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RAPPORT 2003 DE LA MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) http://www.miviludes.gouv.fr/IMG/pdf/Rapport_MIVILUDES_2003.pdf
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La Croix du 28 juin 2002
24 heures, 3 octobre 2002 par Madeleine Schürch
Elle embrasse de son amour des personnes de toutes confessions. Voyage au pays d'Amma, une maîtresse à penser hindoue, venue donner l'accolade dans notre pays.
En trois jours, Amma étreindra près de 2000 personnes, venues de Suisse, d'Allemagne et même d'Italie.
On le voit tout de suite. Les habitués portent des chaussettes en laine, qui leur permettront de se déchausser à l'entrée sans craindre le rhume, et un petit coussin pour s'agenouiller. Les nouveaux, un petit point rouge collé à la boutonnière, errent, l'air un peu inquiet, mais déjà béat, dans cette sorte de «grange sublime», une salle communale à l'orée de la ville de Frauenfeld, dans le canton de Thurgovie. Tous attendent l'arrivée de Mata Amritanandamayi, appelée plus simplement Amma, un être de lumière venu directement d'Inde pour débuter en Suisse une tournée mondiale d'embrassades.
Voilà trente ans que cette femme de 49 ans, maître spirituel d'origine hindoue, prêche l'amour d'un Dieu universel et la paix intérieure au moyen d'une arme originale : le câlin. Rien à voir avec l'accolade diplomatique échangée sur les tarmacs. Amma étreint avec chaleur, caresse le dos, donne de gros becs sur la joue avant d'égrener quelques pétales de rose.
Pour accéder à la grâce d'Amma, c'est comme à La Poste. Il faut prendre un ticket et se mettre à genoux dans le couloir qui mène au pied de la sainte, sur fond de musique transcendantale et de patchouli. Une nécessité si l'on pense qu'Amma accueillera en son sein près de 2000 personnes en trois jours. A toutes ces personnes venues de Suisse, d'Allemagne et même d'Italie, elle offrira sans répit, pendant des heures, sa généreuse poitrine comme appui-tête, essuiera les larmes, partagera des émotions. «Le pouvoir de consolation que dégage cette bénédiction par l'embrassade est tout à fait exceptionnel, car il est très rare qu'on puisse toucher les sages», explique Diaprait, une Française qui a rejoint, il y a plus de vingt ans ; l'ashram d'Amma en Inde.
Une oeuvre caritative
Née dans une famille de pêcheurs, de caste inférieure, Amma a été confrontée très tôt à la misère environnante. «Très jeune déjà, elle montrait sa compassion aux vieillards, aux pauvres, au point que sa famille pensait qu'elle n'était pas normale», raconte sa disciple. Sa manière d'embrasser les miséreux a tôt fait d'attirer des pèlerins, d'abord indiens, puis du monde entier. Aujourd'hui, grâce aux dons et à la vente des produits de la communauté, cette dernière a construit un hôpital de pointe où les gens peuvent être soignés gratuitement, des écoles pour 24 000 élèves, des logements. Elle offre aussi une pension à près de 50 000 femmes âgées ou veuves. Un travail spirituel et caritatif reconnu sur le plan international. Les 6 et 7 octobre, à Genève, Amura sera d'ailleurs l'hôte d'honneur de l'ONU, à l'occasion d'un grand congrès féminin sur la paix.
Si elle n'est jamais venue en terre romande, la sainte a depuis longtemps des fidèles en Suisse alémanique. Dans la salle communale de Frauenfeld, on croise aussi bien des babas nouvelle génération, avec bébés et bonnets crochetés, que des grands-mères ou des quadras bon chic bon genre. On vient parfois de loin pour vivre cet instant de grâce. «Amura nous transmet son énergie positive, son simple contact donne du courage, nous aide à développer notre cheminement intérieur», explique cette Lucernoise qui vient chaque année chercher son accolade.
Comme beaucoup de fidèles, elle rejette toute allusion à une secte, à un gourou. Ici, on ne demande rien, on ne paie rien, si ce n'est quelques dépenses volontaires aux multiples stands qui campent au fond de la salle. On y vend des livres, vidéocassettes, vêtements, bijoux et autres babioles, dont l'entier des recettes retourne aux oeuvres caritatives en Inde.
Un baiser en famille
Des Vaudois fidèles. Ils sont assis là, au premier rang du parterre de chaises. Et ils parlent français. Hier, Christiane, une rayonnante quinquagénaire de Payerne, a entraîné toute sa famille à Frauenfeld. Elle qui a rencontré Amma en Inde, dans les années quatre-vingt, ne raterait pour rien au monde le baiser de celle qui a illuminé sa vie. Elle vient chaque année en Suisse orientale pour recevoir sa bénédiction. «Peu importe le lieu. Le but, c'est de se détacher, de gagner sa liberté intérieure, de se ressourcer à son contact», explique cette mère de famille, venue avec son jeune retraité de mari, son fils, sa belle-fille et son petit-fils de quelques mois. Il faut dire qu'elle bénéficie déjà d'une longue expérience. Non seulement sa fille vit en Inde, mariée à un Suisse «enfant d'Amma», mais elle se rend depuis cinq ans dans le pays, pour vivre durant cinq mois au sein de l'ashram de son maître spirituel. «Là-bas, l'ambiance est plus agitée, l'énergie dégagée est plus forte, même rude, alors qu'ici, tout est plus doux. Il règne vraiment, au bout de trois jours, une ambiance de paix.» Avec son mari Bernard, elle restera d'ailleurs jusqu'au week-end, pour vivre au maximum ces échanges. Si une association de bénévoles s'occupe, en Suisse alémanique, de promouvoir les actions caritatives et spirituelles d'Amma, Christiane n'éprouve pas le besoin de s'engager. «C'est avant tout une démarche personnelle, dans laquelle j'essaie d'être consciente de ce que je vis tous les jours.»
Le parisien du 25 juillet 2002
La Croix du 14 juin 2002
La Croix du 20 novembre 2002
La Croix du 13 février 2002
La Croix du 27 juin 2002
TOKYO, 15 oct (AFP) L'épouse de Shoko Asahara, le fondateur de la secte Aoum Vérité Suprême accusé notamment d'avoir commandité l'attaque au gaz sarin de 1995 dans le métro de Tokyo, a été remise en liberté mardi après avoir purgé une peine de six ans de prison pour meurtre. Tomoko Matsumoto, 44 ans, a quitté la prison de Wakayama (ouest du Japon) dans une camionnette blanche. Elle avait été jugée coupable avec d'autres membres de la secte du meurtre en janvier 1994 d'un ancien adepte d'Aoum âgé de 24 ans, Kotaro Ochida.
Dans un communiqué publié après sa remise en liberté, Mme Matsumoto a indiqué qu'elle n'allait pas rejoindre ce qui reste des structures de la secte.
"J'aimerais vivre une existence tranquille avec mes enfants. Je n'ai pas prévu de rejoindre Aleph", a-t-elle dit à propos du nouveau nom qu'a adopté la secte fin 2000. "Comme je l'ai dit devant le tribunal par le passé, mon intention de divorcer (d'Asahara) n'a pas changé", a-t-elle ajouté.
En mars 1995, des adeptes d'Aoum avaient tué 12 personnes et en avaient blessé des milliers d'autres en répandant du gaz sarin substance toxique inventée par les Nazis et paralysant le système nerveux dans le métro de Tokyo. La secte a aussi été accusée d'une autre attaque dans la ville de Matsumoto en juin 1994 qui avait fait sept morts.
Asahara, dont le vrai nom est Chizuo Matsumoto, est jugé depuis 1995 pour toute une série de chefs d'inculpation dont la préparation des attaques au sarin et des meurtres ou tentatives d'assassinats d'adeptes souhaitant quitter le culte.
Aoum devenue Aleph qui avait échappé à une dissolution en 1997 parce que l'État ne la jugeait plus susceptible de menacer la sécurité publique, dispose encore de 1.000 adhérents actifs et de 650 adeptes qui ont quitté leurs habitations et vivent dans des installations communes, selon les autorités.
La Croix du 14 juin 2002
Voir ESCROQUERIE PYRAMIDALE
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La Croix du 14 juin 2002
Les «évangéliques» étaient 26,1 millions en 2000, soit plus de 15 % de la population. En dix ans leur nombre a doublé.
Sao Paulo de notre correspondante. Il est 10 heures, ce dimanche matin. Dans le centre-ville de Sao Paulo, où se situe l'un des innombrables lieux de culte de l'Église universelle du royaume de Dieu (IURD), le pasteur Luciano fait salle comble. En costume-cravate, le micro collé aux lèvres, le prédicateur appelle d'emblée les fidèles, pour la plupart des gens humbles, à verser la dîme 10 % des revenus , censée leur "ouvrir les portes du ciel". Entre deux chants, l'infatigable Luciano prêche "la persévérance, l'humilité, la sagesse et la foi", et appelle les fidèles «à se délivrer du mal».
Tous ferment les yeux. C'est un moment d'extase. Certains sont en pleurs. Puis, sans transition, le prédicateur tente de vendre un livre et un CD mystique mais sans grand succès. Il est déjà raidi quand il se décide à parler politique. «Notre Église a fait élire 23 députés et un sénateur au scrutin du 6 octobre, lance-t-il sur un ton triomphal. Grâce à Dieu ! Les applaudissements retentissent dans la salle. «Et, dimanche, pour qui allons-nous voter au second tour de la présidentielle ? Pour Lula ? Eh bien, votez pour qui vous voulez», dit le pasteur.
Voter pour Luiz Inacio Lula da Silva n'est donc plus sacrilège pour l'IURD. Sans donner une consigne de vote, cette secte néopentecôtiste, qui compte 2 millions de fidèles, vient d'«autoriser» ses dirigeants à appuyer le candidat du Parti des travailleurs (PT, opposition de gauche) à la présidence du Brésil, qu'il brigue pour la quatrième fois. L'Église a précisé qu'ils pourront le faire aussi bien dans les temples que sur la trentaine de stations radio qu'elle détient.
On est loin du temps où l'«évêque» autoproclamé Edir Macedo, fondateur de l'IURD, présentait l'ex-gauchiste comme «le candidat du diable»...
Enjeu. Le palais du Planalto vaut bien une messe. Lula et son adversaire, José Serra, en sont convaincus. Sitôt qualifiés pour le second tour, ils se sont disputé le «vote évangélique». Ils ont lancé des tractations pour se rallier le soutien de ces Églises, et en particulier les sectes pentecôtistes ou néopentecôtistes. En 1989, le «vote évangélique» avait permis au populiste de droite Fernando Collor de battre Lula sur le fil. Cet électorat est d'ailleurs l'un des enjeux de l'alliance électorale inédite que Lula a scellée avec le Parti libéral auquel appartient José Alencar, magnat du textile et candidat du PT à la vice-présidence.
Cette modeste formation de droite est largement contrôlée par l'IURD. Certains des hauts dignitaires de la secte en sont membres. Avec le soutien du PL, Lula garantissait donc celui de l'IURD, à laquelle on prête une grande autorité sur ses fidèles. De quoi déplaire à l'Église catholique, dont le courant progressiste, lié au PT, n'a déjà pas apprécié le flirt avec la droite. C'est toutefois pour le second tour que l'appui de l'Église universelle se concrétise. Lula s'est rallié d'autres Églises, tout comme José Serra, appuyé par une partie de l'Assemblée de Dieu, la plus grande secte pentecôtiste avec 9 millions de fidèles.
Au premier round, les diverses obédiences «évangéliques» avaient soutenu en bloc, et sur sa seule appartenance religieuse, le presbytérien Anthony Garotinho, un populiste de gauche arrivé en troisième place avec plus de 15 millions de suffrages. Dans sa campagne, Garotinho, ex-gouverneur de l'État de Rio, a usé de son appartenance religieuse pour se donner une assise nationale. «Les candidats surestiment le vote évangélique. Sans doute, l'appui des Églises est important, mais la consigne de vote n'est pas toujours suivie. Les gens acceptent l'autorité du pasteur dans certaines limites. Garotinho était un cas à part, puisqu'il est évangélique. Mais, même pour lui, le vote évangélique n'a opéré qu'à moitié», remarque le sociologue Paul Freston, soulignant que «le vote évangélique monolithique n'est qu'un mythe véhiculé par les leaders religieux pour arracher des contreparties aux candidats».
Les «évangéliques» sont devenus un enjeu électoral en raison de leur fulgurante expansion dans la plus grande nation catholique du monde. En dix ans, leur nombre a pratiquement doublé.
Selon les derniers chiffres, ils étaient 26,1 millions en 2000, soit plus de 15 % de la population. Cet essor est essentiellement dû aux sectes pentecôtistes et néopentecôtistes.
Les protestants historiques sont en stagnation et ont peu de fidèles. Face à cet évangélisme de conversion, le catholicisme perd du terrain, même s'il reste la religion dominante. En 2000, le Brésil comptait 125 millions de catholiques, contre 121 millions en 1991. Mais leur proportion, qui chute depuis des décennies, est tombée à 74 % de la population. «Les sectes néopentecôtistes doivent leur expansion à leur dynamisme, explique le sociologue Flavio Pierucci. Elles se servent des moyens de communication de masse. Elles offrent une religiosité de résultat. Chez elles, nul besoin d'attendre la vie éternelle. Que le fidèle soit malade ou qu'il ait l'âme en peine, ces Églises lui proposent une solution immédiate et miraculeuse à ses problèmes. Dieu a réponse à tout dès lors que l'on vient chez elles. C'est dans les quartiers populaires et les favelas des grandes villes, abandonnés par l'État, qu'elles ont proliféré. En plus, elles ont une souplesse qui manque à l'Église catholique.»
Leurs pasteurs sont formés en quatre mois, contre sept ans pour un prêtre.
«Multinationale de la foi». L'IURD illustre le succès des sectes pentecôtistes. Fondée en 1977 par Edir Macedo, un ancien employé de la loterie de Rio, elle possède aujourd'hui près de 3 000 temples et un empire médiatique, qui comprend TV Record, la troisième du pays en termes d'audience. L'IURD est désormais une "multinationale de la foi" présente dans 80 pays. Une entreprise prospère qui dégage une odeur de soufre.
Il y a quelques années, Macedo a été accusé d'escroquerie et de fraude fiscale, ce qui n'a pas ébranlé les fidèles convaincus que le salut se paie en espèces sonnantes et trébuchantes. Mais l'Église entreprend aussi un important travail social. Dans les années 1980, elle s'est lancée en politique, comme tous les pentecôtistes.
Il s'agit notamment de monnayer leur appui en échange de privilèges pour leurs Églises. Lors de ce scrutin, les évangéliques ont accru leur présence au Parlement, passant de 48 à 60 sièges. Et la candidature de Garotinho a ranimé le vieux «rêve» d'un président évangélique. Un rêve que le candidat battu a promis de reporter à 2006.
Gilles BIASSETTE dans La Croix du 24 octobre 2002
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La Croix du 28 juin 2002
Journal La Croix des 31/12/2001 - 01/01/2002
La Croix du 3 janvier 2002
La Croix du 13/08/02
La Croix du 27/08/02
Pour l'état civil du Congo-Brazzaville, il s'appelle Frédérick Bitsangou. Mais il se fait appeler Pasteur Ntoumi (L'envoyé). Avant de diriger une des factions aujourd'hui en lutte avec le pouvoir du président Sassou Nguesso, récemment réélu, il aurait été féticheur-guérisseur, soignant les malades mentaux selon des méthodes traditionnelles. Le Pasteur dirige actuellement une secte de jeunes combattants qui forgerait des interdits tels que le port des chaussures ou le fait de serrer la main à une femme. Le domaine actuel de Ntoumi, c'est la région de M'Vinza, dans le Pool, à l'ouest de Brazzaville. Vendredi, ses hommes ont attaqué l'aéroport de la capitale congolaise, provoquant un mouvement de panique dans les populations civiles des quartiers voisins qui ont encore en mémoire les combats féroces de la guerre civile entre milices, officiellement terminée en 1999. Selon les forces armées qui ont repoussé l'attaque, les rebelles combattaient pieds et torse nus pour prouver qu'ils étaient invulnérables. Personne ne sait exactement de combien d'hommes dispose Pasteur Ntoumi : probablement 500 en armes, et quelques milliers mobilisables.
Les troupes de Frédérick Bistangou appartiennent à la mouvance des Ninjas, les milices qui, pendant la guerre civile congolaise se réclamaient de Bernard Kolélas, alors maire de la capitale. Après l'exil de Kolélas, elles ont éclaté en factions diverses. L'une d'elles, "Nsiloulou", était dirigée par Pasteur Ntoumi. Se présentant comme le président du Conseil national de la résistance, ce dernier a réclamé, comme cela avait été le cas pour d'autres milices, notamment celles qui étaient proches du pouvoir, l'intégration de ses hommes au sein de l'armée régulière dans le cadre du processus de réconciliation nationale. Il a fait monter les enchères, demandant aussi à être directement associé à la gestion du Pool. En avril, les combats ont repris dans la région entre ses hommes et l'armée, chaque partie accusant l'autre d'en avoir pris l'initiative, alors que le pays s'apprêtait à voter pour les scrutins présidentiel et législatifs. Pour mettre fin à sa lutte armée, Ntoumi demande notamment de pouvoir entrer à Brazzaville avec une escorte de plusieurs centaines de combattants, d'obtenir le titre de général ainsi que celui, plus énigmatique, d' "instructeur spirituel de la Force publique".
Yann MENS, dans LA CROIX du 18 juin 2002
La Croix du 8 mars 2002
La Croix du 14 mars 2002
Les corps du docteur Martinot et de sa femme avaient été cryogénisés
SAUMUR de notre envoyé spécial
Siégeant en référé, Roger Mondonneix, le président du tribunal de grande instance de Saumur, a rendu, mercredi 13 mars, une ordonnance autorisant le préfet de Maine-et-Loire à faire procéder à l'inhumation des corps du docteur Raymond Martinot et Monique Leroy, sa compagne. Ces deux corps sont conservés par congélation depuis, respectivement, le 22 février 2002 et le 25 février 1984. Ils sont placés dans un congélateur installé dans la crypte du château du Preuil, situé sur la commune de Nueil-sur-Layon.
Persuadé que les progrès de la biologie et de la médecine permettraient un jour de redonner vie à des cadavres conservés à une température de moins 60°C, M. Martinot avait procédé, selon une technique qu'il avait lui-même mise au point, à la congélation de sa compagne décédée à l'âge de 48 ans des suites d'un cancer (Le Monde des 27 et 28 juillet 1984). Il avait par la suite demandé à ses trois enfants de respecter la même procédure dès son décès. Cette disposition testamentaire avait été dûment respectée par Rémy Martinot après le décès de son père, survenu à l'âge de 80 ans. Alors que les pouvoirs publics n'avaient pas jugé utile, en 1984, d'engager une action, Jacques Barthélémy, préfet du Maine-et-Loire, a assigné en référé, le 6 mars, les enfants du médecin afin de pouvoir procéder à l'arrêt de l'alimentation électrique du congélateur et à l'inhumation des deux cadavres.
MODE DE SÉPULTURE
Lors de l'audience du 8 mars devant le tribunal de Saumur, Maître Alain Fouquet, avocat des enfants du défunt, avait, contrairement aux arguments de la préfecture, estimé que ce mode de sépulture ne portait nullement atteinte à l'hygiène ou à l'ordre public pas plus qu'à la décence qui doit s'attacher aux tombeaux. Il avait aussi soutenu que rien dans les dispositions législatives ou réglementaires en vigueur n'interdisait en France d'avoir recours à un tel procédé.
A l'inverse, Me Christian Prioux, conseil de la préfecture du Maine-et-Loire, avait défendu la thèse selon laquelle le code général des collectivités locales ne prévoyait que deux situations : l'inhumation en terre dans un cercueil ou la crémation. Il avait été rejoint dans ses conclusions par Jean-Frédéric Lamouroux, procureur de la République.
Rejetant l'argument de Me Fouquet selon lequel une décision favorable aurait « des conséquences manifestement irréversibles en totale contradiction avec la nature éminemment provisoire des ordonnances de référé », le président du tribunal de grande instance de Saumur a autorisé le préfet du Maine-et-Loire à pénétrer dans l'enceinte du château de Treuil afin de procéder, « en présence notamment du maire de la commune, après avis d'un hydrogéologue agréé et avec le concours d'un service de pompes funèbres », aux opérations nécessaires à l'inhumation des corps. L'ordonnance de référé précise que le préfet « aura le droit de recourir à la force publique ».
Les enfants Martinot ont fait appel de cette décision. Bien que cet appel ne soit pas suspensif, la préfecture du Maine-et-Loire indiquait, mercredi 13 mars, qu'« il n'y avait aucune urgence à procéder à l'inhumation ». «Il importe de donner une suite digne et sereine à cette affaire, ajoutait-on. II en va du respect de la mémoire des personnes disparues. »
Jean-Yves Nau
LE MONDE / VENDREDI 15 MARS 2002
Jeudi 05 Septembre 2002
La Croix du 12 septembre 2002
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Un changement s'est produit dans la sensibilité collective au cours des dix dernières années. Le souci de soi qui caractérise notre société a reçu une impulsion nouvelle sous l'influence de ce que l'on appelle le "développement personnel". De la pensée positive à la programmation neurolinguistique (PNL), de l'analyse transactionnelle au coaching, de l'ennéagramme au process-communication, on a assisté à l'essor d'un vaste "psychomarché", avec une multitude de techniques aux noms souvent hermétiques qui, tournant le dos au projet hédoniste et permissif hérité de mai 68, ont engagé les individus dans la voie du "travail sur soi-même". Ce faisant, le souci de soi a pris une orientation originale que nous analyserons en abordant deux questions : quels sont les objectifs et les méthodes du développement personnel ? Quelles sont les raisons de son succès ?
Au-delà de la psychothérapie
Historiquement, le développement personnel se rattache au Mouvement du potentiel humain, qui vit le jour dans les années 60 à Esalen, en Californie. Ce mouvement fut animé par les chefs de file de la psychologie dite humaniste, qui cherchaient une troisième voie entre le béhaviorisme et la psychanalyse. L'un un des plus connus fut Abraham Maslow (1908-1970), à qui l'on doit une classification des besoins humains qui constitue la base théorique du développement personnel.
A. Maslow traduit la hiérarchie des besoins humains à l'aide d'un schéma en forme de pyramide. Dans sa version simplifiée, celle-ci comporte deux étages. L'homme, expliquait A. Maslow, éprouve tout d'abord des besoins psychologiques de base : il a soif de tendresse et d'amour; il lui faut être reconnu, estimé, écouté ; il a besoin de se sentir membre d'un groupe familial, social, professionnel. De ces besoins de base, ajoutait-il, dépend l'équilibre psychique du sujet. S'ils ne sont pas satisfaits, ce dernier souffrira de frustration, de carence. Et de même qu'un déficit en vitamines entraîne des maladies organiques, la non-satisfaction des besoins de base provoquera une névrose : "La névrose, écrivait l'auteur dans une formule lapidaire, peut être considérée comme une maladie déficitaire(1)".
Tout autre sont les besoins psychologiques supérieurs. A. Maslow les cernait par des mots qui, derrière leur apparente banalité, sont chargés d'un sens profond : "Epanouissement", "accomplissement", "réalisation de soi", "développement de son potentiel", "vie riche, créative et intense", "existence pleinement humaine". A l'évidence, ces mots nous entraînent sur un autre registre que les besoins de base. Ils évoquent non pas le bien-être, ni même le mieux-être, mais le plus-être. Cette distinction entre deux catégories de besoins psychologiques fonde la radicale différence d'objectif qui oppose la psychothérapie d'une part, au développement personnel d'autre part. On entreprend en effet une psychothérapie dans le but de remédier aux troubles psychiques causés par la non-gratification des besoins de base. Le développement personnel prend en charge, quant à lui, les besoins supérieurs.
Un psychologue clinicien raisonne en termes de réparation, de guérison, de retour à l'équilibre, d'adaptation, tandis qu'un formateur en développement personnel parlera d'expansion, de croissance, de "culture de l'âme". D'un côté, on se préoccupe de la santé pure et simple, de l'autre, on est attiré par la "grande santé", pour reprendre une formule de Friedrich Nietzsche. Au demeurant, la figure du surhomme cher au philosophe de Sils-Maria (Suisse) apparaît souvent en filigrane dans le discours du développement personnel. Bref, ce dernier s'adresse à des gens équilibrés, sains, mais qui, ne se contentant pas de l'équilibre, veulent mener une vie intense.
Les formateurs précisent le contenu de cette vie intense en recourant à un concept qui constitue le cour même de leur doctrine : le "potentiel". Le développement personnel se définit comme "l'actualisation du potentiel humain". Ce potentiel est principalement de nature psychique. Il concerne les fonctions cérébrales. "Vous n'utilisez que 10 % de votre cerveau", assurent les formateurs et les théoriciens du mouvement, pour qui les ressources de l'encéphale humain, à la fois immenses et à peine connues, attendent leurs hardis explorateurs. Emboîtant le pas à la neurobiologie et aux sciences cognitives, le développement personnel annonce que l'exploitation de ces ressources constituera la grande aventure du XXIème siècle. "Le cerveau est votre nouvelle frontière, déclarent les formateurs à leurs clients… Votre mémoire est illimitée… Votre cerveau droit vous permet d'être puissamment créatif, pourvu que vous le libériez du cerveau gauche… Votre inconscient est une source de richesse et non une entrave… Vous possédez un potentiel d'autoguérison grâce à vos capacités psycho-immunologiques" (2)…
Gestion du stress, maîtrise de la vie émotionnelle, communication, aptitude à l'écoute, charisme, leadership, organisation du temps, réussite –il n'est pas de domaines où les formateurs ne fassent miroiter à leurs clients de spectaculaires progrès. Le développement personnel propose aux individus de passer d'une vie médiocre à une vie intense, en portant leur cerveau à 100 % de son régime. Il attire donc tous ceux qui, au-delà de la psychothérapie et de la simple réparation psychologique, rêvent d'une expansion, d'un dépassement de soi, d'un accroissement de pouvoir.
Vers le développement "transpersonnel"
Il y a plus. Bien des formateurs flirtent avec le paranormal et les doctrines ésotériques. Ils invoquent l'existence d'un potentiel parapsychologique : la médiumnité, le channeling, la télépathie, la perception extrasensorielle, la lévitation seraient des pouvoirs inscrits dans la nature de tous les êtres humains. Caractéristique à cet égard est la thèse avancée par Michael Murphy, l'un des fondateurs du Mouvement du potentiel humain. L'auteur déclare dans un livre récent que le moment est venu d'actualiser ce potentiel parapsychologique (3). L'humanité, poursuit-il, se trouve au seuil d'une nouvelle étape de son évolution. Nous entrons dans un "nouvel âge", un "âge de la conscience", qui sera caractérisé par le développement de nos facultés supranormales. De même que, à l'aube de la préhistoire, l'acquisition de la marche bipède par les premiers hominidés avait déclenché le développement des fonctions sensorimotrices et cognitives, de même le IIIème millénaire verra l'essor de la "supraconscience". Cet idéal faustien, ce prométhéisme psychique explique les incursions répétées du développement personnel dans les domaine de l'irrationnel et des sciences occultes.
Enfin, le développement personnel parvient à son apogée avec le thème de l'éveil de la spiritualité. L'un de ses postulats est que l'expérience mystique est la "chose du monde la mieux partagée". A l'en croire, tous les êtres humains peuvent vivre des états modifiés de conscience et dissoudre leur ego dans le Tout. L'extase n'est pas réservée à quelques mystiques touchés par la grâce… La transe n'est pas l'affaire des seuls chamans... Le sentiment océanique est à la portée de chacun d'entre nous… De sorte que, conduit à son terme, le travail sur soi débouche sur la mystique. Tout processus de développement personnel est ainsi appelé à devenir, tôt ou tard, un "développement transpersonnel".
Pour atteindre son objectif de dynamisation du potentiel humain, le développement personnel met à la disposition de ses clients un arsenal de techniques. Il a entraîné l'apparition d'un immense psychomarché, qui donne à l'observateur une troublante impression de technicisation de l'esprit ou, pour reprendre une formule de Martin Heidegger, "d'arraisonnement" de la vie psychique. Nous ne pouvons, dans le cadre de cet article, analyser ces méthodes de façon approfondie (4). Contentons-nous de dégager, derrière leur apparente diversité, le trait commun qui les unit.
Pensée positive et reprogrammation mentale
Elles ont pour ambition de déprogrammer les pensées paralysantes que le sujet entretient dans son subconscient et qui, érodant la confiance en soi et l'estime de soi, le condamnent à la médiocrité. Exemples : "Je suis trop timide pour faire ceci au cela", "j'ai une mauvaise mémoire", "je ne plais pas aux autres". S'il veut libérer son potentiel, le sujet doit d'abord prendre conscience de ces pensées limitantes, puis les remplacer par des croyances dynamisantes. De sorte que, à l'instar de la psychiatrie cognitive à laquelle il s'apparente parfois, le développement personnel est un processus qui s'accomplit en deux temps : déprogrammation puis reprogrammation mentales.
Cette reprogrammation positive du cerveau s'accompagne de toute une réflexion sur les "hommes remarquables". Il y a en effet, indiquent les formateurs, des êtres qui ont déjà atteint le stade de la pleine réalisation d'eux-mêmes. Ces hommes remarquables, que A. Maslow appelait les "auto-actualisants", sont en quelque sorte les phares de l'humanité. Les formateurs et les théoriciens du mouvement ne ménagent pas leur admiration pour ces individus supérieurs, hommes d'affaires, vendeurs de génie, professionnels de la relation d'aide, communicateurs, inventeurs, artistes, maîtres de la vie intérieure, dont le seul mérite, nous assure-t-on, est d'utiliser leur cerveau de façon optimale.
Or il est possible, ajoutent les formateurs, de modéliser leur fonctionnement mental et d'enseigner ces modèles d'excellence aux gens ordinaires, qui pourront de ce fait s'élever à leur tour à la vie supérieure. On propose aux néophytes d'imiter les personnes remarquables en assimilant ces modèles. Ils apprendront ainsi à "piloter leur cerveau", selon l'expression significative de Richard Bandler, un des fondateurs de la PNL, technique qui repose précisément sur la modélisation de l'excellence humaine (5). Par cet encouragement à l'imitation des meilleurs, le développement personnel dessine une philosophie qui allie de façon originale l'élitisme ut la démocratie, l'instinct aristocratique et l'aspiration égalitaire.
Krishnamurti et Bill Gates
D'où l'attrait que le développement personnel exerce sur nos contemporains. Le potentiel psychique est censé être accessible à tous. Chacun peut accéder à la supraconscience. Certes, ce potentiel reste inexploité chez la plupart des individus. "Vous vivez, déclarent les formateurs à leurs clients, à un régime minimum... Vous menez une vie médiocre alors que vous pourriez mener une vie intense... Vous n'utilisez que 10 % de votre cerveau... Mais justement vous disposez, pour actualiser votre potentiel, d'une gamme étendue de techniques". Cette philosophie, qui combine l'universalité et la technicisation, répond tout à fait à l'esprit de notre époque.
Autre raison de son succès : la dualité d'objectifs qui est au cśur du développement personnel. Les différents domaines du potentiel humain s'ordonnent en effet autour de deux axes distincts. D'une part, on vise le renforcement du Moi : améliorer ses performances, devenir un leader, mieux communiquer, gérer ses émotions, réaliser ses projets -tout cela relève de l'affirmation de soi. Cette frange des activités de développement personnel se déploie donc dans le cadre de l'ego. Mais d'autre part, le développement personnel vise le dépassement du Moi dans l'expérience spirituelle. Grâce à la transe, à l'extase, à l'élargissement de la conscience, les sujets espèrent goûter à la fusion cosmique, devenir des "hommes sans frontières", dissoudre leur individualité dans le transpersonnel. De telles démarches se situent, clairement, au-delà de l'ego.
Cette dualité de l'affirmation de soi et de la dissolution de soi constitue en quelque sorte carte d'identité du développement personnel. Le mouvement est fidèle à l'esprit individualiste, celui du "Me first", du "souci de soi", mais, dans le même temps, il déborde individualisme, dans la mesure où il exalte transpersonnel, le fusionnel, le cosmique. La culture du Moi et la culture de la totalité entremêlent donc étroitement, reflétant ainsi e double rêve de l'homme contemporain
Car que désirent, au fond, les hommes d'aujourd'hui ? A l'heure de l'instabilité économique et du retour du religieux, de la mondialisation effrénée et du réveil du sacré, ils désirent à la fois être plus forts dans la lutte pour la vie, et retrouver le chemin de l'expérience mystique. Ils entendent être plus efficaces dans la compétition, tout en s'initiant aux secrets du transpersonnel. Ils veulent être plus employables, et plus aptes à l'abandon au grand Tout. Le rêve de beaucoup de nos contemporains est de devenir, grâce à une dynamisation de leurs possibilités cérébrales, des cadres performants et des chamans. La personne épanouie dont le développement personnel trace la figure idéale répond donc pleinement à leur attente, car elle tient à la fois du mystique et du yuppie, du yogi et de l'homme d'affaires, de Krishnamurti et de Bill Gates.
La tyrannie du Moi idéal
Ce modèle d'une vie surhumaine, victorieuse sur deux registres, témoigne d'une volonté de tout demander à la vie, qui est parfait accord avec la culture de l'illimité qui se répand de nos jours dans les multiple domaines où s'exprime la sensibilité collective : l'exploit sportif, le dopage, les aventures de l'extrême, les prouesses scientifiques ou médicales, l'Internet, la drogue, les états modifiés de conscience (EMC), le souci de la forme physique, le rêve de la santé parfaite, le désir de longévité, l'aspiration à l'immortalité, la croyance dans la réincarnation. En raison de son ambition de cultiver l'extrême dans deux domaines antinomiques, affirmation du Moi et dissolution du Moi, réussite professionnelle et spiritualité, le développement personnel apparaît comme le fer de lance de cette culture de l'illimité.
Mais la médaille a peut-être son revers. Le rêve de la supraconscience ne nous réserve-t-il pas une désillusion? A force d'entendre vanter l'actualisation du potentiel cérébral, les individus risquent en effet d'être gagnés par un sentiment de découragement. Certes, la vie intense qui leur est proposée a l'avantage de donner un sens à leur existence. "Voter possédez un immense potentiel psychologique, déclarent leurs formateurs. La réalisation de ce potentiel doit être désormais votre but". Mais ce taisant, le développement personnel souligne cruellement l'écart entre ce qu'on est et ce qu'on pourrait être, entre le Moi réel et le Moi qui a actualisé son potentiel. Aux absolus extérieurs à soi, utopies politiques, révolution, progrès, salut, Dieu, le développement personnel substitue un absolu de soi, qui entraîne une tension au cśur de la personnalité. L'excellence n'a-t-elle pas un coût parfois exorbitant (6) ? N'est-il pas dangereux de jouer sur l'héroïsation de soi-même, de faire vibrer la corde de l'autotranscendance, de l'autodivinisation ? Il nous paraît inévitable que, tôt ou tard, le face-à-face de l'individu avec l'absolu de soi provoquera une souffrance psychique.
Comparons, à cet égard, l'homme du XIXe siècle et l'homme actuel. Au XIXe siècle, les individus étaient obsédés par l'opposition du bien et du mal. Ils craignaient de se rendre coupables de transgressions, de franchir la ligne rouge des interdits. Ils s'alarmaient à l'idée que leurs fautes puissent être perçues par leurs semblables (7). Leur Surmoi les persécutait. De nos jours, ce qui nous tourmente est, plus que l'opposition entre le bien et le mal, l'écart entre le Moi idéal et le Moi réel, entre la vie limitée et la vie illimitée, entre le cerveau à 10 % et le cerveau à 100 %. "Saurai-je échapper à une vie médiocre ?", se demande chacun avec anxiété. Le souci de l'accomplissement de soi devient torturant. La tyrannie du Moi idéal se substitue à celle du Surmoi. La crainte de la médiocrité remplace la crainte de la culpabilité.
Tel pourrait bien être, en définitive, l'effet pervers de la grisante aventure de la supraconscience. Le prométhéisme psychique du développement personnel risque de conduire l'homme de demain à une nouvelle forme de conscience malheureuse.
(1) A. Maslow, Vers une psychologie de l'Être, Fayard, 1983.
(2) Voir les techniques de visualisation mises au point par le cancérologue américain Cari Simonton.
(3) M. Murphy, The Future of the Body: Explorations into the further evolutions of human nature, Putman Publishing Group, 1993.
(4) M. Lacroix, Le Développement personnel, Flammarion, K Dominos., 2000.
