2008

 

I
 

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 INDONESIE 

 INFILTRATION

 INSTINCTOTHERAPIE

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 IRAN

 ISLAM

 ISLAMISME

 

INDE

Les violences antichrétiennes en Orissa dépassent les 100 morts

Plus de 100 chrétiens sont morts lors des violences dans l'Est du pays et 10 000 sont toujours dans des camps gouvernementaux un mois après la fin des attaques, a indiqué hier le Conseil des chrétiens de l'Inde. L'Etat côtier de l'Orissa a été, de fin août à octobre, le théâtre d'attaques contre des chrétiens qui ont suivi l'assassinat en août d'un dignitaire religieux fondamentaliste hindou. "Les noms, adresses et d'autres détails sont disponibles pour 91 des victimes", a déclaré le Conseil, revoyant en hausse le bilan de 60 victimes établi en octobre par la Conférence épiscopale d'Inde.

La Croix du 26 11 2008


INDONESIE

Secte musulmane sous contrôle

Le gouvernement indonésien a imposé hier des mesures restrictives à un mouvement religieux minoritaire dérivé de l'islam. La décision interdit notamment aux fidèles de l'Ahmadiyah de « diffuser » les préceptes de leur foi mais ne prononce pas le bannissement total de la secte ainsi que l'exigeaient les islamistes.

La Croix du 10/06/2008


INFILTRATION

L'OSCE accusée d'être infiltrée par les sectes

L'organisation qui défendait les dissidents du bloc soviétique dans les années 1970 est-elle devenue une «tribune idéale pour les «multinationales» sectaires et leurs alliés»? C'est l'accusation lancée jeudi par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui dépend du premier ministre français. Dans son rapport annuel, elle affirme que l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est devenue le forum préféré de la scientologie, de la secte Moon et des raëliens pour critiquer la France, la Belgique, l'Autriche et l'Allemagne, Etats européens les plus méfiants envers les «nouvelles religions».

Chaque année, devant le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l'homme, basé à Varsovie et dépendant de l'OSCE, des ONG comme Droits de l'homme sans frontières, le Bureau européen des droits de l'homme ou l'Institut sur la religion et la politique publique y attaquent, en termes parfois virulents, la politique de surveillance des sectes développée en France.

Selon Catherine Katz, secrétaire générale de la Miviludes, ces organisations agissent comme des «faux nez» de mouvements sectaires en délicatesse avec les autorités françaises. L'OSCE répond que son forum sur les droits de l'homme est ouvert à toutes les ONG, ce qui permet des «échanges de vue animés». «Il n'y a pas de restrictions, précise son porte-parole Jens-Hagen Eschenbächer, sauf pour les organisations qui défendent la violence.»

Le Temps, 4 avril 2008 par Sylvain Besson - Paris


INSTINCTOTHERAPIE

Après 11 ans de cavale, un pédophile suisse est arrêté

Un pédophile suisse est tombé dans les filets de la police indonésienne sur l'île de Bali. L'homme de 44 ans est recherché par les autorités françaises pour avoir abusé d'un scout de 13 ans.

Il avait été condamné en dernière instance par la Cour suprême de Paris à quatre ans de prison.

Interpol recherchait le fuyard depuis 1997. Il avait été condamné en dernière instance par la Cour suprême de Paris à quatre ans de prison. Selon les informations d'Interpol Indonésie, le Suisse a été interpellé le 16 septembre dans la ville de Danpasar. Il se trouve depuis en détention préventive.

Selon le journal "Jakarta Post", la police aurait trouvé des photos d'enfants nus sur son ordinateur portable ainsi que deux appareils photo. Les autorités pensent qu'il pourrait s'agir de victimes du Suisse.

Ayant effectué récemment des séjours en Thaïlande, aux Etats-Unis, au Mexique et en Australie, celui-ci est également suspecté de faire partie d'un réseau international.

Selon la "SonntagsZeitung", l'homme serait le fils de Guy-Claude Burger, fondateur de la secte de l'"instinctothérapie", qui justifie les relations sexuelles entre enfants et adultes. Burger a été condamné en 2001 à Melun, en France, à 15 ans de prison pour viol et abus d'enfants. Le pédophile arrêté à Bali aurait lui-même été abusé par son propre père.

ATS | 02.11.2008


INTEGRISME

Les lefebvristes « déplorent profondément » la modification de la prière du Vendredi saint pour les juifs dans le Missel tri­dentin

« À la suite de pressions étrangères à l’Église catholique, le pape s’est cru obligé de changer la très vénérable oraison pour les juifs qui est partie intégrante de la liturgie du Vendredi saint » , regrette la Fraternité Saint­Pie-X dans son bulletin Dici . Le mouvement intégriste ne précise pas s’il appliquera lui-même la modification demandée par Benoît XVI.

La Croix du 28 02 2008

Les intégristes refusent toujours un accord avec Rome

Malgré la main tendue par le pape l’an passé en libéralisant l’ancien Missel, le successeur de Mgr Lefebvre dénonce « l’illusion » d’espérer un accord tant que Vatican II ne sera pas totalement remis en cause
I
l n’y aura pas d’accord de sitôt entre la Fraternité Saint­Pie X, héritière de Mgr Marcel Lefebvre, et l’Église catholique. Mgr Bernard Fellay, son actuel su­périeur, l’affirme publiquement dans une lettre rédigée en Suisse le 14 avril et diffusée, dimanche, à l’attention des « amis et bienfai­teurs » de la FSPX. Rien, pas même le motu proprio Summorum Pontificum (signé par Benoît XVI en juillet et entré en application le 14 septembre 2007) facilitant l’usage du Missel tridentin, pour­tant considéré comme un geste de bienveillance en direction des traditionalistes et intégristes, n’est à même d’infléchir la position le­febvriste. MgrFellay reproche même à «quelques-uns» de ses amis de s’être « laissé prendre à ce
jeu d’illusions »
. L’illusion, pour lui, serait de penser que l’Église catholique est en train de revenir sur les orien­tations fondamentales exprimées par Vatican II. « Le motu proprio qui introduit une espérance de changement vers le mieux au ni­veau liturgique, écrit Mgr Fellay,
n’est pas accompagné par des mesures logiquement corrélatives dans les autres domaines de la vie de l’Église. Tous les changements introduits au Concile et dans les réformes post-conciliaires que nous dénonçons, parce que l’Église les a
précisément déjà condamnés, sont confirmés. »
Conclusion du responsable in­tégriste : « La Fraternité Saint Pie X ne peut pas “signer d’accord”. Elle se réjouit franchement de la volonté papale de réintroduire le rite ancien et vénérable de la sainte Messe, mais découvre aussi la résistance parfois farouche d’épiscopats entiers. Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un ac­cord n’est pas encore venu. » Celui qui fut ordonné par Mgr Lefe­bvre en désobéissance ouverte avec le pape (ce qui provoqua le schisme) confirme son refus d’aller plus loin, mais demande toujours à Rome « l’annulation du décret d’excommunication de 1988 ».
C’est donc une fin de non-re­cevoir que vient d’exprimer la Fraternité Saint-Pie X, moins d’un an après la publication du motu proprio. Comme Mgr Fel­lay l’indique dans sa lettre, beaucoup, à Rome comme dans les milieux traditionalistes (par­tisans de l’ancien Missel restés ou revenus en communion avec le Saint-Siège), espéraient que la publication de ce document de Benoît XVI contribuerait à apaiser cette crise et, pourquoi pas, à résorber le schisme.
Il n’en est rien. Cette prise de position de Mgr Fellay – qui marque une nouvelle étape dans le contentieux– a du moins le mérite de sortir d’une ambiguïté : ce n’est pas tant la li­turgie, aspect le plus visible, qui fâche le monde intégriste, que le noyau théologique de Vatican II. De ce point de vue, la liste des récriminations de deux pages exprimées dans cette lettre par Mgr Fellay ne laisse aucune perspective de solutions. « Rien n’a changé, insiste-t-il, dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires, malgré quarante années de crise » : (…)
« un mode de présence de l’Église dans le monde, beaucoup plus horizontal»
, la dénomination classique de “fausses religions” a complètement disparu du voca­bulaire ecclésiastique» ; «l’Église catholique s’engage officiellement à ne pas convertir les “orthodoxes” et “les juifs”; «le dogme “hors de l’Église pas de salut” (…) a connu une réinterprétation » … Vingt ans après 1988, la rupture n’est pas près d’être surmontée.

Jean-Marie Guénois dans La Croix du 23/04/2008

L'abbé Laguérie et le bon pasteur

Je trouve vraiment désolant qu'un journal de votre qualité se soit fourvoyé avec : « L'abbé Laguérie et le Bon Pasteur, bien installés à Bordeaux » (cf. La Croix du 19 février).

Au nom de la « fameuse » unité, ou de la « fumeuse » communion ecclésiale, décidément tout est permis, surtout quand les informations sont tronquées. Pardonnez-moi, mais il y a erreur sur la personne, et je vous invite à venir sur place vérifier vos propos.

Je n'hésite pas à vous avouer que je suis en colère, pour au moins deux erreurs principales :

La première, c'est de faire une publicité abusive sur un tel courant minoritaire dans l'Église. Que vous le vouliez ou non, ce sera un coup de « pub », rendant l'abbé Laguérie trop content d'être reconnu et affiché de telle manière. Or j'ai le regret de vous dire qu'il ne le mérite pas, en raison même de ses propos habituels, tant le dimanche lorsqu'il célèbre à Saint-Éloi (j'en ai été le témoin), que dans son Bulletin paroissial appelé Le Mascaret (qu'il faut vous procurer, et que je reçois régulièrement) où il ne se gêne pas pour dire, par exemple, qu'il propose un « denier du culte » concurrent de celui prescrit par l'évêque et le diocèse de Bordeaux. Et ce en toute impunité, défiant du même coup le cardinal Ricard, dont il se réclame, et son vicaire épiscopal, le P. Jean Rouet.

La seconde, c'est de faire croire au public que la paroisse dite « personnelle » Saint-Éloi est revenue à de plus justes sentiments, et qu'elle vit désormais en communion ecclésiale avec le diocèse de Bordeaux. Je suis désolé de vous préciser que vos propos ne reflètent pas la réalité vécue sur le terrain. En effet, Saint-Éloi est une chasse solidement gardée, et le curé en question ne fréquente surtout pas les grands rendez-vous diocésains, comme le Lundi saint à la cathédrale où tout le « presbyterium » se réunit autour des évêques. Il s'interdit de concélébrer, ou d'assister à quelques réunions presbytérales. Alors, il ne faut pas se moquer du monde et de l'Église. C'est un simulacre de ralliement et de retour à l'Église. Et même si retour il y a, c'est un retour pour quoi faire avec les autres composantes de l'Église locale ? Enfin ne parlons pas de ses paroles sur le concile Vatican II, qui sont toujours aussi blessantes, sur le devenir du sacerdoce ou des sacrements (abonnez-vous à son journal, vous y trouverez des « perles théologiques »).

Bref, j'en appelle à l'objectivité et au sérieux de l'analyse quand on aborde un tel sujet de polémique, car c'est bien de « polémique » dont l'abbé Laguérie se réclame.

L'institut traditionaliste reste en désaccord avec l'Église diocésaine, et s'en trouve très satisfait (cf. le portrait de Mgr Lefebvre décorant la sacristie, évêque pourtant condamné comme schismatique).

Abbé Xavier Girardeau (Gironde) - Courrier des lecteurs - La Croix du 21 avril 2008

Le schisme de Mgr Lefebvre a bien plus de vingt ans

Alors qu'approche l'anniversaire de la rupture intégriste de 1988, Nicolas Senèze met au jour ses soubassements historiques et idéologiques

Nicolas Senèze, chef adjoint du service Religion de La Croix, ne cherche pas à polémiquer dans le débat délicat autour du lefebvrisme, mais à comprendre. Avec sagacité, il remonte aux sources de la crise intégriste et explique comment on en est arrivé au blocage actuel. La grande pédagogie de l'auteur permet de démêler un écheveau des plus complexes.

L'ouvrage montre comment la crise est le fruit de la rencontre entre l'histoire singulière d'un homme, Marcel Lefebvre, et d'un certain nombre de rancœurs présentes dans la société française. Mgr Lefebvre subit l'influence de la pensée de Maurras et de l'Action française au Séminaire français de Rome, par l'intermédiaire du supérieur, le P. Le Floch. Son départ en mission en Afrique, où il fait merveille, explique également son éloignement de ce que la France va vivre dans les années 1930, lors du second conflit mondial et dans l'après-guerre. C'est donc tout naturellement que vont se rallier à lui différents courants : partisans de l'intransigeantisme catholique en réaction à la Révolution française, militants et activistes déçus, passés par le pétainisme et l'Algérie française. L'opposition au Concile, identifié comme « l'effondrement catholique », cristallisera cette dérive intégriste.

L'abondante documentation du livre permet de comprendre que l'intégrisme n'est pas d'abord une affaire de messe en latin dite dos au peuple. Tirés à la fois de la biographie de Mgr Lefebvre par l'abbé Tissier de Mallerais et des études historiques universitaires, les documents accumulés dévoilent une position de fond. Elle comprend une certaine idée de la Révélation de Dieu, ainsi qu'une position de l'Église à l'égard du monde moderne qui ne peut accepter la liberté religieuse et la reconnaissance d'une dignité humaine autonome. On le mesure bien dans l'échec de toutes les tentatives de conciliation lancées par les papes, de Paul VI à Benoît XVI. Par des extraits de lettres, des minutes de conversation entre Mgr Lefebvre ou ses successeurs et les papes, Nicolas Senèze montre comment se durcit la logique d'enfermement sur une base d'opposition à Vatican II.

L'auteur n'en conclut pas que l'opposition à la réforme liturgique n'a joué aucun rôle. Mais il montre comment elle a plutôt servi de bannière de ralliement au début des années 1970, et non lors du Concile. On découvre aussi combien nombre de fidèles qui avaient soutenu Mgr Lefebvre, pour sa volonté de restaurer la messe de saint Pie V, s'écarteront finalement de lui : mesurant les soubassements idéologiques, ils ne le suivront pas dans l'opposition radicale à Rome et dans le schisme. L'attachement à la « messe de toujours » ne suffit pas pour être intégriste.

On est vite passionné par ce livre où se déploie largement la narration mais où l'auteur, en bon informateur, distille les notices théologiques : qu'est-ce que la Tradition ? Peut-on laisser les fidèles choisir leur rite ? Peut-on en appeler à la Tradition contre le pape ? Quiconque cherche des repères pour voir clair dans ces difficiles questions y trouvera son compte... et des éléments de discernement.

