cela revient donc à mettre sur un pied d’égalité des dangers qui ne sont pas équivalents », ajoute-t-il, tout en pointant du doigt l’incohérence, voire l’incompatibilité, de la conception de la laïcité de Marine Le Pen et de ses récurrents discours revendiquant « les racines chrétiennes de la France ».

Des élus « responsables du communautarisme »

Pourquoi Marine Le Pen rigidifie-t-elle aujourd’hui sa position sur la laïcité ? La présidente du Front national s’est partiellement justifiée dans un virulent débat avec Patrice Bessac, le maire PCF de Montreuil (Seine-Saint-Denis), autre invité, jeudi 9 février, de France 2. En reprochant à certains élus municipaux d’être responsables du « communautarisme, vivier de l’islam radical » dans le pays, la députée européenne, qui s’est dite inquiète de la « relégation physique des femmes » dans certains lieux, a notamment reproché à Patrice Bessac d’avoir « reculé sur la laïcité ». Avant de conclure sur le sujet : « Vous nous mettez aujourd’hui dans la situation d’être obligés de rappeler la laïcité, c’est vrai, d’une manière ferme. »

« Depuis quelques années, nous assistons, dans des milieux qui ne sont pas nécessairement ceux du Front national, à l’émergence et à la banalisation d’un discours consistant à nous expliquer que tous les intégristes se valent et que le seul moyen de vivre en paix serait de supprimer toutes les religions », explique encore Jean-Yves Camus. « Or cette position vient finalement chambouler un édifice qui fonctionnait depuis plus de cent ans [depuis 1905] et créé davantage de frictions et de tensions qu’il n’en existait auparavant. »

(1) Auteur notamment des ouvrages Les droites extrêmes en Europe (2015), et Front National: Bilan D’une "génération Le Pen" (2003)

La Croix du 13.02.2017

La justice déboute les AFC qui poursuivaient Gleeden

Le Tribunal de Grande Instance de Paris a débouté, jeudi 9 février, les Associations familiales catholiques (AFC) qui demandaient l’interdiction de la promotion de « la relation extraconjugale » dans les publicités du site de rencontres.
Jeudi 9 février, le tribunal de Grande Instance de Paris (TGI) a débouté les Associations Familiales catholiques (AFC), qui demandaient notamment l’interdiction de « la promotion des rencontres extra-conjugales » dans les publicités du site de rencontres adultérines Gleeden, en violation, selon elles, de l’article 212 du Code civil garantissant l’obligation de fidélité des époux.
Le tribunal a justifié son verdict en citant notamment le cas de situations où les conjoints ont pleinement connaissance, voire cautionnent, l’infidélité de leurs conjoints respectifs. « Mais cela concerne peut-être à peine 1 % des couples dans cette situation, et à force de faire primer l’exception, il n’y a plus de règles »déplore Me Erwan Le Morhedec, l’avocat des plaignants, tout en condamnant « une décision symptomatique de notre époque moderne ». Les AFC n’ont, pour l’instant, pas fait savoir si elles envisageaient de faire appel de la décision.
Des affiches jugées « immorales »
Le début de toute cette affaire remonte à février 2015. Une polémique éclate alors après le lancement, par le site de rencontres extraconjugales, d’une campagne aux slogans provocateurs : « Être fidèle à deux hommes, c’est être deux fois plus fidèle », « Contrairement à l’antidépresseur, l’amant ne coûte rien à la sécu », ou encore « Et si cette année, vous trompiez votre amant avec votre mari ? ».
Placardées dans les stations de métro, dans les abris bus, ces affiches, ayant pour fond une pomme rouge croquée, sont jugées « immorales » par plusieurs maires de communes franciliennes qui décident de les interdire.
« Promotion publique de la duplicité »
Dotées du statut d’association familiale et d’association des consommateurs, les Associations Familiales Catholiques (AFC) décident donc d’assigner au civil, le 18 février 2015, la société américaine éditrice du site Gleeden, BlackDivine, en l’accusant notamment de « mensonge ».
« En définitive, la liberté dont Gleeden se réclame apparaît fallacieuse, fondée plutôt sur le plaisir de la tromperie, où il ne s’agit pas de préserver son autonomie mais d’agir à l’insu de l’autre », déplorait en ce sens Jean-Marie Andrès, le président de la Confédération nationale des associations familiales catholiques (CNAFC), dans une tribune publiée en avril 2015 sur le site de La Croix. « C’est une liberté de tartuffes qui se complaît dans le manque de transparence, où la duplicité laisse par ailleurs croire que l’on peut se défausser de ses responsabilités, celles prises précisément devant le maire », poursuivait-il ensuite.
Interdire la promotion de « la relation extraconjugale »
Devant le tribunal de grande instance de Paris, les plaignants exigent, lors de la première audience le 24 novembre 2016, l’annulation des contrats entre le site et ses clients, ainsi que l’interdiction de la promotion de « la relation extraconjugale » dans ses publicités. « Nous ne mettons pas en cause les époux, mais une société qui tend à inciter l’ensemble des époux à se tromper, et donc violer son obligation de fidélité », justifie alors Me Henri de Beauregard, l’un des deux avocats, avec Me Erwan Le Morhedec, des AFC au début de sa plaidoirie.
Un argument aussitôt balayé par la défense, incarnée par Me Caroline Mécary, qui accusait alors à son tour les AFC « d’instrumentaliser le prétoire pour faire avancer [leurs] idées », tout en rappelant que les publicités incriminées avaient été validées par le Jury de déontologie publicitaire et par Média transports, l’une des principales régies publicitaires de transports européens.

La Croix du 09.02.2017

Les évangéliques plaident pour la liberté de conscience des fonctionnaires

Le tribunal administratif de Versailles a donné raison le 9 janvier à une employée de mairie mutée après avoir distribué à ses collègues des calendriers portant des citations bibliques au moment des fêtes de fin d’année 2011-2012.

Les mesures prises en 2013 à l’encontre de Nadine Lalanne, responsable du personnel des écoles de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines), mutée par arrêté de la municipalité socialiste pour avoir offert à ses collègues des friandises accompagnées de calendriers perçus comme contraires à la laïcité en décembre 2011 et janvier 2012, avaient suscité l’émotion au Conseil national des évangéliques de France (Cnef).

Ces calendriers étaient illustrés d’un verset biblique et portaient le logo de l’Association familiale protestante Maranatha (AFPM) dont Nadine Lalanne était membre depuis une quinzaine d’années, ainsi que celui de l’Église baptiste Maranatha de Conflans-Achères (rattachée au Cnef) dont elle était une fidèle depuis sa création en 2007.

« Sans se prononcer sur le caractère fautif ou non de la distribution des calendriers, le tribunal de Versailles a ordonné le 9 janvier l’annulation de l’arrêté de mutation d’office, pour motifs de procédure », a indiqué le Cnef dans un communiqué diffusé le 31 janvier.

Pas de violation du devoir de neutralité

Cette fonctionnaire avait été nommée sur un poste à salaire identique mais à moindre responsabilité. Estimant que cette mutation était une « sanction déguisée et qu’elle n’avait commis aucune violation de son devoir de neutralité », Nadine Lalanne avait saisi la justice.

Si le Cnef « salue la décision du tribunal », il « regrette cependant qu’il ne se soit pas prononcé sur le fond à savoir la possibilité pour les fonctionnaires d’exercer leur liberté de conscience dans le cadre des relations privées qu’ils entretiennent avec leurs collègues ».

Cette instance représentative des évangéliques de France souhaite « continuer de mettre au cœur de ses missions la vigilance sur l’application de la liberté de conscience, d’expression et de religion », poursuit la note.

« Garde-fou républicain »

Le Cnef, qui fédère 70 % des évangéliques en France, s’était alors positionné en « garde-fou républicain pour provoquer une prise de conscience, éviter l’autocensure des chrétiens, assurer une information objective ».

Au cours des deux dernières années, une série de brochures ont été réalisées et envoyées pour servir d’outils aux communautés locales, déclinant en plusieurs volets des clés pour s’exprimer librement dans différents contextes de l’espace public : à l’école, à l’université ou encore au travail. Le Cnef souhaite désormais poursuivre la diffusion de ces fascicules au-delà du monde évangélique, chez les catholiques par exemple.

En 2015, la « Convention » du Cnef avait précisément porté sur le thème de la liberté de pouvoir dire sa foi publiquement, parfois mise à mal, selon les évangéliques, par une vision « restrictive » de la laïcité.

La Croix du 31.01.2017







 



 

 

 

 

François LEFORT


Le P. Lefort demande la révision de sa condamnation pour pédophilie

La Cour de cassation se penche le lundi 20 février sur la demande de révision du P. Lefort, condamné à huit ans de prison en 2005 pour pédophilie.
L’avocat général devait réclamer le rejet de cette demande.
De quelle affaire s’agit-il ?
L’affaire commence en 1995, quand le P. François Lefort est accusé de pédophilie par un groupe de jeunes dans un foyer pour enfants des rues au Sénégal. Après dix ans d’instruction et trois semaines de procès, il est condamné en 2005 à huit ans de prison par la cour d’assises de Nanterre pour viol, agressions sexuelles par personne ayant autorité et corruption envers des mineurs et de jeunes adultes. Six victimes sont alors reconnues.
Tout en clamant son innocence, le prêtre ne fait néanmoins pas appel de cette décision. Incarcéré, il bénéficie d’une libération conditionnelle en 2009. En 2010, il dépose une première demande de révision, apportant des éléments – dont son passeport – montrant selon lui qu’il n’était pas présent sur les lieux de la principale agression. Mais la demande est rejetée, la cour considérant notamment que ces documents ne concernent qu’une seule des six victimes.
Actuellement curé de la paroisse de Saint-Pal-en-Chalencon (Haute-Loire), le prêtre continue de se dire innocent, comme il l’avait fait avec la publication d’un livre en 2012.
Que s’est-il passé hier ?
Comme il l’avait annoncé avant l’été, le prêtre a déposé une ¬deuxième demande de révision sur laquelle la Cour de cassation s’est penchée hier. À l’appui de cette requête, il apporte des témoignages de victimes se rétractant. « Trois des six victimes se sont rétractées et pour la quatrième, il y a le passeport qui montre que le père n’était pas sur place, résume son avocat, Me Philippe Sarda. Dans ce dossier, il n’y a plus que les victimes de tentatives de corruption, et encore. » L’avocat demande donc l’ouverture d’une procédure de révision. « Il faut conduire des investigations supplémentaires concernant les nouveaux témoignages, poursuit-il. Mon client a toujours souffert d’une présomption de culpabilité dans un dossier jugé avant Outreau. » Sous-entendu : à une époque où la parole des victimes était toujours considérée comme vérité.
Que peut décider la justice ?
La décision de la Cour devait être mise en délibéré hier. L’avocat général, lui, devait demander au juge de déclarer la requête irrecevable, selon plusieurs sources. « Sur les trois prétendues rétractations, deux n’ont en réalité jamais eu lieu », relève l’avocat Jean-Baptiste Moquet, présent au procès de 2005 et qui représente aujourd’hui l’association La Voix de l’enfant. Il y aurait en effet des erreurs, ou au moins des incertitudes, sur l’identité des personnes ayant produit ces nouveaux témoignages et les conditions dans lesquelles ceux-ci ont été recueillis. « Dans ce dossier, il y a eu des pressions, des manipulations, des offres de compensation, mais les faits, eux, accablent le père », poursuit l’avocat, évoquant les « accusations constantes des enfants » ainsi que les revues et cassettes pornographiques retrouvées dans sa chambre et dans sa cuisine.
Contacté par La Croix avant l’été, le diocèse préférait ne pas s’exprimer dans cette affaire, tant que la procédure de révision n’était pas ouverte.

La Croix du 20.02.2017
 




 

 

 

 

LIBERTE D'EXPRESSION


Le Bien Public du 17.02.2017




 

 

 

 

MANIPULATION


L’homme formaté, manipulations commerciales, médiatiques et professionnelles

• en PDF : l’homme formaté red 3.2

•en Epub : l’homme formaté 3.3 epub

La littérature étiquetée « manipulation mentale » se trouve à foison dans les librairies. Si l’on écarte les manuels de psychologie, cette littérature prend parfois l’aspect de coaching pour lutter contre les techniques des manipulateurs ou pour apprendre ces techniques, l’excuse éthique étant « manipuler pour ne plus être manipulé » ou « manipuler les manipulateurs» .
Ces livres prennent en exemple des situations ponctuelles et individuelles, dans lesquelles il s’agit de renverser le pouvoir : soit arrêter le manipulateur et empêcher son emprise ; soit prendre sa place dominante.

Ce ne sera pas notre point de vue.

Cet ouvrage n’est pas non plus un manuel, ni un essai. Le terme le plus vraisemblable pour le désigner serait « Anti-manuel » .

Nous parlerons de manipulation mentale via trois domaines fortement imbriqués : le commercial, avec ses marques, ses produits, ses magasins et ses techniques de vente ; les médias, tout particulièrement la télévision ; et le travail, à travers le prisme de l’expérience de Milgram, dont l’expérience essentielle introduira cet ouvrage.

Nous sommes tous consommateurs, spectateurs, et travailleurs. Même les chômeurs et les étudiants ne sont considérés qu’en fonction du travail, l’un étant en recherche d’emploi, l’autre en préparation de son emploi.
Ces trois domaines que nous aborderons, tentent de nous influencer, nous orienter, nous convaincre, nous persuader, nous séduire et enfin de nous manipuler afin de nous exploiter : il s’agit là de pomper nos ressources financières (le commercial), nos ressources attentionnelles (les médias) et enfin nos ressources physiques et mentales (le travail). Ce n’est pas une manœuvre qui se fait en un clin d’œil, car nous zappons, nous changeons de marque de produit, nous n’acceptons plus le statut d’esclave. Alors les structures ont rivalisées d’astuces, au fil du temps, pour nous faire dépenser plus que ce dont nous avons besoin, pour nous scotcher devant l’écran plus que de raison, pour nous faire travailler comme des esclaves mais sans qu’on le perçoive ainsi. Notre comportement s’est modelé, transformé à la faveur des structures exploitantes : nous voici formatés.

C’est ce formatage qui sera ici notre finalité d’étude, car il impacte toute la société, empêche l’évolution, bride les comportements et les élans qui pourraient être profitables à l’individu, son entourage et toute la société. Cependant, malgré l’obscurité de thèmes que nous aborderons, nous avons eu le plaisir de constater que le « non » au formatage a déjà bien commencé, que certains individus isolés ou en groupe se sont d’ores et déjà libérés des laisses
mentales des structures exploitantes, dans un domaine ou un autre.

Mais pour comprendre le formatage, il faut d’abord comprendre comment on est influencé puis manipulé, à savoir comment les structures exploitantes se basent sur notre fonctionnement, physique et mental, en percent les failles ou en détournent les objectifs, et s’y infiltrent pour nous guider sur la voie qui les arrangent. Une grande partie de cet ouvrage décortiquera les techniques de persuasion, les processus sur lesquels elles se basent (les fameuses failles qui sont également des atouts dans d’autres contextes). À l’instar des tours de magie dont on connaîtrait les « trucs » , la compréhension des situations de manipulations peut être une bonne prévention contre certaines techniques.

Bien que nous ayons rédigé ces plusieurs centaines de pages sur le sujet, nous ne nous considérons pas à l’abri des influences, des manipulations ou du formatage : au contraire, c’est parce que nous savons pertinemment que nous courrons sans cesse le risque d’être exploité, manipulé et transformé, que nous avons consacré tant de travail bénévole à la question. Se croire au-dessus de ces techniques d’influence, se croire capable de résister à l’autorité serait le meilleur moyen d’être manipulé à souhait. Il n’y a pas d’exception, l’être humain est ainsi fait que ses plus beaux mécanismes de fonctionnement peuvent être utilisés à son encontre. Si intelligent, si cultivé ou si raisonnable soit-il, l’humain peut être poussé à tuer quelqu’un (l’expérience de Milgram). Nul besoin d’être un psychopathe, un sociopathe ou avoir une quelconque pathologie : notre normalité suffit à nous faire obéir à des ordres meurtriers.

Cet ouvrage n’est pas rallié à un parti politique, ni quelconque drapeau ou mouvement. Le seul ralliement est celui avec Hacking social, dont nous sommes également les auteurs. Nous n’avons pas d’autre but que de partager nos recherches avec vous et nous espérons qu’elles puissent vous être utiles. Nous l’espérons accessible à tous, nous espérons qu’il puisse servir au quotidien. Nous ne prétendons pas faire avancer la réflexion ni apporter
quelque chose de nouveau : nous avons simplement trié les informations, les recherches, nous avons tenté de clarifier cet aspect mécanique de la société pour aider à l’action, aider à y voir plus clair.

Cet ouvrage est gratuit et doit le rester. Son contenu est libre d’utilisation, du moment que les sources sont citées et que le contenu n’est pas transformé sans demande.

Dernier détail.

Nous sommes pragmatiques : nous n’avons ici exploré que les horizons les plus proches des individus, des horizons que chacun d’entre nous peut observer, décortiquer puis contrer s’il y a tentative d’exploitation par manipulation mentale. L’action, vous le verrez, peut être extraordinairement simple pour démanteler de puissants formatages. La difficulté réside principalement dans la décision de se défaire de certains formatages, ceux-ci étant aussi moelleux qu’une couette lorsque l’on est épuisé et qu’il fait froid. Mais ce ne sera pas notre propos, car personne ne peut vous retirer la couette. Celui qui s’octroierait le droit de vous arracher la couette ne vaudrait pas mieux que ceux qui vous ont incités à vous y nicher. Nous fournissons avec cet ouvrage que quelques outils, quelques matériaux permettant d’observer d’une manière différente la couette. Vous êtes libre de les saisir ou non.

Bonne lecture ! »

l'homme formaté hacking social

Lire la suite :
• en PDF : l’homme formaté red 3.2

•en Epub : l’homme formaté 3.3 epub

PS : Autre détail, on ne compte pas le faire imprimer : par souci de gratuité totale, parce qu’on suppose qu’aucun éditeur ne pourrait le diffuser en l’état (le contenu leur poserait/causerait des problèmes, notamment juridique – il y aurait donc de grosse coupes), parce que le faire imprimer nous-même demanderait un investissement financier très important et qu’il faudrait être certain que les ouvrages partent (sinon on risque à tout moment de mourir écraser sous une pile de pavé 😀 ), parce que cela nécessite un énorme travail de gestion (et que nous préférons consacrer notre temps aux articles et vidéos), etc… Donc pour le moment l’ouvrage va se balader numériquement, j’invite ceux qui le veulent en papier à le survoler pour vraiment jauger de la nécessité ou non de l’avoir en papier. La possibilité papier n’est cependant pas fermée, peut être qu’un jour on trouvera (ou vous trouverez :D) une solution.

http://www.hacking-social.com/2015/05/28/lhomme-formate-manipulations-commerciales-mediatiques-et-professionnelles/

28 mai 2015


 




 

 

 

 

MEDJUGORJE


Medjugorje: le pape nomme un « envoyé spécial »

Approfondir la situation pastorale et les besoins des pèlerins

Medjugorje (Bosnie Herzégovine), église Saint-Jacques © Wikimedia commons/Mariusz Musiał
Le pape François a nommé un « envoyé spécial du Saint-Siège » pour le sanctuaire de Medjugorje, en Bosnie Herzégovine, le 11 février 2017. Il s’agit de Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga en Pologne, dont la mission sera pastorale. Cette décision fait suite aux conclusions de l’enquête demandée par le Vatican sur les phénomènes d’apparitions mariales présumées en ce lieu.
Mgr Hoser, précise un communiqué du Saint-Siège, devra « acquérir des connaissances approfondies sur la situation pastorale de cette réalité et surtout sur les besoins des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage et, sur cette base, suggérer d’éventuelles initiatives pastorales pour l’avenir ».
La mission, qui aura « un caractère exclusivement pastoral », durera quelques mois : Mgr Hoser, qui continuera à avoir la charge du gouvernement de son diocèse, achèvera son mandat « d’ici l’été prochain ».
En 2010, le pape Benoît XVI avait créé une Commission d’enquête internationale, au sein de la Congrégation pour la doctrine de la foi. La responsabilité de statuer sur ces apparitions présumées qui auraient commencé en 1981, passait ainsi de la juridiction de l’évêque local à celle de la congrégation romaine.
En juin 2015, le pape François a annoncé lui-même, lors d’une conférence de presse de retour de Sarajevo, que les conclusions de l’enquête lui avaient été récemment remises.
Rappelons que selon une lettre de la Congrégation pour la doctrine de la foi – signée par Mgr Tarcisio Bertone, alors secrétaire du dicastère – à Mgr Gilbert Aubry (Saint-Denis de La Réunion) du 26 mai 1998 – , « en ce qui concerne les pèlerinages à Medjugorje qui se déroulent de manière privée, cette Congrégation retient qu’ils sont permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements en cours et qui demandent encore un examen par l’Église ».

Zenit du 11.02.2017
 

Le pape nomme un envoyé spécial à Medjugorje

Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, a été chargé samedi 11 février par le pape François de se rendre sur ce lieu de pèlerinage situé en Bosnie-Herzégovine pour une mission « pastorale ».

Le pape François reprend en main le dossier « Medjugorje » en désignant l’archevêque de Varsovie-Praga (Pologne), Mgr Henryk Hoser, comme son « envoyé spécial » du Saint-Siège dans le sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine qui attire chaque année un million de visiteurs.

Cet émissaire sera chargé non pas d’y mener un complément d’enquête sur la nature des apparitions mariales présumées qui s’y tiendraient depuis 1981, mais bien un état des lieux au caractère « exclusivement » pastoral. C’est ce qu’indique un communiqué diffusé samedi 11 février par le Bureau de presse du Saint-Siège.

La mission de l’envoyé pontifical, précise la note, « aura pour objectif l’acquisition de connaissances plus approfondies sur la situation pastorale de cette réalité et, surtout, sur les exigences des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage, afin de suggérer d’éventuelles initiatives pastorales pour l’avenir ».

En juin 1981, six enfants et adolescents bosniens ont raconté avoir été témoins de l’apparition de la Vierge. Elle réapparaîtrait quotidiennement à certains de ces témoins devenus adultes. Depuis, touristes et pèlerins accourent en masse, constituant une manne touristique.

Pas d’enquête supplémentaire sur la question doctrinale

L’envoyé spécial, dont la mission doit s’achever d’ici l’été, ne sera donc pas chargé de trancher sur la véracité des apparitions, question doctrinale qui revient à laCongrégation pour la doctrine de la foi.

Cet envoi pourrait aller dans le sens de l’hypothèse évoquée en juillet dernier au Vatican concernant la possible nomination d’un administrateur apostolique pour le sanctuaire marial, dont la gestion est actuellement aux mains d’une communauté franciscaine.

Face aux controverses suscitées par ces présumées apparitions mariales quotidiennes, plusieurs enquêtes ont été menées. Le dernier rapport de la commission mise en place en 2010 par Benoît XVI et menée par le cardinal Camillo Ruini a été remis au pape en 2014, mais ce dernier n’a fait aucune annonce depuis.

Oppositions entre les franciscains et le diocèse

Un conflit oppose depuis longtemps les franciscains en charge de la paroisse sur le territoire de laquelle ont lieu les apparitions et le diocèse de Mostar. L’évêque actuel, Mgr Ratko Peric, tout comme son prédécesseur, n’ont pas reconnu ces apparitions, d’où des difficultés pastorales importantes au niveau local.

La commission avait proposé des solutions pour apaiser ces tensions, comme la transformation de la paroisse de Medjugorje en sanctuaire dépendant directement du Saint-Siège, ou la séparation du lieu des apparitions présumées du diocèse de Mostar. Si les conclusions du rapport n’avaient pas été publiées, il était apparu que cette commission avait suggéré un avis favorable sur le début du phénomène, suspendant son jugement pour tout ce qui était arrivé ensuite.

À plusieurs reprises, le pape s’est exprimé contre l’idée de la Vierge « chef de bureau de poste, qui envoie chaque jour une lettre différente », un message perçu comme une invitation à la prudence face à ces apparitions non reconnues par l’Église, contrairement à Lourdes ou Fatima, par exemple.

Il l’a redit devant les supérieurs généraux des ordres et congrégations religieuses masculins, le 25 novembre dernier à Rome, selon la retranscription parue le 9 février dans le 4000e numéro de la revue jésuite La Civiltà cattolica. « Cette mode de la Vierge superstar comme une protagoniste qui se met elle-même au centre, ce n’est pas catholique », avait-il souligné.

La Croix du 11.02.2017

Le pape met en garde les fidèles attachés aux messages venant de Medjugorje

Le pape François a mis en garde mardi 9 juin 2015 les croyants suspendus à « la lettre que la Vierge enverra à 16 heures ».

Cette nouvelle prise de parole à propos de Medjugorje prépare la décision que la Congrégation pour la doctrine de la foi rendra prochainement sur le cas des « apparitions » dans la ville d’Herzégovine.

Célébrant la messe mardi 9 juin à la Maison Sainte-Marthe, au Vatican, le pape François a particulièrement mis en garde devant la tentation d’une « spiritualité chrétienne un peu éthérée », nommant « ceux qui toujours ont besoin de nouveauté dans l’identité chrétienne » et qui se demandent : « mais où sont ces voyants qui nous racontent aujourd’hui la lettre que la Vierge enverra à 16 heures ? Et ils vivent de cela. Cela n’est pas l’identité chrétienne ».

Le pape François a ajouté : « La dernière parole de Dieu s’appelle Jésus, rien de plus. »

« D’aucuns seront étonnés par ces paroles », a estimé le P. Salvatore Perrella Maria, doyen de la Faculté de théologie pontificale Marianum et membre de la commission instituée par Benoît XVI pour enquêter sur les apparitions de Medjugorje,rapporte l’Avvenire, le journal de l’épiscopat italien. « Mais le pape prépare les esprits à la décision qui sera prise concernant Medjugorje » a poursuivi le religieux (Servite de Marie), qui enseigne la théologie dogmatique et la mariologie. « Nous avons travaillé avec rigueur et sérieux », assure-t-il.

Invitation à la prudence face aux apparitions trop régulières de la Vierge

Quelques mois après son élection, lors de sa messe matinale déjà, le pape François avait invité à la prudence face aux apparitions dites régulières de la Vierge. « La Vierge, avait-il lancé, n’est pas le chef du bureau de poste qui enverrait des messages tous les jours. »

Dans la petite localité de Medjugorje, située à 25 kilomètres au sud-ouest de Mostar, la Vierge Marie apparaîtrait régulièrement depuis juin 1981. Parmi les six voyants, certains disent voir encore la Vierge Marie à intervalles réguliers, quotidiennement, tous les mois ou une fois par an. La Vierge leur enverrait aussi des messages.

Dans l’avion qui le ramenait de Sarajevo, samedi 6 juin, le pape François avait rappelé qu’une commission de cardinaux et de théologiens avait travaillé sur la question à compter de mars 2010, à la demande de Benoît XVI (2005-2013). Les travaux de cette commission se sont achevés début 2014 et le pape François a reçu les résultats de cette étude.

Bientôt une prise de position de l’Église

Jugeant qu’il s’agissait d’un « beau travail », le pape François a expliqué aux journalistes que la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) s’apprêtait désormais à rendre son jugement sur ces travaux. C’est probablement le 17 juin prochain, a appris I.MEDIA, que les cardinaux et évêques membres de la CDF se pencheront sur la question. Après l’étude du dossier par la CDF, le pape annonçait des « décisions » à venir.

Jusqu’à aujourd’hui, le Vatican s’est chargé de donner quelques indications aux évêques sur la conduite à tenir vis-à-vis du sanctuaire marial, sans pour autant se prononcer sur la validité des apparitions mariales. Si les démarches privées ne peuvent être interdites, les pèlerinages officiels sont en revanche prohibés.

Officiellement, pas de certitude sur l’origine surnaturelle des événements de Medjugorje

Le développement du sanctuaire controversé n’a fait qu’aggraver un vieux conflit entre le clergé local en Bosnie-Herzégovine et les franciscains, particulièrement présents dans le pays et attachés à Medjugorje.

À ce jour, la position officielle de l’Église catholique repose sur la « Déclaration de Zadar » de la Conférence épiscopale de l’ex-Yougoslavie en 1991. Elle stipulait qu’il n’y avait pas de certitude sur l’origine surnaturelle des événements de Medjugorje.

La Croix du 10.06.2015

Medjugorje : la décision de Rome se fait toujours attendre

Avant de rendre publiques les conclusions du rapport d’enquête sur les apparitions présumées dans ce sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine, le pape a nommé, samedi 11 février, un envoyé spécial pour évaluer la situation sur place.

Pourquoi le pape a-t-il nommé un envoyé spécial à Medjugorje ?

Alors que le Vatican n’a toujours pas statué sur l’authenticité des apparitions mariales à Medjugorje, le pape a dépêché sur place un envoyé spécial pour évaluer la situation pastorale, samedi 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes, date hautement symbolique dans la vie de l’Eglise. De fait, près d’un million de pèlerins se rendent chaque année dans ce sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine, où, selon les six voyants, la Vierge apparaîtrait encore tous les soirs. Un chiffre considérable au regard des autres sanctuaires mariaux « officiels » et que l’Eglise ne peut ignorer, quelle que soit sa décision.

Mgr Henryk Hoser, l’archevêque de Varsovie-Praga (Pologne), aura donc pour mission de réunir, d’ici à l’été prochain, des informations « plus approfondies sur la situation pastorale de cette réalité et, surtout, sur les exigences des fidèles qui s’y rendent en pèlerinage, afin de suggérer d’éventuelles initiatives pastorales pour l’avenir ». Sa mission ne concernera nullement en revanche le volet doctrinal, qui relève de la Congrégation pour la doctrine de la foi.

Pourquoi l’Église ne s’est-elle pas encore prononcée ?

Elle s’est déjà prononcée à vrai dire, avec la déclaration des évêques de l’ex-Yougoslavie en 1991. « Sur la base des recherches effectuées, affirmait-elle, il n’est pas possible d’établir qu’il y a eu des apparitions ou des révélations surnaturelles. » L’Église en est restée à cette position et, si les démarches privées ne peuvent être interdites, les pèlerinages officiels sont en revanche prohibés.

Pour aller plus loin, Benoît XVI a mis en place en 2010 une commission d’enquête. Pilotée par le cardinal italien Camillo Ruini, elle a remis son rapport au pape François en janvier 2014. Plusieurs sources avancent que cette commission aurait suggéré un avis favorable sur le début du phénomène uniquement, suspendant son jugement pour tout ce qui est arrivé par la suite.

Mais depuis, le pape François n’a fait aucune annonce. Interrogé par la RAI samedi sur ce silence, le cardinal Ruini a évoqué deux raisons. D’une part, « le phénomène est présenté comme toujours en cours, du moins pour ce que l’on nous en dit ». D’autre part, ce dossier est « très complexe » : « Qui l’a analysé dans les détails le sait… », a-t-il ajouté, énigmatique.

Même si, depuis 1981, de nombreux pèlerins témoignent de conversions, de guérisons ou de la naissance d’une vocation, le phénomène Medjugorje présente plusieurs zones d’ombre : intérêts financiers engendrés par le tourisme (1), désobéissance et comportements déviants de certains franciscains qui ont accompagné les voyants (Tomislav Vlasic, leur directeur spirituel renvoyé de l’état clérical en 2009)… Medjugorje s’inscrit aussi dans le contexte plus large du bras de fer qui oppose depuis un siècle la province franciscaine d’Herzégovine et les évêques locaux.

Que pourrait faire le pape ?

La nomination de Mgr Hoser pourrait aller dans le sens de l’une des hypothèses évoquées en juillet dernier au Vatican : la possible création d’une prélature territoriale avec un administrateur apostolique. Medjugorje serait alors géré directement par Rome

À plusieurs reprises, le pape François a pris ses distances à l’égard de l’idée d’une Vierge Marie « chef de bureau de poste, qui envoie chaque jour une lettre différente ». « Il ne retient pas comme approprié le mode dont les apparitions sont présentées, avec un horaire déterminé et tous ces détails qui semblent donner l’impression que la Vierge agit sur commande », a confirmé samedi le cardinal Ruini à la RAI. « Le pape prépare les esprits à la décision qui sera prise concernant Medjugorje », affirmait déjà en juin 2015le P. Salvatore Perrella Maria, membre de la commission d’enquête, dans l’Avvenire, le journal de l’épiscopat italien.

(1) 3 milliards d’euros en trente ans, selon l’enquête Vencel Čuljak, premier économiste à avoir étudié le fonctionnement économique du sanctuaire de Medjugorje.

La Croix du 13.02.2017

«La mode de la Vierge Marie superstar… n’est pas catholique», affirme le pape

La JMJ 2019 avec «la vraie Vierge Marie»
Le pape François soutient le « thème marial » des prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse en 2019, au Panama. Mais il précise qu’il s’agit de la « vraie Vierge Marie » : de « celle qui enfante Jésus dans nos cœurs, qui est Mère ».
Cette précision du pape François a été faite durant l’échange avec des 140 supérieurs généraux de congrégations religieuses masculines, au Vatican, le 25 novembre 2016, dans le cadre de la 88e Assemblée générale de l’Union des supérieurs généraux (USG), à Rome. L’échange, resté jusqu’ici privé, a été publié par L’Osservatore Romano dans son édition en italien du 10 février 2017.
« La vraie Vierge Marie », répète le pape, pas « la Vierge d’un bureau de poste qui envoie chaque jour une lettre différente, en disant: « Mes enfants, vous faites cela et puis, le lendemain, vous faites autre chose. » « Non, pas cela », insiste le pape François.
« Cette mode de la Vierge Marie superstar, comme une protagoniste qui se met au centre, n’est pas catholique », affirme-t-il.
Le « thème marial » pour les prochaines JMJ a été proposé par les pays de L’Amérique latine. « Ils ont demandé ceci: une forte présence mariale », raconte le pape. « Il est vrai que l’Amérique latine est très mariale, poursuit-il, et pour moi, cela semble être une très bonne chose. Je n’ai pas d’autres propositions, et je suis très heureux. »

Zenit du 09.02.2017

 




 

 

 

 

MORMONS DISSIDENTS


Secte Bountiful : Brandon et Gail Blackmore coupables de déplacement de mineure

Brandon Blackmore et Gail Blackmore, de la communauté polygame de Bountiful en Colombie-Britannique, ont été reconnus coupables vendredi matin par la Cour provinciale de Cranbrook d'avoir déplacé illégalement une fille de 13 ans aux États-Unis dans le but de commettre des contacts sexuels violant le Code criminel.
Le juge Pearlman a confirmé vendredi que, selon lui, il n'y avait aucun doute sur les intentions de Brandon Blackmore et de sa femme Gail Blackmore. Il est, pour lui, évident qu’ils ont déplacé illégalement une jeune fille de 13 ans du Canada aux États-Unis pour la marier au prophète d’une secte fondamentaliste et dans le but de faciliter des contacts sexuels.
Il s’agit d’actes violant l’article du Code criminel qui interdit les contacts sexuels et l’incitation à des contacts sexuels avec des mineurs.
En 2004, le prophète Warren Jeff, 48 ans, est entré en contact avec Brandon Blackmore pour que ce dernier lui conduise la jeune fille de 13 ans qu’il planifiait d’épouser.
Le troisième accusé impliqué dans ce procès, James Marion Oler, a été acquitté. Selon le juge Pearlman les preuves de l’implication de James Marion Oler dans l’enlèvement d’une autre fille de 15 ans destinée à être mariée à un homme d’une autre secte américaine n’étaient pas suffisantes.
James Marion Oler fait, toutefois, toujours face à des accusations de polygamie. Au même titre que Winston Blackmore, le chef religieux de la communauté polygame de Bountiful dans le sud-est de la Colombie-Britannique.
Le procès sera entendu au printemps.

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1014828/secte-bountiful-brandon-blackmore-gail-blackmore-coupables
03.02.2017

Dans l'Utah, une manifestation pour la polygamie

Environ 200 personnes ont participé vendredi à une manifestation dénonçant un projet de loi anti-polygamie à Salt Lake City, dans l'Utah.
«J'aime toutes mes mamans.» Voilà un des slogans que brandissaient quelques enfants parmi la foule rassemblée devant le capitole de Salt Lake City, la capitale de l'Etat américain de l'Utah, vendredi. Selon le «Salt Lake Tribune», environ 200 personnes ont participé à ce rassemblement, organisé pour dénoncer un projet de loi qui vise à aggraver les sanctions contre la polygamie. Selon des documents cités par l'Associated Press, il y aurait actuellement environ 30 000 polygames dans l'Utah. Cette pratique est un héritage de la religion mormone, qui survit en dépit de son abandon par l'Eglise de Jésus Christ des Saints des Derniers jours, qui la condamne désormais sévèrement.
Une star de la téléréalité à la rescousse
Parmi les participants à la manifestation se trouvait Kody Brown, célèbre polygame et star de la téléréalité avec son émission «Sister Wives», qui met en scène la vie quotidienne de ses quatre épouses et de leurs 18 enfants. La notoriété de l'émission avait relancé le débat sur la polygamie dans cet Etat ultra-conservateur. Selon Brown, l'interdiction de la polygamie contraint les familles polygames à vivre dans la peur et à craindre tout contact avec les autorités, y compris dans des cas d'urgence. Kody Brown et ses femmes avaient quitté l'Utah pour le Nevada après une enquête policière.
Des défenseurs d'un durcissement de la législation, notamment des femmes qui avaient réussi à fuir l'emprise sectaire de prétendues familles polygames, étaient présents face aux manifestants. Selon Pam Jenson, citée par le «Tribune», «la pression religieuse» pour maintenir les familles polygames «existe toujours».

http://www.parismatch.com/Actu/International/Dans-l-Utah-une-manifestation-pour-la-polygamie-1186487
11/02/2017


 




 

 

 

 

ORDRE DE MALTE


Guerre de communiqués entre le Vatican et l’Ordre de Malte

Depuis décembre, les deux institutions catholiques ne se parlent plus que par communiqués acrimonieux. Une querelle qui embrase la presse religieuse.
Le torchon brûle entre le Vatican et l’Ordre de Malte. Au point que, depuis décembre, ces deux vénérables institutions catholiques ne se parlent plus que par communiqués acrimonieux, le dernier ayant été publié par le Saint-Siège mardi 17 janvier.
Cette soudaine querelle embrase d’autant plus la presse catholique qu’elle pourrait se superposer à une autre, aussi vive, faite au pape par un groupe de cardinaux conservateurs qui lui reprochent d’être sorti du strict cadre de la doctrine dans son exhortation apostolique sur la famille en ouvrant l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés.
Le déclenchement de l’affaire remonte au 6 décembre 2016. Ce jour-là, comme l’a raconté le quotidien catholique La Croix, le grand maître de l’Ordre souverain de Malte, fra' Matthew Festing, a exigé la démission de son grand chancelier (l’un des principaux responsables du gouvernement de l’Ordre), l’Allemand Albrecht von Boeselager. Devant le refus du grand chancelier d’obtempérer, le grand maître finit par le démettre de ses fonctions.
La raison de cette éviction ? Selon l’hebdomadaire catholique britannique The Tablet, elle serait à rechercher dans les préservatifs qu’Albrecht von Boeselager aurait distribués à des malades du sida pour prévenir des contaminations, du temps où il était responsable des questions humanitaires de l’organisation.
Fondé en 1048 à Jérusalem et actif dans quelque cent vingt pays
L’Ordre de Malte, dont l’origine remonte aux Croisades et qui a été fondé en 1048 à Jérusalem, est actif dans quelque cent vingt pays, où ses membres et bénévoles gèrent notamment des hôpitaux et des dispensaires. L’Allemand aurait expliqué dans un courriel avoir été limogé car trop « libéral ».
Le 22 décembre, le pape François avait demandé à une commission constituée de cinq prélats d’enquêter sur cette éviction. Le lendemain, l’Ordre religieux laïque avait, dans un communiqué, déclaré « inacceptable » cette décision du pontife argentin, le limogeage du grand chancelier étant « un acte de gouvernement interne de l’Ordre souverain de Malte et, par conséquent, relev [ant] uniquement de sa compétence ». L’Ordre est en effet un sujet de droit international (sans territoire), reconnu par plus d’une centaine d’Etats et régi par une charte constitutionnelle.
Le 10 janvier, le site de l’Ordre publiait un nouveau communiqué « en réponse aux activités menées par un groupe nommé par le secrétaire d’Etat [numéro 2] du Vatican ». Il y affirmait « l’insignifiance légale de ce groupe » et son intention de ne « pas coopérer avec lui ». Mardi 17 janvier, un communiqué du Saint-Siège, cette fois, a « confirmé » sa « confiance » dans les cinq membres du groupe nommé par le pape François « afin de l’infirmer sur la crise de la direction centrale actuelle de l’Ordre », priée de coopérer.
En outre, le texte rejette « toute tentative de discrédit sur les membres de ce groupe ». Cette dernière formule semble répondre à une lettre de fra' Matthew Festing à des membres de l’Ordre, divulguée par The Tablet, dans laquelle il accuse trois des membres de la commission d’être liés à « un fonds à Genève », ce qui les disqualifierait pour une mission impartiale.
Controverse sur les divorcés remariés
Déjà inusuel en soi, ce duel au grand jour vient se greffer sur une controverse dans l’Eglise sur les divorcés remariés, ancienne puisqu’elle avait nourri des mois de débats en 2014-2015 lors des deux synodes de l’Eglise catholique sur la famille, mais qui a repris de l’acuité fin 2016. En novembre, le vaticaniste Sandro Magister avait rendu publique une lettre adressée au pape François. Signée par quatre cardinaux connus pour leurs positions conservatrices, exprimées notamment à l’occasion des synodes, elle demandait au pontife de faire la lumière sur cinq points considérés comme obscures de son texte magistériel sur la famille, Amoris Laetitia.
Ces « dubia » (doutes, en latin) concernaient en particulier l’accès aux sacrements des divorcés remariés. Pour de nombreux lecteurs, Amoris Laetitia leur ouvrirait désormais cette possibilité dans certaines conditions. Cette innovation heurte les plus conservateurs. Le pape François n’a semble-t-il pas répondu à cette lettre. En revanche, dans un entretien au quotidien catholique l’Avvenire, il a critiqué « un certain rigorisme » concernant la famille : « Certains ne comprennent toujours pas, pour eux tout est blanc ou tout est noir, même si la vie aide à discerner. »
Le 30 novembre, lors de la journée mondiale contre le sida, il a par ailleurs appelé à ce que « tous adoptent des comportements responsables pour prévenir une propagation ultérieure de cette maladie ».
Or l’un des cardinaux auteurs de la lettre sur les dubia, le cardinal Raymond Burke, était présent le 6 décembre, au côté de fra' Matthew Festing, lors du limogeage d’Albrecht von Boeselager. Cet ultra-conservateur revendiqué avait été écarté de la curie par le pape François en 2014 et envoyé comme représentant auprès de l’Ordre de Malte – un poste essentiellement honorifique. Dans l’Eglise, la bataille de la famille continue.