(5) R Bandler, Un cerveau pour changer. La Programmation neurolinguistique. InterÉditions, 1998, Dunod, 2000. Il est intéressant, par ailleurs, de voir la place de la modélisation de l'excellence dans les travaux pédagogiques d'un chercheur comme Antoine de la Garanderie.
(6) N. Aubert et V de Gaujelac, Le Coût de l'excellence, Seuil, 1991.
(7) Le code minutieux du savoir-vivre au XIXe siècle avait pour principale fonction de protéger contre le regard d'autrui.
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Voir ENFANTS
EGLISE CATHOLIQUE APOSTOLIQUE CHARISMATIQUE JESUS
REY
La Croix du 10 juin 2002
La Croix du 1er juillet 2002
La Croix du 3 juillet 2002
La Croix du 15/07/02
La Croix du 06/08/02
ÉDUCATION Au terme d'un mandat de sept ans, le "monsieur Sectes" de l'éducation nationale dresse son bilan. Il a utilisé les possibilités de la loi sans jamais céder à une quelconque "chasse aux sorcières".
Daniel Groscolas s'en va. Cet inspecteur général de l'éducation nationale, discret et efficace, dirigeait depuis sept ans la cellule chargée de la prévention des phénomènes sectaires dans l'éducation. Aujourd'hui, il passe la main à son successeur, Joël Goyheneix.
Juste avant de partir, Daniel Groscolas a monté une expérience originale, lundi dernier à Paris : devant un parterre d'élèves et d'enseignants, il a fait jouer une pièce, L'Alchimiste, retraçant le parcours de deux jeunes au sein d'une secte. Le public se fait lui aussi piéger par la distribution d'un questionnaire, parfaite réplique des tests de personnalité que certaines sectes distribuent pour appâter le client. Cette expérience pédagogique est unique en son genre. "Mais rien n'empêchera l'éducation nationale de l'étendre, si elle s'avère concluante", souligne Daniel Groscolas. Car le "monsieur Sectes" de la vie scolaire est un pragmatique. Durant toute la durée de son mandat, à un poste qu'il inaugurait –la cellule secte a démarré avec lui-, Daniel Groscolas a su śuvrer tout en finesse, utilisant à fond les possibilités de la loi sans jamais céder à une quelconque "chasse aux sorcières".
Un exemple : en novembre dernier, Daniel Groscolas est alerté du comportement d'une enseignante du 17ème arrondissement de Paris qui, dès qu'elle quitte l'école, se rend ostensiblement à l'église de scientologie toute proche. "On me pressait d'agir, raconte l'inspecteur général. Françoise de Panafieu (NDLR : élue du 17ème) s'emportait : "L'éducation nationale ne fait rien !"Mais j'ai tout de suite flairé une provocation : si nous avions pris des sanctions contre l'enseignante, alors qu'elle n'avait commis aucun faute, la scientologie, nous aurait attaqués devant la Cour européenne". Daniel Groscolas s'est "arrangé" pour que la fauteuse de trouble quitte le quartier. Sans éclats.
Car l'inspecteur général n'est pas du genre à jouer les va-t-en-guerre. "Je lutte contre les comportements illégaux, pas contre les croyances. La liberté de conscience est tout de même une valeur constitutionnelle ! Je ne suis pas d'accord pour révoquer les enseignants membres de sectes. Tant qu'ils ne font pas de prosélytisme, il n'y a aucune raison de les sanctionner", répète-t-il, affirmant qu'en sept ans, il a eu à connaître "moins de dix cas de prosélytisme". C'est ainsi qu'en 1998, il confirmera dans ses fonctions le directeur d'école primaire de Chomérac (Ardèche), adepte du Mandarom, malgré l'opposition de la moitié du village. "Nous l'avons contrôlé et n'avons rien trouvé à redire à son enseignement". Aujourd'hui, le directeur enseignant est toujours en fonctions.
Sans tapage, la cellule sectes a aussi réussi à réduire à presque rien le nombre le nombre d'enfants instruits dans les sectes. "À ce jour, il y en a moins d'une centaine, alors qu'on en recensait 3000 en 1998", explique Daniel Groscolas. Un résultat obtenu par la rescolarisation dans le public d'enfants éduqués dans les communautés sectaires et par la fermeture de "15 à 20" écoles privées hors contrat – toutes choses rendues possibles par le vote, en 1998, de la loi sur l'obligation scolaire (1). Une des plus grandes satisfactions de Daniel Groscolas est ainsi de constater que "le petit-fils de Maïté, la gourelle de la secte Horus, est maintenant scolarisé à l'école publique du village !" Ne se reproche-t-il pas, à l'inverse, d'avoir, un matin de décembre 1999, ordonné une "descente d'inspecteurs" dans la quinzaine d'établissements se réclamant de la pédagogie Steiner ? "Non, car c'est grâce à nos contrôles que les accusations portées contres ces écoles ont pu être tempérées".
Au terme de son mandat, Daniel Groscolas ne regrette qu'une chose : "Avoir perdu de l'énergie avec la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS)", organisme qu'il a d'ailleurs fini par quitter, au terme d'un long bras de fer avec son président Alain Vivien. "La Mils voudrait tout régler par des sanctions, des expulsions. Nous, on se base sur des faits objectifs avant d'agir. Et on n'amplifie pas les problèmes pour justifier notre existence !"
L'inspecteur général se refuse ainsi à "voir des sectes partout". De même, il est contre la publication de listes pointant tel ou tel organisme : "Rien que sur Paris, une soixantaine d'organisations sont des filiales de sectes. Mais quand on donne leur nom, elles en changent ! Mieux vaut donc agir plus subtilement".
A-t-il jamais eu à se plaindre du pouvoir politique ? "Non. Tous mes ministres m'ont soutenu, de François Bayrou à Jack Lang". Pas moins.
(1) Cette loi autorise à contrôler les contenus de l'enseignement et peut obliger à rescolariser dans le public un enfant qui n'aurait pas le niveau requis.
Un guide pour les professeurs Une plaquette va être distribuée à tous les cadres éducatifs. Réalisée par la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) et le ministère de l'éducation national et intitulée Prévention des risques de prosélytisme sectaire, elle recense tout ce qu'il faut savoir pour lutter contre les sectes à l'école.
Xavier Laugaudin
Association Attention Enfants1
À des fins diverses, des sectes multiplient leurs méthodes d'approche des enfants et adolescents actions locales dans le domaine scolaire, parascolaire, associatif… L'association Attention Enfants informe, dans les quartiers, pour prévenir la manipulation.
Comme si les grands mouvements sectaires n'en avaient pas assez de sévir dans la rue, par démarchage à domicile, dans l'entreprise, etc., les voici maintenant à se pencher sur nos enfants. Loin du mythe des sorcières se penchant sur le berceau des petites princesses ? Oui, mais seulement si nous restons vigilants et protégeons nos enfants. Les jeunes de tous âges, petits jusqu'à adolescents sont la nouvelle cible de nombreux groupes sectaires. Les objectifs sont multiples : en faire de futurs adeptes ou sympathisants ; les manipuler afin d'obtenir de précieuses informations pour reconstituer le "profil psychologique" de la famille ; et ainsi connaître plus facilement les faiblesses, donc les points "d'attaque" des différents membres de la cellule familiale.
Mais comment ces sectes reconnues comme étant dangereuses peuvent-elles approcher et séduire nos enfants ? Elles ont mis au point trois stratégies différentes :
Par le biais de la famille elle-même si l'un de ses membres est adepte d'une secte
Certains enfants sont séparés du milieu familial pour être "placés dans un ashram du gourou". D'autres souffrent de carences gravissimes quant à leur santé absence de vaccination, médecines parallèles...
À travers le milieu scolaire
Diverses tentatives auprès du personnel enseignant et des rectorats ont déjà été faites. Il y a quelques mois à peine, la Scientologie a ainsi fait parvenir au corps enseignant des brochures vantant les "vertus" de la dianétique au niveau pédagogique. D'autre part, les écoles privées filiales de sectes prolifèrent et cherchent à obtenir une certaine respectabilité.
À travers les activités parascolaires
Sous des couvertures aussi diverses que variées, certains groupes sectaires font du prosélytisme quasi direct par le biais des activités parascolaires.
Plusieurs exemples vécus – notamment à Paris illustrent quelques types de tentative d'infiltration de sectes dans notre société quotidienne : tentatives de noyautage et de prise d'influence dans des associations de parents d'élèves ; développement d'activités les mettant en prise directe avec les jeunes.
La Scientologie
La Scientologie est référencée parle deux rapports parlementaires (1995, 1999) comme secte. De plus, elle est déclarée dangereuse par le rapport 2000 de la MILS (Mission interministérielle de lutte contre les sectes). Pourtant, le Celebrity center situé rue Legendre (Paris XVIIe) constitue un pôle d'attraction important des adeptes de la secte.
Pendant de nombreuses années, les façades des commerçants non encore sensibilisés ont été régulièrement couvertes d'affichettes de prosélytisme plus ou moins direct de la secte ou de ses filiales. Le nom de Ron Hubbard, gourou fondateur, y apparaissait certaines fois. D'autres fois, on n'y trouvait qu'une référence peu lisible à La dianétique ouvrage de référence des scientologues , voire le seul nom d'une filiale, ce qui rendait l'identification de la secte plus difficile. Ces affichettes qui couvraient nos rues vantaient, par exemple, des cours d'anglais pour les petits, des méthodes de musique pour petits et grands, des cours de soutien et de rattrapage scolaire.
Heureusement, comme un peu partout, le pot aux roses a été découvert et de très nombreux commerçants refusent maintenant de prêter, leurs vitrines à cette propagande. Mais les "adeptes et leurs dirigeants ne manquent pas d'imagination pour masquer leurs activités sous des couverts qui peuvent sembler honorables.
Pour diversifier ses méthodes, la secte fait circuler un bus de propagande de La dianétique à travers Paris et n'hésite pas à le stationner devant les collèges et lycées. La distribution de muguet, le 1er mai, avec une étiquette portant une citation du gourou constitue une autre tentative. Il semblerait même que, bravant la loi, certains mineurs fassent eux-mêmes de la distribution de tracts. Autre exemple, la dernière fête de la Musique a une fois de plus été le théâtre de distributions de tracts de la secte auprès des habitants de plusieurs quartiers, mais surtout auprès des jeunes, très présents à cette fête : un monde sans violence, lutte contre la drogue...
Mais l'accroche humanitaire ne sert en fait que de paravent à la secte pour séduire des jeunes en quête d'idéal.
S'infiltrer dans les associations
Certains adeptes de la Scientologie ont décidé de leur propre initiative ? de tenter de s'infiltrer dans le tissu associatif du quartier.
La première tentative s'est faite à l'occasion d'une grande manifestation organisée par les parents d'élèves d'une école : un carnaval de 1 500 personnes défilant un samedi matin dans les rues du quartier. Une adepte s'est immiscée dans le groupe organisateur et s'est occupée d'organiser la fanfare. On pourrait trouver cela assez insignifiant, si ce n'est que, malgré les consignes strictes des organisateurs de respecter le caractère laïc de cette manifestation d'une école de la République, cette adepte, non contente de profiter de la couverture des parents d'élèves, avait engagé un groupe de musiciens scientologues. Ce n'est que quelques jours après le défilé que nous avons appris par des habitants du quartier que les musiciens étaient des scientologues notoires.
La seconde tentative, plus subtile, cherchait à rendre sympathique, ou tout au moins anodine, la Scientologie auprès des parents d'élèves en essayant de "diaboliser" le bureau et les adhérents vigilants qui osaient s'inquiéter d'un risque de banalisation.
Ces diverses actions visaient bel et bien à "prendre le pouvoir" afin de détourner les actions de parents d'élèves au profit de la secte.
Alors, est-il interdit d'être scientologue et d'avoir des enfants à l'école ? Certes non, si on respecte les principes fondateurs de l'école de la République, et en particulier son caractère laïc. Est-il interdit d'être scientologue et militant d'une association de parents d'élèves ? Plus difficile à dire, car les association de parents d'élèves promeuvent souvent des valeurs fortes de respect de l'enfant, de respect de son droit à déterminer son avenir, d'incitation à la responsabilisation des jeunes, etc. C'est en tout cas hors de question si ses propres convictions vont à l'encontre des objectifs mêmes de l'association... et c'est souvent le cas... Est-il interdit d'être scientologue et de participer de manière ostentatoire à une fête d'une école laïque ? La limite est certainement dépassée.
Ainsi, on s'aperçoit que derrière des actions qui peuvent sembler anodine une véritable machine de guerre grignote petit à petit le quotidien : les objectifs mêmes de prosélytisme, d'imposition d'une vérité révélée et non discutable par le gourou l'emportent sur les valeurs essentielles de l'entité qu'ils voudraient infiltrer.
Pallier les manques de la société
En sus d'attaques directes des associations de parents d'élèves, les actions de développement de la secte utilisent d'autres méthodes : accès indirect aux parents par le biais des enfants création de garderies d'enfants, soutien scolaire, activités culturelles ou sportives... palliant ainsi certains manques de notre société et utilisant ces façades honorables pour arriver à leurs fins. Il ne faut pourtant pas tomber dans une suspicion excessive. De nombreuses associations sportives, culturelles, d'aide à l'animation parascolaire, de soutien scolaire, n'ont comme but premier que l'intérêt des enfants que ces activités soient lucratives ou non, d'ailleurs et n'ont rien à voir avec une secte.
La multiplication de ces associations souligne la gravité du problème. Quelles sont les raisons de cet intérêt accru pour les enfants ? Quels sont les objectifs véritablement recherchés ? Les actions diverses pour rencontrer coûte que coûte les parents, les frères et sśurs et la famille au sens le plus large, l'organisation de réunions pour parler de méthodes pédagogiques du gourou ? , sont des facteurs qui pourraient sembler sympathiques si on ne connaissait pas les véritables buts recherchés ! De telles structures s'ouvrent régulièrement. Elles "testent" la résistance et la capacité de défense de la population, ferment souvent pour rouvrir quelques mètres plus loin de manière plus ou moins provocatrice. L'objectif est par l'usure, d'essayer de se banaliser.
La secte essaie régulièrement de gagner du terrain, petit à petit, sur des choses quelquefois insignifiantes – distribution gratuite de muguet le 1er mai , jusqu'à ce qu'elle commence à faire partie du paysage et que la vigilance des habitants s'effrite...
La Nouvelle Acropole
Elle aussi classée comme secte par les différents rapports parlementaires, la Nouvelle Acropole, sans en reprendre l'historique, était implantée il y a quelques années rue Daguerre, dans le XIVe arrondissement de Paris. Grâce à une mobilisation forte des habitants du quartier et des principales associations locales, très attachés à la défense des droits de l'homme, cette secte a été "chassée". Mais, quelques années plus tard, on la retrouve dans le XVe arrondissement.
La tactique de la Nouvelle Acropole est plus directe : aux yeux de tous, elle distribue des tracts, pose des affiches invitant lycéens, voire même adultes, à des conférences/cours de philosophie : les civilisations anciennes, les grands mythes à travers le cinéma... Officiellement, ces séances ne sont pas gratuites 20 F (3,05 €) , mais les boissons le sont et à volonté... Cela ne s'apparente-t-il pas à du prosélytisme auprès des jeunes ?
De plus, les sujets choisis constituent des thèmes d'appel pour les adolescents et permettent aussi à la secte de pouvoir distiller directement son idéologie sociétale rappelons que la Nouvelle Acropole promeut une société élitiste. Quoi de plus facile, lorsqu'on est aguerri aux méthodes de manipulation mentale, que d'influencer la pensée d'adolescents en quête d'un idéal ! Naturellement, comme pour toute secte, ces conférences quasi gratuites constituent un appât vers le futur engrenage de l'organisation.
Il s'agit là de l'exemple de deux quartiers, mais ceci se décline malheureusement un peu partout.
La mobilisation des parents
Dans de nombreux quartiers, des citoyens et particulièrement des parents. se sont mobilisés pour réagir : actions menées par la FCPE du collège/lycée Camille-Sée contre les actions de la Nouvelle Acropole, réactions médiatiques et efficaces des habitants du quartier de la rue Grenetta contre l'implantation d'une librairie scientogué, manifestations contre l'utilisation de la Scala par un mouvement sectaire, réactions de parents du XVIIe arrondissement contre les actions de la Scientologie à l'encontre des enfants et adolescents.
Un mouvement s'est créé, une volonté de s'unir dans la défense de nos enfants est née.
Attention Enfants, association "fédérale"
C'est ainsi que s'est créée l'association Attention Enfants. Elle a comme objectif de défendre et prévenir les enfants, les adolescents et leurs parents contre les méfaits des sectes. Prévenir du danger en diffusant l'information est son activité majeure.
Ainsi l'acquisition d'informations par différents biais est-elle nécessaire : échange d'informations avec les autres associations de lutte contre les sectes en particulier UNADFI et CCMM ; collecte d'informations auprès des commerçants, des habitants des quartiers, des parents d'élèves ; rapports étroits avec les institutions politiques et administratives MILS, Assemblée nationale, Ville de Paris, police, Justice, Éducation nationale, jeunesse et Sports, etc.
Mais détenir une information n'a de sens que si on la contrôle puis la diffuse. Il ne s'agit pas, bien entendu, de disperser en vrac les informations. Notre objectif n'est donc pas de noyer le public sous une masse d'informations, mais d'offrir à ceux qui nous le demandent les éléments nécessaires à leur propre appréciation. Chacun doit être informé pour pouvoir agir librement et en toute connaissance de cause.
L'association est constituée de pôles de quartier ou d'arrondissement et d'une structure "fédérale". Le conseil d'administration a la charge d'animer les divers pôles de quartier, de maintenir les liens et les structures de travail avec les instances institutionnelles et l'ensemble de nos partenaires, Les pôles de quartier ont en charge l'organisation des actions locales : permanence, information des commerçants, tractage sur les marchés, sensibilisation dans les écoles, collèges et lycées, réunions publiques d'information... Le pôle de quartier doit aussi, avec l'aide de l'ensemble des habitants et commerçants, éviter toute suspicion systématique et excessive : il faut être vigilant sans voir le mal partout.
Pourquoi une telle association ?
Nos rapports avec les organisations de parents d'élèves sont très étroits. Des liens historiques avec la FCPE existent et bien des actions que nous avons citées auparavant sont à l'initiative de parents d'élèves. Néanmoins, nous avons choisi de créer une structure indépendante de telle ou telle association de parents d'élèves.
Plusieurs éléments ont été déterminants :
• Une liberté d'action par rapport aux différentes associations de parents d'élèves : nos buts se rejoignent sur le problème des sectes, mais nos domaines d'intervention par rapport aux pouvoirs publics ne sont pas de même nature. Nos démarches auprès de l'académie de Paris n'ont pas à souffrir de telle ou telle négociation sur des fermetures de classe.
• Une réelle indépendance vis-à-vis de ces différentes associations est nécessaire : notre but est de fédérer les actions de tous les parents par-delà les différences qui existent entre ces associations et indépendamment de (adhésion ou non de parents à une de ces associations.
• Nos adhérents n'ont pas nécessairement d'enfants d'âge scolaire, voire pas d'enfants du tout. Il s'agit là d'une prise de conscience citoyenne liée à la défense des droits de l'homme et de l'enfant.
• Les enfants et les adolescents doivent pouvoir venir nous rencontrer, nous demander conseil sans crainte d'un amalgame avec des structures liées à leur école/lycée.
• Les statuts d'Attention Enfants sont plus adaptés à notre activité que ceux d'une autre association.
Aujourd'hui, nous avons obtenu le mandat de la FCPE Paris pour fédérer l'ensemble des actions des parents d'élèves FCPE sur Paris dans la défense des enfants contre les sectes et nous avons établi avec la PEEP de Paris un partenariat efficace.
Des actions pour prévenir quels risques ?
Bien entendu, ce n'est pas l'argent de poche des enfants et des adolescents que visent les sectes ! Deux cas de figure :
• Les enfants d'adeptes, de facto sous l'emprise de la secte, sont modelés par la secte avec la bénédiction des parents ! Les rares espoirs de les sortir de ses griffes sont un des parents non adepte, les grands-parents, etc., qui tentent de soustraire les enfants à ces manipulations mentales.
• Nos enfants suivent tel cours de rattrapage scolaire, tel cours de musique animé par un adepte d'une secte. Dans ce cas l'approche n'est pas directe : la secte ne cherche pas à embrigader immédiatement l'enfant, mais...
Alors, les enfants sont une proie privilégiée des activités parallèles des sectes, pour plusieurs raisons.
• Tout d'abord, les enfants sont par nature enclins à se confier, à raconter leurs petits malheurs quotidiens, Ainsi, quoi de plus facile pour un adulte un peu gentil que de savoir que le grand frère s'est fait réprimander parce qu'il fumait un joint, que la grande sśur a un chagrin d'amour qui la fait pleurer tous les soirs, qu'un autre frère veut changer la société, que le père est menacé de chômage, que les parents se disputent souvent, etc. Vous connaissez ainsi grand nombre des faiblesses d'une famille et pouvez tout à loisir exploiter cette information pour proposer un remède miracle. C'est une véritable aubaine pour les sectes. En effet, il y a peu de chances que le père ou la mère aille raconter avec moult détails ces choses de la vie quotidienne ! Les enfants sont ainsi utilisés comme source d'information par les sectes.
• Les adeptes des sectes en relation avec ces enfants créent aussi une relation de sympathie avec eux et rendent de manière indirecte la secte inoffensive, voire sympathique, auprès d'eux. Quelques années plus tard, le jeune adulte ne se méfiera pas plus de la secte que e ce professeur de maths. On crée ainsi un potentiel de sympathie.
• Les sectes, à travers leurs activités auprès des enfants, constituent une véritable base de connaissances sur leur caractère, leurs éventuelles faiblesses, psychologiques, leurs futurs points de sensibilité.
• Les sectes pratiquent une véritable incursion dans la famille sous prétexte de partager des expériences ou des méthodes éducatives. Pénétrant la famille, elles peuvent plus facilement exploiter les informations collectées auprès des enfants pour toucher les parents.
• Les adolescents qui, quasiment par définition, traversent une crise de remise en cause de la société, qui sont en quête d'un idéal, sont des cibles très sensibles. Les sectes auront le maximum d'emprise sur ces jeunes en pleine recherche et ayant soif de trouver des panacées à leurs interrogations. Ces exemples simples montrent que, sous des aspects anodins, les sectes constituent un danger réel pour les enfants.
Se méfier sans paranoïa
Plus grave que des tentatives de prosélytisme, de recrutement, d'infiltration dans le milieu familial, certains groupes sectaires n'hésitent pas à manipuler nos enfants pour en faire des "espions" de la secte, voire des délateurs... Ces méthodes ne ressemblent-elles pas à s'y méprendre à celles employées par les gouvernements totalitaires et utilisées encore aujourd'hui par les groupes néo-fascistes ?
Certaines sectes tentent ainsi de passer en force et de s'imposer de facto dans la vie sociale d'un quartier en ayant des actions si fortes qu'elles découragent les citoyens non organisés. D'autres sectes s'infiltrent subrepticement dans le tissu social d'un quartier, d'une ville, pour devenir banalisée, ne plus éveiller la suspicion et pouvoir faire du prosélytisme ouvert.
Mais le seul objectif des sectes est de faire croître le pouvoir spirituel du gourou, son pouvoir financier ou même les deux. Mais, comme les ressources des adeptes ne sont pas illimitées, il faut bien recruter de nouveaux "gogos".
Néanmoins, ceci ne doit pas nous faire oublier qu'il existe de nombreux conservatoires de musique, associations d'aide familiale, d'aide aux enfants en difficulté scolaire, qui, heureusement, n'ont rien à voir avec des sectes. Il faut être solidaire dans la lutte contre ces infiltrations sans sombrer dans la suspicion systématique ou la paranoïa, ni participer au colportage d'une rumeur non fondée.
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1. Attention Enfants 16, rue des Batignolles 75017 Paris Tél. : 01 45 22 17 98 (rép.) e-mail : info@attention-enfants.org site Internet : www.attention-enfants.org.
Investissez 3050 euros (20000 francs), vous retrouverez rapidement votre mise et toucherez des dividendes chaque fois que de nouveaux membres entreront dans notre "société". Tel est, en substance, le message délivré par quelques dirigeants d'une pseudo société installée à l'étranger et qui promettent des rendements importants et rapides sur votre investissement. Un réseau serait en cours de constitution sur la région chalonnaise.
Il s'agit en fait du système des chaînes d'argent ou "pyramides" qui consiste à recruter ou parrainer des personnes, souvent des proches, pour grossir une liste et constituer une pyramide qui s'écroulera forcément et fait de nombreuses victimes car les derniers les plus nombreux- auront payé 3050 euros sans retour !
Voici quelques années, durant quelques mois, plusieurs pyramides financières (French Power, Top Stair ou encore Team Marketing pour l'appellation) ont fait de véritables ravages en Belgique et dans le nord et l'est de la France.
Et plus récemment dans le midi de la France et sur la Côte d'Azur dans la région de Nice. Là, le système est arrivé à son apogée en recueillant des dizaines de milliers de francs avant qu'il ne s'écroule lorsque la pyramide ne pouvait plus élargir sa base car il fallait trouver, c'est mathématique, beaucoup trop de monde
Les initiateurs ont donc joué les filles de l'air et déplacé le système vers une nouvelle région.
Le nord de Lyon mais il s'agirait en fait de la région chalonnaise.
Le fonctionnement n'est pas très évident au départ mais une stratégie facilite les choses. Les victimes sont toutes contactées par un parent, un ami ou une connaissance. Rendez-vous est alors donné en Allemagne généralement, à Todtnau, tout près de la frontière où les instigateurs de l'escroquerie ne sont pas inquiétés par la législation française.
Sur place, dans un hôtel ou une salle polyvalente, les méthodes ressemblent à s'y méprendre à celles des sectes : fouille à l'entrée, musique abrutissante, applaudissements délirants, discours culpabilisateurs, propositions de rédemption financière, souvent même interdiction d'aller aux toilettes.
Dans cette salle, les visiteurs dont mis sous pression, galvanisés par une organisation tactique qui ne laisse que peu de chance aux gens, lesquels tôt ou tard plongeront et signeront un chèque, feront un crédit s'il le faut pour avancer les 3050 euros.
La mise ne scène est délicatement réglée et les enveloppes rétribuant les plus anciens membres sont distribuées selon un protocole bien établi et laissant entrevoir que bientôt ce sera le tour des nouveaux.
Dans le Chalonnais, le système s'est mis en place depuis quelques semaines déjà. Plusieurs "voyages" ont été organisés vers l'Allemagne. Selon le mode décrit ci-dessus, ils accueillent les personnes à la recherche de la fortune et obtiennent la somme demandée, d'une façon ou d'une autre.
L'organisation est précise puisqu'un "agent" régional relaie les informations sur place et donne les lieux de rendez-vous, parfois avec deux ou trois arrêts pour prendre d'autres personnes en route.
Sans compter qu'il y a cette formule qui régulièrement redynamise les troupes si d'aventure un manque de motivation ou une lassitude apparaissait.
C'est ainsi qu'un regroupement a déjà eu lieu dans un hôtel de Beaune et il y a quelques jours un autre dans un village proche de Chalon-sur-Saône.
Et à la manière de certains responsables de rave-party, le lieu une salle des fêtes- a changé au dernier moment pour se retrouver finalement dans la selle d'un bar un peu plus au nord, en Saône-et-Loire toujours.
Le Bien Public du 17/05/02
Une bande organisée, ayant escroqué des centaines de victimes dans le grand Est de la France, vient d'être arrêtée par la gendarmerie Côte-d'Orienne. Six hommes, basés en région lyonnaise, ont été écroués.
Les enquêteurs Beaunois et la section de recherches de la gendarmerie de Dijon viennent de mettre un terme aux agissements d'une bande organisée, ayant développé un système d'escroquerie pyramidale, encore appelé "à la boule de neige", ou chaînes d'argent. "Investissez 3 000 euros (environ 20 000 francs), vous retrouverez rapidement votre mise et vous toucherez des dividendes chaque fois que de nouveaux membres entreront dans notre société". Tel est en substance le message délivré par quelques dirigeants d'une pseudo société installée à l'étranger, qui promettent des rendements importants et rapides sur votre investissement.
Le système par lui-même consiste à recruter ou parrainer des personnes, souvent des proches, pour grossir un liste et constituer une pyramide qui s'écroulera tôt ou tard, en faisant des victimes.
En région beaunoise
L'affaire résolue par la gendarmerie Côte-d'Orienne a démarré par la plainte d'un particulier, il y a environ cinq mois en région beaunoise. Les investigations entreprises ont permis d'établir l'existence d'un système d'escroquerie pyramidale, les malfaiteurs parvenant à convaincre leurs futures victimes de miser une somme importante pour entrer dans leur société. En l'occurrence, chacune d'elle a déboursé plus de 3 000 euros ; à sa charge ensuite de parrainer trois nouveaux adhérents, afin de récupérer non seulement sa mise, mais aussi de faire remonter les deux autres parts en haut de la pyramide.
Les enquêteurs ont pu établir que plusieurs centaines de milliers d'euros avaient été extorqués en quatre mois non seulement en Côte-d'Or, mais dans tout le grand Est de la France, et peut-être dans un secteur plus large encore. Le nombre des victimes n'est pas encore établi, mais il porterait sur des centaines de personnes.
De façon à ne pas être inquiété par la législation française, le réseau organisait ses réunions en Allemagne, tous près de la frontière Dimanche soir et lundi, c'est précisément au retour d'une de ces rencontres, que les gendarmes ont procédé à un coup de filet en interpellant aux abords de Besançon, et en région lyonnaise, les huit membres de cette bande organisée, dans le cadre d'une enquête conduite avec le concours de la police criminelle allemande.
À l'issue de leur garde à vue, six d'entre eux ont été écroués dans des prisons réparties dans plusieurs villes. Tous ces individus, de nationalité française, résidaient en région lyonnaise.
Chaque année, des affaires importantes concernant des escroqueries pyramidales surviennent ; rappelons l'affaire Goldfinger résolue en 2001 par le SRPJ de Nice, ayant également porté sur des sommes très importantes ; ou encore French Power, Top Stair, et Team Marketing, qui il y a quelques années, ont fait souffler un fort vent d'arnaque sur la Belgique, ainsi que sur le nord et l'est de la France.
Anne-Françoise BAILLY dans le BIEN PUBLIC du Vendredi 11 octobre 2002
C'est dans le cadre d'une commission rogatoire internationale que la police criminelle allemande et les gendarmes Côte-d'Oriens viennent de démanteler un réseau d'escroquerie pyramidale.
COMME nous l'indiquions dans notre édition d'hier, les enquêteurs Beaunois et la section de recherches de la gendarmerie de Dijon viennent de démanteler un réseau d'escroquerie pyramidale dont le nom est Arcady. L'enquête a été conduite dans le cadre d'une commission rogatoire internationale, en étroite relation avec la direction de la police de Lörrach en Allemagne (Baden-Württemberg).
Depuis 3 ans, ce réseau opérait dans toute la France, sauf le sud, Arcady ayant repris la technique du réseau Goldfinger, anéanti en 2001 par le SRPJ de Nice.
Les régions de Lyon/Chambéry, la partie Nord Est, particulièrement la Bourgogne, les régions de Paris, Strasbourg, Lille...
Autant de terrains de chasse pour les rabatteurs d'Arcady.
"Vous cherchez à arrondir vos fins de mois ? Quelques heures de travail au noir par semaine vous intéressent...".
C'est par le bouche à oreille que l'information circulait, puis se répandait dans le cercle familial ou d'amis. Pour en savoir plus, la future victime était invitée à se rendre à une réunion d'information en Allemagne, généralement à Todtnau, un village isolé situé à 35 km de la frontière.
C'est là que chaque week-end, des dizaines, voire des centaines de véhicules affluaient depuis la France, les futures victimes étant transportées, sans qu'elles connaissent leur destination finale, en co-voiturage par des rabatteurs venus les chercher à leur domicile.
Mis sous pression
Sur place, les visiteurs allaient être mis sous pression, installés dans une salle où ils ne ressortiriant pas avant d'avoir signé un contrat portant sur leur adhésion à la société Arcady moyennant un prix d'entrée de 3 049 euros (20 000 francs).
Au cours de trois réunions successives d'1 h 30 enchaînées coup sur coup (et ne pouvant se restaurer que d'un sandwich vendu sur place 30 euros), ils seront entraînés dans un véritable show à l'américaine, rythmé de « olas ».Clou du spectacle ? La remise de liasses de monnaie en petites coupures aux agents ayant bien travaillé, chacun rêvant d'être le suivant lors de la prochaine réunion. La mise en scène était strictement réglée, la technique de marketing et de manipulation mentale aboutissant à un véritable système d'embrigadement.
Croyant avoir affaire à une véritable société dont le siège social était aux Seychelles, les participants étaient appâtés par des perspectives d'enrichissement à court terme. Vous investissez 3 049 euros, en 10 mois vous en récolterez presque 40 000. Il vous suffit de faire rentrer de nouveaux membres.
Et de présenter le système de commission émanant de chaque strate. Des victimes ont emprunté pour entrer dans cette société, en y entraînant leurs parents, leurs frères et surs, et leurs amis... Des managers entrés dans Arcady ont abandonné leur emploi pour se lancer corps et âme dans une voie sans issue, les laissant aujourd'hui sur la paille.
Les versements se faisaient aussi en France, au manager, auprès duquel on pouvait signer un contrat. Les couples étaient prioritairement recrutés, car plus stables, chacun recevant un livret donnant des conseils pour écarter les indésirables : policiers, gendarmes, journalistes.
Une série d'interpellations
Le week-end dernier, une vaste opération lancée au retour d'une réunion en Allemagne a abouti à l'interpellation de deux hommes au péage de Saint-Maurice, près de Besançon (25) ; d'autres ont été arrêtés lundi matin à leur domicile dans plusieurs communes de la région lyonnaise. Parallèlement, à Todtnau, la police allemande a saisi une importante liasse de contrats, ne faisant apparaître qu'une succession de noms, et de numéros de téléphones portables, ainsi une grosse somme d'argent, dans une pizzeria de la localité.
Au total, 14 personnes ont été mises en examen ; huit ont été placées en garde à vue, six écrouées dans différentes prisons. Un des co-dirigeants aurait été impliqué dans l'affaire Goldfinger.
Il apparaît également que si, au bas de la pyramide, on s'appelait le « nouveau commerçant », puis en s'élevant le « grand commerçant », le « manager », « le chef de salle » et le « directeur », quatre personnes seulement auraient réellement profité du système, dont à la tête un certain « Christian ».
Une pyramide tombe, une autre renaît... Car si on a retrouvé dans Arcady quelques traces de Goldfinger, quelques noms d'Arcady apparaissent actuellement dans une nouvelle chaîne d'argent intitulée « Europe Silver ».
Anne-Françoise BAILLY dans le BIEN PUBLIC du Samedi 12 octobre 2002
Un numéro vert
En trois ans, les enquêteurs estiment à 6 millions d'euros le volume des transactions effectué par Arcady, le seul chiffre d'affaires des quatre mois d'enquête portant sur 866 000 euros, malgré la diffusion le 14 avril sur M6 d'un reportage dénonçant l'évolution de Goldfinger, autre réseau d'escroquerie pyramidale, vers Arcady.
Les enquêteurs estiment que plusieurs milliers de personnes ont été victimes d'Arcady. Un numéro vert est mis en place pour que celles-ci se fassent connaître. Un bordereau type de dépôt de plainte leur sera adressé. Ce numéro sera activé à compter de lundi. Il faut composer le 0800 500 630.
La Croix du 14 octobre 2002
Anne-Marie KAISER, dans la Croix du 18 octobre 2002
Comme la statue sculptée par Bartholdi et dressée à l'entrée du port de New York, elle doit porter la liberté, destinée à éclairer le reste du monde. Elle revendique le rôle de terre d'accueil pour des milliers de persécutés de la planète, à la recherche d'une terre promise. Pour le vieux fond puritain protestant et individualiste, le combat entre le bien et le mal prend des allures planétaires. George W. Bush parle de l'Irak, de l'Iran et de la Corée du Nord comme d'une trinité orientée selon "l'axe du mal". Les relations avec la Russie sont devenues moins méfiantes ; mais on n'a pas oublié qu'avant la chute du mur de Berlin, le président Ronald Reagan parlait de l'URSS comme d'un « empire du mal ».
