Eglise évangélique de Pentecôte de Besançon

Autres noms :

        La Mission

 

1995

 

Fiche extraite de l'ouvrage "Les sectes - Etat d'urgence" du Centre Roger Ikor chez Albin Michel - 1995 - épuisé

HISTORIQUE

Le pentecôtisme

Le pentecôtisme classique date du début du XXe siècle, s'enracinant dans le "réveil évangélique" aux États-Unis au XIXe siècle : les chrétiens devaient passer par une seconde expérience religieuse : le « baptême dans l'Esprit-Saint » ; et chaque vrai baptême dans l'Esprit-Saint devait s'accompagner du signe « parler en langues ». Très vite, il y eut des Églises pentecôtistes organisées et aussi une prolifération de sectes pentecôtistes indépendantes. Les Églises évangéliques sont nées des Églises pentecôtistes. Grand succès, particulièrement en Afrique et en Amérique latine. Depuis 1947, des conférences pentecôtistes mondiales se tiennent tous les trois ou quatre ans.

Le néo-pentecôtisme ou Renouveau charismatique commence en 1960 (prédication de Denis Bennet, en Californie; ce recteur d'une église épiscopalienne annonce à sa congrégation, le jour des Rameaux, qu'il a reçu le « baptême selon l'Esprit »). Le néo-pentecôtisme se propage rapidement dans les pays de langue anglaise en milieux anglican et protestant (diffusion surtout par le Full Gospel Business Men' Fellowship International (FGBMFI).

Le Renouveau charismatique catholique commence en 1967 à Pittsburg. Premier Congrès international des dirigeants en Italie en 1973 (délégués de 34 pays - en 1981, 94 pays). Groupes de prière se réunissant d'ordinaire une fois par semaine durant deux heures. Diversité de ces groupes. L'Église catholique souligne à la fois les aspects positifs du Renouveau charismatique : nouveau sens du culte t de la prière, ouverture aux dons du Saint-Esprit ; et les aspects négatifs : recherche de sensationnel, élitisme, tendance au "fondamentalisme" et à l'égocentrisme.

L'Église évangélique de Pentecôte (ou Mission) de Besançon

Elle relève du mouvement pentecôtiste classique, apparu en France dans les années 1950 et qui comprend aujourd'hui différents groupements. Certains d'entre eux peuvent être situés à la frontière entre sectes et groupes de réflexion biblique. S'ils ne sont pas reconnus par la Fédération protestante de France, la plus grande méfiance s'impose.

L'Église évangélique de Pentecôte de Besançon est fondée en décembre 1963, sous la forme d'une association loi de 1901. Le président-fondateur est le Pasteur Aldo Benzi. En 1977, lui succède René Kennel, qui s'en détache en 1990 pour créer la Fédération des Églises de la Mission (FEM) devenue Fédération évangélique missionnaire (même sigle) en 1992 (siège à Besançon).

René Kennel, né en 1926 dans la Meuse, a, après ses études primaires, pratiqué le métier de cultivateur, et gardé des moutons. Puis, après une formation théologique de quinze jours, il a été nommé "pasteur" de la Mission de Besançon. Celle-ci change d'adresse à trois reprises, passant d'une vingtaine d'adeptes à plus de 500. René Kennel exerce son poste de pasteur à temps plein : il anime à longueur de semaines des cérémonies liturgiques où il enseigne la Bible, « expliquée dans sa simplicité primitive », guérit miraculeusement les malades par imposition des mains, et forme de nouveaux pasteurs.

PRATIQUES

Ce groupement se caractérise essentiellement par :

- ses méthodes de recrutement et de prosélytisme intempestifs ;

* racolage sur la voie publique avec distribution de tracts du genre « Si vous souffrez physiquement, si vous souffrez moralement, si la vie vous déçoit d'une manière ou d'une autre, venez à telle adresse, appelez tel numéro. Les réunions n'ont rien de commun avec les Témoins de Jéhovah ou autres sectes quelconques » ;

* racolage de jeunes dans les autobus urbains et dans les établissements scolaires; prosélytisme auprès des malades dans les hôpitaux, voire dans les services psychiatriques par des médecins stagiaires convertis à la Mission ;

* porte-à-porte dans les villages avoisinants, investis par de véritables commandos de plusieurs dizaines d'adeptes axés sur les malades, les personnes âgées ou seules ;

* campagnes de missions, soit en salle à la Mission, soit sur des places publiques sous chapiteaux durant plusieurs jours ;

