Ordre du Temple Solaire (OTS)

 

1995

 

Fiche extraite de l'ouvrage "Les sectes - Etat d'urgence" du Centre Roger Ikor chez Albin Michel - 1995 - épuisé

 HISTORIQUE  

1984 : fondation de l'Ordre international chevaleresque de tradition solaire (OICTS) par Luc Jouret, à Genève. Appelé ultérieurement Ordre du Temple Solaire (Ordre TS).

1994 : fin de l'Ordre TS qui fait 53 morts :

‑ 4 et 6 octobre 1994: 5 cadavres carbonisés dans une villa incendiée de Morin Heights, près de Montréal (Québec) ; corps poignardés auparavant.

‑ 5 octobre 1994 : 48 cadavres carbonisés dans deux chalets suisses incendiés, 23 au lieu-dit La Rochette à Cheiry ‑ canton de Fribourg et 25 aux Granges-sur-Salvan, en Valais. Les enquêtes officielles ont déterminé qu'à Cheiry 19 des 23 victimes avaient été tuées par balles avant l'incendie, et qu'à Salvan les victimes avaient été empoisonnées au curare avant la mise au feu du chalet.  

Dirigeants principaux  

Joseph Di Mambro, cerveau et maître des finances de l'organisation. Suisse, né en 1924, ancien directeur d'une manufacture horlogère, condamné en 1974 à six mois de prison pour escroquerie, abus de confiance et émission de chèques sans provision. Après avoir quitté l'ordre Rose + Croix (AMORC), a créé la Fondation Golden Way à Genève en 1974. Adeptes initiés à des pratiques écologiques ‑hygiène de vie, phytothérapie, etc. ‑, mais la Voie d'or est surtout de nature ésotérique. Entre en relations avec Luc Jouret en 1976, fait des conférences avec lui, le dirige dans la manœuvre d'infiltration de l'Ordre rénové du Temple, l'exploite ensuite dans une opération ésotéro-occultiste satisfaisant ses appétits financiers. Mort à Salvan.

Luc Jouret, instrument recruteur et médiatique, paravent médical. Belge ‑ et Français après son mariage en 1982 ‑ né le 18 octobre 1947 à Kikwit (Congo belge devenu Zaïre). Études en Belgique. Membre des jeunesses communistes wallonnes de 1965 à 1975. Diplômé de médecine à l'université libre de Bruxelles en 1974, se spécialise en homéopathie ‑ il exercera en tant qu'homéopathe à Bruxelles, Léglise (Luxembourg) de 1981 à 1983, Annemasse (74) de 1983 à 1986, Sarrians (84) jusqu'en 1994 avec le Dr Christian-Marie Le Gall, et aussi à Montréal (Québec). Carrière médicale confuse due à son engouement pour les médecines parallèles (macrobiotique, ixidologie, stridologie, etc.), son parti pris pour les guérisseurs philippins rencontrés à Manille de 1974 à 1976, sous forme de conférences en leur faveur (ce n'étaient que des escrocs illusionnistes). En 1983, il est membre de l'Ordre rénové du Temple (ORT), dont il deviendra le grand-maître après la mort de son fondateur en août 1983 jusqu'à sa démission en 1984. La même année, crée l'Ordre TS à Genève ‑ trente templiers de PORT circonvenus en font partie ‑ et l'Ordre solaire des Templiers ainsi que l'Hermetica Fraternita Templi Universali à la Martinique: dans les deux cas, il s'autoproclame grand-maître. Le Québec succède à la Martinique. Jouret, charismatique et dominateur, enjoint des adeptes à le suivre au Canada pour y construire une Arche de survie où ils seraient les rescapés d'une fin du Monde inévitable et prochaine; à Morin Heights (Montréal), cette Arche de survie se révélera fatale pour cinq de ses occupants. Il voyage en Australie de novembre 1993 à avril 1994, seul ou en compagnie de Di Mambro, qui s'y rendait depuis 1989 (possible trafic d'armes légères, du Canada vers l'Australie, allégué par quelques enquêteurs). Une sombre affaire d'achat d'armes prohibées au Québec aboutit en juillet 1993 à la condamnation de Jouret à un an de probation et un don de 1 000 dollars à la Croix-Rouge. Son influence décline au sein de l'Ordre. Di Mambro installe à Montréal une autre Arche de survie appelée l'École des mystères, qui regroupe l'élite dissidente de l'Ordre TS. Jouret regagne la Suisse et la France. Mort à Salvan.

Camille Pilet, suisse né en 1926, membre de l'AMORC, comptable et porte-serviettes de Di Mambro. Mort à Cheiry.