Laurent Villemin dans La Croix du 10/04/2008

La Tradition vivante est créatrice de nouveauté

La fidélité à la Tradition n'est pas la reproduction à l'identique de l'ancien, mais sa traduction pour aujourd'hui

Autant l'Évangile reste incontesté, autant la Tradition fait question. Comme le note Bernard Sesboüé dans ce livre, dont la première édition remonte à 1975, la Tradition « n'est plus seulement l'objet d'un dialogue avec les protestants, tentés de la minimiser par rapport à l'Écriture, ou avec les orthodoxes, portés à la magnifier, elle devient celui d'une grave contestation entre catholiques ». C'est en son nom que les « traditionalistes », qui en ont fait un drapeau de ralliement, s'opposent au concile Vatican II, estimant qu'il en constitue une trahison. Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Tradition est une notion qui ne brille pas d'une particulière clarté.

Qu'est-ce donc que la Tradition bien comprise, sinon un « c'est-à-dire », qui entend redire autrement le même Évangile ? Tout au long de son histoire, l'Église s'est trouvée placée face à des défis inédits, tant dans l'ordre de la vérité que de la pratique. Pour être fidèle à l'Évangile, il n'était pas suffisant pour elle de répéter le passé. Ainsi, par exemple, quand il s'est agi au cours des premiers siècles de préciser l'identité du Christ, l'Église n'a pas hésité à recourir à des concepts nouveaux. Tout était déjà dit dans l'Écriture, et pourtant tout restait à dire. La véritable fidélité exigeait invention.

Si, du côté de l'Évangile, écrit le P. Sesboüé, « il n'y a aucun progrès, du côté de l'Église il y a un progrès. Non pas progrès de la foi, mais progrès de l'intelligence raisonnée de la foi, et progrès de l'intelligence expérimentale de ses exigences et de ses conséquences concrètes dans les diverses sphères de l'existence humaine. Sous cet angle, l'acte de traduction peut légitimement être considéré comme un acte de création. » Ce qui est en jeu, c'est la responsabilité de l'Église pour aujourd'hui.

Ainsi, par souci de fidélité au sens ancien, formulé dans l'Évangile, l'Église, devant l'urgence des questions nouvelles, n'a cessé d'inventer du nouveau, depuis les premiers siècles jusqu'à Vatican II. L'authentique Tradition est la transmission de l'Évangile, non pas dans les termes d'une répétition stérile, mais dans un effort de créativité jamais achevé. L'invention est la condition de maintien de l'ancien. « Nous devons transmettre avec courage l'héritage reçu comme un héritage vivant, toujours fidèle et toujours créateur », conclut le théologien.

Ainsi, entre Évangile et Tradition, non seulement il n'y a pas opposition, mais on doit parler d'équivalence. Et ils ne s'accommodent pas du fixisme. Cette nouvelle édition du livre de Bernard Sesboüé, profondément modifiée et actualisée, rejoint des questions toujours actuelles. Dans ce débat autour de la Tradition, souvent confus, le jésuite apporte toute la clarté désirable. Et cela dans un style limpide.

Marcel Neusch dans La Croix du 03/04/2008

Le Vatican en négociation avec les intégristes

Confirmant une information du quotidien italien Il Giornale, l'abbé Alain-Marc Nély, deuxième assistant de Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X à Menzingen (Suisse) a reconnu avoir reçu du Vatican une proposition d'accord. Selon Il Giornale, le document prévoirait l'acceptation, de la part de la Fraternité, des canons du concile Vatican II (1962-1965) et de la peline validité de la messe selon la liturgie catholique réformée. Celle-ci doit donner sa réponse avant le 28 juin, qui sera ensuite rendue publique.

La Croix du 24 juin 2008

Rome met les lefebvristes au pied du mur

Le Saint-Siège, qui reconnaît la « main tendue » aux intégristes, estime que la reconnaissance de Vatican II et de la liturgie rénovée « ne sont absolument pas remis en question »

C'est un véritable ultimatum que Rome a lancé à la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX). Alors que le 30 juin marquera les 20 ans des ordinations épiscopales illicites qui avaient consommé le schisme entre Mgr Lefebvre et l'Église catholique, la commission Ecclesia Dei, chargée à Rome des relations avec le monde intégriste, aurait envoyé une proposition d'accord à Mgr Bernard Fellay, actuel supérieur général de la FSSPX. Selon le quotidien italien Il Giornale, le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la commission « Ecclesia Dei », aurait demandé à la Fraternité de souscrire à cinq conditions : « un engagement proportionné à la générosité du pape », « éviter toute intervention publique qui ne respecte pas la personne du pape et qui puisse être négative à la charité ecclésiale », « éviter la prétention à un magistère supérieur à celui du Saint-Père et ne pas ériger la Fraternité en opposition à l'Église », « démontrer la volonté d'agir honnêtement dans la pleine charité ecclésiale et le respect de l'autorité du vicaire du Christ ». Dernier point : la Fraternité a jusqu'à la fin juin pour s'engager positivement sur ces questions, en retour de quoi les excommunications prononcées en 1988 seraient levées.

Contrairement aux accords proposés précédemment par l'Église catholique, celui-ci ne cite pas explicitement Vatican II. Cela veut-il dire que Benoît XVI, passionnément attaché à éviter que le schisme ne devienne définitif, renoncerait à faire de la reconnaissance du Concile la condition d'un accord ? « La reconnaissance du concile Vatican II comme véritable concile œcuménique de l'Église et la reconnaissance de la validité de la Messe célébrée selon la liturgie rénovée après le Concile ne sont absolument pas remis en question », déclare à La Croix le P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège. Pour lui, les cinq conditions citées sont « les conditions minimales pour qu'il puisse y avoir un rapport caractérisé par le respect et la disponibilité à l'égard du Saint-Père ». « Il faut que cette offre, cette "main tendue", soit reçue avec une attitude et un esprit de charité et de communion », ajoute-t-il.

En fait, depuis plus de vingt ans, Rome et Écône sont d'accord pour reconnaître le Concile « à la lumière de la Tradition de l'Église ». Les intégristes en profitaient alors pour opérer un tri sévère dans les textes conciliaires, pour en exclure tout ce qui, à leur avis, était contraire à la Tradition. Le cardinal Castrillon Hoyos prend donc une autre voie en demandant aux lefebvristes d'agir « dans le respect de l'autorité » du pape, et de ne pas prétendre à un magistère supérieur au sien. En clair, Rome leur demande d'obéir au pape et à son magistère (qui intègre les décisions du Concile).

C'est bien ce que semble avoir compris Mgr Fellay. « Ils nous disent juste "Taisez-vous" », résumait-il vendredi dernier lors d'un sermon pour les ordinations du séminaire de la Fraternité à Winona (nord des États-Unis). Mais nous ne fermerons pas nos bouches. Nous ne nous tairons pas. » « Rome veut la réconciliation mais, par ces mots, ils veulent nous ramener à la nouveauté, ajoutait-il citant Mgr Lefebvre. Ils parlent de réconciliation mais c'est une intégration au neuf. Et nous ne voulons pas de cela. » Difficile, en effet, pour les intégristes de reconnaître en bloc le magistère d'un pape qui, dès les premiers mots de son pontificat, avait affirmé sa « ferme volonté de poursuivre l'engagement de mise en œuvre du concile Vatican II ».

Même si Benoît XVI rejette l'idée que le Concile ait été une « rupture » avec la Tradition de l'Église, certaines de ses déclarations, et notamment sur la liberté religieuse, sont inacceptables pour les intégristes. Ainsi quand, lors de son discours à la Curie romaine, en décembre 2006, il évoque « les droits de l'homme et en particulier la liberté de la foi et de son exercice », comme « de véritables conquêtes de la philosophie des Lumières ». Ou encore quand, lors de son voyage aux États-Unis, il loue la laïcité américaine. « Nous avons un pape parfaitement libéral », regrettait Mgr Fellay dans un sermon, le 1er juin à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, s'indignant de la « fascination » du pape pour un pays « fondé sur les principes maçonniques »...

Après avoir claqué la porte de toutes les négociations précédentes (1976, 1988, 2001, 2006), la Fraternité Saint-Pie-X va-t-elle cette fois accepter la main tendue par Rome, et le geste de « générosité » du pape ? Même si Mgr Fellay semble avoir refréné ses critiques contre Benoît XVI après sa rencontre du 4 juin avec le cardinal Castrillon Hoyos, il semble peu enclin à céder sur le fond. D'autant qu'à Écône, on est surpris que les propositions romaines sortent aujourd'hui dans la presse. « À la procédure d'urgence, ils ont ajouté une sorte de pression médiatique, constatait-on hier du côté de la Fraternité. Mais il ne faut pas préjuger d'une décision définitive. » Hier, Mgr Fellay n'avait pas encore rédigé sa réponse à Rome. « Mon impression est qu'il faut attendre un moment, et peut-être un bon moment », expliquait-il toutefois dans son sermon de Winona. Reconnaissant que la Fraternité était à un « carrefour ». « Nous n'avons pas le choix. Nous ne prendrons pas ce chemin. Nous continuerons ce que nous avons toujours fait. (...) Arrivera ce qui doit arriver. N'ayons pas peur : nous attendrons des temps meilleurs. C'est ce que disait Monseigneur (NDLR : Mgr Lefebvre) il y a vingt ans. C'est ce que nous continuons à dire. »

Retrouvez le dossier « Le Vatican et les intégristes »et des extraits audiodu sermon de Mgr Fellaydans la Navette. IntégristeLe mot intégriste apparaît en Espagne à la fin du XIXe siècle pour désigner un parti politique qui se réclame du Syllabus de Pie IX. Il s'impose en France au début du XXe siècle pour désigner ceux qui, dans la ligne de l'intransigeantisme catholique du siècle précédent, s'opposent au « progressisme » en matière d'exégèse biblique. Mais, à la différence des Espagnols, les opposants au « modernisme » préfèrent se réclamer d'un « catholicisme intégral ». Au fil des ans, il agrégera différents courants : catholiques liés à l'Action française dans les années 1920-1930, défenseurs d'un « Occident chrétien » au moment de la décolonisation, opposants aux décisions du concile Vatican II et à la rénovation liturgique qu'il a impulsée.

Nicolas Seneze - La Croix du 26/06/2008

La Fraternité Saint-Pie-X refuse la main tendue par Rome

"La Fraternité n'a pas l'intention de répondre à cet ultimatum", a déclaré vendredi à l'AFP l'abbé Alain Lorans, porte-parole de la Fraternité Saint-Pie-X, au sujet de l'accord proposé par le Vatican en vue d'une pleine réintégration de l'institut schismatique dans l'Eglise. Pour un tel retour, l'Eglise devrait éliminer "complètement le Missel de Paul VI" a précisé Mgr Richard Williamson, de la Fraternité Saint-Pie-X, dans un entretien publié vendredi sur le site Internet Petrus, en acceptant : "Nous n'accepterons jamais Vatican II".

La Croix du 30 juin 2008

 


INTERNET

Sectes sur Internet : l'impunité

Aline Goosens s’entretient avec Benoit Pavan

 « Derrière les sites officiels des sectes - répertoriées comme telles -, se cachent des sites perso sur des hébergeurs gratuits type blogs, des pseudo-plateformes universitaires et même des sites qui prétendent «faire de la recherche scientifique sur les mouvements religieux ou sectaires».

  «Aucune procédure n'a encore été engagée contre des sites sectaires» s'indigne Aline Goosens, chargée d'une mission de veille sur les sectes sur internet, après la remise, le 2 avril, du rapport 2007 de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Derrière les sites officiels des sectes - répertoriées comme telles -, se cachent des sites perso sur des hébergeurs gratuits type blogs, des pseudo-plateformes universitaires et même des sites qui prétendent «faire de la recherche scientifique sur les mouvements religieux ou sectaires».

Aline Goosens, 41 ans, est spécialiste en intelligence économique et de la veille des sectes sur internet pour le Centre d'Information et d'Avis sur les Organisations Sectaires Nuisibles (CIAOSN - alter-ego belge de la commission française).

Quel est le degré d'implantation des sectes sur la toile ?
C'est extrêmement difficile à dire. Aucune étude n'a vraiment été menée sur le sujet. La seule chose que l'on constate depuis la fin des années 90, c'est que les sectes entrent dans tous les champs de la modernité. Dès qu'un nouveau média apparaît, elles vont l'utiliser. Les sectes les plus puissantes et les plus en vue se sont donc saisies d'internet. Celles qui avaient un ancrage anglo-saxon ou américain un peu plus tôt qu'en Europe, puisque l'internet est arrivé là-bas au milieu des années 90. Globalement, elles ont plusieurs champs d'action: la personne, les entreprises, l'humanitaire, et la santé. Dans ces quatre domaines, le média internet est pour elles une vitrine qui peut leur permettre de se donner une respectabilité. Sur internet, vous pouvez vous défendre, vous présenter, et signaler à tout le monde que vous existez.

Quelles méthodes utilisent-elles sur Internet?
Les sectes utilisent plusieurs types de sites pour attirer de nouveaux adeptes. Il y a leurs sites officiels, qui posent moins de problèmes dans la mesure où elles annoncent la couleur d'emblée - même si elles ne se présentent pas comme une secte. Elles utilisent plutôt les termes "nouvelle spiritualité" ou "mouvement religieux". A côté de cela, elles créent également des sites perso sur des hébergeurs gratuits type blogs qui émanent directement de la secte mais que vous ne repérez pas au premier coup d'œil.

Enfin, il y a plus subtil de leur part : des sites qui se font passer pour des plateformes universitaires, d'information, d'intellectuels, ou de recherche, dans lesquels elles vont défendre le mouvement sectaire en général et dénoncer le comportement de certaines législations au nom de la liberté d'expression. L'exemple le plus connu est celui du Cesnur, qui prétend faire de la recherche scientifique sur les mouvements religieux ou sectaires. Ce n'est en fait qu'un site de propagande.

Sous cette caution scientifique, une personne non-avertie cherchant sur la toile des renseignements sur un mouvement pourra se faire endoctriner plus facilement. Ces sites sont le plus souvent associés à des blogs et des forums. Les internautes qui y posent des questions se trouvent face à une série de répondants qui ne s'identifient pas, et se trouvent ainsi confrontés à des manipulations. Si, dans une discussion, l'internaute montre un tant soit peu d'intérêt à ses interlocuteurs – qui se sont bien gardés de s'identifier -, il risque  transmettre, sans le savoir, des données personnelles utiles à la secte. Le dialogue s'établit d'autant plus facilement avec des personnes déboussolées, ou en difficulté dans leur vie affective ou professionnelle. Sur ces forums ou ces blogs, n'importe qui peut entrer en contact avec l'adepte d'une secte. Les adolescents ne constituent a priori pas une cible dans la mesure où il n'ont pas d'argent mais ils peuvent néanmoins être approchés quand ils ne vont pas bien ou sont en conflit avec leurs parents. On pourra leur apporter un certain nombre de réponses prémâchées.

