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ABUS DE FAIBLESSE


Un ancien professeur de yoga de la Vienne accusé de dérives sectaires

Les faits ont duré une dizaine d'années avant d'être dénoncés. Une ancienne adepte d'un centre de yoga a déposé plainte pour abus de faiblesse contre un professeur de yoga de 66 ans qui exerçait dans la Vienne et en Charente-Maritime. Cet homme et sa femme ont été placés en mandat de dépôt.

La victime a déclaré avoir fait l'objet de brimades physiques, physiologiques et sexuelles dans un but soit-disant thérapeutique. Elle a indiqué aussi avoir dû financer sous la contrainte, et pour le compte du dirigeant de la communauté, l'achat de plusieurs propriétés pour un préjudice estimé à plusieurs centaines de milliers d'euros.

Sous la direction du parquet de Poitiers, l'enquête du GIR (Groupe d'Intervention Régional du Poitou-Charentes) a permis de révéler que ce professeur de yoga et sa compagne, âgée de 62 ans, avaient imposé à une douzaine de personnes des brimades psychologiques de type sectaire avec violences physiques et pratiques sexuelles imposées. Le couple a été interpellé à son domicile de la Vienne le 15 mars avant d'être placé en garde à vue.

Pendant la perquisition qui a suivi leur arrestation, les enquêteurs ont saisi d'importantes sommes d'argent ainsi que des courriers et supports vidéo qui ont permis de valider l'emprise spirituelle et psychologique que ce couple imposait aux adeptes de leur mouvement.

A l'issue de leur garde à vue, le couple a été déféré devant un magistrat instructeur qui les a mis en examen pour abus de faiblesse, viols, agressions sexuelles, violences volontaires en réunion, menaces et chantages. Ils risquent une lourde condamnation devant une cour d'assises.

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/un-ancien-professeur-de-yoga-de-la-vienne-accuse-de-derives-sectaires-955239.html
18/03/2016

 


 

 

 

 

ANTISEMITISME


Dominique Schnapper : « L’antisémitisme, le dernier tabou à transgresser »

Le spectacle d’Olivier Sauton, Fabrice Luchini et moi, a été retiré de l’affiche mercredi 1er mars, après que d’anciens messages antisémites du comédien publiés sur Twitter ont refait surface.

Dominique Schnapper, sociologue (1), revient sur les différentes affaires de tweets antisémites qui ont été révélées ces dernières semaines.

Manifestation contre l’antisémitisme à Marseille, après l’agression d’un professeur d’une école juive, le 19 janvier 2016.ZOOM 

La Croix : Le comédien Olivier Sauton a justifié d’anciens tweets antisémites en expliquant avoir voulu « enfreindre un interdit ». Comment expliquez-vous que l’antisémitisme en soit réduit à un interdit à enfreindre ?

Dominique Schnapper : Le souvenir de la Shoah, et le choc que cela a provoqué sur la conscience européenne, explique qu’il demeure aujourd’hui dans la société un tabou sur l’antisémitisme. C’est d’ailleurs l’un des derniers : il ne reste plus beaucoup de sujets tabous.

Aujourd’hui, pour les jeunes générations qui n’ont pas vécu le choc de la révélation de la Shoah, il ne reste plus que le tabou, sans la proximité avec ce qui s’est passé. Et comme ils ne savent plus quoi transgresser, il ne reste que ce sujet.

Le chroniqueur Medhi Meklat, comme le comédien Olivier Sauton, évoque l’excuse de la jeunesse qui était la sienne lorsqu’il a écrit ces tweets antisémites. Y a-t-il un manque d’éducation à ce sujet ?

D. S. : La jeunesse ne me paraît pas être une excuse particulière. C’est mépriser les jeunes que de penser qu’ils peuvent dire n’importe quoi. Les exigences morales sont les mêmes pour tout le monde.

Le conflit israélo-palestinien aggrave-t-il ce phénomène ?

D. S. : Ce conflit est un prétexte à l’antisémitisme, mais même sans cela on vivrait la même chose. Le problème de l’antisémitisme est inscrit dans les structures de l’Europe depuis des siècles. C’est un problème politique et moral, héritage de l’Europe chrétienne.

Que répondre à ces propos ?

D.S : Il y a longtemps qu’on se le demande. Il s’agit de faire un ferme appel à la rationalité pour contrer des passions irrationnelles, d’opposer la raison et la morale à des passions. Il faut le faire, mais sans trop d’illusion sur le résultat…

(1) Co-auteure de Réflexions sur l’antisémitisme, éditions Odile Jacob, 2016

La Croix du 01.03.2017
 


 

 

 

 

BETHLEEM


Une nouvelle prieure à la tête des sœurs de Bethléem

Sœur Emmanuel a été nommée prieure générale de la Famille monastique de Bethléem par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, c’est-à-dire en charge de tout ce qui concerne les religieux et consacrés dans l’Église.
Rome a accepté la démission de sœur Isabelle, qui avait succédé en 1999 à la fondatrice, sœur Marie.
Née le 30 juillet 1949, sœur Emmanuel (Rose-Armelle Lorenchet de Montjamont dans le civil) est entrée dans la communauté de Bethléem en 1971. Dotée d’une forte aura, proche de la famille royale de Belgique, elle était prieure de la communauté dans ce pays depuis sa fondation en 1981, à Marche-les-Dames, puis à Opgrimbie en 1995 (un terrain offert par le roi Baudouin), avant d’être nommée assistante de sœur Isabelle en Israël, à Beit Gemal.
La Famille de Bethléem a fait l’objet d’une visite canonique – qui a commencé en septembre 2015 et s’est achevée fin 2016. Cette visite avait été demandée par la Famille de Bethléem, à la suite des témoignages d’anciens membres faisant état de graves dysfonctionnements. Ces derniers pointaient notamment une pression dans le discernement, une rupture excessive avec l’extérieur, une culture de culpabilité, une centralisation des pouvoirs dans les mains de la prieure générale, l’absence de réelles élections au niveau local et une pensée unique n’autorisant aucun recul.
À la suite de cette visite dont les résultats n’ont pas encore été publiés par Rome, deux des visiteurs ont été nommés administrateurs apostoliques, ajoute le communiqué publié par la Famille de Bethléem, lundi 27 février : le P. Jean Quris, curé à Saumur et délégué épiscopal à la vie consacrée, et Mère Geneviève Barrière, abbesse émérite de Jouarre.
Un chapitre général à venir
Tous deux veilleront avec la nouvelle prieure et son conseil de cinq religieuses au renouvellement des constitutions de Bethléem (plus de 800 pages), en vue d’un futur chapitre général qui pourra les voter et élire une nouvelle prieure générale de cette communauté de droit pontifical.
« Des points d’amélioration ont déjà été communiqués par Rome, sur lesquels la communauté est bien résolue de travailler en toute vérité », précise le communiqué.
Dans une interview récente, le préfet de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée, le cardinal João Braz de Aviz, a indiqué qu’il y avait « environ 70 nouvelles familles religieuses » sur lesquelles son dicastère a porté son attention. « Nous avons fait des visites et quelques-unes révèlent vraiment des cas préoccupants, avec de graves problèmes de personnalité dans les fondateurs et des phénomènes d’emprise, de fort conditionnement psychologique des membres. (…) Le pape désire la transparence ; il veut la clarté et il nous a exhortés à faire un discernement courageux sur ce qu’est un charisme et sur ce qui ne l’est pas. »

La Croix du 27.02.2017
 




 

 

 

 

BIRMANIE


Birmanie : « Il faut arrêter au plus vite le processus d’extermination des Rohingyas »

L’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie, qui présente son rapport lundi 13 mars devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, dénonce un « crime contre l’humanité » envers les Rohingyas.

Entretien avec Phil Robertson, directeur de Human Right Watch Asie à Bangkok, spécialiste des Rohingyas.

La Croix : L’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie, Yanghee Lee, remet ce lundi 13 mars un rapport qui dénonce un « crime contre l’humanité » envers les Rohingyas. En quoi s’agit-il d’un tel crime ?

Phil Robertson : La notion de « crime contre l’humanité », créée en 1945 par le Tribunal militaire de Nuremberg, désigne une « violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux ». L’article 7 du statut de la Cour pénale internationale (CPI) définit onze actes constitutifs de crimes contre l’humanité : meurtre ; esclavage ; déportation ; emprisonnement abusif ; torture ; persécution de masse ; abus sexuel ; disparition forcée ; apartheid…

C’est ce qui s’est passé en juin 2012 dans l’État d’Arakan (sur la côte occidentale de Birmanie, le régime birman l’appelle Rakhine). Des violences ont éclaté entre les Rohingyas musulmans et les bouddhistes, à la suite du viol d’une jeune bouddhiste attribué aux Rohingyas. Près de 80 Rohingyas furent tués et plus de 1 500 maisons de Rohingyas détruites, entraînant le déplacement de 90 000 autres. Environ 75 000 ont tenté de gagner par la mer le Bangladesh d’où ils ont été repoussés par les garde-frontières.

Le Bangladesh accueille déjà 300 000 Rohingyas. En juillet 2012, les violences et les exactions à leur égard se sont poursuivies, de la part des Rakhines bouddhistes et aussi de l’armée et de la police birmanes. De nouvelles violences ont encore éclaté fin octobre 2012, faisant 84 morts et 22 000 réfugiés après l’incendie de leur maison. Au total en 2012, plus de 200 Rohingyas ont été tués et environ 120 000 ont été déplacés vers des camps aux alentours de Sittwe, la capitale de l’Arakan.

Mais en quoi ces violences interethniques sont-elles des crimes contre l’humanité ?

P. R. : Parce qu’il s’agit de crimes systématiques. Quand ils arrivent dans un village rohingya, les militaires et policiers birmans font sortir les hommes puis pénètrent dans les maisons et violent les femmes : les plus jeunes et les plus jolies sont emmenées en esclavage sexuel. Si les hommes cherchent à les défendre, ils sont abattus ou torturés.

Avant de repartir, les troupes pillent et brûlent tout, si bien que les Rohingyas survivants n’ont d’autre solution que de fuir vers les camps ou vers le Bangladesh. Plus de 1 500 villages ont déjà disparu. Nous avons des documents et des photos qui prouvent ces exactions horribles.

Le facteur religieux est-il instrumentalisé dans ce conflit ?

P. R. : Dans l’État d’Arakan, il est clair que les forces militaires et policières veulent exterminer les Rohingyas parce que ceux-ci sont musulmans et qu’ils sont décrits comme des djihadistes en puissance. Cela fait plusieurs siècles que les Rohingyas en Birmanie sont considérés comme des citoyens de seconde classe et leur histoire est marquée par les discriminations. Au point qu’en 2012, le président birman s’était réjoui, dans un premier temps, de la visite du Haut-Commissariat aux réfugiés de l’ONU (UNHCR) en pensant que celui-ci allait l’aider à déplacer les Rohingyas ailleurs.

Qu’attendez-vous, après la présentation du rapport de Yanghee Lee ?

P. R. : Nous souhaitons que ce rapport soit ensuite présenté à Genève, Berlin, Londres… pour que l’opinion internationale soutienne l’envoi d’une commission d’enquête internationale indépendante en Birmanie et au Bangladesh. Il faut arrêter au plus vite ce processus d’extermination des Rohingyas. Le gouvernement birman n’agira que s’il y est contraint par l’opinion internationale.

La Croix du 13.03.2017

Birmanie, l’ONU dénonce un « crime contre l’humanité » envers les Rohingyas

Un an après l’arrivée au pouvoir d’Aung San Suu Kyi, l’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie remet lundi 13 mars un rapport qui dénonce de graves violations aux droits de l’homme dans le pays.

Des experts ou enquêteurs de l’ONU remettent lundi 13 mars différents rapports ou observations préliminaires sur la situation des droits de l’Homme dans plusieurs pays, notamment la Corée du Nord, l’Iran, l’Érythrée ou le Burundi.

Parmi les pays visés par l’ONU se trouve aussi la Birmanie dont la situation un an après l’arrivée au pouvoir du parti d’Aung San Suu Kyi demeure préoccupante.

L’un des peuples les plus persécutés au monde

L’ONU y dénonce un « crime contre l’humanité » envers la minorité musulmane des Rohingyas, au moment où des milliers d’entre eux se trouvent ballottés entre l’État d’Arakan, à l’ouest du pays, et le Bangladesh voisin.

Les Rohingyas, communauté apatride d’environ 1,3 million de personnes, sont de fait considérés par l’ONU comme l’un des peuples les plus persécutés au monde.

Pour l’envoyée spéciale de l’ONU en Birmanie, Yanghee Lee, qui présente son rapport officiellement devant le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, les persécutions visant les Rohingyas sont des « crimes contre l’humanité » qui mettent en cause « les militaires birmans, les gardes-frontières, la police et les forces de sécurité ». Yanghee Lee, après sa mission dans le pays, évoque même une situation « bien pire que ce à quoi elle s’attendait ».

En février, l’ONU avait déjà dénoncé une entreprise de répression « généralisée et systématique » à l’encontre de cette communauté, menée essentiellement par l’armée, et qui a abouti à un « nettoyage ethnique ».

Des « exagérations », pour le parti d’Aung San Suu Kyi

Un mois plus tard, l’accusation est encore plus dure, et Yanghee Kee interpelle cette fois directement Aung San Suu Kyi, symbole de la lutte pour la démocratie dans le monde, prix Nobel de la paix en 1991, qui est au pouvoir en Birmanie depuis avril 2016 et garde le silence sur la situation des Rohingyas.

L’un des porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie, son parti, a toutefois répondu aux accusations de la représentante de l’ONU, les qualifiant « d’exagérations » et rappelant que, selon la Constitution actuelle, Aung San Suu Kyi n’avait pas les moyens de stopper les exactions de l’armée.

« En tant que nouveau gouvernement, nous essayons de moderniser le pays. Nous avons des milliers de problèmes », a plaidé Win Htein, interrogé le 10 mars par la BBC. « Ce ne sont pas là des crimes contre l’humanité. Et ce sont des affaires internes, et non internationales », a-t-il ajouté.

Le gouvernement birman avait reconnu pour la première fois en janvier l’existence d’exactions commises par des policiers à l’encontre des Rohingyas dans l’État d’Arakan, frontalier du Bangladesh. Selon l’ONU, plus de 50 000 personnes auraient fui « l’opération de nettoyage » menée depuis octobre.

Depuis le Bangladesh voisin, certains témoignages sur la réalité de ces « opérations » donnent froid dans le dos. Ils corroborent ce qu’indiquait notamment le rapport publié en décembre par l’ONG Amnesty International au sujet de viols, de tortures, d’incendies de villages, de meurtres arbitraires, visant notamment des enfants.

De leur côté, les réfugiés Rohingyas n’ont pas un sort beaucoup plus enviable lorsqu’ils se trouvent au Bangladesh, où le gouvernement a commencé à les recenser. Ce pays a réactivé, le 28 février 2017, un ancien projet de 2015 qui consisterait à parquer cette minorité sur l’île déserte de Thengar Char, plate-bande inhabitée de 24 km2 dans le golfe de Bengale. Les autorités bangladaises y ont ordonné la construction d’infrastructures, dont un débarcadère, un héliport, diverses installations.

Mais l’île en question est noyée pendant la saison des moussons, balayée par des cyclones en période de mousson. Les associations des droits de l’homme ont dénoncé un plan « ridicule ».

« Nous ne pouvons dorénavant qu’espérer que la situation s’améliore dans notre pays », a fait valoir Noor Hafiz, l’un des responsables des camps où se trouvent les Rohingyas.

La Croix du 13.03.2017



 


 

 

 

 

CAVIMAC (COTISATIONS SOCIALES)


La retraite sans le sou des anciens religieux

À 50 ans, Thierry a pris conscience que la communauté des Béatitudes, dans laquelle il avait vécu pendant des années, n'avait pas cotisé pour sa retraite. Lui qui s'est depuis éloigné du culte catholique a saisi la justice, car il a pour toute perspective une retraite lointaine et indigente. Son cas pourrait inspirer des milliers d'anciens religieux et religieuses et ainsi coûter des millions à la Sécurité sociale.

Ce n’est pas le jugement dernier. Ni le dernier jugement sur le sujet. Pour Thierry, ancien membre de la communauté des Béatitudes, c’est cependant une décision de la plus haute importance que doit rendre le tribunal des affaires de sécurité sociale de Marseille. Quand il a reçu à 50 ans, comme tout un chacun, le relevé de ses droits à la retraite, il s’est rendu compte que les 17 années qu’il avait passées au sein de la communauté ne comptaient en rien pour sa future pension. Ce qui allait l’obliger à travailler jusqu’à un âge très avancé pour obtenir une retraite décente.

Le contentieux n’est pas anecdotique : comme lui, ils
sont des milliers à être passés au sein de collectivités plus ou moins reconnues par l’Église catholique, et à s’inquiéter à présent pour leurs vieux jours. L’enjeu financier est donc loin d’être négligeable : il pourrait se chiffrer en dizaines de millions d’euros pour la Sécurité sociale.

Il y a 35 ans, Thierry était bien loin de penser à ces enjeux de retraite. En 1982, il n’est en effet même pas majeur quand il décide de rejoindre la communauté du Lion de Juda, devenue quelques années plus tard la communauté des Béatitudes. Depuis le début des années 1970, de nouvelles formes de vie communautaire se font jour, avec l’idée de retrouver les racines évangéliques. « J’avais un désir de spiritualité, d’authenticité, se souvient Thierry. L’objectif était de vivre comme la première
communauté chrétienne, et de tout mettre en commun. C’était moins classique, moins gris, que l’église traditionnelle. Et c’est l’âge où on a besoin de croire, d’avoir des idéaux. »

L’Église voit alors d’un bon oeil la formation de ces communautés (la communauté de l’Emmanuel, celle du Pain de vie, du Chemin neuf, de Bethléem…). Elles constituent de nouveaux viviers de personnes prêtes à servir l’Église : une aubaine dans le contexte post-Vatican 2, qui voit les fidèles fuir l’Église et les vocations se tarir.

Dans la communauté des Béatitudes, on trouve des hommes, des femmes, des familles qui adoptent un mode de vie monastique, contemplatif, sous l’égide de l’archevêque d’Albi. Les membres de la communauté s’appellent entre eux « frères » et « soeurs », et les membres « consacrés » se disent « moines » et « moniales ». Thierry fait voeu de pauvreté, de chasteté
et d’obéissance. Il reçoit un nom de profession ainsi qu’un habit, signe de sa consécration.

Il n’y a pas de vie à l’extérieur de la communauté : pas de travail, pas d’amis, de cinéma, de sorties. À l’époque, seulement deux semaines de vacances par an (généralement en famille, et une semaine de retraite). « Le groupe demande des sacrifices qui touchent non seulement à vos possessions matérielles, mais aussi à votre liberté, votre vie affective, votre sexualité, votre libre arbitre. Quand on devait aller chez le médecin, il fallait demander des sous à la communauté. »

Car si Thierry est logé, nourri, blanchi, il ne touche pas d’argent pour ses diverses activités : artisanat, ménage, rénovation de bâtiments, jardinage, liturgie… En dépit des envois en mission dans des communautés filiales à l’étranger, il finit par étouffer. « C’est un mode de vie qui vous prend tout. Vous n’existez plus en tant qu’individu et je ne supportais plus ce sacrifice de soi qui était exigé, ce côté total, absolu. On nous enseignait la “mort à soi-même”. »

En 1997, alors qu’il s’apprête à devenir diacre, Thierry envisage un départ. « Mais je n’avais personne à qui parler. On m’a seulement dit :“C’est le Malin qui te tente. Il déteste les prêtres.”Quelle indigence intellectuelle.» Il mettra plus de deux ans à partir. « Il y a la culpabilité. Et le système lui-même, qui rend le départ très compliqué. » Plus de lien avec l’extérieur, pas de diplômes, pas d’argent, pas de compte en banque. « Je suis allé à la fac, grâce aux aides sociales et familiales. Mais le vide était gigantesque. Il faut des années pour se reconstruire, travailler sur l’emprise. Vingt ans après, il m’arrive encore d’en faire des cauchemars la nuit. »

Il cauchemarde aussi le jour, quand il pense à sa prochaine retraite. « Les Béatitudes disent qu’on savait ce qu’on faisait, mais c’est faux. C’étaient des questions dont on ne pouvait pas débattre puisqu’on nous apprenait l’abandon à la Providence et que Dieu s’occupait de tout. S’inquiéter de sa retraite, c’était douter de Dieu. » Sans compter qu’« à 18 ans, on ne pense pas à sa retraite. On ignorait qu’on était dans l’illégalité par rapport au droit civil. Les communautés nouvelles se considéraient volontiers comme étant au-dessus de la loi des païens ».

Statuts de la communauté des Béatitudes, en 1994. Il y est écrit que payer les cotisations retraite obligerait à « fermer les portes »

C’est aujourd’hui toute la question. Depuis sa fondation en 1973 jusqu’au 1er décembre 2000, la communauté des Béatitudes, qui a le statut d’association (loi 1901), n’a pas déclaré ses membres à un régime de Sécurité sociale (1500 membres dénombrés en 2000). Et n’a donc pas versé de cotisation vieillesse.

Sollicitée par Thierry au cours des derniers mois, elle a refusé de régulariser les arriérés de cotisation. Mais pour cause de prescription, Thierry a décidé de se retourner contre la Caisse d’assurance vieillesse invalidité et maladie des Cultes (Cavimac), qui connaissait l’existence de cette communauté mais qui ne l’a pas pour autant affiliée et n’a pas appelé de cotisations, attendant un feu vert de reconnaissance des autorités catholiques.

La Cour de cassation a donné raison aux anciens religieux
Une résurgence de l’Histoire ? Il est vrai qu’en 1945, puis en 1948, le culte catholique refuse d’adhérer à la Sécurité sociale. Pour éviter d’affilier ses personnels, il demande même et obtient, en 1950, une loi qui dispose que « l'exercice du ministère du culte catholique n'est pas considéré comme une activité professionnelle au regard de la législation sociale… ». Jusqu’en 1978,
aucun de ses personnels n’est affilié à une caisse civile de sécurité sociale pour son activité religieuse.

Mais la loi du 2 janvier 1978 (faite pour appliquer la loi de généralisation de la Sécurité sociale de 1974) change tout : les ministres du culte et membres de collectivités qui ne sont pas affiliés à une autre caisse de sécurité sociale doivent être inscrits à la Cavimac. Cela concerne tous les cultes hormis les ministres de l’Église réformée, les rabbins, et plus de la moitié des pasteurs évangéliques qui ont délibérément choisi de s’affilier au régime général.

Le culte catholique est donc censé affilier tous ses membres à la Cavimac. Or la Caisse des cultes n’a prononcé l’affiliation et appelé les cotisations des membres de cette communauté qu’à partir de décembre 2000, prétextant son absence antérieure de «reconnaissance cultuelle » (c’est-à-dire de certification ou d’agrément par l’Église).

L’Association pour une retraite convenable (APRC), qui soutient d’anciens prêtres, religieux et religieuses qui ont quitté le ministère et réclament une retraite « digne de ce nom », explique cependant que la reconnaissance cultuelle existait. Et surtout, que ce critère n’est pas légal.

La cour d’appel de Caen a en effet établi en 2013 que la communauté des Béatitudes était bien
« une collectivité religieuse ». Et la jurisprudence de la Cour de cassation est claire : «Un mode de vie en communauté et une activité essentiellement exercée au service de sa religion » suffisent à caractériser l’appartenance à une communauté religieuse permettant d’être affilié de fait à la Caisse des cultes. Ce qui compte, c’est ce que vous faites. Pas ce qu’en dit la congrégation.

L’avocat des Béatitudes, Me Bertrand Ollivier, fait valoir qu’« à l’époque, il fallait du temps pour reconnaître le caractère religieux d’une association. Il fallait s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une secte. Et la Cavimac estimait qu’un culte devait
reconnaître l’association pour affilier. Attention à la vision rétrospective qui consiste à s’étonner que certains aient pu se retrouver sans régime de sécurité sociale du tout ». Me Patrick de la Grange, avocat de la Cavimac, renchérit : « Jusqu’en 2000, la Cavimac n’a pas affilié les Béatitudes car elle ne savait pas à qui elle avait affaire. »

L’Église a longtemps considéré que la loi de 1905 devait empêcher les tribunaux civils de s’immiscer dans ses règlements intérieurs. L’APRC, représentée à Marseille par Joseph Auvinet, a soutenu et obtenu l’inverse : les juges avaient toute légitimité pour trancher en appliquant la loi civile.

Depuis 2005 et à travers une centaine de procédures, l’APRC s’est battue pour que l’Église reconnaisse les années de formation (postulat, noviciat) comme devant être comptabilisées pour la retraite. Après une série de succès devant les tribunaux, le cas de Thierry représente une nouvelle bataille pour l’association. De taille.

Cette fois, les contentieux ne portent pas sur deux ou trois années (la période de noviciat qui doit ou pas être prise en compte). Mais dans la situation de Thierry, sur près de 16 ans. Ce qui équivaut, selon l’association, à un montant de cotisations non versées proche des 55 000 euros (les cotisations dues sont calquées sur le SMIC).

Si l’on multiplie cette somme par les milliers d’anciens membres des communautés susceptibles d’engager ce type de recours, l’enjeu pour la Cavimac s’élève vite à plusieurs dizaines de millions d’euros. Un gouffre. D’autant qu’actuellement, on compte déjà environ 60000 retraités pour seulement 15 000 cotisants, ce qui provoque un déséquilibre majeur. « Il faut se garder de faire des généralités de ce type, trouver des solutions adaptées, mesurées, au cas par cas. On aurait tort de globaliser et de voir un effet de masse. Il ne faut pas générer de problème insoluble », plaide Me Ollivier.

La Cavimac doit cependant admettre qu’au vu des critères définis par la Cour de cassation, les anciens membres des collectivités sont en droit d’être affiliés rétroactivement pour toucher une retraite. Me Patrick de la Grange, avocat de la Cavimac, a cependant demandé au tribunal de « conditionner la prise en compte des trimestres au versement des cotisations » par les Béatitudes. Ce qui paraît compliqué.

Dès lors, deux questions distinctes peuvent se poser : d’une part, la validation des trimestres, qui permettrait à Thierry de prendre sa retraite à un âge « normal ». D’autre part, la prise en compte de ces années pour calculer le montant de la pension de retraite. Ce qui permettrait à Thierry de toucher une pension plus élevée que le minimum vieillesse. Le jugement a été mis en délibéré au 6 avril.

Mediapart.fr du 02.03.2017
 


 

 

 

 

CENTRE CHRETIEN

Bayonne : "L’élue de Dieu" affirmait pouvoir soigner les maladies et ressusciter les morts

Au terme d’une enquête de la Police judiciaire, une femme gourou ayant sévi à Bayonne sera jugée. « L’élue de Dieu », prétendument connectée à l’au-delà, n’était pas désintéressée.
L’abus de faiblesse fait partie des faits régulièrement jugés. Mais le dossier qui sera examiné par le tribunal correctionnel de Bayonne mardi 19 septembre est peu banal. La prévenue, Jacqueline, répondra d’abus de faiblesse, et de détournements de fonds. Elle est soupçonnée d’avoir exploité la vulnérabilité psychologique de plusieurs personnes, sous couvert d’une association cultuelle loi 1901.
En 1985, Jacqueline dite « Jacky », créé le Centre chrétien, au numéro 25 du cours du Comte de Cabarrus à Bayonne ; association se réclamant de l’église évangélique, et n’ayant aucun lien avec l’Église catholique (1). Pendant des années, Jacqueline ne se contente pas de prêcher la bonne parole auprès des adeptes. Elle fait aussi état de prophéties personnelles, qu’elle pense recevoir en direct du Tout-puissant.
Ressusciter les morts
Mais la connexion entre Jacky et le créateur est à ce point privilégiée que celle qui se désigne comme « l’élue de Dieu » assure, par la puissance qui lui est conférée, être en capacité de soigner les maladies, voire de ressusciter les morts par les prières et l’imposition des mains. La gourou ne semble douter de rien, et ne s’imagine pas une seconde que les messages transcendantaux aient pu signaler un désordre psychologique personnel, plus qu’une illumination élective.
La petite assemblée d’adeptes est invitée par « l’autoritaire », « manipulatrice », ou « totalitaire » – selon les plaignants – Jacqueline à verser 10 % de leurs revenus au Centre chrétien. La « pasteure » autoproclamée accumule ainsi un pécule avantageux. Les enquêteurs de l’antenne de Police Judiciaire (PJ) de Bayonne ont mis au jour divers comptes bancaires, garnis au total de plusieurs centaines de milliers d’euros. Le compte du Centre chrétien aurait eu pour but de financer des travaux de celui-ci. Les fonds n’auraient pas été utilisés à des fins personnelles.
Visite de Dieu
Le fonctionnement du Centre chrétien a prospéré pendant des années, avant le dépôt d’une première plainte, en 2014, rejointe ensuite par trois autres. La même année, Jacqueline était placée sous contrôle judiciaire, avec l’interdiction de pratiquer toute activité au sein du Centre chrétien. En 2016, elle était interpellée chez elle par la PJ pour être entendue en garde à vue. Les anciens adeptes, trois femmes et un homme, victimes présumées de l’ex-gourou ont pour point commun une emprise ancienne, pour avoir fréquenté le Centre chrétien pendant leur enfance, avec leur mère, souvent suite à des événements perturbant la famille tels que des décès, divorces, maladies.
Ces états de faiblesse auront trouvé une résonance en la personne de Jacqueline, qui aurait indiqué, avoir été visitée à deux reprises par Dieu (vers ses 20 ans et ses 40 ans). Trois des quatre victimes sont défendues par Me Sandrine Larié. L’avocate de Jacqueline, Me Maïté Sargiacomo, n’a pas souhaité répondre à « Sud Ouest ».
(1) Association loi 1901 fondée en 1985 sous l’enregistrement 378095616 00017, recensée

http://www.sudouest.fr/2017/02/25/jacky-parle-a-dieu-et-prend-10-3228003-4018.php
25/02/2017





 

 

 

 

COMMUNAUTES NOUVELLES


Interview du cardinal Joäo Braz de Aviz

préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique

Question. "Pouvez-vous nous dire combien d’entre elles sont actuellement sous enquête de la part de la Congrégation pour les religieux ?"

Réponse. "Il y en a environ 70 nouvelles familles religieuses sur lesquelles nous avons porté notre attention. Nous avons fait des visites et quelques-unes révèlent vraiment des cas préoccupants, avec de graves problèmes de personnalité dans les fondateurs et des phénomènes d’emprise, de fort conditionnement psychologique des membres. Il y a des fondateurs qui se sont révélés de vrais propriétaires des consciences. Le critère n’est plus l’unité avec l’Eglise, l’unité avec Pierre. Ce n’est pas pour rien que les fondateurs les plus rigides se sont montrés comme des personnes incapables d’obéir, des personnes qui doivent rester au pouvoir. Il s’agit clairement de dynamiques déséquilibrées et inacceptables. Il y a aujourd’hui une quinzaine de fondateurs qui sont sous enquête. Et quand nous nous mettons en mouvement – et nous le faisons après avoir reçu des signalements et des dénonciations – c’est qu’en général il y a un vrai problème, et quelques fois très grave. Le pape désire la transparence ; il veut la clarté et il nous a exhortés à faire un discernement courageux sur ce qu’est un charisme et sur ce qui ne l’est pas. Il nous soutient totalement. Il arrive même que des évêques locaux se sentent appelés aussi à la vigilance sur les formes de la vie consacrée qu’ils accueillent dans leur diocèse. Les omissions dans ce sens rendent les problèmes plus difficiles à affronter : si, en fait, on intervient quand un problème n’en est qu’au début, c’est toujours plus facile de le gérer."

SettimanaNews.it du 17.02.2017
 

 




 

 

 

 

ECOLES


A Toulouse, l’école Al-Badr refuse de fermer
Des enfants sont encore scolarisés dans cet établissement hors contrat musulman malgré un enseignement non conforme et la condamnation du directeur.
Des enfants qui jouent dans la cour de récréation, des dessins accrochés aux murs, des manteaux suspendus, des encadrants qui s’affairent… Scènes ordinaires au sein du groupe scolaire Al-Badr, établissement hors contrat musulman du quartier défavorisé de Bellefontaine, au Grand Mirail à Toulouse. Et pourtant, la justice a décidé, le 15 décembre 2016, de sa fermeture pour « enseignement non conforme ». L’école aurait déjà dû être évacuée ; des cadenas posés sur ses portes d’entrée. Or comme l’a révélé un reportage du « 20 heures » de France 2, elle est toujours ouverte. Des « dizaines d’élèves » entrent « par intermittence », témoignent des habitants.
Vendredi 3 février, une voiture de police était stationnée à une cinquantaine de mètres de l’établissement. Jeudi, des forces de l’ordre étaient présentes aux abords, alors qu’était distribué un courrier mettant en demeure les familles de scolariser leurs enfants ailleurs. Le quatrième de ce type adressé aux parents.
Le bras de fer avec l’école Al-Badr – « une guéguerre » qui dure depuis l’ouverture il y a trois ans, raconte Abdelfattah Rahhaoui, son directeur – aurait dû trouver un point d’orgue le 15 décembre 2016. Ce jour-là, l’imam de 43 ans a été condamné par le tribunal correctionnel de Toulouse à quatre mois d’emprisonnement avec sursis et interdit de diriger ou d’enseigner. Dans un second volet, relatif à des violences sur mineurs, deux mois de prison avec sursis et 3 000 euros d’amende ont été prononcés contre lui.
L’association Al-Badr a, elle, été reconnue coupable et condamnée à 5 000 euros d’amende et à une interdiction définitive d’exercer « directement ou indirectement » une activité d’enseignement, avec « exécution provisoire ».
Rapport d’alerte
Pourtant jeudi, dans l’enceinte du groupe scolaire, tout le monde semble faire comme si de rien n’était. « On s’acharne sur nous parce qu’on a des méthodes différentes, que l’éducation nationale ne reconnaîtra jamais parce qu’elle n’ose pas avouer ses échecs », martèle le directeur, qui nous a ouvert les portes de son bureau. Contestant la décision de justice, « issue, dit-il, de rapports rédigés à charge et à la va-vite », M. Rahhaoui défend un enseignement « élitiste, d’excellence », face aux « écoles poubelles » du quartier. Des pratiques inspirées, assure-t-il, de la méthode de Singapour pour les mathématiques, ou de la syllabique en français.
Son argumentaire a, localement, l’oreille de nombreux parents de confession musulmane. « Quand je suis arrivé en France il y a vingt ans, j’ai tout de suite vu que les populations musulmanes étaient écartées, stigmatisées, raconte-t-il. Regardez en prison, 70 % des détenus sont musulmans ; n’est-ce pas [un signe] de l’échec du système éducatif français ? »
« Nous, on s’inspire des écoles Freinet ou Montessori, avec vingt-huit heures de cours par semaine et, surtout, l’obligation pour les élèves de faire une heure et demie de devoirs par jour chez eux », se défend cet ancien ingénieur, père de deux enfants « non scolarisés ».
On est toutefois très loin du constat posé sur l’établissement par les inspecteurs qui l’ont visité. Entre septembre 2013 – première rentrée scolaire à Al-Badr – et mai 2016 – date à laquelle le procureur est saisi –, l’éducation nationale y diligente quatre visites.
La première, quelques semaines seulement après l’ouverture, donne lieu à un « premier rapport d’alerte, raconte-t-on au ministère de l’éducation nationale. La seconde se passe mal : il y a obstruction, les inspecteurs ont du mal à rentrer dans l’établissement. Lors de la troisième, le directeur est absent mais il a mandaté un huissier de justice. Les inspecteurs sont mieux reçus mais ils ne peuvent pas assister aux cours ». La quatrième visite, le 12 avril 2016, fait partie de la vingtaine d’inspections « inopinées et renforcées » dont la presse s’était fait l’écho au printemps. Des visites sur lesquelles le ministère avait pris appui pour justifier son projet d’un changement du régime d’ouverture des écoles hors contrat, retoqué le 26 janvier par le Conseil constitutionnel. Parmi ces vingt inspections très médiatisées, huit – dont celle d’Al-Badr – avaient conclu à un enseignement inadapté ou insuffisant.
Des « dons de Dieu »
Le dernier rapport d’inspection que Le Monde a pu consulter est aussi concis que tranché. « Pour les élèves en âge de la scolarité obligatoire inscrits dans cette école, en référence au socle commun de connaissances et de compétences, l’enseignement paraît actuellement très déficitaire dans tous les domaines en dehors de l’enseignement de l’arabe qui s’effectue à des quotités quotidiennes importantes, peut-on lire dans ses dernières lignes. L’étude quotidienne du Coran oblitère le temps de façon importante, et réduit les séances consacrées aux connaissances et compétences minimales à faire acquérir. »
Abdelfattah Rahhaoui, lui, réfute tout en bloc. Prééminence d’un enseignement religieux ? Son enseignement est « traditionnel », en aucun cas d’obédience « salafiste ». Fillettes voilées dès l’âge de 8 ou 10 ans pour certaines d’entre elles ? « Ce n’est pas nous qui les obligeons, c’est un choix des parents », explique-t-il. L’établissement fonctionne en grande partie avec les cotisations mensuelles des familles : 190 euros par élève et par mois. Le reste est assuré par des dons et des « dons de Dieu », indique le directeur
Dépêchée sur place par la municipalité, jeudi 26 janvier, une commission de sécurité a recensé 87 élèves toujours présents. Des enfants mais aussi des adolescents autant issus de milieux défavorisés que des fils ou filles d’ingénieurs, de cadres, d’enseignants, selon M. Rahhaoui. Ces 87 jeunes sont-ils en mesure d’être rescolarisés dans le public ? Les enseignants du Mirail, en tout cas, ne les voient par affluer. « Il y a eu quelques retours d’élèves en septembre, que les parents ont justifiés par le coût de la scolarité à Al-Badr, mais pas de mouvement d’inscription dans les écoles du secteur, témoigne-t-on au SNUipp-FSU-31, syndicat majoritaire au primaire. Une classe supplémentaire doit ouvrir à la rentrée 2017 à Bellefontaine. On a des moyens en plus. Mais les enfants viendront-ils pour autant ? » Tant dans les rangs syndicaux que du côté de la fédération de parents d’élèves FCPE, on penche plutôt pour leur instruction à domicile.
« Système de poupées russes »
Car la fermeture d’Al-Badr serait imminente et pourrait prendre un tournant inédit : pour la première fois, l’Etat, associé à une municipalité – en l’occurrence la ville de Toulouse –, envisage de recourir à la contrainte pour fermer un établissement scolaire qui ne cesse de se dérober à son contrôle. Dans l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem, mercredi soir, on indiquait une intervention « dans les meilleurs délais ». Sur le fond, celle-ci pourrait prendre la forme d’un arrêté municipal pour raisons de sécurité – seul levier trouvé pour obtenir la mise sous scellés de l’établissement.
Reste une question, et pas des moindres : comment Al-Badr peut-elle rester ouverte en dépit de la décision de justice ? Une zone grise juridique existe, empêchant l’application de la décision du tribunal correctionnel. « C’est à ma connaissance une première en France, fait valoir le procureur de la République, Pierre-Yves Couilleau, mais nous devons d’abord penser à rescolariser ces enfants, d’où une procédure qui se fait graduellement. Cela dit, en cas d’infraction prolongée, M. Rahhaoui risquera une peine de deux ans de prison. »
Rue de Grenelle, on invoque un « système de poupées russes » : le 4 janvier, un parent s’est présenté à la mairie de Toulouse pour déclarer l’ouverture d’une nouvelle école, Avicenne, dans les mêmes murs. La mairie et l’académie font opposition, ce que les gérants de l’établissementcontestent au tribunal administratif.
En attendant, le groupe scolaire continue de fonctionner bon gré mal gré. « Enseigner, apprendre à lire et à écrire à des enfants, c’est le seul but de ma vie,martèle le directeur, déjà à l’origine, en 2003, de la création du collège-lycée Alif, dans un autre quartier toulousain, établissement privéreconnu par l’Etat depuis 2009. Face à un système qui a démissionné, nous voulons juste accompagner les enfants, leur ouvrir en quelque sorte les portes de l’ascenseur social. »
Imam à ses heures, M. Rahhaoui a prêché autrefois dans les mosquées du Mirailet reconnaît y avoir croisé la famille de Mohamed Merah, ou les frères Clain, qui ont revendiqué les attentats du 13 novembre 2015 au nom de l’Etat islamique.
« Ce sont des gamins abandonnés par tous, qui n’avaient aucune connaissance du Coran et qui sont tombés dans cette folie parce que justement personne ne les prend en charge », estime-t-il.
M. Rahhaoui promet des suites judiciaires : « On va continuer et si je vais en prison, j’en profiterai pour lire le Coran. »

Le Monde du 03.02.2017

La fermeture de l’école Al-Badr, un dossier juridique épineux
Le contentieux autour de l’établissement s’inscrit dans un contexte local de demande croissante pour des écoles musulmanes hors contrat.
La situation de l’établissement Al-Badr est un cas d’école pour les services de l’Etat. Alors qu’une décision de justice tombée le 15 décembre 2016 a prononcé sa fermeture officielle – selon nos informations, plusieurs membres de l’équipe encadrante sont fichés « S » –, c’est seulement par le biais d’un arrêté municipal imminent, plus d’un mois après le jugement, que les autorités espèrent parvenir à une fermeture définitive de cet établissement qui fonctionne désormais clandestinement.
Lire aussi : A Toulouse, l’école Al-Badr refuse de fermer
Au cœur du litige : une zone grise juridique et un climat tendu. Comment contraindre à fermer les portes d’une école hors contrat sur laquelle, par définition, l’Education nationale a moins de pouvoir ? Quels leviers utiliser, dans une situation rendue plus sensible encore par le fait que l’établissement est de confession musulmane et que les établissements publics de ces quartiers défavorisés peinent à sortir d’une logique de ghetto ? Que faire des dizaines d’élèves en cas de fermeture brutale ?
A Toulouse, le procureur de la République, la préfecture, la mairie, ne cachent pas leur embarras face au refus d’obtempérer du directeur d’Al-Badr, Abdelfattah Rahhaoui. Tout a été tenté ou presque : l’attentisme, la négociation, l’envoi de courriers avec accusés de réception aux parents d’élèves leur rappelant un article du code pénal (227-17-1) punissant de 7 500 euros d’amende et de six mois d’emprisonnement le fait d’envoyer leurs enfants dans un établissement interdit d’ouverture… En vain.
Une association miroir
A la différence, par exemple, d’un arrêté préfectoral prononçant la fermeture d’une mosquée – situation où l’Etat est autorisé à déposer des cadenas sur les portes –, tel n’est pas le cas pour une école. Pour trouver une issue, un groupe de travail a donc été mis sur pied, à Toulouse. Il réunit préfecture, parquet et mairie. La seule solution finalement trouvée ces dernières semaines a été de prendre en défaut Al-Badr là où elle ne l’était pas jusqu’à présent : sur les questions de sécurité.
Deux commissions d’inspection ont ainsi été envoyées, le 9 et le 26 janvier. A chaque fois des manquements ont été trouvés. A chaque fois une mise en demeure a été prononcée. Mais Al-Badr ne s’est pas mise en conformité. L’école tente par ailleurs de contourner la menace de fermeture via une association miroir – baptisée Avicenne – créée tout récemment, le 4 janvier. Cette dernière a fait une demande d’ouverture d’école officielle auprès de la mairie, exactement à la même adresse qu’Al-Badr. L’autorisation a été refusée, par l’académie aussi. Mais Avicenne a contesté devant le tribunal administratif cette décision, permettant à l’établissement de rester ouvert durant ce contentieux…
A la mairie de Toulouse, on a conscience du caractère délicat de la situation. Soucieux de ne pas stigmatiser une population déjà défavorisée, on prend soin de rappeler que sur la demi-douzaine de demandes d’ouverture d’écoles hors contrat adressées chaque année à la ville, principalement de confession musulmane, trois à quatre obtiennent un feu vert. « Il y a une accélération des demandes depuis trois ans, souligne-t-on. Il y a un vrai sujet de politique de la ville derrière, on en a conscience et on y travaille. » Dans le cas d’Al-Badr, la situation a toutefois été jugée trop préoccupante pour tolérer plus longtemps une ouverture sauvage.

Le Monde du 03.02.2017

A Toulouse, l’école musulmane hors contrat Al-Badr n’a pas repris les cours
L’association gérant l’école avait été condamnée le 15 décembre 2016 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une interdiction définitive d’enseigner mais refusait jusque-là de fermer.
Condamnée le 15 décembre 2016 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une interdiction définitive d’exercer et d’enseigner « directement ou indirectement », l’association gérant l’école hors contrat Al-Badr, située dans le quartier Bellefontaine, dans l’ensemble du Grand Mirail, n’a pas rouvert ces portes pour la rentrée, lundi 20 février. Malgré l’interdiction, son directeur Abdelfattah Rahhaoui, condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis, interdiction d’enseigner, ainsi que deux mois avec sursis pour violences sur mineur dans un autre volet, recevait encore avant les vacances environ 80 élèves dans son établissement.
Alors que depuis plus de deux mois, la justice, la mairie et le rectorat peinent à faire appliquer la décision, lundi matin, plusieurs fourgons de CRS étaient présents pour dissuader, sous prétexte de « contrôles d’identité », les parents qui auraient amené leurs enfants pour cette éventuelle rentrée. Pourtant, le directeur et ses équipes avaient décidé la veille de ne pas reprendre les cours.
Lundi en fin d’après-midi, l’intendant de l’établissement, qui refuse que son nom apparaisse, se disait « totalement abassourdi par les moyens policiers employés, alors que des procédures de justice sont encore en cours ». En ce qui concerne la rescolarisation des éléves, malgré les appels répétés du rectorat aux familles pour placer les enfants dans des établissements voisins, peu d’entre elles se sont manifestées depuis décembre. Celles-ci préférant, selon plusieurs témoignages, enseigner à leurs enfants à domicile.
Aucun dispositif prévu
Cette fermeture est le fruit d’une décision et de procédures inédites pour l’Etat. Contrairement à une mosquée, qui peut être fermée par arrêté préfectoral, et donc mise sous scellés, la décision de justice dite « exécution provisoire » pour la fermeture d’une école hors contrat ne prévoit aucun dispositif spécifique. Du coup, procureur de la République, rectorat, préfecture et mairie avaient tenté par tous les moyens de faire plier M. Rahhaoui : négociation, attente, envois de courriers aux parents, recours au comité d’hygiène et de sécurité municipal (sans succès après des travaux réalisés)... Le directeur conteste encore aujourd’hui les décisions de justice considérant « l’éxécution provisoire illégale car concernant une personne morale ». Un nouveau jugement devrait être prononcé en appel le 24 avril.
Depuis son ouverture en 2013, l’école avait reçu quatre visites d’inspecteurs académiques. Tous avaient constaté un « enseignement très déficitaire dans tous les domaines en dehors de l’enseignement de l’arabe ». Ils soulignaient « l’étude quotidienne du Coran [qui] oblitère le temps de façon importante et réduit les séances consacrées aux connaissances et compétences minimales à faire acquérir».
Le directeur, également imam et conférencier, déclarait avant les vacances au Monde qu’il enseignait un « islam traditionnel, respectant le socle commun ». Fréquentée par des familles de tous milieux, notamment modestes, de tout le département de la Haute-Garonne, l’école Al-Badr avait un coût mensuel de 190 euros pour chaque enfant. Elle fonctionnait grâce aux paiements des parents et aux dons.

Le Monde du 21.02.2017

A Toulouse, rideau sur l’école musulmane
L’établissement Al-Badr, au Mirail, a été fermé de force lundi dernier, deux mois après une décision de justice. Une affaire qui illustre le statut controversé des lieux d’enseignement sans contrat.

A Toulouse, rideau sur l’école musulmane
La cour de récréation recouverte de gazon synthétique est vide. Le portail bloqué. Cette fois, l’école musulmane hors contrat Al-Badr («la pleine lune» en arabe), dans le quartier du Mirail à Toulouse, est bel et bien fermée. Condamnée le 15 décembre par le tribunal correctionnel de Toulouse à une interdiction définitive d’exercer, l’association gérant cette école refusait jusqu’ici de plier. Le 2 février, la mairie de Toulouse avait envoyé devant l’école des agents municipaux, accompagnés de policiers, distribuer des courriers aux parents leur demandant d’inscrire leurs enfants dans une autre école. Mais rien n’y faisait. Avant les vacances de février, quelque 80 élèves, selon le rectorat, se rendaient chaque matin dans cet établissement, devenu pourtant illégal… Il aura fallu attendre deux mois pour que les autorités parviennent à la fermeture effective. Lundi dernier, plusieurs équipages de police positionnés devant l’école, cette fois sous prétexte de «contrôle d’identité», ont permis l’application de la décision de justice. Depuis, les grilles sont restées fermées.