Le Monde du 17.01.2017

Le Saint-Siège salue le « travail remarquable » de l’Ordre de Malte
Et dit sa confiance dans la commission mise en place pour affronter la crise

« En ce qui concerne les événements de ces dernières semaines relatifs à l’Ordre Souverain Militaire de Malte, le Saint-Siège tient à réitérer son soutien et ses encouragements pour le travail remarquable ques ses membres et ses bénévoles réalisent en diverses parties du monde », déclare un cmmuniqué de la salle de presse du Saint-Siège publie en français, en anglais et en italien, ce mardi 17 janvier 2017. Il dit aussi sa confiance dans la commission pontificale mise en place en décembre dernier.
Un travail accompli, précise le Saint-Siège « en conformité avec les objectifs de l’Ordre: la “Tuitio Fidei” (défense de la foi) et l’ “Obsequium pauperum” (services des pauvres, des malades et des personnes les plus vulnérables) ».
Il affirme aussi la « confiance » du Saint-Siège dans les cinq membres de la Commission récemment nommée par le pape: « Pour soutenir et déveloper cette mission généreuse, le Saint-Siège confirme la confiance qu’il met dans les cinq Membres du Groupe nommés par le Pape François, le 21 décembre 2016, afin de l’informer sur la crise de la Direction centrale actuelle de l’Ordre, et il rejette, au vu de la documentation en sa possession, toute tentative de discrédit sur les Membres de ce Groupe et sur leur travail. »
« Le Saint-Siège espère la pleine coopération de tous dans cette étape délicate et attend le rapport dudit Groupe pour adopter, dans les domaines de sa compétence, les mesures propres à assurer le bien de l’Ordre Souverain Militaire de Malte et de l’Eglise », conclut le communiqué.
Rappelons que le pape François a décidé d’ouvrir une enquête après la suspension de l’appartenance à l’Ordre de Malte – donc de toutes ses responsabilités – du Grand Chancelier, Albrecht von Boeselager (Allemagne). Une commission de cinq membres est chargée de cette enquête, a annoncé le Saint-Siège le 22 décembre 2016.
« Dans sa sollicitude pour l’Ordre souverain militaire de Malte », qui compte parmi ses fins « le service de la foi et du Saint-Père », peut-on lire dans ce communiqué du 22 décembre 2016, le pape François a constitué un groupe de cinq membres « faisant autorité ». Il s’agit de Mgr Silvano M. Tomasi, ancien représentant du Saint-Siège à l’ONU à Genève, du jésuite Gianfranco Ghirlanda, un canoniste, tous deux italiens, et de trois laïcs : Jacques de Liedekerke (Belgique), Marc Odendall (Genève) et Marwan Sehnaoui (Liban).
Les membres sont chargés de « recueillir des éléments aptes à informer le Saint-Siège de manière complète et dans les meilleurs délais sur l’affaire qui a récemment concerné le Grand chancelier Albrecht von Boeselager », précise la note. Ce dernier a cessé d’occuper son poste le 8 décembre, après une procédure disciplinaire déclenchée à son encontre.
Dans un communiqué publié le 13 décembre dernier, le Grand Maître de l’Ordre, Fra’ Matthew Festing (Royaume-Uni), faisait état de « graves problèmes ayant eu lieu pendant le mandat de Boeselager en tant que Grand Hospitalier » de l’Ordre.
Selon Fra’ Matthew Festing, une « situation extrêmement grave et insoutenable concernant la position d’Albrecht von Boeselager », avait exigé la démission du Grand Chancelier, « ministre des Affaires étrangères » et « ministre de l’Intérieur » de l’Ordre. Albrecht von Boeselager ayant refusé, une procédure disciplinaire a été lancée pour suspendre ses charges.
Lors d’une réunion à Rome le 14 décembre, le Souverain Conseil de l’Ordre hospitalier a nommé Fra’ John Edward Critien (Malte) Grand Chancelier par intérim.
Le Saint-Siège a de son côté affirmé sa volonté de privilégier le « dialogue » et a nié avoir souhaité le limogeage du Grand Chancelier.

Zenit du 17.01.2017

Démission à l’Ordre de Malte, le pape François face à ses adversaires

Le pape a accepté mercredi 25 janvier la démission du grand maître de l’Ordre de Malte avec lequel il était en conflit depuis plus d’un mois. C’est un nouvel épisode de la guerre larvée qui oppose François à certains courants, peu nombreux mais bien organisés.

En obtenant, le 25 janvier, du grand maître de l’Ordre souverain de Malte qu’il démissionne de sa charge, le pape François a marqué un point important contre ceux qui le mettent en cause depuis qu’il a engagé de profondes réformes au Vatican et dans l’Église.

Non que Fra’ Matthew Festing soit un ennemi personnel du pape, mais le conflit qui oppose François à l’Ordre de Malte résume à lui seul toutes les oppositions auxquelles il se heurte dans sa volonté de réforme.

Un grand chancelier accusé

La chronologie des faits (lire plus loin) ne laisse pas en effet de rendre perplexe. Début décembre, le grand maître de l’Ordre exige la démission de son grand chancelier, Albrecht von Boeselager, accusé d’être « un catholique libéral, infidèle aux enseignements de l’Église ».

Présent à cette discussion, le cardinal Raymond Burke, représentant du pape auprès de l’Ordre et, surtout, l’un des principaux opposants à François, menant une guérilla publique contre l’exhortation Amoris laetitia, notamment sur le possible accès aux sacrements de divorcés remariés. Avec trois cardinaux à la retraite, il a ainsi demandé au pape d’éclaircir certains points, manière de le forcer à revenir sur le texte – ce qu’aucun pape n’a fait depuis au moins deux siècles – et d’en amoindrir la portée magistérielle.

Au sein de l’Ordre de Malte, c’est d’ailleurs sur des questions morales que portent les attaques contre Albrecht von Boeselager, accusé notamment d’avoir permis, en 2005, la distribution de préservatifs par l’Ordre en Birmanie.

Une mise en cause des réformes au Vatican

Face au grand maître, l’Allemand explique que l’affaire avait alors été promptement réglée et refuse de démissionner. Soutenu, au moins en silence, par le cardinal Burke, Matthew Festing insiste, soulignant que c’est « la volonté du Saint-Siège ».

Dix jours plus tard, le propre frère d’Albrecht von Boeselager, Georg, est nommé au conseil de surintendance de l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la « banque du Vatican ». Avec deux autres banquiers, il remplace des responsables de l’IOR qui, défendant l’idée de créer un fonds d’investissement du Vatican au Luxembourg auquel s’opposait le pape, avaient dû démissionner en mai 2016.

Les attaques contre Albrecht von Boeselager apparaissent ainsi de plus en plus comme une mise en cause de la réforme des finances du Vatican et ceux qui la mettent en œuvre.

Des obstructions déjà sous Benoît XVI

Déjà, sous Benoît XVI, c’est sur les finances que le Vatican avait été le plus violemment attaqué. L’affaire des « Vatileaks », les fuites de documents depuis le bureau même du pape, démarre ainsi peu après que le pape allemand a engagé un vaste nettoyage des finances du Vatican, et notamment de l’IOR où les scandales se multiplient.

Si l’IOR n’a pas été une structure discutable en tant que telle, des entreprises louches se sont clairement servi de liens personnels avec tel ou tel prélat un peu naïf pour cacher de sales affaires sous le sceau du secret bancaire du Vatican. Prévenu, Benoît XVI a courageusement tenté de mettre fin à ces pratiques mais, au fur et à mesure qu’il progressait, les obstacles se sont multipliés.

Pourtant, plus que les mafias, c’est le système financier lui-même que les papes ont trouvé sur leur chemin. Dès 2009, et son encyclique Caritas in veritate, où il entreprend déjà une mise en cause du système capitaliste, Benoît XVI est soumis à la critique des conservateurs américains.

Des réactions aux prises de position du pape

Mais le discours du pape allemand va être notablement développé et amplifié par son successeur. Dans son exhortation Evangelii gaudium, François s’oppose directement à la « théorie du ruissellement », un des dogmes du libéralisme aux États-Unis. Et dans nombre de ses discours, il n’a de cesse de s’attaquer aux méfaits d’un capitalisme échevelé, au « dieu-argent » qui « corrompt », à l’économie « qui tue ».

Aux États-Unis, un tel discours, remettant en cause les fondements de la libre entreprise américaine, passe mal. François y est décrit comme un pape « marxiste ». Son encyclique Laudato si’ s’y heurte ensuite aux climato-sceptiques poussés par les géants du pétrole.

Les conservateurs américains à l’offensive

Or c’est bien des États-Unis que viennent aujourd’hui les attaques les plus rudes contre le pape. À l’Ordre de Malte, l’affaire des préservatifs birmans a ainsi été mise en avant par l’« Institut Lépante pour la restauration de toutes choses dans le Christ », une officine ultra-conservatrice, spécialisée dans la dénonciation de l’« entrisme gay » dans l’Église et les attaques contre les principales associations de promotion du développement qui interrogent un libéralisme économique sans limite.

Un de ses responsables est le président du Parti républicain en Virginie ; un autre, activiste bien connu des milieux conservateurs américains, dirige aussi l’Alliance pour le Bien commun, présidée par Keith Fournier, diacre du diocèse de Richmond et membre du groupe de soutien catholique constitué par Donald Trump pendant sa campagne.

Le cardinal Burke derrière ces manœuvres

Très influent dans la campagne présidentielle par la manière dont il a diffusé nombre de rumeurs, le site américain Breitbart, fondé par Steve Bannon, aujourd’hui conseiller stratégique de Donald Trump, ne cache pas non plus son hostilité au pape à coups de titres spectaculaires. Dans un entretien au New York Times, son correspondant à Rome expliquait récemment que, ses responsables l’invitaient fortement à écrire sur les opposants au pape, notamment le cardinal Burke, « un ami de M. Bannon » qui lui-même « se méfie » de François.

L’un des enjeux de la bataille médiatique qui s’annonce est de convaincre la très papiste classe moyenne catholique américaine (le pape y rencontre 87% d’opinions favorables, selon une étude publiée la semaine dernière par le Pew American Research Center) que François, déjà ennemi des fondements de la puissance économique américaine, veut s’attaquer à sa valeur la plus sacrée, la famille.

Le cardinal Parolin fidèle soutien du pape

D’où le virulent discours visant à discréditer Amoris laetitia. Ce qui explique sans doute pourquoi Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie et une des cibles favorites des ultra-conservateurs, vient justement d’être dépêché par le pape pour une longue mission aux États-Unis.

Cependant, même s’ils bénéficient de puissants soutiens, les opposants au pape sont peu nombreux à Rome. Ses proches assurent que François n’est d’ailleurs pas inquiet de leurs menées. Il faut dire qu’il en a vu d’autres quand il était archevêque de Buenos Aires et qu’il bénéficie du soutien efficace de son secrétaire d’État, le cardinal Pietro Parolin qui, discrètement et courageusement, a essuyé nombre d’attaques à la place du pape.

La maestria dont François a fait preuve pour gérer la crise avec l’Ordre de Malte, qui sera désormais géré par un délégué pontifical isolant un peu plus le cardinal Burke, montre en tout cas la grande sérénité avec laquelle il aborde les événements.

La crise à l’Ordre de Malte

6 décembre 2016. Le grand maître de l’Ordre de Malte exige la démission de son grand chancelier, soulignant que cette demande est « la volonté du Saint-Siège ».

21 décembre. Le pape « n’a jamais parlé de renvoyer quelqu’un », écrit le cardinal Parolin au grand maître.

22 décembre. Le pape nomme une commission chargée d’informer le Saint-Siège
sur la crise.

23 décembre. Jugeant que le départ du grand chancelier est « un acte de gouvernement interne », le grand maître juge « inacceptable » la nomination de la commission et interdit aux membres de l’Ordre de collaborer.

14 janvier. Le grand maître met en cause l’intégrité de membres de la commission, évoquant des « conflits d’intérêts ».

17 janvier. Le Vatican rejette « toute tentative de discrédit » sur la commission.

25 janvier. Le pape accepte la démission du grand maître, qu’il a rencontré la veille, et annonce la nomination d’un délégué pontifical.

La Croix du 25.01.2017

Le pape François contraint à la démission le grand-maître de l’Ordre de Malte
Le départ de Fra Matthew Festing survient après deux mois de tensions qui ont entraîné une enquête interne ordonnée par le Vatican.
Un spectaculaire affrontement entre le pape François et le grand-maître de l’Ordre de Malte s’est conclu, mercredi 25 janvier, par la démission du second à la demande du premier. Reçu mardi après-midi par le pontife argentin, Fra Matthew Festing, en principe nommé à vie, a accepté de démissionner à la demande du pape, a fait savoir l’organisation caritative. Le dignitaire britannique doit encore réunir son souverain conseil pour que la démission soit formellement entérinée et qu’un lieutenant intérimaire soit nommé pour préparer l’élection de son successeur. Ce sera chose faite samedi.
Cette crise à la tête de l’Ordre a lieu alors que certains secteurs de l’Eglise continuent de critiquer des orientations données par le pape François, notamment en ce qui concerne la famille et la place des divorcés remariés. « L’Ordre est une victime colatérale de la relation difficile entre le pape et le cardinal Raymond Burke », estime Alain de Tonquédec, vice-président de l’association française des membres de l’Ordre de Malte. Ce cardinal ultraconservateur, virulent critique de François, avait été écarté de la curie par le pape en 2014 et envoyé comme représentant auprès de l’Ordre de Malte – un poste essentiellement honorifique.
Le coup de théâtre de mardi survient après deux mois de tension entre le Vatican et l’Ordre de Malte, fondé en 1048, à Jérusalem, et actif dans quelque cent vingt pays, où ses membres et bénévoles gèrent notamment des hôpitaux et des dispensaires. Au point que ces deux vénérables institutions catholiques ne se parlaient plus que par communiqués acrimonieux. L’organisation avait en effet refusé, au nom de sa souveraineté, une enquête interne ordonnée par le pape François.
Eviction controversée
Le déclenchement de l’affaire remonte au 6 décembre 2016. Ce jour-là, comme l’a raconté le quotidien catholique La Croix, le grand maître de l’Ordre souverain de Malte, Fra Matthew Festing, a exigé la démission de son grand chancelier (l’un des principaux responsables du gouvernement de l’Ordre), l’Allemand Albrecht von Boeselager. Devant le refus du grand chancelier d’obtempérer, le grand maître a fini par le démettre de ses fonctions.
La raison de cette éviction ? Selon l’hebdomadaire catholique britannique The Tablet, elle serait à rechercher du côté des préservatifs qui auraient été distribués à des personnes porteuses du VIH pour prévenir des contaminations, du temps où Albrecht von Boeselager était responsable des questions humanitaires de l’organisation. L’Allemand aurait expliqué dans un courriel avoir été limogé, car trop « libéral ».
Au Vatican, certains observent que ce limogeage intervient aussi au moment où le frère d’Albrecht von Boeselager a été nommé au sein du conseil d’administration de la Banque du Vatican, en plein assainissement après avoir été éclaboussée par des scandales ces dernières années.
Le 22 décembre 2016, le pape François avait demandé à une commission constituée de cinq prélats et présidée par l’archevêque Silvano Tomasi, ancien observateur permanent du Saint-Siège aux Nations unies, d’enquêter sur cette éviction. Le lendemain, l’ordre religieux laïque avait, dans un communiqué, déclaré « inacceptable » cette décision du pontife argentin, le limogeage du grand chancelier étant « un acte de gouvernement interne de l’Ordre souverain de Malte et, par conséquent, relev[ant] uniquement de sa compétence ». L’Ordre est en effet un sujet de droit international (sans territoire), reconnu par plus d’une centaine d’Etats et régi par une charte constitutionnelle.
Le 10 janvier, le site de l’Ordre publiait un nouveau communiqué « en réponse aux activités menées par un groupe nommé par le secrétaire d’Etat [numéro deux] du Vatican ». Il y affirmait « l’insignifiance légale de ce groupe » et son intention de ne « pas coopérer avec lui ». Une semaine plus tard, le 17 janvier, le Saint-Siège ripostait en confirmant sa « confiance » au groupe nommé par le pape François « afin de l’informer », dénonçait « toute tentative de discrédit » contre ses membres et priait l’Ordre de coopérer. Dans une lettre divulguée par The Tablet, Matthew Festing accusait des membres de la commission d’être liés à « un fonds [situé] à Genève ». Le blocage semblait total. Il s’est résolu par la démission annoncée mercredi.
Polémique sur les divorcés remariés
Déjà inusuel en soi, ce duel au grand jour se greffe sur une controverse au sein de l’Eglise sur les divorcés remariés, ancienne puisqu’elle avait nourri des mois de débats en 2014 et 2015, lors des deux synodes de l’Eglise catholique sur la famille, et ravivé fin 2016.
En novembre, le vaticaniste Sandro Magister avait rendu publique une lettre adressée au pape François. Signée par quatre cardinaux connus pour leurs positions conservatrices, exprimées, notamment à l’occasion des synodes, elle demandait au pontife de faire la lumière sur cinq points considérés comme obscurs de son exhortation apostolique sur la famille, Amoris lætitia.
Ces dubia (« doutes », en latin) concernaient en particulier l’accès aux sacrements des divorcés remariés. Pour de nombreux lecteurs, Amoris lætitia leur ouvrirait désormais cette possibilité dans certaines conditions. Cette innovation heurte les plus conservateurs. Le pape François n’a, semble-t-il, pas répondu à cette lettre. En revanche, dans un entretien au quotidien catholique Avvenire, il a critiqué « un certain rigorisme » concernant la famille : « Certains ne comprennent toujours pas, pour eux tout est blanc ou tout est noir, même si la vie aide à discerner. »
Le 30 novembre, à la veille de la Journée mondiale contre le sida, le 1er décembre, il a par ailleurs appelé à ce que « tous adoptent des comportements responsables pour prévenir une propagation ultérieure de cette maladie », sans préciser si cela concernait l’usage des préservatifs.
Or, l’un des cardinaux auteurs de la lettre sur les dubia, le cardinal Raymond Burke, était présent, le 6 décembre, au côté de Fra Matthew Festing, lors du limogeage d’Albrecht von Boeselager.

Le Monde du 25.01.2017

 

 

À l’Ordre de Malte, des bénévoles loin des querelles

La crise institutionnelle qui traverse l’Ordre de Malte au plus haut niveau ne semble pas affecter les milliers de salariés et bénévoles français, qui œuvrent au service des plus fragiles, y compris à l’étranger.

« J’ai fait quatre maraudes la semaine dernière et personne n’a mentionné l’affaire, ne serait-ce qu’une seule fois ! » Comme ce Parisien engagé à l’Ordre de Malte, l’écrasante majorité des 5 500 bénévoles français de cette association qui donnent chaque semaine de leur temps et de leur énergie auprès des personnes en grande difficulté se tient à l’écart de la crise romaine. Ce n’est que par la presse que la plupart ont appris la démission, mercredi 25 janvier, du grand maître Fra’Matthew Festing, à la demande du pape François.

Alors que s’est joué à Rome, au cours des dernières semaines, un feuilleton aux multiples rebondissements entre les instances dirigeantes du plus ancien organe caritatif au monde et le Vatican, la gouvernance de la branche française a toutefois observé ces coups d’éclat et soubresauts avec un certain trouble, indique-t-on dans l’entourage de l’association.

De nombreux donateurs ont adressé des courriers à l’Ordre

« Il est assez perturbant que l’Ordre soit mis en exergue comme étant en guerre contre le pape », reconnaît Alain de Tonquedec, vice-président et secrétaire général de l’association des membres de l’Ordre souverain de Malte (qui en compte 652 et dont les origines remontent au XIe siècle) et membre du Conseil d’administration de l’Ordre de Malte France, son bras opérationnel, fondé par elle en 1927.

« En réalité, il s’agit d’un conflit entre personnes et non pas entre institutions », explique-t-il. En décembre, le grand maître, soutenu par le cardinal Raymond Burke, représentant du pape auprès de l’Ordre, avait en effet démis de ses fonctions le grand chancelier Albrecht von Boeselager. Fra’Matthew Festing avait ensuite refusé l’autorité de la commission nommée par le pape pour enquêter sur cette décision. Les informations en provenance du siège romain de l’Ordre, communiquées d’abord de façon « disparate », ont été relayées auprès des membres pour mettre rapidement les choses au clair. « Les membres se sentent les victimes collatérales d’une bataille qui ne les concerne pas… », synthétise Alain de Tonquedec.

Il n’en demeure pas moins que l’affaire a suscité de nombreuses interrogations. Si les grands donateurs ne se sont pas encore manifestés, les plus réguliers ont été nombreux à adresser des courriers à l’Ordre pour demander des précisions. « Ceux qui donnent le font car ils sont très attachés aux valeurs que nous représentons, justifie Alain de Tonquedec, et certains ont indiqué que de mauvaises relations avec le pape pourraient remettre leurs dons en question. » Des réponses individuelles ont donc été fournies, pour dissiper tout malentendu.

1 800 salariés et un budget de 86 millions d’euros

Loin des querelles romaines, le travail sur le terrain bat son plein, sur tous les fronts : réfugiés, précarité ou encore handicap et soins aux enfants. Avec 1 800 salariés et un budget de 86 millions d’euros réalisé en 2015 (dont 17 issus des dons du public), l’Ordre œuvre en France mais aussi dans 27 pays.

La période hivernale est particulièrement intense dans les 116 délégations départementales et d’arrondissements. Alors qu’a été déclenché la semaine dernière le plan « grand froid » par de nombreuses préfectures, l’Ordre de Malte France a intensifié son activité pour permettre au maximum de personnes d’être « mises à l’abri », explique Noémie Rampa, responsable pour l’association des actions de proximité. « Les maraudes ont eu lieu plus souvent et plus tard, notamment à Paris et à Montpellier », explique-t-elle.

En France, 3 000 bénévoles sont engagés dans le pôle exclusion et servent petits-déjeuners, soupes et repas, dans 60 points d’accueil différents, souvent à proximité des paroisses, permettant de venir en aide à 14 000 personnes par an. Des chiffres, souligne la responsable, en augmentation. « Il y a trois ans, les bénévoles étaient un peu plus de 2 000 », indique-t-elle. Sur la même période, le nombre des actions menées a doublé.

La crise à l’Ordre de Malte

6 décembre 2016. Le grand maître de l’Ordre de Malte exige la démission de son grand chancelier, soulignant que cette demande est « la volonté du Saint-Siège ».

21 décembre. Le pape « n’a jamais parlé de renvoyer quelqu’un », écrit le cardinal Parolin au grand maître.

22 décembre. Le pape nomme une commission chargée d’informer le Saint-Siège sur la crise.

23 décembre. Jugeant que le départ du grand chancelier est « un acte de gouvernement interne », le grand maître juge « inacceptable » la nomination de la commission et interdit aux membres de l’Ordre de collaborer.

14 janvier. Le grand maître met en cause l’intégrité de membres de la commission, évoquant des « conflits d’intérêts ».

17 janvier. Le Vatican rejette « toute tentative de discrédit » sur la commission.

25 janvier. Le pape accepte la démission du grand maître, qu’il a rencontré la veille, et annonce la nomination d’un délégué pontifical.

La Croix du 25.01.2017


Démission du grand maître de l’Ordre de Malte

Fra’Matthew Festing, 67 ans, a démissionné à la demande du pape avec lequel il était en conflit ouvert depuis plus d’un mois.

En crise avec le Saint-Siège, le grand maître de l’Ordre de Malte, Fra’Matthew Festing, a démissionné à la demande du pape François, a annoncé un porte-parole de l’Ordre.

« Le pape lui a demandé de démissionner et il a accepté », a déclaré mardi soir 24 janvier à l’agence Reuters un porte-parole de l’Ordre souverain militaire hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte, dont le siège est à Rome, à l’issue d’une rencontre entre le grand maître et le pape plus tôt dans la journée.

Le grand maître était en conflit avec le pape depuis qu’il avait exigé, début décembre, la démission de son numéro 3, le grand chancelier Albrecht von Boeselager, arguant que ce départ était demandé par le Saint-Siège.

Un ordre religieux laïc

Soulignant que l’Ordre est un ordre religieux laïc, le pape avait alors nommé une commission d’enquête dont le grand maître rejetait la compétence en raison du caractère souverain de l’Ordre, sujet de droit international.

La semaine dernière, Fra’ Matthew Festing était même allé jusqu’à mettre en cause l’intégrité des membres de la commission, fermement défendue ensuite par le Vatican.

D’origine Britannique, Fra’ Matthew Festing, 67 ans, avait été élu à vie à la tête de l’Ordre de Malte en 2008.

Un important acteur du monde humanitaire

Selon la constitution de l’Ordre, le grand maître doit maintenant formellement remettre sa démission au Conseil souverain, son gouvernement, qui informera ensuite officiellement le Saint-Siège.

Jusqu’à l’élection d’un nouveau grand maître, l’Ordre, important acteur du monde humanitaire dont les origines remontent au XIe siècle, sera dirigé par son numéro 2, le grand commandeur, l’Autrichien Ludwig Hoffmann von Rumerstein, 80 ans.

La Croix du 25.01.2017
 

Le cardinal Parolin annonce « un processus de rénovation » de l’Ordre de Malte
Le secrétaire d’État du Saint-Siège Pietro Parolin a écrit aux membres de l’Ordre de Malte, soulignant que tous les actes du grand maître pris après le 6 décembre sont « nuls et invalides ».
Dans une lettre adressée le 25 janvier aux membres de l’Ordre souverain de Malte, le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, annonce que le pape a décidé un « processus de rénovation » de l’Ordre qu’un délégué pontifical, que François doit nommer dans les prochains jours, devra mener.
La lettre, publiée par le National Catholic Register, confirme que le grand maître de l’Ordre, Fra’Matthew Festing « a remis sa démission dans les mains du Saint-Père François qui l’a acceptée ».
Elle rappelle que, selon la constitution de l’Ordre, le grand commandeur assurera l’intérim.
« Pour aider l’Ordre dans le processus de rénovation qui s’avère nécessaire, le Saint-Père nommera son délégué personnel avec les pouvoirs qu’il définira dans l’acte de nomination », ajoute le cardinal Parolin.
L’hebdomadaire britannique The Tablet cite ainsi des sources à l’intérieur de l’Ordre qui, souhaitant une évolution, soulignent que l’ex-grand maître et ses alliés défendaient une vision du « bon vieux temps » du catholicisme des années 1950 « avec l’ancien rite de la messe et un leadership autocratique ».
« Une clique d’ultra-conservateurs réactionnaires et froufrouteux »
« Il y a eu une bataille entre tout ce que le pape représente et une minuscule clique d’ultra-conservateurs réactionnaires et froufrouteux », regrette de son côté dans le National Catholic Reporter le prince Erich von Lobkovicz, président de l’Association allemande des chevaliers de Malte.
Dans sa lettre aux membres de l’Ordre, le cardinal Parolin souligne en outre que « sur la base des preuves mises en évidence par l’enquête qu’il a demandée », le pape « a décidé que tous les actes accomplis par le grand maître après le 6 décembre sont nuls et invalides ». Il en va de même pour les actes du conseil souverain comme l’élection du grand chancelier par intérim.
Le rôle du cardinal Burke
Par conséquent, l’ancien grand chancelier, Albrecht von Boeselager, dont le renvoi par le grand maître avait révélé la crise au sein de l’Ordre, retrouve automatiquement sa charge.
Dans sa lettre, le cardinal Parolin ne fait pas mention du cardinal Raymond Burke, cardinal-protecteur de l’Ordre, dont il apparaît qu’il a tenté, jusqu’au dernier moment, de faire revenir le grand maître sur sa démission remise au pape.
Toujours selon le National Catholic Reporter, le pape aurait demandé à Fra’Matthew Festing, alors qu’il écrivait devant lui sa lettre de démission, de bien préciser que le renvoi du grand chancelier avait été fait « sous l’influence du cardinal Burke ».
Par ailleurs, le cardinal Parolin souligne que le pape apporte son soutien à « tous les membres, volontaires et bienfaiteurs » de l’Ordre dont il reconnaît « le grand mérite pour tant d’œuvres pour la défense de la foi et le service des pauvres et des malades ».

La Croix du 27.01.2017

Ordre de Malte: le pape envoie un délégué pour le « renouveau spirituel et moral »

Lettre en vue du Chapitre extraordinaire de l’institution
Le pape François envoie un délégué spécial auprès de l’Ordre souverain de Malte après les difficultés internes de ces dernières semaines. Il souhaite le « renouveau spirituel et moral » de l’Ordre religieux et laïc dans une lettre publiée le 28 janvier 2017 par le Faro di Roma.
« La sollicitude pastorale qui me pousse à soutenir avec une affection spéciale les différentes familles religieuses, dont les charismes enrichissent toute la communauté ecclésiale, explique le pape, me conduit à vous écrire une parole d’encouragement en ce moment où l’Ordre (…) commence le processus de préparation d’un chapitre extraordinaire ».
Après les « récents événements et difficultés » qui ont conduit à la démission du Grand maître Matthew Festing, « que j’ai acceptée en vue du bien de l’Ordre et de l’Eglise », ajoute-t-il, « j’ai décidé de nommer un délégué spécial ». Ce délégué, établit le pape, « aura la charge d’être mon porte-parole exclusif (…) pour tout ce qui concerne les relations de l’Ordre avec le Saint-Siège ».
En « étroite collaboration » avec le gouvernement ad interim, assuré par le Grand commandeur Ludwig Hoffmann von Rumerstein, précise-t-il, le délégué pontifical « s’occupera spécifiquement du renouveau spirituel et moral de l’Ordre et en particulier des membres qui ont professé les vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté ». En effet, l’accompagnement des malades est plus « efficace » et la charité envers les pauvres est « plus fraternelle », si l’on témoigne « d’une vie chrétienne authentique ».
Le mandat du délégué durera jusqu’à la conclusion du chapitre extraordinaire, qui devra élire le nouveau Grand maître de l’institution.
Le pape demande aussi la réintégration du Grand Chancelier, Albrecht von Boeselager, dont les responsabilités avaient été suspendues le 8 décembre, après une procédure disciplinaire déclenchée à son encontre. « Tous les actes accomplis par le Grand maître [Festing] après le 6 décembre 2016 sont nuls et non avenus », décrète-t-il.
Albrecht von Boeselager est donc à nouveau « membre du souverain Conseil » et « il doit être invité à toutes les réunions du Conseil ; dans le cas contraire, la réunion serait nulle », prévient le pape François.
L’évêque de Rome souhaite qu’avec « un sens de fraternité retrouvé », tous les membres, les volontaires et les bienfaiteurs de l’Ordre, « mettant de côté les intérêts personnels et les ambitions dangereuses, se consacrent à la noble mission de l’Ordre : Tuitio fidei et obsequium pauperum » (défense de la foi et service des pauvres).
Fondé à Jérusalem au XIe siècle et reconnu par le pape Pascal II en 1113, l’Ordre militaire souverain hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte, se dédie aux personnes dans le besoin à travers des activités médicales, sociales et humanitaires, notamment les victimes de conflits armés ou de catastrophes naturelles.

Zenit du 29.01.2017
 

L’Ordre de Malte assure le pape de sa « collaboration »

Il le remercie pour sa sollicitude et son soutien
L’Ordre souverain de Malte assure de sa « collaboration » le Délégué spécial qui sera nommé par le pape François auprès de l’institution. L’Ordre est aussi « extrêmement reconnaissant » au pape pour sa « sollicitude » et son « soutien ». C’est ce qu’indique un communiqué publié après la réunion du Souverain Conseil, gouvernement de l’Ordre de Malte, qui a eu lieu le 28 janvier 2017 au Palais Magistral à Rome.
« L’Ordre de Malte, peut-on lire dans la note, exprime son remerciement au Saint-Père, car ses décisions ont toutes été prises dans le respect complet de l’Ordre avec le seul objectif de renforcer sa souveraineté. »
Lors de la réunion, le Souverain Conseil a accepté la renonciation de Matthew Festing à la charge de Grand Maître. Ce dernier l’avait présentée trois jours plus tôt au pape, après le rapport d’une commission d’enquête pontificale. Cette démission sera communiquée aux chefs des 106 États avec lesquels l’Ordre souverain de Malte entretient des relations diplomatiques.
Le Grand Commandeur Ludwig Hoffmann von Rumerstein assume désormais la charge de Lieutenant Intérimaire et restera à la tête de l’Ordre jusqu’à l’élection du successeur du Grand Maître. Le Conseil Complet d’État pour l’élection du successeur sera convoqué « à court terme », précise le communiqué.
Le Souverain Conseil a aussi révoqué les décrets relatifs à la suspension de l’Ordre d’Albrecht Boeselager, qui assume de nouveau la charge de Grand Chancelier, comme demandé par le pape.
Dans une lettre adressée à l’Ordre souverain de Malte et publiée le 28 janvier 2017, le pape François a annoncé la nomination d’un délégué qui sera son « porte-parole exclusif (…) pour tout ce qui concerne les relations de l’Ordre avec le Saint-Siège ». Le délégué travaillera en « étroite collaboration » avec le gouvernement ad interim.
Le pape a souhaité que les membres de l’Ordre mettent « de côté les intérêts personnels et les ambitions dangereuses » et « se consacrent à la noble mission de l’Ordre : Tuitio fidei et obsequium pauperum » (défense de la foi et service des pauvres).

Zenit du 30.01.2017

L’Ordre de Malte veut « restaurer la confiance »

Après deux mois de crise, les responsables de l’Ordre de Malte ont réaffirmé, jeudi 2 février à Rome, leur fidélité au pape.

Les responsables de l’Ordre de Malte, ont réaffirmé, jeudi 2 février, leur fidélité au pape et leur volonté de « restaurer la confiance » après deux mois de crise marquée par la démission du grand maître, Fra’Matthew Festing qui avait voulu s’opposer au Saint-Siège.

« Ensemble, avec le lieutenant par intérim, nous gouvernons l’Ordre selon nos constitutions et de manière unie et efficace », s’est félicité le grand chancelier Albrecht von Boeselager lors d’une conférence de presse à Rome.

Réintégré samedi dans ses fonctions à la demande expresse du pape, après avoir été limogé par le grand maître deux mois plus tôt, Albrecht von Boeselager a tenu à redire « la loyauté de l’Ordre au Saint-Père », le « remerciant pour ses orientations qui ont aidé à mettre fin à la crise de gouvernement ».

Le gouvernement de l’Ordre dit également regretter « les allégations infondées de conflit d’intérêts émises contre des membres de la commission » nommée par le pape pour l’informer sur la crise de l’Ordre.

« La démission du grand maître ouvre une nouvelle phase dans la vie de l’Ordre qui, avec une vigueur renouvelée, se concentrera sur les énormes défis de la diplomatie humanitaire et du travail sur le terrain », a insisté le gouvernement de l’Ordre de Malte qui rappelle que cette souveraineté « joue un rôle pivot dans (sa) capacité à servir les gens dans le besoin ».

Selon Albrecht von Boeselager, la nomination d’un délégué spécial de l’Ordre par le pape ne menacera pas cette souveraineté. « Il se concentrera uniquement sur la dimension religieuse de l’Ordre », notamment des frères profès, au nombre de 55, a-t-il précisé.

Revenant sur la crise, Albrecht von Boeselager a estimé que le conflit entre le grand maître et lui était « moins une question de personne qu’une divergence sur la manière de mettre en œuvre la constitution de l’Ordre ». « C’est un fait qu’il y avait des tensions entre le gouvernement de l’Ordre et des personnes nommées par le grand maître à des postes qui n’existent pas dans notre constitution », a-t-il expliqué.

« Mon sentiment est que le grand maître a été mal conseillé par quelqu’un », a souligné Albrecht von Boeselager, se refusant néanmoins à accabler le cardinal Raymond Burke, cardinal protecteur de l’Ordre, dont l’action et l’influence auprès du grand maître a été critiquée.

La lettre du pape annonçant la nomination du délégué spécial comme son « unique porte-parole » auprès de l’Ordre enlève de fait toute compétence au cardinal Burke, laissant peser des doutes sur son maintien ou non en fonction.

« Un événement marginal de l’histoire »

« On ne peut rien prévoir : c’est une décision qui relève uniquement du Saint-Père », s’est borné à dire Albrecht von Boeselager, qui préfère aujourd’hui se concentrer sur l’action future de l’Ordre. « Cette crise est un événement marginal de l’histoire par rapport aux millions de personnes qui souffrent : s’il vous plaît, concentrez-vous d’abord sur elles », a-t-il lancé aux journalistes.

Il avait auparavant longuement souligné le travail humanitaire de l’Ordre de Malte, notamment auprès des migrants et réfugiés, fustigeant notamment « la prolifération de mesures discriminatoires envers les immigrés » et dénonçant les violations des conventions de Genève sur les réfugiés.

« Nous ne pouvons pas permettre que les récents événements dans le gouvernement de l’Ordre compromettent son travail humanitaire et sociomédical », a mis en garde le grand hospitalier de l’Ordre, le Français Dominique de La Rochefoucauld-Monte.

Interrogé par La Croix, il a reconnu que la crise a eu des conséquences néfastes sur les donateurs : « On a vu une baisse des dons qui peut affecter notre travail ».

« J’étais en France il y a quelques semaines : j’ai rencontré les responsables nationaux et j’ai vu les lettres de gens choqués, s’interrogeant sur notre fidélité au Saint-Père », reconnaît-il, soulignant qu’une récente collecte en faveur des lépreux avait accusé une baisse de 10 % par rapport à l’année dernière.

« Aujourd’hui, il faut restaurer la confiance, assure-t-il. Même si je sais que c’est un chemin qui sera long. »

C’est d’ailleurs sans doute aussi pour éviter des conséquences durables sur l’action de l’Ordre, acteur important sur la scène humanitaire mondiale, que le pape François a souhaité agir vite pour résoudre la crise.