Les télévangélistes qui disposent de médias fort influents distillent leurs messages sans nuances en les coulant dans une gangue religieuse. Pat Robertson le plus célèbre d'entre eux, avant de voir son étoile pâlir par suite de scandales, disposait, il y a peu, d'un réseau de télévision comptant 30 millions d'affidés. Il était une sorte de personnage incontournable avec lequel les candidats républicains à la présidence devaient compter, comme Reagan et Bush père en ont fait l'expérience. Le président actuel a pris des précautions dans la campagne électorale de 2001 pour éviter une trop grande dépendance à l'égard de ce parti électronique omniprésent. Dans son livre, The New World Order qui date de 1991, Pat Robertson parlait du rôle messianique de l'Amérique en des termes qui rallient de nombreux suffrages surtout dans le camp républicain. « Il n'y aura jamais une paix mondiale, écrivait-il, avant que la maison de Dieu et le peuple de Dieu assument leur rôle de leadership à la tête du monde. » Mais il s'en prenait aussi avec une extrême violence à des façons d'être et de vivre qu'il amalgamait sans nuances : « Comment peut-il y avoir la paix quand des soûlographes communistes, athées, dévoués au Moyen Âge, qui prient Satan, humanistes séculiers, dictateurs oppressifs, banquiers avaricieux, assassins révolutionnaires, adultères et homosexuels, dirigent tout ? »
Élevé dans une atmosphère épiscopalienne et presbytérienne, George W. Bush est désormais plutôt dans la mouvance du courant méthodiste. Lorsqu'il était en proie à des problèmes d'alcoolisme, il s'est joint à des groupes évangélistes pour retrouver la voie droite. Devenu en 1986 un born again Christian, un chrétien « re-né », il parle volontiers de Dieu. L'ancien gouverneur du Texas, adepte d'un conservatisme à base de compassion, a même proposé que l'aide sociale dans le pays soit redistribuée par des organisations religieuses et non par les habituels réseaux publics. Mais le projet semble avoir du plomb dans l'aile en raison de son côté trop paternaliste. Et puis les éditorialistes ne se privent pas d'ironiser sur le mélange des genres, en déclarant que « Dieu est clairement devenu son colistier pour la présidentielle de 2007 ».
En fait, depuis les événements du 11 septembre, la donne est bouleversée. L'invocation publique de Dieu et le recours à la prière sont en hausse. Mais Pat Robertson s'est totalement discrédité en lisant dans ces attentats un châtiment envoyé par Dieu à une Amérique trop tolérante envers les homosexuels. Désormais il se limite à invoquer publiquement le « Très Haut », en gardant les yeux fermés sous l'il implacable des caméras de la chaîne Fox Family (1).
L'avenir de ce mélange des genres sur la place publique reste très ouvert. Car l'Amérique républicaine et son président sont sous la pression continuelle de deux fondamentalismes venus des origines. L'un peut engendrer une religion politique messianique, et l'autre une politique religieuse nationale.
(1) Pour toutes ces précisions, lire le papier de Gilles Delafon dans le Journal du dimanche, du 2 mai 2001.
Henri Madelin, Rédacteur en chef de la revue "Études"
LA CROIX du Mardi 2 juillet 2002
Ils témoignent du malaise face à la vague de patriotisme et à la récupération politique de thèmes religieux.
"Il est quand même paradoxal que les deux présidents des Etats-Unis qui ont le plus brandi leur foi dans leurs discours politiques soient justement deux hommes qui n'étaient que d'occasionnels pratiquants : Ronald Reagan et George W. Bush. » Le révérend Chris Hogbood, de Washington, aime mettre le doigt sur l'ambivalence des gouvernements en matière de religion. "Les politiques américains revendiquent la séparation de l'Église et de l'État, mais n'hésitent pas à avoir recours au religieux quand cela les arrange », affirme-t-il. Il n'en revient pas que le président Bush ait pu prononcer le mot « croisade » dans un discours sans en mesurer la portée.
Lundi et mardi, le révérend participait à une rencontre internationale parrainée par le Conseil oecuménique Églises (COE) sous le titre « Au-delà du 11 septembre : les conséquences pour les Églises des États-Unis et du monde ». Deux journées pendant lesquelles une quarantaine de représentants d'Églises, surtout protestantes, se sont penchés sur les conséquences du 11 septembre. Une démarche quasi obligée puisque le président des États-Unis George W. Bush, à leurs yeux, détourne le langage du clergé et présente les derniers conflits comme une lutte entre les forces du mal et celles du bien.
Elizabeth Ferris, responsable des relations internationales du COE, a cité un discours de George W. Bush en juin : "Certains s'inquiètent estimant qu'il est impoli ou peu diplomatique de parler du bien et du mal. Je ne suis pas d'accord. La vérité morale est la même dans toutes les cultures, dans tous les lieux et à n'importe quel moment », affirmait-il. Expressions consternées dans l'assistance du colloque à l'idée que ces mots justifient des opérations militaires.
« Que doit répondre l'Église américaine lorsque le président Bush parle d'« axe du mal » ? » poursuit Elizabeth Ferris. En guise de réponse, les participants soulèvent d'autres questions. Mia Adjali une méthodiste, évoque le God bless America (Dieu bénisse l'Amérique) de l'hymne national, abondamment utilisé par le président Bush dans ses discours. "Parfois je me surprends à me demander ce que ça donnerait d'entendre Dieu bénisse le monde à la place de Dieu bénisse l'Amérique", lance-t-elle.
Pour les participants, l'après-11 septembre, c'est surtout une occasion manquée. Le jour de l'attaque, le monde entier, outré et horrifié, éprouvait de la compassion pour les États-Unis. Les Américains, à leur tour, se trouvaient plus susceptibles de comprendre ce dont beaucoup souffraient bien avant le 11 septembre : le sentiment d'extrême vulnérabilité. "Mes paroissiens ont peur du terrorisme et de la guerre, raconte Chris Hobgood. Pour moi, c'était l'occasion de leur rappeler combien de gens dans le monde ont vécu ou vivent encore, cette peur. C'était l'occasion de développer un sentiment de solidarité et d'appartenance à une plus grande communauté".
Mais « au lieu de construire sur ce sentiment de solidarité (les dirigeants américains) ont imposé leurs méthodes unilatérales », regrette Walter Altmann, luthérien brésilien. Selon lui, la politique étrangère des « États-Unis, notamment en Afghanistan, au Proche-Orient, et en Irak, a transformé le sentiment de solidarité pour les Américains en frustration vis-à-vis de leur politique.
Sollicité pour participer à une prière oecuménique lors d'une cérémonie du souvenir le 11 septembre prochain, le Brésilien hésite : "Je n'ai pas envie de me sentir récupéré dans une opération de propagande". Il n'est pas le seul. À l'approche de l'anniversaire de la tragédie, Vernon Broyles, un presbytérien du Midwest, est mal à l'aise, lui aussi. « New York n'a pas fini son deuil. Je voudrais trouver une manière de rendre hommage aux victimes du 11 septembre mais sans faire de ce jour une deuxième fête nationale qui donnerait carte blanche au gouvernement américain pour faire ce que bon lui semble. »
Au nom d'une catastrophe unique, la Maison-Blanche a pris des mesures que déplorent les Églises concernant entre autres les immigrants en détention provisoire ou les détenus de Guantanamo. Souligner l'unicité de la tragédie en prenant part à des commémorations ne risque-t-il pas de fournir des justifications à la perpétuation de ces mesures ?
Dans l'Amérique d'aujourd'hui, il n'est pas facile d'affirmer le sentiment d'appartenance à une communauté tout en remettant en cause les utilisations qui ont été faites des sentiments nationalistes et patriotiques. Car l'utilisation du patriotisme déroute les représentants des Églises. "Peu après le 11 septembre, le sentiment d'unité nationale a été transformé en l'espoir que des citoyens patriotes approuveraient toutes les décisions prises par le gouvernement", regrette un texte de conclusion de ces rencontres.
Les Églises se sentent prises au piège du célèbre « Si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous » de George W. Bush. Elles déplorent que les critiques envers la Maison-Blanche soient considérées comme un manque de loyauté. Chercher à connaître l'histoire d'un conflit semble désormais suspect, s'interroger sur les motivations des terroristes tient de la faute de patriotisme.
Anne Glynn-Mackoul, de l'Église orthodoxe d'Antioche, aurait aimé voir une réflexion s'amorcer sur les causes de l'antiaméricanisme dans le monde. « Mais c'était immédiatement catalogué d'anti-patriotisme », déplore-t-elle. Elle regrette a posteriori l'inaction des médias et des représentants religieux face à ce dérapage. "Relancer le débat va demander de la force et du courage. Et c'est à nous que cela incombe".
Marie LECOUFFE dans La Croix du 8 août 2002
La Croix du 9 octobre 2002
Les «évangéliques» étaient 26,1 millions en 2000, soit plus de 15 % de la population. En dix ans leur nombre a doublé.
Sao Paulo de notre correspondante. Il est 10 heures, ce dimanche matin. Dans le centre-ville de Sao Paulo, où se situe l'un des innombrables lieux de culte de l'Église universelle du royaume de Dieu (IURD), le pasteur Luciano fait salle comble. En costume-cravate, le micro collé aux lèvres, le prédicateur appelle d'emblée les fidèles, pour la plupart des gens humbles, à verser la dîme 10 % des revenus , censée leur "ouvrir les portes du ciel". Entre deux chants, l'infatigable Luciano prêche "la persévérance, l'humilité, la sagesse et la foi", et appelle les fidèles «à se délivrer du mal».
Tous ferment les yeux. C'est un moment d'extase. Certains sont en pleurs. Puis, sans transition, le prédicateur tente de vendre un livre et un CD mystique mais sans grand succès. Il est déjà raidi quand il se décide à parler politique. «Notre Église a fait élire 23 députés et un sénateur au scrutin du 6 octobre, lance-t-il sur un ton triomphal. Grâce à Dieu ! Les applaudissements retentissent dans la salle. «Et, dimanche, pour qui allons-nous voter au second tour de la présidentielle ? Pour Lula ? Eh bien, votez pour qui vous voulez», dit le pasteur.
Voter pour Luiz Inacio Lula da Silva n'est donc plus sacrilège pour l'IURD. Sans donner une consigne de vote, cette secte néopentecôtiste, qui compte 2 millions de fidèles, vient d'«autoriser» ses dirigeants à appuyer le candidat du Parti des travailleurs (PT, opposition de gauche) à la présidence du Brésil, qu'il brigue pour la quatrième fois. L'Église a précisé qu'ils pourront le faire aussi bien dans les temples que sur la trentaine de stations radio qu'elle détient.
On est loin du temps où l'«évêque» autoproclamé Edir Macedo, fondateur de l'IURD, présentait l'ex-gauchiste comme «le candidat du diable»...
Enjeu. Le palais du Planalto vaut bien une messe. Lula et son adversaire, José Serra, en sont convaincus. Sitôt qualifiés pour le second tour, ils se sont disputé le «vote évangélique». Ils ont lancé des tractations pour se rallier le soutien de ces Églises, et en particulier les sectes pentecôtistes ou néopentecôtistes. En 1989, le «vote évangélique» avait permis au populiste de droite Fernando Collor de battre Lula sur le fil. Cet électorat est d'ailleurs l'un des enjeux de l'alliance électorale inédite que Lula a scellée avec le Parti libéral auquel appartient José Alencar, magnat du textile et candidat du PT à la vice-présidence.
Cette modeste formation de droite est largement contrôlée par l'IURD. Certains des hauts dignitaires de la secte en sont membres. Avec le soutien du PL, Lula garantissait donc celui de l'IURD, à laquelle on prête une grande autorité sur ses fidèles. De quoi déplaire à l'Église catholique, dont le courant progressiste, lié au PT, n'a déjà pas apprécié le flirt avec la droite. C'est toutefois pour le second tour que l'appui de l'Église universelle se concrétise. Lula s'est rallié d'autres Églises, tout comme José Serra, appuyé par une partie de l'Assemblée de Dieu, la plus grande secte pentecôtiste avec 9 millions de fidèles.
Au premier round, les diverses obédiences «évangéliques» avaient soutenu en bloc, et sur sa seule appartenance religieuse, le presbytérien Anthony Garotinho, un populiste de gauche arrivé en troisième place avec plus de 15 millions de suffrages. Dans sa campagne, Garotinho, ex-gouverneur de l'État de Rio, a usé de son appartenance religieuse pour se donner une assise nationale. «Les candidats surestiment le vote évangélique. Sans doute, l'appui des Églises est important, mais la consigne de vote n'est pas toujours suivie. Les gens acceptent l'autorité du pasteur dans certaines limites. Garotinho était un cas à part, puisqu'il est évangélique. Mais, même pour lui, le vote évangélique n'a opéré qu'à moitié», remarque le sociologue Paul Freston, soulignant que «le vote évangélique monolithique n'est qu'un mythe véhiculé par les leaders religieux pour arracher des contreparties aux candidats».
Les «évangéliques» sont devenus un enjeu électoral en raison de leur fulgurante expansion dans la plus grande nation catholique du monde. En dix ans, leur nombre a pratiquement doublé.
Selon les derniers chiffres, ils étaient 26,1 millions en 2000, soit plus de 15 % de la population. Cet essor est essentiellement dû aux sectes pentecôtistes et néopentecôtistes.
Les protestants historiques sont en stagnation et ont peu de fidèles. Face à cet évangélisme de conversion, le catholicisme perd du terrain, même s'il reste la religion dominante. En 2000, le Brésil comptait 125 millions de catholiques, contre 121 millions en 1991. Mais leur proportion, qui chute depuis des décennies, est tombée à 74 % de la population. «Les sectes néopentecôtistes doivent leur expansion à leur dynamisme, explique le sociologue Flavio Pierucci. Elles se servent des moyens de communication de masse. Elles offrent une religiosité de résultat. Chez elles, nul besoin d'attendre la vie éternelle. Que le fidèle soit malade ou qu'il ait l'âme en peine, ces Églises lui proposent une solution immédiate et miraculeuse à ses problèmes. Dieu a réponse à tout dès lors que l'on vient chez elles. C'est dans les quartiers populaires et les favelas des grandes villes, abandonnés par l'État, qu'elles ont proliféré. En plus, elles ont une souplesse qui manque à l'Église catholique.»
Leurs pasteurs sont formés en quatre mois, contre sept ans pour un prêtre.
«Multinationale de la foi». L'IURD illustre le succès des sectes pentecôtistes. Fondée en 1977 par Edir Macedo, un ancien employé de la loterie de Rio, elle possède aujourd'hui près de 3 000 temples et un empire médiatique, qui comprend TV Record, la troisième du pays en termes d'audience. L'IURD est désormais une "multinationale de la foi" présente dans 80 pays. Une entreprise prospère qui dégage une odeur de soufre.
Il y a quelques années, Macedo a été accusé d'escroquerie et de fraude fiscale, ce qui n'a pas ébranlé les fidèles convaincus que le salut se paie en espèces sonnantes et trébuchantes. Mais l'Église entreprend aussi un important travail social. Dans les années 1980, elle s'est lancée en politique, comme tous les pentecôtistes.
Il s'agit notamment de monnayer leur appui en échange de privilèges pour leurs Églises. Lors de ce scrutin, les évangéliques ont accru leur présence au Parlement, passant de 48 à 60 sièges. Et la candidature de Garotinho a ranimé le vieux «rêve» d'un président évangélique. Un rêve que le candidat battu a promis de reporter à 2006.
Gilles BIASSETTE dans La Croix du 24 octobre 2002
La Croix du 23/08/02
La Croix du 30 août 2002
Par Bruno Frappat
Il ne faut pas prendre à la légère ce qui s'est passé, le 14 juillet, en haut des Champs-Élysées. Et encore moins ce qui aurait pu se produire si Jacques Chirac avait été atteint par les projectiles de Maxime Brunerie. La tentative d'assassinat au sens de meurtre avec préméditation semble avérée. Le jeune homme avait acquis son armé (en vente libre) quelques jours auparavant. Il avait loué une voiture pour se rendre à Paris. Il avait recommandé, sur Internet, dé se poster devant la télévision, su soir de la fête nationale. Il n'y avait pas impulsion, mais plan.
Que ce projet n'ait pas abouti; que le chef de l'État en ait été informé tardivement; que les journalistes qui l'ont interviewé à la télévision n'en aient pipé mot: tout cela n'empêche pas de considérer, avec un effroi rétrospectif, que la France a été à deux doigts d'une épreuve énorme, historique. Le sort a voulu, et c'est heureux, que grâce au courage de quelques témoins belle leçon de civisme et d'engagement! une tragédie soit évitée à Jacques Chirac. et au pays. Cela n'incite pas à clore le dossier de la folie extrémiste, mais bien à l'ouvrir.
Il y a, en France, lovée dans une normalité d'apparence (les personnages « discrets et sans histoires » évoqués régulièrement par les enquêtes de voisinage), comme des concrétions de haine, des blocs de violence rentrée ou explicité, des groupuscules qui fonctionnent comme des sectes "politiques". Ces groupes, animés par des leaders patentés et obstinés, recrutent, parmi les esprits faibles, des militants (des supporteurs) d'une radicalité qui a plus à voir, avec le mal-vivre qu'avec une quelconque espérance terrestre. Ces sectes paranoïaques sont répertoriées, et aussi dangereuses pour la société que pour leurs adeptes. Elles font de la haine de l'autre-le Juif, le Noir, l'Arabe... l'essentiel de leur doctrine. Leurs mots mettent sur le chemin du meurtre. L'hypothèse de la folie rassure, momentanément. Mais la haine, tapie dans l'ombre de ces sectes, perdure.
La Croix, 18 juillet 2002
La Croix du 02/08/02
La Croix du 19/08/02
La Croix du 23/08/02
La Croix du 18/09/2002
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La Croix du 8 mars 2002
La Croix du 16 mai 2002
Pratiquante de la technique Falun Gong, Chen Zixiu résidait à Weifang, dans le Shandong (Chine). Arrêtée le 16 février 2000 elle fut transférée dans un centre de détention et de rééducation des pratiquants de Falun Gong, où elle subit des brutalités durant plusieurs jours : coups de matraques en caoutchouc ou de matraques électriques, coups dun bâton épineux, obligation de marcher « à quatre pattes » dans la neige. Elle est morte le 21 février 2000.
brochure Falun Gong, la véritable histoire
La Croix du 18 juin 2002
Marc Nexon dans Le Point du 19 juillet 2002
La Croix du 13/08/02
La Croix du 27/08/02
Par Yves-Pierre Le Priol
Dieu, que l'on se signe sur les pelouses du Mondial ! Observez donc certains joueurs, aux débuts et fins de matches, ou encore après un but : tous ces signes de croix esquissés sur les poitrines, tous ces baisers sur des médailles, tous ces doigts pointés vers le ciel
Jamais, peut-être, alors que le foot tend vers la rationalité technique, la part incantatoire n'avait à ce point envahi les stades de la Coupe du monde. Actes de foi sincères, ou simples superstitions ? Ne sondons pas les curs. Mais pour un Lilian Thuram qui se proclame chrétien (et s'est gardé en Corée de trop recourir à Dieu), combien de virtuoses du ballon chez lesquels ces rituels n'ont d'autres vertus que propitiatoires ?
Voici que les arbitres s'y mettent, à leur tour. On avait noté les deux victoires maintes fois "signées" des joueurs espagnols contre la Slovénie puis l'Afrique du Sud ; puis la défaite non moins pieuse de l'Argentin Batistuta contre la Suède. Après le fantasque gardien de but paraguayen Chilavert, c'est un homme en noir (le Brésilien Carlos Simon) qui a recouru à ce même signe de croix, jeudi, à l'issue d'un match disputé sans incident entre l'Italie et le Mexique.
Remerciements à genoux, sous-maillots invoquant le nom de Jésus. Et puis des gestes plus profanes, tels que l'entrée du pied droit sur le terrain, ou les brins d'herbe arrachés à la pelouse, ou encore le baiser de haute mémoire sur la calvitie d'un coéquipier (l'ex-tandem Blanc-Barthez).
Autant de pratiques magico-sportives repérables sur les écrans, et qui ne nous feront pas passer sous silence celles des vestiaires : une certaine façon de croiser les doigts, de toucher du bois, d'arborer un porte-bonheur ; une certaine manière de lacer ses chaussures, d'enfiler ses chaussettes, etc.
De tels viatiques créeraient un environnement mental favorable, en conjurant l'angoisse avant l'épreuve. Sans recourir au trèfle à quatre feuilles, à la patte de lapin ou à la gousse d'ail, il s'agit pour nos champions hypertendus selon l'expression d'un psychiatre de chercher à "colmater l'inconnu".
LA CROIX, 17 JUIN 2002
Comme la statue sculptée par Bartholdi et dressée à l'entrée du port de New York, elle doit porter la liberté, destinée à éclairer le reste du monde. Elle revendique le rôle de terre d'accueil pour des milliers de persécutés de la planète, à la recherche d'une terre promise. Pour le vieux fond puritain protestant et individualiste, le combat entre le bien et le mal prend des allures planétaires. George W. Bush parle de l'Irak, de l'Iran et de la Corée du Nord comme d'une trinité orientée selon "l'axe du mal". Les relations avec la Russie sont devenues moins méfiantes ; mais on n'a pas oublié qu'avant la chute du mur de Berlin, le président Ronald Reagan parlait de l'URSS comme d'un « empire du mal ».
Les télévangélistes qui disposent de médias fort influents distillent leurs messages sans nuances en les coulant dans une gangue religieuse. Pat Robertson le plus célèbre d'entre eux, avant de voir son étoile pâlir par suite de scandales, disposait, il y a peu, d'un réseau de télévision comptant 30 millions d'affidés. Il était une sorte de personnage incontournable avec lequel les candidats républicains à la présidence devaient compter, comme Reagan et Bush père en ont fait l'expérience. Le président actuel a pris des précautions dans la campagne électorale de 2001 pour éviter une trop grande dépendance à l'égard de ce parti électronique omniprésent. Dans son livre, The New World Order qui date de 1991, Pat Robertson parlait du rôle messianique de l'Amérique en des termes qui rallient de nombreux suffrages surtout dans le camp républicain. « Il n'y aura jamais une paix mondiale, écrivait-il, avant que la maison de Dieu et le peuple de Dieu assument leur rôle de leadership à la tête du monde. » Mais il s'en prenait aussi avec une extrême violence à des façons d'être et de vivre qu'il amalgamait sans nuances : « Comment peut-il y avoir la paix quand des soûlographes communistes, athées, dévoués au Moyen Âge, qui prient Satan, humanistes séculiers, dictateurs oppressifs, banquiers avaricieux, assassins révolutionnaires, adultères et homosexuels, dirigent tout ? »
Élevé dans une atmosphère épiscopalienne et presbytérienne, George W. Bush est désormais plutôt dans la mouvance du courant méthodiste. Lorsqu'il était en proie à des problèmes d'alcoolisme, il s'est joint à des groupes évangélistes pour retrouver la voie droite. Devenu en 1986 un born again Christian, un chrétien « re-né », il parle volontiers de Dieu. L'ancien gouverneur du Texas, adepte d'un conservatisme à base de compassion, a même proposé que l'aide sociale dans le pays soit redistribuée par des organisations religieuses et non par les habituels réseaux publics. Mais le projet semble avoir du plomb dans l'aile en raison de son côté trop paternaliste. Et puis les éditorialistes ne se privent pas d'ironiser sur le mélange des genres, en déclarant que « Dieu est clairement devenu son colistier pour la présidentielle de 2007 ».
En fait, depuis les événements du 11 septembre, la donne est bouleversée. L'invocation publique de Dieu et le recours à la prière sont en hausse. Mais Pat Robertson s'est totalement discrédité en lisant dans ces attentats un châtiment envoyé par Dieu à une Amérique trop tolérante envers les homosexuels. Désormais il se limite à invoquer publiquement le « Très Haut », en gardant les yeux fermés sous l'il implacable des caméras de la chaîne Fox Family (1).
L'avenir de ce mélange des genres sur la place publique reste très ouvert. Car l'Amérique républicaine et son président sont sous la pression continuelle de deux fondamentalismes venus des origines. L'un peut engendrer une religion politique messianique, et l'autre une politique religieuse nationale.
(1) Pour toutes ces précisions, lire le papier de Gilles Delafon dans le Journal du dimanche, du 2 mai 2001.
Henri Madelin, Rédacteur en chef de la revue "Études"
LA CROIX du Mardi 2 juillet 2002
Ils témoignent du malaise face à la vague de patriotisme et à la récupération politique de thèmes religieux.
"Il est quand même paradoxal que les deux présidents des Etats-Unis qui ont le plus brandi leur foi dans leurs discours politiques soient justement deux hommes qui n'étaient que d'occasionnels pratiquants : Ronald Reagan et George W. Bush. » Le révérend Chris Hogbood, de Washington, aime mettre le doigt sur l'ambivalence des gouvernements en matière de religion. "Les politiques américains revendiquent la séparation de l'Église et de l'État, mais n'hésitent pas à avoir recours au religieux quand cela les arrange », affirme-t-il. Il n'en revient pas que le président Bush ait pu prononcer le mot « croisade » dans un discours sans en mesurer la portée.
Lundi et mardi, le révérend participait à une rencontre internationale parrainée par le Conseil oecuménique Églises (COE) sous le titre « Au-delà du 11 septembre : les conséquences pour les Églises des États-Unis et du monde ». Deux journées pendant lesquelles une quarantaine de représentants d'Églises, surtout protestantes, se sont penchés sur les conséquences du 11 septembre. Une démarche quasi obligée puisque le président des États-Unis George W. Bush, à leurs yeux, détourne le langage du clergé et présente les derniers conflits comme une lutte entre les forces du mal et celles du bien.
Elizabeth Ferris, responsable des relations internationales du COE, a cité un discours de George W. Bush en juin : "Certains s'inquiètent estimant qu'il est impoli ou peu diplomatique de parler du bien et du mal. Je ne suis pas d'accord. La vérité morale est la même dans toutes les cultures, dans tous les lieux et à n'importe quel moment », affirmait-il. Expressions consternées dans l'assistance du colloque à l'idée que ces mots justifient des opérations militaires.
« Que doit répondre l'Église américaine lorsque le président Bush parle d'« axe du mal » ? » poursuit Elizabeth Ferris. En guise de réponse, les participants soulèvent d'autres questions. Mia Adjali une méthodiste, évoque le God bless America (Dieu bénisse l'Amérique) de l'hymne national, abondamment utilisé par le président Bush dans ses discours. "Parfois je me surprends à me demander ce que ça donnerait d'entendre Dieu bénisse le monde à la place de Dieu bénisse l'Amérique", lance-t-elle.
Pour les participants, l'après-11 septembre, c'est surtout une occasion manquée. Le jour de l'attaque, le monde entier, outré et horrifié, éprouvait de la compassion pour les États-Unis. Les Américains, à leur tour, se trouvaient plus susceptibles de comprendre ce dont beaucoup souffraient bien avant le 11 septembre : le sentiment d'extrême vulnérabilité. "Mes paroissiens ont peur du terrorisme et de la guerre, raconte Chris Hobgood. Pour moi, c'était l'occasion de leur rappeler combien de gens dans le monde ont vécu ou vivent encore, cette peur. C'était l'occasion de développer un sentiment de solidarité et d'appartenance à une plus grande communauté".
Mais « au lieu de construire sur ce sentiment de solidarité (les dirigeants américains) ont imposé leurs méthodes unilatérales », regrette Walter Altmann, luthérien brésilien. Selon lui, la politique étrangère des « États-Unis, notamment en Afghanistan, au Proche-Orient, et en Irak, a transformé le sentiment de solidarité pour les Américains en frustration vis-à-vis de leur politique.
Sollicité pour participer à une prière oecuménique lors d'une cérémonie du souvenir le 11 septembre prochain, le Brésilien hésite : "Je n'ai pas envie de me sentir récupéré dans une opération de propagande". Il n'est pas le seul. À l'approche de l'anniversaire de la tragédie, Vernon Broyles, un presbytérien du Midwest, est mal à l'aise, lui aussi. « New York n'a pas fini son deuil. Je voudrais trouver une manière de rendre hommage aux victimes du 11 septembre mais sans faire de ce jour une deuxième fête nationale qui donnerait carte blanche au gouvernement américain pour faire ce que bon lui semble. »
Au nom d'une catastrophe unique, la Maison-Blanche a pris des mesures que déplorent les Églises concernant entre autres les immigrants en détention provisoire ou les détenus de Guantanamo. Souligner l'unicité de la tragédie en prenant part à des commémorations ne risque-t-il pas de fournir des justifications à la perpétuation de ces mesures ?
Dans l'Amérique d'aujourd'hui, il n'est pas facile d'affirmer le sentiment d'appartenance à une communauté tout en remettant en cause les utilisations qui ont été faites des sentiments nationalistes et patriotiques. Car l'utilisation du patriotisme déroute les représentants des Églises. "Peu après le 11 septembre, le sentiment d'unité nationale a été transformé en l'espoir que des citoyens patriotes approuveraient toutes les décisions prises par le gouvernement", regrette un texte de conclusion de ces rencontres.
Les Églises se sentent prises au piège du célèbre « Si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous » de George W. Bush. Elles déplorent que les critiques envers la Maison-Blanche soient considérées comme un manque de loyauté. Chercher à connaître l'histoire d'un conflit semble désormais suspect, s'interroger sur les motivations des terroristes tient de la faute de patriotisme.
Anne Glynn-Mackoul, de l'Église orthodoxe d'Antioche, aurait aimé voir une réflexion s'amorcer sur les causes de l'antiaméricanisme dans le monde. « Mais c'était immédiatement catalogué d'anti-patriotisme », déplore-t-elle. Elle regrette a posteriori l'inaction des médias et des représentants religieux face à ce dérapage. "Relancer le débat va demander de la force et du courage. Et c'est à nous que cela incombe".
Marie LECOUFFE dans La Croix du 8 août 2002
La Croix du 08/08/02
La Croix d'août 2002
SOCIÉTÉ. Dans le sud de l'Inde, de toutes jeunes filles, officiellement consacrées à une déesse, sont en réalité mises à la disposition des hommes les plus riches. Des prêtres hindous veulent rompre avec cette tradition
En coupant, la semaine dernière, leurs longs cheveux, 41 prêtres hindous ont rompu avec une tradition de deux mille ans qui condamne des milliers de jeunes filles, offertes à une divinité locale, à une vie d'esclavage sexuel, à la merci des hommes du village.
Cette pratique ancestrale dans la région reculée de Telengana, dans l'Andhra Pradesh, un État du sud de l'Inde, veut que des jeunes filles illettrées de la caste des intouchables, la plus basse de la société indienne, soient dédiées, dès la puberté, au culte de la déesse locale. L'un de ces prêtres à la longue chevelure, ou potharajus, célèbre, lors d'une cérémonie initiatique, le « mariage » avec la déesse de la jeune fille en sari rouge, qui doit passer sa « nuit de noces » avec un ancien du village, toujours un homme d'une caste élevée. Livrée ensuite aux hommes les plus puissants du village, elle devient une prostituée, moyennant un salaire un peu supérieur à celui d'une servante ordinaire.
Cette coutume est aujourd'hui dénoncée comme symbole de l'exploitation des intouchables par les hautes castes, à tel point que le gouvernement de l'Andhra Pradesh l'a interdite en 1986, mais sans parvenir à y mettre fin.
« C'est de la pure exploitation des basses castes par les hautes castes, et par les anciens de ces villages, au nom de coutumes religieuses, estime Grace Nirmala, présidente d'une ONG qui milite pour la réhabilitation de ces servantes, les joginis, et l'abandon de la tradition.
C'est de la prostitution approuvée par la religion, jamais remise en question pendant des années, et qui perdure sans aucun contrôle dans les villages éloignés. » Malgré l'interdiction, il reste environ 42 000 joginis dans l'Andhra Pradesh et la tradition se perpétue dans certaines régions reculées.
Les potharajus, gardiens officiels de la tradition jogini, appartiennent, eux aussi, à la caste des intouchables, et servent souvent d'intermédiaires pour convaincre les parents, pauvres et illettrés, d'offrir leur fille. « Tant que le système des potharajus ne sera pas éradiqué, nous ne pourrons pas mettre fin à la tradition », explique Ashok Kumar, un responsable du district de Nizamabad, à 150 km au nord d'Hyderabad, capitale de l'État. Celui-ci a organisé la récente cérémonie pendant laquelle 41 potharajus ont publiquement dénoncé cette pratique et promis d'y renoncer.
Dans un geste fort de symbole, ils ont coupé leur chevelure, abandonnant les pouvoirs magiques qu'elle est censée leur donner.
Les potharajus sont aussi investis d'une macabre tâche, celle de tuer, pendant certaines fêtes, un agneau avec leurs dents pour seul instrument. Beaucoup d'entre eux perdent leurs dents très jeunes, ils sont craints de tous, tenus à l'écart du village.
« Les potharajus sont des marionnettes dans les mains des puissants seigneurs. En faisant le sale travail d'aller convaincre les parents, ils ne font en général qu'obéir aux instructions des hommes des hautes castes », explique Grace Nirmala. Cette fonction est, par tradition, héréditaire et certains jeunes gens sont contraints de suivre leur père sur cette voie. « Je suis allé à l'école secondaire, j'ai été reçu à mes examens et ne voulais pas pratiquer cette profession, mais les patrons ont fait pression sur mon père et je n'ai pas eu le choix », raconte Shankar, 28 ans, l'un des prêtres qui viennent de renoncer à leur chevelure.
Le système des joginis trouve ses origines dans le culte très ancien des devadasis, des « servantes de dieu » qui passaient leur vie au service du temple du village, mais occupaient une position sociale privilégiée. Ce culte, dans l'Andhra Pradesh, a peu à peu dégénéré vers la prostitution et l'exploitation des jeunes filles les plus pauvres.
Savitri CHOUDHURY (AFP) dans La Croix du Mardi 6 août 2002
La Croix du 10 septembre 2002
La Croix du 19/07/02
La Croix du 02/08/02
La Croix du 19/08/02
La Croix du 20/08/02
La Croix du 22/08/02
La Croix du 27/08/02
JUSTICE C'est aujourd'hui que sont jugés, au Pakistan, 14 hommes soupçonnés de viol collectif sur ordre d'un jury tribal
La justice pakistanaise rend aujourd'hui son verdict dans le procès des 14 hommes suspectés d'avoir ordonné ou participé au viol collectif de Mukhtar Mai. Le calvaire de la jeune femme de 18 ans avait provoqué l'indignation du président pakistanais Pervez Musharraf en personne.
Le 22 juin dernier, à Meerwala, dans la province du Punjab (est du pays), Mukhtar Mai est violée par quatre hommes dans une butte avant de revenir chez elle, nue, sous le regard de centaines de villageois.
Ce viol collectif, décidé par le jury tribal du conseil du village, vient en représailles de l' « insulte » causée par le frère de l'adolescente à une famille de la tribu supérieure des Mastoi. Le jeune garçon de 12 ans aurait eu des « rapports sexuels illicites » avec une femme de 30 ans, d'un rang social plus élevé que le sien. En fait de rapports, le garçon a été vu avec la jeune femme sans la présence d'un chaperon.
Les agresseurs ont été arrêtés après les révélations de la presse
Il a été puni : des hommes l'ont violé. Mais pour "laver" l'honneur sali de sa famille, il fallait que sa sur paye aussi. Le jury tribal avait menacé de viol toutes les femmes de la famille, à moins que l'adolescente ne se soumette à un châtiment. Celle-ci, institutrice dans l'école de filles du village, n'envisage pas de se soustraire à sa « punition ». Ignorant encore la sentence, elle se rend devant ses « juges » soutenue par son père s'attendant à être battue. C'est alors qu'elle est violée.
Comme souvent dans pareil cas, la police n'a pas réagi promptement. Il aura fallu que l'affaire soit révélée par la presse nationale, début juillet, pour que les agresseurs présumés de la jeune fille soient arrêtés, deux semaines après le viol.
Saisie du dossier, la Cour suprême a ordonné une enquête
La Cour suprême du Pakistan, la plus haute juridiction du pays, se saisit alors du dossier et ordonne une enquête. Son président, Cheikh Riaz Ahmed, va jusqu'à déclarer que « c'est un incident choquant au XXIe siècle et une violation flagrante des droits de l'homme ». Enfin, pour calmer les partis d'opposition qui qualifient son régime d'anarchique, le président pakistanais Pervez Musharraf décide d'offrir 8 300 dollars (8 600 ¬ ) de dommages et intérêts à la jeune fille.
Le viol collectif de Mukhtar Mai est devenu symbolique, même s'il est malheureusement banal dans les régions reculées du Pakistan. Le 22 juillet dernier, la Commission des droits de l'homme au Pakistan (HRCP) a révélé qu'au cours des six premiers mois de l'année, plus de 150 femmes ont été violées, 82 ont été assassinées et 206 ont été enlevées dans la région du Sud-Pendjab. Le seul district du Muzaffargarh, où vivaient la jeune fille et sa famille, détient un triste record. Un rapport présenté par la police dans le cadre de l'enquête explique que 22 femmes y ont été violées par 53 hommes pendant le mois de juin dernier.