Dans quelle mesure les hébergeurs de sites ou les fournisseurs d'accès ont-ils le pouvoir de neutraliser la diffusion de leurs idées ?
Techniquement, les possibilités existent. Le problème selon moi, c'est qu'aucun hébergeur ne va oser faire de la censure. Au-delà de ça, qui va juger qu'un mouvement est sectaire ou ne l'est pas ? Que ce soit la Miviludes , l'Unadfi, ou le Ciaosn en Belgique, nous avons tous le problème de poser le jugement. Nous n'avons pas de vérité à leur opposer. Nous ne jugeons pas le problème de la secte sur la définition elle-même, mais sur leurs agissements, quand ils sont sectaires. En les dénonçant aux autorités publiques. Mais pour l'instant, aucune procédure n'a été engagée contre des sites à proprement parler. Et la sacro-sainte liberté d'expression leur permet de se développer, de surfer sur cette vague.

 Internet est-il un outil efficace de conversion ?
Je ne pense pas qu'internet soit plus efficace. Les sectes ont su profiter d'un outil multimédia. Je suis persuadé qu'elles préfèrent malgré tout le face-à-face avec les personnes. Elles privilégient le contact personnel où une empathie peut passer. Néanmoins, c'est un média qui s'avère plus efficace dans tout se qui touche à la sphère des entreprises. Un dirigeant d'entreprise ne va pas aller à une réunion de la Scientologie, de Moon, ou de Raël pour chercher des modules de formation pour ses cadres. Il va en revanche préférer surfer sur le web, via des sites qui ressemblent à des portails de sociétés commerciales ordinaires et officielles, mais qui ne le sont pas. La présence des sectes dans ce domaine est assez nouvelle mais pas étonnante. Dans tout se qui touche au bien-être de la personne, au coaching, à la gestion d'équipe, elles se sentent compétentes.

Le domaine de la formation professionnelle, c'est aujourd'hui 10% de la présence sectaire, ce qui est assez interpellant dans la mesure où cela représenterait à peu près 4 000 prestataires, rien qu'en France. Internet représente un support propice dans le sens où vous pouvez tout écrire. Vous pouvez faire un site vitrine très beau, et créer à côté de cela un blog qui va dans le même sens. Ou bien créer un site qui se voudrait contre cette pensée tout en alimentant un forum où les gens diraient que ce n'est pas une secte via de faux témoignages. Tout cela, ce sont des techniques tout à fait classiques de manipulation de l'information.»

 * in L'autre actualité : blog du Contre journal/Libération du 13 avril 2008.

Pour ouvrir les débats ignorés ou tabous de l'actualité, le blog du Contre journal prend l'initiative. Chaque sujet sera exploré durant plusieurs jours. Avec les infos, contributions, témoignages de lecteurs et d'internautes, le Contre journal va devenir un lieu d'échange d'informations. Certains textes pourront alimenter la rubrique du même nom dans Libération. Cette page est animée par Karl Laske, journaliste au service société.

http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/04/sectes-sur-inte.html

* Sectes sur Internet: l'impunité.    Propos d’Aline Goosens recueillis par Benoit Pavan (in L’autre actualité, blog du Contre Journal/Libération.

Pour en savoir plus, lire l'article de Philippe Crouzillacq sur 01net.com. Les sites institutionnels et associatifs de prévention des risques sectaires et anti-sectes: CCMM (Centre de documentation, d’éducation contre les manipulations mentales), INAVEM (Institut national d’aide aux victimes et de médiation), UNADFI (Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu est spécialisée dans l’information sur les sectes, la prévention et l’aide aux victimes), CIAOSN (Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles, Bruxelles). D'autres sites indépendants luttent plus particulièrement contre l'église de scientologie et ses méthodes: Antisectes, Enturbulation, et Xenu.

Quand l'ombre des sectes plane sur le Web

C'est en 1997, avec le suicide collectif de 39 illuminés portant des baskets Nike noires que le grand public découvrait avec stupeur l'étrange mariage des sectes et d'Internet. A l'époque les membres d'Heaven's Gate avaient laissé un faire-part en ligne implorant les Terriens de rejoindre le vaisseau spatial qui suivait la comète Hale-Bopp, de passage cette année-là dans l'atmosphère...
Dix ans plus tard, les mouvements sectaires se servent plus que jamais du Web pour exercer leur magistère de prosélytisme. Dans son dernier rapport annuel, paru le 2 avril dernier et remis au Premier ministre, la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) rappelle ainsi le danger que représente la Toile en la matière, notamment pour les jeunes internautes. Elle y cite en particulier le culte du satanisme, auquel ils peuvent être facilement être exposés (forums, musique...)

Des praticiens peu recommandables

« Internet est un outil merveilleux mais où il est parfois très difficile de faire preuve d'un quelconque sens critique, explique Françoise Chalmeau, conseillère à la Miviludes. On peut y retrouver un maquis de sites très avenants, mais en fait fort peu recommandables. »
C'est le cas de ces sites qui font l'apologie de quantité de médecines douces (auriculothérapie, décodage biologique, sympaticothérapie, fasciathérapie...) et qui référencent des « praticiens » dont les titres académiques sont aussi ronflants qu'imaginaires.
Les consulter peut parfois enclencher un engrenage dangereux. « Cela va du stage de fin de semaine où l'on vous invite à participer à jeun à un séminaire dispensé par un personnage charismatique, que l'on n'ose appeler gourou, à la proposition de voyage à l'étranger qui offre aux drogués une rupture avec la toxicomanie, moyennant quoi on se retrouve parfois à consommer de l'iboga », souligne Françoise Chalmeau. Soit une plante considérée comme un stupéfiant depuis mars 2007.

Achats de mots-clés

Certains mouvements n'hésitent pas à jouer à fond la carte du Web. C'est le cas de l'Eglise de scientologie, qui s'en sert à des fins pédagogiques, pour promouvoir ses pratiques, mais aussi pour combattre ses ennemis. Et même, le cas échéant, comme le soulignait récemment le site The Inquirer, pour y dénoncer d'anciens adeptes de la secte qui revendent à bas prix des électromètres sur eBay (1).
Dans sa panoplie, la Scientologie utilise nombre de noms de domaine aux appellations énigmatiques (comme transparencedugouvernement.org, mentalementvotre.net ou amelioration-vie.com) qui redirigent vers des sites proposant les ouvrages de la secte. Une autre marotte scientologue réside dans l'achat de mots-clés et de liens sponsorisés, en rapport avec l'actualité ou les requêtes des internautes.
Ainsi en tapant « hyperactivité » sur Google, l'internaute risque fort de se voir proposer une visite sur le site de la Commission des citoyens pour les droits de l'Homme (CCDH), explique la Miviludes. A ne pas confondre, par exemple, avec la très officielle Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme. La première n'est qu'un faux-nez de la Scientologie, en lutte contre la psychiatrie.

 En Scientologie, ils sont utilisés « pour aider à localiser les zones de détresse ou de souffrance spirituelle qui existent au-dessous du niveau de conscience actuel de la personne », indiquait en 1995 le rapport Gest fait au nom de la commission d'enquête sur les sectes de l'Assemblée nationale. Vu le prix de vente aux fidèles, c'est aussi une source confortable de revenus pour l'Eglise de scientologie.

(1) Ces appareils permettent la mesure ou la mise en évidence de la charge électrique d'un corps.

Bien choisir un psychothérapeute en ligne
Dans une profession aussi peu réglementée que celle des psychothérapeutes, il est parfois difficile de départager le bon grain de l'ivraie. Encore plus en ligne. C'est l'un des thèmes forts du dernier rapport de la Miviludes.
Les psychothérapeutes référencés sur des sites d'annuaires, comme Pagesjaunes.fr, n'ont parfois de psychothérapeute... que le nom. Pour s'y retrouver, la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (FF2P) donne quelques conseils simples aux internautes, à commencer par la consultation de sites dignes de confiance (comme Quelpsy.com de Psychologies Magazine ou Psy-en-mouvement.com) où ne sont référencés que des praticiens évalués et sûrs.

Philippe Crouzillacq / 01Net.com / 09 04 2008

Livre: Internet et religion - les enjeux d'une mutation technologique

Premier livre publié à l'enseigne d'une série Religioscope, "Internet et religion" montre comment le Web ne change peut-être pas encore la manière de croire, mais crée de nouvelles possibilités et lance aussi aux institutions religieuses quelques défis.

"Ce n'est pas un guide des sites religieux sur l'Internet", avertit Jean-François Mayer, rédacteur en chef du site Religioscope et directeur de l'Institut Religioscope, auteur du livre
Internet et religionhttp://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&l=as2&o=8&a=2884740961, récemment paru chez l'éditeur suisse Infolio. L'auteur a choisi d'explorer les recoins parfois les plus inattendus du cyberespace pour comprendre quelles transformations le développement d'Internet entraîne pour les religions, et quelles perspectives cela ouvre pour l'avenir.

Au début, les grandes organisations religieuses n'ont pas toujours mesuré le potentiel de cet outil. Ce sont souvent des individus, fascinés par les nouvelles technologies, qui ont pris l'initiative de créer des sites: dans plus d'un diocèse catholique, les premiers sites furent le fait de bénévoles et d'initiatives individuelles; il arrive encore que de grandes organisations religieuses, par exemple dans le monde musulman, aient des sites de moindre qualité que ceux de groupes beaucoup moins représentatifs, mais d'autant plus actifs en ligne.

Cependant, la plupart des religions ont rapidement compris l'importance d'Internet et la nécessité d'y être présent. Religioscope avait relaté les réunions en 2002 et en 2003 de la European Christian Internet Conference (ECIC). Le Conseil pontifical pour les communications sociales publia en 2002 deux documents,
L'Eglise et Internet et Ethique en Internet. Ces exemples illustrent la prise en compte de ce média par les groupes religieux. Il est tout simplement devenu impossible d'ignorer Internet, et même des groupes très réticents, avec de rares exceptions, en arrivent à tolérer au moins un usage limité parmi leurs fidèles.

Internet soulève pourtant des interrogations, notamment par rapport à l'autorité religieuse. En effet, il est facile à des voix multiples de se faire entendre, de façon délocalisée, comme on le constate avec les cyberfatwas dans le monde musulman: au lieu d'aller consulter l'imam de la mosquée du lieu, un croyant en quête de réponses à ses questions peut s'adresser à des conseillers qui vivent à l'autre bout du monde, et ne le connaissent ni lui ni son environnement culturel et social. Internet aiguise ainsi la crise d'autorité qui traverse aujourd'hui le monde musulman, estime Jean-François Mayer.

Cela dit, rien d'étonnant si des sites de cyberfatwas et, plus largement, des sites offrant des conseils spirituels dans toutes les traditions religieuses rencontrent un certain succès: l'anonymat constitue en effet un atout du Web, permettant de poser des questions sans se gêner.

Mais les usages vont plus loin: le livre s'intéresse aussi aux pratiques religieuses en ligne et à l'émergence éventuelle de communautés virtuelles.

La pratique religieuse en ligne peut se borner à retransmettre des célébrations d'un culte, exactement comme cela existe déjà depuis plusieurs années avec des retransmissions télévisées. Mais certains sites s'efforcent de mettre à profit le caractère interactif du Web: parmi les cas les plus intéressants, ceux des pujas en ligne que proposent certains sites hindous, avec l'intégration d'éléments sonores et la possibilité, à l'aide de la souris, de présenter devant l'image divine des offrandes virtuelles ou de mouvoir une flamme virtuelle; l'importance de la dimension visuelle dans l'hindouisme favorise bien entendu ces expériences.

Certains sites, notamment chrétiens, proposent des cultes en ligne "à la carte": c'est en particulier le cas de cyberéglises, qui n'existent que sur Internet. Le fidèle choisit lui-même des éléments pour composer son culte et le célèbre où il veut et quand il veut: serait-ce l'aboutissement d'une démarche religieuse totalement individualisée?

Sans doute, mais ce n'est qu'un mode d'utilisation du Web parmi d'autres, et rien ne dit qu'il recueille l'adhésion d'un grand nombre d'internautes. A l'inverse, Jean-François Mayer admet que, malgré son scepticisme initial, il a découvert des phénomènes qui ressemblent bel et bien à l'émergence de communautés en ligne, que ce soit à travers des chaînes de prière ou des pratiques collectives de culte en ligne, comme nous pouvons par exemple les observer sur le site (créé par des méthodistes) St Pixels.

Internet permet-il de développer une activité missionnaire, d'atteindre de nouveaux fidèles potentiels? C'est e rêve de beaucoup de groupes religieux: avec le sentiment qu'il faut être sur Internet, parce que c'est là que les gens sont aujourd'hui, mais aussi parce que cet outil semble offrir la possibilité sans précédent d'atteindre simultanément toutes les régions du monde (à condition de pouvoir convaincre des visiteurs de venir sur son site, bien entendu!). Dans la réalité, cependant, plusieurs études suggèrent qu'un nombre important des gens religieusement actifs en ligne le sont également en dehors d'Internet.

Cela ne signifie pas que le potentiel missionnaire d'Internet n'existe pas: tout groupe religieux durablement actif sur Internet peut citer des exemples de contacts établis à travers cet outil parfois d'ailleurs curieusement pour rejoindre des personnes géographiquement proches, mais qui auraient peut-être hésité à franchir initalement la porte d'un lieu de culte. Mais il ne faut pas exagérer, à ce stade, l'impact d'Internet pour une activité missionnaire. Il est vrai que nous ne sommes encore qu'au début et que cela pourrait changer, au fut et à mesure qu'une partie importante de la population, dans les pays à forte pénétration d'Internet, intégrera de plus en plus l'ordinateur et le Web dans un usage quotidien.

L'étude de Jean-François Mayer suggère que, presque dans tous les domaines, Internet entraîne des effets doubles. Il a le potentiel de renforcer les tendances centralisatrices dans un groupe religieux (accès immédiat à la même information pour tous les fidèles, sans l'écran que peuvent représenter les niveaux intermédiaires, par exemple dans une institution religieuse à structure hiérarchique) – mais aussi de favoriser l'éclatement et l'individualisation (non seulement chacun peut développer ses propres interprétations et les mettre en ligne, mais tout utilisateur a également accès de façon aisée à une grande variété de points de vue).

Cette dualité apparaît également dans les controverses en ligne autour de mouvements religieux nouveaux et sectes, qui avait suscité au départ l'intérêt de l'auteur pour les usages religieux du Web. Dans les années 1990, rappelle Jean-François Mayer, notamment après l'affaire de Heaven's Gate (groupe californien qui avait commis un suicide collectif en 1997), des inquiétudes s'étaient exprimées: le groupe était en effet très actif sur Internet, y avait annoncé son "départ" et avait même tenté de recruter en ligne. Cependant, une analyse plus poussée montre que les efforts de recrutement en ligne n'avaient finalement permis de convaincre qu'une seule personne et que le groupe, dans ses efforts de prosélytisme, rencontré sur le Web plus de ridicule que de succès.