La Croix du 03.02.2017

Ordre de Malte: esprit d’unité et priorité à l’humanitaire
Mise au point après les récentes affaires internes

Après la démission du Grand maître Matthew Festing et l’annonce de la nomination d’un délégué pontifical, l’Ordre souverain de Malte souhaite le retour à un esprit d’unité. Lors d’une conférence de presse à Rome le 2 février 2017, des représentants du gouvernement ont indiqué leur priorité : la mission humanitaire et diplomatique de l’institution multiséculaire.
Le Grand chancelier Albrecht Boeselager, qui a réintégré ses fonctions – suspendues en décembre – a affirmé que l’Ordre travaillait dans un esprit d’unité. Il a regretté les « allégations infondées » de « conflits d’intérêt » entre les membres du gouvernement : l’affaire concernait le respect de la Constitution, a-t-il précisé.
Il a aussi expliqué le motif de sa suspension en décembre : la distribution de préservatifs dans certains programmes humanitaires liés à l’Ordre. Le Grand chancelier s’est défendu d’en avoir eu connaissance. Les programmes, a-t-il assuré, ont été « immédiatement » suspendus lorsque le gouvernement s’en est aperçu, même si cela a été « compliqué » en Birmanie notamment.
Mais après l’enquête d’une commission dépêchée par le pape François, c’est le Grand maître Festing qui a lui-même remis sa démission le 24 janvier pour « le bien de l’Ordre et de l’Eglise ».
Le gouvernement a exprimé sa volonté de coopérer avec le délégué spécial du pape. Cette nomination « ne constitue pas une ingérence dans notre souveraineté », ont estimé les représentants, parce que « nos relations souveraines sont au service de l’Eglise ».
En outre, le délégué sera chargé plus spécialement du renouveau « religieux » de l’Ordre, comme le pape l’a expliqué dans sa lettre du 27 janvier. Les religieux – chevaliers profès – de l’Ordre sont peu nombreux : une cinquantaine.
L’élection d’un nouveau Grand maître, organisée par le gouvernement ad interim du Grand commandeur Ludwig Hoffmann von Rumerstein, devrait avoir lieu sous trois mois.
L’Ordre hospitalier souhaite à présent se concentrer sur sa mission d’origine, ont déclaré les représentants : « Nous ne laisserons pas les récents événements du gouvernement (…) compromettre notre travail humanitaire, social et médical ». La priorité aujourd’hui, ont-ils ajouté, est le renforcement du réseau diplomatique et la situation en Libye et en Syrie.
Fondé à Jérusalem au XIe siècle et reconnu par le pape Pascal II en 1113, l’Ordre militaire souverain hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte, se dédie aux personnes dans le besoin à travers des activités médicales, sociales et humanitaires, notamment les victimes de conflits armés ou de catastrophes naturelles. Il est aujourd’hui actif dans 120 pays.

Zenit du 03.02.2017

Mgr Becciu nommé délégué spécial du pape auprès de l’Ordre de Malte

Le substitut de la Secrétairerie d’État accompagnera l’Ordre de Malte dans le « renouveau spirituel et moral » demandé par le pape

Le pape François a nommé samedi 4 février le substitut de la secrétairerie d’État, Mgr Angelo Becciu, son délégué spécial auprès de l’Ordre de Malte après la crise que celui-ci a traversé en interne et avec le Saint-Siège.

Dans une lettre envoyée samedi 28 janvier au conseil souverain de l’Ordre de Malte, le pape avait annoncé la prochaine nomination d’« un délégué spécial » chargé du « renouveau spirituel et moral de l’Ordre et, en particulier, de ses membres qui ont professé le vœu d’obéissance, chasteté et pauvreté ».

Mise à jour de la constitution de l’Ordre

« Vous agirez en étroite collaboration avec (…) le lieutenant par intérim, pour le plus grand bien de l’Ordre et la réconciliation de toutes ses composantes, religieuses et laïques », écrit le pape dans la lettre de nomination de Mgr Becciu, envisageant aussi l’éventualité d’une mise à jour de la constitution de l’Ordre.

« Vous aurez, en particulier, la charge de toutes les questions relatives au renouvellement spirituel et moral de l’Ordre, en particulier les membres profès, afin qu’il réalise pleinement le but "de promouvoir la gloire de Dieu par la sanctification des membres, le service à la foi et du Saint Père et l’aide du prochain" ».

Le pape enlève tout pouvoir au cardinal Burke

Le pape confirme bien, en outre, que, jusqu’à la fin de son mandat, c’est-à-dire « à l’issue du chapitre extraordinaire qui élira le grand maître », Mgr Becciu sera son « seul interlocuteur pour toutes les questions relatives aux relations entre le Siège apostolique et l’Ordre », enlevant de fait tout pouvoir au cardinal Raymond Burke, cardinal-protecteur de l’Ordre.

La Croix du 04.02.2017

Ordre de Malte : Mgr Becciu délégué pontifical

Pour un renouveau spirituel
Le délégué pontifical auprès de l’Ordre de Malte est Mgr Giovanni Angelo Becciu, substitut pour les affaires générales de la Secrétairerie d’État, qui a été nommé par le pape François samedi, 4 février 2017. Il sera son canal exclusif de communication avec l’Ordre souverain militaire. Il devra en favoriser le « renouveau spirituel ».
Le mandat du délégué durera jusqu’à la conclusion du chapitre extraordinaire, qui devra élire le nouveau Grand maître.
«Vous agirez en étroite collaboration avec Fra’ Ludwig Hoffmann von Rumerstein, lieutenant intérimaire, pour le bien supérieur de l’Ordre et la réconciliation entre toutes ses composantes, religieuses et laïques. Vous soutiendrez le Lieutenant dans la préparation du Chapitre extraordinaire, et ensemble vous déciderez les modalités d’une étude en vue d’une mise à jour de la Charte constitutionnelle de l’Ordre et de son Code», écrit le pape dans une lettre du 2 février 2017, rendue publique par le Saint-Siège samedi 4 février.
Le pape exprime son souci du renouveau spirituel de l’Ordre : «Vous prendrez soin en particulier de tout ce qui concerne le renouveau spirituel et moral de l’Ordre, spécialement des membres profès, afin que soit pleinement réalisée la fin de « promouvoir la gloire de Dieu moyennant la sanctification des Membres, le service de la foi et du Saint-Père et l’aide au prochain », comme le prévoit la Charte constitutionnelle».
Le pape insiste sur le faite que Mgr Becciu sera son canal de communication avec l’Ordre de Malte dans cette phase électorale : «Jusqu’au terme de votre mandat, c’est-à-dire jusqu’à la conclusion du Chapitre extraordinaire qui élira le Grand-Maître, vous serez mon porte-parole exclusif pour tout ce qui concerne les relations entre le Siège apostolique et l’Ordre. Je vous délègue donc tous les pouvoirs nécessaires pour décider des questions éventuelles qui devraient surgir concernant la mise en œuvre du mandat qui vous est confié.»

Zenit du 05.02.2017

L’Ordre de Malte élira son nouveau grand maître le 29 avril

Le conseil souverain de l’Ordre de Malte a fixé au 29 avril l’élection du nouveau grand maître.
Le Conseil complet d’État de l’Ordre souverain de Malte se réunira le samedi 29 avril prochain pour désigner un successeur au grand maître, Fra’Matthew Festing, qui avait démissionné le 28 janvier dernier après être entré en conflit ouvert avec le pape François, a décidé mardi 14 février le conseil souverain (gouvernement de l’Ordre).
Ce Conseil complet d’État est l’organe constitutionnel chargé d’élire le grand maître « ou, comme le prévoit la constitution, un lieutenant du grand maître, en charge pour une année », précise un communiqué de l’Ordre publié mardi 14 février après la réunion du conseil souverain (gouvernement) qui l’a officiellement convoqué.
Le Conseil complet d’État est composé du lieutenant par intérim, des membres du conseil souverain, du prélat de l’Ordre, des prieurs, baillis profès et de deux chevaliers profès désignés par chaque prieuré, de régents des sous-prieurés et quinze représentants des associations nationales, soit environ une soixantaine de votants qui se prononceront à la majorité absolue.
Ils se réuniront dans la salle du chapitre de la Villa magistrale, sur la colline romaine de l’Aventin, qui bénéficie d’un statut d’extraterritorialité.
Un « renouveau spirituel et moral »
Le précédent grand maître, Fra’ Matthew Festing avait démissionné le 28 janvier dernier à la demande expresse du pape avec lequel il était entré en conflit.
Le 4 février dernier, le pape a désigné le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Angelo Becciu, comme son délégué spécial auprès de l’Ordre, avec la charge de l’accompagner dans un « renouveau spirituel et moral » et notamment celui « de ses membres qui ont professé le vœu d’obéissance, chasteté et pauvreté ».
Jusqu’à l’élection d’un nouveau grand maître, Mgr Becciu est également le « seul interlocuteur » du pape « pour toutes les questions relatives aux relations entre le Siège apostolique et l’Ordre », ce qui marginalise de fait le cardinal Raymond Burke, cardinal-patron de l’Ordre, dont le rôle dans la crise avec le Saint-Siège a été mis en cause.

La Croix du 15.02.2017

Ordre de Malte: élection d’un nouveau Grand maître le 29 avril 2017, à Rome

Quelque 60 électeurs y participeront

Le Conseil complet d’État de l’Ordre de Malte se réunira pour élire son nouveau Grand Maître le 29 avril 2017 à Rome, à la Villa Magistrale, son siège extraterritorial, annonce un communiqué de l’Ordre du mardi 14 février.
Cette décision a été prise ce même jour à Rome lors de la réunion du gouvernement de l’Ordre de Malte, le Conseil souverain, après la démission du 79e Grand Maître Matthew Festing, qui a eu lieu le 28 janvier dernier.
Quelque 60 électeurs, dont le lieutenant intérimaire Ludwig Hoffmann von Rumerstein, participeront au vote. Pour l’élection du Grand Maître un vote à la majorité plus une voix est nécessaire, selon l’article 23 de la Constitution de l’Ordre.
Le pape François a nommé Mgr Giovanni Angelo Becciu comme délégué spécial auprès de l’Ordre souverain de Malte, après les difficultés internes qui ont conduit à la démission du Grand maître Matthew Festing. Dans sa lettre du 27 janvier 2017, il a souhaité le « renouveau spirituel et moral » de l’Ordre auquel il a redit sa confiance.
Fondé à Jérusalem vers l’an 1048, l’Ordre militaire souverain hospitalier de Saint Jean de Jérusalem de Rhodes et de Malte, se dédie aux personnes pauvres et malades à travers des activités médicales et humanitaires. Avec ses 13.500 membres et 100.000 bénévoles, il est aujourd’hui actif dans plus de 120 pays.
L’Ordre de Malte a des relations diplomatiques bilatérales avec 106 États, des relations officielles avec six autres États, des relations au niveau d’ambassadeurs avec l’Union européenne.

Zenit du 15.02.2017






 





 

 

 

 

PAKISTAN


Au Pakistan, la vie des bannis de l’islam

Déclarée hérétique par les autorités pakistanaises en 1974, la communauté ahmadie, qui se revendique pourtant de l’islam, subit violences et discriminations.

Pour rencontrer les Majid (1), il faut laisser sa voiture aux portes de la ville pakistanaise de Sargodha, dans le Pendjab, changer de véhicule et n’en sortir qu’une fois celui-ci garé dans la courette de la villa de la famille. Les portes métalliques se referment aussitôt, protégeant la maison du monde extérieur. Chez les Majid, membres de la communauté persécutée des ahmadis, un courant de l’islam déclaré hérétique par le Pakistan en 1974, on ne badine pas avec la sécurité.

Le chef de famille s’excuse pour ces menus désagréments en s’asseyant auprès d’une table basse garnie de boulettes de viande, de fruits frais, et de galettes de pain. « Mieux vaut rester discrets, explique cet homme au visage doux à ses hôtes étrangers. Ici, les tensions sont vives. Un ahmadi ne sait jamais ce qui peut lui arriver dans la rue. » Quatre générations de Majid vivent sous le même toit, à l’abri des regards des voisins qui ne leur adressent jamais la parole.

Excommuniés par les sunnites

Rien ne les distingue pourtant des autres familles musulmanes du Pakistan. La mère et sa fille qui s’affairent en cuisine couvrent leurs chevelures noires d’un foulard interminable. Les hommes portent le shalwar kameez, la longue tunique blanche traditionnelle qui arrive jusqu’au genou. Tous lisent le Coran, font la prière cinq fois par jour et se réunissent le vendredi dans le lieu de culte qui leur sert de mosquée.

Né à la fin du XIXe siècle à Qadian, une localité aujourd’hui située dans le Pendjab indien, ce courant de l’islam se fonde sur la croyance que Mohammed n’est pas le dernier prophète. Ses fidèles vénèrent son fondateur, Mirza Ghulam Ahmad, comme le Messie : une hérésie pour les sunnites, majoritaires au Pakistan, qui ont décidé de les excommunier en 1974. La Constitution a même rendu légale une série de discriminations.

Empêchés d’exprimer leur foi

La loi leur interdit notamment de se dire musulmans, ainsi que de professer et de propager leur foi sous peine de sanctions pénales. « Nous pouvons être condamnés pour blasphème si nous utilisons la formule ”Assalamu alaykoum” (Que la paix soit sur vous) », explique l’avocat Majeed Qureshi, dans la cour de la mosquée ahmadi de Sargodha.

Ceinturé par des hauts murs et surmonté par une guérite en béton, le bâtiment centenaire ressemble à un camp retranché. Malgré la présence de gardes armés, les femmes demeurent à la maison le jour de la grande prière. « C’est trop dangereux pour elles », lâche le commerçant Malik Arshad en rappelant le double attentat commis contre deux de leurs mosquées à Lahore, qui avait fait près de 90 morts, en 2010. Lui-même montre les photos de son magasin calciné, souvenir d’un incendie criminel jamais élucidé. « Un groupe extrémiste m’avait menacé de s’en prendre à moi si je ne me convertissais pas », lâche-t-il.

Obligés à fuir

Au Pakistan, chaque ahmadi apprend très tôt à dissimuler sa foi et à rester sur ses gardes, à l’école, dans la rue, au travail. Les 600 000 membres de cette communauté soudée et organisée comme une confrérie connaissent les protocoles de sécurité qu’ils s’échangent sur Internet : savoir détecter les signes de colère de la foule, qui prévenir en cas de danger, comment se comporter sur les marchés ou sur le chemin du collège, où se réfugier.

Quand il n’y a plus d’autre choix que de fuir ou mourir, les fidèles dispersés aux quatre coins du Pakistan abandonnent leur toit et prennent la route de Rabwah, dans le Pendjab, la cité des ahmadis sortie de terre au lendemain de la partition de l’Inde, en 1947. Ils forment 95 % des 60 000 habitants de cette ville proprette qui s’étale entre la rivière boueuse, la plaine aride et une barrière de roches érodées par les vents.

Assassinés froidement

Au fond d’une impasse discrète, un immeuble défendu par un immense portail accueille les ahmadis qui ont dû fuir précipitamment leurs villes et leurs villages. La famille Qamar est venue se réfugier dans la place en mai 2016 après l’assassinat du chef de la famille. « C’était à l’heure du déjeuner, raconte son épouse, Ruby, en tenant un foulard devant sa bouche. J’ai entendu du bruit à la porte. Un homme a crié. “On va tuer des ahmadis aujourd’hui.” » J’ai appelé à l’aide mon mari. Il a été poignardé sur le perron. »

Arrêté rapidement, l’assassin a avoué son crime devant la police en se disant fier d’avoir poignardé de sang-froid « un ahmadi ». S’il dort en prison, son sort n’est pas réglé pour autant. L’instruction traîne en longueur, le juge a changé plusieurs fois et l’inculpé est revenu sur ses propos face à la justice. Au cours des trente dernières années, les ahmadis rapportent seulement deux cas de condamnation sur les 260 assassinats ciblés dont ils disent avoir été victimes.

Les témoins menacés

Quand l’enquête aboutit à un procès, le dossier s’effondre la plupart du temps sous la pression de mouvements sunnites radicaux. « Des mollahs extrémistes font peur aux témoins qui refusent désormais de se déplacer devant la cour, regrette Mazer Ali, le frère de la victime. Ils savent même que nous vivons à Rabwah et continuent de nous menacer par téléphone en nous demandant d’abandonner notre plainte. »

Le fils de la victime, Huzafa, écoute en silence le récit du drame en se tenant serré contre sa mère. Il se dit heureux de vivre ici, à l’abri des hauts murs de la résidence surveillée par des bénévoles. Dans la cour, il s’est fait des amis parmi les familles de réfugiés. Il joue avec le fils d’un professeur tué devant sa classe en 2012, ou encore le garçon d’un commerçant poignardé comme son père devant sa maison en 2010.

Comme un îlot de calme

Aucune de ces familles endeuillées ne songe désormais à quitter Rabwah, un univers en vase clos dans lequel la communauté prend en charge ses membres fragilisés et offre des services dignes des meilleures métropoles pakistanaises. Avec ses rues droites, ses trottoirs confortables et ses infra­structures modernes, la cité arborée est un îlot de tranquillité qui jure avec les villes bruyantes et poussiéreuses de la plaine du Pendjab.

À Rabwah se croisent des ahmadis de tous les continents, qui profitent de leur passage pour se faire soigner dans l’hôpital ultramoderne. « Ils ont de très bons équipements », constate en français un chirurgien mauricien venu se faire poser des stents. Les services y sont quasiment gratuits, attirant les Pakistanais sunnites, chiites ou chrétiens. « Il nous est arrivé de soigner des extrémistes pris d’un malaise en manifestant contre notre présence », s’amuse un médecin.

Refuge ou ghetto ?

Vue du sixième étage de l’hôpital, la commune ressemble à un être vivant qui grignote sur la plaine aride au gré des derniers arrivants. « Nous n’avons pas les capacités d’accueillir tous les ahmadis du pays », observe, non sans une certaine appréhension, Mohammed Aqram, issu d’une famille de pionniers installés à Rabwah depuis 1947. Dans un anglais à l’accent d’Oxford, cet homme vante les « excellents services » municipaux, financés par une contribution sur le revenu de 16 %, conformément aux recommandations de leur fondateur.

La ville s’est équipée au fil des ans d’une bibliothèque municipale, d’une caserne de pompiers, d’une piscine olympique, d’un complexe sportif, ou encore de collèges non mixtes pour filles et garçons dotés de dortoirs, d’amphithéâtres et de laboratoires où enseignent les scientifiques réputés de la communauté. Le gouvernement ahmadi projette dorénavant la création d’une université privée qui permettra aux étudiants d’achever leurs cursus à Rabwah.

De sanctuaire, la ville menace de se transformer en ghetto au fil de la montée des persécutions. C’est la crainte d’Usman Ahmad, venu d’Angleterre pour servir ses frères et sœurs. « La confiance est rompue, constate-t-il. À Rabwah, vous êtes protégé, mais aussi coupé du monde et isolé. Il est difficile par la suite de retourner vivre auprès de vos compatriotes pakistanais. Le fossé s’agrandit. »

DE NOMBREUSES MINORITÉS RELIGIEUSES

Population
Peuplé de 199 millions d’habitants, le Pakistan, dont le nom signifie en ourdou « pays des purs », est composé de 40 % d’urbains. Il s’agit du deuxième pays musulman du monde, derrière l’Indonésie.

Une république islamique

Théoriquement, la Constitution garantit les droits des minorités religieuses qui bénéficient notamment de quotas dans l’administration fédérale ou au Parlement. Cependant, aucune loi ne doit être contraire aux prescriptions de l’islam.

Une majorité de sunnites

Constitué de 96,4 % de musulmans, le Pakistan est majoritairement sunnite (de 80 à 90 %
de l’ensemble des musulmans), bien que ce soit, après l’Iran, le deuxième pays à compter
le plus de chiites (de 10 à 20 % de la population musulmane dont de nombreux ismaéliens). Les ahmadis, un courant de l’islam, ne sont pas considérés comme musulmans. Leur nombre est estimé à 600 000.

Les minorités religieuses
Le pays compte de nombreuses minorités religieuses, parmi lesquelles des hindous (1,6 %), des chrétiens (1,5 %), des sikhs (dont le nombre est évalué à 30 000), et des communautés plus réduites, comme les Kalashs qui pratiquent le paganisme.

(1) Le nom a été changé à la demande des intéressés.

La Croix du 23.01.2017




 

 

 

 

PEDOPHILIE

Pédophilie : 70 mises en examen sur 15 000 clercs

Près de 70 des 15 000 prêtres et diacres présents en France sont mis en examen ou ont été condamnés pour pédophilie, a indiqué hier la Conférence des évêques, qui a souligné sa volonté de « faire de l’Eglise un lieu sûr » après des mois de scandales. Actuellement, neuf clercs sont emprisonnés en France pour des faits de violences sexuelles commises sur des mineurs.

Le Bien Public du 24.01.2017


 

Pédophilie dans l’Église : « L’effort de clarification ne doit pas se relâcher »

Alain Christnacht préside la Commission nationale d’expertise sur la pédophilie créée en avril 2016 par la Conférence des évêques pour la conseiller dans l’évaluation des situations de prêtres suspectés ou convaincus d’actes de pédophilie.
Il dresse un premier bilan à partir des dix cas dont elle a été saisie. Et rappelle la nécessité d’un « travail sur-mesure » tant les situations diffèrent.

La Croix : Quelles conclusions tirez-vous à l’issue de huit mois de travail ?
Alain Christnacht : Nous avons été saisis de dix cas individuels par sept évêques différents, de tous types de diocèses et de toute la France. Nous sommes saisis une fois que la justice s’est prononcée, qu’elle ait classé l’affaire sans suite, prononcé un non-lieu – parfois faute de preuves suffisantes –, que les faits soient prescrits ou que le prêtre ait été condamné. Sans se substituer à eux, ni à Rome qui doit être saisie de toute façon, nous aidons les évêques à réfléchir à la suite, d’autant qu’ils manquent parfois d’informations sur les décisions de justice. Ils ne reçoivent pas toujours les jugements. Dans un cas, l’évêque pensait qu’un seul jeune était concerné, alors qu’en réalité ils étaient plusieurs…

Comment évaluer le risque de récidive ?
A. C. : Nous prenons en compte plusieurs paramètres : les faits se sont-ils déroulés sur une longue période ? La différence d’âge entre le prêtre et sa victime est-elle importante ? Plus elle est importante, plus les psychiatres estiment élevé le risque de récidive, de même si la victime est un garçon plutôt qu’une fille. Enfin, la taille du diocèse permet-elle d’affecter le prêtre à des tâches administratives ? L’intérêt de notre travail est dans ce « sur-mesure ». Nous évaluons le risque et nous proposons à l’évêque des mesures à prendre pour parvenir au risque zéro.

Que recommandez-vous, en plus des mesures prévues par la justice civile ? La réduction à l’état laïc doit-elle être systématique ?
A. C. : Le suivi psychologique dans un centre spécialisé doit être systématique : ces centres travaillent selon différents protocoles et sont efficaces. Sans traitement, le risque de récidive est important. En revanche, avec un traitement suivi assidûment et avec sincérité, il diminue sensiblement.
Nous recommandons aussi un encadrement du prêtre, qui suppose de ne pas garder le silence autour de ce qui s’est passé. Prévenir le conseil pastoral peut être utile. L’évêque peut désigner un autre prêtre ou un laïc de confiance comme « référent » à qui le prêtre suspecté ou condamné pour pédophilie pourra dire si ses tentations se font trop fortes. Ce qui est frappant dans certains des cas qui nous ont été transmis, c’est l’absence de tout dialogue : le prêtre était seul avec ses pulsions.

La transmission à la justice est-elle réellement systématique ?
A. C. : Les consignes de la Conférence des évêques sont très claires sur ce point depuis 2000. Mais il est vrai que parfois, l’évêque hésite à s’adresser au procureur : soit parce qu’il n’a que des doutes et qu’il ne souhaite pas « jeter aux chiens » la réputation d’un prêtre de son diocèse, soit parce qu’il a l’espoir que celui-ci va se corriger. Mais, dès lors que les faits paraissent établis, la loi et l’Église font obligation d’informer la justice.

L’Église n’a-t-elle pas failli en ne prenant pas en compte l’ « après » ?
A. C. : L’Église a insisté sur la nécessité de saisir la justice, mais la pédophilie est aussi une maladie, une déviance psychologique ancrée souvent depuis l’enfance ou l’adolescence. Même si la justice a prononcé un non-lieu, si un évêque a un doute concernant un prêtre - du fait de témoignages concordants par exemple -, il doit s’interroger sur la conduite à tenir. Dans certains cas, mais pas toujours, la justice prévoit une obligation de soins, une interdiction de côtoyer des mineurs. Dans un cas que nous avons examiné, l’évêque a, en conséquence, nommé le prêtre aumônier d’un centre pour personnes âgées dépendantes. Mais parfois, il n’y a pas d’obligations fixées par la justice. C’est alors qu’interviennent les recommandations de la commission. Il est très important en tout cas de dédramatiser les traitements psychologiques.

La réduction à l’état laïc doit-elle être systématique ?
A. C. : La question, délicate, est celle des sanctions canoniques à prononcer, en sachant qu’elles sont du ressort de la Congrégation pour la doctrine de la foi : la perte de l’état clérical n’est qu’une de ces sanctions possibles, mais il y en a d’autres, partielles, comme l’interdiction de célébrer les sacrements autrement qu’en privé. L’ambiguïté de la perte de l’état clérical est qu’elle soustrait le prêtre à toute autorité de l’Église : il est en quelque sorte renvoyé « dans la nature ». En cas de récidive, l’Église pourra-t-elle s’en laver les mains alors même que cela aura été en tant que prêtre qu’il aura été conforté dans ses tendances pédophiles ?
Tout dépend donc de la situation : dans certains cas, on ne voit pas ce que l’Église peut faire d’un prêtre. Il y a aussi des mesures de suspension temporaires, qui sont de la compétence de l’évêque.

Quelle est l’attitude des prêtres face à ces recommandations ?
A. C. : Certains jouent le jeu, d’autres pas. Lorsque la justice a prononcé un non-lieu mais que l’évêque estime de sa responsabilité de prendre des précautions, certains prêtres peuvent les accuser d’agir sans preuve, voire menacer de contester ces mesures devant la justice canonique ou civile, en estimant que ces mesures nuisent à leur réputation. Soutenus par des paroissiens, par leurs familles, certains prêtres peuvent se dresser contre leur évêque. C’est heureusement rare.

Êtes-vous si sûr de la prise de conscience, à l’intérieur de l’Église, de la gravité de ces agressions sexuelles commises par des prêtres ? Pourquoi certains diocèses reprennent-ils des catégories médicales (pédophilie/éphébophilie) ou pénales (majorité/minorité sexuelle) : n’est-ce pas une façon de minimiser le traumatisme de la victime ?
A. C. : Les prises de position de l’Église institutionnelle, en France et à Rome sont sans ambiguïté et traduisent une pleine prise de conscience. Je trouve courageux le travail lancé par l’Église pour améliorer la prévention, rénover la formation dans les séminaires. Après, il peut y avoir encore, de la part de tel ou tel responsable, des confusions et des minimisations. C’est regrettable, bien sûr. Il y a sans doute eu une banalisation pendant trop longtemps : aujourd’hui, l’Église dit clairement ce qui est interdit. Cela dit, l’effort de clarification et de formation ne doit pas se relâcher.

La Croix du 23.01.2017

Après les scandales, opération "transparence" de l'Eglise sur la pédophilie

Paris - Nouveau guide antipédophilie, publication de chiffres - en stagnation voire repli - sur les prêtres impliqués: l'Église catholique en France a une nouvelle fois affiché lundi une volonté de "transparence" sur les abus sexuels, après les mois de scandales qui l'ont secouée.
Selon une enquête quantitative publiée par la Conférence des évêques de France (CEF), neuf clercs (prêtres ou diacres), sur environ 15.000, sont actuellement "emprisonnés en France pour des faits de violences sexuelles commises sur des mineurs".
Trente-sept autres "ont exécuté leur peine et sont sortis de prison", et "26 clercs font l'objet d'une mise en examen, soit moitié moins qu'en 2010".
Ces clercs sont dans leur immense majorité des prêtres, auxquels s'ajoutent quelques diacres. Certains des mis en examen sont en détention provisoire.
En 2010, la CEF avait fait état de près de 100 prêtres (sur environ 18.000) mis en examen (51) ou déjà condamnés (45), neuf étant incarcérés. En 2003, le bilan se ventilait en 18 mis en examen, 30 condamnés (dont onze en prison) et 21 ayant accompli leur peine soit, comme en 2017, près de 70 prêtres concernés (sur 25.000 à l'époque).
Ces chiffres dessinent une réalité qui "n'est pas massive, même si elle reste préoccupante", a commenté auprès de l'AFP le porte-parole adjoint de la CEF Vincent Neymon.
2016 a été marquée par des révélations médiatiques en cascade concernant des suspicions d'abus sexuels. L'affaire la plus retentissante, celle du père Bernard Preynat, soupçonné d'avoir abusé de quelque 70 jeunes scouts lyonnais, a écorné l'image du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, visé par des plaintes pour non-dénonciation classées sans suite l'été dernier.
Entre 2010 et 2016, l'Église de France a procédé à "137 signalements de faits pédocriminels" auprès des parquets, selon l'enquête. Sur cette période, "222 victimes se sont manifestées" auprès des diocèses, souvent pour des cas anciens: plus de 60% des témoignages concernent des faits survenus avant 1970, 35% des actes commis entre 1970 et 2000, 4% des agressions perpétrées depuis.
- "Déterminés" contre "ce mal" -
"Sur cette question il faut qu'on soit parfaitement transparent, il n'y a aucune question d'image, ce que vivent les victimes est beaucoup trop grave", fait-on valoir à la CEF.
Pour l'association de victimes du père Preynat La Parole libérée, la démarche épiscopale "a plutôt l'apparence d'une opération de communication" qui ne "règle pas les problèmes de fond".
"Il faut un dialogue sur cette omerta, ce voeu d'obéissance, cette chasteté, ce tabou de la sexualité dans l'Église: il y a là un terreau qui va attirer des gens qui sont en difficulté", confie à l'AFP son président, François Devaux.
La Parole libérée a mis en place ses propres outils de recension des témoignages, en soulignant qu'ils ne sont que "la face émergée de l'iceberg". Sur sa plateforme "Match", destinée à mettre en relation des victimes d'une même personne, "367 formulaires" ont été ouverts, dont 34% correspondent à des "agresseurs religieux".
En novembre, à Lourdes, les évêques de France avaient fait acte de repentance en reconnaissant avoir gardé un "trop long silence coupable" et avoir "manqué de courage pour prendre les mesures qui s'imposaient".
La CEF a attendu avril 2016 pour généraliser les dispositifs d'accueil et d'écoute des victimes et mettre sur pied une "commission nationale d'expertise indépendante" chargée de conseiller les évêques sur l'affectation de prêtres mis en cause. Cette instance a traité ces derniers mois "une dizaine de dossiers", selon la CEF.
La conférence épiscopale a aussi transformé son équipe de veille en "cellule permanente de lutte contre la pédophilie" et délégué une personne à plein temps sur ce dossier. C'est cette cellule qui a préparé la troisième édition - après celles de 2003 et 2010 - du guide "Lutter contre la pédophilie", outil de formation pour "faire de l'Église un lieu sûr pour les enfants et les jeunes".
"Nous sommes déterminés à lutter contre ce mal", écrit en préface le président de la CEF, Mgr Georges Pontier, "pour le bien de tous et parce que notre foi nous y engage".

L’Express du 23.01.2017
 

"Mon Père, je vous pardonne"

Pendant quatre ans, chaque semaine, il a été violé par un prêtre, en Suisse: plus
de quarante ans après, Daniel Pittet raconte son calvaire et son combat pour la
vérité dans un livre rare, préfacé par le pape et donnant la parole à son agresseur.
"Mon Père, je vous pardonne" (éditions Philippe Rey), à paraître jeudi, est signé
par un ancien moine aujourd'hui marié et père de six enfants.
Daniel Pittet, 57 ans, qui vit dans le canton suisse de Fribourg, a rencontré
le pape en 2015. François a accepté de préfacer son ouvrage, en notant que "des
témoignages comme le sien" font "la lumière sur une terrible obscurité dans la
vie de l'Eglise", touchée par des scandales pédophiles de la France à l'Australie.
L'auteur décrit les abus qu'il a subis de 1968 à 1972 - il avait entre 9 et 13
ans - de la part du père Joël Allaz, un capucin suisse. Des viols et agressions
sexuelles, souvent dans le silence d'un couvent.
Combien? "Deux cents viols", affirme dans un entretien à l'AFP l'ancien garçon
malingre, devenu un colosse affable "d'un mètre nonante quatre". Mais un seul viol
"suffit à casser quelqu'un à vie". Et Daniel Pittet estime à "plus de 100" les
victimes probables du frère Joël.
Une minorité seulement s'est fait connaître. "Quand on est une personne violée,
si on veut parler, c'est très difficile", confie Daniel Pittet qui, dans sa vie,
a accumulé dépression et maladies.
- "Manque de preuves" -
Il a attendu près de vingt ans avant de se confier à la justice ecclésiastique,
après avoir appris que Joël Allaz avait fait au moins une autre victime. Le prêtre
a été prestement déplacé en France, dans le diocèse de Grenoble, où il a été nommé
en 1989 dans une paroisse.
En 2003, à la suite de nouveaux soupçons, quelques mois après une émission retentissante
à la télévision suisse romande, le père Allaz est transféré à la fraternité des
capucins de Bron, près de Lyon, où il est chargé d'un "service administratif sans
ministère", selon une source proche du dossier.
Mais il faudra attendre de nouvelles révélations pour qu'une enquête de police
soit diligentée: elle fera état en 2008 de 24 victimes d'abus sexuels - pour la
plupart prescrits - commis entre 1958 et 1995, en Suisse et en France. Joël Allaz
écopera de deux de prison avec sursis en décembre 2011, au terme d'un procès où
deux victimes s'étaient constituées partie civile.
Daniel Pittet a été reconnu comme victime et indemnisé par le diocèse de Fribourg
et la congrégation des capucins. Mais la justice de l'Eglise n'a pas condamné son
violeur. Une enquête ecclésiastique, ouverte en 2002 à Grenoble, a été refermée
"pour manque de preuves".
Le prêtre "n'a jamais été réduit à l'état laïc", déplore Daniel Pittet. Le capucin,
76 ans aujourd'hui, vit toujours en communauté, en Suisse. "On m'a dit qu'il était
suivi, j'espère que c'est vrai. Il peut quand même sortir de son couvent...", glisse
sa victime, convaincue qu'"un pédophile pervers le reste toute sa vie".
Fait exceptionnel, l'agresseur a accepté de témoigner en juillet 2016 dans un
entretien reproduit en postface du livre de Daniel Pittet. Assez confusément, Joël
Allaz reconnaît être "ce pédophile monstrueux qui a fait une série de victimes",
puis assure ne plus ressentir "ce genre de pulsion".
Daniel Pittet l'a revu, pour la première fois, en novembre dernier. "On n'a pas
parlé de pédophilie. Il ne m'a pas demandé pardon, mais
il l'avait déjà fait par lettre", confie-t-il, évoquant un "mauvais casting", un
homme qui "n'aurait jamais dû être prêtre".
Aujourd'hui, ce catholique engagé s'exprime "pour tous ceux qui ne pourront jamais
parler". Sans accabler l'Eglise - même s'il regrette sa "naïveté" - pour un fléau
qu'on retrouve "dans toutes les familles": "C'aurait pu être mon oncle, c'est un
prêtre".

AFP du 12.02.2017

Mgr Morerod invite les victimes du Père Joël Allaz à s'annoncer

La Conférence des évêques suisses (CES) et la Province suisse des capucins jugent “nécessaire, précieux et courageux” le témoignage de Daniel Pittet qui a subi pendant quatre ans (de 1968 à 1972) les viols d’un prêtre capucin. Mgr Morerod invite les éventuelles autres victimes du Père Joël Allaz à se manifester auprès de lui.
Bien que le cas du Père Joël Allaz ait déjà été fortement médiatisé en 2008, le livre de Daniel Pittet “Mon Père je vous pardonne”, par ses nombreux détails, “illustre les tristes mécanismes qui ont laissé libre cours au comportement malveillant et manipulateur d’un pédophile”, reconnaît un communiqué du 13 février 2017. Ces mécanismes sont dus tant aux individus qu’aux structures, comportements et mentalités dont a résulté la non-assistance. “Les capucins et le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg déplorent les erreurs qu’ils ont commises à l’époque.”
Le communiqué rappelle en outre que la Conférence des évêques et les ordres religieux suisses ont déjà reconnu à plusieurs reprises leur responsabilité face à de tels cas d’abus dans le contexte de l’Eglise.
Le cas de Joël Allaz porté trois fois devant la justice
En fait le cas du père Joël Allaz a été porté à plusieurs reprises devant la justice civile, expliquent les capucins et la CES.
En 1995, une première plainte pour abus sexuels a été déposée à Saint-Maurice, en Valais. Elle n’a pas pu être reçue par le juge d’instruction puisqu’elle concernait des cas prescrits.
En 2002, le diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg instaure la Commission SOS Prévention auprès de laquelle se présentent deux victimes présumées de Joël Allaz. Les informations récoltées par cette commission et autres documents transmis notamment par l’ancien official, Mgr Jean-Claude Périsset, serviront de base pour une enquête judiciaire instruite à Fribourg. La juge d’instruction Yvonne Gendre confirme le 3 novembre 2008 que si l’enquête préliminaire a pu identifier 22 victimes, tous ces cas sont cependant prescrits et dès lors aucune accusation formelle ne peut être recevable. Durant l’enquête préliminaire toutefois, le religieux. mentionne deux autres victimes dont il a abusé en France entre 1992 et 1995. Le dossier est alors transmis au procureur de Grenoble. Le 5 janvier 2012 Joël Allaz est condamné par le tribunal correctionnel de Grenoble à une peine de deux ans de prison avec sursis. Le jugement n’ordonne aucune autre mesure de prévention.
Mgr Morerod invite les victimes à s’annoncer
Interpellé par les informations détaillées dans l’ouvrage de Daniel Pittet, Mgr Charles Morerod, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg et président de la Conférence des évêques suisses saisit l’occasion pour faire la lumière sur la possible implication d’autres personnes. Les victimes sont vivement invitées à se faire connaître de la justice, et les cas prescrits que la justice suisse ne pourra prendre en compte feront au moins l’objet d’une procédure canonique. Pour les cas prescrits, il existe notamment un fonds d’indemnisation. La CES et les capucins espèrent que le livre de Daniel Pittet aidera d’autres victimes à parler, une démarche qui permettrait de prévenir d’autres abus.
Les capucins font leur mea culpa
Par le même communiqué, les capucins reconnaissent “les accusations selon lesquelles la façon, en cours à l’époque, d’agir avec les auteurs d’abus n’a fait que permettre d’autres viols. Afin de protéger la réputation de l’Église ou de l’ordre, ils ont essayé de résoudre le problème seuls, via des règles internes, comme le déplacement ou l’interdiction de ministère. Les déplacements ont favorisé un manque d’information auprès des nouveaux employeurs. Malheureusement encore, les indications et dénonciations des victimes n’ont pas été suffisamment prises au sérieux.”
Aidés par une instance juridique indépendante, les capucins de Suisse assurent aussi vouloir faire “la lumière et établir dans quelle mesure de nouveaux cas de soupçons révélés dans le récit de Daniel Pittet résultent d’une volonté de cacher les faits”. Ils promettent de vérifier si d’autres victimes peuvent encore être identifiées. Ils affirment avoir “tiré une leçon de ces tristes événements et que diverses mesures ont été prises pour éviter que de tels actes ne se reproduisent.” La formation comprend maintenant un programme de prévention obligatoire. Les capucins adoptent aujourd’hui une tolérance zéro face à de tels crimes et sont soumis aux Directives de la Conférence des évêques suisses et de l’Union des Supérieurs Majeurs de Suisse.
Les résultats des enquêtes du diocèse et des capucins seront communiqués en temps voulu.

Catch.ch portail catholique suisse du 13.02.2017


 

L’Église salue le témoignage de Daniel Pittet, « survivant » d’un prêtre pédophile

Enfant, Daniel Pittet a subi pendant quatre ans (de 1968 à 1972) les abus sexuels d’un prêtre capucin du couvent de Fribourg.