* pression importante et soutenue sur les membres des familles des adeptes encore « non convertis » ;

- ses méthodes de conversion plus que contestables ;

* référence à la Bible expliquée « dans sa simplicité primitive », comme l'annoncent les tracts distribués par la Mission elle-même. En fait, explications fondamentalistes, incomplètes et simplistes, avec des textes tronqués ;

* témoignages invérifiables des adeptes;

* imposition des mains du pasteur Kennel sur les adeptes, pour obtenir des guérisons « miraculeuses » : des bras ou des jambes rallongés ou raccourcis, des cancers guéris sans la moindre preuve médicale ;

* aux Assemblées, récitations de prières par tous les fidèles, aboutissant à de véritables exaltations collectives, dans une ambiance passionnée ;

- le comportement stéréotypé des adeptes ; pour les femmes, habillement strict : cheveux longs, foulard sur la tête, absence de pantalon et de maquillage ; langage commun à tous les adeptes, crainte de l'influence de Satan dans la vie quotidienne; disparition de l'esprit critique ; destruction systématique de tous les objets religieux à la maison, de certains disques et cassettes de musiques dites sataniques ;

- une rupture quasi systématique avec les familles non consentantes, provoquant de véritables drames familiaux, telles des séparations entre époux, suivies de divorces. Il est à noter, dans tous les cas, des conversions extrêmement rapides et sans retour.

ORGANISATION

On a constaté, ces dernières années, une implantation très rapide de cette église pentecôtiste dans l'Est de la France (elle prend, selon les lieux, différentes dénominations masquant sa véritable identité), à Bar-le-Duc, Châlons-sur-Marne, Chaumont, Épernay, Grenoble, Joinville, Langres, Laon, Reims, Saint-Dizier, Saint-Quentin, Strasbourg, Vitry-le-François. Plus spécialement en Franche-Comté, à Baume-les-Dames, Dole, Gray, Lure, Ornans, Pontarlier, Vesoul. Ces divers centres se sont fédérés en 1990 sous le nom de Fédération des Églises de la Mission (FEM) devenue Fédération évangélique missionnaire (même sigle) en 1992 (siège à Besançon). Le pasteur Kennel, président de la Fédération évangélique libre de France (FELF), en a démissionné en octobre 1988 (ladite fédération a changé de nom en 1990 : Fédération des Églises du Plein Évangile de France).

Un groupe musical, le groupe Flambo, créé par la Mission de Besançon, se produit sous les chapiteaux dressés par la Mission et, le plus souvent, attire le public par des distributions de tracts où ni le nom de la Mission, ni celui de l'Église évangélique de Pentecôte n'apparaissent.

S.O.S. Espérance, à Vesoul, lancé par la Mission, ne manque pas de susciter une certaine confusion possible dans les esprits avec (honorable S.O.S. Amitié.

Par ailleurs la Mission de Pentecôte a déposé deux plaintes en diffamation contre le CCMM en 1992

- 27 novembre 1992 ; plainte en raison de la diffusion à Vesoul d'un fascicule intitulé Sectes, pouvoir dire NON, rédigé par le CCMM et le Centre Information Jeunesse de la Haute-Saône, dans lequel la Mission était désignée comme une secte et faisait l'objet d'informations sur ses procédés de recrutement: l'Église a été déboutée de ses demandes de dommages et intérêts et condamnée à verser des indemnités au CCMM, et aux dépens (tribunal d'instance de Vesoul, 16 juin 1993) ; jugement confirmé par la cour d'appel de Besançon (arrêt du 24 mars 1994) ;

- 4 février 1992 ; plainte à la suite de la diffusion d'une lettre d'information du CCMM ‑ délégation de Besançon. L'Église a été déboutée et condamnée, et son appel déclaré irrecevable par la cour d'appel de Besançon (arrêt du 24 mars 1994).

Pourvois en cassation formés par l'Église.

RESSOURCES

Ces implantations massives sont le plus souvent accompagnées d'achats d'immeubles qui démontrent des sources de revenus très importants. Les adeptes sont invités, plus ou moins clairement, à faire don de leurs biens ou d'une partie de leurs revenus. Il est à noter que dans les statuts de la Fédération, à l'article II, il est préciser que chaque association est tenue de soutenir financièrement la Fédération par des offrandes mensuelles ou trimestrielles pourvois en cassation formés par l'Église.