Groupes précurseurs de l'ordre TS  

L'École de vie, créée par Di Mambro en 1974. Près de Collonges-sous-Salève (Suisse), des « séminaires » sont tenus dans une ferme. Des Centres de vie régis par les Clubs Atlanta naîtront ensuite avec Jouret, pour des « séminaires de ressourcement et d'initiation à la Science de vie ».

L'Ordre rénové du Temple, avant-coureur primordial de l'Ordre TS. Jouret s'introduit en 1983 dans cette communauté templière du château d'Auty (82), dont Julien Origas est alors le grand commandeur. Celui-ci, de son vrai nom Julien Humbert, alias Humbert de Frakenbourg, est né en Alsace en 1920. A versé dans l'occultisme, voie généralement empruntée pour pouvoir opérer dans le secret. A quitté le mouvement initiatique Rose + Croix pour fonder FORT en 1970, en compagnie de Jacques Breyer, écrivain et ésotériste, fondateur de l'Ordre souverain du Temple solaire (OSTC) en 1952, au château d'Arginy (69). Breyer (qui a quitté l'ordre en 1964) prétendait que l'ancien Ordre du Temple y avait été créé le 12 juin 1118 et que le Trésor du Temple s'y trouvait. En réalité, l'Ordre du Temple a été fondé le 27 décembre 1115 à Jérusalem.

Managé par Di Mambro, Jouret trouve dans FORT ce qu'il faut pour créer l'Ordre TS ‑ doctrine, règlements, rites, organisation et... affaires.  

DOCTRINE  

Déclarations de principe, tirées de documents internes et confidentiels : « L'Ordre TS est en vérité un Ordre chevaleresque mystique et initiatique authentique. »

« Les objectifs manifestes de l'Ordre TS sont les suivants :

1. Reconnaître et rassembler une Élite spirituelle afin de la préparer, par l'étude des Hautes Sciences, à participer à des travaux, en vue de perpétuer la conscience UNE et la Vie dans le temps et l'espace.

2. Prendre une part prépondérante et active à l'édification des Centres de Vie.

3. Former à travers le monde une chaîne de fraternité véritable, au service des forces positives et du Temple unifié, constitué par l'Ordre TS. »

"L'Ordre TS est placé sous l'obédience absolue de la Synarchie du Temple. À cet effet, la Synarchie détient les pouvoirs les plus étendus, ses membres sont et resteront secrets. La Synarchie du Temple est seule compétente pour nommer les responsables et dirigeants de l'Ordre TS".  

ORGANISATION  

Le secret absolu est requis des membres de l'Ordre sur tout sur ce qu'il est et ce qui s'y passe.

« L'Ordre TS fonctionne à trois niveaux distincts :

‑ 1er degré, composé des Frères du Parvis ;

‑ 2e degré, composé des Chevaliers de l'Alliance ;

‑ 3e degré, composé des Frères des Temps Anciens. »

Progression à chaque niveau par trois grades, sur décision ‑ dépourvue de justification ‑ de la Synarchie du Temple.

Organisation strictement hiérarchisée : Synarchie du Temple composée de dirigeants influents de l'Ordre, Conseil de l'Ordre regroupant les membres sous forme de « loges » dirigées par un Commandeur de Région et trois veilleurs : « Les loges réunissent leurs membres par degrés séparés à chaque pleine lune. »

Enseignement exclusif :

‑ écrit, en trois degrés ; « Plagium, Épîtres, Viatiques, Archées, Profès, Voie Royale, tout texte délivré de la main à la main » ;

‑ oral, sous forme de séminaires, ateliers et cénacles.

Exclusion de toute autre forme d'enseignement : « Hormis l'enseignement donné, aucun autre enseignement, doctrine, théologie, philosophie, théorie ou concept à caractère spirituel, initiatique, ésotérique ou métaphysique, ne peut être propagé, dispensé ou introduit par quiconque à l'intérieur de l'Ordre TS. »

Rituel magique. Cérémonies à multi-niveaux. Les grands initiés de la Synarchie se réunissaient à chaque pleine lune, dans la « crypte » du temple de Cheiry pour recevoir les révélations des maîtres invisibles de Proxima, future planète d'accueil des membres de la secte. Le « Cercle doré » rassemblait ceux que Jouret avait perçus comme les mieux branchés sur le cosmos, donc très « opératifs » (il les aimait riches et disciplinés). Passage d'un grade à l'autre à l'équinoxe de printemps. Le 5 octobre 1994 ‑ date symbolique : le nombre 5 correspond à l'homme (quatre membres et une tête) et jour de nouvelle lune – cinquante-quatre templiers auraient dû périr, par analogie avec les cinquante-quatre chevaliers de l'Ordre du Temple brûlés vifs le 10 mai 1310 ; le plan macabre en épargna un.