«L’exemple de cette école toulousaine est la parfaite illustration que notre régime de droit actuel organise l’impuissance publique. D’où la volonté que nous avions de le faire changer», commente, un peu amer, l’entourage de la ministre de l’Education. En juin 2016, Najat Vallaud-Belkacem présentait en effet un plan pour modifier le régime d’autorisation de ces écoles hors contrat, sans lien aucun avec l’Education nationale. Ces établissements, qui ne scolarisent qu’un petit pourcentage d’élèves en France (0,4 % des effectifs), sont en hausse depuis quelques années (+ 26 % entre 2011 et 2014). On en dénombre environ 1 300 sur le territoire, dont 300 confessionnels. L’école Al-Badr en est un.

Texte retoqué
Ces établissements qui ne reçoivent pas un centime de l’Etat, ont une totale autonomie : n’importe qui, à condition d’avoir 21 ans et le bac, peut ouvrir une école, embaucher qui il souhaite en guise d’enseignants, sans condition de diplômes, sans être tenu de suivre les programmes officiels. L’Etat n’exerce un contrôle qu’a posteriori, une fois l’école ouverte, pour s’assurer que l’enseignement ne comporte rien «de contraire à la République et au respect des lois» et que les élèves maîtrisent le socle commun de connaissances. La ministre Najat Vallaud-Belkacem souhaitait modifier le régime d’ouverture, très libéral, pour passer à un système d’autorisation préalable, permettant aux autorités de pouvoir s’opposer au projet avant son ouverture. Rapé. Le Conseil constitutionnel, saisi par des parlementaires de l’opposition, a retoqué le texte début janvier considérant qu’il portait atteinte à «la liberté d’enseignement». Pour l’entourage de la ministre, il aurait pourtant évité l’imbroglio toulousain.

«Cette école avait des fragilités pédagogiques dès le départ.» D’emblée en effet, raconte le directeur académique des services de l’Education nationale (Dasen) toulousain Jacques Caillaut, «la première visite des inspecteurs faisait état de problèmes à Al-Badr». L’école, ouverte en septembre 2013, accueille à l’époque une centaine d’enfants, en maternelle et primaire. L’établissement est contrôlé une première fois en juin 2014. «Les inspecteurs envoyés sur place n’ont pas pu avoir accès aux documents administratifs demandés», indique le premier rapport. Deuxième visite, le 7 avril 2015. Dans leur compte rendu, les inspecteurs écrivent cette fois : «Il n’a pas été possible d’observer les élèves en situation d’apprentissage. Une partie des locaux est demeurée inaccessible. Nous n’avons pas rencontré l’équipe pédagogique.» Les informations parcellaires recueillies sur place, explique encore le rectorat, laissent à penser à de grosses lacunes dans l’enseignement. Autre problème : une partie des élèves de l’école serait en fait des collégiens, alors qu’Al-Badr est déclarée être une école maternelle et primaire.

La direction d’Al-Badr est alors mise en demeure de mettre ses programmes scolaires en conformité. «Nous leur avons fourni des éléments pour y arriver. Nous ne sommes pas dans une logique d’opposition. Ce que nous avions constaté ne correspondait pas à ce que l’on est en droit d’attendre d’une école de la République. Le but était de rectifier le tir», assure Jacques Caillaut. Sans effet.

«Rectifier le tir»
En avril 2016, les inspecteurs reviennent, cette fois avec des policiers. «Ils se sont heurtés à un nouveau refus de la direction d’Al-Badr de présenter les registres du personnel.» Impossible aussi d’accéder à celui des élèves présents. Jacques Caillaut décide alors de faire un signalement au procureur de la République. «En tant que recteur, je n’ai pas les pouvoirs de police et justice. C’était la seule chose que je pouvais faire, après avoir tout tenté pour ne pas en arriver là.»

Entre-temps, la mairie de Toulouse, responsable de la sécurité des bâtiments accueillant du public, diligentait deux visites de sa commission de sécurité et d’hygiène. Elle constate l’absence de fenêtres et d’aération dans deux classes. Un arrêté municipal de fermeture est alors ordonné en janvier 2016. Dans la foulée, des agents municipaux accompagnés de policiers municipaux et nationaux, étaient déjà dépêchés devant l’école pour avertir les parents de la situation. Cet arrêté municipal restera lettre morte ; les enfants continueront à se rendre dans cette école. Décembre 2016, nouvel avis de fermeture, cette fois exigée par le tribunal correctionnel de Toulouse. «La fermeture s’est faite avec toute la fermeté et le discernement nécessaire», affirme Pierre Yves Couilleau, le procureur de la République de Toulouse.

Fichés S
A l’époque, le directeur de l’école Al-Badr, Abdelfattah Rahhaoui, avait fait appel mais, la procédure n’étant pas suspensive, la condamnation est donc exécutoire. L’avocat du directeur déclarait alors à l’AFP : «On a une enquête qui a été faite partiellement et, on ne va pas se mentir, partialement, et aujourd’hui, on prend une décision sur un dossier qui est vide.» Selon les informations révélées depuis par le Monde, plusieurs membres de l’équipe pédagogique d’Al-Badr seraient fichés S. Questionné sur ce point, Abdelfattah Rahhaoui rétorque à Libération : «Leur seule obligation est d’avoir leur baccalauréat. Comment voulez-vous que l’on sache qu’ils étaient fichés ? Dans ce cas, pourquoi les autorités ne nous l’ont pas signalé ?» s’interroge le directeur.

Le moins que l’on puisse dire est que Abdelfattah Rahhaoui est une personnalité controversée. Dans une autre procédure, il a été condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis, interdiction d’enseigner, ainsi que deux mois avec sursis pour violences sur mineur.

Ce qui explique peut-être l’absence de levée de boucliers chez les représentants de la communauté musulmane de Toulouse. Imam autoproclamé, ingénieur informatique de formation, Rahhaoui est décrit comme un personnage «autoritaire, imbu de sa personne», enclin à jeter l’anathème «sur ceux qu’ils considèrent comme de mauvais musulmans». Il est aussi l’auteur de nombreuses vidéos sur YouTube dans lesquelles il accuse notamment les dessinateurs de Charlie d’avoir «provoqué les musulmans» tout en condamnant leur assassinat commis par ceux qui «restent ses frères».

Autre cible récurrente de ses interventions sur Internet : Dalil Boubakeur, le recteur de la Grande Mosquée de Paris qualifié de «cireur de pompes» et la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, accusée d’avoir propagé la théorie du genre dans les écoles. «J’assume», répond Rahhaoui. Tout comme il assume sa présence à l’enterrement de Mohamed Merah le jeudi 29 mars 2012 : «A la demande de sa mère», répond-il. «Il fallait empêcher d’agir la bande de malades qui voulaient glorifier sa mort.»

Un des responsables du conseil du culte musulman de Toulouse, Abdelatif Mellouki, porte un discours clair : «Les services de l’Education nationale ont relevé des manquements dans les enseignements de base prodigués dans l’école Al-Badr. Une décision de justice rendue. Il faut la respecter.»

Sur les 66 enfants d’Al-Badr concernés par l’obligation scolaire, une quinzaine auraient depuis trouvé une place dans l’un des deux autres établissements musulmans hors contrat de Toulouse. Pour une autre petite quinzaine d’enfants, les parents se seraient manifestés «pour [les] rescolariser dans des écoles publiques», indique le rectorat. Et la trentaine d’autres ? Ils sont pour l’instant sans affectation. A en croire Omar, l’un des parents d’élèves d’Al-Badr : «Les places manquent dans les écoles publiques maternelles. Depuis la fermeture, ma fille de 4 ans est bloquée à la maison. Pourquoi avoir fermé aussi la maternelle Al-Badr, alors que les manquements, notamment sur les programmes scolaires, ne concernaient que les grands ?»

Pour Abdelatif Mellouki, le cas Al-Badr doit pousser les pouvoirs publics «à réfléchir à l’accompagnement des projets d’ouverture d’écoles confessionnelles». Selon lui, les pouvoirs publics mettent systématiquement des bâtons dans les roues aux établissements musulmans qui essaient de se créer. Avec la disparition d’Al-Badr, pointe-t-il, il ne reste que deux établissements hors contrat de confession musulmane à Toulouse, accueillant en tout 180 élèves de primaire et collège. «Ce n’est pas suffisant pour répondre à la demande des familles, que l’on estime à 200 ou 300 élèves.» Plusieurs raisons, selon lui, à cette demande : l’enseignement de la religion bien sûr, mais pas seulement. «Les parents cherchent aussi des alternatives à cause des mauvaises conditions d’enseignement dans les écoles publiques de certains quartiers.»

Libération du 26.02.2017


 

 

 

 

EMPRISE


L’emprise mentale en procès

Le procès d’une kinésithérapeute jugée pour abus de faiblesse a permis de révéler l’ampleur des dégâts de « l’emprise sectaire » et la difficulté de s’en sortir.

C’est un étrange procès qui s’est déroulé cette semaine devant la 1re chambre correctionnelle de Paris. Celui de Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute et coach, accusée d’avoir implanté chez ses patients de « faux souvenirs » d’abus sexuels pour les couper de leurs familles et leur soutirer de l’argent. Ce procès rare en France – aux États-Unis, ce type d’accusation se multiplie depuis les années 1980 – se distingue aussi par le profil de ses victimes, la plupart issues de milieux socioprofessionnels privilégiés.

D’ex-patientes encore fragilisées ont témoigné à la barre être littéralement tombées sous l’emprise d’une femme qu’elles étaient venues consulter sur le conseil de parents ou d’amis. La thérapeute faisait remonter chez elles de « faux souvenirs » prétendument enfouis, notamment d’incestes. L’une raconte comment, dès le premier rendez-vous, elle lui a « suggéré » qu’elle avait été abusée par son père et avait eu une relation incestueuse avec son frère. « Elle m’a dit que j’étais pourrie de l’intérieur », « que j’avais été abusée par mon père et vampirisée par ma mère », relate une autre.

La kinésithérapeute les poussait à rompre avec leurs proches, de façon souvent très violente. « Elle m’a demandé de les pulvériser. » « Elle m’a dit qu’il fallait que je le détruise avant qu’il ne me détruise. » Les plaignantes parlent de « lavage de cerveau » et de « mise en état de soumission ». Elles se remémorent ces week-ends terribles passés dans la maison de campagne de la thérapeute, « maison de la vérité », ou « maison du bien », où celle-ci pratiquait des séances « d’analyse sauvage » ou de « magie noire ».

Elles relatent aussi la façon dont elle leur a soutiré de l’argent : l’une lui a donné 55 000 €, au prétexte que cet argent issu de l’héritage de son père était « malsain » ; une autre lui a vendu pour 60 000 € un appartement dans le VIIIe arrondissement de Paris…

Si les plaignantes ont réussi à se défaire de ce lien mortifère, elles en ont gardé de lourds traumatismes. Mais d’autres femmes resteraient encore sous son influence. C’est le cas de Florence A. Cette diplômée de HEC, qui a occupé des postes à responsabilités dans le milieu de la finance, s’est portée partie civile avant de se désister et continue à nier avoir fait l’objet de « manipulations ». Ce sont ses parents qui sont venus témoigner à la barre du « changement profond » de leur fille après sa « rencontre » avec la thérapeute, qu’elle était venue consulter pour un problème de dos dans les années 2001-2002. Lors d’un repas avec eux, « elle s’est mise à hurler », parlant de « famille épouvantable », et ira jusqu’à accuser sa mère d’avoir été le membre actif d’un « réseau de pédophilie ».

Depuis, les ponts sont coupés et ils ne peuvent pas voir leurs petits-enfants.Florence serait restée en revanche en lien avecMarie-Catherine Phanekham. Elle a même réussi à la faire employer en 2005 comme coach par la société Artegy (filiale de la BNP), dont elle était responsable administrative et des ressources humaines… Une prestation pour laquelle Marie-Catherine Phanekham a touché 2,5 millions d’euros, chiffre confirmé par un rapport d’audit de la BNP.

Florence serait parvenue aussi à faire embaucher une douzaine d’« adeptes » de la thérapeute à des postes importants d’Artegy dans ce qui ressemble à une tentative d’« infiltration » de l’entreprise « par une secte », comme en témoigne son ex-directeur commercial Benoît de Foucher, licencié à l’époque pour avoir tenté d’alerter ses supérieurs. Florence est-elle toujours « sous emprise » ? « Elle est devenue une autre », nous dira simplement l’avocate de ses parents.

Comment des femmes intelligentes, apparemment solides, ont-elles pu se laisser si facilement manipuler ? La question est revenue régulièrement lors de ces trois jours d’audience. Croire qu’il faut avoir une « fragilité préexistante » pour se faire ainsi piéger ou qu’un « bagage intellectuel » suffit à se prémunir de telles attractions fatales est « une erreur », a expliqué Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes.

Dans tous les cas, il est « très difficile d’opérer une marche arrière ». « On peut rester de très longues années sous emprise », a confirmé Claude Delpech, présidente de l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI). « Au bout de la route, nos enfants ne reviennent jamais tout à fait. »

La Croix du 24.02.2017

 




 

 

 

 

EVANGELIQUES


À la veille de la présidentielle, les évangéliques s’adressent aux candidats

Le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) vient de publier un texte dans lequel il rappelle ses principaux points d’attention à l’approche de l’échéance électorale, au premier rang desquels la liberté de conscience.

C’est la première fois que le jeune Conseil national des évangéliques de France (Cnef), fondé en 2010, publie un tel document. Quelques mois après le petit livre de la Conférence des évêques de France (CEF) Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique (1), le texte des évangéliques, d’une quinzaine de pages à peine, se veut apporter, à son tour, une contribution au débat public français, à l’approche de l’élection présidentielle.

« Parce que la montée des extrêmes nous préoccupe, nous avons souhaité mettre en avant nos valeurs chrétiennes », explique Étienne Lhermenault, le président du Cnef. Réalisé par le Service pastoral auprès des parlementaires, créé en 2015, ce livret, intitulé Convictions des évangéliques du Cnef en vue des élections, est destiné non seulement aux responsables politiques mais aussi aux adhérents de ce regroupement d’Églises qui rassemble 70 % des évangéliques français. « Une partie d’entre eux ne sont pas insensibles au vote contestataire… », reconnaît ainsi son président, insistant sur la visée « pédagogique » du document.

Un ton confessionnel assumé

Mais là où les évêques avaient réduit au minimum les références explicitement chrétiennes, dans l’intention de s’adresser à « tous les habitants de France », le Cnef emploie un ton confessionnel assumé et revendicatif. Le document rappelle les fondamentaux éthiques en s’appuyant sur de nombreuses citations bibliques, de la nécessité d’une économie plus solidaire au respect de la famille fondée sur le lien « entre un homme et une femme », en dépit de la loi de 2013 sur le mariage pour tous. Le Cnef renouvelle aussi son invitation à accueillir les étrangers, tout en mettant en garde de ne pas le faire « au détriment des plus fragiles parmi les autochtones » au risque de favoriser des « tensions » au sein de la société.

Mais la priorité est surtout donnée à la question de la liberté de conscience, étendard régulièrement brandi par les évangéliques. « Le principe de neutralité pèse sur l’État et non sur la société civile », rappellent-ils. L’insistance sur ce thème s’inscrit dans la droite ligne de la campagne lancée en 2014 par le Cnef intitulée « Libre de le dire », en faveur de la liberté de dire sa foi en public.

Une limite à « la loyauté réplublicaine » évoquée

Aussi, dans la partie consacrée à la cohésion nationale, le texte plaide pour une « limite » à la « loyauté républicaine » lorsque celle-ci entre en contradiction avec « Dieu et sa Parole ». Ainsi, dans « certains cas précis », la « loi de Dieu » peut être préférée à celle des hommes. Cette restriction peut par exemple s’appliquer dans le cas où « les dérives éthiques ne seraient non plus optionnelles mais obligatoires » précise Étienne Lhermenault.

Déjà, en 2015, le président du Cnef avait tenu des propos similaires qui lui avaient valu une demande d’éclaircissement de la part du Bureau des cultes du ministère de l’intérieur. « J’avais alors souligné qu’il ne s’agissait pas d’un appel général à la désobéissance civile, dit-il, mais une protestation pour la liberté de conscience . »

(1) Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, par le Conseil permanent de la Conférence des évêques de France, coédition Bayard, Cerf, Mame, 90 p, 4 €

La Croix du 22.02.2017

Au Brésil, un diocèse face à la concurrence évangélique

Dans le diocèse de Santo André de la banlieue de Sao Paulo, les catholiques ne représentent plus aujourd’hui que 46 % de la population, contre 90 % en 1960.

L’évêque a lancé un synode diocésain pour trouver des solutions à cette désaffection.

La cathédrale Notre-Dame-du Carmel trône dans le centre de Santo André. Tons jaunes, architecture coloniale : majestueuse, elle rappelle la puissance de l’Église au Brésil, qui reste, encore aujourd’hui, le plus grand pays catholique au monde. Mais son influence s’effrite, comme le notent régulièrement les recensements décennaux et les sondages. Dans le dernier en date, publié par l’institut DataFolha fin décembre 2016, 50 % des Brésiliens se disent aujourd’hui catholiques, contre 64 % en 2010 et plus de 90 % en 1970.

À Santo André, Mgr Pedro Carlos Cipollini, nommé par le pape François en 2015, a voulu prendre le problème à bras-le-corps. En organisant cette année un ambitieux synode, lancé le 3 décembre dernier, autour du thème de l’évangélisation, suivant ainsi les recommandations du pape pour une Église qui doit « sortir d’elle-même ».

Le pourcentage de catholiques a chuté à 46 % en 2016

Tout au long de l’année, prêtres, religieux et religieux, acteurs de la pastorale, membres d’associations et paroissiens seront consultés et sondés sur leur perception de la vie dans leur paroisse, sur leurs difficultés et les changements qu’il serait bon de mettre en place. Objectif : parvenir au « rêve missionnaire d’atteindre chacun », selon la devise choisie pour le synode. « Il n’est pas possible de penser une Église missionnaire sans la force de tous ses membres », insiste le P. Joel Nery, vicaire épiscopal du diocèse de Santo André.

Dans la région, le pourcentage de catholiques a chuté à 46 % en 2016 ; beaucoup, comme souvent en périphérie des grandes villes brésiliennes, se sont tournés vers les églises évangéliques et pentecôtistes : 35,3 % des habitants du diocèse sont évangéliques (27,1 % d’églises pentecôtistes et 8,2 % d’églises traditionnelles), contre 29 % au niveau national selon l’enquête DataFolha. Ces chiffres implacables sont issus d’une vaste étude qualitative et quantitative commandée par le diocèse lui-même à l’université municipale de Sao Caetano do Sul (USCS) et menée pendant plus de quatre mois.

Les résultats servent de base à la réflexion dans les paroisses. L’étude révèle aussi de précieux éléments sur les raisons de cet exode : « Le principal reproche est la distance, la froideur, l’accueil qui est fait au sein de l’Église, et le manque de proximité entre ce que dit le prêtre et le quotidien des sondés », explique Leandro Prearo, de l’USCS, qui observe aussi que parmi les classes populaires et pauvres de la région, « il y a déjà davantage d’évangéliques que de catholiques ». Autre enseignement : les catholiques sont moins assidus que les fidèles évangéliques. 35 % des catholiques du diocèse vont à la messe au moins une fois par semaine, contre 76 % pour les évangéliques.

« L’Église catholique reste plutôt forte ! »

« Nous devons faire un mea culpa », reconnaît le P. Joel Nery. « L’excès de cléricalisme, de bureaucratie, l’entre-soi, réduire l’évangile aux rites, en oubliant parfois la pratique, voilà nos maux… », énumère Mgr ­Pedro, qui avoue cependant avoir été surpris par les résultats de l’étude : « Nos églises sont pleines ! ». Face aux fortes migrations vers les églises évangéliques, il relativise : « Il y a 35 % d’évangéliques mais répartis sous 145 dénominations, rien que sur le diocèse ! En comparaison, l’Église catholique reste plutôt forte ! »

« Mais ma préoccupation, poursuit l’évêque, n’est pas tant la perte de fidèles que le chemin de l’évangélisation : comment changer notre langage, l’adapter à cette nouvelle époque, aux technologies et à cette tentation de la sécularisation. Et c’est peut-être parce que notre message n’est pas bien annoncé que certains nous reprochent cette “distance”, cette “froideur”. »

Chaque paroisse enverra au terme de sa réflexion dix propositions, parmi lesquelles trois « priorités synodales » seront choisies lors de l’ultime assemblée synodale, du 15 novembre 2017. Le document final sera ensuite remis en 2018. L’initiative a été « bien accueillie » par la Conférence des évêques du Brésil (CNBB), assure Mgr Pedro. D’autres diocèses ont également entamé une réflexion comme celui de Santos, dans l’État de Sao Paulo, qui vient d’élaborer, de façon « participative », un « plan diocésain d’évangélisation » pour 2016-2019.

Le profil des nouveaux évangéliques

Selon l’étude menée par l’université municipale de Sao Caetano do Sul (USCS) sur le diocèse de Santo André, 38 % des évangéliques sont d’anciens catholiques. Ils sont davantage issus des classes populaires, affichent un plus faible niveau d’études et un revenu de 13 % inférieur à la moyenne de la région. Ils sont très engagés dans leur communauté : plus de 44 % d’entre eux
fréquentent leur église plus d’une fois par semaine, et 40 % participent à des activités avec leur église, hors messe, contre 18 % des catholiques. L’étude a aussi montré de fortes « migrations au sein même des églises évangéliques pentecôtistes ».

La Croix du 22.02.2017

Accueil des migrants, les évangéliques américains divisés au sujet de Donald Trump

Une centaine de leaders et pasteurs évangéliques vient de publier une lettre dénonçant le « muslim ban » de Donald Trump, alors même que le nouveau président jouit d’une très forte adhésion de l’électorat évangélique.

« En tant que pasteurs et leaders chrétiens, nous sommes profondément préoccupés par la récente annonce de moratoire sur l’accueil de réfugiés. Notre fardeau pour celui qui est oppressé ou qui souffre prend racine dans l’appel de Jésus "d’aimer notre prochain comme nous-même"… ». C’est ce que déclarent une centaine de pasteurs et leaders évangéliques dans une lettre ouverte au nouveau président Donald Trump publiée le 8 février sur une pleine page du Washington Post, en réaction au « muslim ban » signé quelques jours plus tôt.

Ce décret prévoit l’interdiction d’entrée sur le territoire, pendant une durée de 90 jours, pour tous les ressortissants de sept pays à majorité musulmane.

D’après le magazine évangélique Christianity Today, une telle initiative se distingue pour au moins deux raisons. La première, avance la publication, est que les signataires sont exclusivement des pasteurs « conservateurs », alors même que ce genre de lettres ne récolte généralement que le soutien des pasteurs « progressistes ».

L’autre est la présence parmi les leaders qui soutiennent ce texte de deux noms bien connus et très respectés dans la sphère évangélique américaine, Tim Keller et Max Lucado. Selon Christianity Today, les deux hommes n’ont pas pour habitude de prendre publiquement la parole sur les questions politiques.

Les évangéliques, un bloc hétérogène

« En tant que chrétiens, nous avons un appel historique exprimé il y a plus de 2000 ans, pour servir la souffrance. Nous ne pouvons pas abandonner cet appel maintenant », rappellent les signataires. « Nous vivons dans un monde dangereux et affirmons le rôle crucial du gouvernement, pour nous protéger du mal et fixer les modalités d’admission des réfugiés, reconnaissent-ils. Cependant, la compassion et la sécurité peuvent coexister, comme elles l’ont fait depuis des décennies. »

Quatre évangéliques blancs sur cinq ont voté pour le candidat républicain lors du scrutin présidentiel qui a vu sa victoire en octobre dernier. S’il est donc largement soutenu par cette tranche de la population, il n’y fait pas non plus l’unanimité. D’ailleurs, depuis la publication de ce courrier, transformé en pétition, des milliers de signatures sont venues s’y apposer.

Déjà, lors de la campagne de Donald Trump, plusieurs figures évangéliques s’étaient élevées contre lui, principalement issues des communautés latinos et noires, qui représentent des millions de voix. Parmi les signataires de la lettre ouverte, on retrouve en toute logique beaucoup de représentants de ces minorités. Pour Corentin Sellin, historien spécialiste des États-Unis, il faut ainsi bien rappeler que le bloc évangélique « n’est pas homogène, composé à 40 % par des personnes issues des minorités, qui ont très largement voté Clinton ».

La très grande majorité des évangéliques blancs continue donc de soutenir Donald Trump, qui a su conquérir cet électorat très courtisé en le rejoignant notamment sur la question centrale de l’avortement. Une enquête publiée par le Pew Research mi-février fait état de la profonde adhésion de son électorat quant à son action en ce début de mandat, avec un taux de satisfaction de près de 80 %.

Très forte adhésion de l’électorat évangélique blanc

Une autre étude de cet institut de recherche de référence révèle que si la population américaine était dans sa totalité opposée à 59 % au « muslim ban », 76 % des évangéliques blancs se déclarent pour. Un chiffre cohérent avec le soutien massif que ses électeurs lui accordent, plus fort même que celui que les évangéliques donnaient à George W. Bush.

Parmi les protestants issus des « Églises historiques », comme les méthodistes et les presbytériens, ils ne sont que 50 % à approuver l’interdiction de territoire aux personnes issues de sept pays majoritairement musulmans. Quant aux catholiques, ils sont contre à 62 %, soit un peu plus que la moyenne générale.

Un petit groupe de leaders évangéliques soutient fermement Trump dans sa politique anti-migrants. C’est notamment le cas de Franklin Graham, fils du télévangéliste Bill Graham, fondateur de l’association humanitaire Samaritan’s Purse. Les conseillers évangéliques de Trump ont donné des justifications théologiques à cette volonté de réduire l’immigration, en estimant que la Bible commande d’accueillir, de vêtir et de nourrir l’étranger mais que ce commandement ne s’adresse qu’aux Églises et aux particuliers, et en aucun cas aux gouvernements.

D’après Corentin Sellin, « les évangéliques blancs sont maintenant pour la plupart des conservateurs radicaux aux positions identitaires qui se trouvent avoir par ailleurs une foi évangélique ».

La Croix du 21.02.2017

Dans l’enfer des thérapies de guérison de l’homosexualité

C’est une enquête dévoilé par Libération en janvier 2017 qui nous alerte : les thérapies de conversion, ou de guérison de l’homosexualité, sont dans le viseur des autorités françaises. Mais pourquoi personne ne réagit, alors même que de gros doutes sont émis sur certaines organisations ?
Alors qu’elles ont récemment été interdites à Malte, qui malgré l’interdiction de l’IVG est très en avance sur les questions sociales et particulièrement envers les LGBT (union civile, adoption, droits des trans…), aucun autre pays européen, et encore moins la Commission européenne, n’a légiféré sur ces tentatives de « conversion » des homos ou des trans en hétéro ou cisgenre.
Pourtant, l’ONU – qui a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales en 1990 – considère que ces thérapies sont assimilables à de la torture (chocs électriques, injections de vomitif…) au même titre que les stérilisations forcées ou que les examens anaux.
Le Brésil depuis 1999, l’Ontario au Canada et même quelques États américains (comme la Californie) ont déjà interdit ces pratiques souvent inspirées par des mouvements religieux et leurs dérives sectaires, parfois dirigées par des « psy » ou des pseudo-médecins comme c’est le cas aux États-Unis, en Suisse, en Chine, en Equateur, en Ouganda ou au Liban. On y considère que l’orientation sexuelle ne peut être autre qu’hétéro, et que l’identité de genre ne peut être autre que celle assignée à la naissance.
Pierre de Boissieu et Florian Bardou de Libération rappellent les techniques employées : « Du bourrage de crâne sous couvert d’accompagnement psychospirituel aux bons vieux électrochocs en passant par l’exorcisme », tout est bon pour lutter contre les désirs de celles et ceux qui veulent juste être eux/elles-même.
Il s’agit en réalité de méthodes pseudo-scientifiques, condamnées par les plus sérieuses sociétés savantes comme l’Association américaine de psychologie (APA) ou le collège royal des psychiatres en Grande-Bretagne, pour les dégâts psychologiques qu’elles occasionnent chez les personnes qui en sont victimes, allant jusqu’au suicide.
En 2016, en Suisse, un jeune helvète – élevé en milieu évangéliste dans lesquels l’homosexualité est considérée comme une abomination menant directement en enfer – révélait avoir été envoyé en thérapie de conversion dès l’âge de 15 ans et ce pendant une dizaine d’années. Quel était le programme ? Pas de décharges électriques sur les parties génitales comme c’est le cas en Chine, ou d’examens anaux comme pratiqués en Egypte, mais un lavage de cerveau et des mises en situation perverses. Vous n’aimez pas le foot ? Alors vous intégrerez une équipe afin de fréquenter des hommes dans une situation non-sexuelle, racontait-il au journal suisse Schweiz am Sonntag.
Une vieille lubie
Drogues, électrochocs, castration chimique, viols, exorcisme, greffe de testicules, hypnose ou encore lobotomie, le dernier numéro de NEON (mars 2017 #52) dresse la liste des diverses méthodes barbares utilisées dans l’histoire (et parfois encore aujourd’hui) pour « délivrer » les « pratiquants » de l’homosexualité.
Peterson Toscano a passé dix-sept ans à essayer de devenir hétéro. Il a cofondé Beyond ex-gay, une association qui regroupe les « survivants » de ces thérapies. Dans son entretien à NEON, il explique son parcours :
D’abord, je suis allé à l’église : étude de la Bible, prières, etc. Puis ils ont utilisé la crise du sida : les gens étaient perdus, et ces lieux sont devenus des sortes d’arches de Noé. À New York, j’ai rejoint LIFE Ministries. Ce groupe croyait que les gays avaient le démon en eux. J’ai subi trois exorcismes. Ensuite, j’ai passé deux ans dans une résidence de Love and Action : prières, écoute, des débats sur le genre – comment être un homme, s’habiller comme tel, etc. Nous devions écrire des histoires sur notre vie sexuelle d’avant. Lors d’un week-end, nous avons dû partager nos histoires sexuelles les plus honteuses devant nos parents…
Il rajoute :
Aux États-Unis, cinq états les ont [les thérapies de conversion] interdites pour les mineurs, mais il y en a toujours beaucoup. De nombreux ex-gays ont parlé, et les mentalités ont changé. Ce sont des organisations religieuses, pas médicales, donc elles fonctionnent sous le radar. On ne les présente plus comme des « programmes ex-gays », mais comme des camps chrétiens. Maintenant, ça s’exporte. C’est comme l’industrie du tabac : ils ont inondé le marché américain, et quand ils ont fini par décevoir, ils l’ont étendu au marché mondial.

Et en France ?
Depuis début janvier, une pétition lancée sur la plateforme Change.org et signée par plus de 31.000 personnes urge le gouvernement à réagir. Son auteur, Aurélien Heiligenstein, adhérent d’Amnesty International à Mulhouse, pointe l’urgence de la situation :
Il faut établir une loi qui stipule explicitement l’interdiction pure et simple de ces thérapies en France et apporte une réponse pénale aux « thérapeutes » qui les pratiquent.
SOS homophobie, contacté par Libération, n’y voit pas d’intérêt. Pour Virginie Combe, vice-présidente de l’association, il n’est pas nécessaire de porter ouvertement une telle revendication.
Le risque, c’est qu’on reconnaisse la légitimité de ces « thérapies. Or, en général, ce sont des mouvements à la limite du sectaire qui les proposent. Notre priorité c’est plutôt de rappeler que l’homosexualité n’est pas une pathologie et qu’en cas d’un commentaire déplacé d’un professionnel de santé, il faut saisir l’Ordre des médecins.
À la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), on estime également que ce n’est pas vraiment un « sujet ». Pourtant, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) veille sur certaines associations et peine à les débusquer. Elle surveille notamment « Torrents de vie », un petit groupuscule évangélique venu de Suisse, depuis 2012. Ce n’est pas le seul mouvement : « Exodus international », mouvements pentecôtistes, ou « Courage » qu’essaie d’implanter en France la Communauté charismatique de l’Emmanuel (un courant conservateur dans la droite ligne de la Manif pour tous); les inquiétudes sont grandes tant les techniques sont sournoises et affûtées.
Il est déjà bien difficile de s’assumer dans la société, mais lorsque des groupes de pressions s’y mettent, promeuvent l’abstinence ou la condamnation morale, les conséquences peuvent être désastreuse…

À Malte, des amendes pouvant atteindre 10.000 euros voire des peines de prisons d’un an pourront être prononcées pour condamner ces pratiques, suivant la gravité des faits. Et en France, c’est pour quand ?

http://tetu.com/2017/02/24/enfer-therapies-de-guerison-homosexualite/
24/02/2017

Au Cameroun, l’Église catholique s’organise face à l’expansion des évangéliques

À l’ouest du Cameroun, un évêque dénonce l’action de certaines Églises évangéliques et souhaite réorganiser son diocèse pour promouvoir une évangélisation de proximité.
Comment l’Église catholique doit-elle s’organiser face à l’expansion des évangéliques ? La question se pose avec acuité dans plusieurs diocèses d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, où les Églises évangéliques se multiplient. Indépendantes ou liées à des Églises organisées, il s’agit le plus souvent de petites communautés regroupant quelques dizaines de personnes, même s’il existe également des « mega-churches » ici et là.
À Bafoussam, une ville de 350 000 habitants à l’ouest du Cameroun, il existe plus d’une centaine d’églises de ce type et elles ont de très nombreux fidèles. « Les Églises de réveil sont de véritables vendeurs d’illusions et attirent les personnes naïves : les enfants, les mamans d’un certain âge et les personnes en difficulté », déplore l’évêque de Bafoussam, Mgr Dieudonné Watio.
« Lavage de cerveau »
Il dénonce également la confusion entretenue par ces pasteurs avec l’Église catholique : « Les pasteurs de ces églises s’habillent comme les prêtres, les évêques et parfois même comme des cardinaux ». Employant des mots très durs, l’évêque parle du « lavage de cerveau » que ces églises font subir aux fidèles. « Les fidèles qui ont quelques difficultés surtout sur le plan matériel se laissent facilement attirer. »
D’après l’institution de recherche américain Pew Research Center, le Cameroun comptait en 2010 38,3 % de catholiques et 31,4 % de protestants (dont une partie des fidèles des Églises évangéliques). 18,3 % des Camerounais sont musulmans.
Pourquoi les catholiques rejoignent-ils ces Églises évangéliques ? « Certains départs s’expliquent par un manque d’encadrement adéquat », répond Mgr Watio, qui cite notamment la nécessite d’une « bonne catéchèse », et surtout une « pastorale d’écoute attentive des personnes en difficulté ».
« Mise en place d’un développement solidaire »
Sur le plan matériel, la Caritas diocésaine veut contribuer à « aider les gens à sortir de la pauvreté matérielle » et, ainsi, à ne pas céder aux promesses matérielles des Églises de réveil. « Des groupes de paysans sont formés à la culture de produits dont la vente leur procure des moyens financiers pour faire face à quelques-uns de leurs problèmes », poursuit Mgr Watio, qui dit également travailler « à la mise en place d’un développement solidaire ».
Une manière de permettre à la population « de se prendre progressivement en charge et d’être ainsi fiers de ne plus se voir dépendants des gens qui leur proposent de l’argent pour les attirer dans leurs filets ».
« Le but est de créer des diocèses à taille humaine »
Mais la réaction de l’évêque sur l’expansion face aux Églises évangéliques va plus loin. Mgr Watio préconise ainsi de séparer son territoire en plusieurs diocèses. « Le but est de créer des diocèses à taille humaine pour une évangélisation de proximité », précise-t-il. Le projet est actuellement à l’examen à Rome.
Une décision qui s’appuie sur les recommandations du synode des évêques sur l’Afrique, organisé en 2009 à Rome, et qui avait préconisé de scinder les trop grandes paroisses en petites communautés. « Cela permettra au prêtre d’aller vers les fidèles, explique Mgr Watio, et non plus le contraire. »

La Croix du 28.02.2017

 



 

 

 

 

EXTREME-DROITE


Le Bien Public du 23.02.2017

Le Bien Public du 08.03.2017

 

Les faux nez de l’extrême droite

Prolongement du roman de Jérôme Leroy Le Bloc, ce film, très proche de la réalité, dévoile les méthodes d’un parti d’extrême droite dans le Nord pour accéder au pouvoir.

Chez nous ***

de Lucas Belvaux

Film français, 1 h 54

Le vivier est inépuisable. On en trouve partout, de ces héroïnes du quotidien, petits soldats de l’entraide, de la solidarité, qui ne comptent pas leurs heures et soulagent leur prochain par des attentions discrètes, des gestes, une présence. Dans une petite ville du Nord, au cœur d’une région désindustrialisée, rongée par le chômage, Pauline, infirmière à domicile, s’active sans se ménager. Elle élève seule deux enfants et soutient son père, bourru, râleur, jamais content, ex-métallurgiste communiste, que son corps trahit et qui se laisse aller.

L’engagement de Pauline auprès des patients n’échappe pas au docteur Philippe Berthier, notable du coin, ex-député européen, qui cherche discrètement une candidate à la mairie pour le compte du parti d’extrême droite Le Bloc patriotique, où il est encarté. Éberluée, Pauline renâcle. Tout l’art de ce politicien roué est de l’amener peu à peu à ses vues, par une série de rendez-vous, de remarques distillées sur les évidences du désastre social qui font douter, vaciller, puis céder la réfractaire. Acquise à l’idée qu’elle pourrait être utile localement.

En coulisses, le bon docteur rend des comptes à la patronne du Bloc patriotique. Agnès Dorgelle, qui a repris l’idéologie, les manières et le fonds de commerce électoral de son père (toute ressemblance avec Marine Le Pen n’est en rien fortuite), charge ses hommes de main d’espionner l’impétrante pour s’assurer de sa bonne moralité et surtout de ses fréquentations. Ils tombent sur un os. Pauline file le parfait amour, depuis peu, avec Stanko, ancien nervi dont le parti cherche à se débarrasser, témoin encombrant de secrets compromettants…

Variation et prolongement du roman percutant Le Bloc de Jérôme Leroy, scénariste du film, Chez nous s’écarte de la violence étouffante du livre pour décrire les techniques de communication, de marketing et de recrutement de l’extrême droite. Ou comment, insidieusement, se forger une vitrine d’honorabilité en jetant son dévolu sur des néophytes présentables sous tous rapports.

Le grand intérêt du film de Lucas Belvaux repose sur l’endoctrinement soft, éloigné de la vraie doctrine et des buts inavouables d’un parti aux faux nez qui cherche à ratisser large. André Dussollier, en médecin rassurant, est parfait pour anesthésier les réticences de sa victime. Il la travaille au corps, utilise à bon escient ce qu’elle constate au long de ses visites (sentiment d’abandon, exaspération, ressentiment, désespérance, impuissance) pour enfoncer le clou sans en avoir l’air. Pauline a même droit à l’opération séduction d’Agnès Dorgelle. Son sort de marionnette docile est scellé. Pauline n’a pas mesuré l’incompréhension et l’hostilité de ses proches, ni deviné les coups fourrés du parti qui l’enrôle, ni percé les troublantes zones d’ombre du passé de Stanko.

L’enjeu du film est bien de montrer comment, profitant du jeu démocratique, l’extrême droite enfile de beaux habits par-dessus le treillis, lance ses filets, manipule ses proies, sans renoncer à la culture de division, de haine, de brutalité, de règlements de compte qui demeure l’essence de son action.

Malgré quelques scènes un peu faiblardes, des situations bancales, cette fiction, si proche de la réalité, est portée par de très bons acteurs (André Dussollier passant de la suavité à la menace, Émilie Dequenne ballottée, Catherine Jacob conforme au modèle, Guillaume Gouix en petite frappe tourmentée). Chez nous, dont le titre reprend un slogan du Front national, arrive sur les écrans à l’heure idoine pour démasquer la mécanique interne d’un parti qui prétend prendre le pouvoir par les urnes.

Indice probant. Depuis l’annonce de sa sortie en salles, le Front national attaque les actrices sur leur physique, registre habituel de sa rhétorique, et condamne le film. Sans l’avoir vu. Comme s’il redoutait que ce miroir renvoie l’image de sa vraie nature.

Repères

Un film proche de la réalité

Presque un documentaire. Dans un article publié sur la-croix.com, le 6 janvier dernier, Laurent de Boissieu, journaliste au service politique de La Croix, écrivait après avoir vu le film : « Tout est crédible dans ces personnages et la description d’une région et d’habitants qui se sentent abandonnés et plus représentés par la France politique et médiatique. À tel point qu’on a presque l’impression d’un documentaire. »

La filmographie de Lucas Belvaux. Depuis 1992 (Parfois trop d’amour), le cinéaste belge a réalisé quatorze films dont une trilogie (Pour rire !, Un couple épatant, Cavale), La Raison du plus faible, Rapt, 38 Témoins, Pas son genre.

Le scénariste, Jérôme Leroy. Dans son cahier « Livres » du 19 janvier 2017, La Croix a consacré un dossier à cet écrivain et poète qui vit dans le Nord, auteur notamment d’un roman, Le Bloc (Gallimard), dont s’inspire en partie Chez nous.

Chez nous, ce film que le Front national ne saurait voir

La Croix du 22.02.2017


 

 

 

 

EXTREMISMES


« Notre démocratie est menacée par un double repli identitaire »

Face aux dérives identitaires qui menacent l’unité républicaine, un ancien préfet, Yves Husson, tire la sonnette d’alarme. Il propose des pistes pour replacer les maires et les préfets, au cœur d’une nouvelle stratégie pour la citoyenneté et le dialogue interculturel.
La Croix : Vous venez de remettre au préfet du Rhône un rapport sur le pacte républicain. Quel est votre diagnostic sur les tensions qui menacent le vivre ensemble ?
Yves Husson : L’équilibre de notre démocratie est aujourd’hui menacé par un double repli identitaire. D’une part, on voit progresser un fondamentalisme religieux. Certains groupes musulmans veulent faire prévaloir la charia, remettent en cause la liberté individuelle ou l’égalité homme femme. D’autre part, s’affirme un nationalisme qui se traduit sur le terrain par des comportements xénophobes et dans les urnes par la montée des votes extrêmes. Le contexte des attentats a renforcé chez certains l’idée que l’islam est incompatible avec les valeurs républicaines.
Dans ce contexte, comment réagissent les élus locaux ?
Y. H. : Ces dérives identitaires produisent un effet de ciseaux. Si beaucoup de maires sont mobilisés depuis longtemps pour faire vivre le pacte républicain, le contexte, alimenté par l’actualité médiatique permanente, les place sur la défensive. Pour l’attribution de logement ou, autre exemple, l’autorisation de la construction de mosquées, ils craignent, quoi qu’ils décident, d’être accusés soit d’islamophobie, soit de laxisme.
Je constate aussi une certaine frilosité pour tenir une parole d’autorité, promouvoir la citoyenneté et la lutte contre les discriminations. Cette faiblesse de la réponse entretient dans la population un doute sur la capacité de la République à maîtriser les tensions, doute qui laisse le champ ouvert aux extrémistes. Nous avons atteint un point de bascule très inquiétant.
La réponse politique n’est-elle plus à la hauteur de l’enjeu ?
Y. H. : Mon rapport n’est pas accusatoire. Beaucoup de choses sont entreprises au niveau national ou local. Mais je souligne les limites des politiques menées. Nous continuons de fonctionner en « tuyaux d’orgues » avec un cloisonnement des initiatives. Et le système de l’appel à projets entre les décideurs publics et les acteurs associatifs souffre d’un manque de vision stratégique et d’évaluation.
J’observe aussi une forme de complaisance de l’entre-soi dans certaines instances de concertation qui occupent l’espace mais sont coupées des réalités du terrain. Cette politique produit des effets trop éphémères, limités, pour peser sur les menaces de l’obscurantisme militant et de l’intolérance combative.
Que faut-il faire ?
Y. H. : On voit bien les progrès accomplis en matière d’environnement, où l’on est passé en quelques années d’une affaire de spécialistes à une responsabilisation des citoyens, chacun devant être plus attentif à son comportement. Serait-il impossible de faire de même pour le pacte républicain ? Si l’on ne parvient pas à changer les choses au niveau du quotidien, la situation peut s’aggraver dangereusement. Je propose des pistes pour donner une nouvelle ambition aux actions de terrain pour le vivre ensemble dans une société cosmopolite. Il faut un pilotage qui permette de fédérer tout ce qui existe dans la durée.
Les autorités publiques doivent affermir cette mission d’abord localement. Si les préfectures fédéraient l’ensemble des initiatives de terrain qui existent avec un calendrier, un programme, en partenariat avec les mairies volontaires, cela rendrait visible tout ce qu’il est possible de faire pour apporter de la concorde, du dialogue. Aujourd’hui il manque une cohérence à tout cela.
J’ai rencontré des municipalités, de toutes couleurs politiques, qui sont prêtes à s’engager dans cette approche stratégique globale. Je pense à l’une d’elles qui s’est fixé une priorité : reconquérir l’espace public où les femmes ne sont plus libres de s’habiller comme elles le veulent. Une autre a développé un programme très complet autour de la lutte contre le racisme.
En contrepartie, ces élus doivent être soutenus par les autorités. Cela commence par des choses toutes simples : un appui médiatisé du préfet, la réception d’habitants d’un quartier à la préfecture… On n’imagine pas la fierté que peuvent ressentir les gens d’être reconnus.
Qu’en est-il de la participation des responsables religieux ?
Y. H. : Ma mission ne concernait pas la laïcité et le dialogue interreligieux. Cependant, les responsables que j’ai rencontrés partagent les préoccupations à l’égard des dérives identitaires. Leur engagement au cœur de la société contribue au vivre ensemble. Ils peuvent apporter leur expérience et leur énergie à une démarche républicaine.

La Croix du 07.03.2017

 


 

 

 

 

FAUX SOUVENIRS INDUITS


Une kiné jugée pour avoir abusé de ses patients

La praticienne leur aurait induit de faux souvenirs dans le but de leur soutirer de l'argent.
C'est une histoire à peine croyable. Cette semaine s'est ouvert le procès d'une kinésithérapeute soupçonnée d'avoir abusé de ses patients... d'une manière peu commune. La praticienne leur aurait fait remonter de faux souvenirs pour leur soutirer des sommes considérables, selon France Info. L'une des victimes aurait accusé son père de viol. Une autre a été convaincue que sa mère dirigeait un réseau pédophile. Poursuivie pour abus de faiblesse, la femme de 44 ans nie en bloc.
D'un état de faiblesse à la dépendance psychologique. C'est le profil des victimes de cette « kiné-gourou », qui ont décrit le même « mécanisme d'emprise ». Les séances de kinésithérapie se transformaient en « thérapie sauvage ». Les faux souvenirs induits est une technique de manipulation mentale connue des psychiatres, « qui consiste à faire croire à une personne que sa souffrance psychologique provient d'un évènement dont elle a perdu le souvenir », précise France Info.
Des faits d'inceste ou de maltraitances
L'une des victimes a par exemple été persuadée que son père l'avait violé. En effet, dans le cas des patients de l'accusée, « les faux souvenirs apparaissent généralement concerner des faits d'inceste ou de maltraitances soi-disant subis durant l'enfance ». Une autre patiente a ainsi déclaré que la praticienne lui « a fait comprendre que (sa) mère avait cherché à (la) tuer, quand (elle) étai(t) dans son ventre ».
Des sommes d'argent importantes
Le but de cette manipulation? Soutirer de l'argent à ses victimes. En plus des 100 euros pour chaque consultation, la kinésithérapeute a touché des sommes mirobolantes. L'une de ses patientes lui a par exemple versé la totalité de son indemnité de licenciement, rapporte France Info, soit 75.000 euros.
Une autre avait remis à plusieurs reprises de l'argent en liquide à la thérapeute. Un pactole avoisinant les 750.000 euros. Même si cette dernière refuse de se considérer comme une victime, elle avait accusé ses parents « d'être à la tête d'un réseau pédophile » et a parlé « d'orgies, de sacrifices d'enfants, d'avortements forcés, d'expériences sur le cerveau » et de « magie noire ». L'avocat de la praticienne plaide de son côté la relaxe.

VSD du 22.02.2017

L’emprise mentale en procès

Le procès d’une kinésithérapeute jugée pour abus de faiblesse a permis de révéler l’ampleur des dégâts de « l’emprise sectaire » et la difficulté de s’en sortir.

C’est un étrange procès qui s’est déroulé cette semaine devant la 1re chambre correctionnelle de Paris. Celui de Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute et coach, accusée d’avoir implanté chez ses patients de « faux souvenirs » d’abus sexuels pour les couper de leurs familles et leur soutirer de l’argent. Ce procès rare en France – aux États-Unis, ce type d’accusation se multiplie depuis les années 1980 – se distingue aussi par le profil de ses victimes, la plupart issues de milieux socioprofessionnels privilégiés.