En revanche, d'anciens membres de groupes religieux devenus critiques envers ceux-ci ont trouvé dans Internet un terrain de prédilection: en effet, Internet permet même à une individu isolé et sans grandes ressources de faire entendre sa voix, alors que celle-ci serait souvent restée ignorée sans cet outil. Au lieu de photocopier des textes et de les distribuer laborieusement, il est possible de les mettre en ligne. Et, par la grâce des moteurs de recherche et de leurs algorithmes d'indexation, des sites critiques parviennent à se hisser parfois parmi les premiers résultats pour un mot-clé. Celui qui cherche de l'information en ligne sur un groupe, pour autant que celui-ci ait rencontré des oppositions ou suscité des controverses, trouvera probablement parmi les premiers résultats du moteur de recherche non seulement des pages favorables au groupe, mais aussi des pages critiques. Le livre en évoque plusieurs cas. Internet empêche ainsi de plus en plus des groupes (religieux ou autres), même relativement peu connus, de garder sous le boisseau des informations ou faits les concernant: les nouveaux moyens de communication et d'information créent une pression pour la transparence, ou permettent en tout cas l'accès à une multiplicité des sources d'information. Les règles du jeu changent donc, à une époque où tout journaliste et tout particulier, désireux de s'informer sur n'importe quel sujet, religieux ou non, aura de plus en plus le réflexe de consulter d'abord les informations en ligne à l'aide de moteurs de recherche.

Bien d'autres questions sont évoquées dans ce livre de lecture aisée, avec de nombreux exemples. Il permettra aux lecteurs de faire le point sur les usages religieux d'une nouvelle technologie qui est en même temps un phénomène de société dont les effets ne peuvent manquer de se faire sentir dans le champ religieux aussi.

A propos du livre de  Jean-François Mayer, Internet et religionhttp://www.assoc-amazon.fr/e/ir?t=religioscope-21&l=as2&o=8&a=2884740961, Gollion, Infolio, 2008, 188 p. 

Religioscope - 14 Jun 2008

 

Internet et religion 

Jean-François MAYER, Internet et religion

Paris, éditions Infolio, 2008. 185 p., 17 € 

 

Le livre de Jean-François Mayer fait un premier bilan, très provisoire, de l'intrusion d'Internet dans le domaine religieux. D'ores et déjà, on constate des effets extraordinaires, quoique limités sous certains aspects.

 

C'est en 1983 que fut créé le premier forum en ligne sur des thèmes religieux. Depuis, les sites et les blogues se sont multipliés par milliers. Au début du XXI° siècle, un million de sites religieux sont actifs. Si certains restent réticents, la plupart des organisations religieuses ont créé leurs sites, voire plusieurs, allant jusqu'à inciter leurs membres à créer leurs propres sites ou blogues pour occuper l'espace de la toile. D'où la diffusion de masses considérables d'informations qui arrivent brutes sur les écrans, quel que soit leur degré de fiabilité. Elles ne sont pas filtrées par les médias, mais libérées des règles de la déontologie. Une grande interactivité se manifeste entre les Internautes. D'où aussi un nivellement des hiérarchies, un individu isolé qui sait se débrouiller sur son écran ayant pour ses messages autant d'audience dans le monde entier qu'une grande Eglise. Certains voient en Internet l'outil d'une nouvelle société idéale, le créateur d'un nouvel espace spirituel, le lieu de l'accomplissement d'aspirations religieuses associées à la Cité céleste, la nouvelle Jérusalem. On est allé jusqu'à imaginer une cyberimmortalité. De nouvelles personnalités religieuses apparaissent parmi ceux qui participent si efficacement aux forums en ligne qu'ils deviennent des références. Cela concerne toutes les grandes familles religieuses : christianisme, islam, bouddhisme ... L'usage d'Internet et la mondialisation de la langue anglaise font éclater l'espace national, ignorent les sites géographiques d'autorité, délégitimisent les notables et atténuent la séparation entre laïcs et clergé. L'interactivité s'effectue en réseau, ce qui nie les principes de hiérarchie et d'autorité; elle permet des remises en question, n'induit pas d'acceptation automatique, est en harmonie avec une religiosité sans ancrage dans laquelle tout peut être relativisé. D'où des réactions sous forme de la recherche d'un Internet sans impuretés comme dans le site juif Nativ qui recréé un ghetto en ligne pour se protéger des influences du monde ambiant.

 

Internet développe le supermarché des religions, favorise le butinage spirituel, contrarie l'enracinement stable dans une tradition religieuse. De grandes religions sont placées sur le même plan que les groupuscules sous l'effet du nivellement sur la toile. Il ne faut pas prédire cependant un total bouleversement, parce que de grandes organisations, l'Eglise catholique d'abord, sont très présentes sur la toile. Celle-ci accueille aussi des chercheurs qui, tels le spécialiste des mouvements évangéliques Sébastien Fath, l'utilisent pour faire connaître leurs travaux à un public beaucoup plus vaste que le cercle étroit des spécialistes traditionnels.

Les blogues peuvent devenir des moyens de pression comme le montre l'élection en 2006 du pasteur Frank Page, soutenu par de nombreux blogueurs, au poste de président de la Southem baptist convention contre le candidat officiel proposé par les notables de cette structure.

Des sites suscitent des vocations religieuses ou sont les objets du premier contact de l'individu avec une religion à laquelle on adhérera peut-être. Des prêtres, rabbins, pasteurs ou lamas répondent en ligne à des questions personnelles qui leur sont posées Des musulmans peuvent diffuser des cyberfatwas, faisant perdre aux oulémas le monopole de l'autorité.

Il se créé des communautés religieuses en ligne, voire des Eglises en ligne, telle cette First international church of the web à la doctrine simple, aux conditions d'adhésion peu exigeantes, qui ordonne des pasteurs par le moyen d'Internet et qui ne propose guère d'activités communautaires. On peut participer à des cultes en ligne comme dans l'Elisabelhkirche (basée à Marburg) : d'un clic, on y allume un cierge. Dans la Church of all, basée à Tulsa en Californie, on peut composer soi-même les éléments du culte en ligne auquel on participe en incluant la sainte cène que l'on célèbre personnellement avec un pain et du vin réellement matériels. Des émigrés suivent sur leurs ordinateurs des cultes dans leurs langues maternelles. Des néo-païens ont créé des temples et des rituels en ligne ; dans la House of Netjer, le culte est effectivement célébré dans un lieu, mais étendu à la planète grâce à Internet.

Depuis les années 1990 on manifeste de l'inquiétude au sujet du prosélytisme que pratiquent des mouvements religieux controversés sur Internet ; cela a été accentué en 1997 par le suicide collectif du groupe californien Heaven's gale, qui recrutait grâce à des forums de discussion. Mais en fait cette secte n'a recruté qu'une personne par ce moyen et la moquerie que son site a suscitée a contribué à convaincre les membres qu'il fallait se suicider. Internet ne présente en fait pas plus de risques que les contacts personnels, et il est plus facile de couper une relation virtuelle que réelle. Toutefois il diffuse des idées et donne l'occasion d'un premier contact avec l'organisation à laquelle on adhérera peut-être. Il favorise l'existence discrète de convertis au christianisme en milieu musulman. Des sites tel l'évangélique cybermissions.org donnent une priorité au prosélytisme notamment en direction des pays d'accès difficile ; on utilise parfois des moyens détournés pour intéresser, par exemple des conseils aux sportifs dans lesquels on glisse un message religieux.

 

Les néo-païens, qui recrutent beaucoup chez les chercheurs et les informaticiens, sont très actifs sur Internet. La relation entre le néo-paganisme et la technologie moderne trouve ses racines dans la contre-culture américaine ; Silicon Valley et le renouveau païen de Californie ont émergé ensemble dans la région de San francisco. Le paganisme est un milieu de créativité ouvert à l'expérimentation. Les païens sont souvent peu intéressés par le prosélytisme mais veulent se faire connaître et créer des réseaux. Le plus souvent, ils ne restaurent pas le paganisme antique ; beaucoup empruntent à diverses traditions ; Internet favorise l'interaction entre les diverses traditions païennes qui s'influencent réciproquement. On remarque une opposition entre paganisme à connotation raciale - voire raciste - et païens opposés à la politisation de leur univers spirituel.

Internet est un espace de guerres de religion. Les sites hostiles aux groupes religieux font découvrir aux adeptes une autre image que celle qu'ils en avaient, d'où des défections. Des apostats créent des sites ou des blogues dans lesquels ils critiquent l'organisation qu'ils ont quittée. Internet brouille la frontière entre les fidèles, les non membres et les apostats. Il met en contact des personnes appartenant à des groupes dont les visions d'une même organisation sont différentes. Il peut être aussi un exutoire pour des mécontents. Un mouvement attaqué qui n'utilise pas Internet laisse le monopole de la toile à ses adversaires. Les réactions aux agressions sont diverses : contre attaquer énergiquement sur la toile, ou en justice contre ce qui y est publié (exemple de la Scientologie, mais ses initiatives ont pour elle l'inconvénient de susciter des réactions de solidarité en faveur des sites qu'elle attaque). Ou développer une forte présence en ligne pour occuper l'espace et donner une bonne image de soi. Certains comme les Mormons ne gaspillent pas beaucoup de temps ni d'énergie pour controverser contre leurs opposants et ont préféré créer un site où ils se présentent comme ils veulent qu'on les conçoive. Une autre réaction consiste à dé légitimer et à ignorer Internet. Les Témoins de Jéhovah par exemple incitent à la prudence vis-à-vis de ce medium et ont des sites officiels sans grande interactivité. Leur hiérarchie tolère des sites de rencontre entre témoins de Jéhovah en vue d'éventuels mariages, mais n'incite guère les adeptes à créer leurs sites. The way international a attendu 2001 pour créer son site officiel. Paradoxalement, la branche exclusive des Frères de Plymouth interdit à ses membres d'utiliser Internet mais a créé son site pour ne pas laisser le champ libre à ses opposants. Les TWO-by-twos ont laissé leurs ennemis occuper la toile sans réagir, mais leur mise en garde contre Internet a manqué d'efficacité, et des membres ont fait défection ; d'autres ont pris l'initiative d'intervenir en faveur de leur confession dans des forums de discussion en ligne et ont de ce fait transgressé l'interdit. Pour Mgr. Gaillot, évêque catholique en disgrâce muté de son diocèse bien réel d'Evreux pour recevoir la charge de celui, fictif, de Partenia qui n'existe plus depuis le premier millénaire, Internet a été un outil de contre attaque : il a créé le site Partenia qui est devenu un évêché sans territoire délimité parce que l'espace de sa juridiction s'est étendue au monde entier. 

On notera aussi l'existence inquiétante de sites jihadistes, pas toujours bien contrôlés par les chefs d'Al Qaïda et donc susceptibles du susciter des initiatives qui vont à l'encontre de leur stratégie.

Internet favorisera t-il des mutations des religions ? Jean-François Mayer constate que pour l'instant les religions, grandes ou petites, ne semblent pas subir de mutations importantes dans leurs essences.

 Dans cet ouvrage, Jean-François Mayer fait le point sur un phénomène en évolution rapide. Un fait est d'ores et déjà avéré : ni les religions, grandes ou petites, ni leurs opposants, ni les chercheurs ne peuvent plus ignorer Internet qui est devenu un outil incontournable, mais aussi incontrôlable tant le nombre de sites et de blagues est élevé. On en est à une première édition de ce livre. Les éventuelles rééditions ne pourront qu'être revues et corrigées en fonction de ce qui sera publié sur la toile et des répercussions qui suivront. 

Bibliographie - Bernard Blandre - Mouvements Religieux  


INVITATION A LA VIE INTENSE (IVI)

Secte à l’UBO. La « sale rumeur » au tribunal 

Des professeurs de l’UBO qui se jettent des accusations au visage, une secte guérisseuse, des pratiques charlatanesques... Le tribunal correctionnel de Quimper jugeait, hier, une ubuesque affaire de dénonciation calomnieuse. 

C’est une lettre adressée au procureur de la République de Quimper et aux directeurs de la Ddass et de la Santé publique qui a mis le feu aux poudres, en mai 2004. Un professeur du département de psychologie de l’UBO y dénonce l’implantation de la « secte guérisseuse » Invitation à la vie intense (IVI) au sein de l’université brestoise et dans différents établissements médicaux ou hospitaliers du Finistère. Dans cette lettre, pêle-mêle, sont aussi signalées une « pratique douteuse et dangereuse », la Communication facilitée, et un projet thérapeutique décrié, « Lieu d’agir » ou « Arrêt d’agir ».

Gendarmes RG et DST !

L’auteur du courrier va plus loin et désigne, sans les nommer, trois médecins et/ou universitaires facilement identifiables... qui finissent par apprendre l’existence du courrier. Deux d’entre eux portent plainte. Quatre ans plus tard, l’affaire arrive devant le tribunal correctionnel de Quimper. Les deux universitaires et praticiens dénoncés font-ils partie d’une quelconque secte ? Pas moins de quatre services différents ont mené chacun leur enquête : gendarmerie, inspection générale de l’Éducation nationale, RG et même la DST ! Toutes ont conclu par la négative. « Il s’agirait d’une histoire de "haine recuite", de rivalités entre universitaires », avancent deux enquêtes.

« J’ai les noms ! »

Hier, à la barre, le professeur a renouvelé ses accusations. « J’ai les noms d’une centaine de médecins, psychiatres, universitaires, dont certains travaillent encore dans des structures médicales ou hospitalières de la région brestoise, et qui appartiennent à IVI. Mais je n’ai jamais accusé ceux qui m’accusent aujourd’hui de dénonciation calomnieuse d’en faire partie ! Ce sont eux qui m’accusent à tort ! » Tout juste le prévenu reconnaît-il des « maladresses » dans l’écriture de la lettre de dénonciation. « C’était mon devoir de citoyen et de médecin. Je l’ai fait dans le seul but de préserver la santé d’enfants déjà fragiles », assure-t-il sur le ton de la sincérité. Un autre médecin a signalé les mêmes dérives, dans les Côtes-d’Armor. « Mais lui n’a pas été poursuivi », fait observer M e Coroller-Bequet, l’avocat du prévenu. Le médecin en question, lui, n’a dénoncé personne en particulier.

Spiritisme et quartier de haute sécurité...

« Les faits de dénonciation calomnieuse sont incontestables. Le délit est très clairement constitué », martèlent M e s Fillion et Omez, les avocats des deux universitaires-praticiens. Le ministère public acquiesce. Et requiert 10.000 € d’amende, dont la moitié ou les deux-tiers avec sursis. L’avocat du prévenu fait une tout autre lecture de la lettre attaquée. « Mon client n’a jamais accusé ses deux collègues d’appartenir à IVI, mais d’avoir apporté leur soutien aux deux autres pratiques décriées. L’une n’est, ni plus ni moins, qu’une sorte de spiritisme qui tend à faire parler des enfants lourdement handicapés, privés de l’usage de la parole, des fœtus ou même des morts ! L’autre a été dénoncée par l’ONU comme étant comparable au traitement enduré par un détenu en quartier de haute sécurité ! Mon client n’a fait que son devoir ! » Délibéré le 30 octobre.