Dans la moitié des cas, les assassinats sont des "crimes d'honneur", souvent perpétrés sur les jeunes filles par des membres de la proche famille : un père, un frère ou un mari. Au Pakistan, une femme peut être battue, lapidée, défigurée au vitriol ou tuée simplement parce qu'on la soupçonne d'avoir déshonoré sa famille : pour avoir entretenu une relation « illicite », pour avoir voulu épouser l'homme de son choix, pour avoir divorcé ou, bien souvent, pour s'être fait violer... « Ce ne sont pas des assassins, explique Jacqueline Thibaut, fondatrice de l'association Surgir, qui vient en aide aux victimes de violences traditionnelles au Pakistan. C'est la société qui est assassine. J'ai vu des parents pleurer de devoir tuer leur propre enfant. »
Car, s'il est bien un problème qu'a soulevé le viol de Mukhtar Mai, c'est celui de la justice traditionnelle, qui se substitue de plus en plus à une justice d'État défaillante au Pakistan. Or, ce sont les jirgas et les panchayats du nom des conseils tribaux dans le nord et le sud du pays qui, bien que n'ayant pas d'existence légale, condamnent les femmes aux peines les plus dégradantes. Le retentissement du viol collectif de Meerwala pourrait bien faire changer les choses.
À présent, le gouvernement remet en cause la justice tribale
« Ce qui est nouveau, reconnaît Dominique Dumont, coordonnatrice d'Amnesty International pour le Pakistan, c'est que Remuez Musharraf et le gouvernement remettent en cause la justice tribale et ordonnent une enquête. Maintenir une justice tribale, c'est légaliser des lois brutales, contraires à la législation pakistanaise. »
A l'instar des organisations locales de défense des droits de l'homme, Amnesty, qui vient de publier un rapport sur la justice tribale pakistanaise, encourage les autorités à continuer sur cette voie. L'ONG demande notamment au gouvernement de maintenir une commission créée cette année et qui examine les cas de discrimination envers les femmes. « Ces gestes sont importants. Les mentalités commencent à changer », affirme, optimiste, Dominique Dumont.
Pour preuve, Mukhtar Mai a décidé d'utiliser l'argent que lui a donné le gouvernement pour faire construire une école pour filles.
Julien DUFFÉ dans La Croix du 27 août 2002
La Croix du 30/08/02
La Croix du 2 septembre 2002
la Croix du 29 octobre 2002
Mgr Olivier de Berranger, dans La Croix du 3 mai 2002

dans la Croix du 28 août 2002
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La Croix du 24 juin 2002
Éditorial de Mgr Alphonse Georger, évêque d'Oran (Algérie) (*)
Un peu partout dans le monde, journaux et revues publient quotidiennement des horoscopes sur lesquels se précipitent pas mal de femmes (et d'hommes !) pour savoir si la chance leur sourit ce jour-là.
Les dictionnaires nous apprennent que le mot horoscope vient du grec horoscopos (de hora, heure, et de skopéin, regarder). L'horoscope est un tableau basé sur l'observation des astres et des signes du zodiaque, en vue de prédire l'avenir, les événements de la vie. Les horoscopes sont souvent totalement différents les uns des autres, voire en contradiction flagrante entre eux, en ce qui concerne les pronostics plus ou moins optimistes, selon les tendances des rédacteurs et des journaux.
Il y a donc horoscopes et horoscopes ! Et pourtant, on s'arrache certains journaux à cause de leurs horoscopes ! Beaucoup de personnes, pourtant intelligentes, organisent leur vie en fonction de prédictions qui sont censées les concerner; beaucoup se laissent bercer, pour ne pas dire berner, par les promesses illusoires de leur horoscope.
Certains journaux se vendent bien - étant une affaire d'argent - à cause des horoscopes qu'ils publient. Les quotidiens algériens, cela va de soit, sont également dotés d'horoscopes fort consultés. Dans un contexte social où la crise économique et sécuritaire, ainsi que la mal-vie règnent en maîtresses, les horoscopes font rêver, espérer et oublier pour quelques instants les dures réalités de l'existence : on attend un emploi, une maison, une meilleure situation familiale, un partenaire de vie idéal qui ne déçoit pas le cur... parfois on achète un billet pour gagner le gros lot ! Mais ces moments d'évasion et d'euphorie imaginaires ont toujours des lendemains qui désenchantent !
Nous venons de célébrer l'Épiphanie : les Mages, ces savants venus d'Orient, ont eux aussi suivi une étoile pour trouver l'Enfant de Bethléem. L'étoile, pour eux, n'était que le signe concret de l'appel intérieur de Dieu qui les poussait à aller à la recherche et à la rencontre de celui qui les appelait depuis longtemps et dans lequel ils ont reconnu le Sauveur (Mt 2, 1-12).
Que nous dit Jésus au sujet de « l'horoscope », c'est-à-dire du « regard sur l'heure » ? Jésus affirme catégoriquement que nous ne savons pas l'heure de la fin du monde, l'heure de son retour, mais qu'à chaque heure de notre existence, nous devons scruter les signes des temps pour être prêts... Jésus parle aussi de « son heure » c'est-à-dire du moment où s'accomplit totalement, dans sa mort et sa résurrection, l'acte d'amour total et parfait pour le salut du monde. Dans la bouche de Jésus, il est peu question d'heure et de temps. Une affirmation solennelle et prophétique, proférée avant de quitter ses disciples, nous concerne tous. Avant de monter au ciel, Jésus dit : « Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps ! » (Mt 28, 20).
Sur cette promesse formelle de Jésus, l'Église et les croyants peuvent établir leur horoscope journalier jusqu'à la fin de leur vie ! Il y a une « voyance » chrétienne qui n'est pas de la rêverie, ni du spiritisme, encore moins du charlatanisme ou de la sorcellerie... mais une simple et solide réalité basée sur la foi en Dieu qui seul révèle aux hommes qu'il aime, les mystères du temps et de l'histoire.
Jésus veut notre bonheur. Le plus sûr moyen pour l'accueillir et en vivre, c'est de travailler au bonheur des autres. Voilà la spiritualité la plus solide, celle qui ne trompe pas, qui n'égare pas en de vaines illusions spirituelles et éthérées. Si chaque heure de nos jours est au service des pauvres, des malades, des étrangers, des prisonniers, des désespérés, nous entendrons la voix de Jésus : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j'avais faim et vous m'avez donné à manger... » (Mt 25, 31-46).
Savoir que Jésus est avec nous toujours et partout doit donner à chaque heure de notre existence un parfum de joie, un goût de paix profonde. Avant de mourir, Jésus a prié longuement pour ses amis ; il n'a pas demandé que nous soyons retirés du monde mais préservés du mal (le péché) et consacrés à la vérité (Jn 17, 13-20 et sv.). Nous sommes dans le monde et nous avons à vivre pleinement, comme lui, les contingences de notre existence humaine : travail, fatigues, efforts, échecs, souffrances, mort... mais aussi réussites, joies partagées, amitiés en attendant cette mort qui sera l'heure où s'ouvrira pour nous la porte de l'éternité. Là notre horoscope (= regard sur l'heure) s'arrêtera pour toujours sur la vision et la présence aimante de Celui qui nous place à sa droite.
(*) Texte publié dans Le Lien de janvier 2002
dans la Documentation Catholique - 21 avril 2002 - n° 2268
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Château de Montramé
COUP DE THÉÂTRE HIER MATIN aux assises de l'Essonne, à Évry. Le nouveau procès de Guy-Claude Burger, le gourou pédophile du château de Montramé, près de Provins, a été renvoyé. Dix minutes avant le début de l'audience, le président a découvert que l'accusé, 68 ans, souhaitait voir témoigner 59 personnes en plus de la centaine déjà programmées. Des témoins impossibles à « caser » sur dix jours d'une audience déjà bien chargée. "Pour rendre une justice sereine", le président a préféré renvoyer l'affaire, regrettant tout de même "le manque de courtoisie de l'avocat de la défense qui aurait pu m'avertir plus tôt". Condamné à quinze ans de réclusion criminelle pour viols sur mineure, en décembre dernier, par la cour d'assises dé Melun, Guy-Claude Burger avait décidé de faire appel. A 68 ans, cet homme à la barbe blanche ne devrait pas être rejugé avant le mois de mai prochain. L'air gêné, d'une petite voix, il s'est poliment excusé auprès de la cour. "Je pense que c'est un grave malentendu avec mon ancien avocat". Et d'ajouter : "Je suis désolé, je pensais pouvoir tenir cette audience. Mais je ne me sens vraiment pas bien". Car pour obtenir le renvoi, son avocat a rappelé que, "il y a encore quelques semaines, mon client n'était pas dans un état physique et intellectuel lui permettant d'assister au procès. Il lui faut des journées peu chargées. En prison, on ne lui permet pas de suivre ses habitudes alimentaires. Donc il mange peu". Burger est en effet surnommé le "gourou du manger cru". Il est également le fondateur de l'instinctothérapie, répertoriée comme secte, et prône les relations sexuelles entre adultes et enfants. "Scandaleux" "Tout ça est scandaleux, dénonce Maître Morice, avocat de la partie civile. Quand je pense à la préparation et au courage qu'il a fallu à Audrey pour être là aujourd'hui... " A 25 ans, la jeune femme accuse le gourou de l'avoir violée dès son arrivée au château de Montramé à l'âge de 10 ans. Maître Morice rappelle que le même incident est déjà survenu aux assises de Melun. Burger avait demandé la citation de 150 témoins de moralité. Seuls 40 avaient été retenus. Hier, pendant près de trois heures, Audrey a gardé la tête basse, les yeux rivés au sol ou sur les pages d'un livre qu'elle n'a jamais tournées. Car, dans la salle, elle était seule. Seule face à des dizaines de personnes bien décidées à témoigner en faveur de leur gourou. Seule face à des visages souriants, qui n'ont pas manqué de saluer ouvertement l'annonce du renvoi. Burger, lui, est resté impassible, avachi sur son banc. A ses côtés dans le box des accusés, Jean-Claude Rostaing, 35 ans, ancien jardinier au château et condamné en première instance à cinq ans de prison pour complicité de viols. Son dossier est également renvoyé.
Stéphanie Auguy dans Le Parisien du Vendredi 18 octobre 2002
INTÉGRISME les fidèles de Mgr Lefebvre ont célébré dimanche l'anniversaire de l'occupation de l'église parisienne. Une blessure vive pour les anciens paroissiens.
C'était il y a vingt-cinq ans. Le 27 février 1977 : un petit millier de fidèles de Mgr Lefebvre occupaient l'église Saint-Nicolas du Chardonnet, dans le 5ème arrondissement de Paris. Malgré les injonctions du cardinal Marty, les décisions de la justice et la médiation de l'académicien Jean Guitton, les occupants ne quitteront jamais l'église. En 1988, ils suivront Mgr Lefevbre dans le schisme, tandis que l'archevêché de Paris dénoncera toujours l'illégalité de cette occupation. Aujourd'hui, l'occupation demeure comme une blessure dans le cśur des anciens paroissiens. "Il y a une injustice qui n'a jamais été réparée", résume le Père Jacques Schneider, 87 ans, à l'époque vicaire de Saint-Nicolas du Chardonnet et expulsé de la sacristie par les lefebvristes. Il est maintenant responsable de Saint-Nicolas "Préau", un petit reste d'une soixantaine de fidèles désormais repliés sur la paroisse voisine de Saint-Séverin. Pour lui, "la page est tournée, les occupants ne restitueront jamais l'église. Et puis les temps sont passés, ce n'est plus maintenant que nous allons la réclamer". Regret de ne pas avoir davantage résisté ? "De toute façon, nous n'aurions jamais accepté que des chrétiens chassent d'autres chrétiens par CRS interposés", affirme Jacques Schneider.
Dans l'église, les occupants ont fêté dimanche, selon le rite dit de saint Pie V, vingt-cinq ans de Tradition vivante. Ils avancent "une fréquentation sans comparaison des offices" et soulignent "le dynamisme" de leur communauté : 140 enfants catéchisés, 130 baptêmes d'enfants et 20 mariages chaque année.
Des chiffres, somme toute comparables à ceux d'une paroisse parisienne classique, et qu'il faut relativiser car Saint-Nicolas du Chardonnet rassemble bien au-delà du périphérique parisien.
Nicolas SENÈZE dans La Croix du lundi 11 mars 2002
La Croix du 29 mars 2002
Dix-huit mois ferme ont été requis lors du troisième procès de l'abbé qui a, selon l'accusation, « contribué à créer les conditions du naufrage » où sont morts quatre jeunes et un plaisancier
POITIERS (Vienne), de notre envoyé spécial
Pendant deux heures trente, jeudi 30 mai, l'abbé Jean-Yves Cottard, les yeux baissés, les épaules rentrées, a écouté le président de la cour d'appel de Poitiers rappeler les faits qui lui sont reprochés. Puis, engoncé dans sa soutane, il s'est dirigé vers la barre en rangeant son missel, pour s'expliquer sur la mort de quatre jeunes scouts et d'un plaisancier venu leur porter secours lors d'un naufrage, au large des côtes bretonnes, le 22 juillet 1998. À cette époque, l'abbé dirigeait le camp de scouts marins installé à proximité de Perros-Guirec (Côtes-d'Armor) d'où les victimes étaient parties pour trois jours.
Cette audience est le troisième rendez-vous du religieux avec la justice. Le 6 décembre 1999, le tribunal correctionnel de Guingamp le condamnait à dix-huit mois de prison ferme. Jugement confirmé, sept mois plus tard, par la cour d'appel de Rennes. Le 9 octobre 2001, s'appuyant sur la loi du 10 juillet 2000, relative aux délits non intentionnels, d'application plus douce, la Cour de cassation annulait l'arrêt de Rennes et renvoyait l'abbé Cottard devant la cour d'appel de Poitiers.
« Excusez-moi, je suis très ému, commence le, prévenu d'une voix tremblotante. Je suis consterné de n'avoir pas su apprécier les circonstances dans lesquelles les garçons sont partis en mer. Je ne pensais pas les avoir mis en danger. Je les aimais, c'était toute ma vie. » L'abbé Cottard semble sincère, mais, rapidement, son discours paraît mécanique. D'autant que, l'émotion passée, il cherche à se dédouaner de ses propres responsabilités.
"J'étais fatigué"
Évoquant les circonstances de la préparation du raid nautique, il assure : "j'avais laissé mes collaborateurs préparer les opérations. Je n'ai pas vérifié s'ils avaient les diplômes requis, mais j'étais fatigué, j'avais perdu mon père en février". Plus loin, justifiant le retard dans l'alerte des secours, il ajoute : Il faisait très grand beau temps, je ne me suis pas rendu compte de l'heure et j'ai d'ailleurs été étonné que mes chefs [les animateurs du camp] ne me préviennent pas".
Le président de la cour, Alain Albert, ne se laisse pas émouvoir « Vous n'aviez aucun savoir-faire en matière maritime. Votre encadrement n'avait aucun diplôme. En tant que directeur de centre de vacances, vous deviez connaître la réglementation. » Le prévenu joue la naïveté. Curieux, de la part d'un homme, prêtre depuis vingt-neuf ans, qui a longtemps encadré des groupes de jeunes. Le président lui rappelle que, deux ans avant lé drame, son camp de scouts avait déjà fait l'objet de sérieuses critiques de la part de la direction départementale de la jeunesse et des sports, mais les conseils de mise en conformité n'ont jamais été suivis.
Au bout du compte, s'il bat sa coulpe, c'est pour mieux se déresponsabiliser: De sa voix doucereuse, il tente de convaincre de sa bonne foi, évoque une fatalité contre laquelle on ne pourrait rien. Il met en avant sa fatigue de l'époque, expliquant qu'il avait l'intention de passer la main, alors même que les témoignages de ses collaborateurs présentent un homme sûr de lui, charismatique et dont les décisions s'imposaient à tous sans discussion possible. Face à ses propres manquements à ses obligations de directeur, il évite de répondre ou fait preuve d'une mémoire oublieuse.
Pourquoi a-t-il laissé partir sept jeunes garçons sur un bateau en mauvais état prévu pour six et alors que la météo annonçait un coup de frais et des vents de force 4 à 5 ? Pourquoi s'est-il contenté de surveiller, de la côte et avec peu d'assiduité, les vieilles embarcations occupées par des adolescents peu expérimentés ? Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant d'alerter les secours ? Face à toutes ces Interrogations, il louvoie sans cesse.
Les questions de Maître Yann Gasnier avocat d'une partie civile, le désarçonnent quelque peu, mais il reprend vite le dessus: « Je ne m'occupe pas de tout », répond-il.
Son attitude exaspère visiblement l'avocate générale, Béatrice Sallaberry. «A vous entendre, vous n'étiez au courant de rien, lance-t-elle. Qui a pris la décision de faire partir les gamins ce jour-là ? "C'est moi qui les ai autorisés à sortir", reconnaît le prévenu. "C'était une autorisation ou un ordre ?, insiste la représentante du ministère public. "Ils ont voulu sortir, je les ai laissés faire", rétorque, peu convaincant, l'abbé.
Des manquements
Pour (accusation, les fautes de Jean-Yves Cottard ont très clairement "contribué à créer les conditions du naufrage". Même au regard de la loi nouvelle sur les délits non intentionnels, ces manquements ne peuvent, dans l'esprit de Madame Sallaberry, qu'être sanctionnés. « Quand on prend en charge des enfants dans le cadre d'activités à risque, on doit s'assurer que toutes les précautions ont été prises », affirme-t-elle avant de demander à la tout de confirmer la peine prononcée en première instance : dix-huit mois de prison ferme.
Pour les avocats de la défense, la loi du 10 juillet 2000 devrait, au contraire, inciter les juges à réfléchir à une relaxe, puisque le lien de causalité entre les fautes et le drame ne serait pas totalement établi.
Décision le 5 juillet.
Acacio Pereira dans Le Monde du samedi 1er juin 2002
La Croix du 28 août 2002
La Croix du 25 juin 2002
La Croix du 27 juin 2002
Mais la présence définitive des catholiques traditionalistes n'est pas assurée puisqu'elle est suspendue au jugement du tribunal administratif qui, d'ici quelques semaines, doit se prononcer sur une demande d'annulation de la délibération du conseil municipal.
Bien Public 25 novembre 2002
1. C'est avec beaucoup de tristesse que l'Église de Dieu a appris l'ordination épiscopale illégitime conférée le 30 juin dernier par Mgr Marcel Lefebvre, qui a rendu vains tous les efforts que le Saint-Siège a déployés ces dernières années pour assurer la pleine communion avec l'Église de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X fondée par le même Mgr Lefebvre. Tous ces efforts, spécialement ceux de ces derniers mois particulièrement intenses, n'ont servi à rien alors que le Siège apostolique a fait preuve de patience et d'indulgence jusqu'à la limite du possible (1).
2. Cette tristesse est particulièrement ressentie par le successeur de Pierre à qui revient en premier de veiller à l'unité de l'Église (2), même si le nombre des personnes concernées directement par ces événements est relativement réduit. Car chaque personne est aimée de Dieu pour elle-même et a été rachetée par le sang du Christ versé sur la Croix pour le salut de tous les hommes. Les circonstances particulières, objectives et subjectives, qui entourent l'acte accompli par Mgr Lefebvre offrent à tous l'occasion d'une réflexion profonde et d'un engagement renouvelé de fidélité au Christ et à son Église.
3. En lui-même, cet acte a été une désobéissance au Souverain Pontife en une matière très grave et d'une importance capitale pour l'unité de l'Église, puisqu'il s'agit de l'ordination d'évêques par laquelle se perpétue sacramentellement la succession apostolique. C'est pourquoi une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l'évêque de Rome, constitue un acte schismatique (3). En accomplissant un tel acte malgré la monition formelle qui lui a été envoyée par le cardinal préfet de la Congrégation pour les Évêques le 17 juin dernier (DC 1988, n° 1966, p. 740 - NDLR), Mgr Lefebvre a encouru avec les prêtres Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta, la grave peine de l'excommunication prévue par la discipline ecclésiastique (4).
4. À la racine de cet acte schismatique, on trouve une notion incomplète et contradictoire de la Tradition. Incomplète parce qu'elle ne tient pas suffisamment compte du caractère vivant de la Tradition qui, comme l'a enseigné clairement le Concile Vatican II, « tire son origine des apôtres, se poursuit dans l'Église sous l'assistance de l'Esprit-Saint : en effet, la perception des choses aussi bien que des paroles transmises s'accroît, soit par la contemplation et l'étude des croyants qui les méditent en leur coeur, soit par l'intelligence intérieure qu'ils éprouvent des choses spirituelles, soit par la prédication de ceux qui, avec la succession épiscopale, reçurent un charisme certain de vérité (5) ». Mais c'est surtout une notion de la Tradition, qui s'oppose au Magistère universel de l'Église lequel appartient à l'évêque de Rome et au corps des évêques, qui est contra-dictoire. Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l'apôtre Pierre, a confié le ministère de l'unité dans son Église (6).
5. Devant une telle situation, j'ai le devoir d'attirer l'attention de tous les fidèles catholiques sur quelques points que cette triste circonstance met en lumière.
a) Le résultat auquel a abouti le mouvement promu par Mgr Lefebvre peut et doit être une occasion pour tous les fidèles catholiques de réfléchir sincèrement sur leur propre fidélité à la Tradition de l'Église, authentiquement interprétée par le Magistère ecclésiastique, ordinaire et extra-ordinaire, spécialement dans les Conciles oecuméniques, depuis Nicée jusqu'à Vatican II. De cette réflexion, tous doivent retirer une conviction renouvelée et effective de la nécessité d'approfondir encore leur fidélité à cette Tradition en refusant toutes les interprétations erronées et les applications arbitraires et abusives en matière doctrinale, liturgique et disciplinaire. C'est en premier lieu aux évêques, à cause de leur mission pastorale propre, que revient le grave devoir d'exercer une vigilance clairvoyante, pleine de charité et de fermeté, afin qu'une telle fidélité soit partout sauvegardée (7). Mais tous les pasteurs et les autres fidèles doivent aussi avoir une conscience nouvelle non seulement de la légitimité mais aussi de la richesse que représente pour l'Église la diversité des charismes et des traditions de spiritualité et d'apostolat. Cette diversité constitue aussi la beauté de l'unité dans la variété : telle est la symphonie que, sous l'action de l'Esprit-Saint, l'Église terrestre fait monter vers le ciel.
b) Je voudrais en outre attirer l'attention des théologiens et des autres experts en science ecclésiastique afin qu'ils se sentent interpellés eux aussi par les circonstances présentes. En effet, l'ampleur et la profondeur des enseignements du Concile Vatican II requièrent un effort renouvelé d'approfondissement qui permettra de mettre en lumière la continuité du Concile avec la Tradition, spécialement sur des points de doctrine qui, peut-être à cause de leur nouveauté, n'ont pas encore été bien compris dans certains secteurs de l'Église.
c) Dans les circonstances présentes, je désire avant tout lancer un appel à la fois solennel et ému, paternel et fraternel, à tous ceux qui, jusqu'à présent, ont été, de diverses manières, liés au mouvement issu de Mgr Lefebvre, pour qu'ils réalisent le grave devoir qui est le leur de rester unis au Vicaire du Christ dans l'unité de l'Église catholique et de ne pas continuer à soutenir de quelque façon que ce soit ce mouvement. Nul ne doit ignorer que l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l'excommunication prévue par le droit de l'Église (8). À tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques et disciplinaires antérieures de la tradition latine, je désire aussi manifester ma volonté - à laquelle je demande que s'associent les évêques et tous ceux qui ont un ministère pastoral dans l'Église - de leur faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs aspirations.
6. Compte tenu de l'importance et de la complexité des problèmes évoqués dans ce document, je décrète :
a) Une Commission est instituée, qui aura pour mission de collaborer avec les évêques, les dicastères de la Curie romaine et les milieux intéressés, dans le but de faciliter la pleine communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes, des communautés religieuses ou des religieux individuels ayant eu jusqu'à présent des liens avec la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre et qui désirent rester unis au successeur de Pierre dans l'Église catholique en conservant leurs traditions spirituelles et liturgiques, à la lumière du protocole signé le 5 mai par le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre (DC 1988, n° 1966, p. 734-736 -NDLR).
b) Cette Commission est composée d'un cardinal président et d'autres membres de la Curie romaine dont le nombre sera fixé selon les circonstances (**).
c) On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962 (9).
7. Alors que l'on approche de la fin de cette année tout particulièrement consacrée à la Très Sainte Vierge, je désire exhorter chacun à s'unir à la prière incessante que le Vicaire du Christ, par l'intercession de la Mère de l'Église, adresse avec les paroles mêmes du Fils : « Que tous soient un! »
(*) Texte latin dans l'Osservatore Romano du 3 juillet. Traduction, titre et sous-titres de la DC. Les références à la DC sont de notre rédaction.
(1) Cf. Note d'information du 16 juin 1988 : l'Osservatore Romano 17 juin 1988, p. 1-2 (DC 1988, n° 1966, p. 737-739).
(2) Cf. Conc. Vatican I, Constitution Pastor aeternus : DS 3060.
(3) Cf. Code de droit canon, canon 751.
(4) Cf. Code de droit canon, canon 1382.
(5) Conc. Vatican II, Constitution Dei Verbum, n° 8, cf. Conc. Vatican I, Constitution Dei Filius, ch. 4 : DS 3020.
(6) Cf. Mt 16, 18 ; Lc 10, 16 ; Conc. Vatican I. Constitution Pastor aeternus, chap. 3 : DS 3060.
(7) Cf. Code de droit canon, con. 386; Paul VI, Exh. apost. Quinque iam anni, 8 décembre 1970 : AAS 63 (1971), p. 97-106 (DC 1971, n° 1578, p. 52-56).
(8) Cf. Code de droit canon, can. 1 364.
(9) Cf. Congrégation pour le Culte divin, Lettre Quattor abhinc annos, 3 octobre 1984 : AAS 76 (1984), p. 1088-1089 (DC 1984, n° 1885 p. 1124-1125).
(**) Constituée le 9 juillet, cette Commission est présidée par le cardinal Augustin Mayer, ancien préfet de la Congrégation pour les
Sacrements et le Culte divin, et elle est composée de Mgr Pere Tena Garriga, sous-secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin ; Mgr
Milan Simcic, sous-secrétaire pour la Congrégation pour le Clergé du P. Jésus Torres Llorente, sous-secrétaire pour les religieux à la
Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers ; de Mgr Frantisek Rypar, chef du bureau des séminaires à la Congrégation pour
l'Éducation catholique des PP. Tarcisio Bertone et Fernando Ocariz consulteurs à la Congrégation pour la Doctrine de la foi; du P. Benoît
Duroux, professeur à l'Université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin. Le Pape a nommé secrétaire de cette Commission Mgr Camille Perl,
de la Congrégation pour le Culte divin (NDLR).
Mgr Marcel Lefebvre, archevêque-évêque émérite de Tulle, négligeant la monition canonique formelle du 17 juin ainsi que les appels répétés à ne pas donner suite à son projet, a commis une action par elle-même de nature schismatique : il a consacré évêques quatre prêtres sans mandat pontifical et contre la volonté du Souverain Pontife. C'est pourquoi il a encouru la peine prévue par le canon 1364, § 1, et le canon 1382 du Code de droit canonique.
À tous effets juridiques, je déclare que le susnommé Mgr Marcel Lefebvre, ainsi que Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta ont encouru ipso facto l'excommunication latae sententiae réservée au Siège apostolique. De plus, je déclare que Mgr Antonio de Castro Mayer, évêque émérite de Campos (1), a encouru l'excommunication prévue par le canon 1364, § 1, parce qu'il a directement participé à la célébration liturgique en tant que co-consécrateur et adhéré publiquement à un acte schismatique.
Les prêtres et les fidèles sont avertis de ne pas donner leur assentiment à l'acte schismatique de Mgr Lefebvre afin de ne pas encourir la même peine.
Donné à Rome, au siège de la Congrégation pour les Évêques, le 1 er juillet 1988.
Bernardin Card. GANTIN Préfet de la Congrégation pour les Évêques
(*) Texte latin dans l'Osservatore Romano du 3 juillet. Traduction, titre et note de la DC.
(1) Né à Campinas (Brésil) le 20 juin 1904, Mgr Castro Mayer a été ordonné prêtre le 30 octobre 1927. Il est nommé évêque coadjuteur de Mgr Ottaviano Pereira de Albuquerque, évêque de Campos, le 6 mars 1948 et reçoit l'ordination épiscopale le 23 mai suivant. Il devient évêque de Campos le 3 janvier 1949 et renonce à son siège le 29 août 1981. Le 21 novembre 1983, il avait signé avec Mgr Lefebvre une lettre ouverte au Pape, suivie d'un « bref résumé des principales erreurs de l'ecclésiologie conciliaire » (DC 1984, n° 1874, p. 544-547).
La Croix du 11 décembre 2002
Roselyne BOTTREL dans la Croix du 23 12 2002
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La Croix du 27 mars 2002
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Tels des fantômes vêtus de blancs, des milliers de veuves indiennes, rejetées par leur entourage, se sont réfugiées parfois depuis des décennies à Vrindavan (nord), la cité des amours adolescentes du dieu Krishna.
Janaki, 65 ans, est arrivée dans la ville sainte hindoue aux milliers de temples et d'ashrams (monastères) il y a plus de 30 ans, lorsque son mari est décédé. "Mes beaux-frères m'ont dit que je devais disparaître de la famille en même temps que mon époux", dit cette femme au crâne rasé, au visage émacié. "Ils ont pris notre maison et m'ont dit de terminer ma vie à Vrindavan, je n'ai pas eu d'autre choix".
Comme nombre de veuves vivant dans ce lieu de pèlerinage hindou situé à 150 km au sud-est de New Delhi, Janaki vient du Bengale occidental, est issue d'une haute caste, celle des brahmanes (prêtres) et a été réduite à la mendicité après la perte de son époux.
Traditionnellement, dans la société hindoue, les veuves devaient faire voeu de renoncement à la mort de leur époux et ne pouvaient se remarier. Dans les hautes castes, à partir du 6ème siècle, elles devaient même se suicider par le feu pour être considérées comme "vertueuses". En 1829, cette pratique du "sati" a été interdite, et le remariage est théoriquement permis. Cependant, dans certains milieux traditionnalistes, les veuves restent traitées en parias.
Depuis trois décennies, Janiki tend la main au passage des étrangers, qui déambulent par centaines dans Vrindavan où est établie la communauté controversée Hare Krishna, fondée dans les années 1960 aux Etats-Unis. Elle récite dans des ashrams pendant huit heures par jour des versets à la gloire de Krishna, le dieu incarnant l'amour divin. En échange, elle reçoit une roupie (deux cents) et une portion de riz par jour, mais les ashrams ne logent pas les veuves, qui s'entassent dans de pauvres cabanes à la périphérie de la ville. "Souvent nous n'avons même pas assez pour payer le loyer des cabanes et nous sommes à la rue", dit Janaki.
Elle garde sur elle une miniature de Krishna, représenté sous la forme d'un jeune homme au teint bleu, jouant de la flûte et entourée de bergères. "Il est mon dernier recours, ma seule consolation", dit-elle la voix brisée.
"Il me couvre d'amour". Cette phrase revient dans les propos des veuves, quel que soit leur âge, comme si elles avaient tourné toute leur affectivité et leur sensualité refoulées vers le dieu universel, dont les amours de jeunesse avec des centaines de bergères ou gôpis dans les forêts de Vrindavan sont relatées dans les textes sacrés. "Nous n'avons plus que lui, il est notre père, notre amant, notre dieu", dit Suneti, qui a tout perdu à 25 ans, après la mort de son époux dans un accident de voiture, il y a un an. "Mes beaux-parents m'ont pris mes deux enfants et m'ont dit que si je ne venais pas ici, j'amènerais la honte sur toute la famille", explique la jeune femme au visage fin entouré de longs cheveux bruns couvert d'un voile immaculé. "Mon père m'a amenée ici et m'a dit que nous ne devions plus jamais nous revoir".
Depuis ce jour, Suneti a renoncé au maquillage, ne s'habille plus que de blanc et arbore un symbole en forme de fourche sur le front, en l'honneur du dieu qui "la protège". Elle vit de mendicité et des quelques roupies versées par les prêtres en échange de longues litanies de prières. Elle avoue que certaines de ses compagnes d'infortune finissent pas se prostituer pour survivre. "Les hommes de la région savent que nous sommes sans défense, certains savent en profiter", dit-elle. Suneti doit reprendre ses prières pour obtenir sa portion de riz.
Comme des centaines de silhouettes blanches, elle se hâte vers l'ashram Bhagwan Bhajan, le plus grand de la ville, pour reprendre en cur la prière qu'elle récitera jusqu'à ce que "la mort la délivre de cette vie": "Hare Ram, Hare Krishna".
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Il suggère une meilleure formation des professeurs
TRENTE-CINQ PAGES dépourvues d'annexes, cinq parties titrées de questions : rendu public jeudi 14 mars par son auteur et par le ministre de l'éducation, auquel il était destiné, le rapport de Régis Debray sur « l'enseignement du fait religieux dans l'école laïque » fait court. «je n'ai pas voulu le rapport traditionnellement copieux et séduisant qui ne débouche sur rien », défend l'auteur, qui a respecté les délais fixés par jack Lang dans sa lettre de mission, au début du mois de décembre 2001. M. Debray indique avoir « vu énormément de gens ». La consultation nationale sur l'islam n'étant pas achevée, il reconnaît toutefois avoir «pâti d'un manque d'interlocuteurs » dans cette confession.
Pour l'écrivain, engagé, avec d'autres « partisans des savoirs », dans la campagne de Jean-Pierre Chevènement, « traditions religieuses et avenir des humanités sont embarqués dans le même bateau. On ne renforcera pas l'étude du religieux sans renforcer l'étude tout court ».
"L'ESPRIT DE LAÏCITÉ"
En matière d'enseignement du fait religieux, des progrès ont été accomplis avec les programmes d'histoire et de français de 1996, en classes de 6e, 5e, seconde et première, remarque Régis Debray. Pour lui, « dire que l'islam, par exemple, est absent des apprentissages scolaires est devenu une contre-vérité ». Des crispations demeurent, dans le camp des laïcs comme dans celui des religieux. Mais « l'esprit de laïcité ne devrait rien avoir à redouter ». L'étude de son principe doit précéder celle du religieux, affirme le rédacteur du rapport. « Le temps paraît maintenant venu du passage d'une laïcité d'incompétence (le religieux, par construction, ne nous regarde pas) à une laïcité d'intelligence (il est de notre devoir de le comprendre). »
Afin de "dépassionner, et même, osons le mot, banaliser le sujet", M. Debray propose, comme le lui avait soufflé jack Lang, de concentrer les efforts sur la formation des enseignants, en créant un module obligatoire « philosophie de la laïcité et histoire des religions » en deuxième année d'Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM). Ce sera chose faite, a dit le ministre jeudi. La France dispose d'une « petite centaine de formateurs virtuels de haut niveau », affirme M. Debray, à L'École pratique des hautes études. Un Institut européen en sciences des religions sera créé, mettant en commun les compétences des grands établissements et des universités, a précisé M. Lang. Quant aux programmes, devant lesquels les professeurs rencontrent parfois des difficultés, un rapport d'évaluation sera commandé à l'inspection générale après suggestion du rapporteur. Les nouveautés pédagogiques du collège itinéraires de découverte et du lycée travaux personnels encadrés « pourraient fournir des approches transversales », remarque reprise par le ministre.
Après Dieu, un itinéraire, précédent ouvrage de M. Debray, les éditions Odile Jacob annoncent que son rapport sera en vente à partir du 16 avril en librairie.
Nathalie Guibert, dans Le Monde du 15 mars 2002
Le Monde
FLERS (Orne), De notre envoyée spéciale
Haute comme trois pommes, vêtue d'une longue jugé brune et d'un anorak à capuche, elle tient dans sa main serrée un petit cartable de plastique blanc. Scolarisée en 6e au collège Jean-Monnet de Flers, la fillette n'a pas 11 ans mais porte déjà le voile islamique.
Cette année, la petite élève d'origine turque est la seule à arborer le foulard dans l'enceinte de l'école. En 1999, cette tranquille commune normande de 17 000 habitants avait été le théâtre de l'une des « affaires du voile » les plus médiatiques en France. Le 5 janvier 1999, les professeurs du collège s'étaient mis en grève pour protester contre la présence de deux jeunes collégiennes portant le foulard islamique. Un mois plus tard, les deux élèves avaient finalement été exclues du collège, renvoyées pour « non-respect de l'obligation d'assiduité scolaire ». Les fillettes avaient en effet raté plusieurs cours d'éducation physique parce que les professeurs leur avaient interdit l'accès du gymnase tant qu'elles venaient la tête couverte.