D’ex-patientes encore fragilisées ont témoigné à la barre être littéralement tombées sous l’emprise d’une femme qu’elles étaient venues consulter sur le conseil de parents ou d’amis. La thérapeute faisait remonter chez elles de « faux souvenirs » prétendument enfouis, notamment d’incestes. L’une raconte comment, dès le premier rendez-vous, elle lui a « suggéré » qu’elle avait été abusée par son père et avait eu une relation incestueuse avec son frère. « Elle m’a dit que j’étais pourrie de l’intérieur », « que j’avais été abusée par mon père et vampirisée par ma mère », relate une autre.

La kinésithérapeute les poussait à rompre avec leurs proches, de façon souvent très violente. « Elle m’a demandé de les pulvériser. » « Elle m’a dit qu’il fallait que je le détruise avant qu’il ne me détruise. » Les plaignantes parlent de « lavage de cerveau » et de « mise en état de soumission ». Elles se remémorent ces week-ends terribles passés dans la maison de campagne de la thérapeute, « maison de la vérité », ou « maison du bien », où celle-ci pratiquait des séances « d’analyse sauvage » ou de « magie noire ».

Elles relatent aussi la façon dont elle leur a soutiré de l’argent : l’une lui a donné 55 000 €, au prétexte que cet argent issu de l’héritage de son père était « malsain » ; une autre lui a vendu pour 60 000 € un appartement dans le VIIIe arrondissement de Paris…

Si les plaignantes ont réussi à se défaire de ce lien mortifère, elles en ont gardé de lourds traumatismes. Mais d’autres femmes resteraient encore sous son influence. C’est le cas de Florence A. Cette diplômée de HEC, qui a occupé des postes à responsabilités dans le milieu de la finance, s’est portée partie civile avant de se désister et continue à nier avoir fait l’objet de « manipulations ». Ce sont ses parents qui sont venus témoigner à la barre du « changement profond » de leur fille après sa « rencontre » avec la thérapeute, qu’elle était venue consulter pour un problème de dos dans les années 2001-2002. Lors d’un repas avec eux, « elle s’est mise à hurler », parlant de « famille épouvantable », et ira jusqu’à accuser sa mère d’avoir été le membre actif d’un « réseau de pédophilie ».

Depuis, les ponts sont coupés et ils ne peuvent pas voir leurs petits-enfants.Florence serait restée en revanche en lien avecMarie-Catherine Phanekham. Elle a même réussi à la faire employer en 2005 comme coach par la société Artegy (filiale de la BNP), dont elle était responsable administrative et des ressources humaines… Une prestation pour laquelle Marie-Catherine Phanekham a touché 2,5 millions d’euros, chiffre confirmé par un rapport d’audit de la BNP.

Florence serait parvenue aussi à faire embaucher une douzaine d’« adeptes » de la thérapeute à des postes importants d’Artegy dans ce qui ressemble à une tentative d’« infiltration » de l’entreprise « par une secte », comme en témoigne son ex-directeur commercial Benoît de Foucher, licencié à l’époque pour avoir tenté d’alerter ses supérieurs. Florence est-elle toujours « sous emprise » ? « Elle est devenue une autre », nous dira simplement l’avocate de ses parents.

Comment des femmes intelligentes, apparemment solides, ont-elles pu se laisser si facilement manipuler ? La question est revenue régulièrement lors de ces trois jours d’audience. Croire qu’il faut avoir une « fragilité préexistante » pour se faire ainsi piéger ou qu’un « bagage intellectuel » suffit à se prémunir de telles attractions fatales est « une erreur », a expliqué Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes.

Dans tous les cas, il est « très difficile d’opérer une marche arrière ». « On peut rester de très longues années sous emprise », a confirmé Claude Delpech, présidente de l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI). « Au bout de la route, nos enfants ne reviennent jamais tout à fait. »

La Croix du 24.02.2017

Une kinésithérapeute jugée à Paris pour abus de faiblesse sur des patientes

Une kinésithérapeute parisienne est soupçonnée d’avoir manipulé la mémoire de six patientes pour leur soutirer de l'argent.
Elle est jugée depuis le 20 février à Paris.

C'est le procès de l'emprise. Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute parisienne, est jugé depuis le 20 février au tribunal correctionnel de Paris pour abus de faiblesse sur six anciennes patientes. Elle est soupçonnée d'avoir manipulé la mémoire de ces femmes pour leur soutirer de fortes sommes d'argent. Ces victimes présumées ont livré leur témoignage à la barre dès le premier jour de ce procès.

Des patientes vulnérables
Elles ont toutes ce point commun : leur chemin a croisé, un jour, celui de Marie-Catherine Phanekham, à un moment de vulnérabilité dans leur vie. Elles décrivent un vide affectif, un harcèlement professionnel ou une quête de spiritualité. L'une d'entre elles est directrice financière, l'autre acheteuse pour une grande marque de vêtements et une autre, chargée de formation. Toutes racontent le même scénario : la kiné qui devient indispensable, la rupture avec la famille, les comptes en banques vidés, "cet argent néfaste qui ne vous permet pas de guérir", leur disait la praticienne.

De faux souvenirs induits
Marie-Catherine Phanekham aurait également usé de "faux souvenirs induits" comme des accusations d'agressions sexuelles. Danielle est la mère d'une des victimes présumées, et partie civile au procès : "Ma fille de 33 ans, brillante intellectuellement, avec une belle situation, a rencontré sur son chemin Marie-Catherine Phanekam. À partir de là, la vie de famille a été complètement démolie. Ma fille m'a accusée de tous les maux, d'avoir voulu la tuer avant qu'elle naisse, d'être le pire escroc que la terre ait connu", explique Danielle.

Cela fait quinze ans que je ne vois plus ma fille
Danielle, partie civile au procès
Pour cette mère, partie civile au procès, l'argent est le mobile. Sa fille aurait versé un million d'euro à la praticienne. Mais les sommes n'ont jamais été retrouvées au cours de l'instruction. À la barre, Marie-Catherine Phanekham nie les faits. Elle concède qu'elle a pu être "trop proche" de certaines patientes, qui l'admiraient trop. Le procès doit durer trois jours.

Franceinfon du 20.02.2017

Correctionnelle : manipulations mentales chez la kinésithérapeute

Six femmes victimes de leur soignante témoignent depuis lundi des séances d'« emprise » et de « lavage de cerveau » que leur faisait subir leur kiné.
Souvent, lors de la première séance, elle posait une main sur leur ventre. « Elle m'a dit que j'avais bien fait de venir la voir, sinon j'aurais développé un cancer de l'utérus. Je me suis confiée très rapidement », décrit l'une. « Elle m'a touché le ventre puis m'a dit des choses assez crues, raconte une autre. Que j'étais une menteuse, pourrie de l'intérieur. Que mon père avait sans doute abusé de moi. Que j'avais eu une relation incestueuse avec mon frère... »

A d'autres patientes, Marie-Catherine Phanekham, 44 ans, kinésithérapeute jugée depuis lundi à Paris pour « abus de faiblesse » sur six femmes, dont une mineure, entre 2002 et 2007, parle de valeurs comme « la gratitude, la sincérité, le respect ». L'une se voit soumise à une sorte de test de compatibilité. L'autre s'entend garantir : « Je suis la seule à pouvoir vous sauver... ». Convaincue, elle amenera son mari et ses enfants à consulter aussi.

A la barre de la 13e chambre, Isabelle, Katy, Patricia ou Laurence, parties civiles, parlent désormais de « lavage de cerveau » et d'« emprise ». Un mécanisme si puissant qu'il a conduit ces trentenaires, souvent brillantes socialement mais alors fragiles, à s'isoler de leurs amis et à rompre avec leurs familles au prix d'accusations absurdes de désamour, de maltraitances et d'abus sexuels. « Une technique de manipulation mentale qui consiste à induire des traumatismes chez les patients pour les placer en situation de dépendance physique, psychique et financière », a décrypté hier Claude Delpech, de l'association Alerte faux souvenirs induits (AFSI). « Elle me disait : C'est l'enfant qui pleure en vous. A vous de le réparer », témoigne Isabelle, qui traversait, à 35 ans, une période de « perte de confiance » et en viendra, après trois ans de suivi, à accuser son père de l'avoir violée enfant.

Comme un soldat

« Il fallait pulvériser plusieurs personnes, notamment mes parents, dont j'ai fait le procès », relate Patricia, dont le foyer vole aussi en éclats. « J'étais comme un soldat qui exécute une consigne », résume-t-elle, encore meurtrie. Immobile, le visage ceint de longs cheveux noirs, Marie-Catherine Phanekham écoute ces récits accablants. Les 55 000 € que Katy assure lui avoir donnés ? Les bijoux ? Les meubles ? Le rituel de remerciement qui accompagnait les 100 € remis en espèces à la fin des séances ? « C'est faux. C'est bidon. Tout ce dont on m'accuse, je ne l'ai pas fait », répond-elle au président. Pourquoi cette peur que certaines disent encore éprouver ? interrogent les avocats des parties civiles. « Je ne sais pas. Moi aussi, j'essaie de comprendre. J'ai peut-être été trop proche et ça s'arrête là », balaye-t-elle.

La procureur tente : pourquoi n'avoir pas conseillé à ces patientes supposées victimes d'inceste de porter plainte ou de voir un psychiatre ? La réponse claque, incongrue : « Parce que j'avais autre chose à faire. »

Le réquisitoire et la plaidoirie de la défense sont attendus aujourd'hui. Marie-Catherine Phanekham, contre qui les conseils national et départemental de l'ordre des kinésithérapeutes se sont constitués partie civile, encourt trois ans de prison.

« Un jour, elle a appelé... »

Les parents d'Isabelle, parties civiles

Dans la salle d'audience, des gens âgés se serrent sur les bancs. Parmi eux, les parents d'Isabelle, parties civiles à ses côtés. A la barre, ce couple que leur fille a accusé du pire raconte avec pudeur leur combat pour « récupérer » leur enfant, après quatre ans de rupture : « Un jour, en août 2006, elle a appelé... » dit le père, qui s'interrompt, en larmes. « Au début, a-t-il relaté, c'était : Vous ne m'avez pas aimée. Puis : J'ai été victime d'inceste... » Tôt, grâce à la rencontre des parents d'une autre patiente, cousine d'Isabelle, qui viennent de vivre la même chose, ils comprennent que leur fille est « manipulée ». Leurs recherches les conduisent à s'intéresser au phénomène des faux souvenirs induits et à se regrouper en association. « Cela nous a aidé à surmonter le traumatisme. »
Danielle et son mari, parents de Florence, n'ont pas eu cette chance : leur fille, partie civile et qu'ils avaient l'espoir de revoir à l'audience après « treize ans », ne se considère pas comme victime et n'est pas venue au procès. A la barre, son père crie sa souffrance : « J'ai perdu ma fille. Je ne sais plus où elle est. »

Le Parisien du 22.02.2017

«Faux souvenirs» et vraie emprise : les étranges pratiques d’une ostéo en procès

Le procès de Marie-Catherine P. se tiendra durant trois jours devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris.

Ce lundi s’ouvre à Paris le procès d’une thérapeute accusée d’avoir manipulé la mémoire de ses patientes pour leur soutirer de fortes sommes.
«Faux souvenirs» et vraie emprise : les étranges pratiques d’une ostéo en procès
Où commence la manipulation mentale ? La question sera au cœur du procès qui s’ouvre ce lundi devant la 13e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Dans le rôle du gourou présumé, une kinésithérapeute de 44 ans, Marie-Catherine P., poursuivie pour «abus de faiblesse». Côté parties civiles, neuf victimes ou familles de victimes défileront à la barre pour raconter comment la thérapeute s’est peu à peu immiscée dans leur vie (Libération du 24 août 2016). Le point commun entre ces différents témoignages : la révélation, au cours des séances avec Marie-Catherine P., d’un supposé souvenir jusqu’ici enfoui, et présenté par la guérisseuse comme la source de tous leurs maux. Un souvenir toujours violent, souvent incestueux, qui se transforme dans certains cas en d’inquiétants délires paranoïaques.

«Orgies»
Une ancienne patiente en est ainsi arrivée à dénoncer un réseau de pédophiles, persuadée d’avoir elle-même assisté à des «orgies avec mineurs», des «sacrifices d’enfants», des «avortements forcés» et des «expériences sur le cerveau». Une autre a brusquement accusé sa mère de chercher à «éliminer les témoins gênants de ses crimes», grâce à un «réseau infiltré dans les RG, la police, la justice et chez les experts psychiatriques».
Le syndrome d’un phénomène observé aux Etats-Unis dès les années 70, et aujourd’hui connu sous le nom de «faux souvenirs induits» ou «thérapie de la mémoire retrouvée». Cette technique de sujétion psychologique consiste à faire croire à une personne fragile que sa souffrance provient d’un traumatisme dont elle ne se souvient plus. In fine, le procédé vise à provoquer la rupture des patients avec leur environnement afin de mieux les mettre sous emprise. «Au fil des séances, je me suis coupée de toute ma famille, de tous mes amis, a raconté l’une des victimes de Marie-Catherine P. aux policiers. Elle m’a fait comprendre qu’elle était la seule à pouvoir me sauver.»

Les premiers signalements visant la thérapeute remontent à 2003, mais la justice ne s’en saisit que cinq ans plus tard, après une série de plaintes pour «abus de faiblesse». Au cours de l’enquête confiée à l’Office central de répression de la violence aux personnes (OCRVP), les victimes de Marie-Catherine P., toutes des femmes, ont longuement raconté le déroulement de ces séances de kiné ou d’ostéopathie, réglées systématiquement 100 euros en espèces. Des psychothérapies sauvages au cours desquelles finissent toujours par affleurer, tôt ou tard, de faux souvenirs.
800 000 euros
A la différence de certaines escroqueries thérapeutiques, l’importance des sommes versées à Marie-Catherine P. donne une coloration sociale très forte au dossier, loin de l’image de victimes aux abois financièrement. «Une des particularités de la présente procédure est le profil des plaignantes et des témoins, qui sont pour la plupart issus de milieux socioculturels privilégiés», souligne la juge dans son ordonnance de renvoi. Une des victimes, cadre bancaire, a ainsi retiré près de 800 000 euros en liquide en un an. Une autre a cédé son appartement parisien pour 66 000 euros à la thérapeute, qui l’a revendu sept fois plus cher deux ans plus tard. Une troisième n’a pas hésité à lui reverser intégralement sa prime de licenciement de 75 000 euros.
Mais l’enquête a étrangement achoppé sur la piste financière. Dans un procès-verbal de synthèse, les enquêteurs notent simplement de «fortes incohérences» entre les activités de Marie-Christine P. et son «train de vie élevé». «Une grande partie des sommes en espèces évoquées dans ce dossier n’ayant pas été retrouvées, les enquêteurs estiment probable […] que cet argent a été investi ou conservé à l’étranger», conclut la magistrate sans aller plus loin.
Pas d’éclaircissement non plus sur les mystérieux contrats de coaching, pour un montant supérieur à 2,5 millions d’euros, liant Marie-Catherine P. à Artegy, une filiale de la BNP dans laquelle travaillait une de ses patientes. Selon nos informations, au moins un million d’euros ne correspondrait à aucune prestation. Mais après avoir diligenté une enquête interne en 2007, la BNP n’a engagé aucune poursuite et s’est bien gardée de se constituer partie civile dans le dossier parisien, sans doute soucieuse d’éviter toute mauvaise publicité. L’ancien employé de la filiale qui avait donné l’alerte à l’époque a toutefois été cité comme témoin.

«Côté pervers»
Reste l’épineuse question de l’abus de faiblesse, sur laquelle devraient s’écharper les avocats. Celle de Marie-Catherine P., Marie Dosé, a déjà annoncé qu’elle plaiderait la relaxe, notamment au motif qu’il est impossible d’établir un état de sujétion psychologique plus de dix ans après les faits. Conseil des parties civiles, Olivier Morice entend quant à lui faire le procès des faux souvenirs eux-mêmes. «C’est l’occasion de pouvoir examiner le côté pervers de ces thérapeutes qui distillent de fausses informations dont les effets peuvent être dévastateurs», explique-t-il.

Parmi les témoins cités à comparaître, Claude Delpech dirige l’association Alerte faux souvenirs induits (Afsi), créée en 2005 après des premiers signalements de parents de victimes. «Depuis, nous avons reçu 800 familles, dont encore une cinquantaine l’an dernier, indique-t-elle. Cela représente des milliers de victimes dont personne ne parle jamais.» Le procès doit durer trois jours.

Libération du 19.02.2017

Faux souvenirs induits»: le désarroi des proches d’une patiente sous «emprise»

"Depuis 13 ans nous ne voyons plus notre fille", déplore la mère à la barre du tribunal correctionnel de Paris.
«Faux souvenirs induits»: le désarroi des proches d’une patiente sous «emprise»
Les parents d’une patiente de Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute jugée pour abus de faiblesse, ont raconté mardi leur désarroi, la perte de tout lien avec leur fille métamorphosée, tombée «sous emprise».
«Depuis 13 ans nous ne voyons plus notre fille», déplore la mère à la barre du tribunal correctionnel de Paris.
Après de brillantes études, des postes importants, au début des années 2000, sa fille, prénommée Florence, commence à consulter la thérapeute, dont elle n’avait de cesse de vanter ses qualités. Peu à peu, elle fait le vide autour d’elle, rompt avec ses amis, ses parents.
Un jour au restaurant, en plein milieu du repas, «elle s’est mise à hurler», se plaint d’avoir été «privée d’amour», s’en prend à sa famille «épouvantable», critique ses grands-parents, des êtres «méprisables», explique sa mère. «Personne n’avait plus grâce à ses yeux. Elle a fait un esclandre et elle est partie.»
Elle ira jusqu’à accuser sa mère d’avoir pris part à un réseau pédophile et de l’avoir livrée à des orgies dans une ferme du nord de la France. Elle avait aussi parlé de sacrifices d’enfants, d’avortements forcés, de magie noire, et attribué à sa mère des relations qui lui permettaient de manipuler, sinon la justice, à tout le moins la police et les experts.


Comment l’expliquer? «Je pense qu’elle est tombée dans une parano...» dit la mère en soufflant. Elle espérait, tout en le craignant, revoir sa fille à l’audience. Mais Florence n’est pas venue. Partie civile sans se considérer comme victime, celle-ci est représentée par son avocate. Si elle a retiré quelque 750.000 euros en liquide, issus de la vente de stock-options, elle a assuré qu’elle n’avait pas remis cette somme à sa thérapeute.
- Le but des «charlatans», «c’est l’argent» -
«J’ai perdu ma fille, je ne sais plus où elle est», souffle son père.
A l’une de ses amies, qu’elle connaissait depuis la sixième, Florence avait envoyé un courriel de rupture car elle serait une «personne moche de l’intérieur». «C’était excessivement brutal», a-t-elle témoigné.
Une autre, qui la considérait comme une soeur, avec qui elle passait toutes ses vacances pendant leur enfance raconte s’être retrouvée face à quelqu’un qu’elle ne reconnaissait plus: «Elle m’a dit des choses qui pour moi n’étaient pas elle.» Alors que son amie allaitait sa fille, elle reprochait à sa propre mère de ne pas l’avoir fait. «Renseignement pris, sa mère l’a allaitée», ajoute-t-elle.
Quand sa grand-mère, «pilier» de la famille, est morte, elle n’était pas là, ajoute-t-elle, des larmes dans la voix.
Au coeur de ce procès, les «faux souvenirs induits», de traumatismes prétendument subis pendant l’enfance. Un dénominateur commun chez les plaignantes dans cette affaire. L’une des «techniques de manipulation» que l’on retrouve chez les «thérapeutes déviants», souligne Claude Delpech, présidente de l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI).
«Au bout de la route, nos enfants ne reviennent jamais tout à fait», quand ils reviennent et sortent de l’emprise, poursuit-elle. Quant au but des «charlatans» contre lesquels elle lutte, «c’est l’argent, uniquement l’argent».
La «voix royale» pour «diaboliser l’entourage» d’une personne et l’isoler, a expliqué Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes.
Interrogé par le président qui souligne que les parties civiles dans ce dossier ont un «bagage intellectuel», il met en avant «l’idée fausse», l'«erreur» qui consisterait à penser qu’il faille une «fragilité préexistante» pour tomber sous emprise.
Confrontée à la convergence des témoignages à charge, la prévenue a concédé «l’erreur» d’avoir été «trop proche de ces gens». Pourquoi y aurait-il «autant de menteuses et de menteurs» contre elle, demande le président. «Je maintiens ce que j’ai dit», répond Marie-Catherine Phanekham après un silence, «je n’ai rien fait».
Le procès se poursuit mercredi.

AFP du 21.02.2017

Une thérapeute est accusée d’avoir suggéré de faux souvenirs à ses patients pour leur soutirer de l’argent

Jugée pour abus de faiblesse, une kinésithérapeute et « coach », est accusée d’avoir implanté chez ses patients de « faux souvenirs » d’abus sexuels pour les couper de leurs familles, les manipuler et leur soutirer de l’argent.
Un procès rare en France – ce type d’accusation se multiplie depuis les années 1990 aux États-Unis – qui se distingue aussi par le profil des plaignants, la plupart issus de milieux socio-professionnels privilégiés.

Dans la 13e chambre correctionnelle de Paris a démarré lundi 20 février un étrange procès où les victimes parlent souvent à voix basse, tant il touche à l’intime. La prévenue, Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute et « coach », est accusée d’avoir implanté chez ses patients de « faux souvenirs » d’abus sexuels pour les couper de leurs familles, les manipuler et leur soutirer de l’argent.

Des parents meurtris
« Au premier rendez-vous, elle m’a fait allonger sur la table »,« m’a touché le ventre, m’a dit des choses crues, pertinentes et dérangeantes », raconte l’une des victimes. La thérapeute lui aurait ensuite « suggéré » qu’elle avait été abusée par son père et avait eu une relation incestueuse avec son frère. Jusqu’à la convaincre de rompre avec ses proches et de lui verser 55 000 €, au prétexte que cet argent provenant de l’héritage de son père et de son licenciement était « nocif ».

Mais c’est surtout le cas d’une autre ex-patiente de Marie-Catherine Phanekham, Florence A., qui retient l’attention du tribunal. Cette quinquagénaire diplômée d’HEC, qui occupait un poste à responsabilités dans le milieu de la finance, s’est portée partie civile mais ne s’est pas présentée à l’audience, et continue paradoxalement à nier avoir fait l’objet de « manipulations ».
Ce sont ses parents, âgés de plus de 80 ans, profondément meurtris, et qui n’ont plus de nouvelles de leur fille depuis 13 ans, qui viennent témoigner. Ils racontent le « changement profond » de Florence après sa « rencontre » avec la thérapeute, qu’elle était venue consulter pour un problème de dos dans les années 2001-2002 et dont elle leur « vantait les qualités ». Ils expliquent comment elle a brutalement rompu avec son « réseau amical », mais aussi avec eux, après leur avoir fait des reproches « étranges ».

Des accusations de maltraitances
Florence a reproché à sa mère « d’avoir cherché à la tuer avant sa naissance », puis de ne pas l’avoir allaitée, alors qu’elle l’a fait jusqu’à ses 9 mois. Avant de porter à son encontre des accusations plus graves, parlant de « famille indigne » de « maltraitances » et d’abus sexuels.
Une accusation de participation à un « réseau de pédophilie », dont la mère de Florence aurait été un membre actif, a même été évoquée. « Quand on a vu cette accusation, on a eu très peur. On s’est dit qu’elle était tombée dans la parano », confie sa mère. Cette accusation a également été corroborée par une autre ex-patiente de la thérapeute, une certaine Laurence, qui prétend être une amie d’enfance de Florence et a relaté lors de l’instruction des « scènes d’orgies » qui se seraient déroulées dans la ferme de ses parents.
Plusieurs témoins, dont l’ancienne institutrice de Florence, qui la décrit comme une enfant « gaie, rieuse », défilent à la barre. Ils n’ont jamais entendu parler de cette fameuse Laurence. Le directeur de l’école primaire, qui a gardé des liens avec la famille, se dit « atterré » par cette « affabulation de l’esprit ».
Deux anciennes amies, très proches, racontent comment Florence a rompu avec elles de façon « excessivement brutale » et « incompréhensible » après la rencontre avec la gourelle.

« Des personnes complètement démolies »
Les parents de Florence ont rencontré des familles confrontées au « même problème qu’eux » et dont les enfants consultaient également Marie-Catherine Phanekham.
« Mères qui auraient voulu se débarrasser de leur enfant avant la naissance, allégations d’abus sexuels entraînant une rupture avec la famille, les accusations sont toutes les mêmes », souligne Claude Delpech, présidente de l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI). Elle parle « d’atteinte à la dignité humaine », de « victimes complètement démolies », et qui peuvent rester « pendant de longues années sous emprise ». Si certains parviennent à s’en libérer, « nos enfants ne reviennent jamais tout à fait », dit-elle.
Une « emprise sectaire »
Florence est décrite par ses proches comme une femme « solide », « gaie », « généreuse », ni « méchante », ni « agressive ». Comment a-t-elle pu se laisser berner ? Croire qu’une « fragilité préexistante » soit nécessaire pour tomber sous emprise ou qu’un « bagage intellectuel » est suffisant pour se prémunir est une erreur, vient expliquer à la barre Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes. On retrouve dans cette affaire les « invariants des procédés sectaires » : relation de confiance, séduction, isolement par « diabolisation de l’entourage » – d’où l’implantation de faux souvenirs d’inceste. « Une fois l’entourage neutralisé, le gourou peut exercer plus librement son emprise. Et il devient alors très difficile d’opérer une marche arrière. »
Si le cas de Florence intéresse les juges, c’est parce qu’il dépasse aussi largement le cadre de sa famille. Sous l’emprise de sa thérapeute, elle aurait en effet retiré d’importantes sommes d’argent (plusieurs centaines de milliers d’euros), vendu des actions et des stock-options dans l’entreprise où elle travaillait. Des sommes dont la destination a interrogé les enquêteurs, et qui impliquent notamment l’une des sociétés dans laquelle elle a travaillé, et où la « secte » se serait « infiltrée »…

La Croix du 22.02.2017

Grassement payée, la "thérapeute" faisait remonter de faux souvenirs

Une femme de 44 ans, soupçonnée d'avoir induit de faux souvenirs chez plusieurs patients pour leur soutirer des sommes considérables, comparaît depuis lundi pour abus de faiblesse.

Au début des années 2000, Florence est une jeune femme épanouie et entourée, qui a déjà occupé plusieurs postes importants. Mais lorsqu'elle entend parler d'une "thérapeute" aux méthodes miraculeuses, dont les patients ne cessent de vanter les qualités, la curiosité la pousse à décider de consulter. Peu à peu, ses proches remarquent alors qu'une distance s'instaure. Un jour, au restaurant, Florence se met à hurler qu'elle a été "privée d'amour", dépeignant sa famille comme "épouvantable". "Personne n'avait plus grâce à ses yeux. Elle a fait un esclandre et elle est partie", s'est souvenue sa mère à la barre du tribunal correctionnel de Paris, mardi.
Avortements forcés et magie noire. Comme de nombreuses patientes, dont seulement cinq ont porté plainte, Florence a croisé le chemin de Marie-Catherine Phanekham, jugée depuis lundi pour abus de faiblesse. Après plusieurs séances, la victime est allée jusqu'à accuser sa mère d'avoir pris part à un réseau pédophile, et de l'avoir livrée à des orgies dans une ferme du nord de la France. À ses parents, elle a aussi évoqué des sacrifices d'enfants, des avortements forcés et de la magie noire. "Je pense qu'elle est tombée dans une parano", souffle sa mère, que sa propre fille a accusé de manipuler la police et les experts grâce à ses "relations".
Au tribunal, Marie-Catherine Phanekham nie en bloc. "Je n'ai rien fait", martèle la quadragénaire, diplômée de kinésithérapie mais qui s'était fait une réputation de "psy", répandue via le bouche à oreille. La plupart de ses patientes, fragiles, ont sombré dans un état de dépendance psychologique au fil de leur "thérapie", rompant avec un entourage qui leur était présenté comme la cause de tous leurs maux.
Une prime de 75.000 euros intégralement reversée. Pour l'accusation, il s'agit de "faux souvenirs induits", une technique de "manipulation mentale" qui consiste à faire croire à une personne que sa souffrance psychologique provient d'un événement dont elle a perdu le souvenir. L'une des plaignantes a ainsi accusé son père de l'avoir violée, à tort. Une autre raconte que la thérapeute lui a "fait comprendre que (sa) mère avait cherché à (la) tuer, quand (elle était) dans son ventre".
À chaque consultation, Marie-Catherine Phanekham encaissait 100 euros en espèces. Mais certaines de ses patientes lui ont donné bien plus. L'une d'entre elles lui a par exemple versé la totalité de son indemnité de licenciement, soit 75.000 euros. Selon le récit d'une autre femme, qui avait également été licenciée, la prévenue lui avait demandé de se débarrasser de cet argent "malsain" qui représentait la "sécurité" et l'empêchait d'avancer. Une autre membre du "groupe" gravitant autour de la thérapeute, lui avait par ailleurs cédé son appartement pour 61.000 euros, revendu deux ans plus tard sept fois plus cher, sans qu'elle ne trouve rien à y redire.
Confrontée mardi à la convergence des témoignages à charge, la prévenue a tout juste concédé "l'erreur" d'avoir été "trop proche de ces gens". Pourquoi y aurait-il "autant de menteuses et de menteurs" contre elle, demande le président. Silence. Le procès se poursuit mercredi.

Les "faux souvenirs induits", une méthode de "charlatans"
Au procès de Marie-Catherine Phanekham, Claude Delpech, présidente de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI), a rappelé que la technique était employée par de nombreux "thérapeutes déviants". Cette méthode de "charlatans" consiste à "diaboliser l'entourage" d'une personne pour l'isoler, a abondé Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes. Les faux souvenirs portent généralement sur des faits d'inceste ou de maltraitances soi-disant subis durant l'enfance. Contrairement aux idées reçues, les patients n'ont pas besoin d'une fragilité préexistante pour tomber sous l'emprise de leur "gourou", et peuvent être issus de tous milieux socio-professionnels.
De la fin des années 1980 au début des années 2000, le psychothérapeute Benoît Yang-Ting a ainsi manipulé une avocate et un chef d'entreprise, leur faisant croire qu'ils avaient été violés pendant leur enfance, moyennant les sommes de 238.000 et 750.000 euros. L'homme a été reconnu coupable d'abus de faiblesse et condamné à un an de prison avec sursis et 50.000 euros d'amende, en 2012.

Europe 1 - 22 février 2017

Des familles en ruine affrontent une ancienne thérapeute devant le tribunal

Une kinésithérapeute est jugée à Paris sous l’accusation d’abus de faiblesse de ses patientes, avec lesquelles elle pratiquait la méthode des faux souvenirs induits, liés à des agressions sexuelles.

Certains procès sont comme un instantané de l’époque. Ainsi en va-t-il de l’affaire de cette thérapeute qui comparaît, depuis lundi 20 février, devant le tribunal correctionnel de Paris sous l’accusation d’abus de faiblesse de plusieurs de ses patientes.

Officiellement, Marie-Catherine Phanekham est kinésithérapeute. Mais elle a un savoir beaucoup plus précieux, qui serait fascinant s’il n’était aussi destructeur, celui de se couler dans les vulnérabilités, les attentes, les croyances qui font les maux contemporains.

On se présentait à la porte de son cabinet parisien sur recommandation. Une clientèle composée en majorité de femmes actives, souvent aisées, qui traversaient une passe difficile de leur vie amoureuse, familiale ou professionnelle, et cherchaient une « coach », selon le jargon des magazines, pour les accompagner et les aider à s’extirper de leur mal-être.

Marie-Catherine Phanekham avait tout pour leur plaire : une silhouette rassurante enveloppée dans une étole, un visage souriant, encadré de longs cheveux noirs, qui semblait aussi serein que les figures de Bouddha qui l’entouraient. La thérapeute les encourageait à parler – « Quelle a été votre première souffrance ? »–, écoutait le flot de paroles se déverser, massait un peu le ventre et très vite, suggérait des peines enfouies, cadenassées qu’elle allait enfin libérer.

Séances à 100 euros, en espèces

A la barre du tribunal, les récits des plaignantes se ressemblent tous : « Elle m’a dit que ma mère ne me désirait pas et qu’elle avait voulu avorter », dit l’une. « Elle m’a dit que j’avais été abusée pendant mon enfance », raconte une autre. « Elle m’a suggéré de demander à mon père ce qu’il m’avait fait quand j’étais petite avec la complicité de ma mère », poursuit une troisième. On est au début des années 2000. « C’était en plein dans l’affaire d’Outreau, on ne parlait que de pédophilie. Elle m’a dit que j’en avais été moi aussi victime », se souvient une patiente qui ajoute : « Au fond, elle me disait ce que j’avais envie d’entendre. »

A chacune, Marie-Catherine Phanekham promet qu’elle va l’aider à « réparer l’enfant qui est en [elle] » et qu’elle est la seule « à pouvoir [la] sauver ». Elle pose à cela plusieurs conditions : des séances à 100 euros, toujours en espèces, sur plusieurs mois, voire plusieurs années, une « obligation de tout lui dire et de lui être fidèle »,...

Le Monde du 22.02.2017

Une kinésithérapeute jugée pour avoir manipulé ses patientes avec de faux souvenirs

Un an de sursis a été requis à l'encontre d'une kinésithérapeute, exerçant à Paris, soupçonné d'"abus de faiblesse" sur plusieurs patientes, en leur instillant des faux souvenirs notamment. Elle aurait aussi profité de son emprise pour leur soutirer de l'argent.
Le parquet a mis en évidence "un lien de soumission".
Depuis lundi, Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute, est jugée devant le tribunal correctionnel de Paris pour "abus de faiblesse" sur plusieurs patientes. A coup de "faux souvenirs induits", la praticienne aurait réussi à soutirer d'importantes sommes d'argent à ses victimes.
Pour ces faits, le parquet a requis un an de prison avec sursis à son encontre, ainsi que 20.000 euros d'amende. Une peine assortie d'une mise à l'épreuve avec obligation d'indemniser ses victimes et d'une interdiction d'exercer pendant cinq ans.
Depuis lundi, les témoignages des victimes devant le tribunal se succèdent et rapportent toujours les mêmes faits. La kinésithérapeute leur aurait induit de faux souvenirs, notamment des abus sexuels qu'elles auraient subis de la part de leur père pendant leur enfance. A chaque fois, le scénario était le même: les victimes rompaient avec leur entourage. Certaines ont également versé d'importantes sommes d'argent à la praticienne, parfois jusqu'à plusieurs dizaines de milliers d'euros. Ce que nie formellement la prévenue.
Sacrifices d'enfants, avortements forcés
Les parents d'une patiente de Marie-Catherine Phanekham ont fait part de leur désarroi depuis la perte de tout lien avec leur fille métamorphosée, tombée "sous emprise". "Depuis 13 ans nous ne voyons plus notre fille", déplore la mère, à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Après de brillantes études et des postes importants, au début des années 2000, sa fille, prénommée Florence, commence à consulter la thérapeute, dont elle n'avait de cesse de vanter ses qualités. Peu à peu, elle fait le vide autour d'elle, rompt avec ses amis, ses parents.
Un jour au restaurant, en plein milieu du repas, "elle s'est mise à hurler", se plaint d'avoir été "privée d'amour", s'en prend à sa famille "épouvantable", critique ses grands-parents, des êtres "méprisables", explique sa mère. "Personne n'avait plus grâce à ses yeux. Elle a fait un esclandre et elle est partie."

Florence ira jusqu'à accuser sa mère d'avoir pris part à un réseau pédophile et de l'avoir livrée à des orgies dans une ferme du nord de la France. Elle avait aussi parlé de sacrifices d'enfants, d'avortements forcés, de magie noire, et attribué à sa mère des relations qui lui permettaient de manipuler, sinon la justice, à tout le moins la police et les experts.
750.000 euros en liquide
Comment l'expliquer? "Je pense qu'elle est tombée dans une parano..." souffle sa mère. Tout en le craignant, elle espérait revoir sa fille à l'audience. Mais Florence n'est pas venue. Partie civile sans se considérer comme victime, celle-ci est représentée par son avocate. Si elle a retiré quelque 750.000 euros en liquide, issus de la vente de stock-options, elle a assuré qu'elle n'avait pas remis cette somme à sa thérapeute.
"J'ai perdu ma fille, je ne sais plus où elle est", déplore son père.
A l'une de ses amies, qu'elle connaissait depuis la sixième, Florence avait envoyé un courriel de rupture, l'accusant alors d'être une "personne moche de l'intérieur". "C'était excessivement brutal", a-t-elle témoigné. Une autre, qui la considérait comme une sœur, avec qui elle avait passé toutes ses vacances pendant leur enfance, raconte s'être retrouvée face à quelqu'un qu'elle ne reconnaissait plus: "Elle m'a dit des choses qui pour moi n'étaient pas elle." Alors que son amie allaitait sa fille, elle reprochait à sa propre mère de ne pas l'avoir fait. "Renseignement pris, sa mère l'a allaitée", précise-t-elle.
Quand sa grand-mère, "pilier" de la famille, est morte, elle n'était pas là, ajoute-t-elle, des larmes dans la voix.
"Diaboliser l'entourage"
Au cœur de ce procès, les "faux souvenirs induits", des traumatismes prétendument subis pendant l'enfance. Cette "techniques de manipulation", dénominateur commun chez les plaignantes dans cette affaire, se retrouve chez les "thérapeutes déviants", souligne Claude Delpech, présidente de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI).
C'est la "voix royale" pour "diaboliser l'entourage" d'une personne et l'isoler, explique Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes.

"Au bout de la route, nos enfants ne reviennent jamais tout à fait", quand ils reviennent et sortent de l'emprise, poursuit Claude Delpech. Quant au but des "charlatans" contre lesquels elle lutte, "c'est l'argent, uniquement l'argent".

Interrogé par le président qui souligne que les parties civiles dans ce dossier ont un "bagage intellectuel", le spécialiste des sectes met en avant "l'idée fausse", l'"erreur" qui consisterait à penser qu'il faille une "fragilité préexistante" pour tomber sous emprise.
Des arguments qui ne font aucun doute pour le procureur. Il n'y a "pas la place pour le moindre doute", les parties civiles étaient "dans un lien de soumission" à la thérapeute, qui a mis en place "des techniques propres à altérer (leur) jugement". La décision, qui a été mise en délibéré, sera rendue le 23 mai.

Bfmtv du 23.02.2017

Au procès de la thérapeute accusée d’emprise sectaire : « Elle m’a dit que j’étais pourrie de l’intérieur »

Le procès d’une kinésithérapeute jugée pour abus de faiblesse a permis de révéler l’ampleur des dégâts de « l’emprise sectaire » et la difficulté de s’en sortir.

C’est un étrange procès qui s’est déroulé depuis le 20 février devant la 1rechambre correctionnelle de Paris. Celui de Marie-Catherine Phanekham, kinésithérapeute et « coach », accusée d’avoir implanté chez ses patients de « faux souvenirs » d’abus sexuels pour les couper de leurs familles et leur soutirer de l’argent. Ce procès rare en France – aux États-Unis, ce type d’accusation se multiplie depuis les années 1980 – se distingue aussi par le profil de ses victimes, la plupart issues de milieux socio-professionnels privilégiés.
De « faux souvenirs » d’incestes
D’ex-patientes encore fragilisées ont témoigné à la barre être littéralement tombées sous l’emprise d’une femme qu’elles étaient venues consulter sur le conseil de parents ou d’amis. La thérapeute faisait remonter chez elles de « faux souvenirs » prétendument enfouis, et notamment d’incestes. L’une raconte comment, dès le premier rendez-vous, elle lui a « suggéré » qu’elle avait été abusée par son père et avait eu une relation incestueuse avec son frère. « Elle m’a dit que j’étais pourrie de l’intérieur », « que j’avais été abusée par mon père et vampirisée par ma mère », relate une autre.
RELIRE : Une thérapeute est accusée d’avoir suggéré de faux souvenirs à ses patients pour leur soutirer de l’argent
La kinésithérapeute les poussait à rompre avec leurs proches, de façon souvent très violente. « Elle m’a demandé de les pulvériser. » « Elle m’a dit qu’il fallait que je le détruise avant qu’il ne me détruise. » Les plaignantes parlent de « lavage de cerveau » et de « mise en état de soumission ». Elles se remémorent ces week-ends terribles passés dans la maison de campagne de la thérapeute, « maison de la vérité », ou « maison du bien », où celle-ci pratiquait des séances « d’analyse sauvage » ou de « magie noire ».
Elles relatent aussi la façon dont elle leur a soutiré de l’argent : l’une lui a donné 55 000 €, au prétexte que cet argent issu de l’héritage de son père était « malsain » ; une autre lui a vendu pour 60 000 € un appartement dans le VIIIe arrondissement de Paris…
Des femmes toujours sous emprise
Si les plaignantes ont réussi à se défaire de ce lien mortifère, elles en ont gardé de lourds traumatismes. Mais d’autres femmes resteraient encore sous son influence. C’est le cas de Florence A. Cette diplômée d’HEC, qui a occupé des postes à responsabilités dans le milieu de la finance, s’est portée partie civile avant de se désister et continue à nier avoir fait l’objet de « manipulations ». Ce sont ses parents qui sont venus témoigner à la barre du « changement profond » de leur fille après sa « rencontre » avec la thérapeute, qu’elle était venue consulter pour un problème de dos dans les années 2001-2002. Lors d’un repas avec eux, « elle s’est mise à hurler », parlant de « famille épouvantable », et ira jusqu’à à accuser sa mère d’avoir été le membre actif d’un « réseau de pédophilie ».
Depuis, les ponts sont coupés et ils ne peuvent pas voir leurs petits-enfants. Florence serait restée en revanche en lien avec Marie-Catherine Phanekham.Elle a même réussi à la faire employer en 2005 comme « coach » par la société Artegy (filiale de la BNP), dont elle était responsable administrative et des ressources humaines… Une prestation pour laquelle Marie-Catherine Phanekham a touché 2,5 millions d’euros, chiffre confirmé par un rapport d’audit de la BNP.
Florence serait parvenue aussi à faire embaucher une douzaine d’« adeptes » de la thérapeute à des postes importants d’Artegy dans ce qui ressemble à une tentative d’« infiltration » de l’entreprise « par une secte », comme en témoigne son ex-directeur commercial Benoît de Foucher, licencié à l’époque pour avoir tenté d’alerter ses supérieurs. Florence est-elle toujours « sous emprise » ? « Elle est devenue une autre », nous dira simplement l’avocate de ses parents.
Il est« très difficile d’opérer une marche arrière »
Comment des femmes intelligentes, apparemment solides, ont-elles pu se laisser si facilement manipuler ? La question est revenue régulièrement lors de ces trois jours d’audience. Croire qu’il faut avoir une « fragilité préexistante »pour se faire ainsi piéger ou qu’un « bagage intellectuel » suffit à se prémunir de telles attractions fatales contre est « une erreur », a expliqué Jean-Pierre Jougla, spécialiste des sectes.
Dans tous les cas, il est « très difficile d’opérer une marche arrière. » « On peut rester de très longues années sous emprise », a confirmé Catherine Delpech, présidente de l’association Alerte aux faux souvenirs induits (AFSI). « Au bout de la route, nos enfants ne reviennent jamais tout à fait. »
De la prison avec sursis requise
Au terme de trois jours d’audience, la procureure a estimé mercredi 22 février au soir que compte tenu des témoignages, « tous convergents », il n’y avait « pas la place pour le moindre doute » sur le fait que les victimes de Marie-Catherine Phanekham, 44 ans, étaient « dans un état de sujétion psychologique » à son égard, et que la thérapeute avait utilisé des techniques propres à « altérer leur jugement ». Elle a requis à son encontre une peine d’un an de prison avec sursis et 20 000 € d’amende, assortie d’une mise à l’épreuve et d’une interdiction d’exercer pendant cinq ans, avec obligation d’indemniser les victimes.
Les parties civiles ont réclamé d’importantes sommes pour préjudice « matériel » et « moral ». Le Conseil de l’ordre des kinésithérapeutes a également demandé des fonds pour pouvoir faire « la plus grande publication possible » sur cette affaire. Le tribunal rendra sa décision le 23 mai 2017.

La Croix du 23.02.2017

















 






 

 

 

 

FRONT NATIONAL


 

« Détail » des chambres à gaz : amende pour Le Pen

La cour d’appel de Paris a confirmé hier la condamnation de Jean-Marie Le Pen à 30 000 euros d’amende, pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de « détail » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en avril 2015. Le président d’honneur du Front national a été reconnu coupable de contestation de crime contre l’humanité.

Le Bien Public du 02.03.2017

Propos sur les chambres à gaz : Jean-Marie Le Pen à nouveau condamné

Le président d'honneur du Front national a vu son amende de 30 000 euros pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de "détail" de l’histoire confirmée par la justice ce mercredi.
La cour d’appel de Paris a confirmé ce mercredi la condamnation de Jean-Marie Le Pen, 88 ans, à 30 000 euros d’amende pour avoir de nouveau qualifié les chambres à gaz de "détail" de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en avril 2015.
Le président d’honneur du Front national a été reconnu coupable de contestation de crime contre l’humanité.
Il va former un pourvoi en cassation
Il va former un pourvoi en cassation, selon son avocat, Me François Wagner.
La cour a également confirmé, à titre de peine complémentaire, une mesure de publication d’un communiqué judiciaire dans trois journaux.
Jean-Marie Le Pen avait en outre été condamné à verser au total 10 001 euros de dommages et intérêts à trois associations parties civiles.
Déjà condamné deux fois pour ces propos polémiques
Il avait déjà été condamné à deux reprises, au civil, par la justice française pour ces propos, tenus pour la première fois en 1987.

Le Progrès du 01.03.2017

 

 




 

 

 

 

GUERRIERS DE LUMIERE


Elysée Adé, le gourou kung-fu, dans le viseur de la justice

GOUROU - Ils sont une vingtaine d’hommes et de femmes, jeunes et éduqués, et se sont baptisé Les Guerriers de Lumière. A leur tête, Elysée Adé, professeur de kung-fu. Il est soupçonné par la justice d’être le gourou de ce mouvement. Il leur aurait fait croire qu’ils étaient des élus, choisis pour sauver le monde, le tout en leur soutirant de l’argent.

Cette vidéo est issue de l’émission Sept à Huit du Dimanche 19 mars 2017 présentée par Harry Roselmack. Sept à huit est une émission de télévision française d’information hebdomadaire diffusée sur TF1 depuis le 3 septembre 2000, présentée par Harry Roselmack.

SEPT À HUIT
http://www.lci.fr/societe/elysee-ade-le-gourou-kung-fu-dans-le-viseur-de-la-justice-2029584.html



 

 


 

 

 

 

Docteur HAMER (Nouvelle Médecine Germanique)


Pas de ré-homologation pour le guérisseur Hamer !

Le Dr Hamer souhaitait être ré-homologué en tant que médecin. Ce ne lui fut pas accordé car « le demandeur n’a pas offert la garantie qu’il traiterait les patients d’après les règles globales de la science médicale. La chambre suppose fortement que le demandeur continue de rejeter les traitements médicaux généraux et se concentre uniquement sur la Nouvelle Médecine Germanique ». Le jugement n’est pas définitif, Hamer peut interjeter appel.