Son témoignage, qui sort en librairies le 23 février en France, est préfacé du pape François, une première, et a suscité déjà plusieurs réactions dans l’Église.

Inédit et hautement symbolique. La préface du livre Mon Père, je vous pardonne. Survivre à une enfance brisée (1), de Daniel Pittet, est signée du pape, qui avait été fortement impressionné par sa rencontre en 2015 avec cet homme victime de pédophilie. « Je remercie Daniel parce que des témoignages comme le sien abattent le mur de silence qui étouffe les scandales et les souffrances » et « font la lumière sur une terrible zone d’ombre de la vie de l’Église », écrit le pape, saluant un témoignage « nécessaire, précieux et courageux ».

Aujourd’hui bibliothécaire à Fribourg, marié et père de six enfants, Daniel Pittet a été violé par un prêtre capucin pendant quatre ans, de 1968 à 1972, alors qu’il était âgé de 9 à 13 ans. Lui n’est alors qu’un jeune garçon candide, pauvre et fluet, en manque de père. Proie facile d’un religieux manipulateur qui sait repérer les enfants en souffrance.

Après un long chemin de guérison et de reconstruction, ce Suisse toujours engagé dans l’Église raconte avec ses mots, parfois crus mais jamais haineux, son calvaire. Jusqu’au pardon inouï, accordé à son agresseur, à qui il donne même la parole à la fin du livre.

« Jusqu’à quel point le mal peut entrer dans le cœur d’un serviteur de l’Église ».

Dans sa préface, le pape raconte comment il a rencontré Daniel Pittet en 2015, avec d’autres victimes. « Je ne pouvais imaginer que cet homme enthousiaste et passionné du Christ avait été victime d’abus de la part d’un prêtre », raconte le pape « beaucoup touché » par son témoignage, dont il a lui-même encouragé la publication alors que le Suisse hésitait encore.

« Comment un prêtre, au service du Christ et de son Église, peut-il en arriver à causer autant de malheur ? Comment, alors qu’il est consacré pour amener un enfant à Dieu, peut-il le dévorer dans ce que j’ai appelé un "sacrifice diabolique", qui détruit à la fois sa proie et la vie de l’Église ? », s’interroge François pour qui ce témoignage permet de découvrir « jusqu’à quel point le mal peut entrer dans le cœur d’un serviteur de l’Église. »

Rappelant que certaines victimes en sont arrivées au suicide, le pape dit à leur famille ses « sentiments d’amour et de douleur ». « Humblement, je demande pardon », ajoute-t-il, dénonçant « une absolue monstruosité, un péché effroyable, radicalement contraire à tout ce qu’enseigne le Christ ».

« Nécessaire, précieux et courageux »

Rappelant sa lettre apostolique Comme une mère aimante, publiée le 4 juin 2016, le pape souligne une nouvelle fois qu’« il est de notre devoir de faire preuve d’une sévérité extrême avec les prêtres qui trahissent leur mission, et avec leur hiérarchie, évêques ou cardinaux, qui les protègent, comme cela est déjà arrivé dans le passé ».

Le pape salue aussi le parcours spirituel de la victime qui « a pu rencontrer sur son chemin un autre visage de l’Église (qui) lui a permis de ne pas perdre l’espérance dans les hommes et en Dieu » et qui raconte comment « la force de la prière ne l’a pas abandonné et l’a réconforté dans les heures les plus sombres ».

S’inscrivant dans la ligne du pape François, la Conférence des évêques suisses (CES) et la Province suisse des capucins ont salué ce témoignage illustrant « les tristes mécanismes qui ont laissé libre cours au comportement malveillant et manipulateur d’un pédophile ».

Reconnaissant une nouvelle fois leurs responsabilités et déplorant, dans un communiqué commun publié lundi 13 février, « les erreurs commises à l’époque », ils ont aussi souhaité que ce témoignage aide « d’autres victimes à parler ».

Des enquêtes lancées

Une enquête va être menée, annoncent-ils, pour tenter d’identifier d’autres victimes et étudier l’implication d’autres personnes, à partir des informations révélées par le livre de Daniel Pittet. Les capucins affirment ainsi avoir « tiré une leçon de ces tristes événements et diverses mesures ont été prises pour éviter que de tels actes ne se reproduisent ». « Les cas prescrits que la justice suisse ne pourra prendre en compte feront au moins l’objet d’une procédure canonique », précisent-ils.

Le cas du capucin incriminé, le P. Joël Allaz, aujourd’hui suspendu de tout ministère, reclus dans un couvent, a été porté trois fois devant la justice. À deux reprises, les plaintes de ses victimes tombaient sous le coup de la prescription. Le capucin a toutefois été condamné en 2012 par le tribunal correctionnel de Grenoble à une peine de deux ans de prison avec sursis pour des faits commis en France entre 1992 et 1995.

« La vigilance doit être une priorité », rappelle la Corref

Réagissant à la parution de ce livre, Véronique Margron a rappelé que la Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) qu’elle préside « condamne avec la plus grande fermeté toutes les atteintes sexuelles portées sur des mineurs quels que soient les auteurs » et « pense avant tout aux victimes et à leurs proches, dont la vie a été si profondément marquée ».

« La légèreté des décisions prises est inaudible aujourd’hui et ne peut qu’apparaître absolument inappropriée devant de tels abus », déplore la dominicaine et théologienne, dans un communiqué publié dimanche 12 février.

« Quel décalage avec les sanctions contemporaines et avec les propos du pape François rapportés dans la préface de ce livre ! (…) La vigilance doit être une priorité de notre société comme de nos instituts », poursuit-elle, rappelant les mesures prises par la Corref pour sensibiliser les supérieurs de communautés à la prévention, la gestion stricte de ces cas et à la formation sur les questions d’affectivité et de sexualité.

La Croix du 14.02.2017

Pédophilie: le pape préface le livre d’une victime
Daniel Pittet a pardonné à son bourreau

Ouvrage de Daniel Pittet préfacé par le pape

« Un témoignage nécessaire, précieux et courageux ». C’est en ces termes que le pape François salue le livre du Suisse Daniel Pittet, victime d’un prêtre pédophile dans son enfance. Le pape demande aussi pardon à toutes les victimes de pédophilie perpétrée au sein de l’Eglise, spécialement celles qui se sont suicidées. Il réclame une « grande sévérité » envers les coupables et ceux qui les couvrent. Intitulé « Mon père, je vous pardonne » (Ed. Philippe Rey), l’ouvrage raconte le calvaire de l’auteur et son chemin de guérison, jusqu’au pardon.
« Je remercie Daniel car des témoignages comme le sien font sauter la chape de plomb qui étouffait les scandales et les souffrances, ils font la lumière sur une terrible obscurité dans la vie de l’Église. Ils ouvrent la voie à une juste réparation et à la grâce de la réconciliation, et ils aident aussi les pédophiles à prendre conscience de l’impact terrible de leurs actes », écrit le pape François en signant la préface.
De 1968 à 1972, Daniel Pittet, alors âgé de 9 à 12 ans, a été sexuellement abusé par le prêtre capucin Joël Allaz, à Fribourg. Il dénonça au début des années 2000 son violeur qui avoua ses crimes et fut traduit en justice.
Soutenu sur son chemin de guérison par le soutien de ses proches et de sa foi, Daniel Pittet parvint à pardonner à son bourreau. Il est aujourd’hui marié et père de six enfants.
Dans un entretien au quotidien italien La Repubblica, Daniel Pittet confie qu’il a rencontré le pape il y a deux ans : « Je lui ai dit : Père, j’ai été violé par un prêtre. Il m’a regardé en silence, les larmes aux yeux, et il m’a serré dans ses bras ».
Dans la préface publiée intégralement par Radio Vatican, le pape souligne que « c’est une épreuve pour la victime d’un pédophile de prendre la parole et de raconter ce qu’elle a enduré, de décrire les traumatismes qui persistent encore des années après. C’est pourquoi le témoignage de Daniel Pittet est nécessaire, précieux et courageux ».
Le pape se souvient de sa rencontre avec l’auteur : « J’ai fait sa connaissance en 2015 au Vatican, dans le cadre de l’Année de la Vie consacrée. Daniel voulait diffuser à large échelle un livre intitulé Aimer, c’est tout donner, qui recueillait les témoignages de religieux et religieuses, de prêtres et de consacrés. Difficile pour moi d’imaginer que cet homme enthousiaste et passionné par le Christ avait été abusé par un prêtre. C’est pourtant ce qu’il m’a raconté et sa souffrance m’a beaucoup touché. J’ai vu là encore les dégâts effrayants que causent les abus sexuels et le long et douloureux chemin qui attend les victimes ».
« C’est une absolue monstruosité, un péché effroyable, radicalement contraire à tout ce qu’enseigne le Christ », affirme le pape. Et de s’interroger : « Comment un prêtre, ordonné au service du Christ et de son Église, peut-il en arriver à causer autant de malheur ? Comment, alors qu’il est consacré pour amener un enfant à Dieu, peut-il le dévorer dans ce que j’ai appelé un ‘sacrifice diabolique’ qui détruit tout à la fois sa proie et la vie de l’Église ? ». Le pape plaide pour « une grande sévérité pour ces prêtres qui trahissent leur mission, ainsi que pour leur hiérarchie, évêques ou cardinaux, qui les protégerait ».
« Certaines victimes sont allées jusqu’au suicide, ajoute-t-il. Ces morts pèsent sur mon cœur et sur ma conscience, et sur celle de toute l’Église. À leurs familles j’offre mes sentiments d’amour et de douleur, et, humblement, je demande pardon ».
Le pape François rend hommage à Daniel Pittet qui « nous dit aussi la force de la prière qu’il n’a jamais abandonnée et qui l’a soutenu dans les heures les plus noires » : « Il a choisi de rencontrer son bourreau quarante-quatre ans plus tard, il a pu regarder dans les yeux cet homme qui l’a meurtri au plus profond de son être. Et il lui a tendu la main. L’enfant blessé est aujourd’hui un homme debout, fragile mais debout. Je suis très touché par ses paroles : ‘Beaucoup de personnes ne peuvent pas comprendre que je ne le hais pas. Je lui ai pardonné et j’ai construit ma vie sur ce pardon’. »

Zenit du 13.02.2017

Le procès canonique du P. Preynat a commencé

Le procès canonique du P. Preynat, prêtre de Lyon accusé d’abus sexuels sur plusieurs jeunes scouts dans les années 1980-1990, a commencé, a indiqué le diocèse jeudi 16 février.
Un an après les révélations concernant le P. Bernard Preynat, 71 ans, mis en examen pour agressions sexuelles et placé sous contrôle judiciaire depuis mars 2016, son procès canonique a commencé il y a quelques jours devant un tribunal ecclésiastique, a indiqué une source du diocèse de Lyon à La Croix, confirmant une information du site 20minutes.fr.
Des témoins seront entendus, les preuves examinées. La procédure devrait durer quelques semaines. À l’issue du procès, le P. Preynat risque notamment le renvoi de l’état clérical.
> À LIRE : Le diocèse de Lyon face au passé d’un prêtre pédophile
Alors que l’hypothèse d’un procès canonique avait été évoquée début 2016, le diocèse de Lyon avait indiqué qu’un procès canonique ne pouvait se tenir qu’une fois l’affaire jugée au civil. En outre, le droit canon prévoit de ne pas juger les affaires prescrites.
« Une sorte d’exception »
Mais dans une interview accordée au Parisien le 25 décembre, le cardinal Philippe Barbarin disait avoir « demandé au pape François s’il pouvait pour ce cas gravissime lever la prescription. » « Il a accepté il y a quelques semaines, donc on va pouvoir enfin rendre un jugement canonique », avait précisé l’archevêque de Lyon. C’est chose faite. La levée des deux obstacles qui empêchaient la tenue d’un tel procès constitue, pour le diocèse, une « sorte d’exception ».
Le P. Preynat avait été dénoncé dès 1991 au cardinal Decoutray, alors primat des Gaules, par la famille de l’un des anciens scouts que le prêtre encadrait dans la paroisse de Sainte-Foy-lès-Lyon. Un temps écarté de cette mission, il avait par la suite enseigné de nouveau le catéchisme à des enfants et était responsable de plusieurs paroisses jusqu’à ce que l’affaire refasse surface à l’été 2015.
L’association de victimes « La Parole Libérée » a recensé plus de 70 victimes présumées du P. Preynat, pour lesquelles les faits sont prescrits dans la majorité des cas.

La Croix du 14.02.2017

Pédophilie : début du procès canonique du père Preynat

Mis en examen le 27 janvier 2016 pour des agressions sexuelles sur des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon commises entre 1986 et 1991, le prêtre va d’abord s’exposer à la justice ecclésiastique.
Le père Bernard Preynat pourrait être déchu de l'état clérical / Photo d’archives Christiane Pardon
Des victimes du père Preynat, mis en examen pour des agressions sexuelles sur des scouts de Sainte-Foy-lès-Lyon commises entre 1986 et 1991, avaient déjà été auditionnées en avril 2016 dans le cadre de l’instruction canonique.
Jeudi, la première audition du procès a eu lieu.
Celui-ci devrait durer plusieurs mois puisque le pape François, à la demande du cardinal Barbarin, a levé la prescription des faits reprochés au prêtre et rendu possible ce procès avant que la justice civile ne se prononce.
Toutes les victimes du père Preynat auront donc la possibilité d’être auditionnées dans le cadre de ce procès qui prend une forme administrative, ce qui est l’usage quand les faits sont connus et reconnus.
C’est à l’issue de ce long travail, mené par trois prêtres extérieurs au diocèse de Lyon, qu’une sanction sera prononcée.
Elle peut aller d’une interdiction de tout ministère (ce qui a déjà été fait à titre provisoire le 23 mai 2015, même si le père Preynat avait continué d’officier jusqu’en août) jusqu’à la sanction suprême: la perte de l’état clérical, redoutée au plus haut point par l’intéressé.

Le Progrès du 17.02.2017

Quelles sanctions canoniques pour les prêtres jugés pour abus sexuels ?

Peu après la condamnation du jésuite Dominique Peccoud à deux ans de prison avec sursis, la province de France de la Compagnie de Jésus a indiqué, mercredi 19 octobre dans un communiqué, que le dossier du religieux serait transmis au Vatican.
Que peut faire l’Église avec les prêtres condamnés pour abus sexuels, en particulier sur des mineurs ? Leur renvoi de l’état clérical, pourtant souvent appelé de ses vœux par une partie de l’opinion, n’est pas automatique et doit passer par une procédure canonique, qui succède au procès pénal.
À la suite de la condamnation en appel à deux ans de prison avec sursis du jésuite Dominique Peccoud, mercredi 19 octobre, son dossier va désormais être transmis par la Province de France à Rome, « aux autorités hiérarchiques de la Compagnie de Jésus (Supérieur Général) » puis « celles-ci transmettront l’ensemble du dossier aux autorités de l’Église pour qu’elles puissent en être éclairées », ont indiqué les jésuites français dans un communiqué diffusé peu après l’annonce du verdict.
La Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF) prendra ensuite « les décisions et les sanctions canoniques liées à l’état religieux et sacerdotal du P. Peccoud et les transmettra au Provincial de France chargé de veiller à leur application par le P. Peccoud ».
Transmission aux autorités ecclésiastiques compétentes
Dans les affaires d’abus sexuels commis par des membres du clergé, les cas concernant des mineurs sont transmis à Rome, tandis que les abus sur des majeurs sont traités par le diocèse.
Dans l’attente de sanctions canoniques, ces prêtres, dès qu’ils font l’objet de poursuites en justice, sont généralement suspendus de tout ministère auprès de mineurs ou de jeunes, ou même de tout ministère public ou prise de parole publique. S’ils ne sont pas condamnés à de la prison, ils peuvent par exemple être envoyés dans des maisons religieuses.
La transmission aux autorités ecclésiastiques compétentes du dossier d’un prêtre une fois son cas jugé par les autorités civiles est « un principe de bon sens généralement appliqué », assure le P. Emmanuel Petit, canoniste et vice-official au tribunal du diocèse de Paris.
« Usage prudentiel »
« Il s’agit d’un usage prudentiel, explique-t-il, on attend la fin de la procédure civile, pour éviter un chevauchement. » Pourtant, précise le P. Petit, « ce n’est pas toujours le cas ». Ainsi, la procédure canonique est parfois première. Ce fut le cas notamment dans le cadre des accusations portées à l’encontre de Mgr Mansour Labaky, condamné en 2013 par la CDF pour crimes sexuels sur mineures de moins de quinze ans. Cette procédure avait entraîné l’engagement de poursuites pénales dans ce cas particulièrement complexe, puisque l’accusé, sur qui pèse un mandat d’arrêt international, se trouve au Liban.
Lorsqu’il est avéré qu’un religieux ou qu’un prêtre s’est rendu coupable de crimes sexuels, la question de la peine canonique demeure délicate. « Quelle peine canonique dans le cas de condamnations réelles mais modérées au pénal ? », s’interroge le P. Petit, pour qui la diversité des situations appelle des réponses adaptées.
Renvoi de l’état clérical
« L’opinion publique a du mal à imaginer que ces prêtres restent dans le ministère », reconnaît-il. Le renvoi de l’état clérical ne peut pourtant pas être décidé de façon systématique. « On est obligés d’avoir une graduation dans les peines. »
« Par ailleurs, lorsque l’on renvoie de l’état clérical, le message est certes fort, mais l’Église perd toute prise sur le prêtre, qui peut dans certains cas continuer à avoir son cercle et ne pas faire cas de ce qui lui est demandé », souligne encore le canoniste. Cette sanction pose par ailleurs la question de l’accompagnement, notamment dans les cas d’obligation de soins.
Dans le cas du P. Bernard Preynat, accusé d’avoir abusé de dizaines d’enfants, « son ampleur » a poussé le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, soumis aux critiques pour sa gestion de l’affaire, à demander à Rome la « levée de la prescription canonique » et des sanctions avant la fin de la procédure civile, indique-t-on dans le diocèse.
Le procès du P. Preynat doit encore avoir lieu. Récemment, la Cour de cassation a rejeté son pourvoi et confirmé que les faits, commis il y a plus de 25 ans, ne sont pas prescrits.

La Croix du 20.10.2016




 





 

 

 

 

POPULISME


Le dialogue des peuples et les populismes, interview du pape François

Dans « El Pais »‘, le pape renvoie aux leçons de l’histoire, à Hitler notamment
On ne peut jamais confisquer le «dialogue» d’un peuple avec ses voisins, estime le pape François qui renvoie aux leçons de l’histoire dans un entretien accordé au quotidien espagnol « El Pais » dans lequel il évoque ces moments de « crise » où les peuples cherchent un « sauveur » qui restitue une « identité » et défendre « par des murs ». Il évoque la crise des réfugiés, la situation des femmes, et la violence contre elles, mais aussi sa préoccupation quand l’Eglise se retrouve « anesthésiée par la mondanité » au point de se tenir loin des problèmes des gens. Pour les Etats-Unis il invite à attendre de voir ce que fera Donald Trump. El Pais lui demande aussi ce qu’il y avait dans les documents que Benoît VI lui a remis à Castelgandolfo le 22 mars 2013.
Les populismes, Hitler, l’identité et les frontières
A une question sur les « populismes » et aux « antisystèmes », le pape répond : « C’est ce que l’on appelle les populisme. C’est un mot équivoque parce qu’en Amérique latine le populisme a une autre signification : là-bas, cela signifie le rôle principal des peuples, par exemple, les mouvements populaires. Ils s’organisent entre eux. C’est autre chose. Quand j’entendais « populisme » ici, je ne comprenais pas bien, je me perdais, jusqu’à ce que je m’aperçoive que les significations étaient différentes selon les lieux. Il est clair que les crises provoquent des peurs, des alarmes. Pour moi le cas le plus typique des populismes au sens européen du terme, c’est le 1933 allemand. Après [Paul von] Hindenburg, la crise de 29, l’Allemagne anéantie, cherche à se relever, cherche son identité, cherche un leader, quelqu’un qui lui rende son identité et il y a un gars qui s’appelle Adolf Hitler et qui dit : « Moi, je peux, moi, je peux ». Et toute l’Allemagne vote pour Hitler. Hitler n’a pas volé el pouvoir, il a été élu par son peuple, et ensuite, il a détruit son peuple. Voilà le danger. Dans les moments de crise, le discernement ne fonctionne pas, et pour moi c’est une référence continuelle. Nous cherchons un sauveur qui nous restitue une identité, et nous nous défendons par des murs, des câbles, n’importe quoi, contre les autres peuples qui pourraient nous enlever notre identité. Et c’est très grave. C’est pour cela que je dis toujours : dialoguez entre vous, dialoguez ! Mais le cas de l’Allemagne de 1933 est typique, un peuple qui se trouvait dans cette crise, qui a cherché son identité, et ce leader charismatique est apparu qui a promis de lui donner une identité, et il leur a donné une identité déformée, et nous savons ce qui s’est passé. Est-ce que les frontières peuvent être contrôlées ? Oui, tout pays a le droit de contrôler ses frontières, qui entre et qui sort, et les pays qui sont en danger – du fait du terrorisme ou des choses de ce style – ont plus de droit à les contrôler davantage, mais aucun pays n’a le droit de priver ses citoyens du dialogue avec ses voisins. »
Mais ce qui préoccupe le plus le pape, c’est aussi les « disproportions économiques » dans le monde : « Qu’un petit groupe de l’humanité détienne plus de 80% de la fortune mondiale, avec ce que cela signifie pour l’économie liquide, où, au centre du système économique il y a le dieu argent et pas l’homme te la femme, l’humain ! On crée ainsi la culture du rebut ».
Le concret et l’idéologie
Pour ce qui est de l’élection de Donald Trump comme 45e président des Etats-Unis, le pape attend le concret de son action pour se prononcer : « On va voir ce qui se passera. Mais m’effrayer ou me réjouir de ce qui pourrait arriver : je crois que nous pouvons ainsi tomber dans une grande imprudence. Le fait d’être des prophètes de catastrophes ou de bien-être, qui ne vont pas venir, ni l’un ni l’autre. On verra. Nous verrons ce qu’il fait et de là on évalue. Toujours du concret. Le christianisme o il est concret ou ce n’est pas le christianisme. C’est curieux : la première hérésie dans l’Eglise commença dès que le Christ est mort. L’hérésie des gnostiques, qui l’apôtre Jean condamne. C’était une religiosité en spray, pas du concret. Oui, moi, oui, la spiritualité, la loi… mais du spray. Non, non, des choses concrètes. Et du concret on tire les conséquences. Nous perdons beaucoup le sens du concret. Un penseur me disait l’autre jour que ce monde est si désordonné qu’il lui manque un point fixe. Et c’est précisément le concret qui te donne les points fixes. Ce que tu as fait, ce que tu as décidé, comment tu te comportes. Par conséquent, face à cela, j’espère et je vois. »
El Pais insiste : « Vous n’êtes pas préoccupé parce que vous avez entendu jusqu’ici ? » « J’attends. Moi, Dieu m’a attendu si longtemps, avec tous mes péchés… »
Et puis, plus loin, le pape revient sur l’importance du concret: « On est toujours plus à l’aise dans un système idéologique qu’on a mis ne place parce que c’est abstrait ». Il explique qu’il en a « toujours » été ainsi : « Je ne dirais pas que cela s’exacerbe. Parce qu’on a été très déçu de cela aussi. Je crois qu’il y en avait davantage avant la Seconde guerre mondiale. Je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Je raccourcis un peu…
Au restaurant de la vie, on te propose toujours des plats d’idéologie. Toujours. On peut se réfugier là-dedans. Ce sont des refuges, qui t’empêchent de toucher la réalité. »
Réfugiés, le modèle suédois
A propos de la façon dont les gouvernements gèrent la crise des réfugiés, le pape répond : « Chacun fait ce qu’il peut et ce qu’il veut. C’est très difficile de donner un jugement. Mais évidemment, la méditerranée est devenue un cimetière doit nous faire réfléchir. »
Et, en Espagne, à propos de Ceuta et Melilla, les deux enclaves espagnoles sur la côte méditerranéenne du Maroc où personne ne peut passer, le pape ajoute : « Oui, oui, je sais. Ils veulent aller dans le nord. Le problème est donc : les recevoir, oui, quelques mois, plus ou moins, les accueillir. Mais il faut commencer un processus d’intégration. Accueillir et intégrer. Et le modèle mondial qui vient à l’esprit est la Suède : la Suède a 9 millions d’habitants, parmi eux, 890.000 habitants sont des nouveaux Suédois, fils d’immigrés, ou migrants avec la citoyenneté suédoise. La ministre des Affaires étrangères – je crois que c’est elle qui est venue me raccompagner – est une personne jeune : elle est fille d’une mère suédoise et d’un père du Gabon. Des migrants. Intégrés. Le problème c’est d’intégrer. En revanche, lorsqu’il n’y a pas d’intégration, on crée des ghettos, et je ne rejette la faute sur personne, mais de fait il y a des ghettos. Peut-être ne s’en est-on pas aperçu. Mais les jeunes qui ont opéré le désastre à Zaventem étaient des Belges, nés en Belgique. Mais ils vivaient dans un quartier de migrants fermé. C’est-à-dire que le second chapitre est une clef : l’intégration. Au point que : quel est le grand problème de la Suède actuellement ? Ce n’est pas d’empêcher les migrants de venir, non ! On n’a pas assez d’offre pour les programmes d’intégration ! Ils se demandent quoi faire de plus pour que les gens viennent ! C’est impressionnant. Pour moi c’est un modèle pour le monde. Et c’est quelque chose de nouveau. Je l’ai dit d’emblée après Lampedusa… Je connaissais pas le problème de la Suède par des Argentins, des Uruguayens, des Chiliens qui, à l’époque de la dictature militaire, ont été accueillis là-bas, parce que j’ai des mais là-bas, et réfugiés. C’est clair qu’après ton arrivée en Suède ils te traient avec toute l’organisation médicale et tout, les documents, et ils te donnent un permis pour vivre… Et tu as déjà une maison, et pendant la semaine tu as l’école pour apprendre la langue, et un petit boulot, et en avant.
Ici, en Italie, Sant’Egigio est un modèle. Ceux qui sont revenus avec moi dans l’avion de Lesbos, et les neuf autres qui sont arrivés ensuite : ce sont 22 personnes prises en charge par le Vatican, on les prend en charge et peu à peu ils prennent leur indépendance. Le deuxième jour, les enfants allaient au collège. Le deuxième jour ! Et les parents, placés lentement dans un département, un travail là… Des professeurs pour la langue… Sant’Egidio a la même approche. Le problème est donc : sauvetage immédiat oui, là, tous. Deuxièmement : recevoir, accueillir le mieux possible. Ensuite intégrer, intégrer. »
Trois discours sur l’Europe
Et quand on l’interroge sur l’Europe, le pape répond qu’il n’est « pas un technicien » et il renvoie à ses trois discours : deux à Strasbourg et un pour le Prix Charlemagne. Il souligne qu’il a accepté ce Prix parce qu’ils ont « beaucoup insisté » vu le moment que « l’Europe était en train de vivre » : « Je l’ai accepté comme un service. Ces trois discours disent e que je pense de l’Europe. »

Zenit DU 23.01.2017

Le Vatican préoccupé par la montée des populismes

Le cardinal Parolin rappelle que « les fermetures ne sont pas un bon signe ».

Le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège, a fait part lundi soir 13 janvier de la « préoccupation » du Saint-Siège face à la montée des populismes, en Europe comme dans l’Amérique de Donald Trump.

Interrogé dans le journal du soir de la Rai, la télévision italienne, sur la question de savoir de savoir si le Saint-Siège était préoccupé par la montée des nationalismes et des populismes, en Europe comme aux États-Unis, le « numéro 2 » du Vatican a reconnu que « oui, il y a une préoccupation ».

Il a alors rappelé les propos du pape François au quotidien espagnol El Pais, mettant en garde contre les « populismes » qu’engendrent les crises et poussent à élire des « sauveurs » et à s’entourer de « barbelés », avant de souligner que « l’exemple type du populisme au sens européen du mot, c’est l’année 1933 en Allemagne ».

Une politique « trop distante des gens »

« Le risque est que l’histoire se répète », a insisté de son côté le cardinal Parolin, rappelant que « les fermetures ne sont pas un bon signe : elles naissent de la peur, et cela n’est pas un bon signe ».

Des propos qui interviennent alors que la presse se fait de plus en plus l’écho d’une possible rencontre entre le pape François et le président américain Donald Trump, probablement juste avant la participation de ce dernier au G7, prévu du 26 au 28 mai à Taormina, en Sicile.

Un peu plus loin dans l’entretien, le cardinal Parolin a aussi regretté que la politique soit « trop distante des gens ».

« Pour reprendre les mots du pape François, c’est un monde auto référentiel », a-t-il expliqué, soulignant que les politiques devaient « accueillir les exigences concrètes des gens et leur donner des réponses concrètes ».

La Croix du 14.02.2017

Le pape met en garde contre le risque de « s’entourer de barbelés »

Dans un entretien accordé vendredi au quotidien espagnol El Pais, et publié dans son édition du dimanche 22 janvier, le pape François met en garde contre les « populismes » qu’engendrent les crises et poussent à élire des « sauveurs » et à s’entourer de « barbelés ».

« Bien sûr les crises provoquent des peurs, des inquiétudes », déclare-t-il lors de cette entrevue organisée à la maison Sainte-Marthe, à Rome, au moment même où le président américain Donald Trump prêtait serment.

« Pour moi, l’exemple type du populisme au sens européen du mot, c’est l’année 1933 en Allemagne. (…) L’Allemagne, brisée, cherchait un leader, quelqu’un qui lui rende son identité et il y a un petit gars, qui se nomme Adolf Hitler et qui dit : moi je peux, moi je peux. » « Hitler n’a pas volé le pouvoir, souligne le pape, il a été élu par son peuple et après il a détruit son peuple. »

« Voilà le danger. En temps de crise, nous manquons de discernement et cette référence est constante chez moi. « Cherchons un sauveur pour nous rendre notre identité, nous défendre avec des murs, des barbelés, avec n’importe quoi pour que les autres ne puissent nous enlever notre identité. » Cela est très grave », avertit le pape, en rappelant la nécessité du dialogue. « Oui, chaque pays a le droit de contrôler ses frontières, qui va et qui vient, et les pays qui sont en danger plus que les autres. Mais aucun pays n’a le droit de priver ses citoyens de dialoguer avec ses voisins. »

Concernant le nouveau président américain, à qui il a écrit vendredi, le pape recommande toutefois d’éviter les jugements hâtifs et de le juger sur pièces – « il faut rester dans le concret » –, avant de répondre à de nombreuses autres questions des journalistes espagnols.

► L’accueil et l’intégration des migrants :

Interrogé sur la crise des migrants, le pape François redit à quel point la rencontre avec certains d’entre eux, « pleurant sur son épaule », l’a bouleversé, et son refus de voir la Méditerranée « transformée en cimetière ». Revenant sur son appel lancé aux paroisses pour accueillir une famille de réfugiés, il estime que ne pas savoir « quel pourcentage » y a répondu. « Sans doute pas 100 %, mais je dirais 50 % ».

Dans cet entretien, il insiste autant sur le nécessaire « accueil » des migrants chassés par « la faim ou la guerre » que sur « le problème de l’intégration ». « La politique d’accueil comporte plusieurs phases. Il y a une réception d’urgence : vous devez les accueillir, car sinon ils se noient. L’Italie et la Grèce ont donné l’exemple », rappelle le pape. « Mais le processus d’intégration doit commencer à un moment donné ».

« Quand il n’y a pas d’intégration, (les migrants) se ghettoïsent ; je ne blâme personne, mais il y a des ghettos », souligne François, en rappelant que « les jeunes gens qui ont commis l’atrocité à Zaventem (NDLR : l’attentat commis le 22 mars 2016 à l’aéroport de Bruxelles) étaient belges, nés en Belgique. Cependant, ils vivaient dans un quartier d’immigrants, un quartier fermé ».

En matière d’intégration, la Suède fait figure de « modèle pour le monde entier » aux yeux du pape. « La Suède compte neuf millions de personnes. Parmi celles-ci, 890 000 sont des « nouveaux Suédois », des enfants d'immigrés ou d'immigrants de nationalité suédoise ». Pourtant, le pays se demande comment « faire pour faire venir plus de monde », fait-il valoir, en rappelant aussi l’accueil réservé par la Suède aux Argentins, Uruguayens, Chiliens « à l'époque des dictatures militaires ».

« Sant'Egidio, en Italie, est un autre modèle », décrit-il ensuite, citant l’exemple de l’accueil des réfugiés syriens qu’il a ramenés avec lui de l’île de Lesbos, suivis par neuf autres : « Le deuxième jour, les enfants allaient à l'école. Le deuxième jour ! »

► La réforme de la Curie

Interrogé sur l’attitude de la « hiérarchie » de l’Église, critiquée à la fin de son pontificat par Benoît XVI, le pape dénonce un risque d’« anesthésie » concernant l’ensemble du « personnel pastoral ». « Peut-être la maladie la plus dangereuse que peut avoir un pasteur vient de l'anesthésie et du cléricalisme », dénonce-t-il. « L’anesthésie qui donne un esprit mondain » et qui transforme le pasteur en « fonctionnaire ».

À propos des scandales ayant affecté la Curie, le pape les analyse comme des « échantillons de la vie de l'Église », regroupant « des saints et pécheurs, des (gens) honnêtes et corrompus ». « À la Curie il y a des saints », assure-t-il au passage, « des hommes qui ont passé leur vie au service des gens de façon anonyme, derrière un bureau, dans le dialogue ou dans l’étude ».

► Les saints et l’Évangile

Interrogé sur les pressions qui s’exercent sur lui des courants « les plus traditionalistes » pour lesquels « tout changement, même si ce n’est que dans la langue, équivaut à la trahison », et pour d’autres à « rien ne suffit jamais », le pape rappelle le fondement de son action. « J'essaie - je ne sais pas si je réussirai - de faire ce que dit l'Évangile. (...) Je suis un pécheur et je ne réussis pas toujours, mais c'est ce que j'essaie de faire ».

« L'histoire de l'Église n'a pas été conduite par des théologiens, des prêtres, des religieuses ou des évêques. Peut-être en partie, mais les vrais héros de l'Église sont les saints, c'est-à-dire les hommes et les femmes qui ont consacré leur vie à faire de l'Évangile une réalité », souligne-t-il plus loin. Avec humour, il reconnaît que « nous pensons parfois qu'une sainte est une religieuse qui regarde vers le ciel et roule les yeux ». En réalité, ils sont à ses yeux les meilleurs « messagers de l’Évangile » : « La théologie que vous apprenez de la vie d'un saint est immense ».

Cette sainteté, affirme le pape, peut être celle de « la classe moyenne », reprenant une expression du romancier français Joseph Malègue. « Je parle toujours des parents, des grands-parents, des infirmières, des gens qui vivent pour servir les autres, qui élèvent leurs enfants, qui travaillent… Ces gens sont extrêmement saints ! Et ce sont aussi eux qui portent l’Église en avant : ceux qui gagnent leur vie avec dignité, qui élèvent leurs enfants, qui enterrent leurs morts, qui prennent soin de leurs aînés, au lieu de les mettre dans un foyer de vieillards, c'est notre sainte classe moyenne », insiste-t-il.

► Le risque de l’idéologie

À plusieurs reprises dans l’entretien, le pape François met en garde contre le risque de l’idéologie, de la « gnose » aussi, et appelle les catholiques à rester au contraire « dans la réalité », dans « le concret » de la vie. « On est toujours plus à l'aise dans le système idéologique qu'on a construit, parce qu'il est abstrait », note-t-il par exemple. « Dans le restaurant de la vie, on obtient toujours de nombreux plats idéologiques. (...) Vous pouvez toujours vous y réfugier. Ce sont des abris qui vous empêchent de vous connecter à la réalité ».

Un peu plus loin, il compare certains fidèles au frère aîné dans la parabole du Fils prodigue, « ceux qui sont à l’aise dans une structure de l'église qui ne leur en demande pas beaucoup, ou qui leur évite trop de contact » et qui se sentent logiquement « mal à l'aise avec tout changement, toute proposition venant de l'Évangile ».

Sans la « proximité », l’Église court elle aussi le risque de n’être plus qu’une « bonne ONG », ou une « bonne et pieuse organisation faire de bons chrétiens qui font le bien, se retrouvent pour le thé et des actions charitables ». « Être proche, c’est toucher le Christ dans sa chair et son sang à travers votre voisin ».

► La nécessité du débat

Comparé par El Pais à Paul VI, un pape « mal-aimé », François montre à quel point il était surtout « un homme en avance sur l'histoire ». « Il a fait ce qu'il a pu. Et la meilleure chose qu'il a faite était de planter les graines. Les graines des choses que l'histoire a recueillies par la suite », explique son successeur, notant ce que doit son encyclique Evangelii Gadium (la Joie de l’Évangile) à l’exhortation apostolique de Paul VI Evangelii Nuntiandi et au document des évêques sud-américains réunis à Aparecida. « Evangelii Nuntiandi est le meilleur document pastoral après le Concile, et il est toujours à jour ».

« Je ne me sens pas non-reconnu », poursuit le pape, en référence sans doute aux débats et parfois aux contestations suscitées par certains de ses textes. « Il y en a qui ne sont pas d'accord, bien sûr, et ils ont le droit, parce que, si je me sentais mal dès lors que quelqu'un est en désaccord avec moi, le germe du dictateur serait en moi ».

« Ils ont le droit de penser que le chemin est dangereux, que le résultat peut être mauvais. Ils ont le droit mais à condition qu'ils parlent, qu'ils ne se cachent pas derrière d'autres », met en garde le pape. « Se cacher derrière les autres est inhumain, c'est un crime. Tout le monde a le droit de débattre, et je souhaite que nous débattions tous davantage, car cela crée un lien plus fluide entre nous. (...) Un débat de bonne foi, sans calomnie ou autre ».

De même, interrogé sur la difficulté pour l’Église espagnole de se positionner dans un contexte de « laïcisation » du pays, le pape ne donne qu’un seul conseil : « le dialogue ». « Un dialogue fraternel », ou « au moins civilisé ». « Ne vous insultez pas les uns les autres. Ne vous condamnez pas avant de vous être parlé ».

La Croix du 22.01.2017

La phrase « Le risque est que l’histoire se répète »
Le cardinal Pietro Parolin. Interrogé le 13 février à la télévision italienne, le secrétaire d’État du Saint-Siège a fait part de la « préoccupation » du Saint-Siège face à la montée des populismes, en Europe comme dans l’Amérique de Donald Trump.Il a notamment souligné que « l’exemple type du populisme au sens européen du mot, c’est l’année 1933 en Allemagne ».

La Croix du 15.02.2017
 




 




 

 

 

 

PRESCRIPTION


Le Bien Public du 17.02.2017

Viol, meurtre, vols...: la loi double les délais de prescription

Le Parlement a définitivement adopté jeudi la proposition de loi doublant les délais de prescription pour les crimes et délits.
Une réforme très attendue
Cette réforme était attendue depuis plus de dix ans sur l’équilibre délicat entre la nécessaire réparation et le jugement dans un délai raisonnable.
Le texte, adopté à main levée par les députés, était cosigné, fait rare, par un député radical de gauche ancien avocat, Alain Tourret, et un député LR ancien magistrat, Georges Fenech.
Il porte de dix à vingt ans le délai de prescription de l’action publique en matière criminelle à partir de la commission des faits. Pour les délits de droit commun, le délai doit passer de trois à six ans.
Un code qui datait... de Napoléon
Le garde des Sceaux Jean-Jacques Urvoas a vanté au cours des débats une réforme "nécessaire, tant le droit de la prescription, hérité du code d’instruction criminelle de 1808, était devenu complexe". Il a loué jeudi un texte permettant de "faire bouger de manière intelligente ce qui reste quand même l’un des fondamentaux de notre droit".
Pour M. Tourret, le droit de la prescription était devenu «un chaos» au fil des dérogations législatives et des arrêts de la Cour de Cassation.
Véritable schizophrénie
Une véritable schizophrénie s’est établie entre d’une part ceux qui voulaient faire appliquer la prescription et d’autre part le refus absolu de l’opinion publique, et des victimes en particulier, d’admettre la prescription (...). Soit on abandonne la prescription, soit on fait une loi claire", avait-il martelé au début des débats il y a un an.
Preuve de la difficulté du sujet, le syndicat de la magistrature (SM, gauche) avait signifié mardi dans une lettre aux parlementaires son opposition à cet allongement des délais, arguant que "les bonnes intentions ne feront pas une bonne législation".
Des enquêtes plus difficiles
"La prescription n’est pas un ennemi de la Justice, elle est au contraire un de ses piliers", avait expliqué le syndicat en soulignant "les traductions concrètes" de cet allongement: constatations matérielles "plus difficiles, fragilité des témoignages, avec au bout le risque de condamner à tort ou de prononcer un non-lieu quelle que soit la crédibilité de la parole de la victime".
Georges Fenech a reconnu jeudi que cet allongement entraînerait un surcroît de travail pour les tribunaux mais, a-t-il dit, "la prescription ne doit pas être un moyen de régulation des flux judiciaires".
Des crimes restent imprescriptibles
Les seuls crimes imprescriptibles resteront les crimes contre l’humanité. «Plus on allonge le délai de prescription, plus on s’approche de l’imprescriptibilité, réservée aux crimes contre l’humanité, et là c’est très dangereux car on banalise les crimes contre l’humanité», a mis en garde M. Tourret.