Trois ans plus tard, le collège Jean-Monnet a dû accueillir en 6e une troisième élève voilée. Les enseignants ont décidé de poursuivre leur combat « plus discrètement » qu'en 1999. Pour Ghislaine Guyard, professeur principale de la fillette voilée, « le voile est l'expression d'un refus d'intégration ». Selon cette enseignante d'histoire-géographie, « les politiques ne se déterminent pas suffisamment sur les questions d'intégration ». « Ils ont peur, lance-t-elle. Mais ils ne se rendent pas compte que s'ils ne font rien, la France est menacée par un communautarisme à l'anglo-saxonne ».
J'attends des députés qu'ils prennent clairement des décisions sur la question du voile à l'école, poursuit l'enseignante. Qu'ils reprécisent, par le biais d'une loi sans équivoque, les devoirs de tous les citoyens vis-à-vis des valeurs républicaines. » Selon Ghislaine Guyard, l'arrêt du Conseil d'État de 1989 qui autorise le port du voile à l'école sous certaines conditions permet « à ceux qui ont des revendications politiques et communautaristes de profiter de la situation ».
À Flers, qui compte environ 20 % d'étrangers ou de personnes d'origine étrangère, l'intégration s'est pourtant toujours bien passée. Depuis quelques années, les enseignants observent toutefois d'inquiétants signaux : « Je constate que les enfants d'origine étrangère qui arrivent à l'école parlent souvent moins bien le français qu'il y a dix ans », s'inquiète Ghislaine Guyard, qui n'hésite pas à parler de « recul de l'intégration ». « Les familles regardent de plus en plus la télévision câblée et moins les émissions françaises », ajoute-t-elle.
La présidente du Comité ornais pour la défense de la laïcité (CODL), Martine Ruppé, s'inquiète pour sa part « des propos judéophobes tenus par certains élèves » mais aussi de « la pression exercée sur les élèves par des parents musulmans dans les périodes de Ramadan ». Pour cette enseignante d'italien au collège Jean-Monnet, « lutter contre le voile islamique, c'est refuser que le fondamentalisme n'entre à l'école ». « Tous ceux qui, à Flers, sont concernés par la laïcité et la lutte contre les discriminations attendent beaucoup de leur député, qu'il soit de droite ou de gauche, poursuit Martine Ruppé. Seule une loi pourrait protéger définitivement les petites filles et nous permettre d'exercer notre métier d'enseignants dans plus de sérénité. »
Solenn de ROYER
Recueilli par Marianne Gomez, dans la Croix du 22 octobre 2002
La Croix du 20 novembre 2002
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COMMUNIQUÉ DE PRESSE Armer les maires dans la lutte contre les sectes : publication d'un guide à l'initiative de la MILS et de l'AMF - Paris, le 13 Décembre 2001
Les sectes, leur développement, leur prosélytisme, l'habileté juridique avec laquelle elles étendent leurs activités constituent un danger connu pour nos sociétés.
Les Maires sont très souvent directement concernés par ce phénomène qui exploite les faiblesses et le désarroi de certains de leurs concitoyens.
C'est pourquoi, la Mission Interministérielle de Lutte contre les sectes et l'Association des Maires de France sont convenus de diffuser à l'ensemble des élus locaux concernés un document pratique et pédagogique destiné à leur permettre de lutter efficacement, avec tous les moyens légaux à leur disposition, contre ce fléau.
Ce document fait, notamment, état des principaux éléments constitutifs du caractère sectaire d'une association ou de toute autre entité juridique. Ces caractéristiques sont au nombre de douze et l'on considère que l'observation de trois d'entre elles suffit à permettre de considérer avec certitude que nous sommes en présence d'une entité à caractère sectaire, certitude souvent très difficile à établir.
Le document rappelle également les droits des maires en matière d'urbanisme afin de lutter contre les projets immobiliers des sectes. Il rappelle l'obligation de scolarité ou de vaccination afin notamment de défendre les mineurs, les dispositions à prendre pour la mise à disposition de salles municipales et enfin les principales infractions constatées qui vont de la publicité mensongère à l'homicide.
Le guide mentionne également les différents organismes auxquels les maires peuvent s'adresser pour les aider à identifier ou combattre une secte agissant sur leur commune.
Il sera consultable dans les prochains jours sur le site de l'AMF ou sur demande écrite à la MILS - 66 rue de Belchasse -75007 Paris.
Pour télécharger le guide : http://www.amf.asso.fr ou http://www.premier-ministre.gouv.fr
Contacts Presse : AMF - Stéphane Grimaldi (Tél : 01.44.18.13.59) MILS -Claire Barbereau ( Tél : 01.42.75.76.08 ou 76.34)
AFP, 4 décembre 2001
Maurice Duval a passé quatre ans dans la secte fondée par Gilbert Bourdin. L’universitaire publie un ouvrage aux PUF
C’est un peu Candide au pays des sectes... L’ethnologue Maurice Duval a passé quatre ans au Mandarom. Selon la méthode dite de “l’observation participante”, il a partagé le quotidien des adeptes du “monastère” fondé en 1969 par Gilbert Bourdin, près de Castellane (Alpes-de-Haute-Provence). Il a travaillé avec les moines, creusé des rigoles et cimenté des murs, vêtu d’un bleu de travail. Il a pris ses repas dans le réfectoire des “chevaliers du Lotus d’or” et assisté aux prières de la “religion aumiste”. Pour lui, la conclusion est sans appel : le Mandarom n’est pas une secte.
Son travail vient d’être publié aux Presses universitaires de France sous le titre Un ethnologue au Mandarom, enquête à l’intérieur d’une “secte”. Et déjà la polémique enfle. Car Maurice Duval ne se contente pas d’absoudre le Mandarom. Il affirme qu’à plusieurs reprises ses collègues chercheurs en sciences sociales ont entravé son travail parce qu’il heurtait, dit-il, un “tabou”. L’ethnologue, maître de conférence à l’université Montpellier 3, n’a pu obtenir son détachement au CNRS : le président de la section 38 (ethnologie) a estimé que son travail était “insuffisamment distancié”. Françoise Champion, sociologue des religions, lui a refusé un article qui devait paraître dans la revue Ethnologie française. Maurice Duval affirme avoir été la victime d’un “intégrisme laïc”, d’une “stigmatisation” qui “évacue toute réflexion sur la religiosité du Mandarom au profit de la focalisation sur des caractères supposés délinquants”.
Pour l’auteur de l’étude parue aux PUF, “les adeptes du Mandarom ne commettent rien qui soit répréhensible et il s’agit ici de l’émergence d’une nouvelle religion, mais d’une religion marginale. les aumistes sont des marginaux du religieux”. Y a-t-il des enfants embrigadés au Mandarom, comme le prétendent les associations de lutte contre les sectes ? Non, répond Maurice Duval. Les résidents qui habitent la “Cité sainte de Mandarom Shambhasalem” sont au nombre de onze, tous adultes. L’ethnologue n’a pas vu d’enfants sur les hauteurs de Castellane, ou seulement pendant les vacances scolaires, quand les familles des adeptes viennent au “monastère”. Gilbert Bourdin a-t-il commis des viols ? Maurice Duval a rencontré l’une des personnes qui a porté plainte contre le gourou, mis en examen et incarcéré en juin 1995. De son entretien avec elle, il déduit qu’elle était consentante : “Il n’y a pas eu de viol, écrit-il, mais une relation sexuelle répétée”. Cependant, l’ethnologue avoue qu’il n’a pu rencontrer Gilbert Bourdin, déjà atteint du diabète qui devait l’emporter en 1998.
“Un peu naïf”
La thèse de Maurice Duval est que l’attitude de l’opinion à l’égard du Mandarom a radicalement changé à partir du moment (en 1990) où Gilbert Bourdin s’est proclamé “messie cosmoplanétaire”. Par cet acte, estime l’auteur, le fondateur du Mandarom contestait le monopole des religions instituées. Maurice Duval n’hésite pas à affirmer que le Mandarom est victime de “persécutions” qui sont “une atteinte aux droits de l’homme”. On a laissé se constituer “une poche de totalitarisme au coeur de la démocratie”, avance-t-il.
Maurice Duval affirme qu’il n’a aucun contact avec l’Omnium des libertés et le Cesnur (Centre d’études sur les nouvelles religions), des associations qui se font les avocates des sectes. Mais il cite abondamment des témoignages d’adeptes qui affirment avoir perdu leur emploi à cause de l’Unadfi (Union des associations de défense de la famille et de l’individu), qui les aurait dénoncés à leur employeur. “C’est faux, rétorque Janine Tavernier, ancienne présidente de l’Unadfi. Je n’ai pas connaissance que quelqu’un de chez nous ait fait ce genre de démarche, et il ne nous viendrait pas à l’idée de le faire”.
Françoise Champion reconnaît qu’elle a refusé l’article de Maurice Duval parce qu’elle ne le trouvait “pas bon scientifiquement”. “Ce n’est pas le sujet qui est en cause, justifie-t-elle. Je trouve très bien que des chercheurs travaillent sur ces groupes religieux. Personnellement, je ne crois pas à la notion de manipulation mentale. Ce que je reproche à Maurice Duval, c’est d’avoir été un peu naïf, alors qu’il travaillait sur un groupe controversé. Les sociologues sont déjà trop souvent accusés d’être les défenseurs des sectes...”.
De son côté, Jean Prigent, le directeur des PUF, justifie la décision de publier le livre sur le Mandarom : “L’étude de Maurice Duval a été approuvée par Jean Cuisenier, le directeur de la collection d’ethnologie. Je souhaite que les PUF puissent intervenir sur des sujets de société sensibles, à partir du moment où les travaux que nous publions reçoivent une caution du monde universitaire”.
Le Monde - 20/02/02
Dépêches AFP du 25 juin 2002
La Croix du 2 mai 2002
Libération, 20 juillet 2002
Rosalyne BOTTREL dans La Croix du 27 novembre 2002
Youri CHARTIER dans Le Monde du Samedi 24 août 2002
AFP, 24 novembre 2001
PARIS. Le président de la mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), Alain Vivien, a critiqué vendredi l'Éducation nationale, dont la cellule de prévention des risques sectaires est "en panne", selon lui.
M. Vivien s'exprimait à l'occasion d'une conférence de presse organisée à Paris par le président du conseil général du Loiret, Eric Doligé (RPR), sur le plan d'action contre les sectes, le premier du genre en France, mis en place dans ce département. Ce plan du Loiret consiste en des actions d'information auprès du public ainsi que des sessions de formation des 400 fonctionnaires des services sociaux du département sur les dangers sectaires.
M. Vivien s'est félicité de cette initiative, ainsi notamment que des séminaires de formation organisés maintenant régulièrement par le ministère de la justice à destination des magistrats. En revanche, le président de la MILS a estimé que la cellule de prévention des risques sectaires, mise en place en 1996 par François Bayrou, alors ministre de l'Éducation nationale, était "en panne", et il a souhaité qu'elle soit "réactivée". "La MILS est débordée par les demandes d'intervention dans des établissements scolaires, mais ce n'est pas notre mission. Nous pouvons former les formateurs, intervenir dans les instituts universitaires de formation des maîtres ou auprès des cadres de l'Éducation nationale, encore faut-il qu'on nous le demande", a-t-il déclaré.
Selon M. Vivien, les inspecteurs pédagogiques régionaux chargés de la lutte contre les activités sectaires à l'école n'ont été nommés qu'en décembre 2000, n'ont reçu aucune formation et sont le plus sauvent déjà chargés d'autres dossiers (maltraitance, violence scolaire, drogue...). "L'école devrait pourtant être la première priorité de la lutte contre les dérives sectaires, avec le secteur sanitaire et social" ; a-t-il estimé.
Selon la MILS, si les sectes interviennent rarement dans le cadre scolaire strict, elles agissent en périphérie (distribution de tracts près des écoles, activisme de services "pseudo-sportifs" ou "pseudo-culturels").
Cependant, selon M. Vivien, dans un département d'outre-mer qu'il n'a pas voulu citer, des témoins de Jéhovah demandaient à leurs enfants de faire du prosélytisme dans la cour de récréation de leur école.
Emmanuel TEJU, dans La Croix du 20 février 2002
La Croix du 19 juin 2002
La Croix du 22 octobre 2002
La Croix du 18 octobre 2002
Marianne GOMEZ dans La Croix du 27 novembre 2002
La Croix du 19 février 2002
ASIE Corée du Sud : le retour du révérend Moon
C'est ce qui s'appelle être prophète en son pays. 3 500 couples en smoking et robe de satin ont reçu récemment, dans un gymnase du parc olympique de Séoul, la bénédiction du révérend Moon, affublé de sa toge immaculée et de sa couronne dorée. Avec la musique du film Titanic en guise de marche nuptiale. Cela faisait des mois que Moon Sun-myung, qui se présente comme le « nouveau Messie », n'était pas revenu dans son fief sud-coréen : il y a été accueilli à bras ouverts.
« Il souhaite revenir en Corée car les Etats-Unis ne sont plus si accueillants », note un spécialiste de la secte. Au très sélect hôtel Hilton, le gourou de 82 ans s'est fait acclamer par les "militants de la paix" de la Fédération internationale interreligieuse avec, en guest star, l'actuel ministre de la Culture et du Tourisme coréen, Jin Namkung. En Corée, avec ses 50 000 membres et ses cinq églises, la secte Moon ne fait l'objet d'aucun ostracisme. Le bureau des cultes reconnaît le moonisme, répertorié comme « nouvelle religion ».
"Les Coréens ne se méfient plus, déplore Park Joon-chul, qui dénonce le "système Moon" dans un livre publié en 2001, après avoir été pasteur mooniste pendant vingt-huit ans. Ils sont indifférents". Ils ont tort, car l'organisation reste puissante. Elle contrôle surtout de très nombreuses associations : la troupe de spectacle Little Angels, le Ballet universel, le club de football Il Hwa Chonma, etc. Personne ne s'émeut vraiment de la présence des moonistes à la tête de l'école primaire de Kyung-bok, du collège et du lycée d'art de Sun-hwa ou de l'université de Sun Moon. « Moon ne joue pas sur le devant de la scène, il nomme les hommes et tire les ficelles », constate un ancien journaliste du Segye Times, seul quotidien mooniste de la capitale. Le chef de l'Église de l'unification s'intéresse à la politique. S'il ne finance aucun parti précis, il entretient des relations personnelles avec certains ministres et députés, au pouvoir et dans l'opposition. « Eux lui apportent la caution morale et lui, les votes », assure un ex-adepte.
Des centaines de millions d'euros de dettes
Mais le domaine de prédilection de la secte Moon, c'est le business. On ne pénètre que sous bonne escorte au siège du Tongil Group (« le conglomérat de l'Unification »), situé au sud-ouest de la ville. Pas question de jeter un coup d'il dans les étages où sont installées les entreprises moonistes. « On propose d'abord aux postulants un prêt ou un emploi, puis on leur demande de l'argent », affirme Park Joon-chul. Chaque mois, en effet, les membres doivent verser à la secte une partie de leur salaire. Et, chez Moon, le salut s'achète au prix fort : 8 649 euros par couple pour la cérémonie de mariage, 11 398 euros pour laver ses parents de leurs péchés...
Toutefois, ces contributions régulières ne suffisent plus à faire vivre la secte. La crise asiatique l'a obligée à réduire ses activités et nombre de ses entreprises, comme sa production de ginseng, sont aujourd'hui gérées par l'État sud-coréen. Elle aurait accumulé des centaines de millions d'euros de dettes. Et c'est cette situation financière qui expliquerait la dernière pirouette du gourou, qui, oubliant son anticommunisme, fait maintenant les yeux doux à Pyongyang. « Ni le gouvernement ni les centaines d'entreprises sud-coréennes qui l'ont tenté n'ont su établir un partenariat solide avec la Corée du Nord. Nous, nous réussirons ! » affirme Sun Johwang, président du Tongil Group. Certains des projets, comme le parc de la Paix ou le centre culturel de Pyongyang, ne sont que des vitrines. Mais d'autres pourraient s'avérer bien plus lucratifs : un hôtel de 350 chambres, « le seul connecté à Internet », a été édifié dans la capitale et Pyonghwa Motors a investi 342,2 millions d'euros dans une « industrie automobile de la paix » où 350 personnes produiront 10 000 voitures par an pour le compte du constructeur Fiat. Qui paie ? Le Japon serait la première source de financement de ces investissements. Le roi Moon y compte, il est vrai, de nombreux admirateurs. Certains d'entre eux, il y a quelques années; ont été jusqu'à débourser plusieurs milliers d'euros pour acquérir... les jupes de l'épouse du révérend.
De notre correspondante Julia Dion, L'EXPRESS du 25/04/02
La Croix du 12/09/02
La Croix du 5 février 2002
La prochaine capitale des Jeux olympiques d'hiver est une ville régentée par les mormons, même si la moitié de la population ne relève pas de cette religion, une Église très prosélyte dont les adeptes ont longtemps voulu se tenir à l'écart, tout en revendiquant certains valeurs fondatrices des Etats-Unis
Salt Lake City, 180 000 habitants, dans les Rocheuses, a toutes les caractéristiques d'une ville américaine. Dans son centre, les rues larges et numérotées, s'y croisent en de parfaits angles droits. Un peu plus loin, les maisons s'alignent, grandes à l'ouest, petites à l'est, mais toujours à l'abri d'un jardin.
Pourtant, plus qu'ailleurs aux États-Unis, la vie semble feutrée dans cette ville qui accueillera, à partir de vendredi les Jeux olympiques d'hiver. Dans le centre commercial Crossroads Plaza, sur Main Street, personne ne déroge au règlement affiché à l'entrée : « Ne pas fumer dans le centre commercial, ne pas dire d'obscénités, ne pas parler fort, ne pas traîner à plusieurs. » Même les SDF, comme intimidés et par ailleurs peu nombreux, ne mendient qu'en chuchotant.
Bienvenue chez les mormons l'Utah est leur foyer, Salt Lake City leur berceau. Au milieu du XIXe siècle, les adeptes de cette foi nouvelle, fuyant les persécutions, ont choisi ce coin de désert pour y vivre leur religion à l'abri des montagnes. Depuis le temps a passé, mais l'emprise de cette religion n' a pas faibli. Dans l'État plus de 70 % de la population est membre de l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (dénomination officielle, LDS en abrégé).
L'entrée de l'Utah dans l'Union n'a pas été une simple formalité
« Au Congrès (le Parlement) de l'Utah, il y a près de 90 % de mormons, explique une journaliste locale. Idem dans les autres institutions, comme la Cour suprême, etc. Dès lors, les lois sont également mormones. Mais pas besoin pour l'Église de donner des coups de fil ses soucis sont déjà partagés par les élus. »
D'où une relation parfois délicate entre l'Utah et l'Amérique. Certes, l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est une religion 100 % américaine. « Dans notre livre de chants d'église, il y a plusieurs chants patriotiques, dont l'hymne américain, Star Spangled Banner, confirme Susie, une jeune mormone de 24 ans. Pour le fondateur de l'Église, Joseph Smith, la Constitution américaine est d'ailleurs d'inspiration divine. Ce qui n'empêche pas les règles mormones d'entrer parfois en conflit avec celles des États-Unis. Ainsi, on considère ici que c'est à la famille et à l'Église, plus qu'à l'État, de s'occuper des plus démunis. Moralité : l'Utah s'est récemment fait taper sur les doigts pour la faiblesse de ses programmes d'aide sociale.
D'ailleurs, l'entrée dans l'Union, à la fin du XIXe siècle, n'a pas été une formalité, loin s'en faut. L'Utah, donc l'Église mormone, avait dû batailler ferme et a fini par s'incliner, renonçant à la polygamie, pourtant au cour de cette nouvelle religion, mais contraire aux lois fédérales. Un compromis qu'une frange, certes peu nombreuse, n'a toujours pas accepté : on peut toujours croiser quelques familles polygames dans les petites villes de l'état.
"Une institution jeune, très peu ouverte au dialogue interne"
"Comme dans d'autres endroits de l'Ouest américain, on n'aime pas beaucoup le pouvoir fédéral, explique Palmer de Paulis, ancien maire de la ville. Si les mormons se sont installés ici, c'était justement pour pouvoir vivre selon leurs propres règles".
Pourtant, au fil du temps, les mormons ont perdu un peu de leur "splendide isolement". A Salt Lake City, ils ne représentent plus que 50 % de la population. La cohabitation avec l'autre moitié, qui dénonce le poids de la LDS et de ses réseaux, n'est pas toujours facile. D'autant qu'on sait vite qui est qui. "Difficile au travail d'ignorer qui est mormon, raconte Susie en souriant. Dès le premier matin, autour de la machine à café, les jeux sont faits : ceux qui ne prennent pas de café, ce sont les mormons ! Notre religion l'interdit comme l'alcool et le tabac".
Côté LDS, on préfère minimiser la fracture. "Je pense qu'elle existe non de manière délibérée, mais par la force des choses : nous passons beaucoup de temps dans les activités liées à l'Église, explique Joseph, la trentaine, à la sortie d'une église du centre-ville. Du coup, nous ne rencontrons pas beaucoup de non-mormons. Je pense que ne pas être mormon à Sait Lake city, c'est comme ne pas être catholique à Boston ou ne pas être juif à New York".
Un point de vue que ne partage pas Lindsay, catholique et professeur à l'université publique de l'Utah. «La différence est qu'il n'y a pas de courants au sein de l'Église mormone. C'est une Église trop jeune pour que différentes traditions, différentes pensées, y aient vu le jour, d'autant que son histoire, faite au départ de persécutions, en a fait une institution très peu ouverte au dialogue interne. Dès lors, son invente est beaucoup plus pesante.
Heureusement, par les clubs de vin de la région, on peut tout de même se faire beaucoup d'amis", ajoute-t-il, le sourire aux lèvres.
Signe de ce malaise, une enquête du Salt Lake Tribune, le grand quotidien de l'Utah parue en décembre sous le titre "Le fossé tabou", a fait grand bruit. La rédaction s'est interrogée sur l'opportunité de passer cette enquête après le 11 septembre. "Je pense qu'il fallait mettre ça au grand jour, pour qu'on en parle, tout en montrant que ce n'est pas si terrible", explique une des journalistes.
En dernière page, l'enquête apporte sa contribution à l'effort d'unité nationale et donne des conseils pour rapprocher les deux communautés. "Rejetez l'idée que si les autres ne peuvent accepter "notre" culture, ils doivent envisager de partir", indique-t-elle aux mormons. "Ne vous fixez pas sur les lois anti-alcool. Certaines manquent de bon sens, mais ce n'est pas la fin du monde", dit-elle aux autres.
Reste que ce fossé fait l'affaire de certains. A l'image de Bill, dentiste, qui voit venir à lui des mormons aux dents tachées par le tabac et le café. Deux habitudes interdites par 'Église et qu'il convient de ne pas exposer à n'importe quel arracheur de dents.
Gilles BIASSETTE
Jusqu'au cśur des Rocheuses, l'Amérique attire les étrangers mormons, notamment polynésiens. Comme Bill, venu des îles Tonga, en quête d'opportunités économiques.
Même à Salt Lake City, au cśur de l'Ouest américain, à deux pas du désert, l'Amérique offre des rencontres surprenantes. À l'image d'un pays qui brasse des populations venues du monde entier, quitte à en broyer certaines.
Bill, solide quinquagénaire à la poigne ferme, n'inspire pas trop d'inquiétude. D'ailleurs, ici, au pays des mormons, il se sent chez lui, bien qu'il vienne de loin, très loin, d'un bout de terre de Polynésie.
"Comme près de la moitié des habitants des îles Tonga, l'archipel du Pacifique d'où je viens, je suis mormon, explique-t-il. Les missionnaires ont commencé très tôt à s'intéresser à Hawaï, avant de pousser jusque chez nous". Insatisfait de sa relation avec l'Église catholique ("je ne me sentais pas assez concerné, pas assez impliqué", dit-il), il s'est converti peu après ses 20 ans.
Mais la religion n'est pas la seule raison de son départ. Jeune comptable, Bill n'a pas résisté aux sirènes de l'économie américaine et de ses opportunités. "J'ai rapidement trouvé les Tonga trop petites, explique-t-il. Je suis allé en Nouvelle-Zélande pour mes études, mais là-bas aussi j'étais à l'étroit. L'Australie ? Plus grand, mais pas assez".
D'ailleurs, lorsqu'il a quitté les Tonga, "les îles des Amis", en 1980, il s'est d'abord installé en Californie. Et n'a posé ses valises dans l'Utah qu'il y a six ans, pour rejoindre la famille de sa femme, également mormone et également tonguienne.
D'après le recensement de 2000, 51000 personnes venues des îles du Pacifique vivent dans l'Utah, un État qui compte deux millions d'habitants, dont plus de 10 000 Tonguiens -« à 80 % mormons », précise Bill. Un chiffre impressionnant quand on sait que, dans les îles Tonga, vivent 99 000 personnes.
Mais quitter une île polynésienne et ses palmiers pour les Rocheuses et ses sommets enneigés n'est pas on s'en doute, une mince affaire. D'autant que « La Mecque mormone » ne tient pas toujours ses promesses. « L'Église les considère un peu comme des fidèles de seconde zone, explique une journaliste experte des questions de l'Église mormone. Déçus, certains quittent l'Église. »
Une communauté polynésienne parmi les plus pauvres de la ville
Bill, aujourd'hui à la tête du bureau de l'Utah qui gère les affaires polynésiennes, connaît bien les problèmes de sa communauté. Les familles polynésiennes sont parmi les plus pauvres de la ville et on ne les croise guère dans le centre-ville. Elles vivent en compagnie des latinos dans la partie ouest de Salt Lake City, là où les Blancs sont peu nombreux.
Père de huit enfants, aujourd'hui âgés de 19 à 26 ans, il reconnaît que, pour les jeunes, l'adaptation n'est pas facile. « Ils quittent un environnement très encadré, à l'école notamment, pour l'Amérique où la discipline est très relâchée en milieu scolaire. Résultat : nous avons affaire à des problèmes de délinquance. »
Alors, la communauté tente de se ressouder : « Rien de tel que le ballon de rugby, dit-il en montrant celui qui trône dans son bureau, au milieu d'affiches et de photos de Polynésie. C'est le sport national. Nous avons notre championnat, avec surtout des équipes des Tonga ou des Samoa, un archipel voisin. Ceci dit, nous voudrions bien jouer avec les Américains. Mais leur championnat se déroule pendant l'hiver. Hors de question pour nous de jouer dans le froid ! »
Toutefois, adaptation oblige les jeunes Tonguiens de Salt Lake City sont moins férus de rugby. Au grand désespoir de Bill, lui qui, passé la limite d'âge, fut longtemps arbitre pour rester sur le terrain.
Ils se mettent au football américain, déplore Bill, avant d'ajouter en riant : "Mais pas au base-ball ou au basket, ça non. Ils aiment trop la castagne".
G.B.
Les mormons sont aujourd'hui 30 000 en France. Si leur prosélytisme est fort, il est difficile de les considérer comme une secte même si certains dénoncent des « pratiques sectaires »
Selon Dominique Calmels, directeur national de la communication de "l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours", son appellation officielle, ils seraient aujourd'hui 30000 mormons en France répartis dans 150 paroisses, notamment en région parisienne et dans les grandes métropoles régionales.
En France, ils sont toutefois connus surtout par leurs 500 missionnaires qui, par groupes de deux, vont de porte en porte pour proposer la bonne parole. Un prosélytisme ouvertement revendiqué par les responsables mormons. "Nous sommes proches des enseignements de la Bible et nous nous sentons une responsabilité de porter la Bonne Nouvelle, comme nous l'a demandé Jésus-Christ", explique Dominique Calmels. Les missionnaires sont souvent très entreprenants, voire envahissants. Au point de provoquer l'agacement et de poser une question légitime : l'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours est-elle une secte ?
Les mormons ne constituent pas une Église protestante dissidente
S'ils sont répertoriés comme tels dans certains ouvrages sur les sectes, les mormons ne l'ont pas été dans le rapport parlementaire de 1995. "À ce jour, nous n'avons reçu aucune plainte et aucun signalement de comportement répréhensible concernant les mormons", explique-t-on en outre à la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS). Il existe certes des dissidents extrémistes qui continuent à prôner la polygamie mais, selon la Mils, ils ne seraient pas implantés en France.
Toutefois, selon l'Association de défense de la famille et de l'individu (ADFI), plusieurs anciens mormons dénonceraient des "pratiques sectaires". Cette association, spécialisée dans la lutte contre les sectes, pointe en particulier "une emprise sur l'individu et un climat général de suspicion et de contrôle de la vie privée". Mauvais procès pour Dominique Calmels qui, s'il reconnaît une certaine "rigueur de vie" des mormons, estime que beaucoup de membres sont loin de se conformer à toutes les prescriptions de leur Église. "Et seulement 25 % des membres paient leur dîme", affirme-t-il pour couper court à toute interrogation sur les rapports financiers entre l'Église et ses membres.
"S'il y a un fort prosélytisme chez les mormons, il n'y a pas de pratiques sectaires", affirme pour sa part Mgr Jean Vernette, secrétaire national de l'épiscopat pour les sectes et les nouvelles croyances. "Il peut certes y avoir des dérives sectaires, mais elles ne sont pas constitutives de la structure du groupe", ajoute-t-il. S'il admet qu'il a pu considérer autrefois les mormons comme une secte, au sens sociologique du terme, son avis est aujourd'hui beaucoup moins tranché : "Le mormonisme a désormais sa place dans le corps des religions", affirme-t-il aujourd'hui. Mais le "M. Sectes" de l'Église de France prend bien garde de souligner que les mormons ne constituent pas une Église protestante dissidente. "Ils rejettent par exemple la justification par la foi", explique-t-il. De même, leur refus d'adhérer au credo commun des chrétiens (ils rejettent l'unicité de Dieu) les empêche d'adhérer au Conseil ścuménique des Églises. Et s'il n'existe pas à l'heure actuelle de dialogue habituel entre l'Église catholique et les mormons, Mgr Vernette estime que celui-ci viendra en sont temps.
Nicolas SENÈZE
L'Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours a été organisée en 1830 dans l'État de New York. Son fondateur, Joseph Smith, a conduit ses adeptes de plus en plus vers l'ouest, fuyant les persécutions. En 1847, son successeur, Brigham Young, arrive près du Grand Lac Salé (Great Salt Lake) et décide de s'y installer, avec 17 000 fidèles, donnant naissance à la future Salt Lake City.
Selon le texte sacré des mormons, des peuples venus de Babylone et de Palestine auraient peuplé l'Amérique au Vie siècle avant notre ère. Après sa résurrection, Jésus-Christ serait apparu au peuple élu d'Amérique.
Il y a aujourd'hui plus de 11 millions de mormons dans le monde, selon les chiffres publiés par l'Église. D'après les mêmes sources, le nombre des membres a augmenté de 49 % depuis 1991.
Un peu moins de la moitié des adeptes vivent aux États-Unis. Ils sont surtout présents dans les États de l'Ouest américain, principalement dans l'Utah, État qu'ils ont fondé au milieu du XIXe siècle, mais également dans tous les États voisins : Arizona, Californie, Idaho, Nevada, Wyoming, etc.
À l'étranger, c'est en Amérique latine qu'ils sont les plus nombreux : plus de 2,5 millions, prés de 900 000 au Mexique... Puis vient l'Asie (750 000). L'Europe ne compterait qu'un peu plus de 410 000 membres, 30 000 en France. Un État d'Océanie détient un record national : aux Tonga, prés d'un habitant sur trois est mormon (chiffres de l'Église).
MOUVEMENT
NATIONAL REPUBLICAIN
La Croix du 3 juin 2002
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AFP, 1er août 2002 par Christophe Schmidt
[Texte intégral]
NANTES - La police nantaise observe depuis quelques semaines ce qu'il reste de la secte Néo-Phare : six personnes retirées dans un pavillon en ville, qui prévoient l'apocalypse pour le 24 octobre, et espèrent que l'événement fera d'eux les élus appelés à rebâtir un monde meilleur.
Un suicide et deux tentatives parmi les adeptes, en juillet, ont conduit à une surveillance plus étroite du groupe. Il semble bien, pourtant, que le dernier noyau de la secte n'envisage pas un suicide collectif, mais rêve plutôt de constituer une nouvelle "famille divine" d'apôtres, susceptible de relever les ruines de la planète. Le groupe, classé "apocalyptique", a aussi une composante "ufologique" (ovni, ndlr) précisée.
Cet attrait pour les petits hommes verts, qui rappelle l'Organisation du temple solaire et la mort de dizaines de ses adeptes en 1994 et 1995, serait à l'origine d'une confusion sur les buts de la secte. "Les suicides de cet été n'étaient pas programmés. Mais ils sont allés si loin dans leur délire qu'ils pourraient ne pas réussir à remettre les pieds sur terre", redoute Marie-Claire Moinel, chargée des sectes aux Renseignements généraux à Nantes.
Le conditionnement peut, selon cette spécialiste, expliquer la mort volontaire d'un adepte et les deux tentatives : "Certains disent que le gourou a voulu reformer les couples. Mais on peut aussi imaginer une peur panique à l'approche de la date fatidique."
Arnaud M., le gourou de 36 ans, a fondé le Néo-Phare comme une dissidence plus radicale du groupe Phare-Ouest, lui-même imaginé par l'écrivain ésotérique André Bouguenec.
Une bâtisse vide? Les deux hommes se rencontrent en 1997, peu avant la mort de Bouguenec. Arnaud identifie Bouguenec à Dieu et s'attribue à lui-même le rôle de Jésus-Christ. "Depuis, il a assigné à son frère jumeau le rôle de nouveau pape à partir du 24 octobre", précise Marie-Claire Moinel. De la quarantaine d'adeptes de Phare-Ouest, seuls une petite dizaine ont suivi Arnaud, d'abord dans les villages d'Aigrefeuille et Le Cellier (Loire-Atlantique) puis, après les drames de juillet, dans la maison nantaise habitée par Véronique M., la seconde épouse du père décédé du gourou. Six personnes -les deux frères, leur belle-mère et trois autres adeptes ayant chacun une "mission apostolique"- composeraient actuellement la secte. La police a un doute quant à une septième personne, qui n'occupe pas la maison.
D'après les témoignages, les adeptes entrent et sortent librement du pavillon, situé dans le quartier universitaire de la Jonelière. Il s'agit d'une maison contiguë de deux étages, banale et plutôt coquette. Quelques parterres de roses bien entretenus agrémentent le devant du bâtiment. Seul trait singulier, les volets sont clos en permanence. On n'a pu déterminer, lundi dans la journée, si la bâtisse était occupée. La voiture de la maîtresse de maison était absente, ce qui est inhabituel selon les voisins.
En juillet, le petit groupe avait quitté ses précédentes résidences après des articles dans la presse locale. Arnaud, le gourou, a par ailleurs manifesté de l'agacement devant les caméras de télévision dimanche. Il n'en faut pas plus pour que le voisinage espère à demi-mots un nouveau déménagement de la secte, même si la belle-mère d'Arnaud est décrite comme "affable", et les adeptes comme "des gens ordonnés qui se réunissent calmement dans leur jardin".
AFP, 1er août 2002 par Christophe Schmidt
[Texte intégral]
NANTES - Une enquête préliminaire a été ouverte afin d'établir si une présomption d'abus de faiblesse peut être retenue contre la secte Néo-Phare, dont six adeptes sont retirés dans un pavillon à Nantes et dont un membre s'est suicidé en juillet. "Il s'agit de savoir si l'influence psychologique de la secte a pu conduire à des troubles graves" chez l'adepte décédé et chez deux autres, qui ont également tenté de se tuer mi-juillet, a précisé un membre du parquet.
La justice soupçonne notamment le gourou Arnaud Mussy d'avoir conduit des couples d'adeptes à pratiquer l'échangisme, dans le but de "reformer les couples pour réunir des âmes soeurs."
Les adeptes de Néo-Phare et Arnaud Mussy, qui annonce l'apocalypse "sans doute avant Noël", avaient été entendus par la justice nantaise après le suicide et les deux tentatives. Aucune charge n'avait alors été retenue contre eux, le parquet n'ayant pu établir l'existence de captation de l'argent des fidèles, ni, par exemple, l'implication de mineurs dans le groupuscule.