Source: Cour administrative de Frankfurt, 17/02/2017


 

 

 

 

HOMOPHOBIE

Dans l’enfer des thérapies de guérison de l’homosexualité

C’est une enquête dévoilé par Libération en janvier 2017 qui nous alerte : les thérapies de conversion, ou de guérison de l’homosexualité, sont dans le viseur des autorités françaises. Mais pourquoi personne ne réagit, alors même que de gros doutes sont émis sur certaines organisations ?
Alors qu’elles ont récemment été interdites à Malte, qui malgré l’interdiction de l’IVG est très en avance sur les questions sociales et particulièrement envers les LGBT (union civile, adoption, droits des trans…), aucun autre pays européen, et encore moins la Commission européenne, n’a légiféré sur ces tentatives de « conversion » des homos ou des trans en hétéro ou cisgenre.
Pourtant, l’ONU – qui a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales en 1990 – considère que ces thérapies sont assimilables à de la torture (chocs électriques, injections de vomitif…) au même titre que les stérilisations forcées ou que les examens anaux.
Le Brésil depuis 1999, l’Ontario au Canada et même quelques États américains (comme la Californie) ont déjà interdit ces pratiques souvent inspirées par des mouvements religieux et leurs dérives sectaires, parfois dirigées par des « psy » ou des pseudo-médecins comme c’est le cas aux États-Unis, en Suisse, en Chine, en Equateur, en Ouganda ou au Liban. On y considère que l’orientation sexuelle ne peut être autre qu’hétéro, et que l’identité de genre ne peut être autre que celle assignée à la naissance.
Pierre de Boissieu et Florian Bardou de Libération rappellent les techniques employées : « Du bourrage de crâne sous couvert d’accompagnement psychospirituel aux bons vieux électrochocs en passant par l’exorcisme », tout est bon pour lutter contre les désirs de celles et ceux qui veulent juste être eux/elles-même.
Il s’agit en réalité de méthodes pseudo-scientifiques, condamnées par les plus sérieuses sociétés savantes comme l’Association américaine de psychologie (APA) ou le collège royal des psychiatres en Grande-Bretagne, pour les dégâts psychologiques qu’elles occasionnent chez les personnes qui en sont victimes, allant jusqu’au suicide.
En 2016, en Suisse, un jeune helvète – élevé en milieu évangéliste dans lesquels l’homosexualité est considérée comme une abomination menant directement en enfer – révélait avoir été envoyé en thérapie de conversion dès l’âge de 15 ans et ce pendant une dizaine d’années. Quel était le programme ? Pas de décharges électriques sur les parties génitales comme c’est le cas en Chine, ou d’examens anaux comme pratiqués en Egypte, mais un lavage de cerveau et des mises en situation perverses. Vous n’aimez pas le foot ? Alors vous intégrerez une équipe afin de fréquenter des hommes dans une situation non-sexuelle, racontait-il au journal suisse Schweiz am Sonntag.
Une vieille lubie
Drogues, électrochocs, castration chimique, viols, exorcisme, greffe de testicules, hypnose ou encore lobotomie, le dernier numéro de NEON (mars 2017 #52) dresse la liste des diverses méthodes barbares utilisées dans l’histoire (et parfois encore aujourd’hui) pour « délivrer » les « pratiquants » de l’homosexualité.
Peterson Toscano a passé dix-sept ans à essayer de devenir hétéro. Il a cofondé Beyond ex-gay, une association qui regroupe les « survivants » de ces thérapies. Dans son entretien à NEON, il explique son parcours :
D’abord, je suis allé à l’église : étude de la Bible, prières, etc. Puis ils ont utilisé la crise du sida : les gens étaient perdus, et ces lieux sont devenus des sortes d’arches de Noé. À New York, j’ai rejoint LIFE Ministries. Ce groupe croyait que les gays avaient le démon en eux. J’ai subi trois exorcismes. Ensuite, j’ai passé deux ans dans une résidence de Love and Action : prières, écoute, des débats sur le genre – comment être un homme, s’habiller comme tel, etc. Nous devions écrire des histoires sur notre vie sexuelle d’avant. Lors d’un week-end, nous avons dû partager nos histoires sexuelles les plus honteuses devant nos parents…
Il rajoute :
Aux États-Unis, cinq états les ont [les thérapies de conversion] interdites pour les mineurs, mais il y en a toujours beaucoup. De nombreux ex-gays ont parlé, et les mentalités ont changé. Ce sont des organisations religieuses, pas médicales, donc elles fonctionnent sous le radar. On ne les présente plus comme des « programmes ex-gays », mais comme des camps chrétiens. Maintenant, ça s’exporte. C’est comme l’industrie du tabac : ils ont inondé le marché américain, et quand ils ont fini par décevoir, ils l’ont étendu au marché mondial.

Et en France ?
Depuis début janvier, une pétition lancée sur la plateforme Change.org et signée par plus de 31.000 personnes urge le gouvernement à réagir. Son auteur, Aurélien Heiligenstein, adhérent d’Amnesty International à Mulhouse, pointe l’urgence de la situation :
Il faut établir une loi qui stipule explicitement l’interdiction pure et simple de ces thérapies en France et apporte une réponse pénale aux « thérapeutes » qui les pratiquent.
SOS homophobie, contacté par Libération, n’y voit pas d’intérêt. Pour Virginie Combe, vice-présidente de l’association, il n’est pas nécessaire de porter ouvertement une telle revendication.
Le risque, c’est qu’on reconnaisse la légitimité de ces « thérapies. Or, en général, ce sont des mouvements à la limite du sectaire qui les proposent. Notre priorité c’est plutôt de rappeler que l’homosexualité n’est pas une pathologie et qu’en cas d’un commentaire déplacé d’un professionnel de santé, il faut saisir l’Ordre des médecins.
À la Délégation interministérielle de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah), on estime également que ce n’est pas vraiment un « sujet ». Pourtant, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) veille sur certaines associations et peine à les débusquer. Elle surveille notamment « Torrents de vie », un petit groupuscule évangélique venu de Suisse, depuis 2012. Ce n’est pas le seul mouvement : « Exodus international », mouvements pentecôtistes, ou « Courage » qu’essaie d’implanter en France la Communauté charismatique de l’Emmanuel (un courant conservateur dans la droite ligne de la Manif pour tous); les inquiétudes sont grandes tant les techniques sont sournoises et affûtées.
Il est déjà bien difficile de s’assumer dans la société, mais lorsque des groupes de pressions s’y mettent, promeuvent l’abstinence ou la condamnation morale, les conséquences peuvent être désastreuse…

À Malte, des amendes pouvant atteindre 10.000 euros voire des peines de prisons d’un an pourront être prononcées pour condamner ces pratiques, suivant la gravité des faits. Et en France, c’est pour quand ?

http://tetu.com/2017/02/24/enfer-therapies-de-guerison-homosexualite/
24/02/2017




 

 

 

 

INTEGRISME CATHOLIQUE


Un prêtre lefebvriste renvoyé devant les assises pour viols

La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Versailles a confirmé hier le renvoi devant les assises d’un prêtre lefebvriste pour « viols » et « viols avec actes de barbarie » présumés. Il avait été mis en examen et écroué en avril 2014 pour des actes présumés commis au sein de l’école Notre-Dame de la Sablonnière à Goussonville, proche de la Fraternité Saint-Pie X. Il est actuellement en détention provisoire. Son procès est prévu entre le 2 et le 5 mai.

La Croix du 03.03.2017

Un abbé intégriste jugé pour viols et barbarie

Un abbé intégriste sera jugé en mai devant la cour d'assises pour viols et viols avec actes de barbarie présumés. La justice reproche à l'ex-directeur d'une école privée d'avoir violé à l'automne 2010 trois enseignantes et de leur avoir fait subir des sévices. Il aurait usé de son influence spirituelle sur ces trois femmes pour leur faire subir des séances d'exorcisme où il mimait l'acte sexuel. L'établissement qu'il dirigeait est proche de la Fraternité Saint-Pie X, mouvement en rupture avec l'Eglise catholique.

Le Bien Public du 03.03.2017

L’abbé intégriste aux assises pour viols

Lors de séances d'exorcisme organisées en 2010, il avait abusé de trois femmes.

Du 2 au 5 mai prochains, un religieux, ancien directeur d’une école privée de la commune, sera jugé devant les assises des Yvelines pour viols et actes de barbarie nous apprend Le Parisien.
Cette décision a été émise par la chambre d’instruction de la cour d’appel de Versailles. Cette dernière a validé un renvoi qui avait pourtant été cassé par la Cour de cassation.
Mis en examen et écroué depuis 2014, il est reproché à cet abbé de 43 ans d’avoir abusé de trois enseignantes de l’école privée, proche de la mouvance radicale Fraternité Pie X, alors qu’il en était le directeur.
Les faits remontent à l’automne 2010, où le religieux aurait utilisé « son influence spirituelle » et organisé des séances d’exorcisme avec ses trois victimes précise le quotidien francilien. Il voulait « soigner le mal par le mal ».
Durant ces séances, il mimait l’acte sexuel puis violait les trois femmes. Les séances comportaient également des actes de tortures avec un balai, une brosse à dents et des ciseaux. Seules deux de ses victimes ont porté plainte en 2013. L’une d’entre elles ne s’est pas constituée partie civile.

http://lagazette-yvelines.fr/2017/03/08/labbe-integriste-aux-assises-viols/
8 mars 2017

Un abbé intégriste renvoyé aux assises pour viols et actes de barbarie

Un abbé intégriste a été renvoyé aujourd'hui devant les assises par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles pour "viols" et "viols avec actes de barbarie" présumés sur des enseignantes d'une école privée des Yvelines, a indiqué une source proche du dossier.

Le religieux avait été mis en examen et écroué en avril 2014 pour ces actes présumés commis au sein de l'école Notre-Dame de la Sablonnière à Goussonville, près de Mantes-la-Jolie, un établissement proche de la Fraternité Saint-Pie X, mouvement en rupture avec l'Eglise catholique.

La justice reproche alors à l'ancien directeur de l'école d'avoir violé à l'automne 2010 trois enseignantes et de leur avoir fait subir des sévices. Il aurait usé de son "influence spirituelle" sur ces trois femmes, dont au moins une avait subi des abus sexuels, pour leur faire subir des séances d'exorcisme où il mimait l'acte sexuel, avait révélé Le Parisien.

La Fraternité Saint-Pie X est une communauté intégriste proche des milieux d'extrême droite, fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Elle ne reconnaît pas le Concile Vatican II qui a, selon eux, rompu avec la tradition.

L'évêché de Versailles avait précisé n'avoir "aucun lien avec ce mouvement" et "être profondément attristé pour les victimes" et "blessé que la figure du prêtre soit salie".

L'abbé, en détention provisoire à la maison d'arrêt de Bois-d'Arcy (Yvelines), avait fait appel en janvier dernier de son renvoi aux assises devant la chambre de l'instruction. Celle-ci avait validé ce renvoi, qui avait cependant été cassé par la Cour de cassation.

La chambre de l'instruction de Versailles s'est donc à nouveau prononcé jeudi matin pour un renvoi du prêtre devant les assises des Yvelines du 2 au 5 mai.

Le Figaro du 02.03.2017




 




 

 

 

 

ISLAMISME


Le Bien Public du 23.02.2017

Adolescents terroristes, le rôle majeur d’Internet

Une étude américaine revient sur le nombre d’adolescents impliqués dans des actions terroristes depuis deux ans, en particulier en France.

C’est une première place dont la France se serait bien passée. Sur les 34 actions terroristes – ou tentatives – perpétrées par des adolescents de 12 à 19 ans en Occident depuis septembre 2014 (1), notre pays est le plus touché. Il a subi 11 actions, soit un tiers de l’ensemble. Quatre d’entre elles ont été perpétrées par des jeunes ayant tenté – en vain – de rejoindre la Syrie.

Le rôle du djihadiste français Rachid K.

C’est ce que révèle une étude du Combating Terrorism Center (CTC), institut de référence de l’Académie militaire de West Point aux États-Unis, consacrée aux adolescents terroristes. Avec l’Australie, la France est par ailleurs le seul pays où des adolescents sont allés jusqu’à tuer une personne. Ce fut le cas du P. Jacques Hamel, assassiné le 26 juillet à Saint-étienne-du-Rouvray par deux jeunes âgés de 19 ans.

Ce fort taux s’explique notamment par le rôle de Rachid K., un Français présent en Syrie et extrêmement actif sur les réseaux sociaux. Il aurait été tué il y a un peu plus de deux semaines par une frappe de drone américaine. Il serait impliqué dans huit des onze tentatives françaises, dont l’attentat de Saint-Étienne-du-Rouvray et la tentative de deux jeunes filles de faire sauter une voiture pleine de bonbonnes de gaz près de Notre-Dame de Paris, en septembre.

La mort du djihadiste pourrait-elle entraîner une baisse des actions commises par des adolescents ? Le CTC ne l’exclut pas, sans se montrer très optimiste. « Les chiffres suggèrent que la situation empire », note-t-il de façon globale.

La force d’Internet chez les adolescents

Dans l’étude, un élément en particulier interpelle : dans la moitié des actions menées en Occident, les contacts pris avec des membres de Daech ne l’ont été que par voie électronique. Le plus souvent pourtant, Internet joue un rôle de simplificateur et d’amplificateur de la radicalisation, mais les contacts purement virtuels ne suffisent pas… sauf donc peut-être chez les plus jeunes.

« Il ne faut pas sous-estimer à cet âge le phénomène d’autoradicalisation, pas tout à fait “auto” dans la mesure où il y a des contacts et des échanges, mais pas physiques », relève l’expert psychiatre Daniel Zagury, qui en a rencontré plusieurs.

Daech sait jouer des pulsions propres à cet âge

Selon le CTC, le « succès » de Daech chez les plus jeunes tient ainsi à la popularité des réseaux sociaux, à l’agilité des adolescents en ligne mais aussi à l’importance de la pression du groupe et à « l’envie d’impressionner les autres ». Rachid K. s’est d’ailleurs servi de l’exemple des filles de Notre-Dame pour piquer l’« honneur » des garçons, accusés de n’être pas assez actifs.

« Ce qui est extrêmement préoccupant, c’est la discordance entre la banalité de leurs conflits d’adolescents et l’extrême gravité des actes commis ou envisagés, ajoute Daniel Zagury. Daech les séduit car il résout à la fois leur quête identitaire et les conflits intimes nés des pulsions sexuelles propres à cet âge, en leur proposant un ascétisme rigide. J’ai vu des choses ahurissantes, des adolescents qui se transforment en six mois en des sortes d’automates… » Et ce, le plus souvent, à l’abri des regards des parents. Dans « de multiples cas » cependant, les parents ont pu signaler leur enfant, relève le CTC.

44 adolescents impliqués en Occident

Depuis septembre 2014, 44 jeunes âgés de 12 à 19 ans, dont 80 % de garçons, ont été impliqués dans 34 attentats ou tentatives dans sept pays Occidentaux, selon le Combatting Terrorism Center.

Un tiers des actions ont été commises – ou devaient l’être – par arme blanche. Pour la même proportion d’action, les autorités n’avaient pas eu de renseignements avant le passage à l’acte. C’est le cas pour le plus jeune, un Irakien âgé de 12 ans, qui avait disposé deux bombes dans des lieux publics en Allemagne en 2016, sans que les dispositifs de détonation ne fonctionnent.

Dans 62 % des cas, un lien direct avec Daech a pu être établi (revendication, direction, encouragement, inspiration).

(1) Date à laquelle le chef des opérations extérieures de Daech appelle les personnes radicalisées à passer à l’acte directement en Occident, sans tenter de rejoindre la Syrie.

La Croix du 24.02.2017

Val-d'Oise : le premier quartier d’évaluation de la radicalisation ouvre à la prison d’Osny

Osny, été 2016. L’ancienne Upra, unité de prévention de la radicalisation, de la maison d’arrêt du Val-d’Oise, a finalement été transformée en QER, quartier d’évaluation de la radicalisation.
La création des QER avait été annoncée le 25 octobre par le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, dans le cadre de son plan d’action contre la radicalisation violente dans les prisons.

Le premier quartier d’évaluation de la radicalisation (QER) de France a ouvert ses portes au sein de la maison d’arrêt du Val-d’Oise (Mavo) à Osny. Discrètement, les cinq premiers détenus, quatre hommes de retour de Syrie et un Tchétchène, de ce quartier de 23 cellules individuelles sont arrivés ce jeudi. Ils vont y rester quatre mois. Cette période doit permettre d’évaluer les détenus, par l’intervention de tous les acteurs de la détention, afin de les orienter ensuite en fonction de leur dangerosité dans différents établissements pénitentiaires.

La création des QER avait été annoncée le 25 octobre par le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, dans le cadre de son plan d’action contre la radicalisation violente dans les prisons. Le ministre de la Justice affirmait que les cinq unités de prévention de la radicalisation (Upra), expérimentées depuis janvier 2016 notamment à la Mavo et dont l’efficacité a été remise en cause, allaient céder la place à ces quartiers. En septembre, l’agression très violente de deux surveillants au sein de l’unité d’Osny, par un détenu radicalisé, avait particulièrement marqué les esprits.

Trois autres QER doivent ouvrir «avant la fin du premier trimestre 2017»

Une fois passés par ces QER, les profils identifiés comme « violents et prosélytes » seront soumis à un régime de détention proche de l’isolement notamment au sein de six nouveaux quartiers pour détenus violents (QDV). Pour ceux dont le diagnostic indiquera une propension à la violence moins marquée, des places leur seront réservées dans 27 établissements répartis sur tout le territoire.

Exit donc la volonté de « déradicaliser ». « Nous sommes dans une logique différente de celle de l’Upra qui reposait notamment sur le regroupement des détenus. L’expérimentation a montré ses limites, précise le ministère de la Justice. On est dans un autre système même si on reste dans quelque chose d’innovant ».
Pourtant l’Upra de la Mavo a gardé ses murs. « Des leçons ont été prises et des travaux de sécurisation ont été effectués », souligne la Chancellerie. Les cellules auraient notamment été expurgées de toutes sources métalliques.

Trois autres QER doivent ouvrir « avant la fin du premier trimestre 2017 » dans les anciennes Upra. Deux derniers sont prévus en 2018 à Bordeaux et Marseille afin de pouvoir accueillir au total 120 détenus.

FO dénonce une ouverture prématurée

Une cellule de l’Upra qui va servir au QER. LP/A.C.

« Nous demandons des conditions optimales de sécurité », affirme Jérôme Nobécourt. Pour le délégué régional FO pénitentiaire, l’ouverture de ce premier QER à Osny est prématurée. « Nous l’avons déjà fait repousser d’une semaine pour demander des travaux de sécurisation complémentaire qui ont été réalisés, pas sûr que cela soit suffisant et nous demandons toujours des moyens en plus », précise-t-il. Mais pour le représentant syndical, l’une des principales inquiétudes réside dans les couverts donnés aux détenus du QER. « Ils sont en métal ! C’est une menace pour nous, s’agace Jérôme Nobécourt. Il faut du plastique comme cela avait été le cas dans l’Upra après l’attentat contre notre collègue (NDLR : il avait été gravement blessé à l’arme blanche, une information judiciaire pour terrorisme avait été ouverte) ».

Pour protester, le syndicat a boycotté ce jeudi le Comité technique spécial QER de la Maison d’arrêt du Val-d’Oise. « Ce sont des couverts de détention à bout rond, rétorque la Chancellerie. L’inquiétude est légitime mais nous avons pris des leçons des UPRA : la vidéoprotection est partout, l’accès des cellules a été modifié et les contrôles seront quotidiens pour que rien ne soit détourné de son usage ». « Pourquoi ces couverts alors ? répond FO pénitentiaire. Nous sommes très vigilants car on ne veut pas que les mauvais exemples soient repris ».

http://www.leparisien.fr/osny-95520/le-premier-quartier-d-evaluation-de-la-radicalisation-ouvre-a-la-prison-d-osny-26-02-2017-6714141.php
26 février 2017

Déradicalisation. Un mensonge d'État

Plus de 15.000 personnes signalées radicalisées en France, 1.500 dans nos prisons, près de 900 jihadistes français encore au combat ou rentrés en France... Jamais la France n'a eu à gérer un tel flot d'extrémistes rejetant ses valeurs et souhaitant sa perte. Un cancer que l'État a tenté de faire passer pour une grippe.
Ils sont embrigadés comme dans une secte, ou fous, ou délinquants. Ou les trois à la fois. Tel a été, jusqu'à très récemment encore, le profil qui était dressé des jihadistes français. Avec cette grille de lecture simpliste, les pouvoirs publics ont cru et fait croire qu'ils pouvaient maîtriser le phénomène. Il suffisait de « déradicaliser ».
« Qui a pu croire à cela ? »
En 2014, les clés de cette « déradicalisation » sont confiées au Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), créé par l'anthropologue Dounia Bouzar. Deux ans plus tard, en septembre 2016, ouvre le premier centre spécialisé, près de Chinon (Indre-et-Loire). Une structure pouvant accueillir, sur la base du volontariat, jusqu'à trente jeunes radicalisés. « Qui a pu croire à cela ? », s'agace un cadre de la lutte antiterroriste pour qui la « déradicalisation » est un « tissu de conneries ». « S'ils sont volontaires, c'est qu'ils ne sont plus radicaux ou qu'ils simulent, raille-t-il. Ces gens ne nous aiment pas et n'aiment pas notre système. Le cerveau n'est pas un logiciel que l'on peut modifier en insérant une disquette ! »
« Quinze ans de retard »
« On ne nous a pas laissé le choix : il fallait faire, un point c'est tout. Même si tout le monde savait que ce n'était pas la bonne méthode et qu'elle était vouée à l'échec », cingle un responsable antiterroriste. En Touraine, le centre, qui n'a jamais accueilli plus de neuf personnes, est désormais vide. Le constat est tombé, mercredi dernier, dans un rapport parlementaire : « Échec des politiques publiques de déradicalisation ».
Un fiasco qui trouve également sa source dans la cacophonie médiatique, alimentée par une kyrielle de spécialistes autoproclamés, et les querelles des (rares) vrais experts. « François Burgat, Gilles Kepel et Olivier Roy ont structuré l'analyse de ce phénomène. Mais la génération de chercheurs suivante n'a pas suivi, déplore aussi un familier du dossier de la déradicalisation. C'est pour cela que nous avons 15 ans de retard et qu'on découvre qu'on ne sait pas ce qu'on fait, qu'on manque de jeunes chercheurs prêts à s'investir, et qu'on ne voit pas comment on pourrait faire... »
L'inaudible annonce des attentats de 2015
« Cette approche a faussé les débats et la réponse politique », déplore David Thomson, journaliste travaillant sur le phénomène jihadiste depuis 2011. La conséquence a été gravissime : « Cela a empêché de prendre conscience de la réalité de la menace », estime le spécialiste qui, seul contre tous en 2014, annonçait l'arrivée d'attentats sur le sol français. Il faudra attendre deux ans et 238 morts pour que la prise de conscience soit totale.
Approche psychopathologique et bourrage de crâne : pourquoi l'État a-t-il validé ces explications superficielles ? « Dire que les jihadistes étaient des fous, des malades, arrangeait tout le monde, décrypte David Thomson. Car cela évitait tout débat sur la dimension religieuse, pourtant prédominante, de l'engagement jihadiste, et aussi toute remise en cause politique. C'est pourtant éminemment le cas quand on pose cette question : pourquoi des enfants nés en France en viennent-ils à haïr à ce point et combattre la société dont ils sont issus ? »
Sparadrap sécuritaire
Le diagnostic n'était pas bon. Le traitement a été encore plus mauvais, en faisant croire aux Français que le seul sparadrap sécuritaire pourrait guérir tous les maux. Une voix, inattendue, s'est pourtant élevée, le 10 mai 2016, devant la commission de la Défense nationale. Celle de Patrick Calvar, patron de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) : « Il faut tâcher de comprendre à qui nous avons affaire (...). Je ne m'explique pas comment une fille de quinze ans quitte la France pour se rendre en Syrie vivre dans des conditions abominables, ni comment un gamin que rien n'y prédispose, va poignarder un enseignant juif au seul motif de détester cette société. Aussi, si l'on se limite à une réponse sécuritaire, on se trompe. »
« Une partie de la classe politique, l'extrême droite, a récupéré la thématique jihadiste, en l'amplifiant à des fins purement électorales, analyse un chercheur travaillant sur le phénomène. L'autre l'a occultée parce que les enjeux qu'elle posait étaient trop effrayants. » Son diagnostic ? « Une crise profonde de notre modèle démocratique. »
Durablement dans les esprits
Le journaliste David Thomson, spécialiste du jihadisme, n'est pas davantage optimiste : « La motivation nº1 des jihadistes, c'est d'aller au paradis. Et pour y accéder, il faut mourir et tuer le plus d'ennemis. Quel argument avancer pour contrer ce discours ? Il n'y a aucune méthode actuellement, aucune parade à cela. Les rares cas de déradicalisation sont le fruit de parcours et de prises de conscience personnels. La majorité de ceux qui reviennent sont toujours radicalisés. Ils sont simplement déçus de ce qu'ils ont trouvé là-bas. »
Point positif : Daesh multiplie les revers militaires. « Beaucoup de cadres ont été tués par des drones. Ils étaient très expérimentés et seront difficiles à remplacer. Exporter la menace est, pour eux, devenu plus difficile, convient David Thomson. Mais l'idéologie n'est pas en déclin. Bien au contraire. Les jihadistes sont parvenus à insérer le logiciel terroriste dans beaucoup d'esprits. »
« Ils nous connaissent mieux qu'on ne les connaît »
« Il y a eu plein de ratés mais la prise de conscience est désormais réelle », tempère un chercheur. Le gouvernement a mis en place, en 2016 et 2017, des comités scientifiques reconnus qui planchent sur la question et les réponses à apporter. Mais les travaux et débats qui débutent risquent de durer « de longues années », prévient cet universitaire. Car, contrairement à ce qui était dit jusqu'à présent, « le jihadisme est une idéologie, avec une pensée très élaborée et structurée », insiste le chercheur, lui-même « dérouté » par les découvertes qu'il a faites en interrogeant des jihadistes français. « Ils ont plus de recul sur la question que la plupart des chercheurs. Ils nous connaissent bien mieux qu'on ne les connaît. Nous avons, dans nos prisons, de véritables idéologues. J'ai peu de doutes sur le fait qu'on a, derrière les barreaux, le prochain Al-Baghdadi (*). »
(*) Al-Baghdadi, chef de l'organisation État islamique (Daesh).

EN COMPLÉMENT

« Dans nos prisons, on a le prochain Al-Baghdadi »
La déradicalisation est, jusqu'à présent, un échec. « On a tenté de maquiller ça avec de la com'. La vérité, c'est que nous nous sommes mis dans une situation ingérable », se désespère un responsable de la lutte antiterroriste. Y a-t-il néanmoins un espoir ? « Il n'y a rien à faire, élude le même interlocuteur. Mais politiquement et médiatiquement, on ne peut pas l'avouer. »
Durablement dans les esprits
Le journaliste David Thomson, spécialiste du jihadisme, n'est pas davantage optimiste : « La motivation nº1 des jihadistes, c'est d'aller au paradis. Et pour y accéder, il faut mourir et tuer le plus d'ennemis. Quel argument avancer pour contrer ce discours ? Il n'y a aucune méthode actuellement, aucune parade à cela. Les rares cas de déradicalisation sont le fruit de parcours et de prises de conscience personnels. La majorité de ceux qui reviennent sont toujours radicalisés. Ils sont simplement déçus de ce qu'ils ont trouvé là-bas. »
Point positif : Daesh multiplie les revers militaires. « Beaucoup de cadres ont été tués par des drones. Ils étaient très expérimentés et seront difficiles à remplacer. Exporter la menace est, pour eux, devenu plus difficile, convient David Thomson. Mais l'idéologie n'est pas en déclin. Bien au contraire. Les jihadistes sont parvenus à insérer le logiciel terroriste dans beaucoup d'esprits. »
« Ils nous connaissent mieux qu'on ne les connaît »
« Il y a eu plein de ratés mais la prise de conscience est désormais réelle », tempère un chercheur. Le gouvernement a mis en place, en 2016 et 2017, des comités scientifiques reconnus qui planchent sur la question et les réponses à apporter. Mais les travaux et débats qui débutent risquent de durer « de longues années », prévient ce spécialiste. Car, contrairement à ce qui était dit jusqu'à présent, « le jihadisme est une idéologie, avec une pensée très élaborée et structurée », insiste le chercheur, lui-même « dérouté » par les découvertes qu'il a faites en interrogeant des jihadistes français. « Ils ont plus de recul sur la question que la plupart des chercheurs. Ils nous connaissent bien mieux qu'on ne les connaît. Nous avons, dans nos prisons, de véritables idéologues. J'ai peu de doutes sur le fait qu'on a, derrière les barreaux, le prochain Al-Baghdadi (*). »
(*) Al-Baghdadi, chef de l'organisation État islamique (Daesh).

"Leur motivation n°1 : accéder au paradis"
Plus de 700 djihadistes français encore en Syrie, près de 200 tués sur place et autant rentrés en France. Le journaliste David Thomson a consacré un saisissant livre à ces "Revenants" (Ed Seuil), qu'il suit depuis des années. Voici, selon lui, quatre des principales caractéristiques de l'engagement djihadiste.
1- Un sentiment de frustration. Il y a toujours une faille préalable à l'engagement : sentiments de frustration, d'infériorité, d'humiliation, d'injustice. Leur origine : problèmes familiaux, économiques, échec scolaire, discrimination, éloignement ou perte d'un être cher...
Une grande partie des jihadistes sont issus des quartiers sensibles (dont ils conservent les codes en Syrie), de l'immigration sub-saharienne et du Maghreb et sont de confession musulmane à 70% (30% de convertis, dont la moitié issue de minorités : Antilles françaises, immigration asiatique, portugaise...).
La propagande va pulvériser les humiliations, redonner la fierté et apporter une capacité de revanche. "De dominé, on va t'offrir un statut de dominant".
2- Une vie d'excès. Autre trait commun : l'écrasante majorité des jihadistes menait une vie d'excès (sexualité, alcool, stups, etc.) avant de s'engager. L'idéologie purifie, absout tous les péchés (homosexualité par exemple).
Le message djihadiste : tu as encore la possibilité de te racheter. La grande majorité (près de 70%) des actuels détenus pour terrorisme n'étaient jamais passés par la case prison auparavant. Mais la délinquance, que l'on pourrait croire incompatible avec la religion, se marie au contraire très bien avec le jihadisme, qui la fait sienne. Pour la cause. "C'est tout bénéfice pour le délinquant, qui voit son action légitimée." Aucun remord à avoir. Nul besoin de réfléchir à ses actes. Le jihadisme rend tout compatible. Il est capable de marier interprétation moyenâgeuse, ultra-rigoriste, du Coran et modernité. Ces "frustrés du capitalisme" peuvent lire des hadits du VIIe siècle, Nike aux pieds, sur un iPhone dernier cri. Ou faire des selfies en jogging Lacoste, kalach' à la main.
3- Logique anti-système. La plupart étaient déjà dans une logique anti-système (institutions injustes, dirigées contre les minorités). Ils ont perdu confiance dans les médias traditionnels et sont très perméables à l'info conspirationniste. Généralement faiblement instruits, très jeunes, ils basculent souvent au moment de l'adolescence, ou à sa sortie. L'exemple, donné dans le livre, d'un jihadiste expliquant avoir auparavant été séduit par l'extrême droite, puis l'extrême gauche, est une "illustration parfaite de l'islamisation de la radicalité".
4- L'incontournable dimension religieuse. La conviction religieuse des jihadistes est "profondément ancrée". L'absence de connaissance du Coran n'est pas un obstacle. "Combien de catholiques sont incapables de citer un seul passage de la Bible ?".
Tous sont convaincus des faveurs accordées aux martyrs dans l'au-delà. "On a trop minimisé ce mythe, qui est primordial pour eux", soutient David Thomson. Les jihadistes ont la promesse que tuer va leur ouvrir les portes du paradis. L'accès à ce paradis est leur motivation n°1".

http://www.letelegramme.fr/france/deradicalisation-un-mensonge-d-etat-28-02-2017-11415843.php
28 février 2017

 

RAPPORT

 

La déradicalisation, entre «business» et «starisation»
Depuis deux ans, la France investit à la hâte dans la prévention de la radicalisation islamiste... au risque de privilégier la quantité des crédits à l’efficacité des actions

Près d’un an après sa création, la mission sénatoriale sur le « désembrigadement et la réinsertion des djihadistes en France » a livré son bilan d’étape mercredi dernier, avant le rapport final attendu pour juin. Elle dénonce l’« échec » de la prise en charge de la radicalisation, et notamment le « business » dont tirent profit des associations en mal de subventions publiques.
Avec près de 2 400 individus suivis en France et 100 millions d’euros sur trois ans consacrés à la prévention de la radicalisation, la lutte contre l’islamisme radical est un secteur de niche, mais attractif. Dans leur rapport rendu public mercredi dernier, les sénatrices Esther Benbassa (EELV) et Catherine Troendlé (LR) fustigent les « effets d’aubaine financière », le « gouffre à subventions » ou encore le « business » de la déradicalisation.
Dans ce domaine sensible, l’État commande deux types de missions aux structures privées : former des agents publics à la détection des signaux de radicalisation ou, plus directement, suivre les individus signalés et leur famille. En février 2015, une circulaire conseillait aux préfets de recourir aux « compétences d’associations œuvrant dans le domaine de l’accompagnement social ou du soutien psychologique ». Compétences délicates à évaluer dans un champ où tout était à bâtir, et vite…
« Les pouvoirs publics se sont reposés sur des acteurs associatifs dont l’expérience en matière de prévention et de traitement de la radicalisation n’est pas toujours avérée », dit le rapport du Sénat. Plus franche, sa rapporteuse Esther Benbassa assénait en novembre dernier : « C’est n’importe quoi. On confie ces actions à des gens incompétents qui ne connaissent pas le sujet du tout. »
Une position partagée par Patrick Amoyel, directeur d’Entr’Autres, cabinet qui accompagne des jeunes radicalisés et forme des agents publics : « Toute association du secteur social ne connaît pas l’islamologie, l’histoire ou la psychopathologie. Avant de se lancer dans la déradicalisation, il faut comprendre le phénomène ! » Indices de sérieux, selon lui : l’ancienneté et la composition de la structure. « Nous sommes spécialisés depuis 15 ans dans la rupture du lien social et composés à 90 % de chercheurs », précise-t-il. Une vingtaine de « formateurs officiels » y œuvre pour le Comité interministériel de prévention de la délinquance, dont Bernard Godard, un ancien des renseignements généraux spécialiste de l’islam en France.
Stars au placard. Propulsée en priorité politique, la prévention de la radicalisation a dû être menée à tâtons. « Les préfets naviguent à courte vue, explique un fonctionnaire de l’État. Ils font ce qu’ils peuvent avec les associations qu’ils trouvent. Certaines sont bidons et elles sont virées. » Comme les deux figures médiatiques de la déradicalisation, d’abord encensées puis lâchées par le ministère de l’Intérieur.
Entre 2014 et 2016, Dounia Bouzar, à l’origine du Centre de prévention des dérives sectaires liées à l’islam, a remporté l’essentiel des marchés publics de l’Etat pour près d’un million d’euros. Celle qui a joué son propre rôle dans le film Le Ciel attendra affirme avoir « sauvé 1 000 jeunes » de l’islamisme radical… avant de renoncer à poursuivre sa mission pour « protester contre la déchéance de nationalité ». Elle a dénoncé dans une tribune d’Atlantico la « politisation » du sujet par des élues en recherche d’une « heure de gloire ». L’autre vedette de la déradicalisation, Sonia Imloul, est aujourd’hui mise en examen pour détournement de fonds publics. Elle avait créé la Maison de prévention et de la famille en 2014, en Seine-Saint-Denis. Dans un livre, son ex-employé Julien Revial raconte l’arnaque de la militante et la complicité de l’État qui voyait en eux « un laboratoire médiatique bien utile ». Les subventions attribuées à l’association n’ont pas été renouvelées en 2015.
En parallèle, l’État mène ses propres expérimentations. Son « centre de réinsertion et de citoyenneté » de Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), qui devait prendre en charge des jeunes en voie de basculement, est vide de pensionnaire malgré un coût annuel de 2,5 millions d’euros. Un « gâchis d’argent public », selon le rapport du Sénat. Alors l’État ajuste. Tandis que le ministère de l’Intérieur a longtemps refusé d’impliquer les imams, une circulaire récente invite les préfets à s’appuyer sur les personnalités musulmanes. Quant au Fonds interministériel pour la prévention de la délinquance (100 millions d’euros en 2017), qui contient les crédits de la lutte contre la radicalisation, les préfets auront droit à une enveloppe qui dépend du nombre de signalements et des projets qu’ils envisagent. Ils ont reçu l’instruction de suivre attentivement les actions des partenaires privés.

http://www.lopinion.fr/edition/politique/deradicalisation-entre-business-starisation-121050

01 mars 2017

Déradicalisation : un rapport radical, partisan et politique

La mission d’information des sénatrices Esther Benbassa et Catherine Troendlé qualifie le travail des acteurs mobilisés contre la radicalisation jihadiste de «fiasco». Pourtant, de nombreux spécialistes sont mobilisés sur le terrain avec des résultats encourageants

Le rapport d’étape de la mission d’information sur la déradicalisation, le désembrigadement, le désendoctrinement et la réinsertion, rendu public par les sénatrices Esther Benbassa et Catherine Troendlé (Libération du 22 février) ne mâche pas ses mots : «échec cuisant», «fiasco complet», les qualificatifs pour le moins désobligeants pleuvent sur la politique gouvernementale, éclaboussant au passage les personnes engagées dans cette lutte.
Etant depuis deux ans responsable d’une consultation psychiatrique spécialisée dans la prise en charge de jeunes embrigadés et de leur famille, en lien avec la préfecture de Paris et le numéro vert Stop jihadisme, et n’ayant pas eu l’honneur d’être auditionné par la dite commission, il me semble important de nuancer des assertions aussi brutales qui ne peuvent que nuire aux milliers de familles inquiètes, alertées et mobilisées par les risques encourus par leurs adolescents.
Les jeunes Français entre 18 et 25 ans sont de plus en plus nombreux à se radicaliser et, parmi les Européens, les plus attirés par l’idéologie jihadiste. Ces jeunes viennent de tous les milieux sociaux, de toutes les origines, de toutes les cultures. A priori, ils n’ont rien en commun, et pourtant ils vont se fondre et se confondre, jusqu’à se perdre dans une pseudo-idéologie mortifère et des promesses de régénération. Au-delà des discours, des raisonnements, des querelles d’interprétation, il n’existe que des histoires singulières, des sujets manipulés, des familles en souffrance et beaucoup d’incompréhension, beaucoup de questions aussi. Plus de 10 000 parents inquiets ont déjà appelé le numéro vert mis en place par le gouvernement. Face à l’intensité et à la complexité de ce phénomène, il a fallu réagir vite, imaginer une contre-offensive, forger des outils, mobiliser toutes les préfectures et l’ensemble des acteurs de droit commun (professionnels de la santé mentale, éducateurs, enseignants, médiateurs, associations de terrain) tout comme l’Aide sociale à l’enfance ou la Protection judiciaire de la jeunesse. Le tout en évitant les stigmatisations et la désignation de nouveaux boucs émissaires. Pour avoir arpenté de nombreuses villes de France depuis deux ans, pour avoir sensibilisé, formé, supervisé un certain nombre d’équipes, je sais avoir rencontré partout une extraordinaire mobilisation, un intérêt constant, une soif d’agir et de comprendre de la part de l’ensemble des acteurs concernés. Ces mêmes acteurs sont stigmatisés dans ce rapport pour leur amateurisme, voire pour leur seul et unique intérêt envers une manne financière qui leur serait tombée du ciel. Amateurisme bien sûr, et comment en serait-il autrement, face à un phénomène nouveau autour duquel les rares spécialistes s’entre-déchirent et n’arrivent aucunement à dégager une ligne de réflexion, et encore moins de conduite, commune ? Mais de là à parler de «business de la déradicalisation», de «pseudo-spécialistes» qui ne sont jamais explicitement désignés… Quel mépris !
Faut-il absolument adopter la rhétorique du complot bien connue de ceux que nous sommes appelés à combattre ? Car de qui parle-t-on lorsqu’on parle de «fiasco» ? Faut-il mettre dans le même panier Mohamed Merah et cette adolescente de 15 ans, victime, à 12 ans, d’abus sexuels, repêchée deux fois à la frontière, attirée dans les filets d’un rabatteur en Syrie qui lui promet tout à la fois l’amour et la rédemption ? Cette adolescente était, il y a quelques jours, à ma consultation avec sa famille, et après deux années d’une prise en charge psychologique, en collaboration constante avec l’Aide sociale à l’enfance, elle va mieux, merci. Elle a jeté son jilbab aux orties et ne songe plus à s’engager. Pour le moment. Et je ne peux absolument pas jurer qu’à la suite de nouvelles connexions virtuelles, elle ne retombera pas dans son obnubilation radicale. Les parcours sont longs et tortueux, et personne n’a le recul suffisant pour évaluer une réussite ou un échec. Une chose est sûre, c’est que nous ne pouvons pas utiliser les mêmes outils pour les tueurs et les mercenaires aguerris qui peuplent nos prisons, et pour ces milliers de jeunes, plus ou moins fragiles psychologiquement, qui oscillent entre quête sacrificielle, volonté de rupture et utopie régénératrice.
Ne montrer du doigt que les aléas de la prise en charge des plus fanatisés en ignorant toute cette population ne peut qu’amplifier le sentiment d’échec et continuer à insécuriser l’ensemble de la population. Plus discutable encore me semble être le sort réservé dans ce rapport au Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam (CPDSI), une équipe que je supervise depuis deux ans. Sa directrice, Dounia Bouzar, du fait de sa «personnalité» tant disséquée par les médias, est devenue le bouc émissaire des atermoiements de lutte contre la radicalisation. Au sein de cette première équipe mobile d’intervention mandatée par le ministère de l’Intérieur sur toute la France et l’outremer (1 134 saisines de familles et 43 d’équipes de préfecture), personne n’a été auditionné, les premières conclusions de la recherche-action avec les parents et les professionnels ont été ignorées. Ces résultats vont pourtant faire l’objet d’une étude universitaire dans notre service hospitalier.
Pire, on laisse entendre, sans aucune vérification, que l’argent du financement de l’Etat aurait été détourné alors que chaque centime utilisé peut aisément faire l’objet d’une vérification. Et pourtant que de familles reçues, que de professionnels formés, que de vidéos pédagogiques mises en ligne à la disposition de tous.
Le rapport semble se baser uniquement sur des opinions, des rumeurs, des affinités électives, et les rapporteuses n’ont, à aucun moment, daigné se plonger dans la réalité du travail de cette équipe. Et pourtant, d’après les premiers résultats, 43 % des jeunes pris en charge en 2014 sont considérés par leur famille comme sortis de l’emprise du discours radical. On peut considérer que c’est trop peu, que c’est un «fiasco». Pour m’occuper de jeunes en déshérence depuis plus de trente ans, je considère qu’un tel résultat est plutôt une belle réussite. La «déradicalisation» est un terme aujourd’hui rejeté par l’ensemble des professionnels : il ne s’agit en aucune manière de déprogrammation, de lavage de cerveau ou encore moins d’arracher une dent par la racine ! Le désembrigadement donc, nommons-le ainsi, n’est jamais le produit d’un seul acteur, mais toujours celui d’une chaîne de professionnels et de non-professionnels, d’horizons variés, qui agissent de manière cohérente et complémentaire, et permettent la reprise du lien de confiance avec le jeune, le soutien de la famille, l’accompagnement psychologique, l’approche théologique, la déconstruction de la relation au groupe radical et de l’utopie radicale. C’est ce qui émerge aujourd’hui peu à peu du terrain, et la mobilisation de l’ensemble des professionnels engagés se passerait volontiers d’un rapport aussi politique et partisan.

Coauteur avec Dounia Bouzar de Je rêvais d’un autre monde. L’adolescence sous l’emprise de Daech, Stock, mars.
Serge Hefez Psychiatre des hôpitaux

http://www.liberation.fr/debats/2017/02/28/deradicalisation-un-rapport-radical-partisan-et-politique_1551675
28 février 2017

Sept ans de prison pour avoir tenté de tuer un professeur juif

Se réclamant de Daech, l'adolescent, qui a également écopé ce jeudi de cinq ans de suivi socio-judiciaire, avait tenté d'assassiner en janvier 2016, à Marseille, un professeur juif à coups de machette.
Un adolescent radicalisé a été condamné ce jeudi à sept ans de prison et cinq ans de suivi socio-judiciaire, après avoir attaqué à la machette un enseignant juif à Marseille, en janvier 2016, a annoncé l'avocat de la victime, Fabrice Larbi. Le jeune homme ne fera pas appel, a déclaré à l'AFP son avocat, Me Merabi Murgulia. La décision du tribunal est une «satisfaction» pour l'enseignant, a déclaré son avocat.
Ce procès, ouvert mercredi à huis clos devant le tribunal pour enfants statuant en matière criminelle, est doublement inédit en France. Il s'agit du premier auteur d'une attaque à caractère djihadiste en France à être jugé et c'est le premier cas de mineur de moins de 16 ans comparaissant pour un acte de terrorisme. On se souvient de l'émoi qu'avait suscité, le 11 janvier 2016, à Marseille, la tentative d'assassinat à la machette de Benjamin Amselem, professeur de culture hébraïque dans une école judaïque, par un jeune de 15 ans, turc d'origine kurde, une communauté qui se bat contre l'État islamique en Syrie et en Irak. Yusuf avait agressé l'enseignant en pleine rue sur le chemin de son école, kippa sur la tête et torah sous le bras. Il avait eu la vie sauve grâce à son livre sacré dont il s'était servi comme bouclier! Malgré une machette d'une cinquantaine de centimètres, le lycéen n'avait réussi qu'à lui infliger des blessures légères mais, en revanche, il lui a laissé un réel traumatisme. Le professeur avait réussi à prendre la fuite, mais après une chute, il avait été rattrapé par son agresseur qui avait encore tenté de le tuer… «Son regard, c'était de la haine… c'est un terroriste qui veut tuer», avait analysé Benjamin Amselem quelques jours après l'agression. Les cris de la victime ayant alerté le voisinage, plusieurs personnes avaient mis en fuite le jeune qui avait laissé sur place la machette et son sac de cours.
Radicalisé sur internet

Yusuf n'a jamais nié les faits. Selon l'ordonnance de renvoi, il les a même revendiqués, précisant avoir voulu «attaquer le juif», en suivant l'exemple de ses «frères» palestiniens, et parce que la victime l'a provoqué «en marchant tranquillement» et en portant une kippa. Il s'est dit honteux de ne pas avoir eu assez de forces pour le tuer! Il s'est revendiqué salafiste, partisan de l'État islamique auquel il a prêté allégeance. Il a reconnu avoir voulu partir en Syrie pour y mener le djihad, citant comme références Oussama Ben Laden ou Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de Daech. Il a indiqué s'être radicalisé seul sur Internet depuis l'été 2014.
Son passage à l'acte était prémédité. Dix jours auparavant, il avait acheté seul la machette et un couteau pour «planter» les policiers quand ils l'arrêteraient. Il aurait voulu mourir en martyr lors de l'interpellation.
«En 2015, il avait déclaré à ses camarades vouloir aller en Syrie et approuver l'attentat de ‘Charlie Hebdo'»
Arrivé en France à l'âge de 11 ans pour rejoindre son père qui a fui les persécutions antikurdes, le lycéen, en seconde professionnelle au lycée Ampère de Marseille, était sérieux et bien noté. Il était délégué de classe mais solitaire. Les enseignants n'avaient remarqué aucun signe de radicalisation ou de prosélytisme. Quelques semaines avant l'agression, certains camarades avaient constaté qu'il se renfermait. L'un d'eux avait reçu un texto lui enjoignant de faire la prière! En 2015, il avait déclaré à ses camarades vouloir aller en Syrie et approuver l'attentat de Charlie Hebdo. Son père avait cassé son ordinateur quand il avait vu les sites qu'il consultait.
Après plusieurs mois de détention, l'adolescent a affirmé «avoir pris du recul vis-à-vis de l'action menée par l'État islamique». Expliquant son passage à l'acte par la propagande de ce groupe: «C'est comme si j'étais un robot (….) c'est comme si j'avais un CD dans le cerveau.» Il a assuré «pouvoir maintenant faire la différence entre propagande et réalité».
Cette évolution n'avait pas convaincu Me Fabrice Labi, un des défenseurs de Benjamin Amselem: «On peut s'interroger sur la sincérité du changement vu que l'expert psychiatre ne l'a vu que deux fois. Nous voulons une peine à la hauteur de l'agression et du préjudice subis. La victime en subit toujours les affres. Il n'y a pas un instant où il se sent en sécurité. Il a vu la mort de près et fait très souvent des cauchemars.» Le professeur a quitté Marseille et repris son activité dans la région parisienne en septembre dernier mais il est de nouveau en congé maladie. Il était présent lors du procès.
Âgé de moins de 16 ans, à une semaine près, lors des faits, Yusuf bénficiait de l'excuse de minorité, et la peine maximale encourue était alors réduite à vingt ans de prison.

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2017/02/28/01016-20170228ARTFIG00247-yusuf-un-jeune-djihadiste-de-17-ans-en-proces-a-paris.php

02/03/2017

 

Lutte contre la radicalisation : ce que font les autres pays...

La France n'est pas la seule à avoir mis en place des programmes de déradicalisation. Revue de détail de ce qui marche (ou pas) à l'étranger.

« Échec », « fiasco », « pseudo-spécialistes »… Les mots ne sauraient être plus durs. Dans un bilan d'étape, rendu public mercredi 22 février, les sénatrices-auteurs remettent complètement en question les approches de l'État français face à la déradicalisation des jeunes. Suivant leurs avis, la France est dans l'impasse en matière de traitement de la radicalisation djihadiste. L'une des solutions serait, comme le suggèrent les sénatrices, de mieux développer la prévention. Ce constat est lucide. Si l'on observe l'ensemble des actions de prévention de la radicalisation violente et que l'on compare les expériences internationales qui se déploient depuis de nombreuses années, force est de constater que l'Europe est bien en retard.
 