Le Progrès du 17.02.2017
 




 

 

 

 

PROSELYTISME


À Lyon, un forum pour « évangéliser » les musulmans et des questions

Le Forum « Jésus le Messie » s’est tenu à Lyon le week-end des 4 et 5 février, dans des locaux prêtés par une paroisse du 6earrondissement.
Le thème choisi – « l’annonce de la Bonne nouvelle aux musulmans » – a suscité l’incompréhension de responsables musulmans.
En quoi consiste ce forum ?
Les 4 et 5 février s’est tenu à Lyon, dans les locaux de la paroisse Notre-Dame-de-Bellecombe, le forum « Jésus le Messie » sur le thème : « Se former pour annoncer la Bonne Nouvelle du Christ aux musulmans ».
Accessibles uniquement sur inscription, ces forums visent, selon leurs organisateurs, à « appeler l’attention de l’Église, du monde politique et du monde musulman sur la situation des musulmans qui deviennent chrétiens ». Ils réunissent des convertis de l’islam et des groupes œuvrant à l’évangélisation des musulmans.
Parmi eux, Mohammed Christophe Bilek, 66 ans, un Français d’origine algérienne, converti au catholicisme et fondateur aussi des associations Notre-Dame de Kabylie et Mère-Qabel. Et Guy Stremsdorfer, engagé d’abord dans l’évangélisation en Algérie avant d’être accueilli en 1982 à Lyon par le cardinal Decourtray.
Cette année, des interventions ont porté sur la manière de « préparer convenablement les chrétiens qui vivent au contact quotidien des musulmans à connaître l’islam » ou sur le « socle théologique chrétien pour une pastorale en monde musulman ». Plusieurs personnes ont par ailleurs été invitées à témoigner de leur expérience sur « la conversion de groupes » ou l’accueil « des musulmans qui s’adressent aux services de catéchèse ».
Des « expériences d’évangélisation » ont aussi été présentées par la Mission Angelus (nouvelle structure issue du rapprochement entre Mère-Qabel et un petit groupe engagé dans « l’évangélisation des musulmans »), par le Rocher lié à la communauté de l’Emmanuel, ou encore par le P. Gilles Sanders, responsable à Lyon de l’aumônerie franco-chinoise.
Enfin, deux conférences ont insisté sur les différences entre foi chrétienne et foi musulmane. L’une a été donnée par le P. Pierre-Marie Soubeyrand, ancien père blanc désormais membre de la Communauté des Béatitudes (1) ; l’autre, par la journaliste Annie Laurent, présidente du conseil de surveillance de l’association Clarifier – fondée en 2009 par « plusieurs personnes amies, connaissant l’islam, observant à la fois sa croissance en France, et l’ignorance de beaucoup de responsables des conséquences que son développement peut générer ».
– Quelles réactions ?
Les organisateurs avaient fait une large publicité et convié par courriel un certain nombre de musulmans, suscitant de leur part l’étonnement, sinon la colère. « Qu’aurait-on dit si une association musulmane avait organisé un forum pour former des musulmans à l’annonce du Coran aux chrétiens ? », s’insurge Azzedine Gaci, recteur de la mosquée Othmane à Villeurbanne. Contacté par eux, le Progrès de Lyon a consacré deux pages à l’événement dans son édition du 4 mars. « On a l’impression de revenir au temps des croisades », proteste le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane.
De son côté, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, n’a pas réagi. « Partager notre foi n’a rien de scandaleux, et il nous faut savoir accueillir les catéchumènes venus de l’islam ou d’ailleurs », relève de son côté le P. Christian Delorme, délégué épiscopal au dialogue interreligieux. « Mais on ne peut fonder un projet pastoral sur le dénigrement de l’islam ». Selon lui, une partie des intervenants « se manifestent depuis longtemps comme des adversaires résolus du dialogue islamo-chrétien tel que nous le vivons dans notre métropole de Lyon ».
« Nos invités viennent de tous horizons et sont libres de leurs propos, répond le responsable lyonnais de Mission Angélus. Si certaines choses sont dites, c’est en leur nom propre. Notre souhait est de parler des sujets qui mettent mal à l’aise, non pour dénigrer mais pour avancer ensemble ».
– Quel est le contexte dans lequel intervient cette polémique ?
Sur Internet, dans des livres ou lors de conférences, un petit nombre de théologiens ou de fidèles catholiques développent l’idée d’une opposition irrémédiable entre islam et christianisme ; l’idée aussi qu’il « n’existe pas d’islam modéré », ou encore que l’islam se résume à une sorte d’hérésie chrétienne. Dans leur perspective, le dialogue n’est donc utile que pour convaincre les musulmans de la fausseté de leur religion et les amener à la foi chrétienne, au risque, sinon, de se voir taxer de « naïveté » ou d’« angélisme ».
Même si leur nombre est réduit, ils rencontrent un écho grandissant dans certaines franges de l’Église catholique, alarmées sans doute par la présence de plus en plus visible de l’islam en France, par le sort tragique réservé aux chrétiens dans le monde arabe et musulman en général, et par la montée de la violence islamiste.
Ces intervenants sont également ceux qu’a choisis Mgr Pascal Rolland, évêque de Belley-Ars, pour animer une formation dans son diocèse, intitulée « Apprendre à connaître l’islam » et qui s’est déroulée entre octobre et décembre. Le diocèse de Nanterre a choisi, lui, de faire appel à Mission Angélus pour une formation en quatre soirées de février à mai, à Fontenay-aux-Roses, afin d’« entrer en dialogue avec les musulmans, répondre à leurs questions, annoncer l’Évangile ».
Le P. Delorme s’interroge sur la méthode proposée. « Si je ne respecte pas l’autre dans son histoire, dans ses solidarités, dans son patrimoine de foi ; si je m’inscris dans un rapport de force : vérité chrétienne contre doctrine musulmane (ou l’inverse : vérité musulmane contre doctrine chrétienne), où tout cela peut-il conduire, sinon à des spirales de violence, à la destruction du vivre ensemble dans nos quartiers ? »

La Croix du 07.02.2017
 




 

 

 

 

RUMEURS


Huit médias français s’allient à Facebook contre les « fake news »

Le réseau social va déployer en France son dispositif de signalement par ses utilisateurs d’une information qu’ils pensent être fausse. Celle-ci pourra ensuite être vérifiée par des médias partenaires, dont « Le Monde ».
Huit médias français, dont Le Monde, ont décidé de collaborer avec Facebook pour réduire la présence de fausses informations sur le réseau social. L’annonce en a été faite, lundi 6 février, par l’entreprise américaine, soumise à d’importantes pressions ces dernières semaines pour lutter davantage contre la prolifération de fake news, considérée par beaucoup comme un élément marquant de la dernière campagne électorale aux Etats-Unis.
Concrètement, le projet est de déployer prochainement en France un dispositif similaire à celui qui a été mis en place en décembre aux Etats-Unis avec le concours de cinq médias (ABC News, AP, FactCheck.org, Politifact et Snopes), et qui doit prochainement être lancé en Allemagne, avec la rédaction de Correctiv. En France, outre Le Monde, les médias partenaires sont l’Agence France-Presse (AFP), BFM-TV, France Télévisions, France Médias Monde, L’Express, Libération et 20 Minutes. Après la France, Facebook projette de poursuivre le déploiement dans d’autres pays.
Ce dispositif permet aux utilisateurs, grâce à une nouvelle catégorie de signalement, de « faire remonter » une information qu’ils pensent être fausse. Les liens signalés sont rassemblés au sein d’un portail, auquel les médias partenaires ont accès. Ceux-ci peuvent dès lors vérifier ces informations.
Si deux médias partenaires établissent que le contenu signalé est faux et proposent un lien qui en atteste, alors ce contenu apparaîtra aux utilisateurs avec un drapeau mentionnant que deux « fact-checkers » remettent en cause la véracité de cette information. Quand un utilisateur voudra partager ce contenu, une fenêtre s’ouvrira pour l’alerter.
Pour les liens signalés comme problématiques par les médias partenaires de Facebook, un panneau d’avertissement s’affichera lors du partage de ce lien sur le réseau social. Facebook
Expérimentation
Ce contenu ne pourra pas donner lieu à une exploitation publicitaire sur Facebook. Quant à l’algorithme qui programme la distribution des contenus aux utilisateurs, il « pourra » réduire la circulation du « fake », selon les termes du communiqué de l’entreprise américaine.
« C’est cet élément qui nous a décidés, explique Jérôme Fenoglio, directeur du Monde. Pour la première fois, il serait possible d’agir sur un algorithme quand un contenu pose un problème éditorial. »
Avant ce déblocage, la décision de rejoindre ou non l’initiative de Facebook a suscité d’importantes hésitations au sein des médias. Le modèle proposé par le réseau social ne revient-il pas à faire à sa place le travail de chasse aux « fake news » ? L’accepter, n’est-ce pas permettre à un Facebook sous pression de montrer patte blanche et faciliter sa communication ?
Finalement, le pragmatisme l’a emporté et les titres concernés ont décidé d’avancer, tout en insistant sur le fait qu’il s’agit d’une expérimentation dont un premier bilan sera rapidement mené, dans deux mois. Le besoin de ne pas se désunir, pour discuter demain avec Facebook dans les meilleures conditions, a également joué. « On a tout intérêt à se serrer les coudes et à travailler ensemble sur ces questions », estime Michèle Léridon, directrice de l’information de l’AFP.
De chaque côté, on sait que si l’expérimentation devait se prolonger, la question des compensations pour le travail spécifique que les médias réaliseraient serait nécessairement posée. Même s’il ne s’agit dans un premier temps, de part et d’autre, que de tester et d’évaluer.
En parallèle, une autre plate-forme dont Google est partie prenante, et soutenue par Facebook, a également annoncé son lancement prochain : CrossCheck, au sein du projet First Draft. CrossCheck permettra au public de soumettre des questions et rassemblera les informations fournies par les seize médias français partenaires, dont à nouveau l’AFP, Le Monde, Libération, France Télévisions et France Médias Monde.

Le Monde du 06.02.2017

Décodex : nos conseils pour vérifier les informations qui circulent en ligne

Comment vérifier une source, une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux ? Retrouvez ici toutes nos astuces.
Avec le Décodex, nous vous proposons de nombreux outils pour vérifier l’information en ligne. Mais nous avons aussi souhaité vous apporter de nombreux conseils pratiques pour vous permettre de vous faire votre propre avis et vous interroger vous-même sur les articles que vous lisez.
Contre la diffusion de fausses informations, « Le Monde » lance le Décodex
Fruit de plus d’un an de travail, le Décodex, lancé début février 2017 par Le Monde, est un outil qui vise à lutter contre la diffusion virale de fausses informations et à aider les internautes à se repérer dans la jungle des sites producteurs ou relayeurs d’informations : est-ce un média citant ses sources et vérifiant ses informations, un site fabriquant ou propageant de fausses informations, un site militant ne mentionnant pas son affiliation politique ? Avant de partager une information, différents outils sont à votre disposition pour évaluer la fiabilité du site sur lequel elle est hébergée :
• une extension Chrome (à télécharger ici) et Firefox (à télécharger ici) qui vous indique, en temps réel et pendant votre navigation, si le site est plutôt fiable ou s’il diffuse régulièrement de fausses informations ;
• un moteur de recherche sur notre site (cliquez ici pour y accéder) pour vérifier la fiabilité d’un site ;
• un « bot Facebook » : lorsque vous irez parler avec Les Décodeurs dans la fenêtre de chat Facebook ou sur l’application Messenger, notre robot vous aidera à vérifier l’information (cliquez ici pour y accéder) ;
• des articles pédagogiques, notamment à destination des enseignants (cliquez ici pour y accéder) : vous y trouvez des conseils pour faire la différence entre une information et une source d’information, des astuces pour vérifier une information, une image ou une vidéo qui circule sur Internet, etc.
Voici toutes les ressources que nous mettons à votre disposition :
• Pourquoi il est important de vérifier une information avant de la partager
• Qu’est-ce qu’une information ?
• Qu’est-ce qu’une source d’information ?
• Nos conseils pour juger la fiabilité d’un site
• Nos conseils pour vérifier une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux
• Nos conseils pour vérifier les sources d’une information
• Nos conseils pour savoir si un sondage est plutôt sérieux ou non
• Nos conseils pour vérifier une image ou une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux
• Nos conseils pour reconnaître une théorie complotiste

Le Monde du 01.02.2017



 




 

 

 

 

RUSSIE


En Russie, les autorités politiques et religieuses s’agitent autour d’un film polémique

Invoquant un scénario « attentatoire aux sentiments religieux », plusieurs figures de l’orthodoxie russe tentent d’empêcher la sortie de Matilda, un long métrage qui relate la liaison du tsar Nicolas II avec la danseuse Matilda Kchesinskay.

Sa sortie en salle n’est prévue que pour octobre 2017, mais il est déjà sous le feu des critiques. Réalisé par le cinéaste russe Alexis Ouchitel, le film Matilda, qui raconte le parcours romanesque de la danseuse Matilda Kchesinskaya – ancienne amante du tsar Nicolas II, mais aussi de son cousin germain, le Grand-Duc André – ne cesse de semer le trouble dans les rangs de l’Église orthodoxe et des responsables politiques du pays.

Invoquant une liaison adultère « calomnieuse » qui ternirait l’image du dernier empereur de toutes les Russies, canonisé en août 2000, la fronde religieuse est notamment menée par un proche du président Vladimir Poutine, Mgr Thikon Chevkounov, évêque d’Egorievsk et vicaire du Patriarche de Moscou.

Plusieurs autres évêques, ainsi que le porte-parole de la maison impériale, Aleksander Zakatov, ont quant à eux qualifié le film de « blasphématoire » mais se sont opposés à son interdiction, par crainte d’apporter encore davantage de publicité à l’œuvre d’Alexis Ouchitel.

« Brûler » des cinémas

C’est du côté de l’association « État Chrétien – Sainte Russie » que l’opposition se montre la plus virulente. Cette dernière, composée principalement d’ultras, aurait envoyé plusieurs dizaines de lettres à des gérants de cinémas en les exhortant d’interdire la projection de Matilda.

Menaçant, dans la foulée, les futurs exploitants de « brûler » les établissements d’éventuels réfractaires, elle a ajouté qu’elle n’hésiterait pas à faire « des victimes » pour obtenir gain de cause. Des menaces qui ont poussé le réalisateur Alexis Ouchitel à demander au procureur général russe une protection spéciale pour l’équipe et les distributeurs.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitry Peskov, n’a pas hésité à qualifier, mercredi 8 février, ces attaques « d’inadmissibles ». « L’organisation [État Chrétien-Sainte Russie] n’est même pas enregistrée auprès du ministère de la Justice. Par conséquent, ces actions relèvent de menaces d’extrémistes anonymes », a-t-il dit.

Mais ses propos sont loin de faire l’unanimité chez ses confrères. Le président du Conseil auprès du ministre de la culture, Pavel Pojigailo, s’est par exemple montré beaucoup plus mesuré, en proposant d’instaurer « certains mécanismes » pour « apaiser au plus tôt leur mécontentement ».

La voie diplomatique

D’autres opposants à la sortie du long métrage se sont portés sur une voie plus diplomatique, en adressant une pétition de soutien à la députée pro-Kremlin Natalia Poklonskaya. Connue pour ses positions monarchistes – et pour avoir brandi une icône de Nicolas II lors du défilé du Régiment des immortels le 9 mai, jour de la Fête de la victoire –, cette ancienne procureure de Crimée a déjà essayé, à deux reprises, de faire interdire la sortie sur grand écran du film, en incriminant notamment des scènes érotiques jouées par l’acteur incarnant le tsar.

En janvier, elle avait en ce sens demandé au procureur général d’engager une procédure d’enquête sur la gestion des subventions allouées par le ministère de la culture à la production de Matilda. Et avait exigé – puisque le personnage principal du film est canonisé –, que le scénario soit examiné dans la foulée par un comité d’experts, composé d’historiens et de responsables de l’Église orthodoxe russe.

Des tentatives qui se sont, jusqu’ici, toujours révélées infructueuses. Après avoir visionné la bande-annonce, les autorités judiciaires n’ont trouvé aucun motif pour justifier une éventuelle interdiction de diffusion.

Une liaison connue de tous

En Russie, l’ancienne liaison de Nicolas II avec Matilda Kchesinskaya, en 1890, n’a jamais été gardée secrète. Connue de toute la cour, mentionnée dans plusieurs livres et études de l’historien Marc Ferro (1), spécialiste de la Russie et de l’URSS, elle est même racontée en détail par la danseuse du Bolchoï dans son ouvrage autobiographique, Les mémoires de la Kschessinska, publié en 1959.

Très brève, cette relation – qui n’était pas adultère puisque Nicolas II a épousé Alix de Hesse-Darmstadt quatre ans plus tard, en 1894, et lui est ensuite resté fidèle toute sa vie –, a été considérée comme un détail dans la procédure religieuse qui a amené à la canonisation du tsar Nicolas II.

Ce n’est pas le tsar que voulait alors honorer par cette démarche l’Église orthodoxe, mais le croyant, mort en martyr. « Le dernier monarque orthodoxe russe et les membres de sa famille nous apparaissent comme des gens qui ont cherché sincèrement à incarner dans leur propre vie les professions de l’Évangile. Dans les souffrances qu’a endurées, avec patience et résignation, la famille du tsar lors de sa détention et les morts-martyrs à Ekaterinbourg (Oural) le 17 juillet 1918, apparaît la lumière toute puissante de la foi du Christ », résumait en ce sens, en août 2000, la déclaration du Concile épiscopal orthodoxe lors de la canonisation.

Une résurgence de la censure soviétique ?

Pour de nombreux cinéastes, la virulence de cette polémique autour de la liaison de Nicolas II, connue depuis des décennies, n’est pas sans rappeler les sombres heures de la censure soviétique. Répression des Pussy Riots, baisse de certaines subventions culturelles, méfiance renforcée depuis les événements de Maidan… Dans une lettre ouverte publiée mardi 7 février, cinquante d’entre eux ont publiquement exprimé leur crainte de voir « la culture de leur pays tomber sous la pression d’une nouvelle censure ».

« Nous qui sommes de la vieille génération, nous savons bien comment durant les dizaines d’années de l’époque soviétique, cette censure a mutilé les peintres et freiné le développement de l’art », condamnent-ils. Interrogé par le média allemand DW, l’un des signataires de la lettre, le célèbre réalisateur Vitaly Mansky, s’est même insurgé : « Je me souviens de l’époque où les gens étaient chassés de l’université parce qu’ils allaient à la messe. Bientôt, nous serons chassés parce que nous n’y allons pas. »

Malo Tresca
(1) Auteur notamment de la biographie Nicolas II (Payot, 1991, 369 p. 4 €) et de La vérité sur la tragédie des Romanov, (Tal­lan­dier, octobre 2012, 216 p. - 17,90 €).

La Croix du 10.02.2017




 

 

 

 

Père SAMUEL


La chambre du conseil de Charleroi ordonne la réouverture des débats concernant le Père Samuel

La chambre du conseil de Charleroi a rendu une ordonnance de réouverture des débats, ce lundi, dans le dossier qui concerne le Père Samuel. Le dossier, qui date de 2008, est évoqué depuis deux ans devant cette instance qui doit décider de l'opportunité d'un renvoi en correctionnelle du "prêtre guérisseur".
En 2008, des perquisitions étaient menées au sein de l'église Saint-Antoine de Padoue de Montignies-sur-Sambre (Charleroi) où officie le "Père Samuel" depuis de nombreuses années. Elles avaient débouché sur l'inculpation de Charles-Clément Boniface, alias Samuel Ozdemir, pour des faits d'escroquerie, de faux et d'usages de faux et d'exercice illégal de la médecine.
A la tête d'une vingtaine de comptes en banque
Selon le parquet de Charleroi, le "prédicateur-guérisseur" a fait de sa pauvreté une marque de fabrique qui lui permet de récolter des dons afin, dit-il, de les distribuer aux personnes dans le besoin. Or, l'enquête bancaire aurait démontré qu'il était à la tête d'une vingtaine de comptes en banque pour un montant de plus de 500 000 euros. Ainsi, le Père Samuel aurait lancé un appel aux dons pour acheter l'église Saint-Antoine alors qu'elle avait déjà été acquise par ses soins, ce qui relèverait de l'escroquerie, selon le ministère public. En outre, le septuagénaire affirmerait dans plusieurs écrits et dans ses prêches qu'il peut guérir des maladies graves comme le cancer, à condition de suivre ses préceptes.
Depuis 2014, ses trois avocats plaident devant la chambre du conseil de Charleroi qui doit décider de l'opportunité d'un renvoi en correctionnelle. Ces derniers ont demandé de nombreux devoirs complémentaires avant d'introduire une requête en réouverture des débats à la suite de la production de nouveaux documents. Ce lundi, la chambre du conseil a accédé à leur demande.

https://www.rtbf.be/info/regions/hainaut/detail_la-chambre-du-conseil-de-charleroi-ordonne-la-reouverture-des-debats-concernant-le-pere-samuel?id=9522976
06 février 2017

 



 




 

 

 

 

SANTE

Le Bien Public du 18.02.2017

Dérives sectaires : 40 % des signalements concernent la santé

Les médecines alternatives, en plein développement, sont aussi l’objet de dérives sectaires en expansion.
Le refus de soins pour soi ou pour ses enfants est un signe qui doit alerter.
Régimes miraculeux, jeûne très long, refus de traitements du cancer, instinctothérapie, urinothérapie, respirianisme, hypnose détournée : les remèdes miracles proposés aux malades à bout de souffle font partie des 2 400 signalements adressés chaque année en France à la Miviludes, Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, et des 15 000 appels reçus par l’Unadfi, Union nationale des associations de défense de la famille et de l’individu victime de secte.
Des signes révélateurs
Si les dérives religieuses et la radicalisation sont une part significative du problème, le domaine de la santé et du bien-être comptabilise à lui seul 40 % des signalements.
C’est pour évoquer ce sujet souvent tabou et épineux des sectes que l’Université populaire a décidé d’organiser une conférence lundi, avec la participation de Catherine Picard, présidente de l’Unadfi depuis 2004. « Il n’existe pas une définition des sectes, seulement un faisceau d’indices que nous prenons en compte. Les signes que sont la rupture familiale, les changements très forts de comportements et de discours, le refus de soins pour soi ou pour ses enfants et le prosélytisme du nouveau maître à penser doivent alerter », explique l’ancienne députée de l’Eure, rapporteur de la loi du 12 juin 2001 visant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires (« loi About-Picard »).
Une dizaine de plaintes dans l’aube
Un rapport parlementaire publié en 1996 établit une liste des groupes sectaires. Mais la difficulté tient en partie au fait que des groupes n’hésitent pas à se dissoudre régulièrement pour se reformer sous un autre nom.
Au-delà des communautés identifiées, la dérive sectaire peut être le fait d’un thérapeute, isolé, qui fait sienne les doctrines d’un gourou pour asseoir son emprise sur ses « patients », leur soustraire d’importantes sommes d’argent et mettre leur vie en danger.
Ces affaires finissent parfois devant un tribunal. « Une dizaine de plaintes ont été déposées par des victimes de sectes l’année dernière », explique Guy Villard, président de l’Adfi dans l’Aube, qui compte une trentaine de membres. « Le sujet reste toutefois assez difficile à aborder par les victimes de sectes, qui ont perdu de l’argent, se sont isolées, et ont parfois été victimes d’abus sexuels. »
Conférence intitulée « Sectes et laïcité », lundi 23 janvier à 18 h 30, Maison du patrimoine à Saint-Julien-les-Villas. Organisée par l’Université populaire de l’Aube. Avec Catherine Picard, présidente de l’Union nationale des associations de défense de la famille et de l’individu victime de secte (Unadfi).

http://www.lest-eclair.fr/10221/article/2017-01-21/derives-sectaires-40-des-signalements-concernent-la-sante
21/01/2017

Qu'appelle-t-on "médecines douces" ?

Acupuncture et sophrologie sont des exemples de médecines complémentaires à la prescription de médicaments. Pas toujours reconnues, les pratiques qui entrent dans la catégorie des médecines douces sont plus ou moins bien remboursées.
Les médecines douces ? "C'est tout ce qui n'est pas encore vérifiable par la science", indique Gérald Kierzek, médecin d'Europe 1. "On les appelle aussi médecines non conventionnelles ou médecines alternatives et complémentaires." Sous ces vocables, on retrouve l'acupuncture par exemple, la sophrologie ou encore l'hypnose. Toutes ces médecines se distinguent de la médecine allopathique, c'est-à-dire celle qui nécessite qu'un médecin prescrive des médicaments.
A qui s'adressent ces médecines complémentaires ? Les médecines douces s'adressent à tous, "aussi bien pour des pathologies chroniques comme le mal de dos ou les maladies inflammatoires que pour des troubles fonctionnels comme la colopathie (l'intestin irritable), les troubles psychiques, l'anxiété, l'arrêt du tabac", énumère le médecin. Ces médecines peuvent aussi être indiquées pour des pathologies plus aiguës, pour des accouchements également, voire pour des maladies comme les cancers. "Il faut voir son médecin. Bien sûr, ce n'est pas 'à la place de', c'est 'en plus'", souligne Gérald Kierzek.
Comment sont-elles remboursées ? Ces médecines complémentaires sont généralement chères. La question du remboursement "est tout le problème", souligne le médecin. "Ce sont des médecines qui sont mal reconnues donc cela dépend du choix du praticien. Si vous avez un praticien qui est médecin, vous allez être remboursé sur la base du tarif du médecin conventionné, généralement c'est la base d'une consultation de médecin généraliste. En fonction du traitement prescrit, l'homéopathie est remboursée en partie, ostéopathie parfois. Pour les autres, c'est parfois plus compliqué, voire pas remboursé." A noter toutefois que certaines mutuelles se montrent plus généreuses.

http://www.europe1.fr/sante/quappelle-t-on-medecines-douces-2961059
26 janvier 2017

Du bon usage des thérapies complémentaires

Ostéopathie, homéopathie, sophrologie, phytothérapie…Les thérapies adjuvantes à la médecine traditionnelle ont le vent en poupe. Si certaines sont reconnues et même prises en charge par l’Assurance Maladie, d’autres ont du mal à se frayer un chemin dans le paysage médical. Entretien avec Le Dr Barriot, anesthésiste-réanimateur, toxicologue et expert médical de l’Institut Européen de Formation en Santé*.
Quelle est la place des thérapies complémentaires dans le paysage sanitaire français ?
Les thérapies complémentaires occupent une place très importante en France. Presque la moitié de la population a ou a déjà eu recours à un ostéopathe, un chiropracteur, un psychothérapeute, un aromathérapeute par exemple … Il y a une réelle demande. Le problème, c’est qu’il est parfois difficile de distinguer ce qui est sérieux de ce qui ne l’est pas. Quand certains consultent un ostéopathe, d’autres se dirigent vers un rebouteux. C’est problématique. Même les professionnels de santé ont des difficultés à conseiller correctement leurs patients sur le statut et le sérieux de tel ou tel praticien.
Comment distinguer justement ce qui est sérieux de ce qui ne l’est pas ?
Pour différencier ce qui est sérieux et ce qui ne l’est pas, les professionnels de santé peuvent déjà consulter les rapports d’évaluation de l’Inserm. Ils peuvent aussi s’interroger sur la légitimité de la formation qu’a reçue le praticien. Certaines thérapies complémentaires sont régies par décret (titre de psychothérapeute, ostéopathie, chiropraxie…). Celles-ci peuvent être considérées comme « sérieuses ». D’autres font l’objet de diplômes d’université (DU) ou de diplômes interuniversitaires (DIU), ce qui assure encore un mininum de garantie mais ce qui ne signifie pas pour autant que l’efficacité et l’innocuité de la technique soient prouvées. Enfin, pour un grand nombre de thérapies complémentaires, des formations non universitaires, ouvertes à un large public sans qualification requise, sont délivrées au sein d’organismes privés sans le moindre contrôle des institutions publiques et sans reconnaissance par l’Etat des diplômes délivrés. Il faut dans ce cas, être plus prudent. Il faut aussi savoir que tout praticien exerçant en libéral doit être inscrit sur une liste professionnelle déposée auprès de l’ARS (Agence Régionale de santé) dont il dépend.
Quelles sont les indications des thérapies complémentaires ?
Les thérapies complémentaires revendiquent un éventail assez large d’indications. Il s’agit essentiellement de troubles fonctionnels à l’exclusion de pathologies organiques nécessitant une intervention médicale ou chirurgicale : troubles psychosomatiques (stress, anxiété, asthénie, spasmophilie, troubles du sommeil), syndromes douloureux chroniques (douleurs dorso-lombaires, d’origine arthrosique ou rhumatismale, fibromyalgies, migraines), syndromes infectieux (infections des voies respiratoires, cystites à répétition), certains troubles gynéco-obstétricaux, troubles fonctionnels digestifs, effets secondaires des thérapies anticancéreuses, troubles de la circulation veineuse, allergies, addictions…
Pourquoi souhaitez-vous voir se développer ce genre de thérapies, qui pour la plupart ne relèvent pas de la médecine ?
En qualité de toxicologue, j’ai passé une grande partie de ma carrière à étudier les effets iatrogènes des médicaments. Les thérapies complémentaires ont l’avantage de proposer des alternatives à certains médicaments et donc de diminuer sensiblement la consommation de ceux-ci. Il s’agit de trouver des solutions pour diminuer la toxicité induite par les médicaments. Comme leurs noms l’indiquent, ce sont des thérapies « complémentaires ». Je conseille donc toujours de consulter un médecin en première intention, avant de s’orienter vers ce type de soins, afin d’être certain qu’ils soient effectivement adaptés. Car un retard de diagnostic et un retard d’instauration d’un traitement de médecine conventionnelle peuvent entraîner une perte de chance de guérison ou d’amélioration dans un certain nombre de pathologies graves.
Ces thérapies présentent-t-elles des risques ?
Mise à part la consultation en première intention, sans être passé par la case « médecin » qui augmente les risques de prise en charge tardive d’une pathologie organique, les risques sont le plus souvent - mais pas toujours - minimes. Il faut néanmoins être vigilant sur les dérives sectaires. Car des mouvements sectaires s’étendent au domaine de la santé. Les malades atteints de cancers constituent par exemple une cible de choix pour des « pseudo-thérapeutes » qui promettent des remèdes miracles et conseillent d’interrompre des traitements validés scientifiquement. Il faut savoir qu’aujourd’hui, près de 3000 médecins seraient en lien avec la mouvance sectaire.
Avez-vous des exemples ?
Des mouvements de pensées, se disant « scientifiques » et prétendant refonder la médecine (Biologie totale des êtres vivants, nouvelle médecine germanique…) proposent des outils thérapeutiques qui permettraient à chacun de « déprogrammer les maladies », y compris les maladies incurables. Ces théories, qui donnent aux maladies d’autres causes que celles reconnues par la médecine conventionnelle, peuvent être à l’origine d’un retard d’accès aux soins conventionnels et mettre en jeu le pronostic vital.
Quelles thérapies complémentaires peuvent être pratiquées par des infirmiers ?
Il y en a beaucoup car il n’y a que cinq thérapies complémentaires qui ne relèvent que des médecins et/ou des sages-femmes et/ou des psychologues cliniciens. Donc, à l’exclusion de l’acupuncture, de la mésothérapie, de l’homéopathie, de l’auriculothérapie et de la psychothérapie, les infirmiers peuvent se former et acquérir des compétences supplémentaires. C’est un atout pour eux et pour les patients.
Certaines thérapies complémentaires (l’homéopathie par exemple) sont prises en charges par l’Assurance Maladie, font l’objet d’un DIU et sont reconnues par l’Ordre des médecins. Pourtant, nombreux sont les professionnels détracteurs de ce type de thérapies. N’y a-t-il pas contradiction ?
En effet, c’est une contradiction car des études ont montré que l’homéopathie, par exemple, n’avait pas d’efficacité supérieure à celle d’un placebo. C’est un point très important. Car, si l’on suit le code de déontologie des médecins, ces derniers n’ont pas le droit de proposer à un patient une thérapeutique illusoire ou insuffisamment éprouvée. La situation est similaire avec la mésothérapie : cette pratique est reconnue par l’Ordre National des médecins, mais quand vous lisez les rapports de l’Inserm, elle n’apporte pas de preuve convaincante de son efficacité. Ceci dit, l’effet placebo est un effet très intéressant, mais c’est un autre problème.
*le Dr Barriot organise des formations DPC consacrées aux thérapies complémentaires.

Cet article est paru dans le numéro 21 d'ActuSoins magazine
(Juin /Juillet/Août 2016)

07.02.2017

Les conseils de Gwyneth Paltrow, à ne surtout pas suivre !

Un jour, l'actrice s'est muée en "gourou" de la santé. Depuis, les médecins s'insurgent contre ses conseils parfois dangereux...
Sans l'aide de formations, de diplômes ou même de conseils solides, Gwyneth Paltrow s'est décrétée "gourou" de l'alimentation et du bien-être. Depuis une dizaine d'années, l'actrice livre ses conseils précieux pour maigrir, éviter le cancer, mener une vie saine, atteindre une vie sexuelle plus épanouie, etc. La "bible" de Gwynnie, on la retrouve sur son site internet Goop. Elle est suivie par des milliers d'internautes tous les jours, autant dire que l'impact est sérieux. Si certaines de ses explications beauté semblent louables, la majorité de ses conseils nutritifs et sexo sont régulièrement décriés par les médecins. Gwyneth Paltrow est ainsi perçue comme dangereuse, surtout par le Dr. Gunter, une gynécologue canadienne qui critique systématiquement les débordements de l'actrice.
Dernier en date : la comédienne encourage la prise de supplément d'iode pour stimuler le système immunitaire et prévenir du cancer. "C'est n'importe quoi. L'iode est essentiel au corps humain mais nous n'en avons pas besoin de beaucoup parce que c'est un micronutriment. Manger quelques fois par mois à l'extérieur fournit au corps assez d'iode (...) Tout dans cet article est mauvais et potentiellement dangereux", explique la spécialiste. A moins qu'une personne soit concernée par une carence en cet élément, sa surconsommation risque de provoquer une hyperthyroïdie ou une hypothyroïdie, le cancer de la thyroïde, etc. Le tout reste de bien s'alimenter et de consommer du poisson, des algues, du sel iodé, des produits laitiers et des œufs.

Les oeufs de jade dans le vagin
Dernièrement, Gwyneth Paltrow conseillait aux femmes de porter des œufs de jade dans leur vagin, du matin au soir, pour améliorer leur vie sexuelle. Il s'agit d'une technique chinoise datant de l'Antiquité. Les gynécologues sont unanimes : les muscles pelviens ne sont pas faits pour être contractés en permanence. Cet accessoire peut améliorer le tonus du périnée et faciliter l'orgasme, mais uniquement en le faisant travailler par intermittence. Aussi, cette technique n'aura pas le moindre impact sur les hormones comme il est indiqué dans l'article en question, "c'est biologiquement impossible", s'insurge le Dr. Gunter. Par contre, porter des œufs de jade jour et nuit peut provoquer des irritations, des infections et même mener à un choc toxique mortel.

Soigner la grippe au sauna
Une autre fois, Gwyneth Paltrow racontait à ses lecteurs qu'elle avait attrapé la grippe. Un bon sujet pour prodiguer ses conseils, à sa sauce. Pour elle, le meilleur moyen de guérir, c'est de se rendre au sauna. Médecins et internautes se sont soulevés contre la recommandation de l'actrice. Si le risque de contagion est certain, le risque de déshydratation peut mener à des complications graves. Un médecin a ajouté : "La grippe n'est pas quelque chose qu'on peut traiter comme un phénomène de mode, avec des séjours dans des spas. C'est une maladie réelle et qui peut être mortelle".