Arnaud Mussy, rencontré mercredi dans la journée, avait affirmé qu'il "n'y a ni argent, ni prosélytisme, ni trouble à l'ordre public" au sein de Néo-Phare, qui ne serait par conséquent "pas une secte". Concernant la mort d'un adepte et les tentatives de suicide, le gourou --terme qu'il récuse-- avait affirmé: "La mort n'a rien à voir avec notre projet, et tout allait bien jusqu'à ces anicroches", avant d'évoquer "un affreux accident de parcours."
Le Figaro, 31 août 2002 par Christophe Cornevin
[Texte intégral]
La police surveille sans pouvoir intervenir un groupe apocalyptique nantais qui veut se supprimer le 24 octobre A l'origine, rien ne prédisposait policiers et gendarmes à s'intéresser d'aussi près à ces illuminés. "On s'est rapidement retrouvés confrontés à un véritable cas d'école, confie un officier. D'une association organisant des réunions anodines dans Paris à l'actuel groupuscule susceptible de se supprimer avant le Déluge, nous avons assisté à une descente aux enfers qui a déjà coûté la vie d'au moins une personne."
Le principal acteur se prénomme Arnaud. Aujourd'hui âgé de 36 ans, ce "routard" a bourlingué en Argentine plusieurs années avant de revenir en France en 1990. Préoccupé par diverses questions "existentielles" sur la place de l'homme dans l'univers ou la vie après la mort, cet homme décrit comme un grand escogriffe, spécialiste en programmation neuro-linguiste (PNL), dévalise les librairies ésotériques. Un temps, il dévore les livres de Paco Rabanne avant de découvrir ceux d'André Bouguenec. Expert de la cabale et chantre de la numérologie, ce dernier aurait appris à lire certaines dates historiques permettant de prévoir la fin des temps.
"Pour Arnaud, c'est la révélation, explique un policier. Il rencontre son maître spirituel peu avant son décès en 1997 et profite de son propre charisme pour reprendre en main Phare-Ouest, l'association que Bouguenec avait mise sur pied avec une quarantaine d'originaux de Paris et de Loire-Atlantique." Persuadé que l'Apocalypse approche, le nouveau gourou veut convaincre le groupe de s'y préparer. Mais les plus modérés s'y opposent jusqu'au 11 septembre dernier. "Lors d'une réunion un peu spéciale, Arnaud déclare y voir le signe de la fin des temps, poursuit le fonctionnaire. Dans la foulée, il rallie les intégristes et crée une dissidence radicale baptisée Néo-Phare."
Du jour au lendemain, une vingtaine de membres, parmi lesquels des professeurs de l'Éducation nationale, une conseillère principale d'éducation, un inspecteur des impôts ou encore un médecin généraliste, se mettent secrètement à ce que la police appelle la "numérologie à la dure", empruntant tous les traits d'une secte. "Le cérémonial se déroule avec des capes, dans le plus pur style de l'Ordre du temple solaire , confie un spécialiste. Lors des séances de spiritisme, les adeptes tentent d'entrer en contact avec le défunt Bouguenec grâce aux soi-disant pouvoirs de médium de Joséphine, une étudiante à l'Institut universitaire de formation des maîtres."
"Elle se déclarait "énergétique", se rappelle Anouk, une ancienne adepte qu'a retrouvée Le Figaro. Quand elle entrait en relation avec l'esprit d'André Bouguenec, ce dernier disait que l'Apocalypse était proche. Mais je ne comprenais pas la logique de ce phénomène et Arnaud, en véritable gourou, martelait qu'il fallait nous couper de l'extérieur pour accéder à ces mystères. Son emprise s'est manifestée progressivement sur notre groupe: d'une réunion par semaine, il a bientôt fallu que l'on reste ensemble en permanence."
A l'automne 2001, le gourou décide de recomposer les couples pour créer des "âmes surs". "Arnaud commençait déjà à se prendre pour le Christ, Dieu n'étant autre qu'André Bouguenec, raconte Anouk. S'inspirant de l'Évangile selon Mathieu, il voulait créer la "Famille Divine", des apôtres du Nouveau Monde né du cataclysme final." "En séparant les couples qu'ils trouvaient mal assortis d'un point de vue énergétique, le gourou ne voulait qu'accroître son emprise, commente un policier. Les parents des adeptes ont alors prévenu l'Association de défense des familles et des individus (ADFI) contre les sectes."
Les 15 et 16 décembre 2001, les adeptes de Néo-Phare se retrouvent à Vézelay, village roman chargé de symboles, d'où est notamment partie la deuxième croisade. A l'occasion d'une cérémonie, ils retiennent pour la première fois une date de fin du monde: le 24 février 2002. Dès lors, chacun est invité à démissionner ou à se mettre en congé maladie, grâce à de faux certificats médicaux délivrés par un des adeptes. Pendant les vacances de février, le groupe stocke de la nourriture et se retrouve au lieu-dit de la Haute-Rivière, sur la commune d'Aigrefeuille, à une trentaine de kilomètres de Nantes. Là, dans une coquette ferme rénovée, ils attendent la fin du monde. "On avait peur mais Arnaud nous disait que nous étions les "Éveillés", ceux qui survivraient d'entre les morts", confie Anouk.
"La doctrine de Néo-Phare s'est enrichie d'une coloration ufologique", se rappelle un policier. "Nous étions persuadés que des soucoupes volantes pilotées par des êtres de Lumière ou encore des Célestes allaient débarquer pour remettre la Terre dans le droit chemin", note encore l'ancienne adepte. Qu'importe qu'il ne soit rien arrivé ce fameux 24 février. Arnaud a une bonne explication: "Nous avons mal prié"...
Alarmée, l'Adfi alerte la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (Mils) . Les renseignements généraux locaux établissent plusieurs rapports. Le dossier est transmis aux gendarmes qui interviennent en mars dernier, prétextant une enquête sur les conditions de vie des enfants. Les adeptes et leurs familles, au total des dizaines de personnes, sont longuement entendus. Sans que les enquêteurs puissent percer à jour les nébuleuses intentions de Néo-Phare. Abandonnant leurs enfants à des parents, les adeptes plongent alors dans la clandestinité, en se réfugiant dans une maisonnette du Cellier, village pittoresque recroquevillé autour d'une place battue par les vents. "Vivant dans l'autarcie la plus absolue, les couples recomposés ont alors multiplié les rapports sexuels extra-conjugaux jusqu'à ce que certains perdent la tête, explique un observateur. La série noire pouvait alors commencer."
Le 14 juillet dernier, un membre de Néo-Phare se jette sous les roues d'une voiture, à Houdon (Loire-Atlantique), ne supportant plus la séparation de son épouse, enceinte du frère jumeau du gourou. Le lendemain, une autre disciple se jette du haut du château de Clermont, ancienne propriété de Louis de Funès aujourd'hui en vente. La désespérée, grièvement blessée, a été hospitalisée dans un état de délire. Le jour suivant, son mari emprunte à son tour la longue allée bordée de feuillus centenaires menant au domaine et fait lui aussi le saut de l'ange. Survivant, il est brièvement interné. L'enquête sur ces gestes désespérés, diligentée par gendarmes nantais, est désormais close et le dossier transmis au procureur de la République. "La pression subie par le groupe est à son comble, explique une source policière. Récemment, Néo-Phare s'est partiellement disloqué et le dernier carré, composé d'une demi-douzaine de fanatiques, est désormais retranché dans le pavillon de la Jonelière, chez la belle-mère du gourou." Depuis deux mois, un ballet de policiers et de gendarmes en civil se met en place autour de cette "retraite" où s'organiserait un ultime voyage vers Vénus, pour une fin du monde reprogrammée au 24 octobre prochain, c'est-à-dire au cinquième anniversaire de la mort du père spirituel André Bouguenec.
"Le groupe s'est enfermé dans une logique parfaitement paranoïde et nous craignons une issue tragique", commente un spécialiste des sectes. Pour l'heure, les multiples notes de la DCRG n'ont pu permettre aucune intervention. "Ce voyage vers Vénus rappelle le voyage vers Sirius de l'OTS...", concède de son côté Anouk, en faisant la grimace.
Dans le voisinage du pavillon, l'inquiétude grandit. A l'image de cette retraitée de la banque qui, tout en caressant son caniche noir, s'interroge sur le "comportement bizarre de ces jeunes. Quelques rares fois, je les ai vus sortir dans le jardin et méditer en position du lotus en murmurant. J'espère qu'ils ne vont pas me construire une sorte de "Mandarom" sous les fenêtres!".
Mais, les forces de l'ordre sont confrontées au "vide juridique" de ce type de dossier. Un officier de gendarmerie admet: "Comme il n'y a ni manipulation d'enfants ni détournement de fonds, on ne peut rien faire. Il faut que des morts surviennent pour intervenir." Reste donc à attendre le 24 octobre. A moins qu'Arnaud et ses derniers fidèles avancent leur aller simple vers Vénus.
La Croix du 2 septembre 2002
Martine Lamoureux dans la Croix du 3 septembre 2002
La Croix du 18 octobre 2002
AFP, 17 octobre 2002
Le corps de Mika Kasuma avait été découvert sur le site de Kanumera, au milieu du lagon de l'île des Pins. Deux frères, qui avaient décrété ce lieu « sacré », ont été écroués
NOUMÉA (Nouvelle-Calédonie), de notre correspondante
Au Japon, elle a été baptisée "l'île la plus proche du paradis". Pour Mika Kasuma, ce fut l'île de l'enfer. Cette touriste japonaise de 28 ans a été retrouvée morte, lundi 6 mai, le corps partiellement brûlé et dévêtu, à l'île des Pins (sud de la Nouvelle-Calédonie). L'autopsie a révélé que la victime a été tuée à coups de pierres sur la tête. Un électrochoc dans cette île de 1 700 habitants, fleuron du tourisme calédonien. Plus de 15 000 japonais s'y rendent chaque année pour y naviguer sur des flots cristallins ou simplement flâner sur les plages au sable immaculé ....
C'est dans ce cadre paradisiaque que les gendarmes ont découvert le corps de Mika, dissimulé sous des branchages sur le rocher de Kanumera. Un rocher majestueux planté dans les eaux turquoise du lagon entre les deux plages les plus touristiques de file. Le lendemain de la macabre découverte, deux frères originaires de l'île, Antoine, 37 ans, et Ambroise Konhu, 43 ans, étaient interpellés avant d'être mis en examen pour homicide volontaire, jeudi 16 mai, et écroués. Devant un parterre de journalistes accourus du japon, le premier substitut du procureur, Michel Carrier, a souligné les "mensonges des deux suspects sur leur emploi du temps" et les "fortes présomptions" pesant sur eux. Il a toutefois précisé qu'il n'y avait « aucune preuve irréfutable » de leur implication et que tous deux niaient les faits.
À l'île des Pins, l'arrestation des frères Konhu n'a guère surpris. Ici, même si on se garde de toute conclusion hâtive, "l'histoire du rocher de Kanumera", qui empoisonne depuis des années la vie de cette île paisible, est sur toutes les lèvres. "Tout a commencé il y a un peu plus de douze ans. Le climat politique était agité en Nouvelle-Calédonie, les revendications foncières étaient à la mode et la famille Konhu s'est mise à revendiquer le rocher. Un élu originaire de l'île des Pins les a soutenus pour nuire au grand chef Hilarion Vendegou", raconte un habitant. Le rocher est alors décrété "tabou" et plus personne n'ose s'en approcher, au risque de susciter les foudres des Konhu. Des pancartes "Interdit d'accès tabou" fleurissent sur le site et quelques incidents alimentent la rubrique faits divers de la presse locale. L'un des deux frères fait d'ailleurs quelques séjours en prison pour avoir molesté des touristes qui s'y étaient aventurés. "Dans la coutume kanak, ce rocher n'est pas du tout sacré ! Quand j'étais petit, je montais dessus pour me baigner. C'est à tout le monde", s'insurge Arnold, un jeune Kanak réceptionniste dans un hôtel de l'île. Mais les frères Konhu ne désarment pas. Ils aménagent "leur" rocher en petit village de tressage et de sculpture pour attirer les visiteurs, qui devront s'acquitter d'un péage d'environ 100 francs Pacifique (80 centimes d'euro) pour pouvoir mettre le pied sur le rocher.
Vertus hallucinogènes
Sous l'influence d'un métropolitain, une "secte du rocher" voit alors le jour autour d'Ambroise Konhu. "Là, c'est vraiment devenu rocambolesque", confie un habitué de l'île, témoin de cette époque. Les jeunes désuvrés vouent surtout un culte au datura, une plante surnommée l' "herbe du diable", aux vertus hallucinogènes très puissantes et aux effets dévastateurs sur le système nerveux. Plusieurs fidèles de cette pseudo-secte poursuivent aujourd'hui leur délire à l'hôpital psychiatrique de Nouméa.
Soutenu par la grande majorité de la population, le maire et grand chef Hilarion Vendegou avait finalement interdit la fréquentation du rocher. Il entendait mettre ainsi un terme à ce qu'il considérait comme une mascarade. Mais, selon la population locale, les frères Konhu n'avaient jamais renoncé ni à leurs paradis artificiels ni à leurs revendications.
Vendredi, les chefs des clans de la baie de Kuto ont offert une "coutume" - des étoffes et de l'argent - aux parents et au frère de Mika Kasuma venus du japon se recueillir sur le rocher de Kanumera. Tous ensemble, ils ont prié. Alors que les pierres retrouvées autour de la victime permettaient d'émettre au départ l'hypothèse d'un crime "rituel", les Kanaks ont voulu dire que ce drame n'avait rien à voir avec leurs traditions et qu'ils partageaient la douleur de la famille nippone.
Claudine Wery dans Le Monde du 13/05/02
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Dépêches AFP du 9 avril 2002
Editorial de Michel Kubler dans la Croix du 7 octobre 2002
La Croix du 21 juin 2002
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La Croix, du 17 juin 2002
La Croix du 20 juin 2002
UN GROUPE D'EXPERTS PROPOSE DE REVENIR SUR LA RÉFORME DU PROGRAMME DE PHILOSOPHIE
Le projet, qui proposait de mieux définir le contenu des cours, avait suscité la protestation de professeurs
À la rentrée 2002, les élèves de terminale générale (L, S et ES) travailleront vraisemblablement sur un programme ressemblant, peu ou prou, au précédent, qui date de 1973. Et les professeurs de philosophie qui se sont mobilisés depuis un an contre la réforme initiée par Claude Allègre sont satisfaits : leur « liberté », à laquelle intentait, selon eux, la réforme, sera sauve.
Dans le projet qu'il vient de remettre à jack Lang, le nouveau groupe d'experts, nommé en juin 2001 pour pacifier la situation, abandonne tout esprit de réforme et revient à une stricte liste de notions (la conscience, le désir, l'art, la connaissance scientifique, le travail, etc.) et d'auteurs. Une structure identique à celle du programme de 1973, qui laisse le champ libre aux enseignants dans la façon d'aborder les notions.
C'est précisément cette hétérogénéité des cours que la réforme s'attachait à circonscrire. Elle proposait notamment des couplages de notions (par exemple nature et culture) pour restreindre les problématiques et introduisait des « questions à ancrage contemporain » articulés autour de problèmes de société. Cette tentative avortée la quatrième en douze ans avait pour but de déterminer un contenu national au programme de philosophie, afin de mieux armer les élèves pour le baccalauréat et de gommer l'aléa que représente souvent cette discipline. Avec, en toile de fond, la désaffection pour les filières littéraires.
Ce pas de trente ans en arrière n'est que l'ultime épisode d'une série de reculades, imposées par la vigueur de la contestation depuis la publication du nouveau programme au Bulletin officiel, à l'été 2000. Dans un premier temps, il avait été demandé au groupe d'experts rédacteurs du programme, dirigé par Alain Renaut, de retoucher sa copie, à la lumière des nombreuses critiques qui émergeaient de la consultation des enseignants (Le Monde du 9 février 2001). Mais l'hostilité restant vive, le ministère avait préféré, dans un deuxième temps, rendre facultative une partie du programme et nommer un nouveau groupe d'experts, dont la présidence avait été confiée à Michel Fichant, professeur à Paris-IV, hostile à la réforme (Le Monde du 12 juillet 2001). Jack Lang avait décidé en outre de créer une « commission de suivi » de la réforme, présidée par le directeur de l'enseignement scolaire, Jean-Paul de Gaudemar. Cette instance « pluraliste » avait pour mission de ren contrer des professeurs de philosophie et de proposer des aménagements au groupe Fichant.
Six journées interacadémiques ont eu lieu, fin 2001, rassemblant au total 450 professeurs de philosophie. Parallèlement, des pétitions réclamant le retrait pur et simple de la réforme ont continué de circuler. Un rapport a finalement été rédigé, recommandant l'abandon des deux principales innovations de la réforme Renaut : le couplage de notions afin « de donner effectivement aux professeurs la liberté d'articuler les notions en fonction de leurs choix philosophiques et pédagogiques » et les « questions d'approfondissement » (nouveau nom des « questions à ancrage contemporain », déjà facultatives). La commission précisait que «pour donner aux professeurs un signal fort » , ces recommandations « devraient, en tout état de cause, être mises en ouvre dès la rentrée 2002 ».
Le rapport a été transmis au groupe Fichant en janvier. L'un des membres de la commission de suivi, Gérard Malkassian, a alors démissionné après avoir découvert que sa contribution critique n'avait pas été annexée au rapport. Dans sa lettre de démission, le 14 février, il estime qu'au lieu « d'améliorer le contenu » de la réforme, la commission en a « accompli la liquidation pour rétablir l'esprit de l'ancien programme ». Le groupe d'experts a finalement tourné le dos à la réforme Renaut. « Nous sommes allés loin dans la révision », admet Michel Fichant, pour qui le programme de 1973 « n'est pas pestiféré. »
« Est-il sain pour une discipline enseignée à l'école que personne ne soit en mesure de dire ni ce qu'un professeur est tenu d'enseigner ni ce qu'un élève doit savoir, s'insurge l'Acireph (Association pour la création d'instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie), qui regroupe 200 professeurs de philosophie et prône la nécessité d'une réforme de cette discipline. Les graves problèmes d'équité que nous rencontrons chaque année dans la correction des copies du baccalauréat seront rendus définitivement insolubles. »
Le ministère indique que ce nouveau projet sera soumis aux enseignants « dans les jours prochains ». Les résultats de la consultation seront, assure la Rue de Grenelle, connus fin avril, malgré la longue période de congés de printemps. Le texte devrait être voté par le Conseil supérieur de l'éducation début mai pour une application en septembre.
M.-L. P.
TROIS QUESTIONS À ... JEAN-JACQUES ROSAT
1. En tant que président de l'Association pour la création des instituts de recherche sur l'enseignement de la philosophie, qu'estimez-vous devoir être l'enseignement de la philosophie aujourd'hui ?
Il faut cesser de confondre philosophie et enseignement de la philosophie. Il n'y a pas de sens à vouloir enseigner en un an toute la philosophie. Il faut choisir dans la tradition et dans la philosophie vivante les problèmes, les concepts, les connaissances permettant de former les élèves à la réflexion critique. L'enseignement de cette discipline doit assumer son caractère scolaire : s'appliquer à donner des repères et des outils, circonscrire son contenu. Faute d'un tel cadre, on n'a pas une pensée libre mais une absence de pensée.
2. À quelles difficultés se heurte cet enseignement ?
Les élèves sont pris entre un cours qui traite de problèmes déterminés et l'indétermination du programme, qui autorise un nombre illimité de sujets. C'est, au final, l'aisance rhétorique qui est privilégiée. Cela en fait un enseignement élitiste. La plupart des élèves se rassurent en bachotant ou baissent les bras, d'où l'inconsistance des copies au bac et les graves problèmes d'évaluation dont nous ne sortons pas.
3. Un débat sur la manière d'enseigner la philosophie est-il possible entre les professeurs ?
Des propositions de réforme ont été faites depuis douze ans. Chaque fois, elles ont été discréditées et accusées de liquider la philosophie au nom d'une conception sacralisée de la liberté du professeur. Un certain nombre de gens membres de l'inspection, universitaires, professeurs formateurs qui se considèrent comme les représentants de la profession pensent déterminer l'unique bonne conception et se sont appropriés la définition de l'enseignement de la philosophie. Toute divergence sur cet enseignement est considérée comme une trahison. Quiconque émet des critiques est soupçonné d'être un mauvais philosophe. Le poids est tel que les enseignants ne s'autorisent pas à parler des difficultés qu'ils rencontrent dans leurs classes. Ce n'est pas bien vu.
Propos recueillis par Marie-Laure Phélippeau
Libération, 20 juillet 2002
Depuis deux ans, les gendarmes de la brigade départementale de recherches de Paul s'intéressent aux activités d'une association de recherche en psychothérapie que la justice suspecte de "déraper" dans la manipulation mentale. En juin, l'enquête a abouti à des interpellations à Nantes, aux Sables-d'Olonne, à Lyon et en Béarn, d'où est partie cette affaire dans laquelle apparaît un médecin de l'hôpital psychiatrique de Pau.
Tout a commencé en juillet 2000, par la plainte d'un Bigourdan trouvant que le comportement de sa fille, un étudiante angliciste de 25 ans, avait radicalement changé depuis qu'elle fréquentait une psychothérapeute paloise. Il s'inquiétait de son projet de séjour dans un "centre" au Pérou, sur les conseils de la "psy".
L'opacité des faits révélés par l'enquête préliminaire incita, en avril, le procureur de la République de Pau à ouvrir une information judiciaire au cabinet du juge Christian Mirande. Furent visés l'escroquerie et l' "abus frauduleux d'un état de sujétion par les dirigeants d'un groupement", infraction prévue dans la loi du 12 juin 2001 (1). Depuis trois mois, deux plaintes de victimes présumées sont venues alimenter cette procédure.
À base de plantes
L'épicentre du dossier se situe à Tarapoto, en haute Amazonie péruvienne, à 800 kilomètres de Lima : il s'agit du centre Takiwasi, créé en 1992 par un médecin français, le docteur Jacques Mabit. Son but initial était la désintoxication des toxicomanes d'Amérique du Sud par les médecines à base de plantes. Ensuite, le centre s'est ouvert à des "patients" français hispanisants, adultes (beaucoup d'étudiants) et mineurs (autorisés par leur parents). Cette clientèle, parmi laquelle figurent de nombreux anorexiques, participe à des "séminaires d'évolution personnelle" avec découverte de son corps et travail sur soi-même.
Le problème, c'est que les "stagiaires", lors de "sessions rituelles d'initiation" encadrées par des "guérisseurs" locaux, ingèrent des décoctions de "plantes sacrées permettant la libération des nuds émotionnels" (sic). Or, l'une d'elles, l'ayahuasca, est classée comme stupéfiant par la législation française. Les scientifiques l'assimilent à un hallucinogène provoquant des réactions analogues à celles du LSD. A leur retour du Pérou, certaines personnes ont un comportement bizarre, comme si elles étaient sous l'emprise d'une secte ayant la mainmise sur leur psychisme : visions de la Vierge (la pratique de la religion catholique est un dénominateur commun aux patients), rejet de la famille. D'où l'intervention de la justice.
"La Maison qui chante"
Les "stagiaires" sont dirigés vers le centre péruvien par une association créée au début de 1991, l'IFRETT (Institut français de recherche et d'expérimentation sur les thérapies traditionnelles), plus connue sous le nom de "la Maison qui chante", traduction du nom Takiwasi. À la fin de juin, les gendarmes ont procédé à plusieurs perquisitions : à Nantes, au domicile de l'ex-présidente, ancienne psychothérapeute ; à Lyon, chez l'actuelle présidente, psychothérapeute en exercice ; aux Sables-d'Olonne, chez le trésorier, un comptable retraité, père du médecin installé au Pérou ; à Pau, d'abord chez une psychothérapeute ayant son cabinet dans une structure d'accueil de séminaires, à Idron, puis au bureau d'un médecin psychiatre du Centre hospitalier spécialisé (Saint-Luc) où le juge Mirande a saisi des documents. Ce praticien de 61 ans, adepte de la psychothérapie de groupe, a été placé en garde à vue hier.
Recoupement
Incidemment, l'enquête a décelé une relation entre les deux psys de Pau et l'association Fraternité Notre-Dame, implantée à Fréchou (Lot-et-Garonne), répertoriée, elle, comme secte, et dont de "faux évêques", poursuivis pour abus de confiance, ont été condamnés par la cour d'appel d'Agen en 1991.
Les documents saisis et les auditions des personnes ciblées traduiraient, semble-t-il, le côté "sulfureux" de cette "médecine" fonctionnant en circuit fermé. S'agit-il d'un juteux fonds de commerce ? Les patients dirigés vers le Pérou par les pays (915 ¬ , soit 6000 francs, pour un stage de quinze jours, nourriture, hébergement et voyage en sus) en reviennent parfois plus déstructurés qu'au départ. Leur psy les reprend en main. Nouveau suivi. C'est le "cycle infernal".
À l'enquête de dire s'il y a des pratiques objectivement condamnables dans cette hallucinante nébuleuse subjective.
(1) Loi tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteinte aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales.
Sud Ouest, Mardi 2 juillet 2002, Jean-Paul CHAINTRIER
Une enquête a été ouverte pour une escroquerie qui pourrait s'apparenter à de la manipulation psychique.
L'affaire est née en 2000, après la plainte avec constitution de partie civile d'un Bigourdan, inquiet du comportement anormal, a ses yeux, de sa fille depuis qu'elle était suivie par une psychothérapeute de Pau.
La jeune femme, âgée de 25 ans, avait même fait part de son projet de se rendre dans un centre au Pérou, projet qui a été annulé en raison de la plainte de son père.
La brigade des recherches départementale de Pau a donc été chargée d'une enquête préliminaire par le parquet de Pau qui a décidé en avril, au vu des premiers éléments recueillis, d'ouvrir une information judiciaire pour escroquerie et abus frauduleux d'un état de sujétion par les dirigeants d'un groupement : une disposition de loi votée en 2001 qui vise à lutter contre les manipulations mentales et les groupes à caractère sectaire.
Les gendarmes sont ainsi remontés jusqu'à un centre installé au Pérou, dans la forêt amazonienne. Créé en 1992 par un psychothérapeute français, le "docteur" Jacques Mabit, il avait pour objectif initial la désintoxication des toxicomanes d'Amérique du Sud selon un traitement à base de plantes. Le centre Takiwasi, ou "La maison qui chante", s'est ensuite ouvert des patients désireux de suivre des séminaires d'évolution personnelle.
Ingestion d'hallucinogène
Une documentation disponible sur Internet précise que "cette expérience unique est puisée aux sources de la connaissance ancestrale .des guérisseurs de la forêt amazonienne au Pérou. La voie proposée exerce un travail profond sur le corps,.les émotions; le mental et l'esprit grâce à des techniques et des exercices de désintoxication, purification, régénération et harmonisation".
Le site ajoute que "la thérapie de Takiwasi est basée sur l'ingestion, lors de sessions rituelles, de plantes sacrées". La plante, appelée "Ayahuasca", est classée dans les produits stupéfiants par la législation française. Les scientifiques l'assimilent à un hallucinogène dont les effets sont analogues à ceux du LSD.
L'enquête des gendarmes a rebondi en France et les a amenés à se renseigner sur une association créée en 1991, l'Intitut français de recherches et d'expérimentation sur les thérapies traditionnelles. Le siège de l'IFRETT est installé à Nantes. Il propose des séminaires au centre "Takiwasi", dans le cadre de ses activités dites "new age".
Interpellations ciblées
Ainsi, un séminaire était-il prévu au Pérou du 8 au 18 juillet 2001 pour les 14-22 ans; avec une initiation au "breuvage Ayahuasca". Un autre, sur le "passage vers la vie d'adulte" était organisé sur dix jours : "la mise en condition rituelle et thérapeutique comprend trois prises d'Ayahuasca, en alternance avec trois jours de jeûne, pour un tarif de 5500 francs, hors voyage".
La nourriture était payable en sus.
Les membres de l'IFRETT ont été identifiés. Le 18 juin, le cabinet d'un psychiatre de Pau est perquisitionné. Le 24 juin, une opération de gendarmerie permet les interpellations ciblées de deux psychothérapeutes, l'ex-présidente domiciliée à Nantes, et la présidente en poste, demeurant a Lyon. Sont également placés en garde à vue le trésorier de l'Institut, un comptable à la retraite vivant aux Sables-d'Olonne et père de Jacques Mabit, et une psychothérapeute installée au château d'Idron.
Des liens avec une secte
Absent de Pau depuis plusieurs jours, le psychiatre dont le cabinet avait été perquisitionné a été placé en garde à vue, hier, dans les locaux de la brigade des recherches. Agé de 61 ans, le médecin exerce au centre hospitalier des Pyrénées, et est un adepte de la psychothérapie de groupe.
Lors de la perquisition, les enquêteurs ont découvert des documents liés à l'association "La fraternité de Notre-Dame". Installée au Fréchou en Lot-et-Garonne, cette association est classée comme secte dans le rapport parlementaire de 1996. Certains de ces membres, se présentant sous la qualité d'évêques, avaient été condamnés par la cour d'appel d'Agen en 1991.
A l'issue de sa garde à vue, le psychiatre a été laissé libre. L'enquête se poursuit maintenant. Elle va notamment vérifier si l'usage d' "ayahuasca" aurait permis une main-mise sur le psychisme de ses usagers, et si le médecin palois aurait usé de ses fonctions pour convaincre certains patients de se rendre au Pérou.
ISABELLE MAGNAVAL, dans La République des Pyrénées du Mardi 2 juillet 2002
Pau Enquête sur les dérives psychothérapeutiques
Lenquête sur le centre Takiwasi pourrait faire apparaître lexistence dun réseau de médecines parallèle
Limplication dun psychiatre du centre hospitalier des Pyrénées à Pau et dune psychothérapeute qui exerçait à Idron pourrait bien mettre à jour un réseau de pratiques de médecine parallèle.
Les gendarmes de la brigade des recherches de Paul ont commencé à démêler un écheveau qui pourrait les amener à entendre dautres psychothérapeutes installés sur Pau et sa région. Certains dentre eux se sont en effet rendus à Tarapoto, en haute Amazonie péruvienne, où est implanté le centre Takiwasi.
Ce centre, fondé par le docteur Jacques Mabit Bonicard, un médecin spécialisé en médecine tropicale et en naturopathie, accueillait à sa création en 1992 des toxicomanes qui cherchaient à se désintoxiquer par les plantes.
Il sest ouvert ensuite à des « patients » souffrant de troubles psychologiques, lors de séminaires d « évolution personnelle », dont le régime courant alterne jeûnes et absorption de breuvages à base de plantes. Parmi celles-ci, layahuasca, classée comme stupéfiant et dont les effets hallucinogènes sont proches de ceux du LSD.
Le Dr Mabit en Béarn
Depuis sa création, le centre Takiwasi a accueilli plus de 300 personnes, dont des Béarnais qui ont écouté les conseils du psychiatre et de la psychothérapeute.
Entendu par les gendarmes lundi, le médecin du CHP qui doit par ailleurs passer prochainement devant le conseil de lordre a déclaré navoir jamais incité ses patients à se rendre au Pérou. Mais à ceux qui lui en parlaient, il abondait dans le sens de cette thérapie, certes fort chère (plus de 760 euros, soit 5000 francs la semaine hors frais de voyage, dhébergement et de nourriture), mais bénéfique à son sens et quil avait expérimentée lui-même à deux reprises. Selon lui, layahuesca, dont il connaît les effets hallucinogènes, ne provoquerait pas daccoutumance.
Les enquêteurs ont aussi relevé le passage du Dr Jacques Mabit en Béarn le 22 juin. Il y a rencontré notamment des amis installés à Gelos, qui ont également participé à un séminaire au centre Takiwasi. Intervenant régulièrement dans des congrès internationaux traitant de naturopathie ou de toxicomanie, le médecin travaille par ailleurs sur le phénomène de mort imminente.
Quant à la psychothérapeute, elle aussi entendue dans le cadre de cette enquête pour escroquerie et abus frauduleux dun état de sujétion par les dirigeants dun groupement, elle a quitté les locaux quelle louait à Idron avec lintention de sinstaller dans les Landes.
Isabelle Magnaval, dans La République des Pyrénées, du 3 juillet 2002
NEBULEUSE PSY. Lenquête menée par les gendarmes de Pau sest focalisée sur le centre péruvien Takiwasi
Le psychiatre de lhopital spécialisé de Pau, placé en garde à vue lundi, dans le cadre dune information judiciaire sur les médecines parallèles, a été remis en liberté après son audition.
Les gendarmes de la brigade des recherches de Pau avancent méthodiquement dans ce dossier qui met en cause plusieurs psychothérapeutes (sans diplôme) groupés au sein dune association dont la présidente, psychothérapeute elle-même et astrologue, se trouve à Lyon. Leurs investigations ultérieures vont notamment sattacher à vérifier les informations selon lesquelles des personnes auraient été victimes de troubles graves (suicides ou tentatives, problèmes de santé, passage à un acte criminel) après avoir ingéré des substances hallucinogènes, en France, il y a deux ans, ou au Pérou à loccasion des séminaires proposés par un médecin dorigine vendéenne, Jacques Mabit.
Ce dernier, fondateur du centre Takiwasi, en Amazonie, véritable « fonds de commerce » articulé autour de la médecine naturelle, apparaît en effet dores et déjà comme le personnage clé de ce dossier où la justice flaire des escroqueries et de la manipulation mentale. Mais à travers les informations quil diffuse sur Internet, le médecin français, ex-membre de Médecins sans frontières, cautionne lhonorabilité de son entreprise en faisant référence à des subventions qui lui ont été accordées par le ministère français des affaires étrangères, la Communauté européenne et les Nations unies.
On comprend, dans ces conditions, quaprès avoir donné un premier coup de pied dans la fourmilière, les enquêteurs soient impatients dentendre Jacques Mabit. Qui, lui, ne semble pas pressé de les rencontrer
Dans Sud-Ouest Béarn et Soule, du 3 juillet 2002
Les gendarmes ont remis en liberté le psychiatre palois placé lundi en garde à vue. Ils s'intéressent beaucoup à son ami du Pérou
Le psychiatre du Centre hospitalier des Pyrénées de Pau (Saint-Luc), placé en garde avant-hier par les gendarmes de la brigade départementale des recherches, a été remis en liberté dès lundi soir. Ce médecin, au discours « d'illuminé », intéresse probablement moins les enquêteurs que son ami, le docteur Jacques Mabit, fondateur du centre Takiwasi au Pérou (lire SO d'hier).
C'est par l'intermédiaire d'un tiers que le psychiatre palois a fait la connaissance du docteur Mabit, aux Sables-d'Olonne (Vendée), berceau de la famille Mabit, en octobre 1999. Dans la foulée, il se rendit au Pérou, invité par son nouvel ami. Le mois suivant, le docteur Mabit vint à Pau participer à un colloque national des centres médico psychologiques organisé, à la Foire-Exposition, par la mairie de Pau et le Centre hospitalier des Pyrénées ; à cette occasion, devant 250 personnes, Jacques Mabit fit un exposé sur le thème a psychothérapie et pratiques chamaniques ».
Visions. L'an dernier, après avoir adhéré à l'association IFRETT (Institut français de recherche et d'expérimentation sur les thérapies traditionnelles) dont le siège se trouvait alors à Nantes, le psychiatre de l'hôpital Saint-Luc se rendit à nouveau en Amazonie pour séjourner au centre de Takiwasi. Sa femme ne le suivit pas. Mais, auparavant, elle avait participé, à Nantes, avec son mari, à un séminaire d'évolution personnelle analogue à ceux organisés par Jacques Mabit à Tarapoto. Le couple avait fait l'expérience des « visions » procurées par le produit interdit, l'ayahuasca, ingéré sur prescription du sulfureux médecin. Au Pérou, le psychiatre palois aurait « vu la Vierge Marie » lors de « visions imaginaires »... Visions qui, selon les patients, durent de deux à cinq heures.
Le psychiatre palois a manifestement adhéré aux recherches du docteur Mabit à l'efficacité desquelles il semble croire dur comme fer. Un Mabit qui s'est peut-être servi de lui comme caution morale.
Voire comme médiateur : il lui aurait demandé d'intervenir auprès du service français compétent pour intercéder en faveur de la réintégration du ayahuasca parmi les substances autorisées par la loi.
Explications. Mais plus que cet « adepte » que l'on peut présenter comme ayant été « roulé dans la farine», c'est Jacques Mabit, ex-membre de Médecins sans frontière, qui intéresse la justice. S'ils mettaient la main sur lui, les gendarmes lui demanderaient sans doute des explications sur ses curieuses pratiques. Sur les tarifs prohibitifs de ses séminaires.
Sur l'organisation de stages ouverts aux adolescents (filles et garçons âgés de 14 à 22 ans) au Pérou, mais aussi en France comme ce fut le cas en 2001. Stages au cours duquel de l'ayahuasca était « au menu ».