Trois niveaux de prévention doivent être analysés afin de pouvoir tirer le bilan de l'efficacité des politiques publiques en matière de sécurité. En premier lieu, la prévention primaire consiste à lutter contre la radicalisation cognitive qui envahit peu à peu les esprits des jeunes et des très jeunes et qui se déploie au sein des réseaux mais aussi des quartiers et parfois des groupes de jeunes eux-mêmes. Cette prévention se fait par l'éducation, l'inclusion sociale et l'envie de vivre ensemble.
Le rôle de l'éducation
En second lieu, la prévention consiste à éviter le basculement de jeunes vers des actes radicaux qui les conduisent dans la délinquance ou le départ. Cette prévention intervient souvent après le signalement du jeune. La troisième forme de prévention vise à favoriser chez les jeunes la rupture avec les idées terroristes et l'entrée dans un processus de résilience, puis de projet de vie dans le respect de la loi et des valeurs républicaines.
L'Europe, si elle a beaucoup agi sur le deuxième et le troisième niveau de la prévention ainsi que sur les mesures de sécurité publique, a encore un retard important en matière de prévention primaire, c'est-à-dire, sur la radicalisation des esprits. Dans une recherche en cours que nous réalisons pour l'Unesco, nous avons pu examiner de nombreuses pratiques de prévention de la radicalisation à l'international, et ces expériences nous ouvrent la voie vers une meilleure efficacité de nos actions. L'approche de l'Unesco, qui propose une éducation philosophique et un renforcement des valeurs humaines, peut-être ainsi consolidée par des expériences locales.

 

Une expérience belge
Parler, se présenter, dire sa vie… Tels sont les angles pédagogiques choisis par l'association belge Maks qui organise la projection d'histoires digitales créées au sein du projet « Je suis Ahmed, Lèonie, Charlie, of net niet… », déployé sur les villes de Molenbeeck et de Scharbeeck. L'idée s'inscrit dans une série d'initiatives prises en Belgique. Le gouvernement pousse pour une éducation numérique où les jeunes eux-mêmes s'engagent dans la production de contre-discours, d'animation de forum d'échanges et de médiation de jeunes à jeunes.
Pour aller plus loin : La Belgique s'y prend-elle mieux que la France ?
C'est aussi le choix de Rose-Marie Farinella, enseignante à l'école primaire de Taninges, en Rhône-Alpes, et qui travaille inlassablement avec ses élèves de CM2 pour produire des ressources numériques de jeunes pour les jeunes afin de prévenir la radicalisation en agissant collectivement pour partager leurs savoirs. Donner la parole pour se sentir citoyen, agir avec les médias pour comprendre l'information et résister à l'embrigadement complotiste : telles sont aussi les approches de plusieurs organismes en France.


Les modèles indonésien, autrichien, marocain et indien
La prévention de la violence et de la radicalisation passe aussi par la pensée. Le processus de radicalisation est avant tout conversationnel. Partant des préoccupations des jeunes, il va avancer vers des idées radicales et de rupture. L'interprétation d'événements, les prises de position politiques ou sociales sont présentées sous un angle fermé empêchant le débat. De plus, les digitales natives sont bien souvent des digitals naïfs incapables de distinguer les informations objectives issues de sites officiels, d'articles scientifiques, et les informations issues de sites conspirationnistes ou suprémacistes. C'est un handicap qui facilite l'embrigadement. De nombreuses expériences ont donc choisi de produire des discours alternatifs pour contrer les idées terroristes.
Cinq jours après les attentats de Paris, le Nahdlatul Ulama, la plus importante organisation musulmane de masse d'Indonésie, a mis en ligne une vidéo intitulée « Rahmat Islam Nusantara », sous-titrée en arabe et en anglais. Ce film de 90 minutes entend contrer point par point la lecture faite par Daech du Coran et des hadiths.
Suivant le même objectif, l'université de Vienne a construit le programme « Vienna Observatory for Applied Research on Radicalism and Extremism », Vortex, ayant pour vocation de « produire des éléments de narration visant à contrecarrer l'idéologie radicale et à les diffuser dans le monde ». Le projet se compose d'une part d'une analyse des stratégies et des discours en ligne djihadistes et d'autre part du développement de discours experts (religieux, politiques, journalistiques alternatifs). Au Maroc, la campagne nationale « Non au discours de la haine » a été lancée en juin dernier. En Inde également, plusieurs programmes ont été mis en place face à la recrudescence d'attaques sur le sous-continent.


Les exemples danois et britanniques
Agir en commun dans un esprit fraternel est au cœur des actions de prévention posant comme socle de la paix le respect des autres. Lancée en 2007 à Aarhus (Danemark), l'expérience danoise de prévention de la radicalisation s'appuie sur la mise en relation des jeunes avec des « mentors ». Ces jeunes adultes sont des travailleurs sociaux qui dialoguent avec les jeunes et leur permettent d'agir ensemble pour « réhumaniser » leurs actions. Au Royaume-Uni, le projet Mosaic, fondé par le prince de Galles, propose de lutter contre la violence et l'exclusion en favorisant la reconnaissance des talents des jeunes et des femmes issus des communautés défavorisées.
Faire témoigner les victimes, mettre en contact les jeunes en voie de radicalisation et des victimes est aussi une voie active de prévention. L'Association italienne des victimes du terrorisme (AIVITER) a mis sur pied le projet C4C « Une contre-narration pour contrer le terrorisme ». Ce projet, soutenu par la Commission européenne, a pour objectif de diffuser à travers des plateformes du Web les paroles des survivants des actes du terrorisme, afin que ces paroles contrent les discours radicaux des adeptes du terrorisme avec un impact fort sur les jeunes en voie de radicalisation.
Cette volonté de ne pas opposer victime et jeunesse radicalisée est aussi au cœur de l'action de l'association belge SaveBelgium, présidée par Saliha Ben Ali, mère d'un jeune parti en Syrie et qui multiplie les actions pédagogiques au sein des quartiers pour témoigner et agir contre les dérives sectaires et radicales. Enfin, la ville de Düsseldorf (Allemagne) agit dans la même volonté de construire du lien social et de renforcer les contacts avec le cycle de formation « Les imams, des ambassadeurs de la démocratie », proposant de mobiliser l'ensemble des citoyens pour prévenir la violence et la radicalisation.


L'art, le rire et la culture au cœur de la prévention
Le rejet du « droit à rire » a été au cœur des actions terroristes en Europe. C'est ce même droit qui est aussi au cœur des actions de prévention où la culture et l'art sont les ciments d'un dialogue et d'un vivre ensemble. Au Burkina Faso, une des sources de prévention des conflits s'appuie sur une expérience originale, « la parenté à plaisanterie ». Il s'agit alors de proposer une dispute autour de la question de l'engagement djihadiste où les opinions de chacun s'exposent et/ou le groupe pousse la caricature pour convaincre.
Cette pratique ancienne et commune à plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco. Dans un groupe donné, deux parties s'insultent abondamment tout en comprenant qu'elles sont fortement liées et responsables du bien-être l'une de l'autre. À travers ces insultes verbales publiques à faible enjeu se dénouent des problèmes et se renforce le traitement non violent des conflits. L'exemple de la Côte d'Ivoire est criant : la prévention met l'accent sur l'éducation interculturelle à travers le renforcement des liens affectifs, ethniques, sociaux utilisant la création et l'art.
La tragi-comédie est alors une source évidente et naturelle de cohésion sociale. C'est ce même principe qui est illustré par la troupe de théâtre belge qui monte la pièce Djihad d'Ismaël Saidi, ou par l'action collective d'artistes au soir des attentats. Moins intellectuelle, mais relativement spontanée et rapidement virale, la réaction à la fois comique et engagée de certains jeunes offre elle aussi un contre-discours avec des vidéos telles que « Marseille répond à Daech » ou « Un Africain s'adresse aux terroristes ».
L'ensemble des arts peut alors devenir des leviers de paix. Prendre la parole est un moyen de « dire et se dire », comme dans les ateliers « l'art de s'exprimer » mis en place au Québec par le Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence. Le pays renforce d'ailleurs l'engagement des jeunes, tout comme le Canada qui propose une éducation à la citoyenneté à la lutte contre les discours xénophobes et racistes. Prévenir la radicalisation commence très tôt au sein de la famille, du quartier, de l'institution scolaire et des différentes organisations régissant la vie du jeune. La France, afin de renforcer les bonnes pratiques face à l'extrémisme, doit s'inspirer des très riches formes d'actions existant dans d'autres sociétés également menacées par le terrorisme.
*Séraphin Alava est professeur à l'université de Toulouse – Jean Jaurès. Il intervient auprès de l'Unesco sur la prévention de la radicalisation numérique. Et est expert sur la cyberviolence et les cyberdiscriminations auprès de plusieurs instances européennes.

 

http://www.lepoint.fr/societe/lutte-contre-la-radicalisation-ce-que-font-les-autres-pays-03-03-2017-2109004_23.php
03/03/2017

 

David Vallat prône la prévention contre la radicalisation

En 1995, David VALLAT était impliqué dans des réseaux djihadistes. Il a purgé une peine de 5 ans d’emprisonnement pour les chefs d’accusation : « association de malfaiteurs, infractions à la législation sur les armes en relation avec une entreprise terroriste ». Aujourd’hui à 45 ans, il est épanoui et complètement réinséré dans la « société civile ». Il raconte son parcours et en fait un combat citoyen pour prévenir les jeunes.
Depuis 2015, la France est frappée d’attentats terroristes, perpétrés et orchestrés par des Français. C’est dans ce cadre que Monsieur Vallat participe à des missions de prévention et de sensibilisation au risque de dérive des jeunes.
« Un pur engagement citoyen »
On pourrait tout d’abord s’interroger sur ce « combat citoyen » pour la lutte contre la radicalisation. La « prévention du risque » par son propre témoignage est une activité personnelle ou alors une activité rémunérée.
En effet, certains des détracteurs de cet ex djihadiste mettent en avant le fait qu’il pourrait être payé pour ses missions de prévention, et a fortiori pour son témoignage.
La réalité est tout autre.
Depuis les attentats de 2015, David Vallat ne pouvait plus rester dans l’ombre. Menant pourtant une vie tranquille de cadre dans l’industrie, rien ne le prédisposait à le faire. Mais il se rend vite compte qu’un élément fondamental n’apparaît pas dans le cadre de la lutte contre la radicalisation : « On redécouvre dans ce pays, que toute action violente est précédée de la pensée. Ainsi, les appels à la haine devraient tomber sous le coup de la loi ».
C’est en étant convaincu de pouvoir contribuer à la société, d’améliorer et de mettre en avant les causes et éventuelles conséquences de ces jeunes au passé trouble passant à l’acte. Rien d’autre ne l’anime qu’« un pur engagement citoyen ». Tous ses déplacements, ses interventions portent sur ses fonds propres.
En définitive, son action sur le terrain est purement volontaire. Cette activité est exercée en parallèle de sa profession dans l’industrie.
« Elles m’ont permis de me réapproprier mon humanité »
Depuis son départ pour le Djihad à sa libération, l’absence de figure féminine marque encore plus l’idéologie dans laquelle il se trouvait.
On se rend compte au fil des témoignages de David Vallat que la place de la femme, dans sa prise de conscience, est prépondérante. Il met en avant le fait que le regard qu’une femme peut avoir sur le monde, la société, la vie lui permet de s’épanouir encore plus.
Ce sont des figures féminines qui vont lui faire prendre conscience que le chemin qu’il suivait n’était pas le bon. Finalement, cette humanité ce sont les « femmes de sa vie » qui vont la lui rendre.
Petit à petit, bouleversant les codes inculqués, il se rend compte qu’il existe un regard sur l’autre, sur le monde, qui n’est pas dans le rapport de force. Bien au contraire, ce regard est construit dans un rapport d’idée, de réflexion et d’intelligence.
« La prison : une mort sociale, mais une deuxième chance »
David Vallat considère que les 5 années passées en prison ont finalement été une deuxième chance pour lui, contrairement aux médias de masse qui mettent en avant une radicalisation des jeunes en milieu carcéral. Un travail de prévention au sein même de la prison semble a priori nécessaire.
Il remet cette thèse en question. Un accompagnement est bien évidemment nécessaire, peu importe le profil du détenu. Toutefois, il souligne bien qu’« observer des sujets captifs est très simple ». La radicalisation, en milieu carcéral est totalement différente d’une radicalisation qui se met en place à l’extérieure, souligne-t-il. Ce sont bien deux processus qui obéissent à une sociologie différente. Il précise que la prison est l’un des rares lieu où l’Etat a tous les moyens pour suivre un culte.
On apprend finalement que la prison a été « une mort sociale ». Cette « mort sociale » lui permet de se remettre en question. Elle a été une coupure dans le temps qui le rapproche des valeurs intrinsèques l’animant au début de sa conversion : la soif de connaissance et d’aller vers l’autre.
Je me rends compte que Monsieur Vallat à une culture impressionnante, des connaissances extrêmement précises sur la biologie, la chimie, les mathématiques, le droit, la philosophie, la théologie…etc. (liste non exhaustive), acquises en partie pendant son incarcération.
On admet sans hésiter, qu’en partie, la prison, en le coupant du monde extérieur, lui a permis de devenir « une arme de pensée massive ».
Au-delà de la question des jeunes qui se sont plus ou moins radicalisés, concrètement, sur le terrain, qu’est-ce qui pourrait empêcher ces jeunes de sombrer dans cette voie ?
« Le prix de ta liberté, c’est ta responsabilité »
Il faut une prise en charge de notre jeunesse dès le plus jeune âge. Le dialogue est la clé de voûte de la mise en place d’une pensée a posteriori. Comment ? L’État doit pouvoir mettre en place des rencontres, conférences et interventions dans les établissements scolaires, centres sociaux, et tous les lieux encadrant et ayant un rôle dans l’éducation des jeunes.
D’autre part, l’État doit avoir un contrôle sur le discours dirigé vers les jeunes.
« C’est quasiment une voie sans issue. La volonté de ceux-ci n’est pas de leur enseigner une science religieuse, mais de les éduquer révolutionnairement »
Dans le cadre de son travail de prévention, il est amené à être contacté par des parents dont l’enfant est parti pour le Djihad. Comment réagit-il et agit-il face à ces situations de détresse ?
Il reste honnête avec les parents. Mais le plus important dans le travail avec les parents est la déculpabilisation. « La grande souffrance qu’ils ont de ne pas l’avoir vu venir ». C’est un processus long, douloureux mais primordial.
C’est justement parce que les parents n’ont pas les outils, les capacités nécessaires et tout simplement pas de grille de lecture de la radicalité que des intervenants comme David Vallat sont indispensables dans ce travail de « détection » et de prévention.
Il faut bien comprendre le fait qu’il y ait nécessairement un relais humain qui amène au passage à l’acte, au-delà des « pseudo-connaissances » acquises par internet.
« Au mieux, nous ne pouvons produire que de la prévention »
En analysant son parcours, il est intéressant de se demander si la mère ou la famille cet ex djihadiste avait contacté « un David Vallat », est-ce que cela aurait pu ou non changer son parcours. Il y a quelques secondes de réflexion, mais sa réponse arrive sans hésitation :
« Il aurait fallu qu’il intervienne au tout début de ma conversion. Mais passé un certain stade de conviction, tu ne fais qu’alimenter cette conviction à vouloir contredire l’autre.
Cela m’aurait permis de m‘engager avec moins de virulence.
Aujourd’hui je sais que la seule vraie méthode efficace, n’est pas tant d’aller à la confrontation avec les gamins, mais plutôt de faire appel à leur capacité de réflexion. Si tu arrives à distiller un doute raisonnable dans leur esprit, c’est gagné ».
« Le seul dénominateur commun de ces profils est la jeunesse »
Après les attentats qui ont frappé la France en 2015, pour présenter les auteurs de ces actes terroristes, on met en avant le milieu dans lequel ils ont grandi, entre autre les quartiers populaires dont ils sont issus. David Vallat en est aussi issu et nous explique si cela peut être un facteur qui explique la radicalisation.
Il récuse partiellement cette affirmation. En effet, fin 2014, un rapport avait été publié avec les origines sociales des jeunes partant pour la Syrie. 16% des profils étaient issus de classes populaires et 17% du ratio de milieux aisés. « Le seul dénominateur commun de ces profils est la jeunesse avec cette propension à la révolte ».
C’est un facteur aggravant, avec cette « propension à la violence accrue et facilité car vivant déjà eux-mêmes dans un milieu où la violence s’impose comme rapport social.
En revanche, ce n’est pas une fatalité ou une règle générale. ¼ des départs vers la Syrie concernait des jeunes n’ayant rien à voir avec l’Islam, ni culturellement, ni familialement, et n’étant pas issus de l’immigration.
Ils ont répondu à un appel subversif ».
En définitive, ce que l’on retient de la mission de prévention de David Vallat est qu’il faut confronter le parcours d’un ex Djihadiste face aux jeunes. Pourquoi ? Parce qu’il connaît les processus de recrutement des jeunes partant faire le Djihad. En effet, il a lui-même été immergé dans cet « engrenage » : il faut donc stopper net la radicalisation de la pensée, point de départ vers l’extrémisme. Ce qui signifie que l’intervention, quelle qu’elle soit, doit intervenir très tôt au sein des écoles primaires, des collèges et des lycées.
D’autre part, il faut que l’État ne sous-estime pas l’importance du discours violent ou non des prédicateurs. Cela sème le doute dans le cœur des citoyens car l’État se retrouve face à une impasse : d’un côté, on ne se mêle pas du fait religieux, principe de l’État laïque, mais de l’autre la nécessité d’encadrer ces prédicateurs qui ont une influence sur notre jeunesse. D’un côté l’amalgame avec les musulmans et de l’autre côté le discours qui peut vite tomber dans l’islamophobie.
Dans tous les cas, un dialogue républicain est nécessaire avec les acteurs de notre société du dirigeant à l’enseignant.

 

http://lyonbondyblog.fr/LBB/david-vallat-prone-prevention-contre-radicalisation/
2 mars 2017

 

Déradicalisation : «Il faut une troisième voie entre prison et milieu ouvert»
Mis en cause par le rapport de deux sénatrices, le processus d’accompagnement des jeunes tentés par le jihad doit être affiné et soutenu, estime sa responsable.

Déradicalisation : «Il faut une troisième voie entre prison et milieu ouvert»
Muriel Domenach est secrétaire générale du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (CIPDR) depuis l’été 2016. C’est en grande partie à cette structure que revient la mise en place d’une politique gouvernementale de lutte contre l’endoctrinement jihadiste. Pour Libération, elle dresse un bilan des mesures engagées et répond au rapport très sévère des sénatrices Esther Benbassa (EE-LV) et Catherine Troendlé (LR).

Comment réagissez-vous aux critiques d’Esther Benbassa et de Catherine Troendlé envers la politique de «déradicalisation» ?
Je pense d’abord qu’un débat doit évidemment s’opérer tant le sujet mérite réflexion. Le rapport insiste à juste titre sur la prévention et l’évaluation, qu’on m’a demandé de développer depuis mon arrivée en septembre. Il est à charge sur des acteurs du passé. Les acteurs d’aujourd’hui, qui sont les professionnels de la prévention (éducateurs de rue, maisons des ados, missions locales, Fédération française de psychiatrie), ont écrit pour demander à être auditionnés. Ils font du bon travail et ne méritent pas l’opprobre et les commentaires expéditifs, voire les fake news, auxquels a donné lieu le rapport.

Dans ce rapport, il est reproché au gouvernement d’avoir agi, notamment concernant les centres de déradicalisation, avec «précipitation»…
Il a fallu développer une nouvelle politique publique de prévention en deux ans (détection, avec le numéro vert, mais aussi formation et «contre discours» avec le programme «Stop djihadisme»). Pour une raison que je ne m’explique pas depuis mon arrivée, les centres apparaissent comme le cœur de la prise en charge. L’essentiel est pourtant de prévenir en milieu ouvert, via les cellules préfectorales et les professionnels de la prévention. A présent, 2 400 jeunes sont suivis et 1 000 familles accompagnées. Cet été, ils étaient 1 600 et 800. Nous sommes désormais dans un moment de recensement et de promotion des bonnes pratiques.

L’évaluation, systématiquement professée, ne semble pas toujours effective. Ainsi, des structures amateures ont pu bénéficier de subventions. Comment mieux contrôler ?
L’évaluation débute. Elle est difficile. Elle est effectuée localement par les préfectures, qui ont reçu mi-janvier une circulaire dans ce sens et remplissent chaque mois une grille d’indicateurs. Ici, au CIPDR, nous avons également constitué une équipe chargée de se déployer sur le territoire et d’appuyer le contrôle qualité et financier. En fonction des retours du terrain, nous n’hésitons pas à ne pas renouveler les crédits.

Le centre de Pontourny (Indre-et-Loire) cristallise les critiques. Beaucoup doutaient de sa réussite, pointant un entre-deux mal ficelé entre l’incarcération et la prévention. Six mois après son ouverture, il est déjà vide de pensionnaires. Que s’est-il passé ?
Nous sommes beaucoup à penser qu’il faut encourager une troisième voie entre la prison et le milieu ouvert. Mais il faut trouver le bon public et permettre aux professionnels d’opérer dans la sérénité. Les pensionnaires étaient épiés à la jumelle par des riverains inquiets. Les élus locaux qui avaient été à l’origine du projet se sont sentis fragilisés et ont demandé des critères d’admission restrictifs. Les jeunes ont été qualifiés de terroristes, ainsi que leurs familles ; des personnels étaient insultés. Des journalistes planquaient dans les alentours pour arracher des interviews. Nous n’avons pas pu empêcher cela.

Un pensionnaire, Mustafa S., a été interpellé en permission de sortie…
Mais ses tentatives de départ sont antérieures à son admission au centre ! Ce n’est pas le contenu de l’enseignement dispensé qui est en cause.

Que devient le centre dans l’immédiat ? De nouveaux pensionnaires vont-ils l’intégrer ?
Le ministre de l’Intérieur a demandé que l’on travaille avec les préfets sur des nouveaux profils. Il a aussi annoncé qu’une évaluation serait rendue à la fin du premier semestre. Il faudra tirer les enseignements de la difficulté à trouver le bon public, mais il y a aussi de bons retours sur la prise en charge psy autour de Fethi Benslama et l’enseignement de la distanciation et de l’esprit critique avec Gérald Bronner…

Aucun autre centre de déradicalisation n’ouvrira donc d’ici la fin du premier semestre ? Le gouvernement en annonçait pourtant un par grande région pour la fin 2017…
Non, aucun autre n’ouvrira d’ici fin juin.

Quel bilan faire de «Stop djihadisme» ? Un contre-discours dont l’émetteur est l’Etat a-t-il une chance de faire mouche ?
Auprès du public radicalisé, pas forcément. C’est évident. Mais ces spots du service d’information du gouvernement, qu’ils soient radiophoniques, télévisés ou découpés en tweets sur les réseaux, constituent une réponse indispensable de l’Etat. Cela montre que les autorités ne sont pas inertes, ce qui est important pour éviter une fracture du corps social. Ensuite, cela permet de sensibiliser les proches des jeunes tentés par Daech en rompant leur isolement. En témoigne le doublement des signalements durant la dernière grande campagne, intitulée «Toujours le choix». Désormais, nous devons avancer pour lutter contre l’enfermement algorithmique et mobiliser davantage la société civile dans le «contre-discours». Toute la société civile, y compris les responsables religieux musulmans, avec lesquels nous avions justement une session de travail à ce sujet lundi.

 

Libération du 07.03.2017

 

Quelle politique éducative et scolaire pour faire face à la spirale de violence fondamentaliste ?

Jean-Louis Bianco, président de l’Observatoire de la laïcité, intervenant au séminaire, État Religions laïcité : les nouveaux fondamentalistes. Enjeux nationaux et internationaux, au Collège des Bernardins.
La politique éducative et scolaire ne peut à elle seule suffire à faire face à la spirale de violence fondamentaliste. S’il faut souligner les mesures prises récemment, il s’agit aussi de mieux identifier cette spirale de violence et d’y répondre par une action plus globale.
Disons les choses très clairement : même si elle ne serait pas sans effet, la meilleure politique éducative et scolaire imaginable ne suffirait pas, et de loin, à faire face à la spirale de violence fondamentaliste.
D’abord revenir sur ce que nous en savons.
Nous savons que les profils des candidats sont extrêmement divers, que la radicalisation peut se faire aussi bien progressivement que brutalement ; que l’on rencontre souvent des éléments de faiblesse dans la personnalité de ceux qui sont happés ; et, enfin, qu’il y a très souvent un événement déclencheur, comme une rupture affective, professionnelle ou familiale.
Les modes de recrutement des groupes fondamentalistes violents, Daech en particulier, sont très sophistiqués. Ils peuvent s’apparenter à de la manipulation mentale et de l’endoctrinement (c’est pour cela que l’on évoque parfois des « dérives sectaires »), utilisant les réseaux sociaux et les théories du complot.
Contrairement à ce que l’on croit généralement, on constate très peu de recrutements au sein des mosquées ou des salles de prières. Ils s’opèrent davantage dans le voisinage de certaines d’entre elles, sur les réseaux sociaux, ou de ces deux manières à la fois.
Il n’y a pas non plus de corrélation générale établie entre l’adhésion au salafisme et le passage à la violence. Pour autant, certains courants salafistes constituent un terreau idéologique religieux en partie commun avec celui de Daech. Deux thèses sur l’engagement djihadiste s’opposent régulièrement dans les médias : « l’islamisation de la radicalité » pour Olivier Roy et « la radicalisation de l’islam » pour Gilles Kepel. Le jeu médiatique les pousse à la caricature et la vérité est probablement intermédiaire.
À court terme, la priorité doit être donnée à la prévention de la radicalisation violente. Le site stop-djihadisme.fr et le numéro vert (0 800 005 696), bien que trop institutionnels (ce qui peut rebuter certains jeunes), sont largement utilisés, notamment pour informer sur les signaux d’alerte. Ceux-ci sont désormais connus : la rupture avec la famille et/ou avec l’école, certains nouveaux comportements vestimentaires et alimentaires, les replis sur soi, les propos asociaux, le rejet de toute autorité, le rejet même de toute vie en collectivité.
L’école n’est pas impuissante.
Il faut ici saluer tout ce qui a été entrepris depuis quelques années avec le soutien de l’Observatoire de la laïcité. L’enseignement moral et civique (EMC), mis en place en 2015, a pour objectif de permettre à tous les élèves de s’approprier, par le débat, la laïcité et les valeurs de la République, et ainsi de s’éloigner des thèses extrémistes. C’est aussi, en créant des espaces de dialogues respectueux, permettre aux élèves de mettre à distance leurs propres convictions ou religions, pour développer leur esprit critique. Cet enseignement articule quatre dimensions indissociables : la sensibilité, la culture du droit et de la règle, la culture du jugement, et l’engagement.
L’enseignement laïque des faits religieux, mis en place de façon transdisciplinaire, doit quant à lui traiter de tous les courants de pensées en tant que faits sociaux pour mieux les appréhender et mieux comprendre leurs influences sur le monde, la culture et les sciences.
Enfin, l’éducation aux médias et à l’information permet désormais, d’une part une lecture critique et distanciée, d’autre part la capacité à produire de l’information objectivement.
La question sociale est prioritaire
Mais, à la spirale de violence fondamentaliste, il est absolument essentiel d’opposer une action plus globale qui ne se résume pas au strict domaine de l’éducation ou de la laïcité.
La question sociale est prioritaire. Il s’agit d’assurer une véritable mixité sociale (et scolaire) partout sur le territoire et d’en finir avec les ghettos urbains.
Celle de l’offre religieuse de l’islam est également essentielle alors que les thèses rigoristes, pourtant souvent très éloignées de la pratique traditionnelle en France, ont gagné du terrain auprès d’un public jeune et libéré d’une certaine emprise de « pays d’origine ». Une offre religieuse contextualisée suppose l’action du culte musulman dans sa diversité. Ce dernier pourra être accompagné par la Fondation de l’islam de France et l’association cultuelle qui y sera adossée et qui doivent voir le jour prochainement.
La question de l’identité, enfin, renvoie à l’identité républicaine. Elle suppose la traduction en actes de la promesse républicaine et, notamment, l’égalité réelle entre tous les citoyens, quelles que soient leurs origines ou leurs convictions.
Le colloque conclusif du séminaire se tiendra le mercredi 15 mars 2017.

 

La Croix du 10.03.2017

 

« Le discours salafiste séduit les femmes et facilite leur recrutement par Daech »

Sociologue des médias et du genre, auteure du blog académique Contre-discours radical, Hasna Hussein intervient vendredi 10 mars à un séminaire organisé par le ministère des familles sur le thème « Femmes et radicalisation : comprendre, prévenir, agir ».

En se rendant dans des librairies islamiques parisiennes de tendance salafiste, elle a pu constater à quel point les ouvrages et les articles proposés préparent en quelque sorte le terrain aux organisations djihadistes.

La Croix : Quel est le modèle que Daech propose aux femmes musulmanes ? Et pourquoi séduit-il un nombre croissant d’entre elles ?

Hasna Hussein : La propagande officielle de Daech (magazines, vidéoclips ou anasheed, chants islamiques) montre la femme (de) djihadiste comme une « élue », « pieuse » et « modèle » de dévouement à son djihadiste d’époux, d’« endurance » aussi. Les femmes doivent obéir d’une manière absolue à leur mari, se contenter de leurs rôles d’épouse et de mère en se consacrant entièrement à l’éducation et l’élévation des « futurs-djihadistes ». Certaines femmes vont encore plus loin en appelant leurs homologues à accepter la polygamie, ou encore en « légitimant » l’esclavage sexuel. En outre, ce discours se caractérise par la « légitimation » du recours à la violence extrême.

Or, selon les dernières statistiques de l’Unité de Coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT), 30 % des personnes signalées comme radicalisées en 2016 sont des femmes, et un nombre significatif d’entre elles sont mineures. Comment des fillettes peuvent-elles être séduites par une idéologie à la fois meurtrière, sexiste et même misogyne ? Pourquoi des femmes souvent nées et élevées en France rejettent un système « égalitaire » où elles disposent de droits et protections ? C’est une question qui me préoccupe en tant que sociologue du genre dans les sociétés musulmanes.

Quel est le terreau susceptible de favoriser cette adhésion ?

Hasna Hussein : On peut émettre l’hypothèse que ces femmes ont toutes embrassé l’idéologie salafiste avant leur endoctrinement. Cela ne signifie pas que tous les salafistes adhèrent à l’idéologie violente de Daech, beaucoup la rejettent même. Mais nous devons nous poser sans détours la question de ce que la salafisation de la pensée islamique depuis le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication a induit.

Cet islam ultra-rigoriste n’est-il pas censé ne s’intéresser qu’à la pureté et à la piété ?

Hasna Hussein : Les rayons des librairies islamiques de la rue Jean-Pierre Timbaud, dans le 11e arrondissement à Paris, sont éclairants : on y trouve des articles de mode, de parfumerie et d’alimentation, le tout portant label « islamique », comme ces dernières collections de nounours « halal » sans yeux, baptisés Salah (« le vertueux », en arabe). Les titres des ouvrages, surtout, sont révélateurs : « Les secrets du hidjab. Voile et tenue vestimentaire de la Femme en Islam » ; « Main dans la Main pour ta réussite, mon cher Mari » ; « Ma sœur, voilà comment Allah et Son Messager veulent que tu sois ! » ; « Femme musulmane, voici les clés pour accéder au Paradis et te sauver de l’Enfer » etc.

On ne peut s’empêcher d’y trouver un écho au slogan de l’« État islamique » selon lequel « La femme musulmane est la reine chez elle » ainsi qu’à son discours de supériorité à l’égard des femmes musulmanes, par rapport à son contre-modèle ; « la femme occidentale », présentée comme antinomique. Les auteurs et religieux sont assez souvent saoudiens, même si la plupart de ces ouvrages sont édités en France par les éditions « Al Madina » à Paris ou « Dar Al Muslim » à Lyon, ou en Belgique avec « Al-Hadîth » à Bruxelles.

Quel est le risque de ce type de littérature ?

Hasna Hussein : Il nourrit une pensée monomorphe et conformiste de l’image des femmes et de leurs rôles dans la société. Il favorise le développement d’une vision duelle du monde dans laquelle les autres modèles féminins sont rejetés, le titre de « pieuse » n’étant attribué bien évidemment qu’à celle qui se conforme aux codes explicités dans ces ouvrages. Or, c’est exactement ce que prône le discours de Daech sur les femmes, afin de convaincre celles-ci d’adhérer à son idéologie radicale violente.

Il est indispensable de protéger nos jeunes et de les immuniser contre toute sorte de manipulation cognitive par des idéologies radicales violentes. Car l’approche sécuritaire dans la lutte contre le terrorisme est insuffisante. Il est important de s’attaquer au socle idéologique qui sert de base à la mouvance djihadiste. Il est indispensable que les autorités et les représentants de la communauté musulmane en France s’intéressent beaucoup plus directement à cet aspect, car il s’agit d’une forme d’atteinte aux droits des enfants et à l’égalité selon le genre qui constitue un principe fondamental de la République.

 

La Croix du 10.03.2017

 

Procès de Sonia Imloul : le fiasco d'une cellule de déradicalisation

La responsable, Sonia Imloul, a été condamnée lundi à quatre mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics et blanchiment.
Ce lundi après-midi, la minuscule salle de la 12e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris est beaucoup trop petite pour accueillir les proches des accusateurs de Sonia Imloul ainsi que les curieux qui ont fait le déplacement.
Âgée de 43 ans, l'accusée est une ancienne icône de la lutte contre l'endoctrinement sectaire de l'État islamique. Ex-vedette des médias et ancienne protégée du ministère de l'Intérieur, Sonia Imloul, chargée de piloter la première cellule de déradicalisation en France, a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis pour détournement de fonds publics, blanchiment et travail dissimulé. Le procureur avait requis une peine de cent jours-amende à 200 euros, soit 20.000 euros. Il lui était reproché d'avoir employé trois personnes sans leur verser de salaire ni leur fournir de contrats de travail. Et d'avoir détourné 60 000 euros de subventions en falsifiant un RIB au nom de l'association, avant de verser l'argent à sa mère et à son ex-mari.
Un moment de grande solitude

Les parties civiles? Deux anciens collaborateurs qui ont alerté les autorités des dérives de la cellule d'Aulnay-sous-Bois. À commencer par Valérie, une femme énergique et discrète dont la fille est partie en Syrie à l'âge de 16 ans, sur les pas d'un jeune homme fiché S. Une femme à l'histoire personnelle brisée. Autre accusateur, Julien Revial, ancien étudiant à l'époque des faits, aussi arrogant et verbeux que la mère de la radicalisée est mesurée et digne. Pilonné par l'avocate de la défense, Jacqueline Laffont, son interrogatoire à la barre restera un moment de grande solitude. Peu inspiré ce lundi - le jeune homme lâche avec suffisance à la cour qu'il a mis un terme à ses études car le droit le barbait -, Revial avait publié il y a six mois un livre dans lequel il dénonçait les dysfonctionnements de l'association entre surexposition médiatique, douleur des familles et manque de subventions.
L'histoire de la cellule est simple: après le lancement du numéro gouvernemental anti-djihad, Sonia Imloul crée sa propre structure en octobre 2014. Elle a l'appui de la préfecture de police de Paris. Un an après l'ouverture de la cellule à Aulnay-sous-Bois, où se précipitaient les journalistes quand elle était en cour, Sonia Imloul doit baisser le rideau, faute de moyens financiers et après la dénonciation de ses anciens salariés.
Une plainte qui disparaît

À la barre, l'ancienne prêtresse a essayé de s'expliquer sur les mouvements de fonds: le loyer de l'appartement loué en Seine-Saint-Denis pour 22.000 euros par an, son hébergement chez sa mère, la nature de son véhicule. La pièce maîtresse de sa défense a été l'aveu par l'une de ses accusatrices du deal réalisé pour son embauche. Après le départ de sa fille mineure en Syrie, Valérie avait porté plainte contre l'État, le garde-frontière n'ayant rien fait, selon elle, pour retenir son enfant. Or pour intégrer l'association de déradicalisation, Sonia Imloul lui a expliqué que la plainte était incompatible avec ses prochaines fonctions. Marché conclu: avec la promesse du contrat de travail, la plainte a disparu comme en attestent des courriels adressés aux autorités policières. Sonia Imloul a été condamnée à quatre mois de prison avec sursis.

 

Le Figaro du 13.03.2017

 




 

 

 

 

ISRAEL


Le Parlement israélien veut limiter les appels à la prière des mosquées

La Knesset a adopté en vote préliminaire, mercredi 8 mars, deux projets de lois visant à limiter les appels à la prière des mosquées en Israël.

Le Parlement israélien a commencé mercredi 8 mars à se prononcer sur des projets de loi visant à limiter, voire interdire, les appels à la prière des mosquées. Les députés israéliens ont approuvé en vote préliminaire deux textes qui seront présentés devant une commission du Parlement afin de les fondre en un seul projet de loi. Celui-ci devra être voté en trois lectures avant d’avoir force de loi.

Tandis que le premier texte interdit les appels des muezzins entre 23 heures et 7 heures du matin, le second prévoit une interdiction totale du recours à des haut-parleurs de mosquées dans les zones urbaines. Ils ont été adoptés par 55 voix contre respectivement 47 et 48.

Les initiateurs de ces projets de lois ont invoqué la nécessité de réduire « les souffrances quotidiennes de centaines de milliers d’Israéliens exposés aux nuisances sonores des haut-parleurs des mosquées ». Durant ces débats houleux, le député Motti Yogev du Foyer Juif a affirmé que « tous ceux qui veulent se lever pour se rendre à la mosquée » pouvaient utiliser un réveil.

« Une incitation raciste »

Les Palestiniens citoyens d’Israël (encore appelés Arabes israéliens) dénoncent le « racisme » de ces textes. « Cette loi ne porte ni sur le bruit ni sur la qualité de vie. Il s’agit d’une incitation raciste contre une minorité nationale », a ainsi dénoncé Ayman Odeh, chef de file de la Liste arabe unifiée. En pleine séance, il a déchiré une copie du texte avant d’être expulsé de la Knesset. Des députés israéliens d’extrême droite ont réclamé le départ de tous les membres de son parti, les qualifiant de « terroristes ». Deux députés arabes ont répondu en criant « Allah Akbar », « Dieu est grand » en arabe.

Le député arabe Ahmed Tibi a, quant à lui, rappelé que la voix du muezzin est « un rite islamique important » et que dire « Dieu est grand » est « un appel à la prière, pas une insulte ». « C’est la substance de notre religion », a-t-il ajouté. L’appel à la prière musulmane, le « adhan » en arabe, est lancé cinq fois par jour dans les mosquées ou les centres islamiques, dont deux pendant la nuit.

Jérusalem-Est aussi concernée

Cette mesure reprend un texte adopté par la commission interministérielle des lois le 13 novembre dernier. En février, le gouvernement s’était aussi prononcé en faveur d’un projet de loi sur « la prévention du bruit des systèmes de sonorisation dans les établissements religieux ». Le président israélien Reuven Rivlin s’était prononcé contre le projet, qui avait provoqué une onde de colère dans le monde arabe.

Le texte s’appliquerait également à Jérusalem-Est, la partie de la ville occupée et annexée par Israël où vivent plus de 300 000 Palestiniens, mais pas à la mosquée Al-Aqsa, le troisième lieu saint de l’islam et objet de tensions, selon un responsable israélien.

La minorité arabe, qui représente 17,5 % de la population israélienne, est de confession musulmane dans son immense majorité et s’estime déjà largement victime de discriminations.

La Croix du 09.03.2017
 


 

 

 

 

LAICITE


Présidentielle : « Charlie Hebdo » interpelle les candidats sur la laïcité

L’hebdomadaire satirique demande aux différents candidats à la présidentielle de ne pas toucher à la loi de 1905. Au-delà de ce texte, la campagne de la présidentielle montre bien comment la question de la place de l’islam divise en effet les politiques.

Charlie Hebdo, qui estime que la laïcité est « attaquée » lance, mercredi 22 février, un appel à destination des candidats à l’élection présidentielle.

« Jamais, depuis le vote de la loi de 1905, la laïcité n’a été autant attaquée ou instrumentalisée. De procès en "islamophobie" en remise en cause du droit à l’avortement, de revendications communautaires en Manif pour tous, de "mode du burkini" en "racines chrétiennes", de "particularisme culturels" en "défense de l’identité", jamais les affaires publiques n’ont été autant à la merci des ingérences religieuses, menaçant la liberté de conscience et l’égalité des droits », déplore cet appel.

L’attaque du 7 janvier 2015

Charlie Hebdo demande aux candidats de « s’engager clairement » sur trois points : « ne pas modifier, de quelque manière que ce soit, la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité », « ne jamais introduire dans la législation, sous quelque forme que ce soit, des aménagements particuliers à l’égard d’une communauté religieuse » et « ne jamais introduire, de quelque manière que ce soit, un délit de blasphème dans la législation ».

« On a une légitimité à poser ce genre de questions, parce que s’il s’est produit ce qu’il s’est produit le 7 janvier 2015, c’est justement parce qu’on a lâché depuis trop longtemps la question fondamentale de la laïcité comme principe politique », explique à l’AFP Gérard Biard, rédacteur en chef du journal en référence à l’attaque du journal qui a coûté la vie à 12 personnes.

Vidéo : C’est quoi, la laïcité ?

L'appel, publié sur la double page centrale du journal satirique, sera accompagné d'illustrations d'articles de la loi de 1905. « Ces articles montrent que cette loi n'a rien laissé au hasard, elle borde très précisément ce que peut faire un pouvoir religieux dans l'espace public », précise Gérard Biard. Il convient pourtant de rappeler que ce texte de principes, mais aussi très technique, a été en fait modifié une cinquantaine de fois au cours du XXe siècle. Et que certaines lois, bien que touchant à la liberté religieuse, ne se réfèrent pas directement à la laïcité. Ce fut le cas avec la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public au nom de l’ordre public.

Face à la laïcité, deux camps : les prudents et les offensifs

Dans l’approche de ce sujet, les principaux candidats se partagent en deux camps, les prudents et les offensifs. Dans le premier se retrouve le candidat des Républicains. Face aux polémiques qui avaient accompagné la primaire de la droite, comme l’affaire des burkinis sur les plages, François Fillon s’était démarqué de Nicolas Sarkozy en refusant que cette question monopolise les débats.

À gauche, Benoît Hamon et Emmanuel Macron mettent aussi en avant les enjeux sociaux de l’élection. Le premier rappelle que la loi de 1905 protège aussi bien « la fille habillée en short que celle qui veut librement porter le foulard ». Le second dénonce une « laïcité revancharde ».

Chez les offensifs, on retrouve sans surprise Marine Le Pen, qui s’est emparée depuis quelques années du principe de laïcité pour en faire un rempart contre l’islam qui menacerait notre « identité ». Nicolas Dupont-Aignan, fidèle à sa philosophie souverainiste, veut renforcer la laïcité, par exemple avec une loi « pénalisant toute atteinte au principe de laïcité ».

À gauche, Jean-Luc Mélenchon reste modéré au sujet de l’islam - « les gens s’habillent comme ils veulent mais on a le droit de dire qu’on n’est pas d’accord », déclarait-il dans l’affaire des burkinis - mais son programme comporte des mesures radicales comme la fin du régime concordataire en Alsace-Moselle. En désaccord avec Nicolas Dupont-Aignan, qui souhaite même profiter du concordat pour développer une filière de formation d’imams.

Code du travail

Sur le fond, les différences entre les candidats concernent essentiellement la question des signes religieux. Emmanuel Macron, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon ne veulent pas d’une nouvelle loi d’interdiction. À l’autre bout, Marine Le Pen veut étendre la loi de 2004 sur le port des signes ostentatoires à l’école à tout l’espace public et « inscrire la laïcité dans le Code du travail ». Entre les deux, François Fillon ne souhaite pas étendre cette loi de 2004 à l’enseignement supérieur, mais il s’est montré favorable à une interdiction du burkini.

Sur la question des lieux de culte, si François Fillon, Emmanuel Macron ou Benoît Hamon ne veulent pas changer les règles actuelles, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan veulent une interdiction de tout financement public des édifices religieux ou des activités cultuelles.

Enfin, au niveau symbolique, Marine Le Pen veut faire inscrire dans la Constitution le principe : « La République ne reconnaît aucune communauté ». Le premier article de la constitution proclame pourtant déjà une République « indivisible ».

La Croix du 21.02.2017

L’éducation nationale face au chantier de la laïcité et de l’enseignement du fait religieux

Nommé comme chargé de mission à l’Éducation nationale au lendemain des attentats de janvier 2015, l’historien Benoît Falaize reconnaît le « travail énorme » sur la pédagogie de la laïcité et l’enseignement du fait religieux.
Pour des raisons historiques, le lien entre école et laïcité est « naturel » en France. Pour autant, les attentats de janvier 2015 sont venus saisir la communauté éducative confrontée à des interrogations vertigineuses : Comment expliquer que les auteurs de ces tueries soient « passés par notre école ? Qu’avons-nous manqué ? »
Invité jeudi 23 février par l’Université Bayard, l’historien Benoît Falaize est venu expliquer sa mission de chargé d’études laïcité et valeurs de la République à la direction générale de l’enseignement scolaire du ministère de l’éducation nationale. Une mission qu'il occupe dès les lendemains des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher les 7 et 9 janvier 2015.
Approche pédagogique et pas seulement juridique
Jusque-là formateur à l’École supérieure du professorat et de l'éducation (ESPé) de l'université de Cergy, Benoît Falaize s’était spécialisé dans l’enseignement des « sujets sensibles » : colonisation, Shoah, collaboration... Il a également été chargé d’une mission de lutte contre l’illettrisme.
C’est cette expérience qu’il met à profit aujourd’hui pour développer « une approche pédagogique et non pas seulement juridique » de la laïcité. « Ni incantation, ni prosélytisme, elle doit conduire l’école à se réapproprier à la fois l’enseignement de la laïcité et des faits religieux », affirme-t-il.
Plusieurs raisons expliquent, à ses yeux, la distance qui s’est creusée ces dernières décennies entre l’école et la culture religieuse, au point que la notion de laïcité elle-même n’est plus toujours comprise et partagée au sein des communautés éducatives.
Sécularisation
La première tient à la sécularisation de la société. En 1921, la disparition de la mention des « devoirs envers Dieu » des programmes faisait encore débat au congrès du Syndicat national des instituteurs. « Pour les plus anciens, il était impensable de se passer de Dieu, même dans une conception théiste large, englobant les différentes religions présentes en France ».
Désormais, les enseignants constituent sans doute le corps le plus sécularisé au sein de la société. « Or peut-être que, quand la religion n’est pas sa préoccupation à soi, on voit moins qu'elle peut être celle des autres », relève l’historien. Il voit là, moins une « volonté » de minorer la dimension religieuse dans les évolutions du monde, que le fruit d’une perte de culture et de connaissances.
Réactions épidermiques
Autre motif de méfiance, le développement de réactions épidermiques chez les élèves, dès lors que leurs enseignants abordent les questions religieuses, du type « si vous n'êtes pas de ma religion, je ne vous écoute pas ». Dans d’autres cas, ce sont aussi les « réactions des parents d’élèves » – y compris dans certains milieux catholiques – que redoutent les professeurs.
Aujourd’hui, Benoît Falaize l’assure : le ministère a pris le dossier à bras-le-corps. Le travail a été entrepris lorsque Vincent Peillon était ministre de l’Éducation, avec la mise en place de la Charte de la laïcité en 2013, et il ne fait que se renforcer depuis.
« L’école doit reconstruire un enseignement laïque des faits religieux, non pas pour "re-religiosifier" ou "rechristianiser" la population mais tout simplement parce que les questions religieuses sont pressantes », plaide le chargé de mission à l’éducation nationale. « Penser l’enseignement sans le fait religieux dans ses dimensions patrimoniales, symboliques et culturelles n’est plus tenable. »
Formation des enseignants
Parmi ses priorités, Benoît Falaize place donc en tête la pédagogie de la laïcité, qui est « d’abord une liberté – sauf trouble à l’ordre public – de croire, de ne pas croire ou de changer de religion ».
« La loi de 1905 a consisté principalement à passer d’un régime concordataire avec les cultes à un régime de séparation », rappelle-t-il, en soulignant l’urgence pour l’institution de se réapproprier cette notion, de se « réinvestir de cette mission ». « Comment les élèves pourraient-ils adhérer à un principe dont les adultes n’ont plus une idée précise ?», interroge-t-il.
Le deuxième chantier est celui de la formation des enseignants. « Le travail est énorme », convient Benoît Falaize, notant l’implication croissante de l’Institut Européen en Sciences des Religions pour former non pas seulement les professeurs d’histoire mais aussi de philosophie, de littérature, d’arts plastiques ou de sciences et vie de la terre.
« Si un élève évoque sa religion en classe, parfait, parlons-en ! L’idée de demander à un enfant de laisser sa foi chez lui est schizophrénique », souligne-t-il encore, en affirmant l’école comme « inclusive, intégratrice ». « Toutes les religions, et y compris l’agnosticime et l’athéisme, peuvent s’y vivre à la condition stricte du respect des opinions de l’autre ».