Et les autres...
Et les conseils considérés comme ridicules ou même dangereux ne manquent pas. Ainsi sur Goop, on a pu lire que le port du soutien-gorge augmentait les risques de cancer à cause des radiations liées à internet sur les baleines. On se souvient également de la fameuse douche chaude vaginale pour nettoyer son utérus (V-steam) qui a fait bondir les gynécologues (risque d'infection grave). Pour retrouver la ligne, l'actrice préconise également une diète à 300 calories par jour. Un plan détox qui évite d'ingurgiter tout ce qui ressemble à de la nourriture. Merci Dr. Gwynnie !

http://www.lalibre.be/lifestyle/psycho/les-conseils-de-gwyneth-paltrow-a-ne-surtout-pas-suivre-58a46b53cd703b98153d9ce7
15 février 2017




 







 

 

 

 

SCIENTOLOGIE


Xavier Deluc : le capitaine Bernier de « Section de recherches » est scientologue

« LA SCIENTOLOGIE M'A PERMIS DE ME COMPRENDRE MOI-MÊME »

Depuis 2006, Xavier Deluc prête ses traits au Capitaine Martin Bernier (Section de recherches, sur TF1). L'acteur de 58 ans a affirmé être sorti d'une mauvaise passe (drogue, alcool) grâce à l'Eglise de Scientologie, considérée comme une secte en France.
Xavier Deluc est un acteur discret. Le héros de la série policière de TF1, Section de recherches, qui publiait en 2007 un polar sur fond d'amour passionnel (Ton écho ne meurt pas) et s'adonne à une peinture naïve, est rare dans les médias. Récemment, il a cependant rencontré nos confrères du Parisien auxquels il a confié qu'à ses débuts, il a fait partie d'une jeunesse « un peu snob, qui mélangeait alcool et drogue ». Et qu'il est depuis des années scientologue. "C'est mon choix de vie, a-t-il déclaré. Il est cher et précieux, mais c'est ma liberté personnelle."
Cette appartenance à L'Eglise de Scientologie remonte à 1988. Après avoir décroché des addictions qui auraient, selon lui, pu le perdre, il fonde l'association « Non à la drogue, oui, à la vie » et affirme, en 2013, dans Nice matin : « La scientologie m'a permis de me comprendre moi-même et de connaître, avec ma vraie famille, une harmonie que je n'avais pas. […] La réalité, c'est que j'ai failli foutre ma vie en l'air. »
Créée en 1950 par Ron Hubbard, la scientologie est considérée comme une religion aux Etats-Unis, et comme une secte en France. Certains anciens membres ont dénoncé ses pratiques, notamment l'escroque¬rie et le lavage de cerveaux. Les scientologues, eux, se plaignent d'un acharnement dont ils feraient l'objet. Et si Outre Atlantique des célébrités comme Tom Cruise ou John Travolta affichent leur appartenance, en France, Xavier Deluc est à priori la seule.

http://www.gala.fr/l_actu/news_de_stars/xavier_deluc_le_capitaine_bernier_de_section_de_recherches_est_scientologue_

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19 janvier 2017

 

 

Le Courrier de l'Ouest du 20.01.2017

 

Vente à réméré : à Angers, une machinerie à gros sous
A La Grave, dans les Hautes-Alpes, le marchand de biens Jean-François Charpenet a racheté à réméré six appartements à une femme âgée.
Le tribunal de commerce examine ce mercredi le sort de sociétés immobilières en cessation de paiements appartenant à un marchand de biens. L’homme, membre de la scientologie, s’était spécialisé dans le rachat de logements en dessous de leur valeur à des personnes fragiles, en les soumettant à forte pression.
Ses victimes s’étonnent : Internet ne livre aucune photo de celui à qui ils doivent toute leur infortune. Juste la silhouette d’un homme mince pour ses presque 66 ans, le visage flouté par Google Street View devant sa maison. Marchand de biens, Jean-François Charpenet est comme ça : discret. La déconfiture de ses dizaines de sociétés immobilières l’expose bien plus qu’il ne voudrait. Naufrage ou sauvetage, le tribunal de commerce d’Angers examine leur sort ce mercredi. Et des victimes découvrent qu’elles ne sont pas seules à s’être fait dépouiller de leur maison.
De surcroît, l’appartenance de ce marchand de biens à la scientologie donne un peu plus de mystère à cette affaire. Quand il entre dans la secte, dans les années 80, Jean-François Charpenet ne touche pas encore à l’immobilier. «Il a inventé un moyen de tuer les insectes dans le bois par ultrason», dit son avocat, Cyril Emanuelli. En 1987, il atteint le premier stade, l’«état de Clair». Sa montée vers la lumière le classe «OT7» en 2014. Comprendre «Operating Thetan de niveau 7» en jargon scientologue, sur une échelle comportant huit grades, jusqu’à la «vérité révélée». OT7, c’est le même stade d’initiation que Tom Cruise, la tête d’affiche de l’organisation.
Mais l’adepte a aussi des préoccupations très terre à terre. A Angers, il est membre de l’Association spirituelle de l’église de scientologie du Centre-Ouest (Asesco), et préside également depuis 2007 l’association Action Soutien Asesco, le bras logistique et immobilier, doté d’un «directeur financier secondé par le service de trésorerie» qui peut «procéder à l’aliénation de tous biens et valeurs» dans le «respect de la licence d’utilisation des marques de la scientologie et de la dianétique», stipulent ses statuts. Le marchand de biens angevin émarge depuis vingt ans dans les listes des généreux donateurs de la secte. «Mais il m’a dit ne pas avoir fait de don significatif depuis au moins six ans. Il n’en a plus les moyens», affirme son avocat, Me Emanuelli.
Rabatteurs
Au fil des ans, Jean-François Charpenet a créé 52 sociétés civiles immobilières, toutes domiciliées à son adresse, à Angers. Certaines ont déjà été liquidées. Au départ, ce ne sont que des coquilles vides remplies ensuite selon des opportunités repérées dans toute la France par ses rabatteurs. Toujours gérant unique, il a transféré de grosses sommes sur une société détenue par sa compagne, à l’abri de la dégringolade de son maillage de SCI.
Ce mercredi, à huis clos, le tribunal de commerce d’Angers examine le sort de 17 sociétés en cessation de paiements, plombées d’un passif cumulé de 14,7 millions d’euros. Surtout des hypothèques et des prêts dus aux banques. En parallèle, l’administration fiscale et la Miviludes, la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires, suivent de très près cette affaire, dévoilée par la Ligue des droits de l’homme d’Angers en décembre.
Avec ses sociétés civiles immobilières, Charpenet s’est mis en relation avec des châtelains, des retraités, des entrepreneurs aux comptes plongés dans le rouge et auxquels les banques refusent de prêter. Trop âgés, trop endettés, ils espèrent se refaire avec la formule proposée par le scientologue, qui leur amène de l’argent frais contre la vente de leur bien, présentée comme provisoire. Un retour à meilleure fortune leur permettrait de racheter leurs murs dans un délai de cinq ans, parfois moins, au même prix, majoré des intérêts ayant couru durant la période. Il s’agit là d’une vente «à réméré». Codifiée au début du XIXe siècle, ce procédé permet d’obtenir un peu de trésorerie hors système bancaire. L’ancien propriétaire reste dans ses murs moyennant une indemnité d’occupation, en espérant faire jouer la «faculté de rachat» à l’investisseur. Encore faut-il que la méthode ne fasse pas délibérément couler les anciens propriétaires. Pratiquée avec rudesse par le scientologue, elle ressemble à une vaste entreprise de prédation.
Illustration avec Gaston et Andréa Pélissier, qui croisent les rabatteurs de Charpenet après la liquidation de leur entreprise. Un premier intermédiaire «a débarqué à Noël. On était pris à la gorge, on a signé son papier». D’autres suivent, «toujours pressés»,exigeant des signatures sans laisser de double du document. «Jusqu’à Charpenet, très impatient, nous reprochant de ne pas partir en vacances à cause de nous !» En 2008, leur maison de Saint-Péray (Ardèche) est ainsi vendue 120 000 euros à réméré. Bien en dessous de la valeur réelle, évaluée à 300 000 euros par le tribunal de Privas, qui jugera les vendeurs lésés et annulera la vente en novembre 2012. Mais Charpenet estime que les indemnités d’occupation lui sont toujours dues. «Malgré ce jugement et nos mises en demeure, il a laissé pourrir la situation. La SCI profite de la détresse financière de gens qui doivent éponger urgemment une dette, ce qui les amène à souscrire un contrat très désavantageux», explique Serge Almodovar, avocat à Valence et défenseur des Pélissier.
Le système reproduit les mêmes effets à chaque dossier. «Je n’ai pas repéré les intentions malveillantes de ces gens-là… confie Thérèse Fantini, 73 ans. Jusqu’au jour où ce M. Charpenet est venu chez moi, très énervé, m’arracher les clés des mains !» Son avocat grenoblois, Xavier Delachenal, confirme : «Dès qu’il a obtenu la signature de vente de ses six appartements à La Grave (Hautes-Alpes), le monsieur très aimable n’est plus du tout fréquentable. Ma cliente était en grosse difficulté financières, fragile, nerveusement fatiguée, la banque refusait de lui prêter. Elle voulait que ça aille vite. Elle s’est fait embobiner et a signé, avec le seul notaire de Charpenet, qui ne l’a pas conseillée comme il est tenu de le faire.» Le scientologue devra s’expliquer dans quelque mois au tribunal de Gap (Hautes-Alpes), poursuivi pour taux usurier (17 % d’intérêts perçus), soit plus du double de la normale, et pour «défaut d’aléa», c’est-à-dire l’absence du moindre risque pour lui dans l’opération, que sa victime arrive à racheter son bien ou pas. Car soit le gérant de la SCI perçoit des indemnités d’occupation - ici 27 600 euros par an -, soit il garde le bien et peut le revendre à sa valeur de 415 000 euros, selon un expert auprès des tribunaux. Belle culbute pour une acquisition à 171 000 euros seulement…
Autre affaire : en 1979, Régine et Christian Boullay achètent en Auvergne une grange en ruine qu’ils retapent pour y habiter. En 2010, mauvaise passe, un conseiller financier indépendant leur suggèrela vente à réméré. Pour racheter leur maison cédée 148 000 euros, évaluée depuis au double de cette valeur, les Boullay auraient dû sortir 193 000 euros. Impossible, d’autant que l’indemnité d’occupation leur siphonnait déjà 2 150 euros tous les mois : «On n’arrivait pas à vivre, à payer ça, et le chauffage, les impôts…» Interdits bancaires, en procédure de surendettement, ils ont tout perdu. «Et chaque fois qu’on tentait de joindre Charpenet, il était aux Etats-Unis.» Ce que confirme anonymement l’agent immobilier qui a côtoyé ce dernier : «Il partait avec son amie et leurs deux enfants en vacances aux Etats-Unis mais aussi pour affaires, m’avait-il dit.»
Sans ménagements
Pour effectuer ses achats à réméré, Charpenet emprunte à diverses banques, en France, en Suisse, et fait traîner ses remboursements. La détention du patrimoine les fait patienter en espérant un marché immobilier plus favorable. L’homme mène ses affaires sans ménagements. Parfois les pouvoirs publics s’interposent. Le sous-préfet d’Istres (Bouches-du-Rhône) a ainsi refusé l’expulsion du mas provençal de Patrick Amate, dont le fils, 37 ans, souffre d’une maladie dégénérative. «Cette maladie ne date pas d’hier, observe l’avocat de Jean-François Charpenet, Me Emanuelli. Sans le réméré, M. Amate aurait perdu encore plus vite sa maison.»
La mécanique mise en place par le marchand de biens fait aussi des victimes collatérales : un ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, Hugues Anselin, a ainsi perdu 196 000 euros en croyant acheter un appartement de cinq pièces dans le VIe arrondissement de Paris. Un bien finalement invendable, les enfants de la victime, décédée d’un cancer à 72 ans en juin 2012, contestant les tenants et aboutissants du réméré à la SCI en cessation de paiements… «La transaction a échoué, du fait de la malhonnêteté de Charpenet et de son notaire. Je ne reverrai pas mon oseille mais les vrais escroqués de cette histoire, ce sont les ayants droit de la vieille dame», dit Hugues Anselin, très remonté.
«D’accord, le système du réméré n’est pas tendre, plaide Me Emanuelli. C’est cher, inéquitable, dangereux, parfois moche, et résonne dans l’imaginaire collectif comme un système d’usurier, mais franchement, Charpenet n’a pas la mentalité de mettre les gens dehors.»

 

Libération du 24 janvier 2017

 

Une publicité pour l'église de scientologie diffusée en plein Paris, avant d'être retirée des écrans

Les images ont été diffusées pendant trois jours sur la façade d'un magasin de vêtements situé dans le 9e arrondissement de la capitale. Contactée par franceinfo, l'entreprise qui gère l'écran de publicité estime qu'elle a fait "une erreur".

C'est un écran lumineux qui en impose. D'abord parce qu'il s'étend sur près de 30 m2. Ensuite parce qu'il est positionné au cœur du quartier des grands magasins de Paris, accroché sur la façade du Citadium, une boutique spécialisée dans les vêtements. Un spot d'une vingtaine de secondes y est diffusé en boucle, dans lequel on voit un homme en haut d'un sommet, qui invite à "découvrir la Dianétique". La Dianétique, qui n'est rien d'autre qu'une théorie dit "d'éveil spirituel" ou "de développement personnel" inventée par Ron Hubbard... le fondateur de la controversée église de scientologie. La publicité a surpris une internaute, qui a interpellé le magasin sur Twitter, vendredi 27 janvier.

Contacté par franceinfo, le porte-parole de l'église de scientologie en France confirme que l'organisation est bien à l'origine de cette opération de communication. "Il s'agit de faire la promotion d'un livre qui nous tient à cœur, rien de plus, explique Eric Roux. Ce n'est pas la première fois que nous optons pour des panneaux lumineux. Celui-ci est intéressant car il est situé dans un lieu de passage. Nous en avions un autre pendant les fêtes de fin d'année sur le marché de Noël de Paris. Il y a quelque temps, nous avions aussi monté une opération similaire sur la façade de l'hôtel Carlton à Cannes."
Née aux Etats-Unis, l'église de scientologie fait régulièrement parler d'elle. Contactée par franceinfo, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rappelle que "cette organisation fait l’objet d’une vigilance constante", mais qu'elle n'est pas interdite et qu'elle peut donc faire sa promotion de façon tout à fait légale. "Les procédures judiciaires à son encontre sont nombreuses. Comme en octobre 2013, où elle a été condamnée par la Cour de cassation pour escroquerie en bande organisée, recel aggravé, et extorsion."
"Ça n'a strictement rien à faire sur un écran de pub"
Le spot, qui a commencé à être diffusé mercredi 25 janvier, a été retiré vendredi, à la mi-journée. Décision prise par la société Médialarge, qui gère l'écran publicitaire. Son gérant explique à franceinfo qu'il est "tombé des nues" en apprenant le contenu du message. "C'est une erreur. Ça n'a strictement rien à faire sur un écran de pub, lâche Thierry Perrault de Jotemps. Les techniciens qui ont programmé les images n'ont pas compris de quoi il s'agissait." Il dit s'en vouloir, car "les règles déontologiques de l'entreprise sont très strictes." Des partis politiques l'ont déjà sollicité "pour faire leur pub", "on a toujours refusé". Il promet d'être "encore plus vigilant" à l'avenir.

 

http://www.francetvinfo.fr/france/ile-de-france/paris/paris/une-publicite-pour-l-eglise-de-scientologie-diffusee-en-plein-paris-avant-d-etre-retiree-des-ecrans_2038479.html
27/01/2017

 

Le tribunal de commerce liquide les mauvaises affaires du scientologue
La Scientologie occupe à Angers un très bel hôtel particulier qui est une « vitrine » pour l’organisation.
Dans notre édition du 20 janvier, nous évoquions les difficultés financières d'un cadre de la Scientologie d'Angers, par ailleurs homme d'affaires et gros propriétaire immobilier. Le sort de quatorze de ses sociétés, 13 SCI et 1 SARL, était entre les mains du tribunal de commerce.
Ce mercredi, le tribunal de commerce d'Angers a prononcé la liquidation des treize sociétés civiles immobilières, ce qui s'ajoute à trois autres SCI précédemment liquidées.
En revanche pour la SARL STIRCA, un plan d'apurement de 10 ans a été prononcé. Le passif total s'élève à près de 10 millions d'euros.

 

http://www.courrierdelouest.fr/actualite/angers-le-tribunal-de-commerce-liquide-les-mauvaises-affaires-du-scientologue-01-02-2017-301016
01.02.2017


 




 




 

 

 

 

SOGYAL RINPOCHE

Polémique autour d’un livre hostile au bouddhisme tibétain

Des spécialistes du bouddhisme continuent de dénoncer l’ouvrage « Les dévots du bouddhisme », dans lequel Marion Dapsance s’en prend au maître tibétain Sogyal Rinpoché et plus largement au bouddhisme en tant que tel.
Un livre ne cesse d’ébranler depuis des mois l’univers feutré du bouddhisme français. Publié le 15 septembre, au moment de la venue en France du Dalaï-lama, Les dévots du bouddhisme (éditions Max Milo) reprend, dans une version simplifiée, la thèse d’anthropologie que Marion Dapsance a soutenue en décembre 2013 à l’École pratique des hautes études (EPHE). Sa recherche était consacrée à « L’apprentissage du dharma selon Rigpa » (1), Rigpa étant un réseau international de centres bouddhiques tibétains qui compte, en France, plusieurs milliers d’adhérents.
Après avoir fréquenté pendant deux ans le centre bouddhiste de Levallois-Perret, ainsi que le centre de retraite Lérab Ling à Roqueredonde (Hérault) – inauguré en 2008 par le Dalaï-lama –, Marion Dapsance dénonçait divers comportements du maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché, fondateur du réseau Rigpa : humiliations publiques de ses collaborateurs ; coups assénés à l’aide de son gratte-dos ; colères violentes ; caprices pour exiger, lors de tous ses déplacements, une piscine chauffée, un lit double, une marque de thé spéciale, des repas à base de bœuf, une Mercedes avec chauffeur, une masseuse.
La chercheuse avait complété ses enquêtes de terrain par des entretiens avec des personnes engagées dans le bouddhisme tibétain, notamment Olivier Raurich, qui fut traducteur de Sogyal Rinpoché et directeur de Rigpa France jusqu’en 2015, année où il démissionna de son poste en dénonçant les pratiques du fondateur.
Anciennes rumeurs et accusations infondées
Dès le 16 septembre, l’association Rigpa protestait, par communiqué de presse, contre cette « prétendue enquête menée exclusivement à charge ». Considérant que ce livre « ne fait que relayer d’anciennes rumeurs et accusations infondées, publiées sur Internet et qui émanent toujours des mêmes sources », l’association bouddhiste se disait « choquée par le parti-pris et l’approche partielle, voire partiale » du livre.
« Certes, la personnalité et les comportements de Sogyal Rinpoché sont parfois contestés », explique Éric Rommeluère, enseignant de l’association « Un Zen occidental » et auteur de plusieurs ouvrages sur le bouddhisme. « Mais les accusations portées par Marion Dapsance sont d’une extrême gravité. Si elle a connaissance de faits délictueux ou criminels, elle a le devoir moral de les signaler à la justice française ! » Or, affirme Éric Rommeluère à La Croix, « la justice française n’a jamais été saisie d’une plainte à l’encontre de l’association Rigpa ou de Sogyal Rinpoché ».
Dans le même communiqué, Rigpa s’interrogeait sur « les intérêts réels de l’auteure et de l’éditeur », rappelant que « Marion Dapsance a vu ses études financées par des bienfaiteurs chinois ». Le réseau souligne que les éditions Max Milo avaient déjà publié en 2011, à l’occasion d’une précédente venue du Dalaï-lama en France, Dalaï-lama pas si zen, un ouvrage d’une « rare agressivité » contre le leader spirituel tibétain, l’accusant d’être un agent de la CIA.
Mais ce communiqué n’a pas suffi à faire contre-feux au livre de Marion Dapsance. D’autant que l’auteure a publié plusieurs articles épinglant non seulement Rigpa mais le bouddhisme en tant que tel : en février 2016 dans La Revue des deux mondes ; en septembre 2016 dans Le Nouvel Observateur ; en octobre 2016 dans la revue Esprit.
Une profonde incompréhension du bouddhisme
Plusieurs universitaires et spécialistes du bouddhisme dénoncent ce qu’ils voient comme une campagne de dénigrement. L’universitaire Philippe Cornu, président de l’Institut d’études bouddhiques (IEB), dans la revue Études mongoles et sibériennes, centrasiatiques et tibétaines de décembre, reproche un « ton délibérément agressif et partial et son vocabulaire dépréciatif qui n’a rien de scientifique tant il manque de distances. On ne sent jamais chez elle un respect pour les personnes qu’elle côtoie ni pour les pratiques religieuses du bouddhisme ».
Éric Rommeluère, dans la revue Esprit de décembre 2016, est tout aussi critique à l’égard de la compréhension que la chercheuse a du bouddhisme : « désengagement moral, social et affectif, anti-intellectualisme, culte de l’instant présent, souci quasi exclusif de soi, recherche de la sensation pure, habillage des relations de pouvoir en relations thérapeutiques, distance cynique à l’égard d’un monde qui ne serait qu’illusion ».
Pour ce bouddhiste engagé, il s’agit là d’une profonde incompréhension de ce qu’est le bouddhisme qui « n’invite nullement à se soustraire du monde, mais à se dégager des fonctionnements névrotiques qui nous endommagent. Celui qui s’engage dans ce chemin s’exerce à développer de vertus et à développer des préceptes ».
Claire Lesegretain
(1) « Résumé de thèse détaillé Marion Dapsance » sur Academia.edu

 


 

 

 

 

SYRIE


Le Bien Public du 07.02.2017

Le Bien Public du 07.02.2017

Près de 13 000 détenus ont été tués dans une prison syrienne en cinq ans, selon Amnesty

L’ONG dénonce dans un rapport la « politique d’extermination » menée par le gouvernement dans le centre militaire de Saidnaya, près de Damas.
Le régime syrien mène une « politique d’extermination » dans l’un de ses centres de détention près de Damas, dénonce l’organisation non gouvernementale Amnesty International dans un rapport publié mardi 7 février. Intitulé « Abattoir humain : pendaisons et extermination de masse à la prison de Saidnaya », le document se base sur des entretiens avec 84 témoins, au nombre desquels des gardiens, des détenus et des juges.
D’après Amnesty International, entre 5000 et 13 000 personnes y ont été pendues entre 2011 et 2015. Au moins une fois par semaine, des groupes allant jusqu’à cinquante individus ont été extraits de leur cellule pour des procès arbitraires, battus puis exécutés « en pleine nuit dans le secret le plus total ».
« Tout au long de ce processus, ils restent les yeux bandés. Ils ne savent pas quand et comment ils mourront jusqu’à ce que la corde soit enfilée autour de leur cou. »
La plupart des victimes étaient des civils considérés comme des opposants au gouvernement du président Bachar Al-Assad. « Ils les laissaient [pendus] de dix à quinze minutes », a témoigné un ancien juge qui a assisté aux exécutions. « Pour les plus jeunes, leur poids n’était pas suffisant pour les faire mourir. Les assistants des bourreaux les tiraient alors vers le bas et brisaient leur cou. »
Jugés en une ou deux minutes
Un ancien militaire a confié qu’il pouvait entendre « des gargouillis » lors des pendaisons dans la salle d’exécution située en dessous. « Si on collait ses oreilles au sol, on pouvait entendre une sorte de gargouillement », a confirmé Hamid, arrêté en 2011. « On dormait sur fond de bruit de personnes en train de mourir d’étouffement. C’était normal pour moi à cette période. »
Avant de passer à la potence, les détenus, dont les « aveux » ont été extorqués la plus souvent sous la torture, ont droit à une procédure judiciaire expéditive, qui dure une ou deux minutes, devant un tribunal militaire. « Le juge demande le nom du prisonnier et s’il a commis le crime concerné. Qu’il réponde oui ou non, il sera déclaré coupable… Ce tribunal n’a rien à voir avec l’état de droit. Ce n’est pas un tribunal », assure un ancien magistrat.
Des milliers de prisonniers sont toujours détenus à Saidnaya, l’un des centres de détention militaires les plus importants du pays situé à 30 kilomètres au nord de la capitale. Ils seraient la cible de tortures quotidiennes et se verraient privés d’eau, de nourriture et de soins médicaux. Pour l’ONG, il s’agit de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
Des « règles spéciales » en vigueur
D’après les témoignages recueillis par Amnesty, des détenus ont été violés ou forcés de se violer les uns les autres. D’après Omar, un jeune prisonnier, qui était encore au lycée lorsqu’il a été arrêté, les gardiens « ordonnaient à tous les prisonniers de se déshabiller et d’entrer un par un dans la salle de bain. Alors que nous entrions, ils choisissaient l’un des garçons, quelqu’un de frêle, de jeune ou de beau. Ils lui disaient de rester debout face à la porte et de fermer les yeux. Puis ils ordonnaient à un prisonnier plus imposant de le violer ».
Des gardiens ont jeté aux prisonniers leur repas sur le sol de leur cellule, souvent maculé de saletés et de sang. Des « règles spéciales » étaient aussi en vigueur dans la prison : les captifs n’étaient pas autorisés à parler et devaient prendre des positions particulières quand les représentants pénitentiaires entraient dans leur cellule.
« Chaque jour, il y avait deux ou trois morts dans notre aile. (…) Je me souviens que le gardien nous demandait combien nous en avions. Il disait : “Pièce numéro un, combien ? Pièce numéro deux, combien ? et ainsi de suite” », a raconté Nader – un ancien détenu dont le nom a été modifié. Selon lui, après une journée particulièrement violente ponctuée de passages à tabac, treize personnes sont mortes dans une seule aile de la prison.
Amnesty International avait estimé précédemment à 17 700, le nombre de personnes mortes dans les geôles du gouvernement en Syrie depuis le début du conflit en mars 2011. Le chiffre de 13 000 morts dans une seule prison traduit donc une hausse significative.
« Les horreurs décrites dans ce rapport révèlent une campagne autorisée au plus haut niveau du gouvernement syrien, visant à écraser toute forme de dissidence au sein de la population, affirme Lynn Maalouf, directrice adjointe du bureau d’Amnesty International à Beyrouth. Le meurtre de sang-froid de milliers de prisonniers sans défense, qui vient s’ajouter aux programmes systématiques et soigneusement orchestrés de torture physique et psychologique dans la prison de Saidnaya ne peuvent pas continuer à être autorisés. »
En 2016, les Nations unies avaient accusé le gouvernement de Bachar Al-Assad de mener une politique d’« extermination » dans ses centres de détention. Plus de 310 000 personnes ont été tuées et des millions d’autres ont dû fuir leurs foyers depuis le début du conflit syrien.

Le Monde du 07.02.2017
 




 

 

 

 

TORRENTS DE VIE


En France, l’interdiction des «thérapies» de conversion n'est pas pour tout de suite

Début décembre, Malte est devenu le premier pays européen à interdire les «traitements» censés «guérir» les personnes LGBT. Si elles restent marginales en France, ces «thérapies» sont néanmoins dans le viseur des autorités.
En France, l’interdiction des «thérapies» de conversion n'est pas pour tout de suite
Ouverture de l’union civile et de l’adoption aux couples homos, simplification de la procédure de changement d’état civil aux personnes trans : depuis l’arrivée au pouvoir des travaillistes en 2013, la réputation de Malte en matière de droits pour les lesbiennes, les gays, les bis, les trans et les intersexes n’est plus à faire. Le 8 décembre, l’archipel méditerranéen s’est d’ailleurs de nouveau distingué dans ce domaine. La petite république, très catholique, où le droit à l’avortement n’est pas reconnu, est devenue le premier pays européen à bannir les«thérapies» dites de conversion pour les LGBT, désormais pénalisées par des peines allant jusqu’à un an de prison et 10 000 euros d’amende.
A travers le monde, Malte rejoint ainsi la petite poignée de pays (le Brésil depuis 1999, l’Ontario au Canada et quelques Etats américains comme la Californie) qui ont légiféré contre ces pratiques clairement homophobes. Prônées par des groupes religieux, parfois même des médecins et des psychiatres, aux Etats-Unis, en Suisse, en Chine, en Equateur, en Ouganda ou au Liban, ces «thérapies réparatrices» ou de «réorientation» reposent sur le postulat qu’il est possible de «guérir» les homos et les trans, à l’aide de «traitements» tout trouvés, du bourrage de crâne sous couvert d’accompagnement psychospirituel aux bons vieux électrochocs en passant par l’exorcisme. Il s’agit en vérité de méthodes pseudo-scientifiques, condamnées par les plus sérieuses sociétés savantes comme l’Association américaine de psychologie (APA) ou le collège royal des psychiatres en Grande-Bretagne, pour les dégâts psychologiques qu’elles occasionnent pour les personnes qui en sont victimes, allant jusqu’au suicide.
Une implantation difficile à évaluer
Qu’en est-il en France ? Dans l’Hexagone, ces méthodes d’origine américaine, visant à remettre les LGBT «dans le droit chemin» sous couvert d’aide psychologique, ont pris le relais de la psychiatrie depuis que l’homosexualité est sortie de la liste des pathologies mentales en 1992. En revanche, leur implantation est difficile à évaluer et aucune disposition du code pénal ne les condamne expressément. «En France, il y a cinq ou six groupes qui pratiquent des “thérapies” de conversion, confirme Louis-Georges Tin, militant homosexuel et auteur du Dictionnaire de l’homophobie (Presses universitaires de France, 2003). Mais elles sont aussi le fait de psychiatres et des psychothérapeutes, difficiles à combattre, qui continuent à "guérir" leurs patients dans le secret des cabinets.» «Certains thérapeutes disent qu’il y a une ambiguïté identitaire qu’il faut réparer, complète Joseph Agostini, psychologue adhérent de l’association Psygay, un réseau professionnel gay-friendly. Ces méthodes ne disent pas forcément leur nom.»
«En France, les "thérapies" de conversion sont plutôt contenues», observe Frédéric Hay, président de l’association d’Aide et de défense homosexuelle pour l’égalité des orientations sexuelles (Adhéos), à Saintes (Charente-Maritime). Avec son association, installée dans les deux départements charentais, ce militant gay se mobilise depuis plusieurs années pour «surveiller» les groupes religieux qui proposent aux personnes LGBT de changer d’orientation sexuelle et d’identité de genre. En novembre 2015, Adhéos a d’ailleurs obtenu la condamnation en première instance de deux adhérents de l’Eglise évangélique de Cognac (toutefois relaxés en appel) pour «provocation à la haine» après la diffusion sur les marchés de Jarnac et Rouillac de tracts homophobes «Délivré de l’homosexualité !».
La «prise de conscience» de Frédéric Hay remonte à l’affaire «Torrents de vie». A l’été 2012, les militants d’Adhéos apprennent l’existence, à Viviers, dans l’Ardèche, d’un «séminaire de restauration et de formation» dispensé par une mystérieuse association chrétienne protestante. A la tête de cette organisation évangélique, un pasteur suisse, Werner Loertscher, qui propose, pour 410 euros par tête, de renouer avec «une saine hétérosexualité», le «vrai féminin» et le «vrai masculin». Adhéos lance alors une pétition, très relayée par la presse, pour alerter les autorités et quelques mois plus tard, à l’automne, la ministre des Droits des femmes de l’époque, Najat Vallaud-Belkacem, décide de saisir la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) pour «exercer une action d’observation» sur ces «thérapies» à l’occasion d’un plan national de lutte contre l’homophobie.
Sous la surveillance de la Miviludes
Depuis cette date, l’activité de Torrents de vie est placée sous la surveillance de la Miviludes. L’association, qui fait partie du Conseil national des évangéliques de France (Cnef), a d’ailleurs fait disparaître de ses prospectus toute mention d’une conversion à l’hétérosexualité. Cependant, il est permis de douter de la sincérité de l’organisation fondamentaliste. Un rapide tour sur son site permet de voir que Torrents de vie organise toujours une session annuelle de «restauration et formation» à Chalon-sur-Saône pour 360 euros. Et si les documents d’inscription ne mentionnent plus explicitement l’homosexualité, ils renvoient cependant vers les mêmes «ouvrages recommandés» d’un pasteur évangélique américain, Andy Comiskey, «ex-gay» fondateur de l’association chrétienne antigay Desert Stream.
Joint par Libération, le pasteur du groupe religieux protestant dément évidemment toute volonté de sa part de «guérir» l’homosexualité. «Nous ne pratiquons pas de "thérapie" reconstructive pour traiter l’homosexualité proprement dite, se défend par mail Werner Loertscher, mais parfois la guérison des blessures d’enfance et l’impact de l’amour de Dieu peuvent faire découvrir une hétérosexualité initiale (enfouie) que la personne peut accueillir selon son désir et son choix personnel.»
De son côté, la Miviludes semble très embarrassée par le discours lissé du petit groupuscule évangélique venu de Suisse. «Ce Torrents de vie nous embête, déplore Serge Blisko, son président. Dans leurs documents, ils ne présentent rien qui puisse s’apparenter à une thérapie. Ils présentent plutôt ça comme de l’aide psychologique et spirituelle. On a évidemment regardé ce qu’on pouvait faire, mais juridiquement en France, on ne peut pas interdire une doctrine ou une manifestation religieuse.» L’impuissance des autorités sur ce dossier, explique-t-il, tient avant tout au «régime de liberté de conscience» de la loi française. A moins de redouter «un trouble à l’ordre public» comme à Toulouse en 2011 lorsqu’un séminaire de Torrents de vie avait été interdit sous la pression des associations, ou de constater l’implication de mineurs au nom de leur protection, poursuit Serge Blisko. Et d’ajouter : «N’exagérons pas l’importance de ce groupe.»
«Contenir sa sexualité»
A la la Délégation interministérielle à lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), on estime également que ce n’est pas vraiment un «sujet». «Ces "thérapies" concernent surtout l’Espagne et les Etats-Unis», défend ainsi Yohann Roszéwitch, chargé de la lutte contre les LGBT phobies, pour l’organisme qui dépend du gouvernement. Pourtant, du côté des associations chrétiennes inclusives, protestantes comme catholiques, on regrette leur persistance, voire de leur «retour en force» dans les paroisses.
«Les "thérapies" de conversion, qu’on appelait autrefois "délivrances", étaient très présentes en France il y a quinze ans, principalement à travers deux organisations : Exodus international chez les protestants [fondée en 1976, cette organisation évangélique a cessé ses activités en 2013 après le mea culpa et coming out de son président] et Devenir un en Christ chez les catholiques [elle aussi pro-accueil des personnes LGBT dans l’Eglise désormais], détaille à Libération Stéphane Lavignotte, pasteur qui a bataillé pour le mariage pour tous. Elles connaissent aujourd’hui un vrai regain chez les néo-pentecôtistes. Mais je ne suis dit pas inquiet parce que ça ne marche pas, même si elles font des victimes chez des personnes vulnérables.»
Anthony Favier, vice-président de David & Jonathan, association LGBT chrétienne, s’inquiète de la bienveillance de la hiérarchie catholique envers Courage, une association «implantée dans les deux tiers des diocèses aux Etats-Unis», qui s’est installée depuis 2014 dans les diocèses de Paris, Toulon ou Fréjus. «Depuis trois ans, la Communauté charismatique de l’Emmanuel, un courant conservateur dans la droite ligne de la "Manif pour tous", essaye d’implanter Courage en France, raconte Anthony Favier. Ses dirigeants ne recommandent pas la "guérison" de l’homosexualité à proprement parler mais ils proposent de contenir sa sexualité.» En un mot : l’abstinence.
Sur le site du très conservateur diocèse de Fréjus, Courage propose d’ailleurs, de manière soft, de «vivre une vie chaste selon l’enseignement de l’Eglise catholique sur l’homosexualité». Pour trouver la version hard, il faut plutôt aller voir les écrits explicites du fondateur américain de l’association catholique, le prêtre Paul N. Check. «L’attirance vers le même sexe est un désordre développemental qui est à la fois soignable et évitable», peut-on lire dans un texte traduit et exposé sur le site de l’association. Sollicités par Libération, ni les dirigeants de Courage France ni les porte-parole de la Conférence des évêques de France (Cef) n’ont à ce jour répondu à nos demandes d’entretien.
«Des vies humaines sont en jeu»
Faut-il dès lors envisager l’interdiction de ces pratiques qui parfois ne disent pas leur nom dans la bouche des religieux comme de certains psychiatres ? Le mouvement LGBT français n’a pas encore formulé une réponse claire et précise. «Si Malte a légiféré, pourquoi la France ne le ferait-elle pas ? Ces "thérapies" vont à l’encontre des droits humains des personnes LGBT», soulève la porte-parole de l’Inter-LGBT Clémence Zamora-Cruz, contactée par Libération. Néanmoins, pour Virginie Combe, vice-présidente de SOS homophobie, il n’est pas nécessaire de porter ouvertement une telle revendication. «Le risque, c’est qu’on reconnaisse la légitimité de ces "thérapies", justifie la militante associative. Or, en général, ce sont des mouvements à la limite du sectaire qui les proposent. Notre priorité c’est plutôt de rappeler que l’homosexualité n’est pas une pathologie et qu’en cas d’un commentaire déplacé d’un professionnel de santé, il faut saisir l’Ordre des médecins.»
Depuis début janvier, une pétition sur la plateforme Change.org, signée par plus de 26 000 personnes, demande que le gouvernement agisse en conséquence. Motivé par le précédent maltais, l’auteur de la pétition, Aurélien Heiligenstein, sollicité par Libération, pointe l’urgence de la situation. «Il faut établir une loi qui stipule explicitement l’interdiction pure et simple de ces thérapies en France et apporte une réponse pénale aux "thérapeutes" qui les pratiquent», plaide le jeune homme qui se présente comme un adhérent d’Amnesty International à Mulhouse. Même son de cloche du côté d’Adhéos qui compte poser le sujet sur la table de la prochaine réunion de la Fédération LGBT en février. «En Europe, c’est une revendication récente, défend ainsi Frédéric Hay. Malte a ouvert la voie. Petit à petit, le mouvement LGBT prend conscience de la nécessité d’une telle évolution législative puisque des vies humaines sont en jeu. Le sujet-même nous oblige à agir.»

http://www.liberation.fr/france/2017/01/21/en-france-l-interdiction-des-therapies-de-conversion-n-est-pas-pour-tout-de-suite_1542106
21 janvier 2017




 




 

 

 

 

TRADITIONALISTES


À Rome, l’opposition au pape François s’affiche

Des affiches anti-François ont fleuri la semaine dernière sur des murs de Rome, montrant que l’opposition au pape s’organise.

Selon les observateurs, les affiches anti-pape François apposées la semaine dernière sur des murs de Rome seraient une première depuis… la chute des États pontificaux en 1871 !

Sous un pape à la mine sombre, un texte en romanesco, le dialecte romain, accuse pêle-mêle François d’avoir « renvoyé des prêtres », « décapité l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée » et « ignoré les cardinaux ». « Mais où est donc ta miséricorde ? », s’indigne l’affiche, rapidement recouverte d’un bandeau « affichage illégal » par les services de la ville de Rome.

L’affiche fait référence aux démêlés du pape avec l’Ordre de Malte et les Franciscains de l’Immaculée – une congrégation ultra-conservatrice et anti-Vatican II sur laquelle le pape a demandé une enquête, en voie de se conclure par une mise au pas. Elle porte aussi sur les dubia (« doutes ») que lui ont envoyés quatre cardinaux sur Amoris laetitia. Ces sujets montrent qu’elle émane des milieux les plus conservateurs de l’Église.

« L’opposition contre le pape est petite, même si elle fait beaucoup de bruit », tempère le P. Antonio Spadaro, un des proches du pape, citant des propos du P. Carlos Galli, un théologien argentin lui aussi très écouté de François.

Cette opposition serait même beaucoup plus réduite que celle à laquelle ont dû faire face ses prédécesseurs depuis Paul VI, rappelle un autre observateur.

Le P. Spadaro invite donc à ne pas trop prêter l’oreille à ces attaques dont François avait déjà dit, dans un entretien à l’Avvenire, qu’elles ne « l’empêchaient pas de dormir ».

Elles montrent toutefois que l’opposition, aussi faible soit elle à Rome, est bien organisée et dispose de moyens.

Un long échange téléphonique avec le président Donald Trump

La semaine dernière, le vaticaniste italien Fabio Marchese Ragona révélait ainsi dans le quotidien Il Giornale qu’un « haut prélat, présent à Rome depuis presque dix ans », avait eu récemment, en pleine nuit, un long échange téléphonique avec Donald Trump.

Selon le journaliste, il s’agissait à la fois de donner au nouveau président américain des éléments de langage pour se défendre face à ceux qui l’accusent d’être un ennemi du pape, mais aussi « de faire croître et de renforcer la fronde anti-François à l’intérieur du Saint-Siège ».

Quelques jours plus tard, le substitut de la Secrétairerie d’État, Mgr Angelo Becciù, faisait part de la « préoccupation du Saint-Siège » face aux décisions de Donald Trump en matière d’immigration, une première à ce niveau.

Et, ce dimanche, le pape envoyait un message vidéo diffusé pendant le SuperBowl, la finale du championnat de football américain, une des plus importantes audiences télévisées outre-Atlantique.