Bref, la nébuleuse à laquelle les gendarmes sont confrontés est tout simplement passionnante.
Elle montre en tout cas qu'il existe en Béarn, comme partout ailleurs en France, des proies faciles pour des réseaux semblables à ceux que cherche précisément à débusquer la loi de 2001 tendant à renforcer la prévention et la répression des mouvements sectaires portant atteintes aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales.
II ne faut pas s'étonner, dans ces conditions, à la lumière de tout ce que nous apprend aujourd'hui ce dossier, que Luc Jouret le gourou de l'Organisation du Temple solaire, soit passé à Pau : il aurait été vu à la table d'un homéopathe aujourd'hui décédé.
L'article consacré à la « Nébuleuse psy », dans SO d'hier, a inspiré à une de nos lectrices une réaction pertinente. Geneviève Michaud-Elain, psychologue clinicienne, psychothérapeute diplômée, adhérente au Syndicat national des psychologues ayant son siège 40, rue Blaise, à Paris (13,), fait observer que le terme générique de psy recouvre plusieurs sortes de psys et qu'il convient de ne pas faire l'amalgame.
- Le psychologue est un professionnel qui possède une formation universitaire spécialisée en psychologie. Il est généralement protégé par des organismes corporatifs ou des ordres professionnels.
- Le psychiatre est un médecin spécialiste. Le traitement des troubles mentaux graves est de sa compétence. Il peut prescrire des médicaments.
- Le psychanalyste utilise une des approches de la psychothérapie, la psychanalyse; il s'agit parfois d'un psychiatre ou d'un psychologue ayant une formation spécialisée.
- Le psychothérapeute est souvent un psychologue ou un psychiatre. Mais d'autres personnes, avec des formations différentes, peuvent porter ce titre qui n'est pas protégé par un ordre professionnel.
Autrement dit, il faut être prudent quand on choisit son psy : s'informer sur sa formation est capital.
Sud Ouest - Mercredi 3 juillet 2002
Dépêche AFP 17 h 10 le 14 octobre 2002
Après quatre jours de débats denses, la cour d'assises et le jury côte-d'orien se sont convaincus de la culpabilité de Jean-Pierre Tremel, 52 ans, à qui étaient reprochés des "viols et agressions sexuelles sur personnes vulnérables" dans le cadre de son activité de psychothérapeute. Il a été condamné à 10 ans de prison ferme, 10 ans d'interdiction des droits civils, civiques et de la famille, et a gagné la maison d'arrêt, comme l'exige la loi, à l'issue du verdict rendu à près de minuit mardi.
L'auteur présumé contestait les faits reprochés et ses conseils, Maître Jean-Hugues Chaumard (Dijon) et Maître Pierre-Olivier Sur (barreau de Paris) ont plaidé l'acquittement, mais les jurés ont suivi les conclusions de l'avocat général Bonnefoy qui a requis 10 ans de prison dans ce dossier complexe où l'issue ne pouvait se situer qu'entre un acquittement ou une condamnation.
L'accusé n'a jamais effectué de détention provisoire dans cette affaire pour laquelle il était sous contrôle judiciaire depuis le 18 décembre 1998.
Jean-Pierre Tremel, kinésithérapeute de profession - il a exercé jusqu'à ce verdict dans la capitale- gérait au moment des faits reprochés (entre novembre 1995 et février 1998) au centre ville de Dijon, dans le quartier du boulevard de la Trémouille, un cabinet "Le corps en devenir", et exerçait, outre la kinésithérapie, des activités d'ostéopathe et de psychothérapeute. C'est dans le cadre de cette dernière activité qu'il était accusé de viols, avec la circonstance aggravante que les deux victimes étaient, au moment des faits dans un situation de grande vulnérabilité, en raison des troubles psychologiques majeurs qu'elles rencontraient, qui motivaient d'ailleurs les consultations chez le "psy".
Il proposait une méthode de soins, issue, selon lui de la tradition orientale, selon laquelle les hommes âgées initiaient les jeunes filles aux principes sexuelles, dont il expliquait les bienfaits. Des méthodes, qui selon les victimes, et aujourd'hui selon la cour qui a jugé, sont allées bien au-delà de l'échange verbal à visée thérapeutique sur le divan du "psy".
Les débats se sont entièrement déroulés à huit clos et les victimes ont été longuement entendues sur les faits avant l'intervention de leur conseil respectif, Maître Marie-Christine Klepping, et Maître Max Majnoni d'Intignano. L'affaire avait débuté à l'automne 1998 par un signalement émanant de la préfecture à l'attention du parquet de Dijon.
Valérie ANTONIOL dans LE BIEN PUBLIC du 30 octobre 2002
Le "psychothérapeute" fait appel (Bien Public du 27 novembre 2002)
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Genève. Dans un tract, ils accusaient les prêtres catholiques de pédophilie
Trois responsables suisses de l'Association pour la dénonciation des prêtres catholiques pédophiles (Nopedo) ont été inculpés mardi dernier par la juge d'instruction genevoise Isabelle Cuendet. Diffamation, calomnie mais aussi discrimination raciale sont les délits reprochés à ces adeptes de la secte raélienne qui avaient distribué un trac invitant la population à "protéger" leurs enfants et à ne plus les envoyer au catéchisme, "les risques d'abus sexuels de la part de prêtres catholiques étant beaucoup plus grands que dans la population normale".
Le mouvement raélien, celui-là même qui prône le clonage humain ou le dialogue avec les extraterrestres, avait lancé fin avril son offensive en créant Nopedo, en distribuant des tous-ménages alarmistes sur le "milieu à hauts risques" constitué par les écoles catholiques et en inondant son site Internet d'affirmations sur la pratique sexuelle des prêtres "parfois protégés par l'évêque". La contre-offensive ne s'est pas fait attendre. Le 2 mai dernier, Me Nicolas Jeandin déposait une plainte pénale aux noms de Mgr Pierre Farine, évêque auxiliaire, de l'association catholique romaine de Genève, du Conseil pastoral cantonal et de 37 prêtres qui ont souhaité s'associer à la démarche.
Saisie de ce dossier depuis le mois d'août, la juge devait encore découvrir l'identité des responsables de Nopedo. Ce ne fut pas chose facile. Finalement, deux informaticiens, soit le président et le vice-président de Nopedo, ainsi qu'une secrétaire trésorière, domiciliés dans les cantons de Vaud et Valais, ont été débusqués et convoqués en début de semaine pour inculpation. Lors de cette audience, le principal responsable de l'association a déclaré que le tract avait été rédigé par Raël en personne, tout en affirmant être d'accord avec les propos publiés, et précisé que Nopedo avait également été créée à la demande de ce dernier. Un Raël qui se trouve au Canada et dont l'intéressé ignore s'il compte prochainement faire un passage en Suisse.
Discrimination raciale
Pour avoir accusé d'une manière générale et systématique les prêtres catholiques de pratiquer la pédophilie, les trois personnes ont été inculpées de diffamation et calomnie. La discrimination raciale s'ajoute car, souligne la juge, les propos en cause visent exclusivement un groupe de personnes en raison de leur appartenance religieuse. Une analyse à laquelle le défenseur des raéliens, Me Serge Milani, apporte déjà un bémol en rappelant que, sur dénonciation, un juge du Bas-Valais a déjà statué dans cette même affaire. Le caractère "inobjectif et haineux" de ces textes ne suffit pas à les rendre discriminatoires, ni à mettre en péril l'ordre public, relève son ordonnance tout en ajoutant que les propos ne s'adressent pas à tous les prêtres et n'excluent pas l'existence de pédophiles ailleurs.
LE TEMPS - Date de parution : Vendredi 14 décembre 2001 - Auteur : Fati Mansour
AFR, 3 décembre 2001
Dépêches AFP
Justice-secte Peines aggravées en appel contre 4 raéliens coupables de corruption de mineures
LYON, 24 janvier (AFP) La cour d'appel de Lyon a prononcé, jeudi, des peines aggravées de 18 mois de prison, ferme ou avec sursis, à l'encontre de quatre adeptes du mouvement raélien, reconnus coupables de "corruption de mineures" pour avoir imposé des relations sexuelles à des adolescentes de 15 ans.
La cour, qui rendait son jugement en délibéré, a estimé que, "prenant prétexte d'activités religieuses, les intéressés ont utilisé leur appartenance au mouvement raélien pour corrompre systématiquement de jeunes adolescentes introduites dans le groupe en raison de (aveuglement de leurs parents".
Le procureur de la République, ainsi que les quatre prévenus, avaient fait appel du jugement rendu par le tribunal correctionnel de Saint-Etienne.
F. D., un professeur d'éducation physique de 36 ans, et G. D., 30 ans, ont été condamnés à deux ans de prison, dont six mois avec sursis. Ils avaient été condamnés, le 12 mars 2001, à six mois ferme.
X. A., un agent commercial de 31 ans, et W. B., 33 ans, ont tous deux écopé de 18 mois avec sursis. En première instance, ils avaient été respectivement condamnés à 18 mois et un an avec sursis. La cour leur a enfin infligé à tous cinq ans d'interdiction des droits civiques, civils et de famille.
Les faits se sont déroulés en 1996 et 1997, lors de stages payants "d'éveil à la méditation sensuelle" organisés par la secte, au cours desquels était pratiquée une "exacerbation de la sexualité".
Basé au Québec, ce mouvement fondé et dirigé par un ancien journaliste sportif de 54 ans, Claude Vorilhon, dit Rael, avance Vidée que la vie sur terre a été génétiquement créée par des extra-terrestres. Il a été officiellement reconnu comme une secte par la commission d'enquête sur les sectes dans son rapport de 1996.
Pour la cour, la "débauche des mineures" a été "savamment mise en oeuvre" pour les "faire consentir à des relations sexuelles dès leurs 15 ans accomplis".
A la surprise générale, les jeunes victimes s'étaient rétractées lors de l'audience en correctionnelle, affirmant avoir été consentantes, ce qu'elles ont maintenu devant la cour d’appel. nd/sp
Gamaliel21
Brice Pedroletti dans Le Monde
ARTICLE PARU DANS L'ÉDITION DU 12.07.02
Le Parisien du Jeudi 25 juillet 2002
WASHINGTON, 30 sept (AFP) La société Clonaid, liée à la secte des Raëliens, a décidé d'étendre ses opérations à l'Afrique en créant un laboratoire de clonage humain à Abidjan, en Côte d'Ivoire, a-t-on appris lundi auprès de la société.
Le laboratoire sera opérationnel en janvier et des scientifiques africains sont actuellement formés aux procédures de clonage et à l'utilisation de la "machine à cloner" mise au point par des ingénieurs sud-coréens pour le compte de Clonaid, a-t-on indiqué de même source.
Cette machine, baptisée RMX 2010, permet de réaliser la fusion entre un ovocyte énucléé et le matériel génétique d'un donneur.
"Nous sommes très heureux de participer à la montée de l'Afrique dans ce nouveau siècle de technologies et d'avoir au sein de notre équipe internationale les compétences de scientifiques africains hautement qualifiés pour cette entreprise qui améliorera la vie des gens dans le monde, sans considération de leur origine, nationalité ou race", a déclaré le PDG de Clonaid, la chimiste française Brigitte Boisselier.
Ce laboratoire prétend répondre à la "demande croissante de clonage" sur le continent africain, a précisé Clonaid.
La secte des Raëliens a été fondée en 1973 par un ancien journaliste français, Claude Vorilhon, dit "Raël". Celui-ci, qui vit au Québec, se présente comme un prophète dans la lignée de Moïse ou Mahomet et affirme que le clonage permettra à l'humanité d'atteindre la vie éternelle.
Raël, qui dit compter 55.000 adeptes dans le monde, professe que la vie sur Terre a été établie par des extra-terrestres arrivés en soucoupes volantes il y a 25.000 ans et que les humains ont été créés par clonage.
La Croix du 2 octobre 20002
La dépêche du Midi 02-10-2002
CLONAGE HUMAIN
Alors que de nombreux spécialistes du clonage animal affirment que les tentatives de clonage d'un être humain sont vouées à l'échec, plusieurs grossesses viables obtenues après implantation d'embryons humains clonés sont actuellement en cours mais « il y a eu » aussi des fausses couches, affirme Brigitte Boisselier, PDG de Clonaid, une société de clonage humain liée à la secte des Raëliens.
« Oui, nous avons des grossesses viables, c'est-à-dire au-delà des trois mois », a indiqué la chimiste française dans un entretien téléphonique depuis ses bureaux de Las Vegas (Nevada).
Mme Boisselier a précisé que les implantations de blastocystes (embryons humains de quatre à cinq jours) avaient lieu depuis « février, mars » mais s'est refusée à donner de plus amples détails sur le nombre de grossesses en cours ainsi que sur leur état d'avancement.
Elle a admis aussi que des fausses couches étaient survenues ; « comme dans les fécondations in vitro ».
par Stéphanie PERTUISET
MONTRÉAL, 5 oct 2002 (AFP) La secte des Raëliens passait au Québec pour un groupe d'illuminés, croyant fermement aux extra-terrestres, au clonage humain et aux vertus de l'amour libre, jusqu'à ce qu'elle entame cette semaine une vaste offensive de propagande auprès des écoliers pour les convaincre de renoncer à la religion catholique.
Avant le début ou la fin des classes, les amis des Elohims (les puissants venus du ciel) se tiennent par quinzaine sur les trottoirs, devant des établissements scolaires ciblés, prenant soin de ne pas pénétrer dans l'enceinte pour ne pas violer les règles.
Aux adolescents qui passent, ils distribuent des tracts, "Moi, j'me débaptise !", et des croix noires en bois, pour qu'ils viennent les brûler lors d'un grand "feu de joie" dominical.
Leur message : les dirigeants catholiques ont trahi le message d'amour de Jésus, l'apostasie fera office de sanction. "En fait ce sont des hérétiques ! Ils essaient de nous convaincre en nous faisant croire qu'ils sont la solution de rechange au catéchisme", estime Maxime Dussault-Laurendeau, 16 ans, étudiant au prestigieux Collège Brébeuf.
Dans cet établissement privé de tradition jésuite, fier d'avoir vu passer sur ses bancs l'astronome Hubert Reeves ou l'ancien Premier ministre canadien Pierre Trudeau, la petite visite des Raëliens jeudi matin inspire plutôt aux jeunes de 12 à 20 ans des commentaires narquois.
"C'est simplement intéressant de voir comment ils ont inventé une sorte de thèse qui interprète les phénomènes de l'Ancien Testament, comme par exemple : si Moïse a réussi à faire ouvrir les eaux de la Mer rouge, c'est grâce à ses cheveux qui sont des antennes", raconte François Deschamps, 16 ans.
La direction de l'établissement, qui avait fait la veille dans les classes une tournée de sensibilisation aux sectes, n'a pas apprécié.
"C'est de la provocation pure et simple", affirme Diane de Champlain, directrice des communications. "Ils ne devraient pas dénoncer avec des panneaux publicitaires ce en quoi nous croyons fermement".
Inquiète des débarquements d'adeptes en début de semaine, la commission scolaire de Montréal (CSDM), qui supervise 200 écoles primaires et secondaires publiques, s'est tourné aussitôt vers les tribunaux pour tenter d'interdire le prosélytisme des Raëliens à proximité de ses établissements.
"Nous avons reçu beaucoup d'appels de parents très inquiets. Quand on invite à brûler des croix, on s'attend à de la violence", explique Robert Cadotte, président de la commission pédagogique de la CSDM, pour qui ce genre de pratiques évoque celles du Ku Klux Klan.
La secte fondée par le Français Claude Vorilhon, qui a trouvé au Québec un paradis pour y poser son quartier général, le Ufoland, à une heure de Montréal, se défend bien de faire du recrutement.
"On est conscient qu'on suscite de l'émoi, mais nous ne donnons aucune information sur la religion raëlienne", affirme Nicole Bertrand, "évêque" raëlienne.
D'ailleurs, dit-elle, son mouvement, qui fait ce que des groupes athés font dans d'autres pays, n'a obtenu aucune adhésion depuis le début de la grande campagne d'apostasie lancée au printemps par Raël, et dont les écoles ne sont qu'une étape, après les foires et les gayprides (journées de fierté homosexuelle).
L'Assemblée des évêques du Québec dénonce une offensive qu'elle voit comme "une incitation à la haine".
L'archevêché de Montréal reste pour l'instant discret, en assurant suivre de près ces agissements.
La Croix du 7 novembre 2002
Copies conformes, le clonage en question, NIL, 290 pages, 17,38 €.
Le Journal du Dimanche, 1er décembre 2002
L.E. dans la Croix du 27 décembre 2002
TRIBUNAL CORRECTIONNEL
Un bébé de 17 mois, en février 1997 à Chaumont, avait été sauvé in extremis après avoir été hospitalisé. Les parents, reconnus coupables, ont été condamnés à des peines d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve.
Le jugement a été rendu mardi en délibéré pour cette affaire qui avait largement défrayé la chronique en son temps, du fait de la gravité des faits et du statut d'élue municipale de Chaumont alors occupé par la mère.
L'enfant, à 17 mois, ne pesait que 6,3 kg lorsqu'elle avait été hospitalisée d'urgence, le 26 février 1997 à Chaumont, et elle se trouvait dans un état de dénutrition avancé. Son âge osseux était celui d'un bébé de 7 mois. La fillette, soignée et réalimentée, avait été sauvée in extremis et deux mois plus tard, comme l'a indiqué le président Guy Advenier, elle avait retrouvé un poids de 8,33 kg et pouvait marcher.
"Je ne savais pas, j'étais dans une impasse"
L'affaire avait été plaidée durant cinq heures à l'audience correctionnelle du 10 septembre (Le journal de la Haute-Marne du jeudi 12 septembre). La mère, Maria-Jésus-Thérèsa Hernandez, âgée de 39 ans, et le père, Lorenzo Sanchez-Perez, 36 ans, comparaissaient ce jour-là pour privation de soins ou d'aliments compromettant la santé d'un mineur de 15 ans par ascendant. Adepte de l'instincto-nutrition pas de cuisson, pas de transformation la mère avait imposé son régime à une enfant qui ne pouvait mâcher tous les aliments : "Vous l'avez laissé dépérir. Vous êtes allée voir le Dr Batier et vous n'avez absolument pas écouté ce qu'il vous disait", avait ajouté le juge. Dès que le mot "hospitalisation" était lâché, Maria Hernandez qui ne voulait entendre parler de médecine traditionnelle se refermait dans sa bulle : "Et jamais vous n'avez mis l'alimentation en cause » Jamais, non plus, la prévenue ne s'était renseignée : "Je ne savais pas, j'étais dans une impasse..."
Le père Lorenzo Sanchez-Perez, se nourrissait quant à lui normalement : "J'ai eu confiance et l'enfant aussi." Et il explique : "Tout s'est déclenché en trois semaines. Elle (l'enfant) ne voulait même plus boire d'eau". Le président : "Et vous n'avez même pas eu ce réflexe de dire : "Il faut aller à l'hôpital ?"
Le défenseur des parents, Maître Sylvie Cotillot, avait on s'en souvient plaidé une erreur d'alimentation, de diététique, écartant des débats la moindre ombre d'appartenance à une secte qui aurait pu subsister, comme il en avait été question à l'époque.
Le professeur de yoga relaxé
Un troisième personnage à la barre, Hervé Rousseau, professeur de yoga, était prévenu d'exercice illégal de la médecine parce qu'on lui reprochait d'avoir débouché le nez de la petite. Défendu par Maître Jacky Floriot, il a été relaxé.
Le dernier prévenu, Yves Batier, avait établi, pour la rentrée en maternelle du premier enfant du couple en septembre 1995, un certificat de contre-indication définitive aux différents vaccins, à la demande de la mère "qui avait tous les arguments anti-médicaux possibles". Mais il lui était aussi reproché, pour la cadette, de n'avoir pas dénoncé aux autorités administratives ou judiciaires la privation d'aliments infligée au bébé. Son avocat, Maître Gérard Bocquillon a estimé que son client avait pris la décision qui était la bonne "afin d'éviter un nomadisme médital des parents", et que c'était lui, par ailleurs, qui avait déclenché le passage chez un pédiatre et accéléré le processsus d'hospitalisation.
Trois ans de mise à l'épreuve
Maria Hernandez a été condamnée à deux ans d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve de trois ans avec obligation de soins, et Lorenzo Sanchez-Perez à 20 mois d'emprisonnement avec sursis et mise à l'épreuve de trois ans avec obligation de soins.
Yves Batier a été condamné à un an d'emprisonnement avec sursis.
Cyberpresse, 13 mai 2002 par Michème Ouimet
Pendant 12 ans, le gourou Roch Thériault a battu et torturé ses adeptes. Un film (1) raconte sa vie mais il effleure à peine sa violence inouïe et il tait l'ampleur de sa folie. Par contre, le livre (2) d'une ancienne adepte, Gabrielle Lavallée, décrit avec une insupportable minutie les sévices qu'il a infligés aux hommes, femmes et enfants qui vivaient sous sa coupe.
Thériault, que ses «brebis» appelaient Moïse, a formé une petite communauté qui vivait dans le bois, complètement coupée du monde, d'abord en Gaspésie puis en Ontario.
Thériault était un sadique. Il a opéré à froid de nombreux adeptes, tranché des testicules, ouvert un abdomen, arraché des dents avec des pinces, donné des coups de poing dans le ventre des femmes enceintes, labouré un visage avec un clou, lancé des bébés qui s'écrasaient sur les murs, agressé sexuellement des enfants et coupé le bras de Gabrielle Lavallée avec un petit couteau. Il recousait les plaies avec du fil et une aiguille.
À la lecture de ces horreurs, une question revient constamment sur les lèvres du lecteur: pourquoi les adeptes ont-ils enduré pendant des années une telle violence ? Gabrielle Lavallée y répond avec lucidité. «Il nous possède tous, nous sommes réellement sous le contrôle absolu de notre berger». Un peu plus loin, elle ajoute que «son esprit a littéralement été capturé, séquestré et enchaîné».
Moïse manipulait ses «brebis». Il leur disait que si elles le quittaient, elles brûleraient en enfer pour l'éternité. Elles le croyaient. C'est ça, une secte.
Évidemment, toutes les sectes ne mènent pas à de tels dérapages. Mais le cas de Thériault est-il si exceptionnel ? Faut-il rappeler les drames des Apôtres de l'Amour infini, de l'Ordre du Temple solaire, de la secte des Davidiens, à Waco, de l'Aoum au Japon, et du suicide collectif de Jim Jones, en Guyana ?
Toutefois, ce n'est pas cette violence folle qui caractérise les sectes. La vraie violence est plus subtile, plus insidieuse. Les gourous utilisent l'arme de la manipulation mentale pour maintenir leurs adeptes sous influence. Qu'est-ce qu'une secte ? Pour le gouvernement français, c'est «un groupement ou une association, de structure totalitaire, déclarant ou non des objectifs religieux, dont le comportement porte atteinte aux droits de l'homme et à l'équilibre social». Les sectes ne sont pas toutes identiques. Il y a les «sectes absolues», les plus dangereuses, comme l'Église de scientologie, et celles où «certains aspects du comportement sont inacceptables», comme les témoins de Jéhovah.
Il existe des comportements sectaires : l'emprise presque absolue du gourou, l'obéissance aveugle du groupe au chef, l'isolement des adeptes... Les sectes recrutent des gens fragiles. Gabrielle Lavallée, par exemple, a passé les trois premières années de sa vie dans un orphelinat et son père l'a agressée sexuellement. Elle cherchait un homme fort qui l'aimerait. Elle a rencontré Roch Thériault. Elle a été incapable de lui résister.
Que faire contre les sectes ? Imiter la France qui a adopté une loi, en juin 2001, qui facilite la dissolution d'une secte, aggrave les peines pour certains types d'effraction (exercice illégal de la médecine, tortures, etc.) et octroie des droits légaux aux ex-adeptes ? Peut-être. En attendant, le Québec devrait cesser de se montrer complaisant vis-à-vis des sectes. Au milieu des années 1990, le gouvernement a octroyé le statut de corporation religieuse à l'Église de scientologie et aux raéliens. Ce statut, qui ouvre la porte à des exemptions fiscales, leur donne un vernis de respectabilité. Cette fois-là, c'est le gouvernement qui s'est fait manipuler.
MOÏSE : L'AFFAIRE ROCH THÉRIAULT
L'ALLIANCE DE LA BREBIS, Gabrielle Lavallée, éditions JCL, 1993
Source : site de M Cossu
La Croix du 17 mai 2002
Un évêque catholique été mis à la porte de la Russie. Mgr Jerzy Mazur, de nationalité polonaise, évêque d'Irkoutsk en Sibérie l'un des quatre diocèses catholiques de Russie s'est vu retirer, vendredi 19 avril, son visa d'entrée et de séjour et reconduire à la frontière. Ce n'est pas le premier incident entre une Eglise orthodoxe toute-puissante dans la nouvelle Russie, courtisée par Vladimir Poutine, et l'Église catholique régulièrement accusée de "prosélytisme" en terre orthodoxe. Mais c'est la première fois depuis l'établissement, en 1991, de relations diplomatiques entre la Russie et le Saint-Siège, que Moscou défie directement le pape. Le Vatican proteste contre le viol par la Russie de ses engagements internationaux et des dispositions garantissant la liberté religieuse contenues dans le traité de la CSCE, signé en 1989.
Le diocèse de Sibérie est le plus vaste du monde : 10 millions de kilomètres carrés, mais la population catholique n'y est que de 50 000 fidèles sur 15 millions d'habitants. Avant l'évêque de ce diocèse, les autorités russes avaient déjà retiré son visa à un prêtre italien, le Père Stefano Caprio, curé de Vladimir (à 200 km de Moscou). Pour Mgr Tadeusz Kondrusiewicz, évêque de Moscou et chef de l'Église catholique de Russie, ces expulsions font partie d'une "campagne organisée".
Si le procès de "prosélytisme" catholique ou protestant est aussi ancien que l'ouverture des frontières de la Russie postsoviétique, la décision du Vatican, prise en février, d'ériger en quatre diocèses les quatre "administrations apostoliques", provisoirement mises en place en 1991 à Moscou, à Novosibirsk et Irkoutsk (Sibérie), à Saratov (Russie méridionale), est devenue une affaire d'État Sous la pression de ses députés ultranationalistes conduits par Vladimir Jirinovski, la Douma avait demandé au ministre des affaires étrangères de "cesser de donner des visas aux représentants du Vatican". C'est chose faite.
Pour le Vatican, la création de diocèses en Russie est "un acte administratif normal, motivé par la nécessité d'améliorer l'assistance pastorale aux catholiques présents dans cette vaste région". Même si elle reste modeste (600 000), la présence catholique dans ce pays est bien antérieure à l'avènement de la nouvelle Russie. Elle s'est accrue au XXe siècle à la suite des déportations staliniennes et des déplacements autoritaires de populations (notamment en Sibérie). l'Église catholique n'a aucun objectif d'expansion missionnaire, assure le Vatican, qui fait malicieusement valoir que, dans l'entre-deux-guerres, les émigrés de Russie en Europe occidentale ne s'étaient pas privés de créer des diocèses à part entière à Vienne, à Berlin ou à Bruxelles. À l'exemple de ce que fait l'orthodoxie russe en Occident, l'Église romaine revendique de pouvoir fonder librement ses paroisses et ses diocèses pour répondre aux besoins de fidèles dispersés sur l'immense territoire russe.
70 ans de persécutions
Les racines du conflit sont plus profondes. Sortie exsangue de 70 ans de persécutions soviétiques, divisée entre ses tendances ultranationaliste et réformiste, l'Église orthodoxe de Russie perçoit avec hostilité toute arrivée de "missionnaires" étrangers, sans faire de différence entre les baptistes ou pentecôtistes américains, les sectes multinationales ou les catholiques romains. Sous la présidence Eltsine, elle avait même obtenu le vote d'une législation garantissant le monopole historique de l'orthodoxie en Russie et l'interdiction des "nouvelles religions". Adoptée en 1997 par la Douma, cette législation avait été assouplie sur la pression des Etats-Unis et du Vatican, mais les associations religieuses qui n'ont pas plus de quinze ans d'ancienneté restent soumises à un strict régime d'autorisation légale.
Par ses moyens financiers, par la notoriété de ses ordres religieux et le dynamisme de ses associations éducatives et sociales, le catholicisme a marqué des points en Russie depuis dix ans. Mais le Vatican se défend de vouloir "convertir" les orthodoxes. Les nouveaux catholiques de Russie proviennent de milieux éloignés de toute religion. Ce sont eux qui entrent en contact avec l'Église catholique et demandent à y être baptisés. Et Rome ajoute que l'orthodoxie aurait tout intérêt à coopérer avec une Église catholique, bien organisée localement, pour faire face ensemble à une entreprise autrement plus menaçante en Russie: une "nébuleuse" de sectes en pleine croissance.
"Forcing" du Pape
Ces arguments n'ont aucune chance de convaincre le patriarcat de Moscou, ni aucun des responsables orthodoxes dans le monde. Ceux-ci persistent dans leur critique d'un pape qui presse les orthodoxes de favoriser l'union et qui, dans le même temps, prend des décisions unilatérales, comme la création de diocèses en Russie, au nom d'un "universalisme catholique" qu'ils contestent. Ils précisent que l'installation d'évêques orthodoxes en Europe occidentale a toujours été précédée par des échanges bilatéraux avec les Églises « historiques » (catholique, protestantes) et n'est présente dans ces pays que pour assister des fidèles immigrés, non pour entretenir des rapports de concurrence avec des Églises en place. Ainsi les diocèses orthodoxes d'Europe occidentale ne sont-ils pas rattachés à un siège précis : il n'y a pas d'évêque orthodoxe dé Paris ou de Marseille, comme il y a un évêque catholique à Moscou !
Le "forcing" du pape, qui poursuit obstinément son rêve d'aller à Moscou, braque de plus en plus l'orthodoxie. Chacun de ses voyages dans les pays de tradition orthodoxe, comme la Géorgie et la Roumanie en 1999, la Grèce et l'Ukraine en 2001, avait donné lieu à des polémiques. Son dernier déplacement à l'étranger, en septembre, l'a encore conduit dans deux Républiques ex-soviétiques, l'Arménie et le Kazakhstan. Et son prochain voyage, en mai 2002, est destiné à un autre pays orthodoxe : la Bulgarie ! Comme pressé par le temps, Jean-Paul II semble résolu à aller de l'avant, à ne plus tenir compte de la règle du jeu oecuménique imposée par l'orthodoxie russe, en particulier, qui semble reporter toute reprise du dialogue au jour où les divisions historiques, théologiques, politiques seront toutes surmontées.
On a longtemps dit et écrit qu'à titre personnel, le patriarche Alexis II n'était pas opposé à une visite de Jean-Paul II, mais devait tenir compte de l'hostilité anti-occidentale de sa "base". Après les attentats du 11 septembre, beaucoup avaient imaginé que la nouvelle donne internationale contribuerait à changer les mentalités et à déverrouiller la porte de Moscou. Le pape a fait plusieurs fois le tour de la planète et demandé pardon aux orthodoxes pour toutes les fautes commises par l'Église d'Occident. Il se défend de tout prosélytisme et dialogue avec les représentants de toutes les religions non chrétiennes (Assise). Mais il reste interdit de séjour dans l'une des plus grandes capitales chrétiennes du continent européen. Le récent clash à propos de la création de diocèses et l'expulsion d'un évêque n'est pas de nature à lui faciliter la route.
Henri Tincq, dans le Monde du 24 avril 2002
Église d'Orient. Les autorités russes n'ont pas permis à l'évêque polonais d'Irkoutsk (Sibérie) de revenir dans son diocèse. La tension montre entre les catholiques et orthodoxes.
Les quelque 500 000 catholiques russes sont inquiets. Et pour cause. Depuis la décision controversée du Vatican de créer en février dernier quatre diocèses en Russie, la tension est montée d'un cran avec les orthodoxes, alors que les tracas administratifs et les expulsions de responsables religieux se sont, comme par enchantement, multipliés.
Vendredi, ce fut au tour de l'évêque Jerzy Mazur, un Polonais à la tête de l'un des quatre diocèses russes, de faire les frais de la politique "revancharde" des autorités locales, selon les mots d'un responsable catholique. À son arrivée à l'aéroport Cheremetievo de Moscou de Moscou, après un séjour en Pologne, Mgr Mazur, en poste depuis 1998 à Irkoutsk (Sibérie), a appris qu'il figurait sur la "liste noire" des persona non grata en Russie. Il a dû rebrousser chemin, laissant sans pasteur un diocèse de quelque 50.000 fidèles. Outrée, l'Église catholique russe a annoncé, lundi, avoir l'intention de porter l'affaire de Mgr Mazur devant les tribunaux. Une affaire dans laquelle l'Église orthodoxe russe a nié toute implication. Cette expulsion est intervenue un mois après celle de Stefano Caprio, un prêtre italien dont le visa de séjour a également été confisqué à l'aéroport Cheremetievo pour des raisons inexpliquées.
"Les catholiques russes ont l'impression qu'une vaste campagne est en cours en Russie contre leur communauté, une campagne à laquelle participent les autorités russes", estime Igor Kovalevski, secrétaire général de la Conférence des prêtres catholiques en Russie.
L'agence de presse du Vatican, Fides, a de son côté réagi en qualifiant ces confiscations "de violation des droits constitutionnels à la liberté de conscience des citoyens russes" (lire La Croix du 22 avril). Quant au président de la conférence épiscopale russe, l'archevêque Tadeusz Kondrusiewicz, il a dénoncé depuis la Suisse une "campagne organisée" contre son Église.
Les orthodoxes accusent le Vatican de prosélytisme
Outre ces confiscations de visa, les catholiques ont notamment vu, début avril, la construction d'une église à Pskov (nord-ouest de la Russie) suspendue, faute d'avoir "présenté tous les papiers nécessaires", selon les autorités régionales. Enfin, un député centriste pro-Kremlin a présenté, la semaine dernière, un projet de résolution devant être examiné prochainement par la Douma (Chambre basse de 450 députés) et qui demande au président Vladimir Poutine d'interdire l'Église catholique russe.
Les orthodoxes reprochent notamment au Vatican de se livrer à un "prosélytisme agressif" et de chercher à profiter des "faiblesses matérielles et spirituelles" de leur Église, minée par soixante-dix années de répressions soviétiques, mais qui reste largement majoritaire en Russie (environ 80 % des 144 millions d'habitants). Les griefs des orthodoxes concernent également l'Ukraine où les Uniates, des catholiques de rite oriental, sont accusés d'avoir repris au début des années 1990, parfois manu militari, des églises qui leur avaient été confisquées à l'époque stalinienne.
Face à ces rancoeurs tenaces, le rêve de Jean-Paul II de visiter un jour la sainte Russie semble bien s'éloigner. Car si les attentats du 11 septembre ont contribué à rapprocher, parfois de façon spectaculaire, la Russie et les pays occidentaux, les Églises de Rome et de Moscou, d'Occident et d'Orient, demeurent, elles, plus que jamais opposées.
Sylvie BRIAND, dans la Croix du 23 avril 2002
La Croix du 24 juin 2002
La Croix du 19/08/02
La Croix du 30 août 2002
La Croix du 11 septembre 2002
Isabelle de GAULMYN dans la Croix du 12 septembre 2002
La Croix du 13/09/02
La Croix du 14 novembre 2002
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Le Monde du 26 mars 2002
LES MEMBRES de l'association Non à la drogue, oui à la vie, parrainée par l'Église de scientologie ont préféré la rue du Général-Leclerc au parvis de la cathédrale pour distribuer leurs tracts. Dérangés par les rondes de la police municipale autour de la cité Bossuet, les huit membres de la secte, qui voulaient à l'origine installer leur stand au pied de la cathédrale, ont investi la rue piétonne samedi en fin de matinée pour "recruter" de nouveaux adeptes. Sans mentionner leur appartenance à la secte, ils ont distribué des brochures d'information sur le cannabis, l'ecstasy et l'héroïne, et ont fait signer une pétition contre la drogue.