La Croix du 27.02.2017

Laïcité : faut-il que Kippour et l’Aïd-El-Kébir soient fériés ?

DÉCRYPTAGE Par souci d’équité entre les différentes confessions, est-il possible d’intégrer Kippour et l’Aïd-El-Kébir, dans le compte des jours fériés en France comme le demande notamment le think tank Terra nova?
L’analyse d’Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef à La Croix, dans sa chronique « Faut-il y croire » du 25 février, sur France Inter.
> Pour réécouter la chronique « Faut-il y croire » du 25 février d’Isabelle de Gaulmyn, sur France Inter :
Dans un rapport sur l’islam en France, le think tank Terra nova, proche de la gauche, a demandé mi-février que, par souci d’équité entre les différentes confessions, on intègre désormais symboliquement deux nouvelles dates importantes, Kippour et l’Aïd-El-Kébir, dans le compte des jours fériés en France.
Ce n’est pas la première fois que cette proposition est faite. Déjà, en 2004, dans un rapport sur « l’application du principe de laïcité dans la République » remis au président de la République, Jacques Chirac, Bernard Stasi l’avait avancé, expliquant, pour reprendre ses mots, que « la République s’honorerait en reconnaissant les jours les plus sacrés des deux autres religions monothéistes » À l’époque d’ailleurs, l’idée avait rencontré moins d’oppositions qu’aujourd’hui, signe d’une certaine crispation sur la religion.
En 2012, la proposition avait été reprise, déjà juste avant une autre élection présidentielle, par Eva Joly. Cela avait entraîné une levée de boucliers, notamment parce que le moment n’était pas jugé opportun, juste avant des élections.
Mais en 2015, quand des députés d’outre mer ont souhaité introduire un amendement dans la loi Macron pour permettre à la Réunion de remplacer des jours fériés chrétiens par des fêtes musulmanes et hindoues, là encore, il y a eu une certaine opposition, du moins en France métropolitaine, car à la Réunion, même l’évêque était d’accord. L’amendement a ensuite été rejeté, car non recevable n’ayant pas de rapport direct avec la loi Macron, de fait.
Pourquoi une telle demande ?
On est dans le symbole. Un peu, suggèrent d’ailleurs les auteurs du rapport Terra Nova, comme lorsque l’on avait édifié la Grande mosquée de Paris, dans les années 1930, pour rendre hommage aux soldats français de confession musulmane morts pour la France. L’idée est assez simple : décréter que, sur les sept jours fériés religieux qui correspondent à des fêtes chrétiennes, il pourrait y en avoir deux pour les communautés musulmanes et juives.
La fête de l’Aïd commémore le sacrifice d’Abraham, et celle de Kippour, le jour du grand pardon pour les juifs. L’un et l’autre marquent des moments importants pour ces deux religions. Donc ce ne serait pas totalement absurde.
Mais il y a au moins deux sortes d’arguments que l’on oppose à une telle réforme : on risque de monter les communautés les unes contre les autres, or la religion est devenue un fait sensible, surtout en période préélectorale.
Et puis, en « prenant » des jours sur le quota des fêtes chrétiennes, on donnerait raison à ceux qui craignent ce qu’ils appellent le « grand remplacement » théorie selon laquelle, en France, l’islam va progressivement remplacer la religion chrétienne. Enfin, observent certains, faut-il absolument mettre à égalité les religions, alors que nous sommes dans un pays dont les racines sont chrétiennes ? En tous les cas, aujourd’hui, les résistances sont très fortes, en France, à l’encontre d’un tel projet.
Ceci dit, depuis quelques années, pour l’administration, une circulaire est publiée chaque année par le ministère de la fonction publique précisant les « autorisations d’absence pouvant être accordées à l’occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions ». Mais il s’agit d’autorisation d’absence, et non de jours fériés pour tous.
Pourquoi est-ce si difficile de bouger des fêtes religieuses en France ?
C’est effectivement étonnant, notamment au regard de la pratique, qui est devenue très minoritaire : le jeudi de l’Ascension, je ne suis pas certaine que tout le monde soit à la messe ! Mais sans doute les fêtes religieuses font-elles partie de traits profondément ancrés dans la culture d’un pays, qui vont bien au-delà de la pratique religieuse. D’une certaine manière, ces sept journées sont considérées comme « sacré » par beaucoup. Cela a toujours été compliqué.
Avant la Révolution française, savez-vous combien il y avait de jours fériés ? Entre 40 et 50 jours, en plus des dimanches ! Les révolutionnaires ont voulu y mettre bon ordre, ils ont supprimé le dimanche, et restreint le nombre de ces jours.
Mais c’est très mal passé dans les campagnes françaises, notamment la suppression du dimanche et aussi de fêtes très populaires, comme la fête-Dieu ou la fête de la Saint Jean. Donc Napoléon Bonaparte est allé négocier avec l’Église en 1802 : ils sont tombés d’accord sur un nombre limité de fêtes chômées, en plus du dimanche, une seule par saison : Toussaint (automne) Noël (hiver), Ascension (printemps) et assomption (été).
Mais la troisième République, à la fin du même siècle, a dû constater que cela n’était pas respecté, et rétablir les lundis de Pâques et de Pentecôte. Et en Alsace-Lorraine, on a conservé des fêtes religieuses propres : le Vendredi saint, et la saint Étienne, au lendemain de Noël. D’ailleurs, si vous vous souvenez le tollé lorsqu’en 2004, après la canicule de 2003, on a voulu supprimer le lundi de Pentecôte, on voit bien que ce n’est pas aisé.
Mais est-ce que nous avons trop de fêtes religieuses ?
Au total, si on compte le 1er janvier comme fête religieuse, (sainte marie) on a donc sept fêtes religieuses en France. C’est dans la moyenne des autres pays européens pour les fêtes religieuses, comme en Allemagne ou en Grande-Bretagne, c’est moins que l’Autriche (13), la Grèce, la Suède (9), et l’Espagne (8). Mais en France, il y a aussi des fêtes civiles plus nombreuses, notamment le 8 mai, le 11 novembre, en plus du 14 juillet.

La Croix du 27.02.2017

Un instituteur suspendu pour des entorses au principe de laïcité à Malicornay dans l'Indre

Un instituteur du RPI de Badecon-le-Pin, Chavin, Malicornay, Le Menoux dans l'Indre a été suspendu en février par l'inspection académique. Il aurait enfreint le principe de laïcité en abordant avec ses élèves certains passages de la Bible et la sanction, exceptionnelle, surprend.
C'est une sanction très rare qui vient d'être imposée à un instituteur dans l'Indre. A Malicornay, un enseignant de primaire a été temporairement suspendu de ses fonctions. Il lui serait reproché d'avoir commis plusieurs entorses au principe de laïcité en enseignant des passages de la Bible. Ce professeur des écoles âgé d'une quarantaine d'années serait dans sa deuxième année d'enseignement au RPI (Regroupement pédagogique intercommunal) de Badecon-le-Pin, Chavin, Malicornay et Le Menoux. Il a été mis en cause via une lettre anonyme envoyée à l'inspection académique.
Dans ce courrier, un mystérieux collectif de parents dénonce donc l'enseignement de passages de la Bible aux 25 élèves de CM1/CM2 au mépris du principe de laïcité. A la suite de cette lettre, une inspection a été diligentée et a conduit à la suspension sans préavis du professeur, sa classe a été confiée à une remplaçante.
Une sanction sévère
Cette suspension est pour l'instant provisoire mais demeure tout à fait exceptionnelle. Aux yeux de certains, comme François Broggi le maire de Badecon-le-Prin et président du RPI, elle paraît même disproportionnée. Selon lui, l'enseignant est très apprécié de la quasi-totalité de ses élèves et de leurs parents. et même des élus.
François Broggi déplore également que ni lui, ni son confrère maire de Malicornay, la commune ou exerce l'instituteur, n'aient été avisés de cette procédure. Enfin, le maire de Badecon s'étonne de ce signalement car, selon lui, l'instituteur aurait fait part de ses intentions dès le début d'année lors de la première réunion avec les parents d'élèves.
Prudence des syndicats
Il n'empêche que l'étude de textes religieux est une démarche extrêmement sensible, le principe de laïcité exclut l'enseignement religieux au sein de l'école publique. Des passages de livres saints peuvent être étudiés, mais de manière très encadrée et en évitant tout prosélytisme.
Du côté des syndicats, on reste donc prudent sur ce sujet sensible. De toute façon, l'affaire ne sera évoquée avec les services de l'Education nationale que lundi prochain en commission académique paritaire. Raphaël Tripon, co-secrétaire du Snuipp-FSU dans l'Indre admet que si les faits sont avérés l'instituteur doit être recadré. Il déplore en revanche une sanction exceptionnellement sévère qui, selon lui, ne viserait qu'à faire un exemple.

https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/malicornay-un-instituteur-suspendu-pour-des-entorses-au-principe-de-laicite-1488418472
2 mars 2017

Calendriers et laïcité : l’affaire enfin jugée, la mairie fait appel

La Mairie l'avait mutée en 2013 suite à la distribution de calendriers portant des mentions religieuses. Les juges ont annulé cette décision pour des raisons de procédure et non de fond.
En 2013, Nadine Lalanne, alors cadre responsable des fonctionnaires de trois écoles élémentaires, était mutée par la municipalité, au nom de la laïcité, à la direction du centre communal d’action sociale (CCAS). Elle formait alors plusieurs recours contre cette décision, prise suite à la distribution à ses collègues de calendriers portant des mentions bibliques, et incitant à contacter une église baptiste évangélique.
Le 9 janvier dernier, le tribunal administratif de Versailles a annulé la décision de l’époque. Les juges se prononcent exclusivement sur des questions de procédure et non sur le fond de l’affaire, au regret des intervenants passés comme actuels. Le nouveau maire Laurent Brosse (LR) a décidé de faire appel de cette décision pour éviter une autre procédure qui pourrait aboutir à dédommager Nadine Lalanne. Devenue retraitée le 30 août dernier, elle était en arrêt maladie depuis 2013.
L’affaire avait fait les gros titres à l’époque. « C’était une affaire complètement délirante », indique aujourd’hui l’ancien maire, alors socialiste (il est maintenant sénateur PRG, Ndlr), Philippe Esnol, qui en garde manifestement un vif souvenir. « Cela m’avait valu des tombereaux d’insultes sur Facebook, j’étais l’éradicateur du protestantisme, se rappelle-t-il, lui qui a deux enfants protestants. Depuis cette période, j’ai complètement arrêté Facebook, Twitter et tous ces machins-là. »
Les juges du tribunal administratif ont estimé que la « mutation d’office dans l’intérêt du service » de Nadine Lalanne (dont l’avocat n’a pas répondu à la sollicitation de La Gazette, Ndlr) constituait bien une sanction disciplinaire, ses nouvelles fonctions ne comportant plus d’encadrement d’agents municipaux. En conséquence, elle « devait être précédée de la réunion de la commission administrative paritaire ».
Les juges rejettent cependant les demandes de réintégration de la fonctionnaire, et d’astreinte financière en cas de non-réintégration, toujours pour des motifs procéduraux, et condamnent la mairie à lui payer 1 000 euros de frais d’avocat. « Si la décision est cassée sur des motifs de procédure, c’est lamentable, regrette Philippe Esnol. Sur le fond, il n’y avait aucune raison de revenir sur cette décision-là, je suis atterré. »
Les associations protestantes sont elles aussi plutôt déçues. « On regrette que le juge se soit attaché à la forme et que le fond n’ait pas été traité », indique ainsi Sandra Blasiak pour l’association familiale protestante Maranatha de Conflans-Achères, à l’origine des calendriers litigieux. « Il nous a semblé qu’il aurait été intéressant que le tribunal se soit prononcé sur le fond pour faire jurisprudence », estime-t-on au conseil national des évangéliques de France pour qui l’affaire « ne concerne pas une forme de prosélytisme sur son lieu de travail ».
La municipalité conflanaise a décidé de faire appel de cette décision. « Madame Lalanne peut faire un recours de plein contentieux pour demande d’indemnisation de son préjudice, explique Laurent Brosse, maire et toujours avocat. Défendant les intérêts de la commune, je n’ai pas vraiment envie qu’on soit condamné à verser une somme de dommages et intérêts. »
Il fera donc appel en soutenant que la mutation n’attentait pas aux intérêts de la fonctionnaire, ce qu’avait d’ailleurs soutenu face aux juges le rapporteur public en décembre dernier, sans être suivi par les magistrats administratifs. C’est « un détail de procédure qui peut avoir des conséquences pécuniaires » car « elle peut demander des sommes importantes ».

http://lagazette-yvelines.fr/2017/03/01/calendriers-laicite-laffaire-enfin-jugee-mairie-appel/
1 mars 2017

Les associations franciliennes devront s’engager sur la laïcité

Le conseil régional d’Île-de-France doit voter jeudi 9 ou vendredi 10 mars une charte de la laïcité qui s’imposera aux associations et clubs sportifs subventionnés.

Valérie Pécresse, présidente LR de la région, entend ainsi répondre à l’emprise de réseaux musulmans fondamentalistes.

Face à la menace des replis communautaires, la région Île-de-France veut renforcer le contrôle sur le monde associatif et sportif. Comme elle s’y était engagée lors de la campagne pour les régionales, la nouvelle présidente Valérie Pécresse (LR) présente ce jeudi 9 mars en séance plénière une charte de la laïcité.

Ce texte impose aux mouvements d’éducation populaire et de jeunesse et aux mouvements sportifs de s’engager à transmettre les valeurs de la République. Ils devront ainsi faire respecter l’égalité entre hommes et femmes, lutter contre toute forme de discrimination ou tout « prosélytisme qui constituerait des formes de pression ».

Une délibération qui sera également présentée le même jour au conseil régional subordonne l’attribution d’une subvention au « respect et à la promotion de cette charte ».

« Les associations feront l’objet d’un contrôle, explique Valérie Pécresse. Si l’on s’aperçoit d’un manquement au respect des valeurs de la République, il y aura des sanctions financières. Cette délibération nous donne une base légale pour le faire. »

Dans le viseur, les réseaux de fondamentalistes musulmans

La charte ne vise nullement certains clubs sportifs ou associations confessionnelles comme les mouvements scouts, assure-t-on au cabinet de la présidence, mais seulement des structures qui refusent l’ouverture et menacent le vivre-ensemble.

Dans le viseur des autorités, certains réseaux fondamentalistes musulmans qui tentent d’étendre leur influence dans les quartiers. Ce sont des jeunes filles qui renoncent à pratiquer un sport en raison des tenues jugées incorrectes. Ou des animateurs qui font du prosélytisme.

En 2015, un rapport des services de renseignements avait alerté les pouvoirs publics sur le développement de ces situations. Les maires de France avaient aussi fait part des difficultés d’élus à établir un cadre de relations clair avec leurs partenaires.

L’impact réel des dérives communautaires reste toutefois difficile à établir. La présidente de région a donc également décidé de lancer deux missions. La première porte sur la pratique sportive féminine.

La place des femmes dans l’espace public en question

« On constate aujourd’hui que deux tiers des inscrits dans les clubs sont des garçons. Pourquoi n’y a-t-il pas de parité ? Y a-t-il une baisse des inscriptions des filles et pour quelles raisons ? Est-ce lié à des comportements sexistes ? », interroge Valérie Pécresse.

Sans attendre d’avoir cet état des lieux, le conseil régional va demander à toutes les fédérations sportives qui sollicitent des subventions l’ouverture d’une section féminine. Depuis juillet, dans le cadre de la prévention de la radicalisation, un « réseau d’alerte » a par ailleurs été mis en place, composé de référents désignés par chaque fédération sportive.

La seconde mission d’information porte sur « la place de la femme dans l’espace public. Y a-t-il des lieux, qu’il s’agisse des quartiers, des réseaux de transport, de lieux publics, où les femmes ne peuvent plus se rendre, où elles se font agresser ? »

Sur ce chapitre, la délibération prévoit aussi d’inciter les structures qui gèrent les bases de loisirs – appelées aujourd’hui îles de loisirs – à modifier leur règlement intérieur afin de permettre l’application de la charte. En cause, notamment, certaines tenues vestimentaires.

Pour le PS, un problème de « méthode »

« Notre volonté est de faire respecter la loi, précise Valérie Pécresse. Il est interdit dans ces îles de loisirs de porter des vêtements qui dissimulent le visage, comme le fixe la loi de 2010. Concernant les lieux de baignade, nous avons pris, en lien avec le ministère de l’intérieur, des mesures pour rendre obligatoire les maillots de bain, pour des raisons d’hygiène et d’ordre public. » Pas question donc d’y tolérer le burkini, qui a fait polémique cet été.

La présidente de la région assure avoir engagé la réflexion dans une démarche transpartisane. Mais huit jours auparavant, l’opposition a claqué la porte du groupe de travail. « Nous déposerons le 9 mars une motion de renvoi, explique le socialiste Rachid Temal. Sur le fond, le PS est tout à fait favorable à la laïcité, mais c’est la méthode qui ne convient pas ». La gauche aurait notamment souhaité que soient associés à ce travail des représentants des agents publics et des chercheurs.

Un contrôle renforcé du monde associatif

En juillet 2015, un rapport du service central du renseignement territorial décrit des phénomènes d’emprise de réseaux fondamentalistes musulmans sur le milieu sportif amateur.

En novembre 2015, l’Association des maires de France (AMF) publie un vade-mecum sur la laïcité. Elle propose un modèle de charte entre communes et associations subventionnées.

Depuis 2016, dans le nouveau dossier de demande de subventions établi par ministère
de la jeunesse et des sports, les associations doivent désormais décrire leur projet concernant le « respect des valeurs de la république : ouverture à tous les publics, mixité, égalité femmes-hommes, non-discrimination, etc. ».

La Croix du 08.03.2017

Valérie Pécresse : « Les associations qui ne respectent pas la laïcité seront sanctionnées »

La présidente LR de la région Île-de-France présente la charte de la laïcité qui pourrait être adoptée en séance plénière par l’assemblée régionale jeudi 9 ou vendredi 10 mars.

La Croix : Quel est l’enjeu de la charte de la laïcité qui sera adoptée par le conseil régional d’Île-de-France ?

Valérie Pécresse : Face à la menace des replis communautaires qui remettent en cause les valeurs de la République, en particulier la liberté de la femme, nous voulons que l’Île-de-France soit une région exemplaire. Désormais, toute association ou toute fédération sportive qui reçoit des subventions de la région devra s’engager sur cette charte de la laïcité et dans la prévention de la radicalisation. C’était l’un de mes engagements de campagne. Ce texte réaffirme un certain nombre de principes, comme la neutralité de l’espace public et l’égalité entre hommes et femmes.

Êtes-vous dans une logique de police ?

V.P. : Non, de partenariat en vue de favoriser le « vivre ensemble ». Si l’on veut des subventions, il faut respecter certaines règles. La délibération que nous soumettons au vote prévoit que les associations devront signer et promouvoir cette charte de la laïcité et qu’elles feront l’objet d’un contrôle. Si l’on s’aperçoit d’un manquement au respect des valeurs de la charte, il y aura des sanctions financières. Cette délibération nous donne une base légale pour le faire.

Quel est l’impact des replis communautaires sur les clubs sportifs ?

V.P. : Parallèlement à la publication de la charte, je lance deux missions. La première porte sur la pratique féminine. On constate aujourd’hui que deux tiers des inscrits dans les clubs sont des garçons. Pourquoi n’y a-t-il pas de parité ? Y a-t-il une baisse des inscriptions des filles et pour quelles raisons ? Est-ce lié à des comportements sexistes ? Cette mission doit apporter des réponses à ces questions. Sans attendre d’avoir cet état des lieux, nous exigeons de toutes les fédérations sportives qui demandent des subventions l’ouverture d’une section féminine.

Je lance aussi une mission d’information sur la place de la femme dans l’espace public. Y a-t-il des lieux, qu’il s’agisse des quartiers, des réseaux de transport, de lieux publics, où les femmes ne peuvent plus se rendre, où elles se font agresser ?

Concernant la neutralité de l’espace public, qu’en est-il des bases de loisirs, qu’on appelle désormais îles de loisirs. Le « burkini » y sera-t-il interdit ?

V.P. : Notre volonté est d’y faire respecter la loi. Il est interdit dans ces îles de loisirs de porter des vêtements qui dissimulent le visage, comme le fixe la loi de 2010. Concernant les lieux de baignade, nous avons pris, en lien avec le ministère de l’intérieur, des mesures pour rendre obligatoire les maillots de bain, pour des raisons d’hygiène et d’ordre public.

Êtes-vous parvenue à un consensus politique ?

V.P. : Nous avons engagé un travail de réflexion avec tous les groupes politiques pour parvenir à une démarche transpartisane. Mais pour des raisons qui ne tiennent pas au fond, l’opposition a décidé il y a huit jours de quitter la mission de travail sur la charte. J’espère que nous parviendrons aujourd’hui ou demain à une union républicaine.

La Croix du 08.03.2017

La Croix du 13.03.2017



 



 

 

 

 

MANKIND PROJECT


L'engouement des stages commando pour rebooster la masculinité

Le 31 mars, dans le plus grand secret, aura lieu un week-end militaire et new age très spécial, qui affiche déjà complet.

L'engouement des stages commando pour rebooster la masculinité

Les soixante participants (tous des hommes) ont dû se battre sur Internet pour s'inscrire. Ils sont de tous âges. Ils ont déboursé 550 euros pour ce week-end néo-chamanique. Ils sont persuadés que leur mal-être - relatif ou non - s’explique par la perte de leur masculinité, face à leur femme ou leurs collègues féminines. Pour le spectacle, ils ne vont pas être déçus. Le vendredi 31 mars au soir, ils seront convoqués dans une propriété, en France, en pleine nature.

Des hommes de l'organisation ManKind Project, tout de noir vêtus, le visage passé au charbon, les fouilleront. Ils les priveront de leur téléphone, de leurs papiers d'identité et de leur montre pour qu'ils perdent la notion du temps. Ce week-end, ils ont signés : ils n'auront le droit d'en parler à personne.

C'est grâce à un journaliste, Benoît Berthelot, de l'excellent site d’enquête Le Quatre Heures, qu'on sait désormais en quoi consiste la cérémonie initiatique des "nouveaux guerriers". "Avant cette célébration, on nous a demandé, comme cela arrive souvent dans le week-end, de nous déshabiller. Tout le monde est nu, comme dans un camp de naturistes, avec un bandeau sur les yeux", raconte-t-il.

Réaction au féminisme

"On arrive en file indienne, et on enlève nos bandeaux. On voit un feu de camp de 4 mètres de haut, avec toute une foule d'hommes qui dansent autour de ce feu, au son des tam-tams et en criant comme des guerriers", poursuit Benoît Berthelot. "C'est complètement étrange, mais quand on le vit c'est en fait un peu exaltant. Tous les hommes qui ont participé à ce moment là deviennent des hommes nouveaux", dit-il encore.

Privé de sommeil, nourrit de graines, Benoit Berthelot a transporté un tronc d'arbre, la nuit dans la forêt, et a pris une douche glacée en comptant jusqu'à 60. Il s'est enduit de boue en poussant des grognements de mâle dominant, dans une sorte de psychanalyse express, en public, où il a été questionné sur son enfance.

Le mouvement ManKind Project a été fondé en 1984 par des Américains, en réaction au féminisme. Le discours : "La société est en crise, parce que les hommes ne trouvent plus leur place". La promesse : "Tout ira mieux quand les hommes auront réveillé en eux le guerrier qui sommeille". Toutes les techniques de conditionnement sont à l'œuvre pour créer un choc : la violence psychique ajoutée au secret.

Pas une secte

"Le secret ce n'est plus de notre temps", reconnaît un des leaders de l’association. "Mais c'est essentiel. J'aurais lu un récit avant, je n'aurais jamais fait l'initiation qui a pourtant bouleversée ma vie", plaide-t-il.

S'il y a des relents sectaires, il manque l’embrigadement. La Mission de lutte contre les dérives sectaires ne classe pas ManKind Project comme une secte. Mais elle met en garde. Tout comme le psychanalyste Frédéric Rousseau.

"S'il y a besoin de rebooster la masculinité, le travail à faire est de permettre de rencontrer l'autre féminin, plutôt que de se replier sur une communauté chaude de mecs", explique le psychanalyste, qui confie qu'il dissuaderait ses enfants d'aller faire le week-end.

http://www.rtl.fr/actu/societe-faits-divers/l-engouement-des-stages-commando-pour-rebooster-la-masculinite-7787689103
16/03/2017



 


 

 

 

 

MEDJUGORJE


À Medjugorje, l’évêque ne reconnaît pas les apparitions de la Vierge

À la veille de l’arrivée de l’envoyé spécial du pape dans ce sanctuaire marial de Bosnie-Herzégovine, l’évêque du lieu publie un texte dans lequel il reste opposé à toute reconnaissance du phénomène.

« La Vierge n’est pas apparue à Medjugorje ». Dans un long message publié sur le site du diocèse, Mgr Ratko Perić, évêque de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, redit clairement la position qu’il tient depuis longtemps au sujet du « phénomène Medjugorje ». La publication de ce texte, en italien et non en croate, certainement pour assurer sa diffusion, intervient alors que doit très prochainement arriver sur place l’envoyé spécial du pape, Mgr Henryk Hoser, archevêque de Varsovie-Praga, chargé le 11 février de dresser un état des lieux au caractère « exclusivement » pastoral de la situation dans le sanctuaire.

Ainsi, même si l’envoyé du pape n’est pas censé faire de rapport sur la véracité des apparitions, l’évêque de Mostar réaffirme la position de l’Eglise depuis la déclaration des évêques de l’ex-Yougoslavie en 1991. « Sur la base des recherches effectuées, affirmait-elle, il n’est pas possible d’établir qu’il y a eu des apparitions ou des révélations surnaturelles. »

En juin 1981, six enfants et adolescents bosniens ont raconté avoir été témoins de l’apparition de la Vierge. Elle réapparaîtrait quotidiennement à certains de ces témoins devenus adultes. Depuis, touristes et pèlerins accourent en masse.

Un lieu controversé

Face aux controverses suscitées par ces présumées apparitions mariales quotidiennes, plusieurs enquêtes ont été menées. Le dernier rapport de la commission mise en place en 2010 par Benoît XVI et menée par le cardinal Camillo Ruini a été remis au pape François en 2014, mais ce dernier n’a fait aucune annonce depuis. Certains ont toutefois avancé dans la presse, notamment italienne, que les conclusions pourraient confirmer une dimension « surnaturelle » au phénomène et reconnaître les apparitions « des sept premiers jours ».

Mais pour Mgr Perić, il n’en est pas question. « Même si on a parfois affirmé que les apparitions des premiers jours pourraient être considérées comme authentiques (…), souligne-t-il dans son message, cette curie a toujours maintenu la vérité par rapport à ces premiers jours ».

Arguments détaillés contre l’authenticité des apparitions

L’évêque donne ensuite des précisions détaillées sur le fondement de cette affirmation, se situant dans la droite ligne de son prédécesseur à la tête du diocèse. Sur la base des enregistrements des entretiens réalisés après les premières apparitions avec les enfants, Mgr Perić évoque, entre autres, un rire « étrange », un déroulement peu clair, des versions contradictoires et floues, la possibilité offerte par la Vierge « de toucher ses vêtements et son corps ». « Celle-ci, juge-t-il de façon péremptoire, n’est pas la Vierge de l’Évangile ».

« Si la véritable Vierge, mère de Jésus, n’est pas apparue – et de fait ce n’est pas le cas –, alors il faut appliquer les formules suivantes : voyants "présumés", messages "présumés", "prétendu" signe visible, "soi-disant" secrets », ajoute l’évêque.

Ces enregistrements, compilés et traduits en plusieurs langues, dont le français, font naturellement partie du matériel examiné par la commission du Vatican.

En attente de la décision du Vatican

Même si, depuis 1981, de nombreux pèlerins témoignent de conversions, de guérisons ou de la naissance d’une vocation, le « phénomène Medjugorje » présente plusieurs zones d’ombre : intérêts financiers engendrés par le tourisme, désobéissance et comportements déviants de certains franciscains qui ont accompagné les voyants (Tomislav Vlasic, leur directeur spirituel renvoyé de l’état clérical en 2009)… Medjugorje s’inscrit aussi dans le contexte plus large du bras de fer qui oppose depuis un siècle la province franciscaine d’Herzégovine et les évêques locaux.

La reconnaissance officielle d’apparitions mariales est normalement du ressort de l’évêque mais dans le cas d’une situation complexe comme celle de Medjugorje, ce sera à la Congrégation pour la doctrine de la foi de statuer. Pour l’heure, il est difficile de savoir quelle sera la position du Vatican, d’autant qu’il semble délicat d’interdire les pèlerinages dans ce sanctuaire qui attire chaque année un million de personnes. Reste que le pape François rappelle régulièrement que la Vierge Marie n’est pas un « chef de bureau de poste » qui enverrait « des messages tous les jours ».

La Croix du 03.03.2017




 

 

 

 

MORMONS


Un temple mormon au Chesnay

Après des années de polémique, le tout nouveau temple de l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours en France va ouvrir ses portes. Il sera prochainement consacré, dans une ambiance apaisée.
Du samedi 22 avril au samedi 13 mai prochain, le premier temple construit en France pour l'Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours (plus connue sous le nom d'Eglise mormone) ouvrira ses portes au grand public. Ensuite, le temple se refermera définitivement pour les non-membres de la communauté religieuse, comme c'est la règle dans cette Eglise.
Lorsque Philippe Brillault, le maire du Chesnay, laisse la communauté acquérir l'ancien terrain EDF pour la construction du premier temple mormon en France en 2012, il déclenche une vague d'indignations. Des associations se créent contre le bâtiment qui doit s'implanter à quelques encablures du Hameau de la Reine, dans le parc du château de Versailles. Une pétition contre le projet obtient plusieurs milliers de signatures et le maire doit faire face à des tensions au sein même de sa majorité municipale. Il lui est reproché de ne pas avoir préempté le terrain, pour installer des équipements publics ou des logements sociaux.
Quatre ans après, Louis-Marie Soleille, ancien adjoint aux Finances puis au Patrimoine de Philippe Brillault, ne décolère toujours pas : « Nous avons peu d'opportunités foncières comme celle-ci, au coeur de notre ville. C'est une occasion gâchée. Les Mormons n'apporteront rien à la ville. »
« Opportunité pour la commune »
Le maire rappelle qu'il n'existait aucun motif légal pour refuser la construction du temple. « Au premier rendez-vous, je n'étais pas enchanté par la proposition. J'ai constitué une commission d'élus. Nous avons pu vérifier que les Mormons n'étaient pas une secte et que le projet était conforme au POS et au PLU », précise Philippe Brillault. Mieux, le maire estime finalement le projet positif pour la commune :« Il évite une densification du quartier. Des promoteurs auraient pu construire jusqu'à 17.000 m2. » Propriété de la Foncière des régions, le terrain se libère lorsque EDF quitte les lieux dans le cadre d'une opération de restructuration. L'organisme laisse sur place un immeuble de plus de 10.000 m2 amianté. La Foncière cherche à louer ou vendre. Mais entre le prix du terrain, le coût de la démolition et du désamiantage, les promoteurs ne semblent pas intéressés. Les Mormons, en quête d'un terrain depuis 1998, se présentent alors. Plusieurs projets de temple à Saint-Cloud et à Villepreux ont échoué. « Ce n'est pas une grande cathédrale ou un endroit festif, les riverains ne seront pas gênés par notre présence », assure Dominique Calmels, directeur de la communication de l'Eglise. Ce dernier s'enthousiasme pour la qualité architecturale du temple : « C'est un bâtiment magnifique. L'intérieur a des tonalités bleues et des vitraux extraordinaires. »
Commencé en 2014, le chantier obtenu par Bouygues vient de s'achever. Le temple, d'une architecture très sobre, regroupe, sur 7.000 m2, une série de petites pièces (pas plus de 40 personnes pour les plus grandes) réservées aux cérémonies et aux parcours initiatiques. Le coût d'achat serait, selon certaines sources, de 20 millions d'euros. Et celui des travaux de 60 millions d'euros... Mais ni l'Eglise ni Bouygues ne souhaitent confirmer les chiffres. L'imminence de l'ouverture va-t-elle raviver les inquiétudes, alors que quatre recours en justice ont échoué ? Pour l'instant, cela ne semble pas être le cas, même si des riverains jugent le bâtiment « imposant ». Le communiqué de l'évêque de Versailles, rappelant que les catholiques ne considèrent pas l'Eglise des saints des derniers jours comme une secte, a peut-être joué dans cet apaisement.

Les Mormons sont au nombre de 15 millions dans le monde et 38.000 en France. Ils ne disposaient pas encore d'un temple dans l'Hexagone.

https://www.lesechos.fr/pme-regions/actualite-des-marches-publics/0211825555941-un-temple-mormon-au-chesnay-2068575.php
01.03.2017


 




 

 

 

 

NAZISME

Le mémorial de Dachau a retrouvé « son symbole »

Dérobé en 2014, retrouvé en décembre 2016, le portail de l’ancien camp de concentration de Dachau a été restitué mercredi 22 février au mémorial bavarois.
Plus de 206 000 prisonniers, dont 41 000 mourront sur place, ont été détenus dans ce camp ouvert trois mois après l’accession d’Hitler à la chancellerie en mars 1933.

« Voler le portail du camp de Dachau, c’est profaner une sépulture. » Mercredi, à l’heure où le portail disparu pendant plus de deux ans retrouve son lieu d’origine, Jean-Michel Thomas, président du comité international de Dachau qui représente les survivants du camp et leurs descendants, ne cache pas son effroi, ni son soulagement et son émotion. « Cette porte a vu passer près de 200 000 détenus, dont beaucoup sont morts dans ce camp, qui fut le premier camp de concentration. C’est un véritable symbole », ­poursuit-il.

Le portail retrouvé, l’enquête se poursuit

En novembre 2014, l’Allemagne, traumatisée, apprenait que des voleurs, dont l’identité n’est toujours pas connue, avaient réussi à emporter sans être vus la porte au-dessus de laquelle se détachaient les lettres formant l’inscription « Arbeit macht frei » (« le travail rend libre »). Utilisée d’abord par la droite nationaliste allemande, dans les années 1920, la phrase avait été reprise de façon sordide par les nazis dans les années 1930 qui l’installèrent à l’entrée de plusieurs camps, à Dachau, Auschwitz, Sachsenhausen ou Gross-Rosen. L’ordre émanait du général SS Theodor Eicke, inspecteur des camps de concentration jusqu’en 1939.

Le portail de Dachau a finalement été retrouvé début décembre 2016 dans le sud-ouest de la Norvège, près de Bergen, « en plein air » et « sur la foi d’un renseignement anonyme », indiquait alors la police de la ville. Qui l’a conduit là ? Dans quelles conditions ? Et pourquoi l’avoir ainsi abandonné ? L’enquête des polices norvégienne et munichoise se poursuit sans apporter de réponse.

L’histoire en rappelle malheureusement une autre. Dans la nuit du 17 au 18 décembre 2009, le portail du camp d’extermination d’Auschwitz, en Pologne, avait aussi disparu avant d’être retrouvé trois jours plus tard, scindé en trois. L’enquête démontra que le délit, commis par trois repris de justice, avait été commandité par Anders Högström, un ancien leader néonazi suédois, qui sera condamné à deux ans et huit mois de prison. Le portail a été ressoudé.

41000 morts : opposants, journalistes, prêtres, homosexuels...

À Dachau, une copie est désormais installée à l’entrée du site. La pièce d’origine, en fer forgé, d’une centaine de kilos et mesurant deux mètres sur un mètre, se trouvera à l’intérieur du musée de Dachau, qui retrace toute l’histoire du camp.

Ouvert en mars 1933, celui-ci fut utilisé d’abord pour incarcérer les prisonniers politiques allemands avant de devenir un camp de concentration. Au total, 206 000 individus – venus de 37 pays – seront prisonniers de ses murs ; 41 000 ne survivront pas, morts d’épuisement, de faim, de maladie ou exécutés par les gardiens.

Le comité international de Dachau tient un compte précis des personnes envoyées à Dachau, comme l’explique Jean-Michel Thomas : « Il y a eu des opposants politiques, des syndicalistes, des journalistes mais aussi plus de 2 700 prêtres, et 785 homosexuels, des gens de la communauté tsigane… » Autant de personnes considérées comme nuisibles ou inutiles par les nazis.

« Une tentative de négation de l’histoire »

Pour Jean-Michel Thomas, le vol de la porte du camp de Dachau, au même titre que celle d’Auschwitz, constitue une véritable « tentative de négation de l’histoire, une volonté de faire disparaître une trace ». Il y voit aussi une « profanation d’un lieu de sépulture consacré au souvenir de toutes les victimes du camp et au respect des détenus qui y moururent ».

Dachau, selon lui, est voué à demeurer l’un des principaux lieux de mémoire pour ne jamais oublier les crimes nazis. Le musée et le mémorial, situés en périphérie de la ville de Munich, sont fréquentés chaque année par près de 800 000 visiteurs.

La Croix du 24.02.2017



 

 

 

 

NOTRE-DAME MERE DE LA LUMIERE


Prières de guérison à Caen : l'évêque prend ses distances après une enquête canonique

À la suite d'une enquête canonique, l'évêque de Bayeux-Lisieux a décidé de prendre ses distances avec l'association Notre Dame, mère de la lumière à Caen (Calvados). Précisions.

L'association de jeunes Notre Dame, mère de la lumière a fait l'objet d'une enquête canonique et ne recevra plus de lettre de mission du diocèse Bayeux-Lisieux (Calvados). Ces jeunes effectuaient des « missions de maraudes, d'enseignement biblique, d'animation de messes et de veillées de louanges depuis décembre 2012.

L’association Notre Dame, mère de la lumière, basée à Caen (Calvados), posait souci au sein de la communauté catholique. Dans un courrier daté du 30 janvier 2017, que Normandie-actu a pu se procurer, l’évêque du diocèse de Bayeux-Lisieux, Jean-Claude Boulanger, a fait part de sa décision « de ne pas continuer à donner au groupe une lettre de mission au sein de l’Église diocésaine ».

Qui est derrière cette association ?
Sur son site internet, Notre Dame, mère de la lumière se définit comme « un groupe de jeunes chrétiens catholiques. Le Seigneur nous a fait nous rencontrer au sein de l’aumônerie catholique des étudiants de Caen [...]. Désireux de faire connaître son amour, nous avons monté une association, ouverte à tous, qui a pour but de faire connaître le Christ et de servir l’Église, grâce aux charismes que le Seigneur donne à chacun ». Il s’agit d’un « groupe particulièrement dynamique, manifestant de grandes qualités », décrit le père Laurent Berthout, en charge de la communication du diocèse Bayeux-Lisieux. Selon nos confrères de Liberté-le Bonhomme libre, le groupe comptait en 2016, près de 200 membres.

Une enquête canonique ouverte

En mars 2016, l’évêque de Bayeux-Lisieux avait ordonné l’ouverture d’une enquête canonique, « au titre de la vigilance ». Une procédure rare. L’association créée en 2008, avait dû suspendre ses activités religieuses. Même si ce groupe de jeunes étudiants n’était pas reconnu canoniquement, elle effectuait des « missions de maraudes, d’enseignement biblique, d’animations de messes et de veillées de louanges depuis décembre 2012 », précise le père Laurent Berthout, en charge au moment de l’enquête de la communication pour le diocèse.

“La commission d’enquête canonique [qui n'a pas de valeur pénale, NDLR], qui a entendu et lu de nombreux témoignages sérieux, a également mis au jour à un certain nombre de difficultés structurelles dans le fonctionnement du groupe et son développement, notamment ce qui concerne les prières de guérison qui ont posé question, écrit Mgr Boulanger.”

Le diocèse a accompagné ces anciens étudiants, mais a voulu stopper son engagement auprès d’eux. « Le groupe s’est développé beaucoup plus largement que ce que nous avions envisagé. Ils ont organisé des veillées de guérison qui nous dépassent complètement. Cela demande un accompagnement humain et médical extrêmement serré et nous n’avons pas les moyens de les suivre », complète le père Berthout.

« Un pas en avant »

L’évêque appelle ces membres à rejoindre « la vie baptismale adulte, ou dans le sacerdoce ou la vie consacrée à leur choix» s’ils « veulent consacrer leur vie au Seigneur et au service de l’Église ».

Une mise à distance qui est « un pas en avant », selon l’association Tocsin, qui lutte contre les dérives sectaires au sein du christianisme. Contactée par Normandie-actu, Tocsin affirme avoir « reçu des personnes en souffrance » qui avaient été en contact avec Notre Dame, mère de la lumière, sans en vouloir s’épancher davantage sur le sujet. Selon cette association qui se définit comme laïque, Notre Dame, mère de la lumière a connu de « dérives comportementales et théologiques ».

http://www.normandie-actu.fr/prieres-guerison-caen-eveque-distances-association_257513/

Normandie 14 Actu du 27/02.2017

 

Calvados : l'évêque inquiet de l'organisation d'une association de jeunes chrétiens

Depuis plusieurs années, l'association Notre Dame Mère de la Lumière organise des veillées de prière à Caen (Calvados) mais une enquête a révélé quelques difficultés de structure et d'organisation.
Depuis bientôt un an, l'association Notre Dame Mère de la Lumière de Caen faisait l'objet d'une enquête canonique de la part du diocèse du Calvados. Monseigneur Jean-Claude Boulanger, évêque du département, avait diligenté cette enquête après avoir reçu un document de la conférence des évêques de France rapportant des comportements et déclarations de membres de l'association, rapportait à l'époque Tendance Ouest.
Le 30 janvier 2017, dans un courrier, Monseigneur Boulanger a décidé de ne plus donner de lettre de mission à cette association, soulignant : "les nombreux aspects positifs des actions menées, notamment le goût de la prière de louange, attesté par de nombreuses soirées et messes animées par le groupe, ainsi que le souci de servir les plus pauvres".
Prières de guérison
Dans le même courrier, l'évêque soulignait, après avoir entendu de nombreux témoignages, avoir "mis au jour un certain nombre de difficultés structurelles dans le fonctionnement du groupe et son développement, notamment ce qui concerne les prières de guérisons qui ont posé question".
Créée en 2008 par un groupe d'étudiants, l'association organisait depuis des maraudes pour venir en soutien aux SDF de Caen. D'inspiration catholique, elle avait reçu deux lettres de mission de l'évêque du Calvados, en 2012 et en 2015. Aujourd'hui composée de jeunes professionnels, son fonctionnement interpelle l'évêque. Il explique : "S'ils veulent consacrer leur vie au Seigneur et au service de l'Église, ils sont invités à le faire dans la vie baptismale adulte, ou dans le sacerdoce ou la vie consacrée de leur choix, si l'Eglise confirmait leur appel." A aucun moment, le terme de "secte" n'est prononcé. L'évêque demande au passage la bienveillance des autres chrétiens pour ces jeunes dont "l'intégrité morale et la sincérité" lui sont connues.
"Des accusations diffamatoires"
Sur le site de l'association, un communiqué estime que Notre Dame Mère de la Lumière est "la cible de nombreuses accusations publiques non fondées et diffamatoires". les responsables de l'association tiennent "à rappeler en esprit de douceur, que l'enquête canonique faite à notre sujet et ayant duré un an, n'a retenu contre nous aucune accusation grave (accusation de dérives sectaires, dérives comportementales, morales ou théologiques, détournements de fond, etc…)".
Ils concluent : "Nous continuerons ainsi, en pleine obéissance à l'Église Catholique, à nourrir et vêtir nos frères et soeurs démunis de la rue, à prier pour les souffrants, à amener la joie dans les coeurs au son des chants et de nos instruments."
L'évêque a toutefois décidé : "après avoir consulté des canonistes et des théologiens catholiques, de ne pas continuer à donner au groupe une lettre de mission au sein de l'Église diocésaine."

 

http://www.lamanchelibre.fr/actualite-277377-calvados-eveque-inquiet-de-organisation-une-association-de-jeunes-chretiens.html
28 février 2017





 

 




 

 

 

 

OPUS DEI


Méditation sur "Le bon pasteur"
 

par Josémaria Escrivà, méditation Le bon pasteur, 12.III.1961.

Notez et gravez dans votre cœur ce que je vous dis. Car ce n’est pas seulement un prêtre qui vous parle : c’est le Fondateur, et il n’y en a qu’un seul. Vous connaîtrez beaucoup de Papes, moi j’en ai connu quelques-uns. D’innombrables Cardinaux. Et des Évêques plus encore... Mais il n’y a qu’un seul Fondateur de l’Opus Dei, bien qu’il ait si peu de fondements: un seul fondateur ! Et Dieu vous demandera des comptes si vous ne suivez pas mes indications. Jésus-Christ vous parle par ma bouche d’une manière spéciale, parce que je suis moi tout spécialement votre bon Pasteur, en son nom.
(...) Il pourrait arriver que l’un d’entre vous s’éloigne de ses directeurs, de ses frères pour aller vers un étranger. Pour aller voir un homme peu sage, inculte, imprudent ou de mauvais conseil qui pourrait le conduire sur le chemin de la perdition.
Mes enfants, vous devez prendre la ferme résolution de ne pas commettre cette erreur dans votre vie. Le Seigneur lui même, par l’intermédiaire de saint Jean, vous avertit qu’il ne faut pas chercher conseil à l’extérieur, parce que ce serait aller se jeter volontairement dans un précipice. Fuyez l’étranger ! N’écoutez que la voix du bon pasteur !
Vous savez qui est le bon pasteur pour mes brebis? Celui à qui j’ai confié cette mission. Et moi cette mission je la confie d’habitude aux Directeurs et aux prêtres de l’Œuvre. Ceux qui ne connaissent pas l’Opus Dei ne peuvent être les pasteurs de mes brebis, même s’ils sont de bons pasteurs pour d’autres brebis, et même s’ils sont saints. Pour mes enfants, ils ne sont pas le bon pasteur dont parle Jésus-Christ. Est-ce clair ? Suivez le conseil du Maître : fuyez. Pourquoi devrions-nous écouter la voix de celui qui ne connaît pas l’esprit de notre Œuvre ? Il faut écouter la voix du bon pasteur, de ceux qui ont reçu la mission de mener mes brebis de l’Opus Dei au pâturage. Aucun autre pasteur n’a reçu cette mission spécifique. (...)
Dans l’Oeuvre, nous devons tous avoir recours au Sacrement de la Confession au moins une fois par semaine. Vous devez vous confesser avec les prêtres désignés. (...) Tous mes enfants ont la totale liberté de se confesser avec n’importe quel prêtre approuvé par l’Eglise, et ils ne sont même pas obligés de le dire à leurs Directeurs dans l’Œuvre. Celui qui se conduirait ainsi pécherait-il ? Non ! Aurait-il bon esprit ? Non ! Il serait sur le point d’écouter la voix du mauvais pasteur. (...)
Parfois dans des circonstances précises, une âme a besoin d’un traitement spécifique, elle peut avoir besoin d’un conseil rapide et opportun, d’une direction spirituelle plus intense, mais elle ne doit pas chercher cette aide en-dehors de l’Œuvre. Celui qui agirait ainsi s’éloignerait volontairement du bon chemin et se dirigerait vers l’abîme. C’est certain, il aurait perdu le bon esprit. (...)
Si tu faisais cela, tu aurais mauvais esprit, tu serais un pauvre malheureux. Tu ne commettrais pas de péché, mais malheur à toi ! Tu aurais commencé à errer, à te tromper. Tu aurais commencé à écouter la voix du mauvais pasteur, parce que tu ne voudrais pas guérir, tu ne voudrais pas employer les bons moyens.
De plus, tu causerais un préjudice aux autres. Ce prêtre observera la loi du silence liée au Sacrement de la Confession : tous les prêtres le font, toujours. Mais quand une autre âme viendra lui demander conseil parce qu’elle pense à entrer dans l’Opus Dei, il l’en dissuadera peut-être. Ce confesseur ne pourra s’empêcher de penser : vais-je l’envoyer au même endroit que ce pauvre bougre, ce cancéreux qui refusait de se soigner ?
Tu connais bien la doctrine du Corps Mystique, celle de la Communion des Saints. Eh bien tu serais en train de nuire à tes frères, à ceux qui viendront après toi et à toi-même, au corps entier de l’Œuvre. Car en plus ce mauvais pasteur ne serait pas venu te chercher, tu serais le seul responsable de ce qui arrive. (...)
J’insiste encore : Pauvre de toi ! Pauvre, pauvre petit ! (...) Les membres de l’Opus Dei, s’ils veulent vraiment être fidèles, ne suivent pas un étranger au contraire ils le fuient, parce qu’ils n’écoutent pas la voix des étrangers. (...) Ceux qui n’ont pas reçu cette mission des Directeurs ne sont pas de bons pasteurs, même s’ils font des miracles. (...)
Le linge sale se lave en famille. Votre don se manifeste d’abord dans le fait de ne pas avoir la lâcheté d’aller laver votre linge sale en-dehors de l’Œuvre. Si vous voulez vraiment être saints, sinon l’Œuvre n’a pas besoin de vous.

http://www.opus-info.org/index.php?title=M%C3%A9ditation_sur_%22Le_bon_pasteur%22
 


 

 

 

 

ORDRE DE MALTE


« La souveraineté de l’Ordre de Malte est un atout »

Pour le grand hospitalier de l’Ordre de Malte, responsable de l’action humanitaire de cette institution, le Français Dominique de La Rochefoucauld-Montbel, la crise que vient de traverser l’Ordre peut être l’occasion d’un renouveau bénéfique.