Hervé Chambonnière - LE TELEGRAMME.COM 12 septembre 2008


IRAK

Dans la région de Mossoul, en Irak, les violences antichrétiennes se déchaînent

Au moins onze personnes ont été assassinées ces quinze derniers jours à Mossoul, ville du nord de l'Irak abritant une forte communauté chrétienne

«C'est la campagne la plus violente contre les chrétiens depuis 2003. » Le constat émane de Duraïd Kachmoula, gouverneur de la province de Ninawa (l'ancienne Ninive) située dans le nord de l'Irak, aux portes du Kurdistan. La province abrite une importante et très ancienne communauté chrétienne, en particulier à Mossoul, la deuxième ville du pays, mais aussi dans les villages alentours. Or elle est, depuis le début d'octobre, le foyer d'une flambée sans précédent d'attaques antichrétiennes. Selon le gouverneur, au moins onze fidèles y ont été assassinés en raison de leur confession. Parmi eux, affirme AsiaNews, Ziad Kamal, un commerçant handicapé âgé de 25 ans, assassiné dans le quartier de Karama, ainsi qu'Amjad Hadi Petros et son fils, tués mardi dans le quartier de Sukkar. Samedi 4 octobre, c'est Hazim Thomaso Youssif, âgé de 40 ans, qui a été tué par balle devant son magasin de vêtements, ainsi qu'un garçon de 15 ans, Ivan Nuwya, assassiné à coups de revolver sur le seuil de sa maison, dans le quartier de Tahrir.

Par ailleurs, trois maisons appartenant à des chrétiens ont été détruites à l'explosif samedi dernier à Souka, le quartier nord de Mossoul. « Deux d'entre elles étaient vides, les familles ayant déjà pris la fuite, rapporte Joseph Yacoub, professeur de sciences politiques à l'Université catholique de Lyon et spécialiste des chrétiens d'Irak (1). Quant à la troisième, on en a fait évacuer la famille avant de la faire exploser. »

Ces actes barbares sont les nouvelles étapes d'une longue série. En février dernier, l'archevêque chaldéen de Mossoul, Mgr Paulos Faraj Rahho, a été kidnappé et retrouvé mort. Son assassinat, qui suscita la réprobation internationale, conduisit le premier ministre irakien Nouri Al Maliki à s'engager à protéger la communauté chrétienne. Mais aujourd'hui la violence s'est encore élevée d'un cran : davantage d'enlèvements ciblés, donc davantage de demandes de rançon, mais aussi des assassinats purs et simples, « en pleine journée », affirment de nombreuses sources irakiennes.

Résultat : l'exode des chrétiens, déjà massif (250 000 des 800 000 chrétiens d'Irak auraient déjà fui leur pays depuis le début de la guerre) s'est encore accéléré. Vendredi et samedi dernier, a reconnu le gouverneur de la province, « 932 familles chrétiennes ont fui leurs maisons à Mossoul pour se réfugier dans les villages chrétiens au nord et à l'est de la ville ».

Autre tournant : alors que jusqu'ici les déclarations d'intention du gouvernement n'avaient jamais été suivies d'effet, près de 900 policiers irakiens ont été déployés d'urgence hier à Mossoul pour protéger les chrétiens. « Deux brigades ont été envoyées dans les quartiers chrétiens, et les églises sont sous haute surveillance, a déclaré hier à l'AFP Abdel-Karim Khalaf, porte-parole du ministère de l'intérieur à Bagdad. Nous avons également envoyé deux équipes, l'une de sécurité l'autre criminelle, pour enquêter sur les incidents. » Vont-elles réussir à faire la lumière sur les auteurs de ces crimes ?

Déjà, tous les regards convergent vers les terroristes d'Al-Qaida, chassés par le gouvernement irakien des villes du Sud et qui se seraient réfugiés en nombre à Mossoul. Selon des témoins, des inconnus sillonnent les quartiers chrétiens en véhicule, interpellant les riverains et les sommant de quitter les lieux au plus vite sous peine de représailles.

« Nous sommes la cible d'une campagne de liquidations, une campagne de violences aux objectifs politiques, dénonce Mgr Louis Sako, archevêque chaldéen de Kirkouk, dans un entretien à l'AFP. Ceux qui nous visent cherchent à en tirer un avantage politique : soit en poussant les chrétiens à quitter le pays, soit pour les forcer à s'allier avec des groupes dont nous refusons les projets. » Son appel aux habitants de Mossoul aurait, en tout cas, été entendu. « Sur le site de la communauté chrétienne d'Irak (2), remarque Joseph Yacoub, certains racontent que des familles sunnites leur auraient proposé de les héberger et de les protéger. »

De Rome, les évêques du monde entier réunis au Synode ont tenu à exprimer leur soutien à leurs frères irakiens. Ainsi mercredi soir, lorsque Mgr Nikola Eterovic, secrétaire général du Synode, a signalé l'anniversaire du cardinal Emmanuel III Delly, patriarche de Babylone des chaldéens, une salve d'applaudissements a retenti, à laquelle s'est joint Benoît XVI. Le pape a profité hier d'une messe de canonisation pour inviter les 40 000 pèlerins réunis à « prier pour la réconciliation et la paix alors que des situations provoquent l'inquiétude et une grande souffrance » : « Je pense aux populations du Nord-Kivu en République démocratique du Congo, et aux violences contre les chrétiens en Irak et en Inde », a précisé Benoît XVI.

Anne-Bénédicte HOFFNER - La Croix du 13 10 2008

(1) Auteur notamment de Menaces sur les chrétiens d'Irak (CLD, 200 p., 20 €), il vient de publier Fièvre démocratique et ferveur fondamentaliste (Cerf, 212 p., 18 €).(2) ankawa.comRetrouvez notre dossier spécial sur les chrétiensd'Irak.

 


IRAN

Les fondations religieuses prospèrent en Iran

Les « bonyads », de puissants holdings créés avec les biens confisqués à la révolution, censés aider les pauvres, s'enrichissent sur la face cachée de l'économie iranienne. 

«Nous ne coopérons pas avec le gouvernement, ni aucun organe officiel. Nous ne posons ni ne répondons à aucune question, à l'exception de celles du Guide suprême de la révolution » : Mohammad Zarrabi, responsable pour les affaires internationales de la fondation Astan-e Qods-e Razavi, est d'une franchise déconcertante.

Astan-e Qods, littéralement « le seuil sacré », a la charge du mausolée de l'imam Reza, le principal lieu saint du chiisme en Iran, situé à Mashhad, à l'extrême est du pays. Mohammad Zarrabi la définit comme une ONG. Son statut religieux et son ancienneté mis à part, elle est surtout l'une des principales fondations iraniennes, ou bonyad : un nuage de holdings islamiques opaques, sans doute peu rentables, mais extrêmement riches.

Ces firmes ont été créées pour la plupart après la révolution de 1979, avec les biens confisqués aux grandes familles liées au chah, dont elles devaient redistribuer les revenus au peuple. Elles publient à peine leurs comptes, n'en répondent pas au gouvernement mais directement au Guide suprême Ali Khamenei, qui nomme leurs directeurs. Selon le site Internet Baztab, proche des conservateurs pragmatiques, leurs biens se chiffreraient entre 20 et 27 milliards d'euros, une fourchette basse.

Astan-e Qods est un véritable État en marge de l'État iranien. La phrase de l'ayatollah Khomeyni, « Astan-e Qods est le cœur de l'Iran », le rappelle aujourd'hui sur la façade de nombre de ses bureaux. La fondation a fait de « sa » province du Khorassan, à la frontière afghane, la « ferme du Moyen-Orient ». Elle possède 64 filiales, certaines cotées en Bourse, actives dans le bâtiment, l'industrie automobile et les transports, les mines, et s'intéresse aux énergies fossiles. Elle a créé en 1996 une zone franche à Sarakhs, à la frontière avec le Turkménistan, un riche complexe industriel et agroalimentaire, doté d'un aéroport. Cent vingt-cinq mille familles travaillent plus ou moins directement pour elle.

Le mausolée de Reza, le huitième imam des chiites, est révélateur de ses biens. Les dômes couverts d'or dominent le cœur de Mashhad. Les précieuses mosaïques en son centre, le labyrinthe de ses cours, parcouru en permanence par des dizaines de milliers de pèlerins venus de tout l'Iran, sa bibliothèque où sont conservés des Corans de haute valeur, en font un joyau de l'islam iranien.

Partout on y croise des échafaudages, de nouvelles salles de prière en construction... Les salles souterraines s'étendent sur 33 000 m². Entre 70 000 et 100 000 personnes - bien plus pour l'Achoura et les grandes fêtes religieuses - s'y recueillent.

En sortant de Mashhad par le Sud, on croise encore la grande masse blanche de l'hôpital Razavi, construit il y a juste deux ans et administré par la fondation. Puis des kilomètres de plantations d'arbres fruitiers, de forêts protégées par de hauts murs, de champs, propriétés d'Astan-e Qods. À l'étalage des épiceries, on trouve des gâteaux, des friandises et tous les produits de marque Razavi. De nombreux habitants de Mashhad possédant leur maison, paient un loyer, minime, à la fondation, véritable propriétaire des sols. La rumeur veut qu'Astan-e Qods possède les trois quarts de la ville. Mohammad Zarrabi dément : « Seulement la moitié. »

« Les fondations sont censées aider les plus démunis et développer le pays, assène l'économiste Fariborz Raïs Dana. Elles servent surtout à certains mouvements politiques, pour augmenter leur influence. » La plus puissante d'entre elles, la Bonyad Mostazafan, ou « Fondation des déshérités », est dirigée par un ancien ministre de la défense. Son conseil d'administration compte de hautes figures religieuses et politiques, d'anciens militaires, ce qui lui assure des liens avec les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime. Certains économistes la soupçonnent de financer l'armement du Hezbollah libanais.

En 2004, la fondation s'est séparée de ses activités d'aide aux vétérans de guerre pour se concentrer sur les affaires. Elle est active dans la construction, les transports, les mines, le tourisme (la station de ski de Dizin où la jeunesse dorée de Téhéran s'aère), l'agroalimentaire: elle possède le Zam zam cola, l'un des principaux rivaux des sodas américains au Moyen-Orient.

Officiellement, en 2004, elle affichait 2,14 milliards d'euros de biens. Jusqu'en 2002, elle était exemptée d'impôts comme les autres fondations. En 2004, elle a reversé 10 000 € à l'État, 250 000 € l'année suivante, 8 millions d'euros en 2006, selon le quotidien économique Sarmayeh. « Leur faire payer l'impôt les oblige à rationaliser leur gestion, souligne le journaliste Moh sen Chamchiri. Le vrai problème des fondations, c'est leur irresponsabilité. »

Depuis 2002, l'État iranien a engagé une vague de privatisations. Une commission parlementaire étudie depuis deux ans la possibilité de détacher certaines compagnies des fondations, pour les rendre compétitives. Mais dans le même temps, la Fondation des déshérités annonce son intention de se porter acquéreur des compagnies 100 % étatiques, qui passeraient dans le secteur « privé ».

IMBERT Louis - La Croix du 11 février 2008

Un parc « féminin » sans voile à Téhéran

Le maire de la capitale iranienne a inauguré un espace public strictement réservé aux femmes

La ville de Téhéran a inauguré, le mois dernier, son premier parc public réservé aux femmes. Elles peuvent s'y rendre habillées selon leurs désirs, puisque le code vestimentaire de la charia ne s'applique pas pour les endroits interdits aux hommes.

Ce projet est un succès auprès des Téhéranaises. Aussitôt passé les gardes de l'entrée du parc, Nasrine, 39 ans, laisse tomber son voile et déboutonne sa tunique. « C'est un bon endroit pour respirer et s'habiller comme on veut. C'est ce qu'on peut souhaiter de mieux dans un pays islamique », explique-t-elle. Nahid Foadi, 50 ans, est aussi de cet avis. « Il faut construire de tels parcs partout », affirme-t-elle, ses raquettes de badminton à la main. Elles sont nombreuses à dire se sentir plus en sécurité dans ce parc de vingt hectares dont tout le personnel est féminin. La garde masculine est cantonnée à l'extérieur de l'enceinte.

Mohammad Baqer Qalibaf, le maire conservateur de Téhéran et rival du président Mahmoud Ahmadinejad, entend ouvrir trois autres parcs « féminins » prochainement. « Il y a 1 500 parcs à Téhéran et des centaines de centres de sport réservés aux hommes. Il est nécessaire de créer quelques parcs pour les femmes, qui constituent 50 % de la population », a-t-il déclaré. Cet intérêt pour la gent féminine s'explique sans doute par la prochaine élection présidentielle, prévue pour 2009.

« Je pense que Qalibaf a décidé de lancer le parc pour obtenir le vote des femmes », indique Nasrine. Certains dénoncent vivement cette décision, estimant que l'inauguration d'un tel parc rétrograde le statut de la femme en Iran. Ils craignent que cela n'encourage encore la ségrégation, déjà subie dans les transports en commun et les cantines d'université, de même que dans les stades dont l'accès est réservé aux hommes. « Les hommes doivent être éduqués à se comporter en citoyens responsables et à respecter les femmes », insiste Sogol Zand, universitaire spécialiste des relations hommes-femmes.

En Iran, le code vestimentaire est officiellement imposé dans le but de protéger la vertu des femmes et d'éviter aux hommes une excitation sexuelle contraire à la charia, la loi fondamentale du pays.

Annick Papillon - La Croix du 17/06/2008

 


 

ISLAM

Le retour à la foi copte est admis par la justice égyptienne

Douze chrétiens qui avaient rejoint l'islam vont pouvoir retrouver leur religion d'origine.

Qu'a décidé le tribunal ?

Pour la première fois en Égypte, le Haut Tribunal administratif, une instance dont les jugements sont sans appel, a autorisé 12 coptes (chrétiens d'Égypte) convertis à l'islam à réintégrer leur foi d'origine. « C'est un jugement historique. Une victoire de la liberté de la foi en Égypte, en application de l'article 46 de la Constitution », a clamé Me Ramsès El Najjar, l'un des avocats des plaignants.

Pourquoi des plaignants étaient-ils empêchés de revenir au christianisme ?

Ce jugement, qui va marquer une évolution de la législation, est l'aboutissement d'une longue lutte. Depuis trois ans environ, des centaines de coptes revenus au christianisme se heurtent au refus du ministère de l'intérieur d'inscrire sur leur carte d'identité la mention de « chrétiens » et non de « musulmans ». Chrétiens pour l'Église, ils demeuraient musulmans devant l'État.

Nombre d'entre eux ont intenté un procès à ce ministère, et cela aussi pour la première fois. En 2006, le tribunal administratif du Caire avait tranché en faveur de 30 cas. En revanche, le 24 avril 2007, ce même tribunal, présidé par un autre juge, avait déclaré l'irrecevabilité de 45 cas en se basant sur la loi coranique et non sur la loi égyptienne. Il avait même agité le spectre de la peine de mort réservée aux apostats.