Le Parisien - Lundi 17 décembre 2001
PROVOCATION pour les uns, atteinte aux libertés pour les autres… Les scientologues n'hésitent plus à avancer à visage découvert. Aujourd'hui, entre 11 heures et midi, des membres de l'association Non à la drogue, oui à la vie, parrainée par l'Église de scientologie, tiendront un stand... au pied de la cathédrale de Meaux. Le 17 février, une action du même type avait déjà été organisée à La Ferté-sous-Jouarre. Officiellement, l'association Narconon poursuit un but honorable : la lutte contre la drogue. Elle distribuera notamment des brochures d'information et de prévention sur le cannabis, l'ecstasy, l'héroïne... ainsi qu'un guide pratique intitulé "Drogue et enfants que faire ?" Mais il n'échappera à personne que ses membres appartiennent à l'Église de scientologie, classée comme secte dans un rapport de l'observatoire interministériel. Un statut que rejette leur porte-parole, Agnès Bron. "Sous la plume de Jean-Paul Geoffroy, le ministère de l'Intérieur souligne que le rapport annuel de l'observatoire interministériel sur les sectes ne constitue qu'un élément d'information et de proposition et n'a aucune valeur normative", précise-t-elle. Ajoutant : "La scientologie est attaquée car elle remplit des vides. Elle est notamment la seule à sauver les gens de la drogue. 250.000 personnes chaque année. Evidemment, ça déplaît aux grands laboratoires pharmaceutiques". Des affirmations qui n'ont pas manqué de déclencher une avalanche de réactions locales. Tout d'abord celle de Jean Calvet, du Sajed 77 (service d'aide aux jeunes en difficulté) : "C'est de l'escroquerie thérapeutique. Ces apprentis sorciers se servent de la lutte antidrogue pour installer une vitrine avancée de la scientologie".
"Du prosélytisme indirect". Pour Jean-Marie Baudry, secrétaire général national du CCMM (Centre contre les manipulations mentales), c'est purement et simplement "de la provocation !". "Ce prosélytisme indirect est scandaleux. Je vais écrire au préfet. L'étau juridique se resserre sur les scientologues. C'est un baroud d'honneur". A l'évêché, le chargé de communication est littéralement estomaqué. Lui aussi parle de "provocation !", avant de conclure : "Je vais prévenir l'évêque". Quant au premier adjoint du maire de Meaux, Ange Anziani, il fait remarquer que "cette association n'ayant demandé aucune autorisation pour installer son stand, il n'y aura pas de stand". Et d'ajouter : "Je donnerai des consignes. Il n'est pas question de cautionner ce type de distribution".
Si vous voulez vraiment aider un proche à sortir de la drogue, vous pouvez contacter le Sajed 77 : tél. 01.64.61.76.75. CCMM (Centre contre les manipulations mentales) : tél. 01.53.98.73.98.
Gilles Cordillot - Le Parisien, samedi 15 décembre 2001
Edicom, 18 décembre 2001 [Texte intégral]
APRÈS PLUS DE deux années de combat, Pierre Schapira, adjoint socialiste au maire du IIe arrondissement, et bon nombre d'habitants peuvent s'estimer heureux. Le local de la Scientologie, association reconnue comme secte par la mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS), sis jusqu'à lundi au 65, rue Greneta, a finalement été vendu à une association de proximité, la Clairière : "On a eu les clefs mardi midi, et nous allons en faire un espace numérique gratuit pour les personnes en difficulté", explique la présidente, visiblement satisfaite, avant de confier qu'"on a été plus vite qu'eux". Pour Pierre Schapira, c'est un pavé dans la mare d'une secte en pleine expansion dans Paris : "La Scientologie est arrivée en fin de bail le mois dernier. La Clairière a tout de suite proposé sa candidature à la reprise des locaux, et a fait une offre. La Scientologie a proposé le double, les propriétaires ont un peu hésité, et puis, finalement, ils ont vendu à l'association qui veut créer un espace numérique", explique l'élu. Avec un comité d'habitants, Pierre Schapira avait recueilli plus de 2 000 signatures favorables au départ de la secte de la rue Greneta. l'Église de scientologie d'lle-de-France, qui possède bien plus de dix adresses dans la capitale, se défend pourtant d'avoir cherché à acquérir le local : "Nous n'étions pas intéressés parce que ce local est trop petit, et il ne cadre plus avec notre stratégie d'expansion. Nous voulons un lieu où l'on peut réaliser une exposition permanente, dans une rue plus passante que la rue Greneta", assurent les dirigeants de la secte. Avant de s'en prendre nommément à Pierre Schapira : "Il nous a ressorti sa pétition poussiéreuse, c'est scandaleux !" Un autre membre de la secte considère pour sa part que l'élu PS est "un opportuniste, qui préfère sans doute qu'il y ait des sex-shops dans son arrondissement". Au-delà d'une polémique locale, la secte aura à s'expliquer de ses activités en février prochain devant le tribunal correctionnel de Paris, où elle est convoquée pour "tentative d'escroquerie" et "atteintes aux droits de la personne résultant des fichiers".
Arnaud Murati, Le Parisien, jeudi 13 décembre 2001
Marianne Gomez, dans la Croix du 21 février 2002
Tribunal correctionnel de Paris – 13ème chambre
QUELQUES TRACTS, une revue mensuelle et des prospectus contenant « des promesses irréalisables voire chimériques », comme le précise l'ordonnance de renvoi. Tout ce matériel publicitaire a atterri dans les boîtes aux lettres d'un ancien adepte de la Scientologie et de deux autres personnes, qui avaient pourtant notifié par écrit leur volonté de ne plus figurer dans les fichiers de l'association : ces faits valent à l'Association spirituelle de l'Église de scientologie d'Ile-de-France (Asesif) de comparaître, jeudi 21 et vendredi 22 février, devant la 13ème chambre du tribunal correctionnel de Paris. Et ils pourraient bien entraîner, à terme, la dissolution de cette association, sans possibilité de reconstitution.
C'est en effet la première fois que cette entité juridique, qualifiée de « secte » par le rapport parlementaire de 1995, est mise en examen et jugée en tant que personne morale. La loi About-Picard, promulguée le 12 juin 2001, prévoit la possibilité de dissoudre une personne morale ayant fait l'objet de deux condamnations définitives. Si la Scientologie d'Ile-de-France était condamnée définitivement dans cette affaire, une deuxième condamnation suffirait donc à la faire disparaître.
Deux prévenus ont comparu à la barre, jeudi 21 février : Marc Walter, président de l'Asesif, et l'association, représentée par son mandataire, Bernard Michel. Tous deux sont accusés de « traitement d'informations nominatives », de publicité mensongère, de « manśuvres frauduleuses » et d'« entrave à l'action de la Commission nationale de l'informatique et des libertés » (CNIL). C'est en effet la CNIL qui a saisi le parquet de Paris. L'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi) s'est portée partie civile.
Pour son président, l'Asesif est une association religieuse qui a pour but « l'émergence et le développement du cycle d'état d'être spirituel » . Lui-même se présente à la barre comme un « ministre du culte ». Traits émaciés sous une chevelure grise, il s'applique à n'utiliser qu'un vocabulaire strictement religieux : les adhérents sont « des paroissiens », les tracts « des informations de doctrine religieuse » et les cours de formation « des conseils pastoraux ». « Tout client qui achète un livre dans notre librairie est informé sur la facture que ses coordonnées sont cédées à l'association, déclare-t-il. Il suffit d'envoyer un courrier pour être rayé. » La présidente, Anny Dauvillaire, le coupe « Cela n'a pas été fait en l'espèce ! » « Simple retard dans la mise en application », concède le prévenu.
« UN CRASH INFORMATIQUE »
Pourtant, au cours d'une perquisition menée au siège parisien de l'association, la police a trouvé le nom d'un des plaignants sur le disque dur d'un ordinateur. Marc Walter se lance dans un cours d'informatique. D'où il ressort que quelques noms ont pu rester sur le disque dur, « coincés entre deux programmes ». Et que la police n'a pas saisi le bon fichier. L'ordinateur emporté servait seulement à la formation. Le vrai ordinateur ne contenait plus le nom des personnes rayées à leur demande.
Le « ministre du culte » ponctue son propos de formules polies, débitées sur un ton mécanique : « excusez-moi », « c'est correct ». La présidente s'impatiente : « Pourquoi le plaignant a-t-il reçu du courrier un an et demi après avoir été radié ? » Marc Walter reprend ses explications : « Nous avons été victimes d'un crash informatique. Toute la base informatique a été perdue. Quelqu'un a dû trouver quelque part une vieille disquette... »
Roger Gonnet a une autre version de l'affaire. Ce témoin, cité par les parties civiles, a été le directeur de la Scientologie à Lyon, de 1975 à 1982, avant de rompre avec elle. Il affirme qu'un règlement de Ron Hubbard, le fondateur de l'organisation, prévoit qu'on ne doit «jamais effacer un nom du fichier central». « C'est une règle religieuse et intemporelle, qui ne s'applique pas à ce cas », rétorque M. Walter. Il y a aussi le contenu de ces tracts. Ils promettent « le facteur unique qui résoudra tous les cas, y compris le vôtre ». Selon M. Walter, « toutes les religions font du prosélytisme ».
La présidente l'interroge sur le prix des cours. « Pas plus de 100 000 francs, pour une période de cinq à six ans. Soit près de 20 000 francs par an. Ce n'est pas cher, si vous comptez que la formation d'un séminariste coûte 85 000 francs à l'Église catholique ! » M. Gonnet avance d'autres prix. Pour lui, l’heure de cours peut coûter 3 000 francs. Et, avant d'atteindre le niveau envié d'OT 8 dans l'organisation, il faudra débourser au minimum 2,4 millions de francs. Les parties civiles citent un autre témoin qui a passé quinze ans en Scientologie, avant de la quitter. Il affirme avoir été manipulé, obligé de divorcer. En tout, il aurait déboursé 300 000 francs. « Notre religion prêche la paix entre les hommes, s'impatiente le président de l'Asesif. Mais il y a des limites à la tolérance envers les personnes qui veulent nous détruire».
Le procès devait se conclure vendredi 22 février avec l'audition des témoins de la défense et les plaidoiries.
Le Monde - Xavier Ternisien
La Croix du 15 février 2002
La Croix du 13 février 2002
La Croix du 06.02.2002
PROCÈS Pour la première fois, le parquet a suggéré la dissolution d'une antenne de la scientologie, accusée de tentative d'escroquerie
Le tribunal correctionnel de Paris s'est donné jusqu'au 17 mai pour trancher sur la culpabilité de Marc Walter, président d'une antenne parisienne de la scientologie, l'Asesif (Association spirituelle de l'Église de scientologie d'Ile-de-France), et de l'association elle-même, jugée en tant que personne morale. Avec une mission particulière confiée par le parquet, à l'issue de deux jours d'audience jeudi et vendredi derniers : "réfléchir" à la dissolution de cette association, sachant que la loi autorise dorénavant cette sanction, si une tentative d'escroquerie a été établie et que l'association "a été créée dans ce but". C'est la première fois qu'une telle menace a pu être évoquée devant une juridiction française.
Marc Walter et l'Asesif étaient poursuivis pour fraude à la loi informatique et liberté, à la suite de la plainte de trois personnes ayant continué à recevoir des courriers de la scientologie, malgré leur demande expresse de radiation des fichiers. Cette infraction s'accompagne, pour l'instruction, de tentatives d'escroquerie, ces courriers faisant état de "promesses irréalisables, voire chimériques", moyennant l'achat d'ouvrages et de cours de formation toujours plus coûteux.
À l'issue de deux jours d'audience, la représentante du parquet a considéré que la fraude informatique était constituée, même si les courriers incriminés émanaient d'autres entités que l'Asesif, basées au Danemark et aux Etats-Unis. Le parquet estime surtout que ces courriers promettaient des résultats trompeurs, grâce à des techniques toujours payantes constituées de formations "dont le coût peut aller jusqu'à 400 000 dollars" (460 000 € environ). Pour l'accusation, si "le mouvement scientologique affiche une finalité religieuse, son but réel semble bien être essentiellement financier".
Ces arguments ont été développés, sur un mode plus affirmatif, par les avocats des parties civiles, dont Maître Olivier Morice, conseil de l'Union nationale des associations pour la défense des familles et de l'individu (Unadfi).
Pour la défense de Marc Walter, Maître Patrick Maisonneuve a plaidé "les erreurs techniques" concernant les courriers, affirmant que les demandes de radiation des fichiers avaient bel et bien été transmises aux autres entités de la scientologie, dont les fautes ne pouvaient être imputées à son client. Réfutant l'accusation de "prosélytisme à tout crin", il a par ailleurs noté le faible nombre de plaintes enregistrées en la matière.
La défense nie la fraude comme l'escroquerie
Plaidant contre la dissolution de l'Asesif, le bâtonnier Jean-René Farthouat a considéré pour sa part que "rein dans le dossier ne permettait de dire que l'église de scientologie était par elle-même une escroquerie". "Qu'on y adhère ou non, la scientologie a une doctrine, même si elle est imprégnée d'un pragmatisme typiquement américain".
Les promesses de bonheur ? "Elles appartiennent aussi à la tradition chrétienne". Son caractère mercantile ? "On paye pour faire dire des messes et naguère on payait des indulgences pour gagner des années de purgatoire". Quant aux "formations" prodiguées par des personnes n'ayant aucune compétence en psychologie, Maître Farthouat a rappelé que la pratique de la psychanalyse n'était encadrée en France par aucune réglementation. Ni fraude ni escroquerie : les avocats de la défense ont donc plaidé la relaxe.
Emmanuelle RÉJU dans La Croix 25/02/02
La Croix du 2 mai 2002
Solenn de Royer, dans La Croix du 21 mai 2002
La Croix du 17 mai 2002
La Croix du 20 juin 2002
La Croix du 24 juin 2002
La Croix du 26 juin 2002
On n'oubliera pas que John Travolta est surtout "grand ambassadeur" de la Scientologie... !
La Croix du 22 juillet 2002
La Croix du 24 juillet 2002
La Croix du 31/07/02
SECTES. Deux instructions ouvertes respectivement en 1983 et en 1989 à Paris tombent sous le coup de la prescription
L'affaire des dossiers disparus de la scientologie vient peut-être de connaître son épilogue judiciaire. Coup sur coup, deux procédures ouvertes en 1983 et 1989 ont en effet été déclarées prescrites par la juge en charge du dossier, Colette Bismuth-Sauron. La suite des événements dépend maintenant de l'issue de l'appel formé par le parquet et par Me Olivier Morice, avocat de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi), partie civile dans ce dossier.
C'est une procédure rocambolesque qui se referme. En octobre 1998, deux tomes et demi d'un dossier d'instruction visant la scientologie se volatilisaient au parquet de Paris. L'affaire concernait des plaintes déposées en 1989 pour escroquerie et exercice illégal de la médecine. Dix-huit mises en examen avaient été effectuées, dont celle de la porte-parole de l'église de scientologie pour l'Île-de-France, Danièle Gounord.
Puis au fil des ans, l'instruction menée par la juge Marie-Paule Moracchini s'était assoupie. Certains plaignants s'étaient laissés convaincre de négocier avec la scientologie plutôt que poursuivre dans la voie judiciaire. Les actes d'instruction s'étaient raréfiés. Jusqu'à ce que l'on découvre la disparition d'une partie du dossier.
Branle-bas de combat. Car sans ces pièces, la chambre d'accusation, appelée à statuer sur le renvoi du dossier en correctionnelle, est dans l'incapacité de le faire. Selon Me Olivier Morice, ces pièces contiennent la preuve que des actes interruptifs de prescriptions (lettres, convocations...) ont été effectués. C'est essentiel, car si à l'inverse les parties civiles n'ont rien demandé entre 1993 et 1997, l'affaire tombe sous le coup de la prescription.
Sous le coup du scandale, la magistrate est remplacée
Le scandale est tel qu'en octobre 2000, la juge Moracchini est dessaisie de l'enquête et remplacée par Colette Bismuth-Sauron. C'est elle qui dans une ordonnance en date du 26 juillet, vient toutefois de donner raison aux avocats de plusieurs mis en cause. Elle constate que « si toutes les pièces disparues n'ont pu être reconstituées, elles sont identifiées dans leur nature » et qu'il « n'apparaît pas que ces pièces puissent avoir un effet interruptif de prescription ». Par conséquent, aucun des mis en examen n'est plus poursuivi, conclut la juge alors qu'une autre procédure, remontant à 1983, avait déjà été déclarée prescrite le 12 juillet.
Marianne GOMEZ, dans La Croix du 1er août 2002
Les réactions
À l'annonce de la décision, la scientologie d'Île-de-France a parlé d'une « nouvelle victoire» sur un dossier qui « était de toute façon vide de tout fondement ». Me Olivier Morice, l'avocat de l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu (Unadfi), a déploré la "négligence" avec laquelle cette affaire avait été instruite.
Le Monde du 1er août 2002
Classée dans le catalogue des sectes par deux enquêtes parlementaires (1995/1999), l'église de Scientologie n'en poursuit pas moins en France un travail de prosélytisme. Via une association régie par la loi 1901 qu'ils ont créé, « La Commission des citoyens pour les droits de l'homme » (CCDH), les scientologues ont entrepris depuis plusieurs mois une vaste opération pour s'approprier les rapports départementaux des commissions des hospitalisations psychiatriques. Objectif annoncé : identifier puis dénoncer les cas de personnes qui auraient été internées contre leur gré.
Dans un communiqué, dès le 12 juillet 1999, la Ligue des Droits de l'Homme, s'insurgeait contre « un sigle et une dénomination entretenant une confusion intolérable », et dénonçait également le fait que « l'Église de Scientologie prend systématiquement à partie le corps médical, particulièrement les psychiatres ».
De fait, la CCDH s'est illustrée en manifestant devant (hôpital psychiatrique Charcot dans les Yvelines (octobre 2001) et, en janvier dernier, en placardant des affiches « Psychiatrie = danger » dans les quartiers toulousains sinistrés par AZF.
REFUS DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION
Dans le droit fil de ces démarches, l'association émanation de la Scientologie a exigé auprès de son président tarnais la transmission du rapport d'activités de la commission départementale des hospitalisations psychiatriques. Celui-ci, le juge d'instance albigeois Jean-Marc Anselmi, a adressé une fin de non-recevoir, usant de son droit (et de son devoir pénal) de refus, dans l'intérêt des personnes. Toutefois, la loi a prévu que ce rapport avait un caractère « public ». Les scientologues, comme ils le font dans tous les départements où ils essuient un premier échec, ont donc fait appel au tribunal administratif; ils s'appuient alors sur une décision de la Commission nationale d'accès aux documents administratifs (CADA) qui leur a donné raison (sur la forme). C'est la Direction départementale des affaires sanitaires et sociales du Tarn qui a donc été « sommée » de livrer le rapport. « Il sera - dit-on discrètement édulcoré de tous les éléments qui permettraient d'identifier les personnes, ne serait-ce que pour des questions de secret médical. » Une pratique qui vise d'évidence à protéger des personnes fragilisées, et donc éventuellement très perméables aux influences de courants sectaires.
D'ailleurs la loi du 27 juin 1990, qui conduira à la création de « commission départementale des hospitalisations psychiatriques », n'a pas d'autre objet, puisque « relative aux droits et à la protection des personnes hospitalisées en raison de troubles mentaux et à leurs conditions d'hospitalisation ». Quoiqu'il en soit, le directeur de la DASS, Roger Allouch, confirme bien « qu'un rapport sera transmis ». Serge BOULBES
Association créée en 1974 par la Scientologie
La création de l'association « Commission des citoyens pour les droits de l'homme » a été publiée au journal officiel le 14 décembre... 1974 ! La dernière mise à jour de ses statuts datant toutefois du 24 mars dernier.
« CCDH est une association loi 1901 fondée par l'église de scientologie pour enquêter sur les violations des droits de l'homme par la psychiatrie et pour les dénoncer », stipule au bas de ses pages de correspondances l'association. Ses buts se déclinent en 21 points, mais affichent d'emblée une vocation : ces « points s'appliquent plus particulièrement au domaine de la psychiatrie et de la santé mentale ». Le siège actuel se trouve 5, rue Jules César à Paris. La porte mitoyenne abrite le siège de l'Association spirituelle de l'église de scientologie. Un lien « familial » sur lequel d'ailleurs l'un des responsables de la CCDH, Christian Mirre, ne fait pas mystère : « L'association CCDH est présidée par Frédéric Grossman, scientologue, mais tout le monde dans l'association ne l'est pas nécessairement; nous avons été créés par l'église de scientologie, on a des contacts avec, mais nous avons un fonctionnement indépendant ».
dans Mouvements Religieux, n° 268 d'août 2002
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par JEAN-PAUL CHAINTRIER
Un pas important vient d'être franchi dans le combat judiciaire, sanitaire et social que le parquet de Pau livre depuis plusieurs mois à la communauté installée en Béarn, à Sus, près de Navarrenx : les deux juges des enfants ont décidé de retirer leurs enfants à quatre familles vivant sur le site. Une première en France s'agissant d'un groupe présenté comme sectaire. C'est au sein de la communauté de Sus qu'est décédé, en 1997, un petit garçon de 19 mois atteint de malformation cardiaque, Raphaël Ginhoux. Ses parents (un couple franco-allemand) ont été reconnus responsables de sa mort par manque d'alimentation et de soins. Au mois d'octobre, à Tarbes, la cour d'appel des Hautes-Pyrénées a doublé la peine infligée en mars, à Pau, par la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques : douze ans au lieu de six. Depuis la mort de Raphaël, l'ombre de la petite victime plombe manifestement l'image de la communauté. Après le décès, le procureur de la République de Pau avait saisi le juge des enfants. Celui-ci mit en place des mesures d'AEMO (assistance éducative en milieu ouvert) sur divers enfants vivant à Sus, afin de prévenir tout nouveau drame. Dans ce contexte, plusieurs travailleurs sociaux suivent les familles et adressent régulièrement leur rapport au magistrat de tutelle.
MODUS VIVENDI
Certes, les deux pôles de résistance manifestés par la communauté au regard de ses convictions philosophiques et religieuses n'ont toujours pas été vaincus par la justice : d'une part le refus de toute vaccination, d'autre part l'opposition à la scolarisation ; s'agissant de ce second point, la communauté assure elle-même l'enseignement des enfants, hors des structures de l'éducation nationale. En revanche, la santé physique, morale et intellectuelle des enfants paraissant garantie, il semblait que le modus vivendi instauré entre l'autorité judiciaire et les familles de la communauté pouvait perdurer dans cet équilibre fragile. Il n'en est rien. Les juges des enfants ont raidi leur position en rendant des ordonnances qui ne se contentent plus de rapporter des mesures d'AEMO et de suivi des enfants sur place: elles retirent les enfants à leurs parents et les placent en familles ou en structures d'accueil ; par exemple, pour certains, dans un foyer d'Anglet tenu par des religieuses. Ce que les membres de la communauté de Sus, qui s'appuient sur la Bible, auront du mal à accepter. Une motivation est particulièrement importante et originale : "L'accueil des enfants aura notamment pour objectif de leur permettre de découvrir la réalité du monde dans lequel ils doivent vivre". Le juge des enfants manifeste ainsi son souci de mettre les enfants en contact avec le monde extérieur, en ajustant sa décision aux communautés auxquelles on reproche précisément leur caractère sectaire. Celle de Sus, d'obédience chrétienne, considère qu'elle est "de ce monde" mais pas "dans ce monde" ; en puisant dans les prescriptions de la Bible l'obligation, pesant sur les seuls parents, d'assurer l'éducation et l'instruction des enfants.
DISPARUE AVEC SES SIX ENFANTS
L'autorité judiciaire s'inspire en toute clarté de la Convention internationale des droits de l'enfant, à laquelle la France adhère (1). Les juges semblent vouloir éviter un retrait collectif et massif des enfants. Quatre ordonnances seulement ont été prises. Dix enfants sont concernés à ce jour. De manière progressive et modulée. C'est ainsi que Kâmara, 14 mois, a été retirée à ses parents le 26 novembre puis leur a été rendue le 14 décembre ; l'ordonnance de mainlevée de la mesure de placement dit "que l'observation a fait apparaître des parents très attentifs aux besoins de leur enfant". Mais cette décision est-elle définitive ? Mardi dernier, une autre famille était invitée à présenter aux services sociaux, par le biais de la gendarmerie de Navarrenx, ses six enfants âgés de 16 ans à 2 ans. Mais la mère, brésilienne, a disparu avec eux, peut-être partie vers son pays d'origine. Le père ayant jusqu'à aujourd'hui mercredi pour se présenter à la gendarmerie avec ses enfants, que va faire l'autorité judiciaire devant cette soustraction à une décision de justice ? Et quelle attitude vont avoir les autres familles qui s'attendent à une ordonnance identique ? La valise ou le dialogue ? A l'évidence, le bras de fer entre l'institution judiciaire et la communauté de Sus est désormais clairement engagé.
(1) Le texte énonce en substance que l'enfant a des droits objectifs que l'autorité publique est tenue de faire respecter, même contre ses parents.
Sud Ouest, mercredi 19 décembre 2001
La Croix du 21 mars 2002
La Croix du 14 novembre 2002
La Croix du 15 janvier 2002
dans Bulles (bulletin de l'UNADFI) n° 72 du 4° trimestre 2001
La Croix du 1er mars 2002
La Gazette du 08/07/2002
La voix du Nord du 16 juillet 2002
Rachel Crivellaro dans La Libre Belgique du 25 juillet 2002
La Croix du 23/08/02
(1) Le prénom a été modifié.
Article paru le:05/09/2002 - Auteur: BIENVAULT Pierre
La Croix du 6 septembre 2002
Bien que les Témoins de Jéhovah ne soient pas considérés comme un mouvement guérisseur mais classés, par la Mils, parmi « les groupements à fondements idéologiques divers qui ne peuvent être assimilés à des sectes absolues », certains "aspects (de son) comportement" n'en sont pas moins « inacceptables ». Le refus de la transfusion sanguine pour ses membres est notamment préoccupant. En effet, les « Témoins de Jéhovah estiment qu'il serait contraire à la loi de Dieu d'accepter du sang total ou l'un quelconque de ces composants majeurs (...) Pour ce qui est des fractions de l'un quelconque des composants majeurs du sang, chacun se détermine individuellement, en conscience, après avoir bien réfléchi dans la prière »*. Les Comités de liaison hospitaliers et l'Association médico-scientifique d'information et d'assistance au malade (composée de médecins et de juristes Témoins de Jéhovah) se chargent de faire connaître ce précepte auprès des établissements de soins et des professionnels de la santé... qui passent parfois outre et peuvent alors s'exposer à des poursuites. Le tribunal administratif (TA) de Lille vient ainsi de donner raison à une jeune femme transfusée contre son gré, au centre hospitalier de Valenciennes, à la suite d'une hémorragie consécutive à un accouchement difficile. S'appuyant sur la loi relative aux droits des malades, le TA a qualifié cette situation « d'atteinte grave et manifestement illégale à la liberté individuelle ». L'hôpital a fait appel de cette décision qui « reflète l'influence que les Témoins de Jéhovah ont su exercer lors de la réflexion préparatoire à l'élaboration de la loi Kouchner. En tout état de cause, une personne adepte n'est plus dans l'exercice de son libre arbitre lorsqu'elle prend une décision médicale », estimé Marilyne Deuxdeniers. Jusqu'à présent les tribunaux et le Conseil d'État avaient rejeté de tels recours en faisant primer l'obligation qu'ont les médecins de protéger la vie des individus.
* La Tour de Garde (organe interne), 15 juin 2000.
N°4863 / 10 OCTOBRE 2002 / PANORAMA DU MÉDECIN
ILS RECONNAÎTRONT s'être fait berner. À l'entrée du théâtre, avant la représentation, ils ont sagement rempli un questionnaire de personnalité, qui s'est révélé être un parfait pot-pourri des modèles distribués par les sectes. Lundi 11 mars, réunis au théâtre Marigny, à Paris, par la Cellule chargée de la prévention des phénomènes sectaires dans l'éducation, quelque 500 enseignants, lycéens et policiers ont vécu « une expérience originale d'information ».
Après avoir ramassé leurs questionnaires, les comédiens de la compagnie Apsaras, tout à leur vrai-faux rôle d'animateurs pédagogiques, ont continué de manipuler l'assistance au nom d'une « Association pour le développement et l'épanouissement de la personne », ADEP, sigle aux nombreux frères jumeaux dans le jargon de l'éducation nationale. La pièce porte un titre évasif, « L'Alchimiste », inspirée d'un auteur anglais du XVIIe siècle, Ben Jonson.
Devant un public lambda, préciseront ses auteurs, son contenu réel provoque souvent un tollé : car lorsque Suzette, « responsable de l'antenne de Paris », commence à relater son expérience, tout bascule soudainement. L'ADEP veut nous aider à « révéler notre Appétence intrinsèque au bonheur, notre AIB », et, précise Suzette d'un air extatique, « chaque homme, chaque femme a droit au bonheur».
Les choses se gâtent encore quand, dans une lumière soudain tamisée, deux responsables de l'association recrutent leurs premiers gogos, Catherine et Daniel, pour un stage de « réénergisation ». La mise en scène est efficace : le spectateur glisse subtilement dans l'univers sectaire. Étoile géante, robes blanches et cérémonies ne déclenchent pas le rire. Leur cortège de sordides histoires financières, de harcèlement sexuel et de violences encore moins. Daniel sombre corps et âme. Catherine ne trouve pour seule échappatoire que la pendaison.
"FAIT-IL PARTIE DE LA REPRÉSENTATION ?"
Ebranlée, une dame, assise au fond de la salle, s'inquiète, une fois le rideau tombé, de savoir ce qu'on ferait de son questionnaire : «Fait-il partie de la représentation, ou bien... ? », s'enquiert-elle, inquiète, avant d'être rassurée par la troupe. « Voilà un spectacle que j'aimerais voir tourner dans les provinces », embraye un responsable académique de la lutte contre les sectes.
«Après sept ans de lutte contre le prosélytisme, nous entrons dans une phase d'information », explique Daniel Groscolas, inspecteur général chargé de ces questions à l'éducation nationale, qui a organisé la manifestation avec l'association - bien sous tous rapports celle-là - Éducation et citoyenneté. Un guide destiné aux cadres de l'éducation nationale va être diffusé dans les prochains jours. Tout comme une circulaire destinée aux stagiaires des IUFM.
L'initiative, précise M. Groscolas, intervient alors que de sérieux problèmes ont affecté des établissements scolaires à Paris ces derniers mois. Une institutrice membre de la Scientologie a dû ainsi quitter son poste, en janvier (Le Monde du 24 novembre 2001).
« Le phénomène est réel, mais, poursuit le responsable ministériel à l'adresse des élèves, ne voyez pas chez tous vos enseignants des adeptes, ceux-là ne représentent pas1 % des 800 000 enseignants et, en sept ans, nous n'avons pas eu à sanctionner dix cas de prosélytisme. » Pas de chasse aux sorcières, donc. Après avoir « maîtrisé la situation des écoles privées hors contrat grâce à la loi », M. Groscolas s'inquiète cependant de voir de nouveaux terrains occupés par les sectes : soutien scolaire et enseignement à distance.
« Méfie-vous des gens qui veulent votre bonheur ! », résume l'une des actrices. Mais une élève, au balcon, témoigne de sa perplexité : « Quelle est la frontière exacte entre secte et religion ? » Deux de ses camarades, élèves de bac pro secrétariat, reconnaissent manquer d'information. « On peut se laisser tenter, jugent-elles, il faut en débattre plus au lycée. »
Nathalie Guibert, dans le Monde du 13 mars 2002
Trois ans de prison, dont six mois ferme : la cour d'appel de Caen a confirmé le jugement de première instance infligé à une «thérapeute» bouddhiste.
CAEN. Condamnée le 4 septembre 2001 par le tribunal correctionnel de Coutances (Manche), à trois ans de prison, dont trente mois avec sursis et mise à l'épreuve pour exercice illégal de la médecine, escroquerie et homicides involontaires, Anne Hamel a vu, vendredi, sa peine confirmée par la cour d'appel de Caen.
Dans la Manche, la prévenue organisait, à partir de la fin des années 80, des « séances de prières et de méditation afin de donner souffle et énergie. Lorsque les gens viennent me voir, je leur donne foi dans la vie, car je crois à la partie supra du Lotus. »
Mais le 1er novembre 1996, près de Caen, une femme meurt d'un cancer du sein gauche «non traité, avec extension régionale au bras». La malade suivait, depuis plusieurs années, les préceptes spirituels d'Anne Hamel. Le mari de la victime dépose plainte.
Les gendarmes ont entendu plusieurs témoins décrivant sensiblement la même pratique : «Anne Hamel se présentait comme le canal terrestre d'un mage philippin. Elle prétendait guérir certaines maladies graves, moyennant un tarif par séance de 250 à 400 F » (de 38 à 60 euros ).
La famille d'un autre « patient »avait porté plainte. Le malade avait aussi refusé soin et traitement pendant trois ans et sept mois. Le décès est intervenu quatre ans après le diagnostic d'un cancer de l'oesophage.
« Thérapeutes » bouddhistes, marabouts sénégalais, gourous californiens : la concurrence est rude pour les sorciers normands...
Une cuillère d'alcool à brûler pour soigner une tumeur cancéreuse, des galets dans les prises électriques d'une maison soi-disant ensorcelée, de l'eau et du sel sur la terre de champs envoûtés : il ne s'agit pas d'une version moderne de L'Ensorcelée du Normand Jules Barbey d'Aurevilly mais de faits évoqués, fin décembre 2000, devant le tribunal correctionnel de Coutances (Manche).
Un ouvrier agricole de la région de Saint-Lô y était poursuivi pour exercice illégal de la médecine et escroqueries. Atteinte de sclérose en plaques, une cliente verse 2 286 ¬ au magnétiseur. Ne s'estimant pas guérie, la patiente se plaint aux services de la concurrence et de la consommation ! Les neuf agendas du magnétiseur, qui met en avant un « un diplôme de la ville de New York », comportent les noms de 42 clients. La consultation va de 22,80 ¬ à 7 622 ¬ pour un Gaec : « Trois fermes qui perdaient des vaches ».
L'ouvrier agricole annonce un revenu mensuel de 9000 ¬ . Le fisc ne s'y est pas trompé : 99 000 ¬ de redressement fiscal !
« Diables en scooter»
La défense plaide l'absence d'intention frauduleuse et la « satisfaction de nombreux clients ». Puis brandissant les pages jaunes de l'annuaire, l'avocat énumère : « Magnétisme curatif, guérisseur... Il faut poursuivre tout le monde. » Le magnétiseur a été condamné à deux ans de prison avec sursis.
À la fin des années 70, une guérisseuse de la Manche convainc un paysan ornais qu'il est ensorcelé. Pour le désenvouter, ses proches l'attachent sur son lit, le nourrissant de grains de sel et d'eau magnétisée. Lorsque les gendarmes délivrent le malheureux, il ne pèse que 37 kg. La guérisseuse a été condamnée, en appel, à six mois de prison avec sursis.
Au milieu des années 60, le tribunal de Caen a relaxé un sorcier du bocage virois qui avait assisté un pauvre homme « poursuivi par des diables à cornes de cuivre circulant en scooter. » Motif de la relaxe « Le réel réconfort apporté à des âmes rustiques et tourmentées. »
Jean-Pierre BEUVE dans Ouest-France - Janvier 2002
Dorian MALOVIC dans la Croix du 11/09/2002
La croix du 16 octobre 2002
P. Jean-Daniel Planchot, le 5 février 2002 (Paris Notre-Dame n° 944)
Isabelle de GAULMYN dans La Croix du 10 décembre 2002
Y. de G.-B., dans la Croix du 22 avril 1989
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La Croix du 24 juin 2002
La Croix du 17 septembre 2002
Isabelle de GAULMYN dans la Croix du 18 septembre 2002
Isabelle de GAULMYN et Claire LESEGRETAIN dans La Croix du 27 novembre 2002
C'est une double relaxe qu'attendaient Brigitte Marchand et son ancien compagnon, poursuivis pour escroqueries.
Le jour de l'audience, elle ne s'était pas présentée : ni l'un ni l'autre ne sont venus entendre leur jugement rendu en délibéré.
Brigitte Marchand avait fait remettre par son avocat un certificat d'hospitalisation en établissement psychiatrique. Lors des débats, il y a près de deux mois, le représentant du parquet avait parlé de "comportement crapuleux" de la part de ce tandem. Profitant de son statut de médium dans un village de Haute-Saône, elle avait joué sur toute la gamme : abus de faiblesse, chèques en bois, travail clandestin, usage de fausses identités et de prête-noms, fraude aux Assedics
Les juges les ont condamnés, elle à deux années d'emprisonnement ferme et 7600 euros d'amende, et lui à six mois avec sursis et 1520 euros d'amende.
Déjà condamnée le 8 mars dernier par le tribunal correctionnel de Besançon à huit mois ferme, Brigitte Marchand n'en a pas fini avec les poursuites judiciaires, puisque, récemment, elle a réussi à se présenter à un service du tribunal de Vesoul, en se faisant passer comme collaboratrice de son propre avocat, afin de se faire délivrer, pour une valeur de 600 euros, copie des pièces de son dossier en cours !
Le Bien Public du 23 avril 2002
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