La Croix : Comment l’Ordre de Malte peut-il sortir de la crise de ces derniers mois ?

Dominique de La Rochefoucauld-Montbel : Il faut toujours profiter d’une crise pour rebondir positivement. Le 29 avril, il sera proposé aux électeurs de désigner soit un grand maître, soit, pour un an, un lieutenant du grand magistère. Cette fonction n’est pas nouvelle : elle est prévue par la constitution de l’Ordre et a déjà été utilisée plusieurs fois. On pourra profiter de ce temps pour mettre en œuvre les réformes qui s’avèrent nécessaires.

Lesquelles ?

D. de L. R.-M. : Concernant le Code (la règle de vie de l’Ordre), on peut imaginer une évolution du statut et de l’engagement des membres de première classe, c’est-à-dire les chevaliers profès qui prononcent des vœux solennels après un temps de préparation. Il y a actuellement certaines incohérences. Ils font ainsi un vœu de pauvreté, mais qui se réfère aux ordres monastiques alors qu’ils ne sont pas moines et vivent dans le monde, devant travailler pour vivre. On pourrait donc réformer le Code en référence à ce que vivent les consacrés dans les communautés nouvelles.

Concernant la constitution, nous pourrions débattre de l’institution d’un âge limite pour le grand maître. On pourrait aussi imaginer un fonctionnement plus collégial. Sans doute faut-il aussi ouvrir un peu plus l’éventail de ceux qui peuvent être élus grand maître : la fonction reste réservée à la noblesse, soit une douzaine de chevaliers profès sur 55. Pour ma part, je pense que devant quelqu’un qui fait la démarche pour être religieux dans l’Ordre, la question de ses origines devient un peu secondaire.

Dans sa lettre au gouvernement de l’Ordre, le pape parle d’un « renouveau moral et spirituel ». En quoi cela est-il nécessaire ?

D. de L. R.-M. : Nous avons réformé nos textes en ce qui concerne les chevaliers profès pour la dernière fois en 1961. Il y a donc des tas de choses qui ne correspondent plus ne serait-ce qu’à l’actuel Code de droit canonique de 1983.

Sans doute faut-il que les chevaliers profès soient davantage témoins de la vocation de l’Ordre. Qu’ils soient aussi plus nombreux car ce n’est pas facile de témoigner quand on est seul. Il faut que cette vocation soit attrayante pour mieux rendre la mission passionnante de l’Ordre qui est la sanctification de ses membres au service de l’Église, du Saint-Père et de l’assistance des pauvres et des malades.

La nomination d’un délégué spécial par le pape est-elle une menace pour la souveraineté de l’Ordre ?

D. de L. R.-M. : Le pape est intervenu en tant que supérieur d’un supérieur religieux. Cela ne gêne pas du tout notre souveraineté. Il a en outre choisi Mgr Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, un diplomate professionnel qui connaît bien la spécificité de l’Ordre, à la fois personne juridique de droit international et ordre religieux.

Pourquoi cette souveraineté est-elle indispensable ?

D. de L. R.-M. : Être reconnu par plus de 100 États et 18 organisations internationales est un atout indéniable. Notre souveraineté nous ouvre des possibilités d’accès et nous permet de protéger nos personnels et nos activités.

Dernièrement, j’étais ainsi en Serbie pour négocier avec le gouvernement l’accès de médicaments en provenance d’Italie et travailler pour que nos équipes puissent agir dans les zones franches où passent les migrants.

Au Cameroun, nous avons négocié un accord de coopération pour monter un hôpital régional qui est un des plus importants et des plus modernes de la région. Notre politique est en effet que tous nos établissements soient le plus proche possible des standards européens. À Bethléem, l’hôpital de la Sainte-Famille est le meilleur centre de néonatalogie de la région, avec une mortalité infantile de 2,6 ‰ alors qu’elle est de 6 ‰ dans la région, et de 2,4 ‰ en France. Telle est la tradition de l’Ordre : offrir ce qu’il y a de mieux. C’est là que se trouve notre diplomatie.

Vous êtes aussi très présents pour venir en aide aux migrants. Avez-vous été critiqués pour cela ?

D. de L. R.-M. : Dès qu’on parle de migrants et de réfugiés, on est critiqué. Il faut faire face aux peurs, à l’indifférence et à l’égoïsme économique. Mais l’Ordre est impliqué depuis des années dans les pays d’où viennent les migrants, dans ceux où ils arrivent et dans ceux qu’ils traversent. En France, nous sommes présents depuis 2010 dans les centres de rétention où nous informons les migrants sur leurs droits.

Nous sommes impliqués dans l’opération Mare Nostrum, en Méditerranée. Et aussi dans les pays d’origine où, depuis 30 ans en Palestine, 40 ans au Liban, nous sommes auprès des populations. Au Bénin, nous avons un hôpital qui, directement ou indirectement, fait vivre 5 000 personnes dans une ville de 20 000 habitants. C’est aussi un moyen de faire en sorte que les gens choisissent de ne pas émigrer. Enfin, à l’ONU, nous sommes invités à intervenir sur le sujet.

Nous n’inventons rien : l’accueil de l’autre est une attitude profondément chrétienne. Il faut évidemment être raisonnable, il y a des équilibres à maintenir mais l’accueil de la personne est fondamental : elles ne peuvent se réduire à des statistiques.

La Croix du 23.02.2017
 

Après la crise, l’Ordre de Malte sur la voie de la réforme

L’Ordre de Malte veut saisir l’occasion de la grave crise institutionnelle qu’il vient de traverser pour engager une réflexion sur son fonctionnement.
À Rome comme en France, les responsables de cette institution humanitaire unique au monde cherchent désormais à rassurer les donateurs.

Après la tempête, place au changement à l’Ordre de Malte. La crise sans précédent que cette institution millénaire, au service des personnes fragilisées dans le monde entier, vient de traverser a mis en évidence des blocages institutionnels. C’est ce qu’ont voulu souligner ses responsables français devant la presse, hier à Paris, soucieux de restaurer une confiance mise à mal. « L’Ordre va saisir l’occasion pour réfléchir à sa réforme », a ainsi affirmé Alain de Tonquédec, vice-président et secrétaire général de l’association des membres de l’Ordre souverain de Malte.

Pour comprendre les problèmes mis au jour, il faut revenir aux premiers soubresauts de l’affaire. Le 6 décembre 2016, le grand maître Fra’Matthew Festing, en présence du cardinal Raymond Burke, représentant du pape auprès de l’Ordre, convoque le grand chancelier et exige sa démission, « demandée par le Saint-Siège ». S’ensuit un bras de fer inédit entre le grand maître, soutenu de façon plus ou moins explicite par le cardinal Burke, et le pape, mécontent de voir son nom instrumentalisé dans des querelles internes. Les tentatives pour trouver des issues n’ayant pas abouti, le pape incite fin janvier Fra’Festing à démissionner, puis il décharge de facto le cardinal de ses fonctions, en nommant Mgr Angelo Becciu, substitut de la Secrétairerie d’État, comme son délégué spécial auprès de l’Ordre.

Cette situation, estime un observateur, aurait sans doute pu être évitée si le fonctionnement de l’Ordre avait été plus « collégial ». Mais dans ce domaine, les difficultés sont antérieures à la récente crise. Ainsi, au moment de l’élection du grand maître, en 2014, celui-ci s’était alors vu forcé à une sorte de « cohabitation » avec le conseil souverain, l’équivalent du gouvernement de l’Ordre, dont il ne partageait pas forcément la vision. Fra’Festing s’était donc composé un petit groupe de proches, avec lequel il menait les affaires de l’institution de façon fort peu constitutionnelle.

Entre les partisans d’une conception de l’Ordre très traditionnelle et ceux d’une vision plus ouverte, les dissensions se font donc sentir depuis un certain temps. Le cardinal Burke, chef de file des opposants au pape François, aurait profité de la situation pour poursuivre ses propres objectifs.

« Nous avons été les otages d’une guerre qui n’est pas la nôtre », a ainsi redit, hier, Alain de Tonquédec, désireux de redorer l’image de l’Ordre, alors que les dons ont baissé d’environ 10 % depuis quelques semaines. De façon similaire, l’Ordre de Malte avait convié la presse début février à Rome afin de réaffirmer publiquement sa « fidélité » au pape.

Pour permettre à l’avenir un meilleur fonctionnement, moins vertical, est envisagée l’ouverture de l’éventail de ceux qui peuvent être élus Grand maître, la fonction étant actuellement réservée à la noblesse, soit une douzaine de chevaliers profès sur 55. « La question mérite au moins d’être posée », avance, prudent, Alain de Tonquédec, pour qui il faut être en mesure d’avancer « avec son temps ».

Dans cet esprit de modernisation, l’Ordre envisage un toilettage de l’ensemble de ses statuts, notamment concernant les membres de première classe, c’est-à-dire les chevaliers profès qui prononcent des vœux solennels. « Il y a actuellement certaines incohérences, indique Dominique de La Rochefoucauld-Montbel, grand hospitalier de l’Ordre à Rome. Ils font un vœu de pauvreté mais qui se réfère aux ordres monastiques, alors qu’ils ne sont pas moines et qu’ils doivent travailler pour vivre, poursuit-il. On pourrait, par exemple, réformer les textes en référence à ce que vivent les consacrés dans les communautés nouvelles. »

Le 29 avril, le conseil complet d’État de l’Ordre souverain de Malte se réunira pour désigner un successeur à Fra’Festing. Il pourrait élire, selon l’option constitutionnelle suggérée par le conseil souverain, un lieutenant du grand maître en charge pour une année, permettant ainsi de lancer la réflexion sur les évolutions institutionnelles, en concertation avec Mgr Angelo Becciu. Et permettre d’éviter que des questions personnelles ne viennent troubler le fonctionnement de l’institution.

La Croix du 24.02.2017


 

 

 

 

PEDOPHILIE


Une ancienne victime démissionne de la Commission anti-pédophilie du Vatican

Dans un long texte, Marie Collins dénonce « le manque de coopération » de la Curie avec la Commission pour la protection des mineurs instituée par le pape François.

Elle-même victime d’un prêtre abuseur dans les années 1960 et devenue une porte-parole des « survivants » de la pédophilie dans l’Église, l’Irlandaise Marie Collins était un des symboles de la Commission pontificale pour la protection des mineurs instituée en 2014 par le pape François pour lutter contre les abus sexuels.

Sa démission, annoncée mercredi 1er mars, fait donc grand bruit, d’autant plus qu’elle s’accompagne d’un véritable « J’accuse » publié par l’hebdomadaire américain National Catholic Reporter où elle met en cause la mauvaise volonté de la Curie romaine dans la lutte contre les abus sexuels, et notamment la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF).

Reprenant les récents témoignages de ses collègues de la Commission pontificale devant une commission d’enquête australienne, elle dénonce notamment « le manque de ressources, l’insuffisance des structures, la lenteur des avancées et la résistance culturelle ».

« Le problème le plus important est la réticence de certains membres de la Curie vaticane à mettre en œuvre les recommandations de la Commission, malgré leur approbation par le pape », accuse-t-elle.

Principale visée : la CDF qui n’a, par exemple, pas mis en place le tribunal chargé de juger les évêques négligents : sa création, pourtant approuvée par le pape, se heurterait à des « difficultés légales », selon l’ancien Saint-Office également accusé de refuser de coopérer avec la commission sur la révision des lignes directrices sur les abus rédigées par les conférences épiscopales.

« La réticence de certains dans la Curie est inacceptable »

Marie Collins regrette notamment que le modèle de lignes directrices élaboré par la commission et destiné aux conférences épiscopales du monde entier comme base pour leurs propres documents « n’a pas encore été diffusé », la CDF voulant imposer son propre modèle.

« La réticence de certains dans la Curie vaticane à mettre en œuvre des recommandations ou à coopérer avec une commission dont l’objectif est d’améliorer la sécurité des enfants et des adultes vulnérables dans le monde est inacceptable », juge donc Marie Collins pour qui « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » est le refus de la CDF de répondre à toute correspondance de victimes, réponse pourtant demandée par le pape.

Marie Collins continuera à collaborer avec la commission

Enfin, si elle quitte la commission, Marie Collins continuera néanmoins à collaborer avec elle notamment « à la formation des responsables d’Église », a annoncé son président, le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston.

Tout en regrettant n’avoir pu, au cours des trois dernières années, rencontrer le pape François, Marie Collins ne met en effet pas en cause sa volonté de lutter contre les abus, rappelant notamment toutes les recommandations de la Commission qu’il a personnellement approuvées. « Peu importe le soutien qu’il leur apporte : le problème est qu’elles doivent être correctement mises en œuvre pour être suivies d’effets », écrit-elle.

Pour ce faire, elle demande donc au pape de « donner à la commission la responsabilité et le pouvoir de superviser la mise en œuvre des recommandations lorsqu’elles sont approuvées », de lui donner aussi « un budget suffisant et indépendant pour faire son travail sans que chaque élément de dépenses passe par le processus interne d’approbation du Vatican » et de « supprimer la restriction sur le recrutement de personnel professionnel de l’extérieur du Vatican ».

La Croix du 01.03.2017

Pédophilie, l’Église de France dénonce les méthodes de « Cash investigation »

ENTRETIEN - À la veille de la diffusion de l’émission « Cash investigation » sur la pédophilie dans l’Église, mardi 21 mars, Vincent Neymon, porte-parole adjoint de la Conférence des évêques de France, explique à La Croix son refus de participer au débat qui suivra le documentaire, comme annoncé dans un communiqué.

La Croix : Comment la Conférence des évêques de France (CEF) a-t-elle été sollicitée par l’équipe de « Cash investigation » pour cette enquête ?

Vincent Neymon : Nous avons eu des échanges avec Élise Lucet et son équipe dès le mois d’octobre 2016, quelques semaines avant l’Assemblée plénière des évêques de novembre à Lourdes. Ils ont menacé de venir sous le nom d’un autre média si nous refusions de les accréditer, ce que nous avons perçu comme une sorte de chantage. Nous avons toutefois décidé de jouer le jeu médiatique. Nous avons correspondu avec Martin Boudot, le réalisateur du documentaire, qui a demandé de nombreuses précisions, que nous avons essayé de fournir.

Pourquoi avoir ainsi accepté dans un premier temps de collaborer avec les journalistes qui travaillaient sur ce dossier ?

V. N. : Nous savions que la démarche menée par « Cash investigation » et Mediapart était par principe « à scandale ». Nous nous doutions bien qu’ils n’allaient pas présenter un tableau à l’eau de rose de la situation, mais nous avons estimé que le travail de vérité pouvait aussi passer par ce biais.

Qu’est-ce qui a fait évoluer votre position ?

V. N. : Au moment de l’Assemblée plénière, en novembre, nous avons rapidement remarqué que la Conférence des évêques de France faisait l’objet d’un grand mépris de la part de l’équipe qui enquêtait. Nous nous sommes rendu compte que ces journalistes cherchaient ce que l’on avait à avouer, pas ce que l’on avait à dire. Aussi, lorsque la CEF a été sollicitée afin qu’un représentant de l’Église participe au débat post-émission, nous avons beaucoup réfléchi, mais nous avons finalement privilégié le silence à la parole, au vu de la tournure de ces mois de travail. Nous n’avons pas souhaité apporter de crédit à cette émission.

Dans votre communiqué, vous évoquez la « déontologie journalistique » bafouée dans cette émission pour justifier votre absence…

V. N. : Tout à fait, nous savons très bien que cela pourra nous être reproché. Sur le fond, nous sommes d’accord sur l’investigation menée sur les agissements de certains prêtres ou évêques, mais pas dans ces conditions : nous estimons que la méthode n’a pas été franche et nous sommes choqués que de tels procédés puissent être menés dans des émissions du service public.

Comment envisagez-vous toutefois de traiter les révélations de cette enquête ?

V. N. : Nous n’avons pas encore visionné le documentaire mais nous sommes prêts à répondre aux différentes questions qu’il pourra soulever.

La Croix du 20.03.2017

 

 



 

 

 

 

POINTS-COEUR


Un prêtre varois, coupable d'abus sexuel, risque l'excommunication
Thierry de Roucy a été reconnu coupable d'avoir abusé sexuellement son adjoint il y a six ans.
Le père Thierry de Roucy, fondateur de l'association catholique Points-Coeur, risque ni plus ni moins que l’excommunication.
Il avait déjà été sanctionné par Monseigneur Rey en au cours du mois de février pour des faits d'abus sexuel.
"Une procédure d’excommunication est en cours, à la demande et en lien avec la Congrégation pour la doctrine de la foi", a-t-on appris jeudi auprès de l’évêché de Fréjus-Toulon.
Procédure non définitive
Aussi surprenant que cela puisse paraître, cette procédure d’excommunication n’est pas définitive.
"C’est une procédure en vue de l’exécution de la sentence. Cette procédure sera caduque si le père Thierry de Roucy verse la somme due. S’il est excommunié pour non-versement dans le délai imparti, mais s’il verse la somme ensuite, la peine sera levée", précise l’évêché de Fréjus-Toulon, dont dépend le prêtre récalcitrant.
Mais dans le même temps, on a appris qu’une procédure de reconduction à l’état laïc était engagée à l’encontre du père de Roucy.
Rebaptisée "renvoi de l’état clérical" en 1983, cette peine est décidée pour de très graves raisons portant sur la foi ou les mœurs.

http://www.varmatin.com/faits-divers/un-pretre-varois-coupable-dabus-sexuel-risque-lexcommunication-116902
24/02/2017

Thierry de Roucy, le prêtre intenable que l’Eglise menace d’excommunier
Le curé, sorte de gourou catholique, a été condamné en 2011 par un tribunal religieux pour abus sexuel et abus de pouvoir, mais refuse de se plier aux décisions de l’institution.
S’il n’était question d’abus sexuels et de dérives sectaires, l’affaire serait hautement cocasse. Un curé français chic et choc, Thierry de Roucy, vivant jusqu’à récemment près de New York, est menacé ni plus ni moins d’excommunication, c’est-à-dire d’être radié de l’Eglise, la peine maximale que l’institution peut infliger à ses fidèles. Bref, une sanction rarissime, d’autant plus pour un abbé. Prêtre très controversé, Thierry de Roucy est surtout devenu très embarrassant pour la hiérarchie catholique.
En 2011, il a été condamné par un tribunal ecclésiastique (la justice interne de l’Eglise) pour abus sexuel et abus de pouvoir sur l’un de ses bras droits, un jeune homme majeur au moment des faits. Puis en 2015, en appel devant l’officialité (le tribunal catholique) du Languedoc-Roussillon, il a été sommé de verser 80 000 euros de dommages et intérêts à sa victime, ce qu’il se refuse à faire. Aucune procédure n’a été enclenchée devant la justice française, car la victime n’avait pas porté plainte à l’époque. «L’Eglise n’a pas de gendarmerie. Menacer Thierry de Roucy d’excommunication, c’est le moyen qu’a l’institution pour faire pression», explique à Libération une source proche du dossier. Seul moyen aussi de l’obliger à s’acquitter de ses 80 000 euros.
Dans les milieux catholiques, Thierry de Roucy n’est pas n’importe qui. Il a connu son heure de gloire en fondant, en 1990, une association humanitaire, Points-Cœur, très en vogue auprès de jeunes cathos de bonne famille pendant une quinzaine d’années. L’objectif était d’envoyer bénévolement à l’étranger des jeunes en mission dans des quartiers pauvres. Aujourd’hui, Points-Cœur est toujours actif dans une quinzaine de pays. En parallèle, le prêtre a créé, sous son autorité, trois associations de prêtres et de religieuses qui comptent, en 2017 une centaine de membres.
«Culte de la personnalité»
Tout allait bien jusqu’à ce que les premiers témoignages parviennent aux autorités ecclésiastiques au début des années 2000, mettant en cause des dérives internes. «Tout tourne autour de la personnalité de Thierry de Roucy. Il y a un vrai culte de la personnalité et une idéologie très enfermante. On envoie, sans les former, des jeunes vivre dans des conditions très extrêmes», nous raconte une jeune femme, partie en mission au Liban il y a une douzaine d’années.
Au même moment, l’ex-bras droit de Thierry de Roucy alerte l’Eglise sur les abus sexuels dont il a été la victime. L’affaire remonte au ¬Vatican, où la Congrégation pour la doctrine de la foi demande l’ouverture d’une procédure judiciaire interne qui aboutit, en 2011, à la condamnation du fondateur de Points-Cœur. Homme de réseaux, Thierry de Roucy a toujours bénéficié d’importants soutiens, notamment dans la grande bourgeoisie catholique, ce qui lui a permis de faire traîner les choses. En 2013, il est même promu par l’Etat officier de la Légion d’honneur malgré sa condamnation par l’Eglise.
Depuis 2011, la pression s’est nettement accentuée, obligeant l’évêque de Toulon, Mgr Dominique Rey, à réagir. C’est de lui dont Thierry de Roucy et ses œuvres dépendent hiérarchiquement. Chef de file des milieux ultraconservateurs catholiques, Rey a longtemps traîné les pieds pour régler la question de Points-Cœur et de Roucy. Il est même intervenu en 2013 (mais sans succès) pour que le prêtre condamné puisse aller s’installer à ¬Genève. Prudemment, l’évêque suisse du lieu a refusé de l’accueillir.
«Il n’en fait qu’à sa tête»
Coup sur coup, deux rapports commandés par Rey, le premier en 2014 et le second fin 2016, ont mis en cause les dysfonctionnements internes de Points-Cœur. L’évêque a dû aussi exiger que Thierry de Roucy rentre des Etats-Unis, le menaçant même, puisqu’il n’obtempérait pas, de le déchoir de son statut de prêtre pour «désobéissance». «Roucy n’en a toujours fait qu’à sa tête», explique un prêtre, très bon connaisseur du dossier. En fait, c’est l’archevêque de New York, Timothy Dolan, qui a demandé expressément le départ de Thierry de Roucy, qui vivrait désormais en région parisienne. Frappé de plein fouet par les scandales liés à la ¬pédophilie, l’épiscopat américain est devenu très sourcilleux.
De son côté, l’association Points-Cœur se terre dans son silence. Au siège, dans le sud de la France, on fait savoir que le responsable actuel, le père Laurent Pavec, «est à l’étranger». Pour ce qui est du fondateur, il est injoignable malgré plusieurs tentatives, vivant probablement en région parisienne. Thierry de Roucy, malgré tout, bénéficie encore de solides appuis, rassemblés au sein d’une association, Compassion et Vérité, qui regroupe des parents de religieux engagés auprès de lui. En septembre 2016, son président, Thierry Palluat de Besset, a envoyé un très long courrier aux évêques français, dénonçant des «manipulations malhonnêtes» et contestant la régularité des procédures engagées contre le prêtre et ses œuvres.
De son évêché, Dominique Rey a été contraint, à son tour, de réagir et d’écrire, en octobre, à ses confrères évêques. Dans sa missive, Rey ne cachait guère que l’avenir de Points-Cœur était de plus en plus compromis. Pour l’heure, à Toulon, on attend surtout les directives en provenance du Vatican où plusieurs services planchent sur ce dossier complexe. Procédurier et tenace, Thierry de Roucy, comme ultime ¬parade, a introduit un recours pour contester la menace d’excommunication qui plane sur lui. Son chant du cygne, sans doute.

Libération du 16.03.2017

 

 

 

 

POPULISME


Montée des populismes en Europe occidentale: le pape exprime sa préoccupation

Interview à paraître le 9 mars 2017 dans l’hebdomadaire allemand « Die Zeit »

Le pape François exprime sa préoccupation face à la montée des populismes en Europe occidentale, dans une interview à paraître le 9 mars 2017 dans l’hebdomadaire allemand Die Zeit.
« Je suis un pécheur, je peux me tromper » titre le Zeit, le titre original étant : « Ich bin Sünder und bin fehlbar« . L’entretien a été réalisé au Vatican fin février, et c’est le premier accordé à un média allemand.
Le pape y évoque ses combats, le danger du populisme et l’année Luther, indique un avant-papier du Zeit en ligne.
Le pape se dit notamment préoccupé par la montée des populismes dans les démocraties occidentales : « Le populisme est mauvais et il finit mal, comme le siècle dernier l’a montré. » Il ajoute : « Le populisme, cela signifie utiliser le peuple », « il a toujours besoin d’un messie et de la justification de devoir préserver l’identité du peuple ».

Zenit du 08.03.2017
 


 

 

 

 

RELIGIONS


« Une forte demande sociale de connaissance du fait religieux »

Jean-Paul Willaime Directeur d’études émérite à l’École pratique des hautes études (EPHE), section sciences religieuses (1).

Alors que « La Croix » lance aujourd’hui un onglet « Faits religieux » sur son site (lire ci-dessous), Jean-Paul Willaime revient sur la signification de cette expression, depuis sa popularisation au début des années 2000 jusqu’à sa banalisation aujourd’hui dans l’enseignement laïque et dans les médias.

L’expression « faits religieux » est aujourd’hui partout. Que recoupe-t-elle précisément ?
Jean-Paul Willaime : Elle vise à saisir, à travers diverses approches disciplinaires, les phénomènes religieux comme des « faits historiques et sociaux ». Le mot « fait » objective l’approche, en nous renvoyant, quelle que soit notre sensibilité religieuse personnelle (ou notre rejet critique de la religion), à une réalité indéniable.
Plus largement, les « faits religieux » – on privilégie aujourd’hui le pluriel – se présentent comme des faits collectifs – puisqu’ils génèrent des sentiments communautaires et des pratiques collectives –, matériels – comme en témoignent toutes les traces, architecturales, picturales ou littéraires, issues des différents patrimoines religieux –, sensibles – puisqu’ils se fondent sur du vécu, de l’expérience, et enfin symboliques (les représentations du divin, les rites, les pensées théologiques). Ce vocable permet de rendre compte des diverses dimensions du religieux et de l’extrême variété phénoménale de ses expressions à travers les langues, les pays et les siècles.

Depuis quand existe-t-elle ?
Jean-Paul Willaime : Cette expression existe depuis des décennies notamment, en sociologie, à travers la notion de « fait social » d’Émile Durkheim. En 1993, le célèbre historien Jean Delumeau avait déjà publié un ouvrage collectif, intitulé Le Fait religieux. Mais l’expression ne s’est vraiment popularisée qu’en 2002 en France, lorsque Régis Debray a publié son rapport sur « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque ».
Le philosophe avait estimé à cette époque qu’il était de bonne diplomatie de parler de « faits religieux » pour bien faire comprendre que renforcer la prise en compte du religieux à l’école publique ne signifiait aucunement réintroduire le catéchisme dans les programmes scolaires, les professeurs étant invités à aborder toutes les religions d’un point de vue historique, loin de tout prosélytisme. Comme de nombreux intellectuels agnostiques et religieux, il prônait alors une approche respectant la laïcité des institutions publiques, la déontologie de l’enseignement et la liberté de conscience et de culte de chacun.

Quelle place cette expression tient-elle aujourd’hui dans la société ?
Jean-Paul Willaime : Outre son emploi dans le système scolaire actuel, cette expression a eu un certain succès dans les médias. Sa banalisation traduit un regain d’intérêt pour l’étude du religieux : en témoignent notamment la multiplication, et le succès, de revues spécialisées autour des « faits religieux » – comme Le monde des religions –, ou encore la recrudescence de cycles de conférences publiques, de mémoires et de thèses universitaires à ce sujet.
Il y a actuellement une forte demande sociale de connaissance et de compréhension du fait religieux, qui peut notamment s’expliquer par une baisse de la pratique : les jeunes générations sont de moins en moins « socialisées » religieusement, elles veulent donc se familiariser avec ce phénomène qu’elles jugent un peu mystérieux.
En outre, à travers toutes les polémiques sur la laïcité, sur les crèches dans les mairies, sur la place de l’islam ou encore sur les atrocités commises au nom d’une religion, l’actualité quotidienne et internationale contribue à réactiver cette demande de connaissance.

Pourquoi son emploi fait-il encore parfois débat ?
Jean-Paul Willaime : Quelques-uns estiment toujours qu’étudier les faits religieux à l’école publique serait accorder trop d’importance à un phénomène qui ne le mériterait pas… D’autres estiment au contraire que parler de « faits religieux » constitue une approche trop « positiviste » de la religion qui ne s’intéresserait pas au vécu religieux des fidèles et qui manquerait d’empathie compréhensive. Une approche, par exemple, qui aborderait l’étude de tel ou tel pèlerinage sans essayer d’en comprendre la portée spirituelle. Ce qui est, bien sûr, une vision réductrice du « fait religieux ».

Un espace « Faits religieux » sur le site la-croix.com
Jamais, que ce soit en France ou à l’international, les religions n’ont été aussi souvent sur le devant de l’actualité. Mais jamais non plus, peut-être, elles n’ont donné lieu à autant de raccourcis, d’incompréhensions, ou de malentendus. C’est pour répondre à ce besoin de décryptage et d’explication, d’autant plus important que la culture religieuse est, elle, de moins en moins présente, que La Croix lance, sur son site, cette semaine, un nouvel espace, intitulé « Faits religieux ». Il a pour vocation de traiter tous les faits qui touchent de près ou de loin aux religions ou la laïcité, en tirant profit de l’expertise sur ce sujet des journalistes de la rédaction. Le menu de navigation sur le site, qui jusqu’ici était plus orienté sur l’actualité du monde catholique, a été remanié pour mieux couvrir l’ensemble des religions. En choisissant d’intensifier le traitement des autres religions, La Croix, qui affirme clairement ses racines catholiques sans s’y laisser enfermer, entend répondre au besoin de compréhension qu’impose la marche du monde.

(1) Auteur de Le Défi de l’enseignement des faits religieux à l’école. Réponses européennes et québécoises (dir.), Riveneuve Éditions, 2014.

La Croix du 28.02.2017
 




 

 

 

 

REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO


En RD-Congo, un appel pour cesser les attaques contre l’Église catholique

Dans un communiqué commun, jeudi 23 février, l’ONU, le représentant du pape à Kinshasa et l’épiscopat congolais ont demandé l’arrêt immédiat des attaques commises contre les paroisses catholiques à travers tout le pays.
Depuis plusieurs jours, l’Église catholique de République démocratique du Congo (RDC) est touchée par une vague de violence. Samedi 18 février, le grand séminaire de Malole de Kananga, dans le Kasaï central, a été saccagé. Le dimanche 19 février, des individus non identifiés avaient profané l’église catholique Saint-Dominique à Kinshasa.
Jeudi 23 février, la mission de l’ONU en RDC (Monusco), mais aussi la conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et le représentant du pape dans le pays ont signé un texte commun, appelant à la « cessation immédiate » de ces attaques ciblées contre l’Église catholique, dont les auteurs n’ont pour le moment pas été identifiés.
Une condamnation commune et unanime
« Ces attaques ont été particulièrement violentes dans les provinces de Kinshasa, Haut-Katanga, Kasaï central et Kasaï oriental », ont précisé les signataires du communiqué, « condamnant fermement ces actes », qualifiés de « punissables », demandant également aux « acteurs politiques de les condamner tout aussi fermement afin de déjouer toute tentative de manipulation visant à fragiliser l’accord » de cogestion du pays signé le 31 décembre par le pouvoir et l’opposition.
Ces violences ont-elles un lien avec l’action de l’Église catholique, qui assure depuis plusieurs mois la médiation entre pouvoir et opposition ? Cette médiation est destinée à sortir le pays de la crise politique née du maintien au pouvoir du président Joseph Kabila, dont le mandat a pris fin le 20 décembre.
L’accord du 31 décembre n’est toujours pas appliqué
À ce stade, la réponse à cette question n’est pas claire, mais l’église Saint-Dominique, profanée à Kinshasa, est située non loin du siège de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti de l’opposant historique Étienne Tshisekedi, mort le 1er février à Bruxelles, à l’âge de 84 ans.
À l’annonce de la mort de Tshisekedi, certains de ses partisans avaient menacé de s’en prendre aux biens de l’Église catholique. La raison de leur colère ? Le retard dans la mise en œuvre de l’accord sur une transition politique, signé le 31 décembre, et qui autorise Joseph Kabila à demeurer au pouvoir jusqu’à fin 2017, en échange d’un mécanisme de cogestion du pays.
Quelques jours auparavant, des tracts appelant à la destruction des « écoles et églises » catholiques avaient circulé dans la capitale du pays Kinshasa, menaçant de mettre leurs paroles à exécution si l’application de l’accord du 31 décembre n’était toujours pas effective à la date du 18 février.
Les tracts n’ayant pas fait avancer les choses sur le plan politique, les menaces avaient été mises à exécution. Après ces violences, il est nécessaire que les responsables politiques prennent au plus vite leurs responsabilités.

La Croix du 24.02.2017

 




 

 

 

 

SANTE


Les médecines alternatives intéressent de plus en plus les Français

Le baromètre santé 2016 des Pages Jaunes se base sur les recherches effectuées par les Français pour trouver des professionnels et établissements de santé sur le site PagesJaunes. Parmi les constats : la médecine alternative semble séduire de plus en plus. Médecins les plus recherchés, période de pointe… Voici quatre éléments à retenir de ces données.
Le troisième baromètre santé des Pages jaunes s’appuie sur les recherches faites sur cet annuaire en ligne. Celles liées à la santé représentent 17,32 % des 1 645 728 088 recherches, tous secteurs confondus.
1. Le boom des médecines alternatives
« Sophrologue, magnétiseur, naturopathe… L’intérêt des Français pour les médecines alternatives se confirme », note le rapport. « Entre 2013 et 2015, les recherches pour ces praticiens ont augmenté en moyenne de 155 % ! »
En tête des recherches, les sophrologues (+ 121 % en deux ans, avec 970 000 recherches en 2015), viennent ensuite les hypnothérapeutes (+ 338 % en deux, avec 358 000 recherches en 2015), les magnétiseurs (+159 %), les naturopathes.
Toutefois, « même si elles augmentent très fortement d’une année sur l’autre, les recherches de médecines alternatives restent encore très loin derrière les recherches de médecine conventionnelle », précise tout de même ce baromètre. Pour 1 recherche de praticiens de médecine alternative, on compte 17 recherches de médecine conventionnelle.
2. Le top 5 des praticiens les plus recherchés
Évidemment, ce sont les médecins généralistes, les plus nombreux et bien souvent premiers interlocuteurs, qui font l’objet du plus grand nombre de recherches. Viennent ensuite, les dentistes, les kinés, les ophtalmos et les dermatologues.
« En revanche, ce sont des spécialités moins conventionnelles qui ont le plus progressé entre 2014 et 2015. Ainsi la psychothérapie [+ 261% de recherches entre 2014 et 2015] et l’hypnothérapie sont dans le top 3 des pratiques qui explosent », ajoute le rapport.

http://www.ouest-france.fr/sante/les-medecines-alternatives-interessent-de-plus-en-plus-les-francais-4819818
24/02/2017

En Algérie, les charlatans prospèrent faute d'une médecine à la hauteur

Alors que le système de santé publique est en piètre état, des cliniques privées ont poussé comme des champignons ces dernières années.

Malades graves et désespérés, patients excédés par la dégradation des soins ou leur coût élevé, de plus en plus d'Algériens se détournent de la médecine officielle au risque d'être victimes de charlatans.
Une récente affaire autour d'un "produit miracle" a montré l'ampleur du phénomène, éclaboussant au passage le ministre de la Santé.
Un complément alimentaire censé aider à combattre le diabète a été lancé sur le marché en décembre à grand renfort de publicité par une chaîne de télévision privée.
Le ministre de la Santé Abdelmalek Boudiaf a même apporté son soutien au promoteur du produit, Toufik Zaïbet, qui vantait un "médicament" aux effets curatifs "incontestables".
La mise sur le marché du produit a entraîné dans l'est et l'ouest du pays des files d'attentes devant les pharmacies. Le succès a été tel que le produit (vendu environ 15 euros la cinquantaine de comprimés) s'est retrouvé sur le marché noir avec un prix multiplié par quatre.
Mais le monde médical s'est rapidement élevé contre la vente du produit qui n'avait pas reçu l'autorisation d'être commercialisé comme médicament et la presse a qualifié son promoteur d'imposteur.
Et alors que les appels à la démission de M. Boudiaf se sont multipliés, le produit a fini par être retiré du marché à la mi-décembre par son ministère qui a dénoncé, dans une volte-face, une surmédiatisation "trompeuse".
- 'Escroquerie' -
Le président de la société algérienne de diabétologie Mourad Semrouni a parlé d'"escroquerie". Il a dénoncé l'illusion d'un traitement miracle qui a conduit, selon lui, des patients à abandonner leur traitement classique, au profit d'un produit controversé, mettant en danger leur santé.
"Beaucoup de malades sont tombés dans un coma diabétique", a-t-il même affirmé à l'AFP.
Interrogé mercredi par l'AFP, M. Zaïbet a déclaré cependant qu'il ne faisait l'objet d'"aucune pousuite judicaire".
Alors que le système de santé publique est en piètre état, des cliniques privées ont poussé comme des champignons ces dernières années. Ces établissements restent cependant inaccessibles aux plus démunis qui sont ainsi enclins à se tourner vers des solutions alternatives et moins coûteuses.
Le projet de construction de nouvelles infrastructures sanitaires et la modernisation des structures existantes a été renvoyé aux calendes grecques en raison de la chute des prix du pétrole, principale ressource du pays.
"Le charlatanisme a de beaux jours devant lui en Algérie en raison notamment de l'inexistence d'une éducation dans le domaine de la santé", déplore en outre le Pr Semrouni.
Peu après l'interdiction du produit de M. Zaïbet, une nouvelle affaire a éclaté avec l'ouverture d'une structure appelée "clinique" d'exorcisme par un guérisseur controversé.
- Succès de la 'roqia' -
Celle-ci a été inaugurée à Relizane (nord-ouest) en grande pompe par son promoteur, cheikh Abou Muslim Balahmar, en présence de nombreuses célébrités du spectacle.
Mais cette fois, les autorités ont réagi avec célérité en ordonnant, moins d'une semaine après son ouverture, la fermeture de l'établissement, faute d'autorisation.
Selon la presse, cheikh Abou Muslim Balahmar est actuellement sous le coup de poursuites judiciaires pour "utilisation de substances médicales sans autorisation et recrutement illégal d'infirmiers".
En 2013, il avait écopé d'un an de prison pour "charlatanisme" pour avoir exercé illégalement l'activité de guérisseur. Il avait été poursuivi à la suite d'une plainte faisant état de séances d'exorcisme qu'il menait avec des proches.
Les médias font régulièrement état de séances d'exorcisme ayant viré au drame dans différentes régions du pays.
Les exorcistes sont souvent sollicités pour soigner les malades, "chasser le démon", se préserver du mauvais œil ou venir en aide aux épouse stériles.
Si l'islam autorise l'exorcisme, considéré comme légal car il se fait avec la parole de Dieu, nombreux sont ceux qui dénoncent le fait que cette pratique est souvent le fait de personnes sans scrupules qui abusent de la détresse des malades, en particuliers ceux atteint de maladies mentales et spirituelles.

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/en-algerie-les-charlatans-prosperent-faute-d-une-medecine-a-la-hauteur_111190
10.03.2017



 

 

 

 

SCIENTOLOGIE


La série sur la scientologie de Leah Remini est renouvelée pour une deuxième saison

La chaîne A & E Network a décidé de donner à Leah Remini la possibilité d’explorer encore un peu plus l’Eglise de scientologie. La série de la jeune femme, elle-même ancienne membre de l’institution, Leah Remini : Scientology and the Aftermath, va être renouvelée pour une deuxième saison qui contiendra 10 épisodes.
Dans sa série documentaire, Leah Remini fait notamment intervenir d’anciens scientologues afin de dévoiler les méthodes et le fonctionnement de l’Eglise. « Face à la façon dont l’organisation a répondu, sans prendre la responsabilité de ce qu’elle fait aux gens, je dois continuer, a expliqué Leah Remini à The Hollywood Reporter. Ce serait un tout autre scénario s’ils cessaient d’essayer de discréditer les histoires de tout le monde et disaient simplement : "Si vous n’aimez pas, ne faites pas partie de la Scientologie". »
La Scientologie en colère
Des sources évoquent un retour à la télévision pour cet été. La chaîne se félicite en tout cas de cette deuxième saison. « A travers sa passion et sa persévérance, Leah a fait preuve d’audace pour encourager les gens à parler, et nous avons hâte de partager encore davantage d’histoires avec une nouvelle saison », a dit dans un communiqué Elaine Frontain Bryant, vice-présidente exécutive et responsable des programmes de A & E.
De son côté, l’Eglise de Scientologie ne voit pas cette deuxième saison d’un bon œil et s’est fendue d’un communiqué. Elle accuse Leah Remini de vouloir avant tout faire de l’argent, et assure que deux sources de la précédente saison ont été payées.

« Leah Remini est devenue ce qu’elle a jadis promis de ne jamais être : "une ex-scientologue amère". Comme nous l’avons dit à maintes reprises, Leah Remini doit avancer dans sa vie et sa carrière. Elle doit cesser de blâmer l’Église et les autres pour tous ses échecs personnels et professionnels et prendre ses responsabilités. Surtout, il faut qu’elle arrête de promouvoir la haine et l’intolérance religieuse afin de remplir ses poches » peut-on notamment lire sur le site géré par l’Eglise de Scientologie, et qui sert avant tout à descendre la série de Leah Remini.

http://www.20minutes.fr/people/2032343-20170318-serie-scientologie-leah-remini-renouvelee-deuxieme-saison
18.03.2017

 


 

 

 

 

SHORA KUETU


Enfant laissé durant 15h sur un balcon à Saint-Josse: voici le gourou des parents (vidéo)

Le 26 décembre dernier le petit Daryl, 6 ans, était laissé durant 15 longues heures sur le balcon d’un appartement à Saint-Josse parce qu’il avait « volé » de la nourriture dans le frigo. Aux enquêteurs, la mère et le beau-père du garçon ont affirmé qu’ils n’avaient fait que suivre les préceptes de leur « pasteur », un certain Shora Kuetu. Découvrez l’étrange personnage !
Des individus en pleurs, tremblant, criant. Un homme, micro à la main s’approche d’eux. Il pose alors sa paume sur leur crâne pour les libérer du mal. Cet homme se nomme Shora Kuetu, un Français d’origine congolaise. Ce dernier officie principalement en France, mais il tient régulièrement des conférences à Bruxelles.
Taper son nom sur internet et vous tomberez sur de nombreuses vidéos comme celle décrite ci-dessus. Ces pratiques sont loin d’être rare dans les milieux évangélistes bruxellois. Ces églises sont nées, entre autres, de l’immigration africaine.
D’une vidéo à l’autre, Shora Kuetu distille sa compréhension de la bible, comment être un bon père de famille, interdiction des extensions de cheveux, affirmer l’organisation patriarcale de la famille, entre autres exemples. Nous pouvons également l’apercevoir guérissant des adeptes de maladie plus ou moins grave, d’un simple touché.
(Regardez la vidéo à 1:39 pour voir les « désenvoutements » )
Autant de préceptes et pratiques qui sont répandus dans beaucoup de mouvement religieux. Mais celui-ci comptait parmi ses adeptes un couple vivant à Saint-Josse, qui dans le respect de ces enseignements, a laissé un enfant des heures durant dans le froid hivernal.
Notre enquête exclusive sur Shora Kuetu ainsi que le témoignage du père biologique de Daryl, à lire sur le nouveau site digitale de La Capitale.

http://www.lacapitale.be/1800656/article/2017-03-03/enfant-laisse-durant-15h-sur-un-balcon-a-saint-josse-voici-le-gourou-des-parents
4 Mars 2017




 


 

 

 

 

SOLIDARITE ET PROGRES


Présidentielle : Cheminade, le candidat lunaire qui a obtenu trois fois ses parrainages

Jacques Cheminade met à disposition sur son site Internet un programme très dense dans lequel nous nous sommes plongés.

A 74 ans, le doyen de la présidentielle, pour la troisième fois «candidat surprise», est régulièrement renvoyé à ses lubies, notamment spatiales. Il fait aussi de nombreuses propositions économiques. Nous avons mis le nez dans son projet.

On le connaît surtout pour ses ambitions spatiales, ses tendances complotistes et son combat contre les jeux vidéos. Mais qui est Jacques Cheminade ? C'est la troisième fois que ce diplômé de l'ENA obtient les 500 parrainages nécessaires pour être officiellement candidat à la présidentielle. Bien que ses mesures se soient peu renouvelées et soient très difficiles à chiffrer, il dispose de quelques propositions pour se «libérer de l'occupation financière», son slogan de campagne. Inclassable, Cheminade se définit comme un «gaulliste de gauche», votant Royal en 2007 et Hollande en 2012, mais peut s'apparenter à un souverainiste, notamment avec sa volonté d'abandon de l’euro et du traité de Maastricht. Il est aussi climatosceptique, comme Donald Trump. Portrait et tour d'horizon de son programme.

Ses idées loufoques et ses contentieux avec l'Etat ne sont pas un mythe. En 2005, l’organisme de veille et de lutte contre les dérives sectaires Miviludes s'inquiète de l'idéologie de son mouvement, Solidarité et Progrès, véhiculée notamment auprès des jeunes. A l'époque, le candidat des présidentielles de 1995 et 2012 réitère ses insinuations de participation du gouvernement Bush à l'attentat du 11 septembre. Il soutient aussi que «la reine d'Angleterre tire sa fortune du trafic de drogue». Le monde anglo-saxon l'obsède, alors qu'il dénonce depuis toujours «l’oligarchie financière de la City et de Wall Street». Il ne renie pas l'influence d'un homme politique américain très controversé, Lyndon LaRouche, sans assumer en France les mêmes tendances homophobes, négationnistes ou encore conspirationnistes de ce mentor. Jacques Cheminade fait, lui, toujours attention de ne pas dépasser les limites de la légalité.

En 2007, l'ancien haut fonctionnaire des Finances comparait par ailleurs les réseaux sociaux MySpace et Facebook à «un camp de concentration mental sans larmes».Et en 2012, il fait une entrée fracassante dans la campagne officielle en commentant la tuerie de Toulouse : «Très souvent, ces meurtres de masse sont associés à des jeux vidéo violents.» Vendredi, sur BFM TV, le candidat de 2017 a renouvelé l'analyse au sujet de la fusillade de Grasse. Il dénonce toujours aujourd'hui «l’industrie numérique du divertissement».

L'espace, au centre du projet

Souvent qualifié d'«ovni» politique, il défend également l'idée d'une colonisation martienne, avec l'expérimentation à grande échelle d'une vie terrienne sur cette planète. Le candidat parle de construction de transporteurs spatiaux «pour raccourcir la durée future des trajets Terre-Mars» et d'industrialisation de la Lune. Une idée d'ailleurs fondamentale de son projet puisqu'il considère que «le système économique et culturel actuel» ne permet pas une telle conception de l'espace, «c’est pourquoi il faut changer de système».

Lors de ses précédentes campagnes, il n'a toutefois jamais recueilli plus de 1% des voix. En revanche, il a bien été le premier candidat dont le Conseil constitutionnel a invalidé les comptes. Pour sa première participation à la présidentielle, en 1995, il avait en effet contracté des prêts à taux zéro auprès d'une vingtaine de particuliers (pour un total de deux millions de francs). Le Conseil constitutionnel a requalifié ces entrées d'argent en dons, du fait de l'absence d’intérêts. La somme ainsi engrangée constituait un dépassement du plafond autorisé à l'époque. Jacques Cheminade a donc été prié de reverser à l'Etat la partie remboursée comme frais de campagne. Ce qu'il a refusé de faire. En 2013, l'Etat s'est servi dans les frais de campagne qui devaient lui être remboursés pour 2012.