Appel avait été interjeté contre ce jugement devant le Haut Tribunal administratif. Il vient enfin de porter ses fruits. Toutefois, selon la cour, la carte d'identité devra spécifier que ces personnes ont « temporairement adopté l'islam ». Cela pour « éviter toute manipulation ou dissimulation des conséquences juridiques ou sociales créées lors de cette conversion ».

Comment a réagi l'Église copte ?

« Le 9 février est un jour historique, a réagi l'Amba (évêque) Morcos, porte-parole du pape copte-orthodoxe Chénouda III. Nous remercions Dieu pour ce jugement qui est très bon. Mais nous aurions souhaité que la carte d'identité des demandeurs ne porte pas la mention : "ont temporairement adopté l'islam". Certains risquent de les traiter d'apostats. Et nul n'ignore les conséquences d'une telle accusation. »

Mounir Abdel Nour, secrétaire général du Néo-Wafd, parti laïc et libéral, partage ces craintes. « C'est un pas en avant mais cela ne satisfait pas nos aspirations, souligne-t-il. En Égypte, toutes les ONG des droits de l'homme réclament la suppression de la religion dans les papiers officiels. » Selon les avocats des plaignants, ce précédent devrait s'appliquer aux 457 cas présentés devant les divers tribunaux administratifs.

AMMOUN Denise - La Croix du 11 février 2008

La formation théologique des imams reste une priorité

Vingt-cinq étudiants musulmans, ayant vocation à devenir imams ou aumôniers, suivent depuis mardi le cursus « Religions, laïcité, interculturalité » proposé par l'Institut catholique de Paris. Leur formation théologique, elle, est assurée dans d'autres instituts en France ou à l'étranger.

Cette formation, intitulée « Religions, laïcité, interculturalité », est proposée par le Centre de recherche sur la paix de la Faculté des sciences sociales et économiques (Fasse) de l'Institut catholique de Paris et sanctionnée par un diplôme de niveau bac + 3. Elle concerne quatre domaines : culture générale (histoire des valeurs républicaines, institutions, rhétorique), juridique (droit français, droits de l'homme, droit français des religions, économie et gestion du culte), religieux (religions, laïcité et sécularisations, ouverture aux mondes religieux, pratiques musulmanes, religion et philosophie), interculturel (pratiques de l'interculturalité, politiques publiques d'intégration, médiations culturelles). Soit 210 heures de cours, répartis de janvier à juin, conclus par la rédaction d'un mémoire. Elle s'adresse aux cadres cultuels, mais a vocation à s'ouvrir aux cadres associatifs, travailleurs sociaux, éducateurs et enseignants confrontés aux questions interculturelles et religieuses. Pour les futurs cadres religieux musulmans, cette formation vient en complément d'une formation théologique dispensée par différents instituts musulmans en France ou à l'étranger. Elle est en phase avec le rôle particulier, social et civil, que les imams sont amenés à endosser en France et qui dépasse le strict domaine religieux et cultuel.

Comment sont formés les cadres de l'islam en France ?

Au début des années 1990, les organisations musulmanes hexagonales ont pris conscience de la nécessité de former des cadres religieux et associatifs. Jusque-là, elles s'accommodaient d'imams venus des pays d'origine, de la présence d'imams âgés bénévoles ayant une formation religieuse minimum, ou d'autodidactes sollicités pour diriger la prière. Deux instituts privés ont alors vu le jour : l'Institut européen des sciences humaines, à Saint-Léger-de-Fougeret (Nièvre), rattaché à l'UOIF (l'Union des organisations islamiques de France) et qui a ouvert une antenne en Seine-Saint-Denis, et l'Institut supérieur de théologie de la Grande Mosquée de Paris. Ces instituts ont une vocation plus théorique que pratique à former des imams susceptibles d'encadrer religieusement les musulmans de France. Seule une minorité de leurs étudiants souhaitent en effet jouer un rôle d'encadrement. Les rares qui envisagent de s'y investir durablement n'ont aucune assurance de trouver un emploi rémunéré correspondant à leurs compétences, les associations (exception faite des associations turques qui salarient toutes leur personnel religieux) n'ayant la plupart du temps pas les moyens de rémunérer leur personnel cultuel et de lui assurer une protection sociale.

Des questions se posent sur l'enseignement dispensé par ces instituts, qui ont tendance à survaloriser la dimension normative de l'islam au détriment de l'aspect théologique, spirituel et philosophique. D'autres initiatives ont été prises pour donner aux musulmans une formation permettant de prendre en charge la direction religieuse d'une communauté ou d'approfondir les connaissances théologiques, juridiques et sociologiques. Depuis de nombreuses années, les gouvernements souhaitent aussi mettre en place un cursus universitaire public de théologie musulmane : le but est de rompre avec la logique d'« importation » des imams et de former un personnel cultuel adapté à la société française.

Comment compléter la formation des imams venus de l'étranger ?

Plus de 80 % des 2 000 imams (selon un spécialiste du ministère de l'intérieur) officiant en France sont issus de pays étrangers. Certains sont diplômés d'universités égyptienne (Al-Azhar), tunisienne (Zeytouna), marocaine (Qarawyine), ou des départements de théologie des universités d'Ankara et Istamboul. Ils maîtrisent mal les règles juridiques, cultuelles et politiques françaises, et ne parlent souvent pas français. Des associations musulmanes les incitent à suivre des cours à l'université française ou proposent des formations ponctuelles. Mais il reste beaucoup à faire. La formation proposée par l'Institut catholique de Paris est un élément de réponse.

Martine de SAUTO  - La Croix du 31/01/2008

Imams de France

La Catho de Paris a commencé un cycle de cours non théologiques pour de futurs ministres du culte musulman

L'étonnant, c'est leur étonnement. Celui des personnes ou des groupes qui s'inquiètent de voir l'Institut catholique de Paris contribuer à former des imams, comme il a commencé de le faire cette semaine. Au « mieux », ils déplorent qu'une institution confessionnelle vienne ainsi en renfort d'une autre religion. Au « pire », ils disqualifient a priori la « Catho » pour transmettre les vertus de la laïcité aux futurs cadres musulmans...

Que se passe-t-il donc ? D'abord, précisons que l'Institut catholique s'est ainsi engagé après que des institutions universitaires aussi prestigieuses que « laïquement correctes » (la Sorbonne, par exemple) s'y sont refusées, et après l'échec de filières créées au sein d'instances islamiques françaises. Et il l'a fait en lien avec les instances publiques en charge du dossier, notamment au sein du ministère de l'intérieur et de celui de l'immigration.

Rappelons, aussi, que la formation en question n'est pas doctrinale. Proposée par la Faculté des sciences sociales et économiques de la Catho (et non la Faculté de théologie), elle porte sur le fait religieux, certes, mais sans aucun caractère confessant : ce n'est pas dans une enceinte chrétienne que les futurs imams apprendront à psalmodier le Coran. Mais elle comporte également l'histoire de France et les valeurs républicaines, le droit et la gestion des cultes, les modalités et les enjeux du dialogue interculturel. On voudra bien, au moment où il est question d'une reconnaissance publique des universités catholiques, faire à une telle faculté le crédit d'une qualité académique irréprochable, tant en rigueur de l'enseignement qu'en exigence de travail des étudiants.

Où est le risque, alors ? Peut-être simplement le « risque » inhérent à toute irruption d'une altérité. L'islam est aujourd'hui, en France, cet « autre » qu'il faut accueillir, dans les meilleures conditions possibles car ses adeptes, de fait, partagent désormais le sort de la nation. Or, cette religion ne dispose pas encore des lieux et instances nécessaires pour être décemment enseignée et célébrée. Ceux qui ne voient là qu'une « sainte » alliance de la croix et du croissant en seront pour leurs frais. La France tout entière gagnera à ce que la foi et la raison s'éclairent mutuellement.

KUBLER Michel : La Croix du 31/01/2008

Le recteur de la Catho de Paris explique le sens d'une formation pour des imams

Le recteur de la Catho de Paris explique le sens d'une formation pour des imams

Invité dimanche du «Jour du Seigneur» « C'est aussi de l'info » en coproduction avec La Croix sur France 2, le recteur de l'Institut catholique de Paris Pierre Cahné a expliqué le sens du cycle « Religion, laïcité, interculturalité » que la Catho a ouvert pour de futurs imams. « Ce n'est certainement pas une formation d'imams, a-t-il souligné. Il ne comporte aucune formation théologique, mais apporte sa contribution à une formation aux valeurs de la République française. C'est un complément de formation pour des personnes qui ne sont pas de culture française mais doivent s'adresser nécessairement à des francophones. » « Il y a 4 millions de musulmans en France, attachés à leur culture et pour qui il est nécessaire d'apporter tous les éléments intellectuels et moraux qui leur permettront de s'intégrer harmonieusement dans cette société. »

La Croix du 04/02/2008

Un député néerlandais veut attaquer le Coran

Les autorités des Pays-Bas s'inquiètent du projet d'un député d'extrême droite voulant réaliser un film contre le Coran

Appel au boycottage, manifestations devant les ambassades émaillées parfois de violences, menaces contre les ressortissants installés dans certains pays musulmans : aujourd'hui c'est du Danemark qu'il s'agit à nouveau, après la vague de violences antidanoises de 2006, mais les Pays-Bas redoutent d'être la prochaine cible. Pour un pays qui a fait fortune grâce aux échanges internationaux, l'affaire est d'importance et le gouvernement est monté en première ligne.

C'est une certaine conception de la liberté d'expression qui est l'origine commune de ces menaces. La presse danoise a récemment publié à nouveau une des caricatures du prophète de l'islam, Mohammed, qui avaient enflammé une partie du monde musulman il y a deux ans. Les journaux de Copenhague entendaient ainsi protester contre un projet d'attentat contre un des dessinateurs incriminés.

Aux Pays-Bas, c'est un député néerlandais d'extrême droite qui est à l'origine de la tension. Il aurait réalisé un film montrant que le Coran est « un livre affreux et fasciste ». À ce stade, on ignore toujours si ce projet annoncé en novembre aboutira et sera diffusé en mars comme le prévoyait le député Geert Wilders. Intitulé Fitna, un mot arabe qui illustre la division et la « rude épreuve » à laquelle est soumise la communauté musulmane, ce court métrage est censé être diffusé sur un site Internet.

Selon un quotidien néerlandais qui a pu en visionner quelques plans, Fitna mélange des images d'actualité (une décapitation en Irak, une lapidation en Iran...) avec des sourates du Coran. « Le plan d'ouverture montre à gauche la couverture d'un Coran, et à droite le texte «Avertissement : ce livre contient des images choquantes» », selon De Telegraaf.

Avant même de connaître la réalité du projet, des États islamiques et le gouvernement néerlandais se sont alarmés, tout comme les représentants des communautés musulmanes des Pays-Bas, qui appellent au calme. L'Iran ou l'Égypte se sont indignés et ont menacé les Pays-Bas de sanctions économiques. Le Pakistan a « involontairement » perturbé le site d'échange de vidéo YouTube au motif, faux, qu'il contiendrait une bande-annonce de Fitna.

Geert Wilders a été convoqué pour la deuxième fois avant-hier soir par les ministres des affaires étrangères et de la justice, pour « une heure d'intimidation pure », selon l'intéressé. Les ministres ont dit vouloir lui faire prendre conscience des « dégâts » qu'il risquait de causer et des suites judiciaires possibles en cas de blasphème ou d'incitation à la violence. Ce seraient les seules raisons légales de censurer ce film, mais a posteriori uniquement.

Geert Wilders n'en a cure. Dans un royaume qui fonctionne depuis des siècles sur le consensus, il apparaît comme un trublion et pas seulement à cause de sa célèbre coiffure bouffante et peroxydée. « Je sais que certaines personnes pourraient être offensées (...), c'est leur problème, pas le mien », disait-il en janvier sur la chaîne américaine Fox.

À 44 ans, le fondateur du Parti de la liberté, transfuge du Parti libéral qu'il jugeait trop laxiste en matière d'immigration, veut refonder l'extrême droite populiste qui a disparu avec la mort du flamboyant Pim Fortuyn en 2002. Seul élu de 2004 à 2006, il a huit comparses depuis les dernières législatives, sur 150 députés.

Quand le premier ministre chrétien-démocrate Jan Peter Balkenende invoque « la tradition de respect et de tolérance » des Pays-Bas, Geert Wilders compare le Coran au Mein Kampf de Hitler et s'attaque même à la reine Beatrix : il a qualifié son discours de Nouvel An, traditionnellement le seul qu'elle écrive, d'« aberrations multiculturelles » car la souveraine prônait la tolérance.

Geert Wilders vit déjà sous protection policière rapprochée. Il est menacé de mort depuis 2004, comme son ancienne collègue du parti libéral Ayaan Hirsi Ali et comme le défunt polémiste Theo Van Gogh. Ce dernier, qui, à la différence de Geert Wilders, insultait aussi bien les juifs que les catholiques ou les musulmans, a été assassiné en novembre 2004 par un islamiste radical, après la diffusion sur une chaîne publique de son brûlot Submission, consacré à la femme dans l'islam.

JORDAAN Jon - La Croix 29/02/2008

Pourquoi la « Catho » a-t-elle accepté de former des imams

Pierre Cahné, Recteur de l'Institut catholique de Paris

Hier soir s'est ouvert, à l'Institut catholique de Paris, un cycle de cours « Religion, laïcité, interculturalité », qui accueille une vingtaine d'élèves musulmans de l'Institut de formation de la Mosquée de Paris (lire La Croix du 25 septembre 2007). Le recteur de la Catho, Pierre Cahné, explique pourquoi celle-ci a accepté de contribuer à former de futurs imams, alors que d'autres universités ont refusé.

« Il importe de reprendre la chronologie exacte des événements. Depuis un certain temps, l'Institut catholique réfléchissait à une formation destinée aux étrangers qui souhaitent s'implanter en France, prendre des responsabilités cultuelles ou culturelles, avoir une parole publique. Dans cette époque de grandes migrations des populations, cette formation était liée à notre désir de promouvoir la paix et la compréhension mutuelle. Le pari était à la fois intellectuel et spirituel : accueillir l'autre, l'étranger, non pas pour le convertir à ce que nous sommes, mais pour l'aider à s'intégrer harmonieusement dans un espace géographique et culturel qu'il ne connaît pas.

À un certain moment, notre projet a rencontré celui, politique, présenté par le ministère de l'intérieur, désireux de proposer une telle formation aux cadres cultuels musulmans. Des tractations ont eu lieu entre le ministère et certaines universités publiques. Elles n'ont pas abouti pour des raisons dont, en tant que professeur d'université, je peux analyser la mécanique intellectuelle : crainte de transgresser les règles de la laïcité, idée étrange que l'université peut esquiver la réalité de l'importance des religions et de leur dimension socioculturelle - alors même qu'il existe par exemple une chaire d'histoire des religions ou de patristique à la Sorbonne -, peur fantasmée d'avoir des tapis de prière...