La Croix du 06.02.2017




 

 

 

 

TRAVAILLEUSES MISSIONNAIRES


Les Travailleuses missionnaires, dans la tourmente, ont quitté Lisieux

Suspectée d’esclavage moderne, l’association des Travailleuses missionnaires ne gérera plus l’hôtellerie pour le pèlerinage de Lisieux (Calvados).
En mars 2015, une première plainte avait été déposée par une ancienne travailleuse missionnaire de Lisieux (Calvados), au commissariat de Caen.
Les Travailleuses missionnaires quittent Lisieux (Calvados). « Un accord pour une nouvelle convention entre l’association Ermitage-Centre spirituel et la Famille Missionnaire Donum Dei n’ayant pu intervenir, sa responsable nous a confirmé le départ de la communauté de la maison de l’Ermitage où elles assuraient leur apostolat d’accueil des pèlerins » indique le père Olivier Ruffray, recteur de la basilique, dans un communiqué.
La communauté religieuse gérait l’hôtellerie du pèlerinage Sainte-Thérèse depuis 21 ans.
Une enquête en cours pour esclavage
Officiellement, ce départ est la conséquence du non-renouvellement de la convention qui liait le Sanctuaire de Lisieux à la Famille missionnaire, à qui le recteur souhaite « bonne route dans ses nouvelles missions ».
Officieusement, l’Eglise souhaite surtout prendre ses distances avec cette communauté, dans le viseur de la justice depuis le dépôt d’une plainte, début 2015, pour exploitation d’une personne réduite en esclavage.
Le père Laurent Berthout, délégué épiscopal à l’information, ne s’en cache pas :
« Les Travailleuses missionnaires font l’objet de deux enquêtes : une enquête canonique, mandatée par le Vatican, qui concerne l’aspect spirituel de leur association et une enquête civile à propos des conditions de travail des travailleuses. Par prudence, il valait mieux ne pas prolonger cette convention ».
Une dizaine de plaintes
Depuis, une dizaine de plaintes, toujours pour esclavage moderne, ont été enregistrées auprès du parquet d’Epinal (Vosges), qui suit l’affaire.
Originaires d’Afrique ou d’Asie, les plaignantes affirment avoir travaillé de 6h à minuit, du lundi au dimanche, et sans salaire, dans les différents établissements gérés par la communauté en France. Ce que dément catégoriquement l’association des Travailleuses missionnaires. Toutes ces femmes sont passées par Lisieux, à un moment ou un autre, dans le cadre de leur formation.
Remplacées à partir de mars 2017
Les dix Travailleuses missionnaires en poste à Lisieux ont quitté la ville le 8 janvier 2017, date à laquelle la maison d’accueil l’Ermitage Sainte-Thérèse (93 chambres) ferme ses portes pour l’hiver.
Elles seront remplacées, à partir du mois de mars 2017, par les religieuses de « L’Institut des servantes de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus » qui, depuis deux ans, assurent déjà l’accueil des pèlerins au Foyer Louis et Zélie Martin.

http://www.lepaysdauge.fr/2017/01/12/les-travailleuses-missionnaires-dans-la-tourmente-ont-quitte-lisieux/
12/01/2017




 

 

 

 

TRES SAINTE EGLISE DE JESUS CHRIST DE BANAME


Bénin : des fidèles d'une secte anti-vaudou meurent d'asphyxie en attendant la fin du monde

On dénombre cinq morts. D’autres se retrouvent sur des lits d’hospitalisation après avoir été enfermés dans une salle enfumée par de l’encens brûlant et du charbon de bois. Ces disciples d’une secte opposée au Vaudou, voulaient ainsi être épargnés de la fin du monde.
L’un des survivants de ce drame qui s’est déroulé le week-end dans la ville d’Adjarra, dans le nord-est de la capitale béninoise Porto-Novo, a révélé à Reuters comment ses condisciples en sont arrivés là.
“A l’aide de vieux vêtements, nous avons bloqué tous les accès d’air à la salle, avant d’utiliser de l’encens et du charbon incandescents pour préparer la descente de l’Esprit saint”.
L’objectif, comme le témoignent d’autres membres de cette secte dénommée “Très Sainte Eglise de Jésus Christ de Baname”, était de se préparer à la fin du monde et d‘être épargné d’une éventuelle apocalypse. Après d’intenses moments de “prières”, les plus chanceux se sont retrouvés hospitalisés avec des complications respiratoires, quand cinq personnes ont été retrouvées mortes.
A l'aide de vieux vêtements, nous avons bloqué tous les accès d'air à la salle, avant d'utiliser de l'encens et du charbon incandescents pour préparer la descente de l'Esprit saint.
Contactée par Reuters, le maire de Baname a confirmé que les victimes sont bien des membres d’un groupe de prière, mais s’est refusé à tout commentaire.
La “Très Sainte Eglise de Jésus Christ de Baname”, dirigée par Vicentia Chanvoukini dit “Lady Perfect” – qui s’est auto-proclamée Dieu – s’oppose au Vaudou, une culture pratiquée par près de 40 % de la population béninoise.

http://fr.africanews.com/2017/01/31/benin-des-fideles-d-une-secte-anti-vaudou-meurent-d-asphyxie-en-attendant-la/
 



 




 

 

 

 

Donald TRUMP

 

Un décret migratoire qui sème la confusion et la discorde

Face aux attaques, Donald Trump s’est défendu de toute discrimination à l’encontre des musulmans. Mais son texte porte la vision radicale de son conseiller stratégique, Stephen K. Bannon, qui en a supervisé l’élaboration sans consultation des ministères concernés.
Qui est concerné par le décret migratoire ?
Le décret signé vendredi interdit l’entrée à tous les réfugiés, quelle que soit leur origine, pendant 120 jours (et pour une durée indéfinie en ce qui concerne les réfugiés syriens). Au-delà de cette date, les États-Unis n’admettront sur leur sol qu’un maximum de 50 000 réfugiés en 2017, soit la moitié de la limite fixée à 110 000 par Barack Obama. La priorité sera donnée aux membres de minorités religieuses persécutées dans leur pays. Tous les Syriens, réfugiés ou non, sont interdits d’entrée sur le territoire américain « jusqu’à nouvel ordre ».
Par ailleurs, l’entrée aux États-Unis est suspendue pendant 90 jours pour les ressortissants de sept pays à majorité musulmane : Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen, le temps de réétudier les critères d’octroi de visas. Si la Maison-Blanche a revu sa position concernant les détenteurs d’un permis de séjour permanent (carte verte), les titulaires de ce document ressortissant de l’un des sept pays visés doivent néanmoins s’attendre à des contrôles renforcés.
Il en va de même pour les détenteurs de visa en règle pour les États-Unis et originaires de l’un de ces sept pays, à l’exception des porteurs de visa diplomatique ou d’institutions internationales.
La situation des binationaux reste floue. Les citoyens américains possédant aussi la nationalité de l’un des sept pays ne sont pas touchés. Pour les binationaux d’autres pays, la nationalité liée à l’un des États visés primera et leur interdira l’accès au territoire américain. La Grande-Bretagne et le Canada ont obtenu une exemption, mais leurs ressortissants binationaux peuvent être soumis à des vérifications supplémentaires s’ils arrivent aux États-Unis depuis un pays visé par le décret.
Comment le décret est-il appliqué ?
L’application du décret s’est faite dans la confusion. Au moins 109 personnes ont été arrêtées à leur arrivée aux États-Unis, bien qu’ayant un visa valide. Des juges fédéraux de l’État de New York, de Virginie et du Massachusetts ont autorisé l’entrée de personnes disposant d’un titre de séjour en règle mais bloquées dans les aéroports.
Les ministres de la justice de seize États fédérés ont promis, dans un communiqué, de « combattre avec tous les moyens à leur disposition ce décret contraire à la Constitution ». Mais tant que la constitutionnalité et la légalité du décret n’ont pas été remises en cause par les tribunaux, celui-ci reste en vigueur et le département de la sécurité intérieure continuera à l’appliquer.
Quel est son impact politique ?
Le décret a provoqué de nombreuses manifestations dans les grandes villes du pays et suscité une vague de critiques à l’étranger. Donald Trump s’est défendu de toute discrimination contre les musulmans et a rejeté sur les manifestants la responsabilité des problèmes rencontrés dans les -aéroports.
La composition de la liste des pays considérés comme dangereux soulève des questions. Elle ne comprend ni l’Arabie saoudite ni l’Égypte, le Liban ou les Émirats arabes unis, qui sont pourtant les nations d’où provenaient 18 des 19 terroristes impliqués dans les attaques du 11 septembre 2001, sans compter d’autres pays comme l’Afghanistan, le Pakistan, la Turquie, l’Inde et les Philippines.
Stephen K. Bannon, conseiller stratégique du président, a supervisé l’élaboration du décret par une petite équipe à la Maison-Blanche, sans consultation des ministères concernés – sécurité intérieure, département d’État ou Pentagone. Son contenu reflète sa vision radicale de l’immigration et de « la guerre contre le fascisme islamique djihadiste ».
L’influence de l’ex-directeur du site nationaliste Breitbart News s’est vue renforcée samedi par l’octroi d’une place dans les « réunions principales » du Conseil de sécurité nationale.

La Croix du 30.01.2017

Aux États-Unis, les évêques condamnent la politique migratoire de Donald Trump

Mgr Joe Vasquez, évêque d’Austin (Texas) et président de la Commission pour les migrants du pays, a condamné, mercredi 25 et jeudi 26 janvier, les décrets présidentiels prévoyant la construction d’un mur à la frontière mexicaine et la réduction des fonds fédéraux accordés aux villes accueillant des clandestins.

Deux discours en deux jours. Mgr Joe Vasquez, évêque d’Austin (Texas) et président de la Commission pour les migrants, rattachée à la Conférence épiscopale américaine, a publié, mercredi 25 et jeudi 26 janvier, deux messages condamnant avec virulence les récents décrets signés par le président Donald Trump en matière d’immigration.

Diffusés sur le site de la Conférence épiscopale américaine (USCCB), ces discours dénoncent notamment le projet présidentiel de construction d’un mur à la frontière mexicaine et la réduction, par Washington, des financements fédéraux accordés aux 200 « villes sanctuaires » américaines, accueillant depuis plusieurs décennies des immigrés clandestins, à qui elles ont notamment promis différentes formes de protection.

Protéger les citoyens et les nouveaux arrivants

« Je partage la préoccupation que nous ressentons tous lorsqu’une personne est victime de la criminalité, surtout lorsque l’auteur de ce crime est entré illégalement aux États-Unis », a d’abord concédé Mgr Vasquez, dans son texte du 26 janvier.

« Et j’exhorte nos élus locaux, étatiques et fédéraux à travailler ensemble pour veiller à ce que toutes les personnes – les citoyens des États-Unis comme les nouveaux arrivants – soient protégées de ceux qui représentent une menace pour la sécurité nationale », poursuit-il ensuite, ajoutant toutefois s’inquiéter de l’application du décret portant sur les « villes sanctuaires » américaines ainsi que du renforcement de la politique gouvernementale de détention et d’expulsion des migrants dans le pays.

Une politique migratoire « qui nuit à la dignité humaine »

À ses yeux, l’offensive menée par Donald Trump pour réduire de moitié l’immigration clandestine dans le pays risque de détériorer considérablement les relations locales entre les forces de l’ordre et les communautés d’immigrés.

« Nous savons que les relations de coopération entre les organismes d’application de la loi et les communautés d’immigrés sont essentielles. Or je crains que ces décrets exécutifs ne nuisent à cette nécessité vitale », écrit-il en ce sens, appelant les autorités à revoir une politique migratoire « qui divise les familles et nuit à la dignité humaine ».

Des migrants plus vulnérables à la frontière

La veille, Mgr Vasquez s’était aussi insurgé, sur le site de la USCCB, contre le projet de « construction immédiate » d’un mur à la frontière mexicaine, entériné mercredi 25 janvier par l’administration Trump. « Je suis découragé que le président ait décidé [cela] en priorité », dénonçait-il alors. « La construction d’un tel mur ne fera que rendre les migrants – et plus particulièrement les femmes et les enfants – plus vulnérables encore face aux contrebandiers », a-t-il ensuite poursuivi, ajoutant que ce mur déstabiliserait, de surcroît, « de nombreuses communautés, pleines de vie et merveilleusement interconnectées, et qui cohabitent de part et d’autre de la frontière ».

Jeudi 26 janvier, les évêques mexicains se sont joints à l’appel de Mgr Vasquez pour condamner ce mur, qu’ils qualifient d’« interférence humaine ».« Nous exprimons notre douleur et notre rejet du mur », ont-ils déclaré dans un communiqué commun, en invitant le président Donald Trump à « réfléchir plus profondément sur les façons d’assurer la sécurité, le développement et l’emploi sans provoquer plus de dommages que ceux que subissent déjà les plus pauvres et les plus vulnérables ».

La Croix du 27.01.2017
 

Aux Etats-Unis, le front anti-décret s’organise

Manifestations, poursuites judiciaires, mobilisation politique… La récente décision de Donald Trump d’interdire immédiatement aux ressortissants de certains pays d’entrer sur le sol américain vivifie ses opposants.
New York De notre correspondant
Depuis ce week-end, aux États-Unis, les anti-Trump ont de nouveaux héros : les avocats de l’American Civil Liberties Union (Aclu). Fondée il y a près d’un siècle, composée essentiellement de bénévoles lançant des procédures lorsqu’ils estiment que des libertés sont menacées ou que des individus sont victimes de discriminations, la puissante association de défense des libertés est montée au front samedi dernier. Cette fois, il s’agissait de contrer le décret du président américain Donald Trump, signé la veille, qui suspend pour une durée de 90 jours l’entrée sur le territoire américain des ressortissants de sept pays à dominante musulmane (lire les repères), mais aussi pour une durée de 120 jours la venue de réfugiés du monde entier.
L’Aclu, ainsi que d’autres organisations de défense des immigrés et des réfugiés aux États-Unis, ont saisi plusieurs juges fédéraux à travers le pays pour remettre en cause ce décret, qui plaide aussi pour que la priorité dans l’octroi de l’asile politique soit établie en fonction de la religion du demandeur. Certaines parties du texte ont ainsi été suspendues à la suite des jugements qui en ont découlé, samedi et dimanche, et des dizaines de personnes bloquées en zone aéroportuaire ont finalement pu passer la frontière.
La décision la plus commentée est venue de New York, où un juge a imposé un sursis d’urgence au niveau national, interdisant aux autorités d’expulser ou de maintenir en détention des individus en situation régulière. « Ce genre de décisions donne un coup de pouce aux opposants à Donald Trump. En plus de manifester en descendant dans la rue, ils savent qu’ils peuvent compter sur la justice quand il le faut », estime Kerry Doyle, avocate spécialisée sur les questions d’immigration. Avec l’Aclu, elle a saisi samedi un juge fédéral de Boston, après avoir appris la mise en détention de plusieurs individus à l’intérieur de l’aéroport de la capitale du Massachusetts.
Les décrets et lois sur les migrants ciblant certaines nationalités sont rares aux États-Unis, mais pas inexistants. Dès 1882, sur fond de racisme anti-asiatique, le Congrès votait des lois interdisant l’immigration sur le territoire américain de travailleurs chinois, puis celle des ressortissants d’autres pays d’Asie. En 1944, Franklin Roosevelt signait lui aussi un décret ordonnant l’évacuation des Japonais américains de la côte Ouest des États-Unis et leur placement dans des camps d’internement. Mais c’était en pleine guerre et trois ans après Pearl Harbour ; 120 000 personnes étaient alors concernées.
Toutefois, Donald Trump prend sa mesure dans un pays qui n’a jamais été aussi mixte. 41,3 millions d’Américains sont en effet nés hors des États-Unis, soit 13,1 % de la population, selon l’institut Pew. C’est quatre fois plus qu’en 1960.
Même si les jugements prononcés ce week-end n’ont pas annulé la totalité du décret, ils ont représenté une victoire pour les populations visées et leurs défenseurs, notamment l’Aclu. Depuis sa création, celle-ci s’est impliquée dans des dossiers aussi divers que la défense de la liberté d’expression des opposants à la guerre du Vietnam, la ségrégation raciale et les droits des homosexuels. Désormais perçue comme l’un des remparts contre les politiques à venir du nouveau président, elle a reçu depuis pas moins de 10 millions de dollars de donations, ainsi que plusieurs promesses de soutien financier émanant d’entreprises et de célébrités américaines.
Hier, la situation devait encore évoluer sur ce front récemment ouvert. Les sénateurs démocrates de Californie avaient l’intention de déposer une proposition de loi afin de revenir sur le décret, et plusieurs recours en justice devaient être déposés, de New York à la Californie, en vue de le faire annuler. « Ce texte pose de graves problèmes en matière de constitutionnalité, comme le fait de donner la priorité à certains réfugiés en fonction de leur religion, souligne Jacki Esposito, elle aussi avocate spécialiste de ces questions, impliquée dans la mobilisation new-yorkaise. Il nous faut rester vigilants, et nous assurer que d’autres personnes ne sont pas placées en détention alors qu’elles pensaient simplement rentrer chez elles. »
Repères
Les réactions des pays visés
L’Iran a jugé la décision « insultante » et annoncé l’application du principe de réciprocité pour les voyageurs américains.
En Irak, où les États-Unis participent à la coalition anti-Daech, le Parlement s’est lui aussi prononcé hier pour la réciprocité.
Au Yémen, le gouvernement loyaliste du président Abd Rabbo Mansour Hadi a estimé que la décision américaine encourageait « l’extrémisme ». Les rebelles chiites houthistes ont aussi dénoncé le caractère « illégal et illégitime » du décret.
Le Soudan a déploré une décision qui intervient après la levée de sanctions économiques américaines le 13 janvier.
En Syrie, ni le régime ni les rebelles n’avaient réagi hier midi. Idem en Libye et en Somalie.
(1) L’Irak, de l’Iran, de la Libye, de la Somalie, du Soudan, de la Syrie et du Yémen,

La Croix du 30.01.2017

Les responsables religieux vent debout contre le décret de Donald Trump

Le décret de Donald Trump pourrait notamment nuire aux minorités chrétiennes des pays concernés.

« J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » En brandissant ce verset de Matthieu sur une pancarte, devant l’aéroport de Chicago, samedi soir, Caitlin Fitz résume l’état d’esprit de très nombreux catholiques américains face au décret migratoire de Donald Trump.

Durant le week-end, les responsables religieux n’ont cessé de faire front contre une mesure qu’ils jugent contraire aux valeurs de l’Amérique. « Nous travaillerons vigoureusement pour que les réfugiés soient accueillis avec humanité en collaboration avec les organismes catholiques de bienfaisance, sans sacrifier notre sécurité ou nos valeurs fondamentales en tant qu’Américains », lit-on sur le site officiel de la conférence des évêques américains (USCCB).

« Nos frères et sœurs immigrants sont saisis par la peur »

« Le monde regarde comme nous abandonnons nos engagements envers les valeurs républicaines », a renchéri le cardinal Blase Cupich, archevêque de Chicago, dimanche, pour le 100e anniversaire des œuvres de charité catholiques de New York, qui réunissait de nombreux philanthropes et responsables. « Nos frères et sœurs immigrants sont saisis par la peur, a souligné le maire démocrate de New York, Bill de Blasio. Les dirigeants du clergé vont avoir un moment où leurs voix importent plus que jamais. »

D’autres au sein de l’épiscopat américain, à l’instar du cardinal Donald Wuerl, se sont directement adressés à leur clergé. « Nous sommes appelés à nous soigner les uns les autres, qu’il s’agisse de notre voisin dans la rue ou d’un nouveau venu de notre nation qui cherche à se libérer de la brutale persécution religieuse ou politique », écrit l’archevêque de Washington dans une lettre ouverte sur son blog.

« En tant que juifs, c’est un affront à nos valeurs fondamentales »

Mais la colère ne se limite pas à la sphère catholique. Les organisations des trois plus grandes confessions juives américaines – les mouvements orthodoxes, conservateurs et réformistes – ont adressé de concert une série d’avertissements à la Maison-Blanche. « Nous rejetons totalement le ciblage des individus en fonction de leur religion », déclare le collectif orthodoxe, d’ordinaire peu enclin à s’investir dans le débat politique. « En tant que juifs, c’est un affront à nos valeurs fondamentales. »

Dans les pays concernés, la mesure ne manquera pas de compliquer l’existence des missionnaires américains. Et celle des communautés chrétiennes que les djihadistes assimilent à des suppôts de l’Occident, comme le souligne Mgr Louis Sako, patriarche des Chaldéens. « Ces choix discriminants nourrissent la propagande et les préjugés qui désignent les chrétiens comme des corps étrangers soutenus par les puissances occidentales », déplorait-il hier depuis Bagdad. En annonçant que les chrétiens bénéficieraient d’un traitement de faveur, Donald Trump alimente aux yeux du monde musulman la théorie d’un « choc des civilisations » en vogue dans les milieux conservateurs.

La Croix du 30.01.2017

Décret Trump sur l’immigration, la Silicon Valley se mobilise

Les créateurs d’entreprises technologiques de la Silicon Valley ont été les premiers à réagir au décret du président sur l’immigration. Les étrangers sont particulièrement nombreux parmi les informaticiens.

Vent debout. Les entrepreneurs de la Silicon Valley ont été les premiers à dire leur désaccord face au décret Trump. De façon très inhabituelle, Serguei Brin, le cofondateur de Google, s’est rendu samedi 28 janvier à la manifestation devant l’aéroport de San Francisco. Il a dit être là « en tant que descendant d’immigré ». Il est en effet arrivé aux États-Unis de Russie lorsqu’il avait 15 ans, en 1979.

Le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, a lui aussi invoqué son ascendance étrangère dans un message posté sur sa page : « Mes grands-parents sont arrivés d’Allemagne, d’Autriche et de Pologne. Les États-Unis sont une nation d’immigrés et nous devons en être fiers », a-t-il écrit.

De Starbucks à Netflix, en passant par Microsoft

La plupart des dirigeants des grandes entreprises technologiques américaines ont ainsi fait part de leur désaccord. Comme le dirigeant de Microsoft, l’indien Satya Nadella, ou celui d’Apple, Tim Cook, qui a écrit « Apple est ouvert à tous, peu importe d’où ils viennent ». Il a par ailleurs rappelé que le fondateur d’Apple, Steve Jobs, était fils d’un immigrant syrien. Reed Hastings, le cofondateur de Netflix a qualifié le décret Trump d’acte « non-américain ».

Le patron d’Airbnb, Brian Chesky, a offert d’héberger gratuitement tous ceux qui se trouvaient en difficultés dans un aéroport du fait de ce décret, où qu’ils soient dans le monde, demandant sur Twitter à être contacté personnellement en cas de problème ; et Howard Schultz, le PDG de la chaîne Starbucks s’est engagé à recruter 10 000 réfugiés dans les cinq ans à venir, dans les multiples pays où le groupe est présent.

Tous ces entrepreneurs sont des personnalités très connues aux États-Unis. Leurs prises de positions sont suivies. La plupart d’entre eux avaient pris position contre Donald Trump, lors de la campagne électorale, et montré leur soutien à Hillary Clinton. Puis une fois élu, le nouveau président avait mis en scène sa réconciliation avec les entrepreneurs de la Silicon Valley.

Les étrangers sont essentiels pour la high-tech américaine

Le 14 décembre dernier, il avait fait venir 13 d’entre eux à New York pour une réunion à la Trump Tower. Parmi eux se trouvaient les patrons d’Apple, d’Amazon et de Microsoft. Ils s’étaient pliés à l’exercice en traînant un peu les pieds. Deux d’entre eux, Elon Musk, fondateur de Tesla, et Travis Kalanik, patron d’Uber, avaient cependant accepté d’entrer dans un conseil auprès du nouveau président, à la mission mal définie.

À peine un mois plus tard, le climat semble à nouveau se tendre entre Donald Trump et ces entrepreneurs. Tous notent, dans leur message, que leurs entreprises emploient de nombreux étrangers qui risquent de se trouver en difficultés. Ils invoquent le « rêve américain », qui a fait des États-Unis un refuge pour ceux qui étaient menacés dans leur pays d’origine.

Ils font valoir que le dynamisme de la Silicon Valley doit beaucoup aux étrangers. Tous les ans, le poumon de la high-tech fait appel à plusieurs dizaines de milliers de développeurs et ne peut s’en sortir sans l’apport permanent d’ingénieurs venus de partout dans le monde.

La Croix du 30.01.2017

Etats-Unis : les défenseurs des droits civiques remportent une bataille contre le décret anti-immigration de Donald Trump

Une des dispositions du décret interdisant l’entrée de ressortissants de sept pays aux Etats-Unis a été suspendue par la justice, après avoir suscité des manifestations dans les aéroports.
Vingt-quatre heures après avoir signé son décret sur les étrangers, Donald Trump a été confronté aux deux contre-pouvoirs qui risquent de mettre sa présidence à l’épreuve : la justice et la rue.
Saisie par les associations de défense des droits civiques, une juge fédérale a suspendu, samedi 28 janvier, une partie de l’application du texte « Protéger la nation contre l’entrée de terroristes étrangers aux Etats-Unis » qui interdit aux ressortissants de sept pays musulmans d’entrer sur le territoire américain.
Dans la soirée, Ann Donnelly a décidé d’un sursis d’urgence qui interdit momentanément l’expulsion des personnes arrivées dans des aéroports américains avec un visa valide et les autorise à entrer dans le pays.
Mobilisations dans les aéroports
Des rassemblements spontanés de plusieurs milliers de personnes s’étaient déclarés dans une demi-douzaine d’aéroports du pays pour obtenir la libération des passagers d’origine étrangère détenus par les services de l’immigration en vertu du décret.
Avant même la publication de celui-ci, l’ACLU, l’association de défense des libertés civiles, avait donné au président « rendez-vous au tribunal ». Dès samedi matin, elle a saisi la juge fédérale Ann Donnelly, au nom de deux Irakiens retenus à l’aéroport John F. Kennedy à New York, alors qu’ils avaient des visas d’entrée aux Etats-Unis.
Toute la journée, des centaines de manifestants ont envahi les abords du Terminal 4, aux cris de « Let them in ! » : « Laissez-les entrer ! » D’autres se sont massés devant le tribunal de Brooklyn, pour attendre la décision de la juge.
La même situation s’est déroulée à l’aéroport O’Hare de Chicago, ou encore à celui de Dallas. A San Francisco, des centaines de personnes ont envahi l’aérogare internationale, exigeant la révocation du « muslim ban ». Des avocats bénévoles se sont rendus sur les lieux pour aider les familles des passagers détenus, et essayer d’obtenir des informations, à l’appel du National immigration law center.
De 100 à 200 personnes concernées
Vers 21 heures, la magistrate new-yorkaise a donc prononcé une suspension partielle, estimant que l’application du décret aux deux plaignants leur causerait un « tort irréparable » en les forçant à retourner dans leur pays. Il s’agit d’une mesure temporaire, dans l’attente que la plainte de l’ACLU pour non-constitutionnalité du décret soit jugée sur le fond, mais elle est valide sur le plan national.
Selon l’association, de 100 à 200 personnes – dont une douzaine à New York – étaient samedi retenues dans les aéroports en vertu du nouveau décret, qui vise aussi bien les réfugiés que les détenteurs de cartes vertes : scientifique iranien se rendant à Boston, famille syrienne ayant finalement été acceptée dans l’Ohio, étudiante en anthropologie à Stanford, d’origine soudanaise… Tous pris de court par la soudaineté des mesures prises par la police de l’immigration.
L’ACLU a prévenu que l’essentiel restait à faire. « La décision préserve le statu quo », a expliqué Lee Gelernt, le responsable des droits des migrants au sein de l’organisation. Mais son directeur, Anthony Romero s’est réjoui : « Dès sa première semaine, Donald Trump a essuyé une première défaite devant la justice. » À Brooklyn, les militants ont exulté : « On a gagné ! »
Statue de la Liberté en larmes et incrédulité
Intervenant à l’issue d’une semaine éprouvante, qui a vu des pans entiers du programme de campagne de Donald Trump être mis en route à vitesse accélérée, le décret sur les étrangers a provoqué un émoi considérable dans le pays.
Les internautes ont multiplié les images d’une Statue de la liberté en larmes et les témoignages d’incrédulité face à une mesure qui interdit aux titulaires d’une double nationalité de rentrer chez eux, s’ils sont nés dans l’un des sept pays de la liste.
La mesure est temporaire – 90 jours –, mais même Dick Cheney, le défenseur des « interrogatoires musclés » de la CIA sous George W. Bush, l’a jugée profondément « non américaine ».

Le Monde du 29.01.2017
 

« Muslim ban » à Washington : « Cette politique n’est pas digne des Etats-Unis »

Des Américains de toutes origines et religions se sont réunis, dimanche, devant la Maison Blanche, pour protester contre le décret présidentiel qui exclut les ressortissants de sept pays musulmans.
Il y a deux semaines, Henna Qureshi travaillait dans un camp de réfugiés syriens en Jordanie. Dimanche 29 janvier, cette jeune pédiatre américaine d’origine pakistanaise a rejoint les manifestants venus devant la Maison Blanche, à Washington, dénoncer le décret présidentiel signé quarante-huit heures plus tôt par Donald Trump, qui interdit l’accès aux Etats-Unis aux ressortissants de sept pays musulmans.
« Revenir dans mon pays pour être confrontée à ce type de décision, c’est terrible », témoigne la jeune femme, cheveux noir de jais et anneau d’or à la narine. « J’ai des amis syriens ou iraniens, des médecins, à qui on a déconseillé de participer à des échanges ou à des missions à l’étranger car ils ne pourront plus revenir dans le pays, s’insurge-t-elle. Je n’ai pas voté pour Trump, mais jusqu’à présent je respectais le résultat de l’élection. Or, maintenant, on se rend compte qu’il est le président d’un seul camp. En sept jours [de présidence Trump], tant d’horreurs ont été dites et faites, j’espère que la population va s’élever contre cette politique. »
Toutes religions confondues
Les milliers de personnes présentes au pied de la statue du marquis de La Fayette, face à la Maison Blanche, partagent ce même espoir. Beaucoup n’avaient jamais manifesté de leur vie.
C’est le cas de Sabila, une enseignante d’origine indonésienne, venue du Maryland. « Je suis en colère et effrayée », avance la jeune femme, qui porte le voile et brandit une pancarte avec des photos d’enfants syriens morts ou blessés. « Je ne pensais pas que les choses iraient si vite. Il faut montrer à Trump qu’il ne peut pas faire ce qu’il veut », insiste-t-elle, tout en se disant rassurée par la foule venue protester. Entre deux chants, une femme musulmane voilée de bleu vient enlacer des manifestants et les remercier de leur présence.
De nombreuses familles juives ont aussi fait le déplacement. « C’est inimaginable de laisser ceci se passer sous nos yeux. Il ne faut même pas qu’il y ait un début d’application à ce décret », juge Daniel Jossen, kippa sur la tête et pancarte à la main. « En plus, Donald Trump a pris cette décision le jour du souvenir de l’Holocauste, s’étrangle-t-il. Or le lien entre l’histoire des juifs et ce qui se passe aujourd’hui, c’est que personne ne doit être discriminé à cause de sa religion. »
Certains craignent la prochaine étape. « Et si après cela Trump décide de ne plus accorder de visas à tous les musulmans ? », s’inquiète Abhishek, un étudiant américain d’origine indienne, qui est venu du Massachusetts. « Toute cette politique n’est pas digne des Etats-Unis et de ce pour quoi le pays s’est toujours battu », juge le jeune homme de 20 ans, un petit drapeau américain à la main.
Contre-pouvoirs
Julija Sajauskas, dont les parents sont arrivés de la Lituanie communiste, renchérit : « A l’époque, les Etats-Unis les ont accueillis à bras ouverts et j’ai pu vivre le rêve américain. Mais il faut dire que nous étions blancs et chrétiens… » « Changer les règles aujourd’hui, c’est vraiment triste alors que le pays s’est construit sur le partage des différences », soupire la jeune femme, venue manifester avec son épouse.
Beaucoup se félicitent de l’action en justice qui a permis, la veille, de suspendre les renvois de ressortissants des sept pays concernés. « La justice et la mobilisation populaire constitueront les contre-pouvoirs à la politique de Trump, veut croire M. Jossen. C’est formidable que des associations et des avocats se mobilisent ainsi, même un samedi ! »
D’autres pensent déjà aux actions qu’il va leur falloir entreprendre pour « résister ». « On va écrire à nos représentants, les appeler, porter tous les cas possibles en justice, devenir bénévoles pour des associations de défense des migrants… », énumère Jessica, une employée fédérale de 34 ans. Sur sa pancarte, le slogan « Ban Bannon » (« Excluez Bannon ») résume l’inquiétude de nombreux manifestants face à l’influence de Stephen Bannon, le très nationaliste conseiller stratégique de M. Trump.
Après les manifestations spontanées de ce week-end à Washington et dans de nombreux aéroports du pays, les responsables politiques démocrates devaient se mobiliser à leur tour lundi, en organisant un rassemblement devant la Cour suprême, à Washington, pour protester contre cette « injustice historique », selon les termes de Nancy Pelosi, chef de file des démocrates à la Chambre des représentants.

Le Monde du 30.01.2017
 

Trump limoge la ministre intérimaire hostile à l’application du décret anti-immigration

Sally Yates, la ministre par intérim de la justice, a mis en doute la légalité et la moralité de ce décret et a appelé les procureurs à ne pas le défendre.
Isolé, critiqué de toutes parts, y compris par son prédécesseur, le président américain Donald Trump a défendu lundi 30 janvier sa décision de fermer les frontières aux ressortissants de sept pays musulmans.
Il a de nouveau riposté aux critiques lundi dans une série de tweets. Pour expliquer la situation parfois chaotique dans les aéroports américains, M. Trump a mis en cause une défaillance informatique au sein de la compagnie aérienne Delta, les manifestations d’opposants et les réactions faussement outrées selon lui d’élus du Congrès.
Il a dû faire face à une complication de taille quand la ministre intérimaire de la justice a appelé les procureurs à ne pas défendre le décret. Il a répliqué par la manière forte, en la relevant de ses fonctions.

• Sally Yates remerciée après sa prise de position
L’ancienne numéro deux du ministère de la justice sous l’administration Obama faisant office de ministre par intérim, Sally Yates, a ordonné lundi 30 janvier aux procureurs de ne pas défendre le décret anti-immigration signé vendredi par le président républicain Donald Trump.
La réponse du président américain n’a pas tardé. « La ministre intérimaire, Sally Yates, a trahi le département de la justice en refusant d’appliquer un décret destiné à protéger les citoyens des Etats-Unis », a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué. « Le président Trump a relevé Mme Yates de ses fonctions et a nommé Dana Boente ministre intérimaire dans l’attente de la confirmation par le Sénat de la nomination du sénateur Jeff Sessions. » Sans surprise, le nouveau ministre appliquera le décret. « Je donne instruction aux hommes et aux femmes du département de la justice de faire leur devoir comme nous l’avons juré et de défendre les ordres légaux de notre président », a déclaré M. Boente dans un communiqué.
Un peu plus tôt, Sally Yates a mis en doute dans une note interne la légalité et la moralité de ce décret qui interdit l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, et à tous les réfugiés.
« Ma responsabilité est d’assurer que la position du ministère est non seulement légalement défendable mais est également formée par notre meilleure interprétation de ce qu’est la loi, après avoir pris en considération tous les faits. A l’heure actuelle, je ne suis pas convaincue que la défense du décret présidentiel soit cohérente avec ces responsabilités, pas plus que je ne suis convaincue du fait que ce décret présidentiel soit légal. »
« Par conséquent, pendant toute la période où je suis ministre par intérim de la justice, le ministère de la justice ne présentera pas d’arguments pour défendre le décret présidentiel, sauf si je finis par être convaincue qu’il est approprié de le faire », a-t-elle affirmé.
M. Trump a tweeté peu après la divulgation du mémo de Mme Yates : « Les démocrates retardent mes choix pour mon cabinet uniquement pour des raisons politiques. Ils n’ont rien à y gagner sauf à faire de l’obstruction. Actuellement, j’ai un A.G. d’Obama », autrement dit un « attorney general » (ministre de la justice).

• Le chef intérimaire du service de l’immigration et des douanes remplacé
Dans sa lancée, le président américain a continué à faire le tri dans son administration. Il s’est notamment empressé de remplacer, lundi, le chef intérimaire du service de l’immigration et des douanes (ICE), Daniel Ragsdale, un ancien de l’administration Obama.
Thomas Homan, qui prendra la direction de l’ICE en remplacement de M. Ragsdale, « œuvrera à l’application de nos lois sur l’immigration sur le territoire des Etats-Unis, en conformité avec notre intérêt national », a déclaré le secrétaire à la sécurité intérieure, John Kelly, dans un communiqué.
Plusieurs diplomates américains ont protesté contre le décret en utilisant un canal officiel dit de « dissidence ». « Soit ils acceptent le programme, soit ils s’en vont », les a avertis Sean Spicer, le porte-parole de Donald Trump.
• Des exemptions au cas par cas
Après Londres et le Canada, qui ont bénéficié d’exemptions pour leurs citoyens naturalisés ou ceux ayant également la nationalité d’un des sept pays concernés par le décret, c’est au tour de l’Australie et de l’organisation des Nations unies.
Lire aussi : Le décret anti-immigration de Donald Trump suscite l’inquiétude dans le monde entier
Canberra a annoncé mardi que les Australiens binationaux étaient exemptés des restrictions sur l’entrée aux Etats-Unis imposées aux ressortissants de sept pays musulmans par le décret migratoire du président américain Donald Trump.
« Les détenteurs de passeports [australiens] pourront aller et venir aux Etats-Unis de la manière habituelle, quel que soit leur lieu de naissance, qu’ils soient ou non binationaux ou s’ils détiennent ou non un autre passeport », a déclaré Malcolm Turnbull, le premier ministre australien, qui a reçu cette confirmation du conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn.
Washington a également assuré aux Nations unies – dont le siège est à New York – que leurs employés, venant des sept pays concernés et détenteurs de visas G4 valides, pourraient continuer à entrer aux Etats-Unis.
Après avoir dans un premier temps affirmé à la presse qu’une poignée d’employés de l’ONU n’avaient pas pu embarquer à destination des Etats-Unis au cours du week-end, le porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, a précisé n’avoir recensé aucun cas confirmé de personnel affecté par le décret américain.

• La nomination d’un « sage » avancée
Le président américain a aussi tweeté que le magistrat choisi pour occuper le siège vacant depuis presque un an à la Cour suprême des Etats-Unis serait annoncé mardi soir. Il devait initialement l’annoncer jeudi mais, confronté au tollé international suscité par son décret de fermeture partielle des frontières, il a décidé de l’avancer de quarante-huit heures.
Depuis la mort, en février 2016, d’Antonin Scalia, les « sages » ne sont plus que huit car le Sénat – aux mains des républicains – a refusé d’auditionner le candidat qui avait été choisi par son prédécesseur démocrate Barack Obama.

Le Monde.fr avec AFP | 31.01.2017

Le pape met en garde contre le risque de « s’entourer de barbelés »

Dans un entretien accordé vendredi au quotidien espagnol El Pais, le pape François met en garde contre les « populismes » qu’engendrent les crises et poussent à élire des « sauveurs » et à s’entourer de « barbelés ».

Dans un entretien accordé vendredi au quotidien espagnol El Pais, et publié dans son édition du dimanche 22 janvier, le pape François met en garde contre les « populismes » qu’engendrent les crises et poussent à élire des « sauveurs » et à s’entourer de « barbelés ».

« Bien sûr les crises provoquent des peurs, des inquiétudes », déclare-t-il lors de cette entrevue organisée à la maison Sainte-Marthe, à Rome, au moment même où le président américain Donald Trump prêtait serment.

« Pour moi, l’exemple type du populisme au sens européen du mot, c’est l’année 1933 en Allemagne. (…) L’Allemagne, brisée, cherchait un leader, quelqu’un qui lui rende son identité et il y a un petit gars, qui se nomme Adolf Hitler et qui dit : moi je peux, moi je peux. » « Hitler n’a pas volé le pouvoir, souligne le pape, il a été élu par son peuple et après il a détruit son peuple. »

« Voilà le danger. En temps de crise, nous manquons de discernement et cette référence est constante chez moi. « Cherchons un sauveur pour nous rendre notre identité, nous défendre avec des murs, des barbelés, avec n’importe quoi pour que les autres ne puissent nous enlever notre identité. » Cela est très grave », avertit le pape, en rappelant la nécessité du dialogue. « Oui, chaque pays a le droit de contrôler ses frontières, qui va et qui vient, et les pays qui sont en danger plus que les autres. Mais aucun pays n’a le droit de priver ses citoyens de dialoguer avec ses voisins. »

Concernant le nouveau président américain, à qui il a écrit vendredi, le pape recommande toutefois d’éviter les jugements hâtifs et de le juger sur pièces – « il faut rester dans le concret » –, avant de répondre à de nombreuses autres questions des journalistes espagnols.

► L’accueil et l’intégration des migrants :

Interrogé sur la crise des migrants, le pape François redit à quel point la rencontre avec certains d’entre eux, « pleurant sur son épaule », l’a bouleversé, et son refus de voir la Méditerranée « transformée en cimetière ». Revenant sur son appel lancé aux paroisses pour accueillir une famille de réfugiés, il estime que ne pas savoir « quel pourcentage » y a répondu. « Sans doute pas 100 %, mais je dirais 50 % ».

Dans cet entretien, il insiste autant sur le nécessaire « accueil » des migrants chassés par « la faim ou la guerre » que sur « le problème de l’intégration ». « La politique d’accueil comporte plusieurs phases. Il y a une réception d’urgence : vous devez les accueillir, car sinon ils se noient. L’Italie et la Grèce ont donné l’exemple », rappelle le pape. « Mais le processus d’intégration doit commencer à un moment donné ».

« Quand il n’y a pas d’intégration, (les migrants) se ghettoïsent ; je ne blâme personne, mais il y a des ghettos », souligne François, en rappelant que « les jeunes gens qui ont commis l’atrocité à Zaventem (NDLR : l’attentat commis le 22 mars 2016 à l’aéroport de Bruxelles) étaient belges, nés en Belgique. Cependant, ils vivaient dans un quartier d’immigrants, un quartier fermé ».

En matière d’intégration, la Suède fait figure de « modèle pour le monde entier » aux yeux du pape. « La Suède compte neuf millions de personnes. Parmi celles-ci, 890 000 sont des « nouveaux Suédois », des enfants d'immigrés ou d'immigrants de nationalité suédoise ». Pourtant, le pays se demande comment « faire pour faire venir plus de monde », fait-il valoir, en rappelant aussi l’accueil réservé par la Suède aux Argentins, Uruguayens, Chiliens « à l'époque des dictatures militaires ».