Doué pour la pêche aux parrainages

Ce qui n'a visiblement pas empêché l'essayiste de se relancer dans une nouvelle course à l'Elysée. Très discret hors période de campagne, Jacques Cheminade entretient son réseau de petits élus et de mécènes. Sur le terrain, quelques proches ne comptent pas leurs efforts pour convaincre les petits maires de lui donner sa chance, au titre de la diversité démocratique. Et ça marche (lire ici nos témoignages). Le candidat a également su s'adapter, a minima, à Internet, avec des fiches pratiques sur son projet économique disponibles sur le site de son parti.

http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-cheminade-le-candidat-lunaire-qui-a-obtenu-trois-fois-ses-parrainages-17-03-2017-6771630.php
18 mars 2017


 


 

 

 

 

SOS CHRETIENS D'ORIENT


SOS Chrétiens d'Orient, une ONG très idéologique

Les dirigeants et fondateurs de l'association sont pour la plupart issus de l'extrême-droite.

« Nous ne sommes pas d'abord une organisation humanitaire, nous voulons surtout retisser des liens entre les chrétiens d'Orient et les chrétiens d'Occident », insiste Arthur du Tertre, le secrétaire général de SOS Chrétiens d'Orient. Créée en 2013, l'association a suscité en peu de temps une certaine mobilisation chez des catholiques français, avec notamment l'envoi sur place de plus de 400 volontaires.
Ses dirigeants et fondateurs sont tous des jeunes issus de la droite catholique identitaire. À commencer par son président, Charles de Meyer, assistant parlementaire du député de la Ligue du Sud, Jacques Bompard. Le directeur général, Benjamin Blanchard, a également travaillé pour Jacques Bompard, avant de devenir l'assistant parlementaire de l'eurodéputée frontiste Marie-Christine Arnautu. L'association a pour chef de mission en Irak François-Xavier Gicquel, qui avait dû rendre sa carte du Front national à cause de photos le montrant en train de faire le salut nazi et de sa participation à un apéro « saucisson-pinard ». SOS Chrétiens d'Orient compte aussi parmi ses militants des membres de Génération identitaire, dont Damien Rieu, ancien porte-parole de cette organisation de jeunes qui fait partie du mouvement d'extrême droite Bloc identitaire.

Capable de monter des campagnes de communication extrêmement efficaces, notamment en invitant à courir le semi-marathon de Paris, l'association dispose déjà d'un important réseau de donateurs (pour un budget qui serait de plusieurs millions d'euros), elle organise des voyages en Syrie pour des hommes d'Église et aussi des députés, dont Jean-Frédéric Poisson (Parti chrétien-démocrate), Véronique Besse (Debout la France), Thierry Mariani (Les Républicains) et Gérard Bapt (Parti socialiste). Elle intervient dans nombre de paroisses et d'établissements catholiques. Le tout grâce à sa relation de confiance avec les communautés chrétiennes sur place, mais aussi avec le régime syrien de Bachar el-Assad, le dictateur qui serait, à ses yeux, le « protecteur des chrétiens » et que l'association se refuse de critiquer, allant jusqu'à organiser des rencontres avec lui. C'est par son entremise que le diocèse de Fréjus-Toulon a pu organiser un jumelage avec celui de Homs après un voyage sur place de Mgr Rey.

« Nous n'avons aucun lien avec une organisation politique, nous voulons aider les chrétiens d'Orient, c'est tout », assure Arthur du Tertre, en suggérant que certains seraient jaloux du succès de sa jeune ONG. À l'Œuvre d'Orient, on tient en tout cas à se démarquer. L'année dernière, cette organisation qui dépend de l'Église catholique et qui soutient les communautés chrétiennes de la région depuis plus de 150 ans a même envoyé une lettre à ses donateurs pour les avertir du risque de confusion entre les deux associations.

La Vie du 05.01.2017

Confusion autour de l’aide aux chrétiens d’Orient

Soucieuse de se démarquer de « SOS chrétiens d’Orient », jeune association d’aide humanitaire aux chrétiens d’Orient, l’Œuvre d’Orient a envoyé un courrier à ses donateurs

Pourquoi l’œuvre d’Orient s’adresse-t-elle à ses donateurs ?
Dans un courrier daté du 9 décembre, adressé à ses donateurs, l’Œuvre d’Orient met en garde contre le risque de confusion entre cette dernière, présente depuis plus d’un siècle et demi auprès des communautés chrétiennes du Proche-Orient (22 pays), et la jeune association « SOS chrétiens d’Orient », très active dans les médias et sur le terrain depuis deux ans. « Nous souhaitons lever clairement l’ambiguïté : il n’y a aucun lien entre nos deux associations », souligne Pierre Sabatié-Garat, le président de l’Œuvre d’Orient. Selon les responsables de cette œuvre d’Église dirigée par Mgr Pascal Gollnisch, la proximité des noms, les objectifs affichés et les documents émis par « SOS Chrétiens d’Orient » induisent en erreur nombre de donateurs. « Après avoir libellé leur chèque à SOS chrétiens d’Orient, ils se tournent vers nous pour obtenir leur reçu fiscal, détaille-t-on auprès de l’Œuvre d’Orient. D’autres encore s’étonnent de recevoir sans cesse de la publicité agressive qui ne vient pas de chez nous. » S’il rappelle dans sa lettre que les chrétiens d’Orient « ne sont évidemment la propriété de personne », le président de l’Œuvre d’Orient met aussi en garde contre la récupération de leur cause « à des fins de politique intérieure française ».

Qui sont « SOS Chrétiens d’Orient » ?
Fondée il y a deux ans par Charles de Meyer, ancien assistant du député d’extrême droite Jacques Bompard, et Benjamin Blanchard, ancien collaborateur de l’eurodéputée Marie-Christine Arnautu (FN), SOS chrétiens d’Orient se présente sur son site Internet comme une « association qui œuvre à la réalisation de projets concrets promouvant la fraternité avec les chrétiens d’Orient ». Ses dirigeants revendiquent l’envoi, en deux ans d’existence, de plus de 400 volontaires (essentiellement des étudiants) en Syrie, en Irak, au Liban et en Jordanie, ainsi que la levée annuelle de 3,5 millions d’euros. L’association a su se signaler sur le terrain par une multitude d’actions à forte visibilité : distributions de cadeaux à Noël et de nourriture, aide à la construction d’écoles et de logements pour les réfugiés, avec publication en temps réel de compte rendu sur les réseaux sociaux. Elle a aussi organisé des voyages « touristiques » en Syrie et la venue dans ce pays du député chrétien-démocrate Jean-Frédéric Poisson, avec à la clé la rencontre de Bachar-Al-Assad. « Notre but est d’être intégralement indépendants », affirme Charles de Meyer, se défendant de toute tentative de récupération des donateurs de l’Œuvre d’Orient : « Nos 35 000 donateurs ont un profil plus militant et sont intéressés par le côté dynamique de nos actions. »
Un « dynamisme » jugé toutefois excessif par les instances dirigeantes de l’Œuvre d’Orient. Un récent appel aux dons caricaturait ainsi les propos du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius en lui prêtant la phrase : « Le Front Al-Nosra (NDLR : branche syrienne du groupe islamiste Al-Qaida) fait du bon boulot », détournant celle-ci de son contexte. « On peut critiquer une position gouvernementale sans pour autant agresser un ministre », fait remarquer Mgr Gollnisch.

La Croix du 04.01.2016

Comment l'association SOS chrétiens d'Orient est noyautée par l'extrême droite

Elle compte des membres proches des mouvements identitaires et tente de réhabiliter Bachar al-Assad, révèle une enquête de Buzzfeed France.
Appel aux dons, mission humanitaire, rencontre avec des politiques… À première vue, SOS chrétiens d’Orient a tout d’une association caritative lambda. Pourtant, en plus de venir en aide aux chrétiens persécutés au Moyen-Orient, l’organisation, noyautée par l’extrême droite, tente de réhabiliter Bachar al-Assad, révèle Buzzfeed France dans une enquête parue mercredi.
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SOS Chrétiens d’Orient se présente comme une association apolitique, alors que «ses membres sont majoritairement issus de l’extrême droite radicale», raconte le site. Son président, Charles De Meyer, est l'assistant parlementaire du député d’extrême droite Jacques Bompard et un ancien membre du Printemps français, mouvement anti-mariage pour tous proches des milieux identitaires.
Dans les rangs de l’association, on retrouve plusieurs autres profils sulfureux, relevait déjà un article publié le 29 avril sur le site Reflexes : Maxime Gaucher, ancien candidat FN aux cantonales de 2009, condamné en 2013 pour l’agression d’une journaliste et du chef de la BAC de Lyon lors d’une Manif pour tous ; Damien Rieu, porte parole du groupe d’extrême droite Génération identitaire ou encore François-Xavier Gicquel, ancien membre des Jeunesses nationalistes, groupuscule dissous après la mort de Clément Méric. François-Xavier Gicquel a dû rendre sa carte du Front national après des photos le montrant en train de faire le salut nazi et une participation à un apéro «Saucisson-pinard».
SOS chrétiens d’Orient reste pourtant très discret sur sa proximité avec l’extrême droite souligne David Perrotin, l’auteur de l’enquête. Dans l’annonce parue au Journal officiel le 16 octobre 2013, l’association dit ainsi vouloir «développer des actions à caractère civique, culturel, pédagogique, caritatif sur les chrétiens d’Orient». Même neutralité sur son site officiel ou ses profils sur les réseaux sociaux. Résultat, les journalistes se laissent berner. Buzzfeed cite un reportage du JT de TF1, diffusé le 7 avril, dans lequel l’équipe suit «une trentaine de Français qui ont choisi de partir en vacances en Syrie». Parmi les interviewés, Rodolphe Istre, présenté comme un simple bénévole, alors qu’il a été plusieurs fois candidat dans le Var pour la Ligue du Sud, le parti de Jacques Bompard.
Voir le reportage à partir de 2’30"
«IL Y A UNE DÉSINFORMATION TOTALE VIS-À-VIS DE LA SYRIE»
Pourtant, malgré la présence de membres d’extrême droite dans ses rangs, l’association est loin d’être persona non grata au Parlement. «Des membres de SOS chrétiens d’Orient ont en effet participé à plusieurs réunions lors d’un groupe d’études sur les chrétiens d’Orient organisé à l’Assemblée nationale et animées par la députée UMP Valérie Pécresse», écrit le journaliste. Jérôme Toussaint, responsable officieux de la communication de l’association, faisait également partie de la délégation de parlementaires (PS, UMP et UDI) qui a rendu visite à Bachar al-Assad en février. L’homme prône ouvertement une «dédiabolisation» du dictateur, prétendant qu'«il y a une désinformation totale vis-à-vis de la Syrie».
Les élus concernés ne semblent tout de même pas très à l’aise avec les orientations idéologiques dissimulées de l’association. Seul à avoir répondu aux sollicitations de Buzzfeed, le député UMP Thierry Mariani, membre du groupe d’études sur les chrétiens d’Orient, dit assumer totalement : «Je ne regarde pas l’origine des membres d’une association. Cela ne me dérange pas qu’ils soient d’extrême droite, puisque la priorité c’est d’empêcher que des chrétiens soient persécutés.»

Libération du 21.05.2015




 

 

 

 

TERRE DU CIEL


Terre du ciel en danger, 18 emplois menacés

L’association spécialisée dans le développement personnel a lancé une procédure de dépôt de bilan. Elle est par ailleurs sous le coup d’une procédure d’expulsion, et va devoir quitter le domaine de Chardenoux.
Chardenoux va voir partir l’association Terre du ciel, et en accueillir une autre dans la foulée.
Son but a toujours été d’aider les personnes à mieux vivre. Mais aujourd’hui, c’est Terre du ciel qui va mal. À tel point que l’association spécialisée dans le développement personnel pourrait très prochainement stopper son activité.
Un gouffre financier
Dire que les finances sont dans le rouge est un euphémisme. L’association qui emploie 18 personnes a dû, en décembre, entamer une procédure de dépôt de bilan auprès du tribunal de grande instance de Chalon.
Pourtant, ses stages attirent toujours du monde, venu de toute la France. « Les racines du mal sont plus profondes, indique Marie-Laure Hairie, co-dirigeante de l’association. Nous avons hérité d’un modèle économique compliqué à tenir. Nous sommes une association à but non lucratif, donc nous devons pratiquer des tarifs abordables. Or il y a beaucoup de charges à payer, comme le loyer et l’entretien du domaine. » Il faut ajouter à cela l’échec, en termes de fréquentation, d’un forum organisé en novembre dernier à Paris sur l’éveil. « Cela a précipité nos difficultés », précise Marie-Laure Hairie.
Bientôt l’expulsion
Les salariés de l’association en sauront plus sur leur avenir la semaine prochaine, puisqu’une audience doit avoir lieu au tribunal de Chalon. Mais même si elle échappe à la liquidation judiciaire et donc à la cessation d’activité, Terre du ciel va devoir gérer un autre problème tout aussi sérieux. L’association est sous le coup d’une procédure d’expulsion. La Société civile immobilière propriétaire du domaine de Chardenoux lui a fait parvenir une mise en demeure la semaine dernière, en raison de loyers impayés (lire ci-dessous) : elle a jusqu’au 31 mars pour quitter les lieux.
« Pas un règlement de compte »
Le gérant de cette SCI n’est autre qu’Alain Chevillat, fondateur et ancien président de Terre du ciel. Il avait quitté l’association en 2014 en raison de désaccords avec le conseil d’administration. Mais Marie-Laure Hairie n’y voit nullement un règlement de compte. « Il est tout à fait dans son droit. » Elle précise toutefois que « la situation financière était déjà compliquée au moment du départ d’Alain Chevillat », et qu’ensuite « il y a eu moins de souplesse entre l’association et la SCI. » En attendant, ses équipes ont déjà commencé à préparer le départ. « On n’attendra pas le 31 mars. À la fin du mois, on aura quitté les lieux. » Et pour l’heure, il n’y a aucun plan B. Une incertitude de plus.
3 000 Le nombre de personnes qui se rendent chaque année au domaine de Chardenoux. Terre du ciel y propose des stages et formations de développement personnel, via l’art, le chant, la spiritualité… Les stages prévus à partir de la semaine prochaine ont tous été annulés…

Le Journal de Saône-et-Loire du 08.02.2017

Bientôt une « Université à ciel ouvert » au domaine de Chardenoux

Sollicité par nos soins, Alain Chevillat, fondateur de Terre du ciel et gérant de la SCI propriétaire du domaine de Chardenoux, s’est expliqué sur les raisons qui l’avaient poussé à entamer une procédure d’expulsion. « Nous savions depuis longtemps cette très mauvaise situation financière de l’association, avec un dépôt de bilan inévitable, et c’est pourquoi nous avons voulu prendre les devants, pour que le bail ne soit pas bloqué dans le processus administratif de la liquidation. » Une liquidation inévitable selon lui. « La dette de l’association envers la SCI propriétaire est aujourd’hui de 110 000 €, et va encore s’alourdir avec les durées de procédure. C’est énorme ! » A-t-il sa part de responsabilité, lui, l’ancien président ? « Quand je suis parti, l’endettement était bien moins important que celui d’aujourd’hui. »
En attendant, Alain Chevillat s’apprête à faire son retour « dès que possible » au domaine, avec son association À ciel ouvert, qu’il a créée après son départ de Terre du ciel. « Une équipe se constitue actuellement, composée d’anciens salariés ainsi que de nouvelles personnes. » Alain Chevillat annonce même l’inauguration, en mai, de “l’Université à ciel ouvert de Chardenoux”, sans donner plus de détail sur la nature des enseignements qui y seront prodigués. Tout juste précise-t-il qu’elle ne sera pas inscrite au Rectorat. « L’Éducation Nationale, en France, est peu ouverte aux formes nouvelles éducatives », précise-t-il.

Le Journal de Saône-et-Loire du 08.02.2017
 




 

 

 

 

Donald TRUMP


Le malaise grandit entre Donald Trump et la communauté juive

Le président américain a condamné, mardi 21 février, la recrudescence des actes antisémites dans le pays depuis début janvier.

Une déclaration saluée, mais jugée « tardive » par la communauté juive, inquiète dela distension de ses relations avec le gouvernement.

Ce week-end, encore 500 pierres tombales ont été profanées dans un cimetière juif de Philadelphie.

Des menaces « horribles et douloureuses ». Mardi 21 février, le président américain Donald Trump avait clairement condamné la recrudescence des actes antisémites dans le pays, après une série d’incidents perpétrés ces dernières semaines contre des centres et un cimetière communautaires.

« [Ils] sont un triste rappel du travail qui reste à faire pour éliminer la haine et les préjugés », avait alors déploré le président américain, lors d’une visite au musée de l’histoire afro-américain de Washington, tout en appelant à combattre « le sectarisme, l’intolérance et la haine sous toutes ses formes ». Des propos globalement salués, mais qui ont aussi prêté le flanc à la critique au sein de la communauté juive, inquiète de la distension de ses relations avec les autorités.

Un silence « inexcusable »

« [La déclaration du président] est bienvenue », mais elle est « tardive », a estimé en ce sens le rabbin Jonah Dov Pesner, directeur du Religious Action Center of Reform Judaism. « Le président Trump a été, de manière inexcusable, silencieux au moment où cette tendance d’antisémitisme se poursuivait et s’accélérait probablement », a-t-il, en outre, regretté.

« Jusqu’ici réticent à employer explicitement le terme – très attendu par la communauté juive – d’antisémitisme, Donald Trump a fini par le prononcer du bout des lèvres », explique Lauric Henneton, universitaire et auteur d’Histoire religieuse des États-Unis (Flammarion, 2012). « Ce qui peut mettre d’emblée en doute, aux yeux de la communauté juive américaine, sa sincérité et la crédibilité de cette déclaration », poursuit le spécialiste.

« Une hausse » des actes antisémites

Beaucoup, dans les rangs de la communauté juive, reprochent au milliardaire d’avoir – par sa rhétorique de campagne et ses propos virulents contre le « politiquement correct » –, libéré en quelques mois la parole de toute une frange gravitant autour des mouvances extrémistes américaines. Et d’avoir ainsi, implicitement, encouragé l’émergence d’un climat propice à la recrudescence des actes antisémites.

Birmingham, en Alabama, Tampa, en Floride, Saint Paul, dans le Minnesota, Buffalo et Amherst, dans l’État de New York… Lundi 20 février, une douzaine de centres juifs ont dû être évacués, après avoir reçu de fausses alertes à la bombe. Deux jours plus tôt, une centaine de tombes d’un cimetière juif de Saint Louis, dans le Missouri, avaient été profanées. Et ce week-end, encore 500 pierres tombales ont été profanées dans un cimetière juif de Philadelphie, rapportait la presse locale, dimanche 26 février. Au total, ces actes portent à 70 le nombre d’incidents de ce genre survenus depuis janvier dans une trentaine d’États américains et une province canadienne, a rapporté le Jewish Community Center Association of North America (JCC).

« Beaucoup d’amour » aux États-Unis

Aux États-Unis, la communauté juive, qui compte près de 5,7 millions de fidèles, s’inquiète aussi des réponses déconcertantes qui émanent du gouvernement sur la montée de l’antisémitisme. Interrogé à plusieurs reprises ces dernières semaines à ce sujet, Donald Trump a par exemple rétorqué, lors d’une conférence de presse commune avec le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, jeudi 16 février : « Je suis la personne la moins antisémite qui soit (…) et la personne la moins raciste qui soit. »

Et ce, tout en rappelant que sa fille, Ivanka, s’était elle-même convertie au judaïsme après son mariage et qu’il avait trois petits-enfants de cette même confession. La veille, il s’était contenté de répondre à une question similaire en promettant « beaucoup d’amour » ces prochaines années dans le pays.

Un soutien des juifs pro-sionistes

« D’un point de vue politique et international, pour les juifs sionistes, pro-Israël et notamment républicains, Donald Trump risque de demeurer un soutien pour Israël malgré les actes antisémites : ils continueront de le soutenir tant qu’il dénoncera ces actes… et ce même de façon retardataire », tempère Katia Batut, chercheuse associée à l’Institute for Canadian Jewish Studies (Canada) et auteur d’une thèse sur Le sionisme chrétien contemporain aux États-Unis, entre religion et politique.

« Mais pour les juifs non sionistes ou plus proches du parti démocrate, ces actes risquent en effet de les éloigner encore plus de ce président », ajoute-t-elle, en précisant qu’ils pourraient même renforcer l’Alya des juifs américains, c’est-à-dire leur émigration en Israël.

Plusieurs controverses

Depuis l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche, le 20 janvier, la communauté juive a condamné plusieurs « écarts » des autorités. D’abord, la nomination de Stephen Bannon au poste de « chef de la stratégie » de la toute nouvelle administration. Ancien directeur exécutif de la campagne présidentielle républicaine, l’actuel bras droit de Donald Trump a défrayé, à plusieurs reprises, la chronique ces derniers mois en tenant des propos controversés sur la communauté juive américaine et son histoire.

Réputé proche des mouvements blancs séparatistes, il a notamment qualifié le commentateur conservateur Bill Kristol de « juif renégat », et comparé le travail de l’une des principales associations de planification familiale américaine, Planned Parenthood, qui milite pour le droit à l’éducation sexuelle et l’avortement, à « l’holocauste », rapportent plusieurs médias locaux.

Une rupture qui risque de se creuser

« Il y a toute une mouvance sulfureuse, qui s’est rendue coupable d’antisémitisme – principalement verbal – auparavant, et qui gravite autour de Donald Trump : cela le rend particulièrement suspect aux yeux de la communauté juive », explique encore Lauric Henneton. Pour le spécialiste, la rupture risque de se creuser encore dans les mois à venir.

« Leurs relations sont très tendues, il est plus impopulaire que ses prédécesseurs républicains au sein de la frange électorale juive », précise-t-il, en rappelant que les juifs se portent historiquement, pour deux tiers d’entre eux, vers un vote démocrate mais qu’ils étaient près de trois quarts à avoir voté, au dernier scrutin, pour Hillary Clinton. Une impopularité qui s’explique notamment par des désaccords majeurs en matière d’accueil des réfugiés, et qui crée, poursuit Lauric Henneton, « au-delà des barrières confessionnelles, de réels points de convergence avec la communauté musulmane présente aux États-Unis ».

La Croix du 23.02.2017

Reconduites à la frontière, les évêques américains et mexicains critiquent vigoureusement Donald Trump

Les autorités américaines agissent en « terroristes » en matière d’immigration, accuse l’Église catholique mexicaine, reprochant aussi au gouvernement du président Enrique Peña Nieto de faire preuve de « soumission ».
Les évêques américains ont eux aussi exhorté l’administration Trump à reconsidérer son approche.
Au lendemain des nouvelles ordonnances de Donald Trump visant les migrants illégaux à la frontière mexicaine, l’Église catholique mexicaine est montée au créneau avec très grande fermeté, dimanche 26 février.
« Ce que fait M. Trump, ce n’est pas seulement appliquer un légalisme inhumain, mais un véritable acte de terrorisme », assène l’éditorial de l’hebdomadaire du diocèse de Mexico (Desde la Fe, Depuis la foi), accusant aussi les autorités mexicaines de ne faire que « des déclarations et des promesses, leurs réactions sont tièdes et elles montrent aussi la crainte et, pire encore, la soumission » à la politique de Donald Trump.
« Nous ne voyons pas de fermeté dans la défense de notre souveraineté, poursuit le texte sous le titre cinglant « Terrorisme migratoire ». Nous ne voyons pas de stratégies efficaces pour aider nos compatriotes. Nous ne trouvons ni intelligence, ni compétences parmi les responsables, pour faire face à cette crise humanitaire. »
« Psychose »
Critiquant vertement les mesures annoncées par le gouvernement de Donald Trump, qui veut expulser des millions d'immigrants clandestins, l'Église mexicaine estime que les coups de filet visant les sans-papiers ont semé « la peur » et provoqué « une véritable psychose » parmi les Mexicains résidant aux États-Unis.
Les clandestins sont estimés à 11 millions sur le territoire des États-Unis, pour la plupart des Mexicains, et ceux-ci avaient été particulièrement visés par Donald Trump durant sa campagne pour la présidence, en 2016, lors de laquelle il les avait traités de « violeurs et de criminels ».
Le plaidoyer des évêques américains
L'un des projets phare du président Trump en matière d'immigration est la construction d'un mur à la frontière avec le Mexique, mur qu'il veut faire financer par les autorités mexicaines.
Depuis son arrivée au pouvoir, les Églises américaines et mexicaine se mobilisent pour défendre les droits des migrants. Il y a deux semaines environ 35 évêques des États-Unis et du Mexique se sont réunis au Texas pour mettre sur pied un plan de bataille, en collaboration avec un groupe d'avocats. Ils ont notamment visité les prisons et recueilli des informations sur la situation des migrants qui ont été reconduits à la frontière sous le mandat de Barack Obama.
La mise en garde des évêques
De retour de cette visite, les évêques américains ont, eux aussi, mis en garde l’administration Trump : les nouvelles règles d’application de la frontière et de l'immigration mettent en danger inutilement les vulnérables, militarisent la frontière et causeront beaucoup d'autres problèmes, ont-ils prévenu dans un texte signé du président de la Commission épiscopale des migrations, Mgr Joe Vasquez, l’évêque d'Austin, le 23 février.
« Ces notes constituent l'ensemble d'un système d'application à grande échelle qui cible pratiquement tous les sans-papiers comme des "priorités" pour la reconduite à la frontière, ne donnant ainsi la priorité à personne », a déclaré Mgr Vasquez, regrettant que les mesures de protection à destination des enfants non accompagnés et des demandeurs d’asile aient été retirées de la politique fédérale.
« L'engagement de l'application de la loi locale pour faire appliquer la loi fédérale sur l'immigration peut nuire à la sécurité publique en faisant en sorte que beaucoup de ceux qui vivent dans les communautés migrantes craignent de coopérer avec les services locaux d'application de la loi », a-t-il encore développé, exhortant l'administration Trump à reconsidérer son approche au nom de la dignité de ces personnes.

La Croix du 23.02.2017




 

 

 

 

UNADFI


Phénomène sectaire : « Le but de la manipulation est d'annihiler l'esprit critique et le raisonnement »
Catherine Picard, présidente de l'Unadfi, et Marc François, avocat de l'association, expliquent le phénomène sectaire.

Quel est le rôle de l’Unadfi ?
L’Unadfi est une association d’utilité publique qui a une trentaine d’années. Elle regroupe 29 associations locales (Adfi) dont les missions sont d’accueillir et d’accompagner les victimes de sectes. L’Unadfi dispose d’un centre de documentation où l’on trouve des dossiers thématiques sur le phénomène sectaire. Une revue trimestrielle est publiée ainsi qu’un journal mensuel où l’on trouve des infos au niveau international.
Les Adfi locales reçoivent le public et participent aux réunions préfectorales. Elles proposent un accompagnement psychologique et psychiatrique et interviennent dans les établissements scolaires. Le combat de l’Unadfi est de rétablir la dignité des personnes abusées.

Comment définiriez-vous le phénomène sectaire ?
Il est basé sur des techniques d’emprise pour asservir un individu. Le manipulateur séduit, déconstruit et reconstruit selon un dogme. Trois critères définissent la démarche sectaire : l’emprise, l’abus de faiblesse et la rupture. L’objectif est d’annihiler l’esprit critique et le raisonnement.

Les personnes vulnérables sont plus sujettes à cette emprise…
Oui mais tout le monde peut avoir un moment de faiblesse, de mal-être, de doute, de questionnement. Certaines propositions sont entendables. Si on se sent bien en allumant des bougies dans sa cuisine et en méditant, pourquoi pas. Le problème, c’est lorsqu’un maître à penser demande à une femme de quitter sa maison en plein milieu de la nuit et de laisser ses mômes. Quand un gourou fait arrêter un traitement à un malade du cancer et lui conseille un jus de citron ou des prières, c’est fondamentalement criminel.

« Avoir un pouvoir sur l’individu »
Vous prenez l’exemple d’une femme, sont-elles plus sujettes à l’emprise et à la manipulation ?
Oui, selon les statistiques, les femmes âgées de 20 à 45 ans, insérées socialement qui vivent un moment de fragilisation. Elles sont face à un besoin qui les mène à une rencontre, pensent avoir trouvé une solution à leur problème, sont séduites et c’est là qu’il y a rupture. À une demande légitime, elles ont une réponse d’escroc. Bon, sur 30 personnes, il faut aussi dire que seulement deux seront séduites, les autres rentreront chez elles…

Ces dernières années, y a-t-il une recrudescence des phénomènes sectaires ?
Les sectes ont toujours existé. Regardez le New Age, ça existe depuis plus de cent ans ! Ces dernières années, on constate une augmentation des agressions sexuelles. L’objectif du gourou n’est pas toujours d’escroquer les gens financièrement mais d’avoir un pouvoir sur l’individu, sur sa santé, sur sa sexualité.

Vous avez des exemples ?
Oui, le professeur de yoga suisse autoproclamé qui sélectionnait dans son groupe des femmes entre 25 et 45 ans fragilisées par la vie, instables… Il donnait son « sperme sacré » à ses élues. Le pseudo thérapeute de Niort qui s’attaquait aux femmes en désir de perdre du poids, celui de Lannion qui faisait des femmes des appâts d’échangistes subissant des tortures. Le gourou de Gironde aussi, un guérisseur-philosophe qui organisait des orgies sadomasochistes avec des personnes socialement isolées croyant participer à la sauvegarde de la planète… Et l’année dernière le procès de Masset…

Racontez-nous…
C’était en décembre dernier, le procès de Masset à Albertville. Un « psychothérapeute » qui obligeait ses victimes à avoir des rapports sexuels. Les victimes étaient des gens qui recherchaient des conseils, un peu perdus, dans une période de questionnement, elles avaient besoin d’être épaulées. C’est toujours la même démarche, elles ont rencontré Jacques Masset qui était à leur écoute, très empathique. Elles se sont confiées, ont exposé leur intimité, le processus de déconstruction a démarré. Le faux thérapeute leur a conseillé de se réapproprier leur corps et les a mises en relation avec d’autres patients.
« Pour être psychanalyste, il ne faut rien »

Et le procès a donné quoi ?
Au départ, il y avait cinquante témoins. À la fin, il n’en restait plus que dix-sept. C’est très long ce genre de procès, ça a duré huit ans. Masset a écopé de cinq années de prison en correctionnelle.

Pourquoi en correctionnelle ?
Aux assises, le procès aurait été encore plus long, les victimes auraient pu avoir à prouver qu’elles n’étaient pas consentantes… Ce qu’il fallait montrer c’est la manipulation, l’emprise, la perte d’autonomie et du libre-arbitre des victimes.

Et Jacques Masset exerçait quelle profession ?
Psychanalyste. Pour être psychiatre, il faut un diplôme reconnu, comme pour être psychologue. Pour être psychanalyste, il ne faut rien. Il faut faire attention à toutes ces professions non réglementées, certains praticiens contournent la loi.

Comme dans le secteur du bien-être…
Oui, les énergéticiens, les sophrologues, les massages… dans n’importe quel salon on nous met des pierres chaudes ! Moi je veux bien, ça ne me pose pas de problème d’un point de vue collectif, je n’ai pas à juger de ça, même si à titre individuel, j’ai ma petite idée… Mais encore une fois, la technique n’est qu’un outil qui peut permettre à une personne malintentionnée d’exercer son emprise sur un individu.

« Coiffure psycho capillaire, coupe énergétique »
Ces pratiques sont liées à quoi ? A la société, au mal-être, à la crise ?
Les mouvements sectaires se créent au fur et à mesure que la société évolue. Les théories du complot, la nourriture, les OGM… Leur point de départ est l’observation objective des faits, c’est difficile de ne pas tomber dans le piège. Mais le but de la manipulation est bien d’annihiler l’esprit critique de l’individu afin qu’il soit ouvert à toutes les conneries du monde ! Je suis tombée sur la devanture d’un salon de coiffure indiquant : coiffure psycho capillaire, coupe énergétique. Vous y croyez ? On utilise trois mots à la mode mais ça ne veut rien dire. Vous vous rendez compte un peu ce qui se passe dans la tête d’une personne capable de mettre un truc pareil sur la devanture de son magasin !

Et qu’en est-il chez les médecins ?
Les médecins sont affiliés à un ordre mais certains praticiens pour exercer leur pratique non réglementée se désinscrivent de l’ordre. Ils n’ont pas le droit non plus d’utiliser leur titre universitaire. Environ 3 000 médecins en France ont été signalés.

Concrètement, quel accompagnement proposent les Adfi auprès des victimes ?
Avec l’emprise sectaire, il faut faire du cas par cas. Une personne qui a été victime d’un faux thérapeute aura du mal à aller voir un psychothérapeute ou un psychanalyste, ça se comprend… L’objectif des relais sur le terrain est que la personne retrouve une autonomie de vie et de pensée. Le but n’est pas qu’elle devienne dépendante à une association !
Les Adfi interviennent aussi dans les établissements scolaires, auprès des adolescents. Quel modèle a un adolescent qui a été élevé par des parents sous l’emprise d’un gourou ? La rupture avec le lien social peut se faire au sein de la famille, lorsque des parents s’opposent aux vaccins, impose un changement d’alimentation, ne veulent plus scolariser leur enfant… Ces enfants-là sont des graines semées pour plus tard. Quelles sont leurs chances de devenir des citoyens éclairés ? C’est souvent à l’adolescence, lorsque la personne est confrontée à la vie dogmatique et à la vie de tous les jours, qu’il y a des risques de tentative de suicide.

Vous travaillez avec la mission de lutte contre la radicalisation mise en place par le Département ?
L’Unadfi est partenaire, nous sommes en relation avec Luc Delbreil. Nous mettons à la disposition de son service les documents de l’association mais il est encore un peu tôt pour avoir un avis, il faut que les choses se mettent en place. Depuis 2011, le préfet remet en route la cellule de prévention, c’est également une bonne chose. Aujourd’hui, nous avons une vision plus claire de qui doit faire quoi dans le système.

(*) Ancienne députée de la 5ème circonscription de l’Eure (de 1997 à 2002), Catherine Picard est rapporteur de la loi du 12 juin 2001 (loi About-Picard) renforçant la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l’homme et aux libertés fondamentales.

Unadfi, 1 rue du Tarn, 78 200 Buchelay. Tel : 01 34 00 14 58. Site internet : www.unadfi.org / Adfi de Normandie, 74, boulevard Dunois, 14 000 Caen. Tel : 02 31 74 48 48.

http://www.ledemocratevernonnais.fr/2017/02/26/phenomene-sectaire-le-but-de-la-manipulation-est-d-annihiler-l-esprit-critique-et-le-raisonnement/ Email
22/02/2017

 

 

 

 

 

Il y a des dérives sectaires, oui.

Mais il y a aussi des comportements de paix, de dignité, de respect et de liberté :

les fruits de Gamaliel

 

 

Sciences-Po forme des ministres des cultes à l’interreligieux
Depuis septembre, une trentaine de responsables des différentes religions présentes en France suivent une formation à vocation interreligieuse.
Sciences-Po Paris propose un programme de formation sur un an pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Issu de la même racine étymologique qu’« amen », « emouna » désigne en hébreu la foi. C’est en son nom que se sont engagés les 31 participants à ce programme de formation sur un an, proposé par Sciences-Po Paris, pour contribuer au dialogue interreligieux en France.
Leur objectif ? « Unir nos forces contre le fondamentalisme, qui est un dévoiement du religieux », soutient le rabbin Pauline Bebe, membre du collège des fondateurs. Ce programme est soutenu par les institutions religieuses ainsi que par le ministère de l’intérieur.
Ce jour-là, la rencontre d’Emouna se tient à la Grande mosquée de Paris, avec des ateliers sur les violences faites aux femmes ou la question du handicap… « C’est passionnant de discuter de tous ces sujets ensemble, qu’il s’agisse de sciences, de philosophie ou de politique », estime Christophe Cousinié, pasteur protestant dans le Gard.
« Ici, on expérimente une laïcité ouverte »
Pour lui, le fait que cette formation soit assurée par Sciences-Po offre un regard extérieur et garantit un vrai dialogue. « Ici, on expérimente une laïcité ouverte, qui ne signifie pas la négation des religions. »
En 2012 a été créé l’Institut des hautes études du monde religieux (IHEMR), qui propose une formation similaire intitulée « Religions et enjeux contemporains » (La Croix du 25 mai 2016). Mais celle-ci cherche surtout à familiariser les cadres d’entreprises. À noter aussi des diplômes universitaires (DU) proposés par certaines facs sur ces questions de laïcité depuis 2008.
Sciences-Po axe sa formation sur la question du rapport entre les religions et les institutions de la République. Ainsi une journée Emouna a-t-elle été organisée au Sénat, où sont intervenus un représentant du Bureau des cultes tout comme le délégué interministériel à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme Gilles Clavreul.

La Croix du 08.03.2017              

Bernard Cazeneuve regrette que la République ait « négligé » le dialogue interreligieux

Remettant la légion d’honneur au président du Conseil français du culte musulman, Anouar Kbibech, le premier ministre a salué mardi 28 février « l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années en faveur du dialogue interreligieux ».
« Je veux saluer ce soir l’action de tous ceux qui se sont engagés ces dernières années, comme Anouar Kbibech, en faveur du dialogue interreligieux dans notre pays, car je sais qu’ils sont nombreux ce soir dans cette salle ». Lors de la cérémonie organisée mardi 28 février au soir à l’hôtel Matignon pour la décoration du président du Conseil français du culte musulman, le premier ministre, Bernard Cazeneuve a choisi de mettre l’accent sur les « efforts » de ce dernier en faveur du dialogue entre les religions.
Animateur du Forum des cadres chrétiens et musulmans, le président du Rassemblement des musulmans de France (proche du Maroc) est également l’un des fondateurs de l’association islamo-chrétienne « Œuvrer en Essonne pour une Europe fraternelle » en partenariat avec le diocèse d’Evry-Corbeil-Essonnes, de l’Amitié judéo-musulmane, en partenariat avec le consistoire israélite de Paris.
Anouar Kbibech a également fait partie, en novembre 2016 et à l’initiative de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry – seul représentant catholique lors de cette cérémonie –, d’une délégation du CFCM qui s’est rendue à la rencontre du pape François à Rome. À la suite de l’assassinat du père Hamel, en juillet 2016, il est surtout à l’origine de l’appel lancé aux « musulmans de France à se rendre dans toutes les églises à l’occasion de la messe du dimanche, pour y porter un témoignage de deuil et de compassion ».
« Longtemps, la République a quelque peu négligé ces efforts, sans les décourager certes, mais sans percevoir non plus qu’au-delà de la curiosité théologique, ce dialogue contribuait à créer de la cohésion sociale », a reconnu le premier ministre. « Comment en serait-il autrement, dans un pays comme le nôtre, dont les racines sont chrétiennes et qui abrite à la fois la principale communauté juive et la principale communauté musulmane d’Europe ? »
Lutter contre « l’ignorance des religions »
Or, pour Bernard Cazeneuve, – dont Anouar Kbibech a salué un peu plus tard « l’engagement personnel et à chaque instant » pour « intégrer l’islam à la République » – lutter contre « l’ignorance des religions » passe par « l’école républicaine bien entendu », mais aussi « en soutenant les initiatives émanant des croyants et des Églises ».
La décoration de ce natif de Meknès (Maroc), la « ville aux cent minarets », a également été l’occasion, pour le premier ministre, de saluer « un parcours méritocratique tel que la République, quoi qu’on en dise, sait encore parfois en offrir ».
Lycéen à Rabat, Anouar Kbibech est arrivé en 1980 à Paris en classe préparatoire scientifique, avant d’intégrer l’École nationale des ponts et chaussées. Marié et père de trois filles, il est aujourd’hui directeur de la maîtrise d’ouvrage, des systèmes d’information et des outils réseaux au sein du groupe SFR.
« Ce parcours exemplaire en dit long aussi, non seulement sur vos dons scientifiques et sur votre capacité de travail, mais aussi sur votre force de caractère », a encore noté le premier ministre, saluant sa vision « d’un islam des Lumières, pleinement ancré dans la République (…). Un islam dont les fidèles ne renoncent pas à leurs racines ni à leurs préférences personnelles, mais dont chaque composante souhaite vivre en bonne intelligence avec les autres, tout comme les musulmans de France s’entendent avec les Français d’autres confessions et d’autres convictions, fussent-ils athées. »

La Croix du 01.03.2017

« Tous les citoyens sont égaux », affirme le grand imam d'Al-Azhar

Dans une déclaration télévisée, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, grand imam d’Al-Azhar, a qualifié d’« anachronique » la protection des minorités religieuses dans les États majoritairement musulmans.

24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France.
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24 mai 2016 : Première visite officielle en France de Cheikh Ahmed Muhammad AL-TAYEB, Grand Imam de Al-Azhar et pdt du Conseil des Sages Musulmans. Il participait à l’Hôtel de Ville de Paris à une conférence internationale sur le thème "Orient et Occident, civilisations en dialogue", organisée par la Communauté de Sant’Egidio. Paris (75), France. / Corinne SIMON/CIRIC

Dans son allocution hebdomadaire à la télévision égyptienne, vendredi 13 janvier, Ahmed al Tayeb, le grand imam d’Al-Azhar, « a fait un petit pas important sur la voie du renouveau du discours religieux », rapporte le site italien terrasanta.net. Abordant la notion de dhimma, la protection que l’empire musulman accordait aux non-musulmans à l’époque médiévale, cette haute autorité de l’islam sunnite a estimé qu’elle était « désormais anachronique ».

L’information a été confirmée à La Croix par une source interne au sein du grand imamat.

Lorsque l’islam s’est répandu en dehors de la péninsule arabique où il est né au VIIème siècle, les califats successifs ont été amenés « à gouverner de nombreuses minorités (et majorités) non-musulmanes », indique le site Internet retraduisant le contenu de l’allocution du grand imam.

« Ne pouvant forcer quelqu’un à se convertir à l’islam, les différents types de gouvernement issus de cette expansion ont dû penser à une forme particulière de pacte avec leurs sujets non-musulmans, une forme de relation leur permettant de protéger leurs droits sur un pied d’égalité avec ceux des musulmans et d’imposer des devoirs égaux. »

La jizya rétablie en Irak et en Syrie

Ce type de relation – la « dhimma » selon les mots utilisés par Ahmed al Tayeb – signifie que l’islam accepte « la garde et la responsabilité » des non-musulmans, en contrepartie du paiement d’une taxe (jizya), tandis que les musulmans, eux, paient la zakat. C’est cette jizya que l’État islamique a rétablie en Irak et la Syrie, « l’imposant d’une manière humiliante et brutale ».

« De nombreux groupes islamiques fondamentalistes voudraient la réintroduction de la dhimma pour les minorités chrétiennes au Moyen-Orient », indique encore le site Internet italien spécialisé dans l’actualité archéologique et biblique du Moyen-Orient. « Mais Ahmed al Tayeb a été extrêmement clair sur ce point : la dhimma est un concept qui appartient à un contexte historique spécifique qui n’existe plus, parce que les formes de gouvernement dans lequel il a été appliqué (et pour lequel il a été conçu) sont désormais remplacés par les États modernes et le concept la citoyenneté. »

À LIRE AUSSI : Le Vatican demande aux leaders musulmans de condamner la barbarie de l’État islamique

Une forme d’injustice et un manque de raisonnement

« Bien que la dhimma ait constitué, lors de son invention, une nette amélioration par rapport à ce qui se passait dans d'autres civilisations, et notamment dans l’empire romain où ceux qui ne suivaient pas la religion d’État étaient discriminés, l'appliquer aujourd'hui, dans un contexte profondément différent, constituerait, selon le grand imam d’Al Azhar, une « forme d'injustice et un manque de raisonnement scientifique » , écrit encore l’auteur de l’article.

Par conséquent, et toujours selon lui, « les chrétiens en Égypte ne sont pas et ne peuvent pas être dhimmi, ni même considérés comme une minorité, un terme chargé de connotations négatives ». « Les chrétiens sont des citoyens, et il n'y a aucune justification pour un retour anachronique à l'imposition de la jizya. La citoyenneté, réclamée par les manifestants de la révolution de 2011, est la seule garantie de l'égalité et de stabilité pour la société d'aujourd'hui », conclut l’article.

La Croix du 17.01.2017

Des femmes porteuses d’espérance

LE BLOCNOTES
JEAN-CLAUDE GUILLEBAUD JOURNALISTE, ÉCRIVAIN ET ESSAYISTE

Quantité de nouvelles décourageantes nous sont venues d’Israël ces derniers temps : soupçons de corruption du Premier ministre Benyamin Netanyahou, entendu par la police israélienne ; condamnation d’un sergent pour le meurtre d’un Palestinien gisant au sol ; assassinat de quatre soldats israéliens par un terroriste palestinien au volant d’un camion. Les médias ont abondamment parlé de tout cela. Et à juste titre. Mais pourquoi donc a-t-on si peu commenté l’éblouissante nouvelle venue du même pays. Elle suffirait à réveiller notre espérance en berne. Évoquée par Anne Guion dans La Vie (n ° 3724 du 12 janvier), elle aurait mérité d’être relayée par toutes nos radios et télévisions.

De quoi s’agit-il ? Des initiatives d’une association, les Mères pour la paix, créée en 2014, au moment de la reprise de la guerre à Gaza qui avait fait 2 200 victimes, principalement palestiniennes. Ce mouvement rassemble des femmes de toutes confessions, notamment des Israéliennes et des Palestiniennes. Elles réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence. Et elles s’engagent mois après mois pour le clamer, le hurler, le répéter.

Des Israéliennes et des Palestiniennes réclament d’une même voix qu’un vrai dialogue se substitue à l’état de violence.
En octobre 2016, elles avaient lancé la « marche de l’espoir », laquelle s’était achevée par une prière juive et musulmane prononcée par 4 000 femmes réunies à Qasr-el-Yahud, au nord de la mer Morte, mais aussi par une manifestation de 15 000 autres femmes devant la résidence de Netanyahou pour réclamer la fin du conflit. Je reprends ici les informations données par Evelyn Rottengatter de l’agence de presse internationale et multilingue Pressenza. Un film retraçant les différentes phases de cette « marche de l’espoir » a été récemment diffusé sur You- Tube. Il est accompagné d’une chanson de l’Israélienne Yael Deckelbaum, Prayer of the Mothers (« la Prière des mères »), reprise en choeur par des centaines d’Israéliennes et de Palestiniennes rassemblées pour l’occasion.

D’autres artistes des deux bords se joignent à cette chanson, interprétée par un ensemble mixte, le Choeur Rana, créé en avril 2016, dont les membres – 10 femmes juives et 10 musulmanes – chantent en hébreu et en arabe.

Dans cette vidéo joyeuse, déterminée, audacieuse, on entend un message de Leymah Gbowee, une femme du Liberia qui a obtenu le prix Nobel de la paix en 2011 pour avoir contribué dans son pays à la fin d’une atroce guerre civile. S’adressant aux Mères pour la paix, elle les encourage à poursuivre la lutte. Selon elle, « la paix est possible quand des femmes intègres et décidées se lèvent pour l’avenir de leurs enfants ».

Oh, bien sûr, cela ne signifie pas que la paix soit – déjà ! – pour demain. Mais ce n’est pas en négligeant les bonnes nouvelles qui la préparent qu’on favorisera sa venue. Hélas, à part une brève mention de l’événement dans l’émission 28 minutes, sur Arte, et un court article dans Le Monde, peu de médias ont relayé cette initiative. Qu’attendent nos télévisions pour diffuser ce film ?

Cela nous changerait des blablas qui occupent – trop souvent – les antennes.

La Vie - jeudi 19 janvier 2017
 

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                                          

La Croix du 16/12/2016

 

 

 

 

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 Pour les années précédentes 

des sites sont à votre disposition pour vous aider dans votre recherche

en particulier

 

celui de Lacuzon

http://www.sos-derive-sectaire.fr

 

celui de Prevensectes

http://www.prevensectes.com

 

 

 

RAPPORT 2015

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

 

 

RAPPORT 2013-2014

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport-au-Premier-ministre_2013-2014_Miviludes.pdf

 

RAPPORT 2011

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_annuel_2011_miviludes.pdf

 

RAPPORT 2010

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/ra2010_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2009

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport2009_mise_en_ligne.pdf

 

RAPPORT 2008

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2008_francais.pdf

 

RAPPORT 2007

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_Miviludes_2007.pdf

 

RAPPORT 2006

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/rapport_miviludes_2006.pdf

 

 

RAPPORT 2005 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2005-2.pdf

 

 

RAPPORT 2004 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/RAPPORT_MIVILUDES_2004.pdf

 

RAPPORT 2003 

DE LA MIVILUDES 

(Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires)

http://www.derives-sectes.gouv.fr/sites/default/files/publications/francais/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf

 

 

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