Le ministère de l'intérieur ne nous a pas passé de commande. Mais lorsque, au courant de notre projet, son Bureau des cultes nous a présenté le sien, nous n'avions aucune raison de refuser. C'était dans l'ordre des choses. Nous avons travaillé en lien avec le Bureau des cultes (ministère de l'intérieur) et la Direction de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté (ministère de l'immigration) pour définir un programme et mettre en place une pédagogie.

Cette formation proposée par l'Institut catholique de Paris n'a rien à voir avec un enseignement théologique. Notre ligne de conduite est claire : nous avons en face de nous des étrangers qui ont pour destin de vivre en France, d'y avoir des fonctions socio-cultuelles éminentes ; notre devoir est de faire en sorte qu'ils puissent accomplir cette charge de la manière la plus efficace, la plus humaine et la moins conflictuelle possible. La société française a un certain nombre de valeurs. Pourquoi refuser de les transmettre ? »

Martine Sauto dans La Croix du 30/01/2008

Pour la première fois, un lycée musulman signe un contrat d'association avec l'Etat

Le lycée Averroès de Lille avait ouvert ses portes en 2003. Ses enseignants seront désormais payés par l'État

Le 2 septembre 2003, 16 élèves de seconde faisaient leur rentrée au lycée Averroès de Lille, premier lycée musulman à ouvrir ses portes en France. Pour les accueillir, trois salles de classe peintes en bleu ciel et un laboratoire de sciences flambant neuf avaient été aménagés au-dessus de la mosquée Al-Imane, à Lille-Sud. Le projet était dans les cartons depuis 1994 et depuis l'exclusion de 19 jeunes lycéennes qui avaient refusé d'enlever leur foulard au sein de leur établissement scolaire. La mosquée s'était alors organisée pour les accompagner jusqu'au bac, obtenu par la moitié d'entre elles.

Aujourd'hui, le lycée Averroès - qui envisage de déménager - occupe toujours le deuxième étage de la mosquée de Lille Sud. Le patio décoré de carreaux de faïence marocaine, avec au centre une fontaine, lui sert toujours de cour. Il accueille 90 élèves, 60 filles qui ne portent pas toutes le voile, et 30 garçons, répartis en six classes, deux par niveaux, dans les filières Scientifique (S) et Économique et Social (ES). En 2007, 86 % des élèves de terminale ont réussi leur baccalauréat, dont cinq avec mention. Les programmes sont ceux de l'Éducation nationale. Seules différences : l'arabe proposé en langue vivante 2 ou 3, au même titre que l'espagnol, et un cours facultatif d'initiation à la spiritualité et à la culture musulmane, appelé « éthique religieuse », deux heures par semaine.

L'équipe enseignante, constituée d'une vingtaine de professeurs dont cinq titulaires, est recrutée sur des critères de qualité professionnelle, indépendamment de leurs convictions religieuses ou philosophiques. Quant au projet éducatif, il se distingue par sa référence aux valeurs musulmanes qui, selon Makhlouf Mamèche, directeur adjoint chargé de la vie scolaire et du suivi des élèves, « englobent la recherche de la perfection, le goût de l'effort, l'amour du savoir, le sens de l'engagement et du partage, mais aussi l'esprit d'ouverture et le respect des autres ».

Cette année, le lycée a demandé à bénéficier d'un contrat d'association avec l'État, qui peut être obtenu au bout de cinq années de fonctionnement et dont bénéficie la majorité des établissements privés catholiques. Cet hiver, l'académie de Lille a procédé à une inspection détaillée de l'établissement et a remis son rapport. Le 1er avril, la commission académique de concertation a rendu un avis favorable. Le contrat d'association a été signé le 13 juin par Amar Lasfar, recteur de la mosquée et président de l'association Averroès. Resta au préfet du Nord-Pas-de-Calais, Daniel Canepa, à le signer, une « simple formalité administrative », selon son cabinet. Le lycée Averroès sera ainsi le second établissement privé musulman - et le premier lycée - sous contrat avec l'État ; une école primaire de Saint Denis de la Réunion, la Medersa Taalim oul Islam, ayant été la première à s'engager dans cette voie.

La première conséquence de ce contrat sera l'allégement considérable du budget de fonctionnement annuel qui s'est élevé cette année à 400 000 €, financés en grande partie par la communauté musulmane via une souscription lancée par l'association, les frais de scolarité étant eux fixés à 750 € par an. À partir de la rentrée, les enseignants, obligatoirement titulaires des mêmes diplômes que ceux de l'enseignement public et soumis à des contrôles pédagogiques, devraient en effet être rémunérés par l'État. Autre conséquence, le lycée devra être ouvert à tous, ce qui, selon Makhlouf Mamèche, est déjà le cas : « Au nom des valeurs musulmanes dont il est porteur, explique-t-il, le lycée Averroès est ouvert à tous, sans aucune discrimination. » Sur le site de l'établissement, il est précisé qu'« à l'instar de celui dont il porte le nom, le lycée veut incarner l'ouverture sur deux univers de sens (Islam et Occident) que l'on oppose à tort. »

Martine de Sauto - La Croix du 17/06/2008

Averroès

Philosophe arabe né à Cordoue (Andalousie) en 1126, Ibn Ruchd, dont le nom sera traduit par Averroes en latin, vécut à la confluence des cultures. Initié par son père à la jurisprudence musulmane et à la théologie, il étudia aussi la physique, la médecine, l'astrologie, la philosophie et les mathématiques. Médecin et juriste, il écrivit notamment un traité de médecine qui sera enseigné en Europe jusqu'au XVIIIe siècle. Mais ce sont ses travaux de philosophie, et notamment ses commentaires d'Aristote, qui l'ont rendu célèbre. Averroès a confronté les traductions d'Aristote pour construire un système philosophique original et jeter les bases d'une pensée rationaliste qui sépare philosophie et croyance. Persécuté à la fin de sa vie, Averroès est mort à Marrakech en 1198.


ISLAMISME

Les fondations religieuses prospèrent en Iran

Les « bonyads », de puissants holdings créés avec les biens confisqués à la révolution, censés aider les pauvres, s'enrichissent sur la face cachée de l'économie iranienne. 

«Nous ne coopérons pas avec le gouvernement, ni aucun organe officiel. Nous ne posons ni ne répondons à aucune question, à l'exception de celles du Guide suprême de la révolution » : Mohammad Zarrabi, responsable pour les affaires internationales de la fondation Astan-e Qods-e Razavi, est d'une franchise déconcertante.

Astan-e Qods, littéralement « le seuil sacré », a la charge du mausolée de l'imam Reza, le principal lieu saint du chiisme en Iran, situé à Mashhad, à l'extrême est du pays. Mohammad Zarrabi la définit comme une ONG. Son statut religieux et son ancienneté mis à part, elle est surtout l'une des principales fondations iraniennes, ou bonyad : un nuage de holdings islamiques opaques, sans doute peu rentables, mais extrêmement riches.

Ces firmes ont été créées pour la plupart après la révolution de 1979, avec les biens confisqués aux grandes familles liées au chah, dont elles devaient redistribuer les revenus au peuple. Elles publient à peine leurs comptes, n'en répondent pas au gouvernement mais directement au Guide suprême Ali Khamenei, qui nomme leurs directeurs. Selon le site Internet Baztab, proche des conservateurs pragmatiques, leurs biens se chiffreraient entre 20 et 27 milliards d'euros, une fourchette basse.

Astan-e Qods est un véritable État en marge de l'État iranien. La phrase de l'ayatollah Khomeyni, « Astan-e Qods est le cœur de l'Iran », le rappelle aujourd'hui sur la façade de nombre de ses bureaux. La fondation a fait de « sa » province du Khorassan, à la frontière afghane, la « ferme du Moyen-Orient ». Elle possède 64 filiales, certaines cotées en Bourse, actives dans le bâtiment, l'industrie automobile et les transports, les mines, et s'intéresse aux énergies fossiles. Elle a créé en 1996 une zone franche à Sarakhs, à la frontière avec le Turkménistan, un riche complexe industriel et agroalimentaire, doté d'un aéroport. Cent vingt-cinq mille familles travaillent plus ou moins directement pour elle.

Le mausolée de Reza, le huitième imam des chiites, est révélateur de ses biens. Les dômes couverts d'or dominent le cœur de Mashhad. Les précieuses mosaïques en son centre, le labyrinthe de ses cours, parcouru en permanence par des dizaines de milliers de pèlerins venus de tout l'Iran, sa bibliothèque où sont conservés des Corans de haute valeur, en font un joyau de l'islam iranien.

Partout on y croise des échafaudages, de nouvelles salles de prière en construction... Les salles souterraines s'étendent sur 33 000 m². Entre 70 000 et 100 000 personnes - bien plus pour l'Achoura et les grandes fêtes religieuses - s'y recueillent.

En sortant de Mashhad par le Sud, on croise encore la grande masse blanche de l'hôpital Razavi, construit il y a juste deux ans et administré par la fondation. Puis des kilomètres de plantations d'arbres fruitiers, de forêts protégées par de hauts murs, de champs, propriétés d'Astan-e Qods. À l'étalage des épiceries, on trouve des gâteaux, des friandises et tous les produits de marque Razavi. De nombreux habitants de Mashhad possédant leur maison, paient un loyer, minime, à la fondation, véritable propriétaire des sols. La rumeur veut qu'Astan-e Qods possède les trois quarts de la ville. Mohammad Zarrabi dément : « Seulement la moitié. »

« Les fondations sont censées aider les plus démunis et développer le pays, assène l'économiste Fariborz Raïs Dana. Elles servent surtout à certains mouvements politiques, pour augmenter leur influence. » La plus puissante d'entre elles, la Bonyad Mostazafan, ou « Fondation des déshérités », est dirigée par un ancien ministre de la défense. Son conseil d'administration compte de hautes figures religieuses et politiques, d'anciens militaires, ce qui lui assure des liens avec les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique du régime. Certains économistes la soupçonnent de financer l'armement du Hezbollah libanais.

En 2004, la fondation s'est séparée de ses activités d'aide aux vétérans de guerre pour se concentrer sur les affaires. Elle est active dans la construction, les transports, les mines, le tourisme (la station de ski de Dizin où la jeunesse dorée de Téhéran s'aère), l'agroalimentaire: elle possède le Zam zam cola, l'un des principaux rivaux des sodas américains au Moyen-Orient.

Officiellement, en 2004, elle affichait 2,14 milliards d'euros de biens. Jusqu'en 2002, elle était exemptée d'impôts comme les autres fondations. En 2004, elle a reversé 10 000 € à l'État, 250 000 € l'année suivante, 8 millions d'euros en 2006, selon le quotidien économique Sarmayeh. « Leur faire payer l'impôt les oblige à rationaliser leur gestion, souligne le journaliste Moh sen Chamchiri. Le vrai problème des fondations, c'est leur irresponsabilité. »

Depuis 2002, l'État iranien a engagé une vague de privatisations. Une commission parlementaire étudie depuis deux ans la possibilité de détacher certaines compagnies des fondations, pour les rendre compétitives. Mais dans le même temps, la Fondation des déshérités annonce son intention de se porter acquéreur des compagnies 100 % étatiques, qui passeraient dans le secteur « privé ».

IMBERT Louis - La Croix du 11 février 2008

La Turquie autorise le foulard islamique à l'université

À l'initiative du premier ministre Erdogan, la Turquie va amender sa Constitution pour permettre aux étudiantes portant le foulard islamique d'entrer dans les universités. 

Quel est le contenu de l'accord ?

L'accord, trouvé lundi soir entre le parti au pouvoir, l'AKP (parti de la justice et du développement) de Recep Tayyip Erdogan et le parti ultranationaliste MHP (parti du mouvement national) de Devlet Bahceli, prévoit d'amender les articles 10 et 42 de la Constitution relatifs aux libertés individuelles et au droit à l'éducation. Possédant à eux deux plus de trois quarts des sièges à l'assemblée, l'AKP et le MHP sont assurés de pouvoir amender la Constitution d'ici les prochaines semaines. Cet accord devrait permettre aux étudiantes portant le foulard islamique d'entrer sur les campus universitaires. Selon Devlet Bahceli, seuls les foulards laissant apparaître le visage et se nouant en dessous du menton seront tolérés. La burka, qui voile l'ensemble du corps et du visage, devrait être exclue. Le port du foulard restera aussi interdit pour le personnel universitaire, dans les administrations, écoles primaires, collèges et lycées. 

Quelle était la situation jusque-là ?

L'épineuse question du voile est apparue dans les années 1980 avec l'arrivée sur les campus des premières étudiantes voilées, issues de la nouvelle bourgeoisie anatolienne. En 1989, la Cour constitutionnelle décide que cette pratique est contraire au principe de laïcité de la République. Recep Tayyip Erdogan, issu de la mouvance islamiste, avait promis en 2002 de lever cette interdiction qu'il juge « injuste » et contraire aux libertés de religion et de droit à l'éducation. Durant ses cinq premières années au pouvoir, il a refusé d'affronter sur ce dossier l'armée et le clan kémaliste représenté par le CHP (parti républicain du peuple) de Deniz Baykal. Mais la victoire remportée par son parti en juillet dernier a changé la donne. Selon une étude publiée en décembre 2006, 71 % de la population seraient favorables à la levée de cette interdiction. 

La laïcité turque est-elle en danger ?

Les avis sont très partagés. Pour Devlet Bahceli, cet accord n'ouvre pas la voie à une islamisation du pays mais « est une tentative légale de trouver une solution aux problèmes de nos jeunes privées de leurs droits à l'enseignement supérieur ». Tayyip Erdogan a affirmé de son côté que son gouvernement était un « garant de l'ordre laïc ». De nombreux démocrates libéraux soutiennent aussi cet accord car ils y voient une manière pour ces jeunes filles issues de milieux religieux de sortir de leur « ghetto ». Ils rappellent qu'en France le foulard n'est pas interdit aux étudiantes à l'université.

Le principal parti d'opposition y voit en revanche un « danger » pour la République. Tenant d'une laïcité rigide, il craint l'éclosion de demandes similaires dans les administrations, écoles primaires, collèges et lycées et une pression croissante sur les étudiantes non voilées. Le CHP prévoit de porter l'affaire devant la justice.

NERBOLLIER Delphine - La Croix du 31 janvier 2008

Manifestation contre le foulard islamique à l'Université

Plus de 100 000 personnes ont manifesté samedi à Ankara contre un projet de levée de l'interdiction du foulard islamique dans les universités, présenté par le gouvernement islamiste modéré, comme une réforme sur la voie de l'adhésion à l'Union européenne. Le texte doit être voté cette semaine. C'est aux cris de « La Turquie est laïque, elle le restera », « Nous sommes tous des soldats d'Atatürk » que les manifestants - réunis à l'appel de 35 associations, dont plusieurs associations féministes - ont investi le mausolée du fondateur de la République laïque turc, Mustafa Kemal Atatürk.