Dominantes sectaires :

‑ prééminence de Di Mambro, l'ordonnateur, et de touret, l'illuminé. Ils commandent, tous les autres doivent obéir ;

‑ contrôle hiérarchique autoritaire, dépendance totale pour la progression dans l'Ordre ;

‑ explications exclusives de l'Homme et de l'Univers : celles qui ` leur sont étrangères sont repoussées et interdites (dixit le règlement de l'Ordre) ;

‑ embrigadement des membres. Cela commence par une démarche médico-spirituelle ; cela se poursuit par touches doctrinales et stimulatrices : initiation progressive, fierté d'appartenir à un cercle élitiste, attrait pour des entités et forces invisibles qui sauraient tout et pourraient aider à se sortir d'un monde en détresse, etc. ; cela se termine par une allégeance totale : les adeptes se rendent d'un pays à l'autre sur ordre ‑ Martinique, lieu de refuge, puis Montréal, lieu de sauvetage quand la fin des temps surviendra ‑, ils remettent des fortunes pour faire triompher l'Ordre qui refuse la situation mondiale existante ; ils entassent provisions et armes, construisent des abris souterrains pour passer le cap de l'Apocalypse.

Au « Jour de l'Appel » décidé par le couple Mambro touret, les convoqués se rendront en Suisse. Certains, inconscients de l'issue fatale, sont venus pour régler des problèmes financiers; ils périront avec d'autres qui avaient adressé des lettres d'adieu à des proches. Dans leur paranoïa, les deux gourous, de plus en plus menacés à l'extérieur (procès, recherches policières et fiscales, etc.) comme à l'intérieur (réticences et réclamations d'adeptes, considérées comme trahisons), avaient décidé de précéder l'Apocalypse en autodétruisant leur œuvre. Ce fut le carnage infernal.  

PROPAGANDE  

Propagation des concepts thérapo-ésotériques par des associations et des sociétés commerciales

‑ Association internationale Archédia Sciences et Tradition, constituée à Genève en 1984, dissoute en 1991, animant les clubs Archédia et soutenant une "activité interne ésotérique" liée à l'OICTS.

‑ Clubs Amenta, organisateurs de conférences et séminaires sur la santé et l'alimentation naturelle. Sièges à Genève et Sainte-Foy (Québec).

‑ Clubs Agata, puis Clubs Atlanta, destinés à promouvoir les activités de Jouret. Sièges à Paris et à Ottawa (Canada).

Ces clubs dits de « formation humaine » dispensent l'enseignement de Jouret à deux niveaux :

‑ la Branche Sciences et Tradition, ouverte à tous publics, offre une « formation expérimentale » ou « connaissance appliquée »

spectacles, tables rondes, ateliers à thèmes; cours d'alimentation saine, sorties, etc. ;

‑ la Branche Tradition solaire, réservée aux adhérents de la première branche, assure une « formation spirituelle et philosophique » ou une « connaissance intuitive ».

Jouret a fait au moins 200 conférences en France, surtout dans les villes où existaient des clubs de son organisation (Paris, Rennes, Nantes, Angers, Brest, Tours, 'foulon, Bonneville...).  

RESSOURCES  

Les opérations financières menées par Di Mambro et ses acolytes suisses, français, canadiens et autres, ont été en partie mises au jour. Essentiellement concentrées dans l'immobilier, quatre-vingts propriétés auraient été recensées en Suisse, France métropolitaine, Canada, Monaco, Martinique et Australie aux noms de responsables de l'Ordre. Exemple : Albert Giacobino, copropriétaire du chalet de Cheiry ; Camille Pilet, propriétaire du chalet de Salvan ; Jocelyne Di Mambro-Duplessy, gérante de la SCI la Souste à Pernes-les-Fontaines (84) ; Constantin Kaskoutas, gérant de la SCI de l'Étang et de l'Ermitage à Sarrians (84) ; la SCI Clos de la Renaissance à Aubignan (84) ; une dizaine de propriétés dans les Laurentides (Québec), dont celle de Morin Height, à Piedmont, Saint-Sauveur,.où périront cinq adeptes.

2001 OTS

  

2003 Ordre du Temple Solaire

 

2004 Ordre du Temple Solaire

 

2005 OTS

 

2006 OTS

 

2007

 

2009

 

2014

 

2016

 

 

Bibliographie

 

LE 54ème

Thierry HUGUENIN

Editions Fixot