« Sant'Egidio, en Italie, est un autre modèle », décrit-il ensuite, citant l’exemple de l’accueil des réfugiés syriens qu’il a ramenés avec lui de l’île de Lesbos, suivis par neuf autres : « Le deuxième jour, les enfants allaient à l'école. Le deuxième jour ! »

► La réforme de la Curie

Interrogé sur l’attitude de la « hiérarchie » de l’Église, critiquée à la fin de son pontificat par Benoît XVI, le pape dénonce un risque d’« anesthésie » concernant l’ensemble du « personnel pastoral ». « Peut-être la maladie la plus dangereuse que peut avoir un pasteur vient de l'anesthésie et du cléricalisme », dénonce-t-il. « L’anesthésie qui donne un esprit mondain » et qui transforme le pasteur en « fonctionnaire ».

À propos des scandales ayant affecté la Curie, le pape les analyse comme des « échantillons de la vie de l'Église », regroupant « des saints et pécheurs, des (gens) honnêtes et corrompus ». « À la Curie il y a des saints », assure-t-il au passage, « des hommes qui ont passé leur vie au service des gens de façon anonyme, derrière un bureau, dans le dialogue ou dans l’étude ».

► Les saints et l’Évangile

Interrogé sur les pressions qui s’exercent sur lui des courants « les plus traditionalistes » pour lesquels « tout changement, même si ce n’est que dans la langue, équivaut à la trahison », et pour d’autres à « rien ne suffit jamais », le pape rappelle le fondement de son action. « J'essaie - je ne sais pas si je réussirai - de faire ce que dit l'Évangile. (...) Je suis un pécheur et je ne réussis pas toujours, mais c'est ce que j'essaie de faire ».

« L'histoire de l'Église n'a pas été conduite par des théologiens, des prêtres, des religieuses ou des évêques. Peut-être en partie, mais les vrais héros de l'Église sont les saints, c'est-à-dire les hommes et les femmes qui ont consacré leur vie à faire de l'Évangile une réalité », souligne-t-il plus loin. Avec humour, il reconnaît que « nous pensons parfois qu'une sainte est une religieuse qui regarde vers le ciel et roule les yeux ». En réalité, ils sont à ses yeux les meilleurs « messagers de l’Évangile » : « La théologie que vous apprenez de la vie d'un saint est immense ».

Cette sainteté, affirme le pape, peut être celle de « la classe moyenne », reprenant une expression du romancier français Joseph Malègue. « Je parle toujours des parents, des grands-parents, des infirmières, des gens qui vivent pour servir les autres, qui élèvent leurs enfants, qui travaillent… Ces gens sont extrêmement saints ! Et ce sont aussi eux qui portent l’Église en avant : ceux qui gagnent leur vie avec dignité, qui élèvent leurs enfants, qui enterrent leurs morts, qui prennent soin de leurs aînés, au lieu de les mettre dans un foyer de vieillards, c'est notre sainte classe moyenne », insiste-t-il.

► Le risque de l’idéologie

À plusieurs reprises dans l’entretien, le pape François met en garde contre le risque de l’idéologie, de la « gnose » aussi, et appelle les catholiques à rester au contraire « dans la réalité », dans « le concret » de la vie. « On est toujours plus à l'aise dans le système idéologique qu'on a construit, parce qu'il est abstrait », note-t-il par exemple. « Dans le restaurant de la vie, on obtient toujours de nombreux plats idéologiques. (...) Vous pouvez toujours vous y réfugier. Ce sont des abris qui vous empêchent de vous connecter à la réalité ».

Un peu plus loin, il compare certains fidèles au frère aîné dans la parabole du Fils prodigue, « ceux qui sont à l’aise dans une structure de l'église qui ne leur en demande pas beaucoup, ou qui leur évite trop de contact » et qui se sentent logiquement « mal à l'aise avec tout changement, toute proposition venant de l'Évangile ».

Sans la « proximité », l’Église court elle aussi le risque de n’être plus qu’une « bonne ONG », ou une « bonne et pieuse organisation faire de bons chrétiens qui font le bien, se retrouvent pour le thé et des actions charitables ». « Être proche, c’est toucher le Christ dans sa chair et son sang à travers votre voisin ».

► La nécessité du débat

Comparé par El Pais à Paul VI, un pape « mal-aimé », François montre à quel point il était surtout « un homme en avance sur l'histoire ». « Il a fait ce qu'il a pu. Et la meilleure chose qu'il a faite était de planter les graines. Les graines des choses que l'histoire a recueillies par la suite », explique son successeur, notant ce que doit son encyclique Evangelii Gadium (la Joie de l’Évangile) à l’exhortation apostolique de Paul VI Evangelii Nuntiandi et au document des évêques sud-américains réunis à Aparecida. « Evangelii Nuntiandi est le meilleur document pastoral après le Concile, et il est toujours à jour ».

« Je ne me sens pas non-reconnu », poursuit le pape, en référence sans doute aux débats et parfois aux contestations suscitées par certains de ses textes. « Il y en a qui ne sont pas d'accord, bien sûr, et ils ont le droit, parce que, si je me sentais mal dès lors que quelqu'un est en désaccord avec moi, le germe du dictateur serait en moi ».

« Ils ont le droit de penser que le chemin est dangereux, que le résultat peut être mauvais. Ils ont le droit mais à condition qu'ils parlent, qu'ils ne se cachent pas derrière d'autres », met en garde le pape. « Se cacher derrière les autres est inhumain, c'est un crime. Tout le monde a le droit de débattre, et je souhaite que nous débattions tous davantage, car cela crée un lien plus fluide entre nous. (...) Un débat de bonne foi, sans calomnie ou autre ».

De même, interrogé sur la difficulté pour l’Église espagnole de se positionner dans un contexte de « laïcisation » du pays, le pape ne donne qu’un seul conseil : « le dialogue ». « Un dialogue fraternel », ou « au moins civilisé ». « Ne vous insultez pas les uns les autres. Ne vous condamnez pas avant de vous être parlé ».

La Croix du 22.01.2017

Trump vire la ministre de la Justice et le chef des douanes

Alors que les voix s'élèvent nombreuses contre le décret signé par Donald Trump vendredi, qui interdit l'entrée aux Etats-Unis aux réfugiés et aux ressortissants de sept pays musulmans, le président américain a limogé lundi deux hauts fonctionnaires de l'administration Obama.
Insensible aux protestations de la rue, Donald Trump répond par la force à ceux qui s'élèvent contre la signature de son décret limitant l'immigration.
"La ministre intérimaire a trahi le département de la Justice"
Lundi, le président américain a limogé lundi la ministre par intérim de la Justice, Sally Yates, une ancienne de l’administration Obama, qui avait ordonné aux procureurs de ne pas défendre ce décret.
Elle avait mis en doute dans une note interne la légalité du décret.
"Pendant toute la période où je suis ministre par intérim de la Justice, le ministère de la Justice ne présentera pas d’arguments pour défendre le décret présidentiel, sauf si je finis par être convaincue qu’il est approprié de le faire", avait déclaré Mme Yates.
"La ministre intérimaire, Sally Yates, a trahi le département de la Justice en refusant d’appliquer un décret destiné à protéger les citoyens des Etats-Unis", a déclaré la Maison Blanche dans un communiqué.
"Le président Trump a relevé Mme Yates de ses fonctions et a nommé Dana Boente ministre intérimaire dans l’attente de la confirmation par le Sénat de la nomination du sénateur Jeff Sessions". Ce dernier appliquera le décret de Trump.
Le chef intérimaire du service de l’immigration et des douanes limogé
Le même jour, Donald Trump a remplacé le chef intérimaire du service de l’immigration et des douanes (ICE), Daniel Ragsdale, lui aussi un ancien de l’administration Obama
Thomas Homan, qui prendra la direction de l’ICE en remplacement de Daniel Ragsdale, "oeuvrera à l’application de nos lois sur l’immigration sur le territoire des Etats-Unis, en conformité avec notre intérêt national", a déclaré le secrétaire à la Sécurité intérieure, John Kelly, dans un communiqué.
Le décret controversé
Le texte signé par Donald Trump vendredi interdit temporairement l’entrée aux Etats-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane et de tous les réfugiés. L’exécutif déclare vouloir ainsi empêcher l’entrée aux Etats-Unis de "terroristes islamiques radicaux".
Plusieurs diplomates américains ont protesté contre le décret en utilisant un canal officiel dit de «dissidence». Mais la Maison Blanche les a avertis : "Soit ils acceptent le programme, soit ils s’en vont", a déclaré Sean Spicer, porte-parole de Donald Trump.

Le Progrès du 31/01/2017

Immigration : Trump sème la zizanie …

Manifestations, réactions politiques, indignations… Le décret anti-immigration de Donald Trump signé vendredi soir provoque un tollé aux États-Unis et plus encore sur la scène internationale.
Il est installé depuis à peine dix jours et déjà Donald Trump sème la pagaille. Et pas seulement dans son pays. Son décret, en date de vendredi, interdisant l’entrée aux États-Unis à tous les réfugiés et ressortissants de sept pays musulmans (Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen) suscite l’indignation d’une partie de la communauté internationale.
Si des milliers de personnes ont manifesté contre ce décret ce week-end sur le sol américain, d’autres voix se sont élevées hier. Au premier rang, celle d’Angela Merkel. Pour la chancelière allemande, « la lutte nécessaire contre le terrorisme ne justifie en aucune manière de généraliser le soupçon contre les personnes en fonction de leur croyance, en l’occurrence ici des personnes de foi musulmane, ou en fonction de leur origine ». L’exécutif américain s’est défendu de toute discrimination religieuse, arguant qu’il s’agissait de décisions destinées à protéger le pays contre une éventuelle infiltration de « terroristes étrangers ». En tout cas, à l’image des Britanniques, tous les dirigeants sont tiraillés entre leur volonté de ne pas couper le lien avec le puissant allié et leur opinion choquée par la méthode.
La vague de critiques s’étend
Un peu plus tôt, c’est le haut-commissaire de l’Onu aux droits de l’Homme, le Jordanien Zeid Ra’ad Al Hussein, qui s’est indigné sur les réseaux sociaux : « La discrimination fondée sur la nationalité est interdite par les droits de l’Homme ».
Les députés irakiens, eux, ont voté hier une motion appelant le gouvernement à appliquer la réciprocité avec les États-Unis si Washington ne revenait pas sur sa décision de suspendre l’entrée des citoyens irakiens. Jusqu’à présent, seul un pays concerné par le décret, l’Iran, a décidé d’appliquer une telle mesure.
Au Yémen, le gouvernement s’est dit « mécontent » de la décision de M. Trump, estimant qu’elle encourageait « l’extrémisme ». « Le seul moyen de remporter la victoire dans la lutte contre le terrorisme […] passe par le dialogue et non par la construction de barrières », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Ce week-end, de nombreux dirigeants à travers le monde ont déjà critiqué ces mesures, notamment le Soudan, l’Indonésie, la Belgique, la Suède… Justin Trudeau, Premier ministre canadien, avait affirmé la volonté de son pays d’accueillir les réfugiés « indépendamment de leur foi ». Samedi soir, dans un entretien téléphonique, François Hollande a mis en garde Donald Trump contre « le repli sur soi » et l’a appelé au « respect du principe de l’accueil des réfugiés ».
En France, le FN applaudit
Hier, Steeve Briois, maire frontiste d’Hénin-Beaumont, dans le Pas-de-Calais, a déclaré que le Front national pourrait envisager « quitte à choquer » des restrictions à l’immigration telles que celles imposées par Donald Trump en cas de victoire de Marine Le Pen à la présidentielle. « On n’est plus dans le monde des bisounours. On est dans un monde horrible, donc de temps en temps il faut prendre aussi des mesures d’autorité, quitte à choquer », a argumenté le vice-président du FN.

Le Progrès du 31/01/2017

Le Vatican « préoccupé » par la politique migratoire de Donald Trump

Le substitut de la Secrétairerie d’État a plaidé mercredi 1er février pour « une culture de l’ouverture »
Intervenant en marge de l’inauguration de l’antenne romaine de l’Université catholique du Sacré-Cœur, Mgr Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, a fait part mercredi 1er février, de la « préoccupation » du Saint-Siège face à la politique migratoire du président américain Donald Trump.
« Naturellement, il y a de la préoccupation ! », a répondu le « numéro 3 » du Saint-Siège aux journalistes qui l’interrogeaient sur la fermeture des États-Unis à l’immigration d’un certain nombre de pays.
« Nous sommes les messagers d’une autre culture, celle de l’ouverture, a expliqué Mgr Becciu. Bien que le pape insiste aussi sur la possibilité d’intégrer ceux qui arrivent, qui viennent dans notre société et dans notre culture. Nous sommes des bâtisseurs de ponts, non pas de murs ! Tous les chrétiens doivent fortement réaffirmer ce message. »

La Croix du 01.02.2017

Un cardinal américain affirme que Trump « veut diviser l’Église »

« Troublé » par les décisions du nouveau président américain Donald Trump, à la fois « pro-vie » et anti-migrants, l’archevêque de Newark, le cardinal Joseph Tobin, voit là une « stratégie pour diviser l’Église ».
La concomitance du soutien apporté par le nouveau président américain Donald Trump à la « grande manifestation pro-vie » qui s’est tenue à Washington vendredi 27 janvier – « une brèche d’espérance » et de « l’annonce de décisions de fermeture aux migrants n’est pas un hasard ». C’est ce que souligne le cardinal Joseph Tobin, archevêque de Newark, dans une interview accordée à l’édition italienne du Huffington Post à l’occasion de son passage à Rome pour l’installation dans sa paroisse cardinalice de Santa Maria delle Grazie a Via Trionfale.
« Il s’agit d’une stratégie pour diviser les évêques », a-t-il relevé dans cet entretien publié quelques jours plus tard, pour diviser l’Église catholique. L’archevêque du diocèse du New Jersey, créé cardinal par le pape François en novembre, rappelle qu’à ses yeux « les grandes valeurs de la vie doivent être respectées dans leur ensemble et dans toutes ses phases : de la conception à la mort naturelle ».
Trouble et perplexité
Interrogé sur la situation provoquée par la décision de Donald Trump de fermer les frontières américaines aux ressortissants de plusieurs pays à majorité musulmane, le cardinal Tobin se dit « troublé ». « Je ressens une grande perplexité car cela va à l’encontre de la tradition et même de l’ethos du peuple, les États-Unis étant une nation constituée principalement de migrants », poursuit-il.
Le principal symbole américain, la statue de la liberté, « est devenue un symbole de l’immigration », souligne encore l’archevêque de Newark, rappelant que sa grand-mère aussi, « comme neuf millions de personnes parvenues en Amérique par la mer au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle », avait été accueillie par cette image en approchant des côtes.
La pauvreté mais aussi le « sentiment d’exclusion », celui d’être dépossédé des « décisions les plus importantes de la vie » et l’écart croissant entre riches et pauvres ont permis à Trump, selon le cardinal Tobin, de remporter l’élection présidentielle. « Il s’est appuyé sur cette insécurité », analyse-t-il, parvenant à convaincre la population que les démocrates sont un parti élitiste, loin des gens ».
« Idéologie » anti-migrants
Certains, dénonce l’archevêque de Newark, relaient une caricature qui prétend que les immigrés prennent les emplois des Américains. « Il s’agit d’une idéologie, dit-il. Les immigrés exercent souvent les emplois les plus humbles au sein de la société, que personne d’autre ne voudrait faire et ils le font souvent avec gratitude ».
« En Europe aussi on vit avec cette peur généralisée, a-t-il ajouté, et j’espère que la tradition de foi, de tolérance et d’humanisme y aura également le dessus, car lorsque la peur l’emporte, les hommes sont capables de grands actes de barbarie ».
Par le passé, le cardinal Tobin s’est souvent exprimé en faveur des migrants. Ainsi, en 2015, lorsqu’il était encore à la tête du diocèse d’Indianapolis, il s’était directement opposé au gouvernement républicain Mike Pence (désormais vice-président des États-Unis) en se disant favorable à l’accueil de réfugiés syriens par les catholiques dans l’Indiana.

La Croix du 01.02.2017

La communauté juive mexicaine outrée par le soutien de Netanyahou à Trump

Le soutien apporté par le premier ministre israélien au projet de mur frontalier du président américain Donald Trump, très controversé au Mexique, a provoqué la colère de la communauté juive du pays.
Au Mexique, la communauté juive, réduite mais très influente, n’a pas apprécié le soutien apporté par le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou au projet de mur frontalier du président américain Donald Trump, très controversé dans le pays.
« Le président Trump a raison. J’ai construit un mur le long de la frontière sud d’Israël. Cela a stoppé toute l’immigration illégale. Grand succès. Idée formidable », a écrit Benyamin Netanyahou samedi 28 janvier sur Twitter, dans un message se terminant avec les drapeaux israélien et américain côte à côte.
Sa déclaration a été faite à l’issue d’une semaine de forte tension diplomatique entre Mexico et Washington, avec la signature par le président Trump du décret lançant le projet de construction du mur le long des 3 200 kilomètres de frontière séparant les deux pays.
Dès lundi, le ministre mexicain des Affaires étrangères, Luis Videgaray, a exigé des excuses d’Israël tandis que le Comité central de la communauté juive a rejeté « catégoriquement » la position du premier ministre.
Selon le dernier recensement, en 2010, seules 67 476 personnes pratiquent le judaïsme au Mexique, une infime minorité par rapport aux plus de 92 millions de catholiques que compte le pays. Mais il s’agit d’une communauté très influente.
Face au tollé déclenché, Benyamin Netanyahou a tenté mardi de dissiper les tensions avec Mexico en promettant qu’il s’agissait d’un « malentendu », insistant sur les « bonnes relations » entre les deux pays, tandis que le président Reuven Rivlin se disait « désolé pour tous les dommages provoqués par ce malentendu ».
Mais ces explications sont arrivées un peu tard, plusieurs personnalités juives de premier plan au Mexique ayant déjà condamné sa prise de position. « Netanyahou doit s’excuser auprès du peuple mexicain pour son infâme déclaration », a estimé lundi 30 janvier sur Twitter l’historien mexicain Enrique Krauze, qualifiant le premier ministre de « laquais de Trump ».
Les premiers Juifs sont arrivés avec les conquistadors espagnols
Le secrétaire au Développement économique de Mexico, Salomon Chertorivsky – descendant d’immigrants juifs ukrainiens et polonais –, a lui réagi en diffusant sur les réseaux sociaux un message enregistré rappelant l’accueil apporté par le Mexique à ses ancêtres. « Pour ces milliers d’histoires comme celle de ma famille (…) le tweet du premier ministre d’Israël me semble à ce point condamnable », a-t-il dit, avant d’ajouter : « Je ne conçois pas que quelqu’un gouvernant aujourd’hui un peuple qui a souffert de la pire persécution célèbre la persécution d’un autre peuple, le nôtre, les Mexicains ».
Les premiers juifs sont arrivés avec les conquistadors espagnols, au XVIe siècle, mais beaucoup vivaient alors dans la clandestinité par crainte de la persécution exercée par l’Inquisition catholique. Plus tard, à la fin du XIXe siècle, d’autres fidèles de cette religion sont venus au Mexique, en provenance des pays de la Méditerranée et du Moyen-Orient, suivis, dans la première moitié du XXe siècle, par ceux fuyant les conflits, les guerres et les révolutions en Europe. Aujourd’hui, 95 % de la communauté juive mexicaine vit à Mexico et dans les zones urbaines alentours, d’après le site La voix sépharade. Les Juifs mexicains se divisent en trois communautés : ashkénaze, turque, et syrienne.

La Croix du 01.02.2017

Neil Gorsuch, un conservateur à la Cour suprême

Donald Trump a annoncé mardi 31 janvier la nomination de ce magistrat du Colorado à la Cour suprême, choix qui devra encore être confirmé par le Sénat.
Pendant la campagne électorale, Donald Trump avait fait une promesse à ses électeurs : en cas de victoire, il désignerait sans tarder un juge partageant leurs vues à la Cour suprême. Mardi 31 janvier, le nouveau locataire de la Maison-Blanche a tenu son engagement. Une dizaine de jours à peine après son entrée en fonction, il a nommé Neil Gorsuch, un magistrat conservateur de 49 ans, pour succéder à Antonin Sclalia, décédé en février 2016 et dont le poste est toujours vacant.
Milieu aisé et grandes universités
Le parcours de ce natif du Colorado est des plus classiques. Issu d’un milieu aisé, il est passé par les grandes universités américaines (Columbia et Harvard) avant de partir pour Oxford, dont il est revenu titulaire d’un doctorat en philosophie du droit.
Il a ensuite assisté à la Cour suprême le juge Anthony Kennedy qui, à 80 ans, fait toujours partie de la vénérable institution, avant de devenir avocat d’affaires. Dix ans plus tard, il rejoignait le ministère de la Justice, puis était nommé par George W. Bush à la cour d’appel de Denver.
Chevelure argentée, cet homme élégant attaché aux Rocheuses, où il élève, avec sa femme Louise et leurs deux filles, des chevaux, des volailles et des chèvres, est apparu ému mardi aux côtés de Donald Trump.
Il a rappelé sa philosophie du droit : à ses yeux, il appartient aux juges « d’appliquer, non pas d’altérer », le travail des représentants du peuple. « Un juge qui aime toutes les décisions qu’il prend est très probablement un mauvais juge, car il opte pour les orientations qu’il préfère plutôt que pour ce que la loi exige », a-t-il ajouté.
Pour la peine de mort et contre l’euthanasie
Il appartient en effet à l’école de jurisprudence américaine dite « originaliste », qui soutient que la Constitution doit être interprétée conformément à son sens originel à l’époque de son adoption. Cette approche séduit les conservateurs, tout comme ses prises de position passées en faveur de la peine de mort et contre l’euthanasie.
Protestant, il est également très attaché aux libertés religieuses, ayant notamment soutenu des entreprises qui refusaient de fournir une couverture santé incluant une contraception à leurs employées.
Nommé par Donald Trump, Neil Gorsuch doit maintenant se préparer à une épreuve redoutable : la confirmation par le Sénat. La Constitution réserve en effet aux élus le soin de confirmer, ou non, les choix du président pour la Cour suprême.
Or les démocrates menacent de faire barrage. D’abord parce qu’ils ne partagent pas les vues du magistrat du Colorado, mais aussi car ils n’ont pas oublié que leurs collègues républicains avaient rejeté l’an passé le choix de Barack Obama pour remplacer Antonin Scalia.
Or les démocrates ont les moyens de s’opposer au candidat de Donald Trump. Pareille confirmation exige en effet le soutien de 60 élus, et le Sénat ne compte que 52 républicains. Washington se dirige donc vers une épreuve de force, qui sera suivie avec d’autant plus d’attention que Donald Trump pourrait avoir à procéder à d’autres nominations au cours de son mandat, trois juges – nommés à vie – ayant entre 78 et 83 ans.

La Croix du 01.02.2017

Le Bien Public du 07.02.2017
 



 

 

 

 

URINOTHERAPIE


L’urinothérapie : une « auto-intoxication »
« L’urinothérapie consiste en l’application ou en l’absorption d’urine. Amaroli est le nom « poétique » d’une technique de santé qui consiste à recycler son urine en la buvant », explique la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes).
La conception ancienne qualifiant l’urine d’ « or du sang » ou d’ « élixir de longue vie » estime qu’il s’agit d’un produit distillé et riche en principes actifs bénéfiques. Pourtant, cette pratique n’est basée sur aucune preuve scientifique. Pire, elle expose à des problèmes de santé. « Boire son urine consiste en réalité à ré-ingérer les produits toxiques qui ont été évacués car ils étaient en excès dans l’organisme », explique le Pr Christian Combe, néphrologue et Président de la Société Francophone de Néphrologie Dialyse Transplantation. « L’acide urique par exemple, à l’origine de la goutte, ou encore toutes les toxines urémiques ». Il s’agit « tout simplement d’une auto-intoxication », assure-t-il.
Autre argument pour déconseiller fortement cette pratique : la stabilité de la composition du corps. En effet, l’urine a aussi pour rôle d’assurer celle-ci. « Si on a bu beaucoup, on urine beaucoup. En cas de déshydratation, on urine moins. La quantité de sel absorbée quotidiennement est elle aussi évacuée par les urines. La ré-ingérer peut mener à un excès de sel », souligne le Pr Combe.
Des conséquences sur la santé
Que peut-on redouter concrètement d’une telle pratique ? « Il suffit d’observer les conséquences d’un dérèglement de l’élimination des toxines par l’organisme chez les insuffisants rénaux », explique-t-il. Ces malades souffrent de multiples troubles : osseux, cardiovasculaires et d’alimentation (anorexie, dénutrition…). « Pratiquer régulièrement l’urinothérapie peut mener à développer les mêmes troubles. » Cette pratique est donc clairement à déconseiller.

http://www.lindependant.fr/2017/01/19/l-urinotherapie-une-auto-intoxication,2286922.php
19 janvier 2017



 




 

 

 

 

VACCINATIONS


Vaccins : l’inquiétante défiance des Français

VIDÉO - Les autorités peinent à convaincre de l’importance des vaccins. Mais une baisse de la couverture vaccinale favoriserait le retour des épidémies.
Mais quelle mouche a piqué nos sociétés occidentales? 2 à 3 millions de décès sont évités chaque année dans le monde grâce à la vaccination, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et les vaccins sont reconnus comme l’un des trois piliers, avec les progrès de l’hygiène et la découverte des antibiotiques, de la hausse de 30 ans d’espérance de vie obtenue en un siècle.
Et pourtant, la défiance gagne du terrain: selon deux études menées par l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), près de 40 % des Français avaient une opinion défavorable de la vaccination en 2010 ; en 2005, ils étaient moins de 10 %. Sur la sécurité des vaccins, les Français semblent être les plus sceptiques au monde, montrait en septembre une vaste étude menée par des chercheurs britanniques dans 67 pays auprès de 66.000 personnes. En France, la couverture vaccinale semble peu ou prou se maintenir mais reste insuffisante. Aux États-Unis, 72 % à peine des enfants âgés de 19 à 35 mois seraient correctement vaccinés en moyenne sur le territoire, avec des taux de couverture dramatiquement bas dans certains États. «Le Texas pourrait être le premier État à faire à nouveau l’expérience d’une sévère épidémie de rougeole», s’inquiète ainsi, dans le New York Times , le pédiatre et spécialiste de la vaccination Peter Hotez.
Le président américain Donald Trump inquiète par des prises de position équivoques sur les vaccins et leur supposée dangerosité
Les mouvements anti-vaccins ne sont pas nés d’hier. Mais depuis quelques années, ils semblent gagner pignon sur rue. Internet et les réseaux sociaux ont aidé leur discours à sortir de la confidentialité, et plusieurs grands noms leur ont offert leur légitimité scientifique. Cancérologue reconnu, le Pr Henri Joyeux a ainsi porté en 2015 à une pétition aux propos contestables. Ses arguments ont eu beau être largement battus en brèche par les experts et l’homme avoir été en conflit avec l’Ordre des médecins en 2016, le texte a recueilli à ce jour plus d’un million de signatures… Dans un autre genre, le président américain Donald Trump inquiète par des prises de position équivoques sur les vaccins et leur supposée dangerosité. Jusqu’à prêter le flanc à des rumeurs qui, depuis près de 20 ans, empoisonnent le vaccin ROR (rougeole, oreillons, rubéole).
En 1998, le chirurgien britannique Andrew Wakefield publie, dans la prestigieuse revue The Lancet , des travaux accusant le ROR d’être responsable de cas d’autisme chez 12 enfants. Bien que plusieurs chercheurs échouent à confirmer ses résultats, l’émoi est grand dans le public et la baisse du taux de vaccination chez les enfants, rapide. Quelques années plus tard, Andrew Wakefield sera convaincu de fraude scientifique (les données ont été falsifiées), de conflit d’intérêts (il a été rémunéré par un avocat engagé dans un procès contre le laboratoire produisant le vaccin), et de manquements éthiques (les enfants ayant participé à ses travaux ont, sans autorisation, été soumis à des procédures médicales invasives inutiles). L’article sera rétracté par The Lancet. Interdit en 2010 de pratiquer la médecine en Grande-Bretagne, Wakefield s’est installé aux États-Unis où il continue de propager ses thèses… avec succès, malgré les évidences scientifiques.
Complot gouvernemental
En France, Wakefield a de nouveau fait parler de lui ces jours derniers, à la faveur d’une invitation lancée par l’écologiste Michèle Rivasi. L’eurodéputée EELV organisait, jeudi, la projection à Bruxelles d’un film soutenant la thèse d’un lien entre autisme et vaccination, et d’un complot gouvernemental pour dissimuler l’information. Au côté de Wakefield devait débattre notamment le Pr Luc Montagnier, auréolé d’un prix Nobel pour la découverte du virus du sida, mais critiqué pour des prises de position pour le moins hasardeuses dans de nombreux domaines, notamment les vaccins.
La polémique a rapidement enflé, beaucoup se sont insurgés de cette tribune offerte à des intervenants sulfureux. Michèle Rivasi s’est émue, dans un communiqué, de cette «crucifixion en règle», regrettant d’être «assimilée aux anti-vaccins et à une vulgaire obscurantiste». «Débattre de la politique vaccinale en France (…) est une nécessité absolue», défend Michèle Rivasi, tout en assurant ne pas valider «la thèse du film projeté». Elle en fait pourtant la promotion. Avec des amis pareils, les vaccins n’ont plus besoin d’ennemis…

http://sante.lefigaro.fr/article/vaccins-le-doute-fleurit-sur-de-mauvais-arguments
10/02/2017

Polémique: un film anti-vaccin «censuré» au Parlement européen

La députée européenne Michèle Rivasi (Les Verts) devait organiser ce jeudi 9 février, un événement permettant de discuter de thèses controversées au sujet des vaccins au sein du Parlement européen à Bruxelles. Le film de l’ancien médecin britannique, Andrew Wakefield, « Vaxxed : from Cover-Up to Catastrophe », qui fait un lien entre la vaccination et l’autisme chez les enfants, devait y être projeté mais l’événement a été annulé.

Un débat sur la sûreté des vaccins devait être organisé ce jeudi au Parlement européen à Bruxelles. C’est à l’initiative de la députée Michèle Rivasi (Les Verts) que l’événement devait avoir lieu. Il était également prévu de projeter le film « Vaxxed : from Cover-Up to Catastrophe », qui fait le lien entre la vaccination et l’autisme chez les enfants. Ce film controversé d’Andrew Wakefield, un médecin britannique qui a perdu son droit d’exercer en 2010, a déjà été censuré au festival du film de Tribeca à New-York. Au vu des théories anti-vaccins, fortement critiquées par la communauté scientifique, le groupe politique européen, Les Verts-ALE, a décidé ne pas accueillir l’événement au sein du parlement. C’est finalement à l’Espace Lumen à Ixelles, loué pour l’occasion, que le film sera projeté en présence de Monsieur Wakefield et de la députée Michèle Rivasi.

« L’événement aura toujours lieu mais à l’extérieur du parlement », confirme Ruth Reichstein qui gère la communication des Verts. « Il s’agit de l’initiative personnelle d’une députée qui avait décidé de l’organiser au Parlement européen. Quand le groupe s’est rendu compte des intervenants invités, notamment Andrew Wakefield, Les Verts ont fait le choix de ne pas mettre à disposition le support logistique de l’organisation de cette rencontre », explique-t-elle. Les thèses défendues par Wakefield concernant le lien qui existe entre les vaccins et le développement de maladies comme l’autisme chez les enfants ne sont pas soutenues par le groupe politique européen. « Les Verts sont plutôt pro-vaccins », confie Ruth Reischtein.

http://www.lacapitale.be/1782528/article/2017-02-06/polemique-un-film-anti-vaccin-censure-au-parlement-europeen

06.02.2017

 

Michèle Rivasi, la reine de l’alterscience

Paris, le samedi 18 février 2017 – Finalement, tout ou presque fut annulé. Le 9 février dernier devait se tenir au Parlement européen une conférence proposée par le député européen Michèle Rivasi sur les vaccins. Si, dans un second temps, la manifestation a été présentée comme destinée à répondre à la question « Comment restaurer la confiance », le choix des intervenants laissait peu de doute sur l’inspiration anti vaccinale de cette rencontre. De fait, l’ancien médecin Andrew Wakefield faisait figure de vedette avec notamment la programmation de son film Vaxxed : from cover-up to catastrophe. Or, les liens entre celui qui a été radié par les autorités britanniques et les lobbys hostiles aux vaccins ne sont plus à démontrer. Face à la levée de boucliers provoquée par la tribune offerte à ce fraudeur notoire, notamment dans la presse anglosaxone, l’événement a été annulé, ainsi que plusieurs (mais pas toutes) des réunions "alternatives" qui avaient été programmées (une rencontre a eu lieu à Paris en l’absence d’Andrew Wakefield mais en présence du professeur Even…).

Pousser un Crii

Don’t act ? Pas tout à fait. Plusieurs blogueurs ont tenu à l’occasion de ce scandale à rappeler les états de service de Michèle Rivasi, député européen, agrégée de biologique et qui a fait des questions de santé publique l’une de ses spécialités. Sur son blog hébergé par Mediapart, La faucille et le labo, Yann Kindo, enseignant en histoire géographie épingle l’ensemble des combats du député. « Elle a commencé sa carrière dans ce domaine en participant à la fondation de la Criirad, le principal lobby anti-nucléaire en France, qui a largement contribué à diffuser la légende urbaine selon laquelle les autorités de l’époque auraient menti à propos du passage du nuage de Tchernobyl sur l'Hexagone. Pourtant, son action avec la Criirad est encore le haut du panier de ses combats successifs, de plus en plus marqués par l’obscurantisme et la construction de ce que depuis la campagne de Trump on appelle les "alternative facts". Car avec Rivasi, on voit les "Crii" pousser de partout, avec le Criimachin et le Criichose, toujours pour mener des recherches "indépendantes". Comprenez : "indépendante" non pas de tous les lobbys, mais plutôt de la communauté scientifique qui travaille sur les sujets sur lesquels elle se penche » commence au vitriol le blogueur. Il fustige ensuite les liens entre Michèle Rivasi et le chercheur Gilles-Eric Séralini, qu’il présente comme l’auteur « d’études-hoax » sur les OGM ou encore sa complicité avec François Veillerette « président de Générations Futures, une association qui est une émanation du lobby de l’agriculture bio ». Yann Kindo n’épargne pas non plus les positions prises par Michèle Rivasi concernant la reconnaissance de l’électrosensibilité. « Rivasi se montre particulièrement odieuse sur ce terrain, puisque son action autour des dits "ElectroHypersensibles", des gens qui se croient intolérants aux ondes électromagnétiques, contribue à enfoncer ces victimes dans leur phobie, alors que toutes les expériences ont montré que leurs troubles, aussi sérieux soient-ils, étaient forcément psychosomatiques puisqu’ils ne manifestent aucune sensibilité particulière aux ondes ».

Une étape supplémentaire

Outre ses prises de position concernant des domaines qui intéressent généralement les élus écologistes, Michèle Rivasi s’est singularisée en se consacrant à plusieurs reprises aux médicaments. Ainsi, Yann Kindo évoque une fois encore sans ménagement son appel au déremboursement de certains antidépresseurs, « ce qui est la plus débile des positions possibles ». Enfin, voici Michèle Rivasi sur le terrain de la vaccination, ce qui constitue une étape supplémentaire aux yeux de beaucoup. « C’est une chose que d’asseoir sa démagogie politique sur les épouvantails pour crédules hypocondriaques que sont par exemple les ondes électromagnétiques ou le nuage de Tchernobyl. Ceux qui se laissent appâter ne prendront généralement que des décisions dont l’impact se limite à leur propre mode de vie. Dans le cas des vaccins, il y a le risque des atteintes à la santé que courent ceux qui ne sont pas vaccinés, ainsi que le risque qu’ils font courir aux autres » analyse l’auteur du blog Agriculture, alimentation, santé publique… soyons rationnels.

Coup de grâce

Si l’initiative de Michèle Rivasi est si fortement critiquée c’est notamment en raison de la personnalité d’Andrew Wakefield, dont Hervé Maisonneuve rappelle qu’il a « publié en 1988 dans The Lancet une série de douze cas d’enfants faisant évoquer un lien entre vaccination ROR (MMR) et autisme. L’article a été rétracté en 2010 et A. Wakefield a perdu son diplôme de médecin. Il est allé vivre au Texas où il donne des conférences. Cette fraude a eu des conséquences majeures : résurgence de cas de maladies infantiles, quelques décès et des centaines de millions d’euros gaspillés », résume-t-il. Pour sa défense, Michèle Rivasi, tout en mettant en garde contre les « chasses aux sorcières », a assuré qu’elle ne connaissait pas la réputation d’Andrew Wakefield (dont la notoriété n’a pourtant fait que s’accroître ces dernières semaines, à la faveur de son rapprochement avec le nouveau président des Etats-Unis). Cette précision n’a pu que raviver les critiques virulentes lancées contre elle. Yann Kindo s’interroge : « De deux choses l'une: soit on ne la croit pas (ce qui est mon cas), et on se dit que c'est une justification assez grotesque a posteriori, pour tenter (vainement) de sauver la face face aux critiques. Ou alors, on la croit, et on gobe le fait qu'elle a organisé tout ça "sans savoir". Mais du coup, on est forcés de se demander : c'est pareil sur tous les sujets, elle pérore et organise de la "contre-information" sans savoir de quoi ou de qui elle parle ? Si ça se trouve, les deux sont vrais en même temps : elle est un peu menteuse pour arrondir les angles, et elle est surtout très incompétente et raconte n'importe quoi ».

La tentation de l’alterscience bien partagée

Cette affaire Rivasi permet en tout cas aux blogueurs de mettre en évidence que la manipulation des faits n’est pas uniquement l’apanage des hommes politiques américains ouvertement anti science et ouvertement truffés de conflits d’intérêt. On notera à cet égard l’emploi récurent de termes que l’on retrouve fréquemment pour dénoncer les contre-vérités défendues par Donald Trump. « Michèle Rivasi s’est fait une spécialité de promouvoir différentes facettes de l’alterscience » écrit Yann Kindo. « On ne peut qu'être effaré par la légèreté manifestée à l'égard de la santé publique par une biologiste de formation qui se targue d'être une grande défenseuse de la santé publique. Elle est certes en bonne compagnie pour l'alterscience, l'alterpolitique et l'alteréthique, mais il n'empêche », lit-on en écho sur le blog Agriculture, alimentation, santé publique… soyons rationnels.

Vous avez dit "lobby" ?

Cette dénonciation de la manipulation des faits par Michèle Rivasi est également l’occasion pour ces observateurs de mettre en évidence que la traque des conflits d’intérêt ne doit pas s’arrêter à ceux qui s’érigent en "lanceurs d’alertes". Yann Kindo qui se présente comme « militant d’extrême gauche » et ne doit donc pas être toujours un défenseur de l’industrie pharmaceutique fait ainsi cependant remarquer : « A noter que Michèle Rivasi, qui se présente comme un farouche opposante au lobby de l’industrie pharmaceutique, ne l’est en fait que quand cette industrie produit des pilules qui contiennent vraiment un principe actif, c'est-à-dire qui ont une chance de pouvoir être efficaces. Au contraire, quand il s’agit de la fraction de cette industrie qui est quelque part la plus vénale, celle qui vend des pilules de vide aux gogos, Rivasi sait se faire le relais politique du lobby économique. Ainsi, elle se vante elle-même d’avoir favorisé la promotion de l’homéopathie vétérinaire au parlement européen ». Surtout, les blogueurs rappellent que c’est sous la pression d’un puissant lobby anti vaccin qu’Andrew Wakefield a agi. Ce dernier a en effet été « subventionné par un cabinet d’avocats (argent venant de lobbies anti-vaccins) » nous rappelle ainsi Hervé Maisonneuve, tandis que Yann Kindo renchérit : « Cette publication [de Wakefield dans le Lancet, ndrl) est l’archétype d’une commande d’un lobby à un scientifique qui oublie soigneusement d’indiquer son conflit d’intérêt et qui manipule les données pour prouver ce qu’on lui avait demander de prouver (Wakefield avait touché plus de 400 000 livres d’un avocat qui voulait poursuivre un laboratoire pharmaceutique en justice) » explicite le blogueur de Mediapart.

Le rôle trouble de la presse

Enfin, quelques blogueurs regrettent le long silence des médias généralistes en France concernant la conférence qu