La Croix du 04 février 2008

Le Parlement autorise le port du voile à l'université

Les députés devaient adopter tard dans la nuit le projet de révision constitutionnelle en faveur du port du foulard islamique dans les universités. Le texte, à l'initiative du gouvernement islamo-conservateur, a provoqué un tollé dans le camp laïc qui craint la libéralisation du voile dans la fonction publique et l'enseignement secondaire où il est interdit.

La Croix du 07 février 2008

Protestations contre le droit de porter le foulard à l'université

Deux cent mille personnes se sont rassemblées samedi à Ankara pour manifester contre l'autorisation du port du foulard islamique à l'université. « La Turquie est laïque et restera laïque », ont scandé les protestataires qui se sont regroupés sur une place du centre-ville. Cette manifestation s'est déroulée au moment où les parlementaires turcs adoptaient en seconde lecture des amendements à la Constitution permettant la levée de l'interdiction pour les jeunes femmes de porter le voile islamique dans les universités turques.

La Croix du 11 février 2008

Un parc « féminin » sans voile à Téhéran

Le maire de la capitale iranienne a inauguré un espace public strictement réservé aux femmes

La ville de Téhéran a inauguré, le mois dernier, son premier parc public réservé aux femmes. Elles peuvent s'y rendre habillées selon leurs désirs, puisque le code vestimentaire de la charia ne s'applique pas pour les endroits interdits aux hommes.

Ce projet est un succès auprès des Téhéranaises. Aussitôt passé les gardes de l'entrée du parc, Nasrine, 39 ans, laisse tomber son voile et déboutonne sa tunique. « C'est un bon endroit pour respirer et s'habiller comme on veut. C'est ce qu'on peut souhaiter de mieux dans un pays islamique », explique-t-elle. Nahid Foadi, 50 ans, est aussi de cet avis. « Il faut construire de tels parcs partout », affirme-t-elle, ses raquettes de badminton à la main. Elles sont nombreuses à dire se sentir plus en sécurité dans ce parc de vingt hectares dont tout le personnel est féminin. La garde masculine est cantonnée à l'extérieur de l'enceinte.

Mohammad Baqer Qalibaf, le maire conservateur de Téhéran et rival du président Mahmoud Ahmadinejad, entend ouvrir trois autres parcs « féminins » prochainement. « Il y a 1 500 parcs à Téhéran et des centaines de centres de sport réservés aux hommes. Il est nécessaire de créer quelques parcs pour les femmes, qui constituent 50 % de la population », a-t-il déclaré. Cet intérêt pour la gent féminine s'explique sans doute par la prochaine élection présidentielle, prévue pour 2009.

« Je pense que Qalibaf a décidé de lancer le parc pour obtenir le vote des femmes », indique Nasrine. Certains dénoncent vivement cette décision, estimant que l'inauguration d'un tel parc rétrograde le statut de la femme en Iran. Ils craignent que cela n'encourage encore la ségrégation, déjà subie dans les transports en commun et les cantines d'université, de même que dans les stades dont l'accès est réservé aux hommes. « Les hommes doivent être éduqués à se comporter en citoyens responsables et à respecter les femmes », insiste Sogol Zand, universitaire spécialiste des relations hommes-femmes.

En Iran, le code vestimentaire est officiellement imposé dans le but de protéger la vertu des femmes et d'éviter aux hommes une excitation sexuelle contraire à la charia, la loi fondamentale du pays.

Annick Papillon - La Croix du 17/06/2008

Peine allégée pour les deux Algériens chrétiens

Deux Algériens convertis au christianisme ont été condamnés mercredi 2 juillet à six mois de prison avec sursis et 100.000 dinars d'amende (1.000 euros) pour prosélytisme

Six mois de prison avec sursis et 100 000 dinars d'amende (1 000 euros). C'est ce dont écopent Mohammed Seghir, 40 ans, et Jammal Dahmani, 36 ans, deux Algériens condamnés pour prosélytisme chrétien et exercice illégal d'un culte non musulman.

Ces deux informaticiens avaient été condamnés par contumace le 20 novembre 2007 à deux ans de prison ferme et 5.000 euros (7.775 dollars) d'amende. La loi algérienne leur avait permis d’être rejugés pour « distribution de littérature qui porte atteinte à la foi des musulmans ». Ils encouraient un maximum de cinq ans de prison et 10.000 euros d'amende.

Le procureur du tribunal de Tissemsilt n’avait pas requis de peine contre eux. Lors de l'audience en appel du 25 juin, il avait demandé au juge d'appliquer la loi concernant leurs cas, sans fournir plus de précision. Le jugement avait été mis en délibéré.

Leur avocate maître Khadïdja Khalfoun a trouvé le verdict "sévère". Le président de l'Eglise protestante d'Algérie, Mustapha Krim, lui, a qualifié ce verdict de "scandaleux". "Nous en appelons à un changement radical des lois, en particulier la loi de février 2006, et à ce que les chrétiens d'Algérie puissent vivre leur foi en toute liberté et en toute sérénité, au même titre que les musulmans", a-t-il ajouté.

Environ 99% des quelque 34 millions d'Algériens sont musulmans et le pays possède une tradition de tolérance religieuse, mais la religion est une question sensible. Le traumatisme reste fort après la décennie 1990 de quasi-guerre civile entre l'armée et des groupes islamistes.

Depuis février 2006, l'exercice du culte non musulman est soumis à une loi qui pose le préalable de l'autorisation du ministère de l'intérieur pour le lieu où doit s'exercer le culte et celle des autorités religieuses pour la personne qui doit diriger ce culte. Plusieurs procès ont depuis été intentés contre des convertis accusés de prosélytisme.

La Croix du 2 juillet 2008

Égypte. L'Ordre des médecins révise sa position sur la transplantation d'organes

Il aura fallu l'intervention de personnalités politiques pour que l'Ordre des médecins égyptien, organisme coiffé par la confrérie islamiste des Frères musulmans, annule, ce week-end, sa décision d'interdire la transplantation d'organes entres personnes de religions différentes. Cette décision avait provoqué la colère des coptes qui dénonçaient une discrimination raciale derrière cette mesure. Le président de l'Ordre l'avait justifiée, laissant entendre « qu'il n'existe pas entre les différentes confessions un degré de fraternisation qui pourrait expliquer un don gratuit d'organe ».

La Croix du 26 août 2008  

Quatre ans de prison contre une féministe kurde

Zeinab Bayzeydi, une féministe iranienne kurde, a vu sa peine de quatre ans de prison confirmée hier en appel. La présidence française de l'Union européenne avait condamné début août l'arrestation de trois militantes des droits des femmes, dont Zeinab Bayzeydi, pour leur participation à la campagne d'« un million de signatures », une pétition nationale en faveur d'une plus grande égalité entre femmes et hommes.

La Croix du 25 août 2008

Demande de divorce pour une petite fille de 8 ans

Un tribunal saoudien va examiner en septembre une demande de divorce pour une fillette de 8 ans, mariée à son insu par son père à un quinquagénaire, a rapporté hier le quotidien local Al-Watan. Le recours en divorce a été introduit par la mère de la fillette auprès du tribunal d'Unayzah, à 220 km au nord de Riyad, où le contrat de mariage a été conclu par le père sans en informer sa fille. Des proches de la fillette ont saisi une association saoudienne des droits de l'homme, souhaitant son intervention pour faire invalider l'acte de mariage.

La Croix du 25 août 2008  

Les crimes d'honneur, un fléau pas encore jugulé en Turquie

Le nombre de crimes d'honneur augmente en Turquie, notamment dans les grandes villes, mais cette réalité est moins ignorée qu'avant. Istamboul, de notre correspondante

Sevim a 38 ans. Mariée adolescente à un homme qu'elle ne connaissait pas, elle a subi l'enfer de la violence quotidienne. Battue, insultée et humiliée, à l'intérieur du foyer ou en pleine rue, de jour comme de nuit, elle a donné naissance à quatre enfants et résisté, « tant que j'ai pu », dit-elle. Jusqu'au jour où elle a compris qu'il lui restait deux solutions : « soit me protéger, soit me tuer ».

Sevim a aussi envisagé le meurtre de son tortionnaire, mais elle a choisi la fuite. Elle a déposé ses enfants dans un foyer et frappé à la porte de la mairie de Kadikoy, à Istamboul. Depuis neuf mois, elle vit dans le centre d'accueil géré par cette municipalité. « C'est le seul endroit où j'ai pu me reconstruire. J'ai retrouvé confiance en moi, et la liberté », confie-t-elle, secouant ses cheveux blonds ondulés.

Ce bonheur retrouvé, elle sait toutefois qu'il ne tient qu'à un fil. « Si ma famille apprend que je suis en instance de divorce, elle me tuera. Je le sais, elle m'a déjà menacée. On m'a dit qu'on disperserait mon corps dans la montagne, car je serai la honte de la famille, une femme sans honneur. »

L'honneur, dans de nombreuses familles turques, souvent peu éduquées, est une notion qui ne se discute pas et qui peut avoir des conséquences tragiques. En juin, une institution liée au premier ministre a publié un rapport sur les crimes commis pour se venger d'une femme fugueuse, adultère ou violée. Entre 2002 et 2007, un millier de ces meurtres ont été commis en Turquie, un chiffre qui ne tient pas compte des suicides.

Le rapport constate une hausse régulière, notamment dans les grandes villes. À Istamboul, un crime d'honneur est recensé chaque semaine. « Ce n'est pas étonnant, analyse Inci Bespinar, vice-maire de Kadikoy. Avec le très fort exode rural, certaines coutumes arrivent jusqu'en ville. »

Pourtant, le code civil et le code pénal ont été modifiés et les peines encourues par les meurtriers ont été alourdies. Mais, dans la pratique, « les juges, qui sont le plus souvent des hommes, appliquent des réductions de peines selon leur désir, en utilisant notamment le thème de la provocation », souligne Zelal Yalçin, de l'association stambouliote Morçati, qui offre un refuge aux femmes en grande souffrance.

Dans cette société patriarcale et conservatrice, quitter son mari s'avère donc souvent un acte héroïque que l'absence de structures n'encourage pas. Certes, depuis quelques années, la parole est plus libre. Les services d'aide téléphonique se multiplient, les chaînes de télévision proposent des programmes où peuvent s'exprimer les femmes, mais le nombre de centres d'accueil et de refuges reste très limité. Istamboul, métropole de 15 millions d'habitants, en compte seulement six, quand l'Union européenne recommande un refuge pour 50 000 habitants.

La Croix du 26 août 2008 - Delphine Nerbollier  

Pays-Bas. Le gouvernement envisage d'interdire le port du voile intégral à l'école

Selon la station de radio néerlandaise NOS, le gouvernement néerlandais projetterait d'interdire le port du voile intégral à l'école. Et cela non seulement pour les élèves, mais aussi pour tous ceux qui se rendent dans l'enceinte d'un établissement scolaire, soulignant notamment la nécessité pour les enfants de pouvoir être reconnus et identifiés. L'interdiction ne s'appliquerait pas, en revanche, à l'enseignement supérieur, car ces établissements accueillent des adultes qui peuvent décider d'eux-mêmes s'ils veulent cacher leur visage en public, selon NOS.

La Croix du 10 septembre 2008

La Halde tranche en défaveur du port de la burqa

La Halde estime, dans un avis que « La Croix » rend public, qu'il n'est pas discriminatoire de refuser les femmes intégralement voilées en cours de français.

Voilà un avis qui devrait faire date. Saisie en mai par l'Agence nationale de l'accueil des étrangers et des migrations (Anaem), la Haute Autorié de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) considère qu'il n'est pas discriminatoire de refuser les femmes en burqa aux cours de français organisés dans le cadre du contrat d'accueil et d'intégration (CAI). Une décision lourde de conséquence. La Halde rend, de facto, incertain pour ces femmes le renouvellement de leur carte de séjour. Le code des étrangers exige en effet des immigrants maîtrisant mal le français qu'ils s'engagent à suivre les cours organisés par l'Anaem pour pouvoir rester légalement sur le territoire français.

« L'avis de la Haute Autorité est très important juridiquement mais il ne devrait concerner qu'un nombre réduit d'élèves », relativise Danièle Lochak, professeur de droit à l'université Paris X et spécialiste des droits des étrangers. Sur les 210 000 immigrés ayant signé un CAI depuis 2003, seule une infime minorité de femmes porte la burqa. La mouvance salafiste à laquelle appartiennent ces musulmanes fait ponctuellement l'objet de rapports des services de renseignement. Le dernier, qui date de 2004, évalue à seulement 5 000 le nombre de sympathisants salafistes.

Retour sur la décision. C'est au nom d'impératifs pédagogiques, mais aussi pour des questions d'ordre public, que la Halde admet l'exclusion des salles de classe des femmes en burqa. L'instance présidée par Louis Schweitzer reprend ainsi les arguments de l'Anaem, qui regrette que ce type de voile empêche le formateur « d'observer le visage de ses élèves afin d'en percevoir les expressions et mimiques étayant la parole » ou « de vérifier l'identité de la personne ».

L'avis fait suite à la jurisprudence du Conseil d'État qui, dans un arrêt du 27 juin 2008, avait d'ores et déjà refusé l'acquisition de la nationalité à une ressortissante marocaine portant la burqa. La plus haute juridiction administrative avait, à l'époque, considéré le port d'un tel signe religieux comme s'opposant « aux valeurs d'une société démocratique et au principe de l'égalité des sexes ». Dans une veine identique, la Halde conclut dans son avis que « la burqa porte une signification de soumission de la femme qui dépasse sa portée religieuse et pourrait être considérée comme portant atteinte aux valeurs républicaines présidant à la démarche de ces enseignements ». Par l'emploi de ce conditionnel, la Halde reste très prudente sur un raisonnement qui pourrait conduire à une interdiction plus large du port de la burqa. (Lire ci-dessous l'entretien.)

L'alignement de la Haute Autorité sur la jurisprudence du Conseil d'État fera sans doute débat. « On peut comprendre, concernant l'octroi de la nationalité, que le Conseil d'État demande des garanties d'intégration et voie dans la burqa un défaut d'assimilation, estime Danièle Lochak. En revanche, dans le cadre des contrats d'accueil et d'intégration, les cours de langue ont précisément pour mission de favoriser l'intégration progressive des étrangers. Il apparaît étonnant, voire contradictoire, d'en exclure certains. »

Difficile, pour l'heure, de savoir quelles seront les conséquences réelles de l'avis de la Halde. C'est désormais à l'Anaem qu'il revient de le traduire au plan interne. Une note précisera-t-elle aux enseignants d'exclure les femmes intégralement voilées ? Des entretiens personnalisés seront-ils organisés pour trouver un terrain d'entente entre enseignants et élèves ? Autant de questions sur lesquelles l'Anaem ne souhaite pas s'exprimer. L'avis de la Haute Autorité n'a, en tout cas, aucune valeur contraignante. Les femmes en burqa exclues des cours peuvent donc avoir tout loisir de saisir la justice et d'invoquer un traitement discriminant à leur égard. Les juges suivent toutefois, dans une écrasante majorité des cas, les avis de la Halde.

Marie Boëton - La Croix du 09 10 2008